•  Grandeur et misère de Nuit debout : l’ombre de mai 1968

    Nuit debout dure maintenant depuis près d'un mois, elle s’enracine et s’étend. Elle dément cette idée très répandue selon laquelle la France serait le seul pays où il ne se passe rien en dehors des petites combines des partis politiques. Mais ce mouvement s’essouffle moins en termes de mobilisation que de perspectives claires. Le premier mérite de ce mouvement est d’avoir été autonome et d’ouvrir une brèche dans l’espace public puisque si les formes de « démocratie » traditionnelles ne fonctionnent plus, il faut bien en inventer de nouvelles, et donc commencer par se regrouper et redéfinit les formes de l’intervention politique. Le second succès de Nuit debout est d’avoir sur, au moins dans un premier temps dépasser les clivages initiaux entre les différentes tendances de la contestation moderne. Parti du combat contre la loi El Khomri, il est apparu rapidement que le mouvement se devait de réfléchir au-delà de celle-ci sur les formes actuelles de la vie économique et sociale et de ses impasses.

    On s’est donc mis à discuter de tout et de rien, un peu comme en 1968 si on veut. Ce désordre apparent dans les débats a été moqué par les journalistes aux ordres et par les tenants d’un ordre moral et politique. Avec toutes les bêtises qui vont avec. Mais étant donné l’hétérogénéité des participants, ce désordre était nécessaire et il est encore sans doute nécessaire. Les participants de Nuit debout sont en effet très jeunes, même si on y rencontre des plus vieux qui ont fait 68 et qui reviennent s’y ressourcer, et donc ils font leur éducation politique en accéléré.

     Grandeur et misère de Nuit debout : l’ombre de mai 1968 

    On conçoit bien évidemment que ce chaos déconcerte les militants les plus aguerris et qui croient avoir justement, de par leur appartenance à un parti ou à un groupuscule structure, le droit de se présenter en leader d’opinion. Ce sont pourtant ces représentants qui devraient avoir le moins à dire, en effet, soit ils sont dans l’échec – n’ayant jamais pu dépasser le stade du groupuscule – soit leurs idées effrayent par leur sectarisme comme le PIR. C’est là qu’on touche les difficultés : de nombreux micro-partis et groupuscules ont cru que leur heure était arrivé et que les Nuit debout allait leur amener sur un plateau une kyrielle de nouveaux militants qui viendrait grossir leurs rangs clairsemés. C’est le cas des vieux trotskistes qui se sont précipité pour désorienter le mouvement. Donnons un exemple, le 23 avril, la Nuit debout sous l’impulsion du vieux Samuel Johsua avait décidé de se déplacer à la cité des Flamands dans les quartiers Nord de Marseille[1]. Ce fut un échec, non seulement parce que cette manière paternaliste d’aller vers le peuple n’est plus du tout à l’ordre du jour, mais aussi parce qu’elle est en décalage avec les réalités de terrain. D’ailleurs les intervenants se sont vite fait remettre vertement à leur place par Fatima Mostefaoui, représentante du collectif Pas sans nous. C’est en effet contraire à l’esprit des Nuit debout que d’aller faire du racolage. Mais il faut dire que les trotskistes ne sont pas guéris de leurs échecs passés. Ils avaient exactement la même attitude de récupération en 1968. Et je revoie encore Samuel Johsua tenter de prendre la parole dans les quartiers Nord, à Saint-Antoine plus précisément, et se faire refouler de la même manière, mais par les communistes qui à l’époque tenait les quartiers Nord. C’est sans doute à cela qu’on les reconnait, au fait qu’ils sont incapables de retenir les leçons du passé. Leur idée est que le peuple doit se conformer à l’idée qu’ils s’en font, et ils ne cherchent rien à apprendre du peuple lui-même. En effet, s’ils ont cette attitude, c’est parce qu’ils ne doutent de rien, et qu’ils pensent représenter une avant-garde, ce qui signifie qu’ils sont plus avancés que les autres, et donc qu’ils peuvent les guider sur les chemins ardus de la contestation. C’est là une erreur majeure. Si en effet nous voulons faire émerger des formes nouvelles d’action politique, il va de soi que celles-ci doivent être le résultat de l’action collective, et non pas l’adhésion à des idées toutes prêtes, clé en main. Ce n’est plus l’esprit du temps que de s’en remettre à des leaders plus ou moins éclairés.

    Grandeur et misère de Nuit debout : l’ombre de mai 1968 

    Très maigre assistance pour la Nuit debout à la cité des Flamants 

    Mais les trotskistes ne sont pas les seuls dans cette illusion. Les journalistes le croient aussi qui recherchent comme en 1968 un leader qui entrainerait une masse passive derrière lui. Un journaliste imbécile de Challenges a pondu un article pour nous dévoiler qu’in fine le mouvement Nuit debout serait en fait téléguidé par Frédéric Lordon[2]. Cela nous rappelle encore une fois mai 68 quand le pouvoir cherchait à démontrer que le mouvement, dirigé par un juif allemand, était initié depuis l’étranger. On peut reprocher ce que l’on veut à Frédéric Lordon, sauf de se penser en une sorte de Robespierre et d’apprenti dictateur. De même les journalistes qui ne savent pas que dire devant le succès un peu inattendu – pour eux – de Merci patron ! se donnent des airs d’affranchis en avançant que Ruffin serait aussi un de ces meneurs prêts à entraîner le mouvement à sa perte. La surprenante identification du mouvement à ces deux leaders provient d’abord de la volonté des médias de mettre des noms et de coller des identités, sans que cela ait forcément du sens pour le mouvement lui-même. Mais enfin tout cela est de bonne guerre, et seuls les naïfs s’en offusqueront. Tout est fait pour débiner le mouvement. La droite bien entendu qui par reflexe condamne tous les désordres, mais aussi le P « S », parti à la dérive et promis à la disparition, qui, par l’intermédiaire d’un Le Guen vient encore donner des leçons.

    Mais les ennemis de l’intérieur sont également bien représentés aussi. Ils sont de tout ordre : ils ont en commun de travailler à la séparation, alors qu’il faudrait au contraire unifier le mouvement. Plutôt que d’approfondir ce qui en fait l’unité, des groupes mettent en œuvre tout ce qu’ils peuvent pour accélérer la séparation. Donnons quelques exemples. Un jour ce sont les féministes qui refusent la mixité dans leur réunion[3], comme si la question des femmes n’intéressait que les femmes. Un autre jour ce sont les BDS qui viennent encore ramener la question sur la cause palestinienne avec l’agressivité que l’on sait, leur langage antisioniste et leur rhétorique selon laquelle Israël serait un Etat nazi. Or ces questions épineuses vont rapidement briser le mouvement si elles persistent, car en effet il n’y a aucune raison de faire surgir cette question qui divise au sein d’un mouvement qui vise d’abord à réfléchir à une autre façon d’être ensemble. On n’n finirait pas de décliner les mouvements qui divisent, le PIR qui refuse aussi le métissage, les Antifas, etc. Le mouvement pour réussir doit d’abord s’élargir. On a vu que la liberté d’expression, même la liberté de présence était très limité parfois. On pense ici à la manière dont Finkielkraut qui ne prétendait d’ailleurs pas prendre la parole, s’est fait expulser[4]. Je ne suis pas amateur de la prose de Finkielkraut que je trouve faible et sans intérêt. Mais là n’est pas la question, le fait est que s’il n’y avait pas eu des témoins pour filmer l’incident, ce n’est pas un crachat qu’il aurait reçu, mais plus sûrement un passage à tabac en règle. Cette manière honteuse de revendiquer un entre-soi en a glacé plus d’un. Il est assez curieux de se montrer aussi tolérant envers les excités du PIR dont le racisme n’est même plus masqué, et dénoncer d’un autre côté un intellectuel pour des propos soi-disant raciste parce qu’il est juif. Car en effet si Finkielkraut n’était pas juif, il ne se serait pas fait agressé. Beaucoup en sont maintenant à demander un service d’ordre pour ces Nuit debout de façon à ce que les débats et la définition des luttes futures se passent dans une relative sérénité.

     Grandeur et misère de Nuit debout : l’ombre de mai 1968 

    Le mouvement Nuit debout doit donc lutter et s’émanciper aussi bien de ses ennemis de l’intérieur que de ceux plus facilement indentifiables de l’extérieur. Le mouvement doit maintenant se renouveler. Beaucoup de participants ont appelé à la grève générale reconductible. Ce serait en effet la meilleure façon d’avancer, et c’est ce qui ferait le plus peur à l’oligarchie. Mais il faut bien reconnaître que cette option est difficile à réaliser. D’une part, les Nuit debout sont très peu présent dans le salariat traditionnel, d’autre part les conditions de la lutte sociale ont changées : il y a de moins en moins d’ouvriers, et les syndicats sont très faibles. La crainte du chômage est un autre facteur qui empêche la grève générale de s’étendre. Il ne faut pas confondre nos désirs avec la réalité. C’était un slogan très apprécié en mai 68, mais il avait du poids justement parce qu’il s’inscrivait au cœur d’une grève générale qui ouvrait des perspectives très larges. Reprendre aujourd’hui ce slogan a quelque chose de désincarné.

      Grandeur et misère de Nuit debout : l’ombre de mai 1968

    Moi aussi j’aimerais bien une grève générale longue été intransigeante qui impose un changement profond à nos systèmes usés jusqu’à la corde. En vérité la survie du mouvement va dépendre plus de sa capacité de s’élargir que dans l’attente d’une hypothétique grève générale. Donc Nuit debout devrait se tourner vers de nouvelles couches sociales, et en même temps se replier sur ce qu’il y a d’essentiel. Je vois deux thèmes importants : la réorientation du système de production et de consommation, et la refonte des institutions, avec comme étape nécessaire la sortie de l’Union européenne.  Tout le reste apparait comme une perte de temps. Ces derniers jours, il y a eu une tentative de raccordement entre Nuit debout et les intermittents qui luttent pour protéger ce qu’il reste de leur système d’indemnité en cas de chômage. On remarquera qu’ils ont tenté d’investir le théâtre de l’Odéon, encore un symbole puissant de mai 68[5]. Mais cette fois les forces de l’ordre se sont opposées à cette occupation. Il est très difficile de dire aujourd’hui si cette tentative d’occupation marque un élargissement ou plutôt une régression. En réalité tout dépendra de la durée qu’il sera capable de tenir et de la qualité des débats. Parfois l’histoire s’accélère et le niveau de conscience s’élève rapidement. Nous verrons bien, en attendant, nous devons soutenir les Nuit debout.

     Grandeur et misère de Nuit debout : l’ombre de mai 1968 

     


    [1] http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/04/24/a-marseille-la-nuit-debout-se-heurte-a-la-realite-des-quartiers-nord_4907725_3224.html

    [2] http://www.challenges.fr/politique/20160425.CHA8346/quand-frederic-lordon-devoile-l-inquietant-projet-de-nuit-debout.html

    [3] http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/04/21/a-la-nuit-debout-les-reunions-non-mixtes-des-feministes-font-debat_4905848_3224.html

    [4] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/04/22/31001-20160422ARTFIG00352-georges-bensoussan-le-deni-de-l-insecurite-culturelle-condamne-nuit-debout-a-etre-une-bulle.php

    [5] http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/04/26/au-theatre-de-l-odeon-nuit-debout-et-intermittents-menacent-d-empecher-la-tenue-des-prochains-spectacles_4908507_3246.html

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  •  Les nouvelles de l’Europe, ce bateau ivre sans coque et sans gouvernail, sont de plus en plus mauvaises. Entre deux élections, la tournée d’Obama, VRP des multinationales, est destinée à la sauver. Il est venu donner la leçon aux Anglais qui menacent de sortir de l’UE, puis il a été en Allemagne pour expliquer combien se priver du TTIP ou TAFTA. En Autriche, l’extrême droite est arrivée en tête des élections présidentielles, très loin devant les partis européistes traditionnels qui sont alliés dans la conduite du pays. 

    La leçon faite aux anglais

      Nouvelles de l’Europe, protectorat américain

    Dans un article sur son blog, Sapir avançait que l’intervention d’Obama pour convaincre les Anglais de  rester dans l’UE était bien la preuve s’il en fallait encore une que ce projet était bien celui des Américains et de leurs affidés comme le banquier Jean Monnet par exemple[1]. Comme tous les bons européistes, Obama a menacé, expliquant que non seulement de rester dans l’Europe c’était très bon pour les Anglais, mais que d’en sortir entrainerait certainement les pires calamités sur ce malheureux pays. On se demande pourquoi Obama se donne-t-il autant de mal. La première réponse qui vient à l’esprit est que le Brexit est en passe de l’emporter et donc qu’il faut bien tenter de l’empêcher. Bien évidemment si les avantages de l’Union européenne pour les Anglais, ceux-ci ne se poseraient même pas la question. Mais l’Union européenne dans tous les domaines démontre qu’elle ne sait qu’engendrer le chaos, et pas plus qu’elle ne sait faire face à une crise économique, elle ne sait pas gérer la question des migrants.

    Obama s’est donc tenu sur la ligne des banquiers de la City qui eux ont un véritable intérêt à l’Union européenne. Ce sont d’ailleurs eux qui ont sponsorisé une étude complétement bidonnée sur les pertes de revenu que subiraient les Anglais en cas de Brexit. Un chiffre a été avancé, cela coûterait 5,5% du PIB et donc aussi 950 000 emplois. Il n’est pas la peine de dire comment cette étude est bidonnée. Il ne circule pas de méthodologie, ni même à quelle échelle de temps ces 5,5% de perte se manifesteraient. Le but est évidemment de faire peur. Comme on peine à montrer les avantages de l’UE, on avance des hypothèses farfelues sur le coût.

    La seule question importante est de savoir comment les britanniques vont recevoir cette nouvelle leçon de l’Amérique. Il n’est pas certain que justement cette ingérence manifeste ne se retourne contre ceux qui la manigancent. Pour l’instant les sondages sont indécis, mais en la matière l’indécision est sans doute profitable au Brexit. Les pro-Brexit, Nigel Farage et Boris Johnson n’ont pas manqué de souligner l’incongruité de la posture d’Obama, avançant qu’un président américain, de surcroît d’origine kényane, n’avait pas les qualités voulues pour faire la leçon aux britanniques. Passons sur le contenu raciste de leur intervention[2], c’est la seule chose que les médias aux ordres ont voulu retenir. En vérité derrière le référendum sur le Brexit, il y a la question bien plus importante du TTIP. C’est cela qui intéresse d’abord les Américains : consolider l’empire face à la montée de l’émergence d’axes concurrents comme l’axe Moscou-Pékin qui se met en place doucement mais sûrement.

    On notera que les partisans du Brexit ont refusé de se trouver parrainés par Marine Le Pen qui voulait leur apporter son soutien. Mais les défenseurs britannqiues du Brexit ne veulent pas s’acoquiner avec un parti qu’ils identifient à l’extrême-droite[3]. 

    Manifestations en Allemagne

     Nouvelles de l’Europe, protectorat américain 

    En vérité, la tournée d’Obama en Europe a aussi pour but de resserrer les liens avec l’Allemagne, Merkel étant le meilleur porte-voix en Europe du TTIP. Il a donc été reçu en grande pompe pour venir vendre sa soupe aigre. Car si Merkel est le meilleur soutien du TTIP en Europe, l’Allemagne  est aussi le pays où ce TTIP est le plus vivement contesté. On sait que seulement 17% des Allemands – sans doute le patronat et les classes supérieures – y sont favorables. Ce qui ne fait pas beaucoup tout de même. Mais pire encore il y a deux ans, le soutien des Allemands à TAFTA était de 55%, c’est peu dire que d’affirmer que le soutien s’effrite, un peu comme quand on a fait cette longue campagne d’explication du TCE en 2005[4]. Or, le renouvellement du Congrès à la fin de l’année 2016 et l’élection présidentielle sont des événements à haut risque. En effet, les Etats Unis sont travaillés, comme le montre les succès des campagnes de Trump et de Sanders, par l’idée d’un retour au protectionnisme qui permettrait de relocaliser des activités industrielles dans le pays. Hillary Clinton devrait être la nouvelle présidente. Mais le succès des deux autres candidats que nous avons cités devrait l’amener à gauchir son programme économique. On sait par ailleurs que le Congrès est assez réticent pour voter le TTIP qu’il trouve trop favorable aux multinationales et pas assez à l’économie. Pour le TTIP, c’est un peu la même chanson, les études qui ont été commandées par Bruxelles montrent que le gain serait positif, mais tellement faible qu’il s’apparente plus à l’idée d’un aléa statistique. Mais plus récemment, c’est un rapport américain sur les gains potentiels du TTIP qui instillé le doute : les Américains seraient gagnant sur le plan financier, mais les Européens seraient perdants[5]. En outre, de nombreux désaccords européens se font jour, et la France traîne les pieds pour signer un tel accord. On comprend qu’Obama soit pressé. Le temps joue contre cet accord maudit, sans parler des mauvaises manières de la bureaucratie européiste qui a tenté longtemps de dissimuler le contenu des négociations. Plus le temps passe, et plus l’opinion publique en prenant connaissance de son contenu refuse cet accord.

     Nouvelles de l’Europe, protectorat américain 

    C’est dans ce contexte, juste avant la venue d’Obama en Allemagne, que les anti-TAFTA ont organisé une grande manifestation à Hanovre. Contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, l’Allemagne n’est plus un pays paisible, et la chancelière y est maintenant très contestée. En effet, les Allemands prennent l’habitude de manifester depuis plusieurs mois. Ils ne veulent ni du TTIP, ni des migrants : le parti AfD qui a le vent en poupe, vient de lancer une campagne contre l’accueil des migrants et prétend empêcher la construction de mosquées et de lieux de prières pour les musulmans, avançant même que l’islam est incompatible avec la constitution allemande[6]. Contrairement aux apparences, ces manifestations ont les mêmes racines : c’est l’Europe qui est contestée, et au-delà, la mondialisation. Et bien sûr c’est aussi le leadership américain de cette mondialisation qui fait apparaître celui-ci comme le grand organisateur de ce chaos. En tous les cas ces manifestations qui fleurissent un peu partout dans le monde, montre que les formes traditionnelles de la démocratie son contestées. Et si elles sont contestées c’est parce que le pouvoir ne prend pas garde à consulter le peuple et croit qu’il pourra tout lui faire avaler. On pourrait dire que c’est là le contrecoup de l’évolution vers la post-démocratie. 

    Elections en Autriche

     Nouvelles de l’Europe, protectorat américain 

    Les élections présidentielles en Autriche ont remis sur le devant de la scène l’extrême-droite. En effet, au premier tour, c’est le candidat du FPÖ qui est arrivé largement en tête avec plus de 36% des voix. Suivi par le candidat soutenu par les écologistes qui fait près de 20%. Les deux partis de gouvernement le SPÖ et l’ÖVP ne seront pas au second tour ! Il faut dire que ces deux partis se sont alliés pour gouvernement dans un sens qui ne déplaise ni à Bruxelles, ni aux milieux d’affaires[7]. Le monde parle pudiquement de l’usure des partis au pouvoir. C’est une analyse bien paresseuse. Le résultat est toujours le même ; lorsque les sociaux-démocrates s’allient avec la droite classique, ils disparaissent encore plus rapidement de la scène politique. Là encore c’est l’Europe qui est en question. La campagne a porté pour une très grande partie sur la question des migrants comme cela était prévisible. Les Autrichiens ont pourtant une économie qui fonctionne plutôt bien, le chômage est certes en augmentation depuis 3 ans mais, il reste limité à % de la population active. Cependant, depuis quelques mois la situation se dégrade[8] . Dans un tel contexte, l’arrivée massive des migrants joue un rôle de détonateur. Manifestement les Autrichiens ne croient pas que les migrants soient une chance pour leur pays. il n’est plus temps d’essayer de faire peur avec le retour de l’extrême-droite, ça ne marche plus. La montée de l’extrême-droite renvoie plutôt directement à l’incompétence des partis européistes qui ont failli. D’un point de vue tactique, de partout où l’alliance se fait entre la droite et la social-démocratie, c’est un désastre, ce sont les partis d’extrême-droite qui en profitent. Essentiellement parce que cette alliance prive les électeurs de possibilité d’alternance. Que ce soit dans un gouvernement ou dans la pratique du pouvoir, le fait qu’on ne puisse plus distinguer la droite de la gauche amène aussi une montée radicale de l’abstention.

     

    Ce rapide tour d’horizon montre que le projet européen est atteint en plein cœur. C’est ce qu’admet d’ailleurs Jean-Claude Juncker qui parle d’un effacement de l’idéal européen[9]. Mais il n’a pas la méthode pour ranimer un projet moribond qui a fait ma preuve de sa nocivité. C’est terminer, il faut maintenant passer à autre et reconstruire le monde de l’après-libéralisme. 

     

     


    [1] https://russeurope.hypotheses.org/4893

    [2] http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/brexit-boris-johnson-s-en-prend-a-obama-en-partie-kenyan_1785476.html

    [3] http://www.metronews.fr/info/marine-le-pen-indesirable-outre-manche-qui-pourrait-elle-rejoindre-sur-la-liste-des-bannis-du-royaume-uni/mpdy!uOWOg6IfGmEH6/

    [4] https://stoptafta.wordpress.com/2016/04/21/le-soutien-au-ttip-tafta-en-chute-libre-en-allemagne-et-aux-usa-sondage/

    [5] http://lesmoutonsenrages.fr/2015/12/25/un-rapport-americain-sur-le-ttip-est-sans-appel-les-europeens-nont-pas-grand-chose-a-gagner/

    [6] http://www.lepoint.fr/monde/allemagne-pour-l-afd-l-islam-est-incompatible-avec-la-constitution-18-04-2016-2033137_24.php

    [7] http://www.lemonde.fr/international/article/2016/04/24/l-extreme-droite-en-tete-au-premier-tour-de-l-election-presidentielle-en-autriche_4907829_3210.html

    [8] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/l-autriche-en-plein-marasme-economique-479813.html

    [9] http://www.euractiv.fr/section/politique/news/juncker-admits-europeans-have-lost-faith-in-the-eu/

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  •  Alain Guérin, La Résistance. Chronique illustrée 1930-1950, six volumes, Livre Club Diderot, 1972-1976

    Pour des tas de raisons différentes, un retour sur la Résistance s’impose. Dans un précédent billet[1], en faisant la recension de l’ouvrage de Pierre Laborie, j’ai essayé d’aborder la question des changements intéressés qu’il y a eu dans l’appréciation de ce mouvement contre l’occupation en France. L’ouvrage d’Alain Guérin c’est un peu autre chose. D’abord par son ampleur, ce sont six forts volumes illustrés qui sont parus dans les années soixante-et-dix et qui ont été republiés ensuite chez Omnibus dans une édition révisée mais sans les illustrations. Ensuite par le fait que Guérin n’est pas un historien de profession, sa méthode d’investigation pour rigoureuse qu’elle soit ne rentre pas tout à fait dans les canons universitaires. Elle est le résultat du travail long d’un citoyen politiquement engagé. Alain Guérin a été en effet un journaliste proche du PCF, travaillant pour L’Humanité, il ne cache pas ses sympathies. Il existe beaucoup de travaux sur la Résistance, depuis la Libération cela n’a jamais cessé. Des témoignages, des études plus ou moins générales, alimentent la controverse. Il y a aussi les monuments incontournables comme L’histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945 en 10 volumes d’Henri Noguères[2].  

     Alain Guérin, La Résistance. Chronique illustrée 1930-1950, six volumes, Livre Club Diderot, 1972-1976

    Légendes 

    Si ce sujet passione les Français, c’est d’abord parce qu’il renvoie à une période douloureuse où l’indétermination était coupable. Mais également parce que l’hsitoire a besoin de mythes et de légendes, et ici elle a de quoi s’alimenter. En effet on peut dire que les derniers héros de l’histoire de France sont les Résistants. Et c’est même sans doute pour cette raison que nous avons la nostalgie du général de Gaulle. A lire la chronique d’Alain Guérin, on se rend compte que notre pays, s’il a été marqué par l’action méprisables des collaborateurs, a engendré une quantité incroyable d’hommes et de femmes qui, sortant de l’ordinaire de la vie, se sont grandis dans des actions faites de courage et d’abnégation. Cela suffit d’ailleurs à prouver que la collaboration et la soumission au Maréchal Pétain n’était pas généralisée. Guérin met aussi l’accent sur cette dimension presque ludique de la Résistance, qui, si elle était une nécessité, incluait une part de jeu importante dans un environnement où la mort était toujours présente. Dans ce parcours on va découvrir des belles figures, certaines connues, d’autres moins parce que si elles n’ont pas manifesté moins de courage que les autres, elles ont souvent guère eu le temps de s’exprimer, fauchés à la fleur de l’âge.

      Alain Guérin, La Résistance. Chronique illustrée 1930-1950, six volumes, Livre Club Diderot, 1972-1976

    Leçons politiques 

    En 1940 la France subit une cruelle défaite. Cruelle parce qu’elle a été trahie justement par ses élites. Au premier chef, il y a l’Etat-major qui n’a guère été enthousiaste pour se battre et défendre la République. Bien au contraire, rapidement ils appelleront les soldats à se rendre à abandonner le combat, les livrant de fait aux Allemands qui les enverront facilement comme prisonniers dans leur propre pays. Cette trahison des militaires de haut rang – à des exceptions importantes et notables comme celle évidemment du général de Gaulle – a trouvé son pendant sur le plan politique avec le vote des pleins pouvoir au Maréchal Pétain d’une chambre pourtant élue du temps du Front populaire. On ne dira jamais assez de mal des députés socialistes qui ont voté cette ignominie, soit par lâcheté, soit par opportunisme et qui ont donc de fait contribué à l’écrasement de la République.

    Alain Guérin, La Résistance. Chronique illustrée 1930-1950, six volumes, Livre Club Diderot, 1972-1976 

    Simone Segouin jeune résistante de 18 ans, à droite, l’inauguration le 8 mai 2015 de la rue Simone Segouin à Courville sur Eure 

    Le second enseignement est que dans une France effondrée, déstructurée, occupée et pillée par la soldatesque allemande, les mouvements de résistance ont émergé spontanément à partir de petits groupes affinitaires qui, sans moyens, ont essayé de renverser le cours des choses. Ces groupes avaient des origines diverses et variées. Ils pouvaient venir de la droite comme de la gauche, s’appuyant sur des réseaux d’anciens militaires fâchés avec leur hiérarchie que sur des réseaux de syndicalistes et bien sûr de communistes. Et cela très tôt, dès l’été 40. Il est évident que le manque de moyens matériel, la répression de la milice et des Allemands a rendu l’émergence de la Résistance très difficile. Mais elle s’est faite, et plus le temps passait plus le mouvement grossissait, tout en améliorant son organisation. Mieux encore, malgré les grandes divergences politiques, ce mouvement non seulement a réussi à s’unifier, mais il a accouché d’un programme, le fameux programme du CNR, qui définissait la nécessité de reconstruire la France sur des bases renouvelant aussi bien ses institutions, que son économique et les rapports sociaux dans leur ensemble. C’est ce projet qui va servir de base pour le redressement de la France et qui est aujourd’hui démantelé année après année par le patronat et ses serviteurs[3]. Bien entendu cela n’a pas été sans heurts, les Résistants étaient très divisés politiquement, les coups tordus ont été légions, et puis les Allemands avaient une grande faculté à se servir des oppositions entre les différentes tendances. Mais enfin, cela s’est fait tout de même.

      Alain Guérin, La Résistance. Chronique illustrée 1930-1950, six volumes, Livre Club Diderot, 1972-1976

    Il faut retenir aussi que le mouvement de la Résistance s’est développé rapidement : en effet cette période atroce de notre histoire n’a pas été très longue, à peine quatre ans entre la défaite et le débarquement américain. Soit moins qu’un quinquennat ! Il va de soi que ces années ont compté plus que d’autres par les ravages qu’elles ont engendrés en Europe et dans le monde. Mais on se prend à rêver sur ce qu’il nous serait possible de faire en quelques années pour changer le cours des choses. 

    La place du parti communiste 

    C’est un élément de controverse, pour les uns, le fait que la direction du parti ait tenté de faire reparaitre L’Humanité en pleine occupation s’expliquerait par le pacte germano-soviétique : c’est la thèse de Stéphane Courtois, anticommuniste de profession qui repose plus sur des interprétations que sur des faits avérés[4]. Alain Guérin fait pièce à cette simplification abusive. D’abord il va de soi qu’il ne faut pas confondre le comportement de la base et celle du sommet. En 1940 le parti communiste est pourchassé, criminalisé, la base est coupée de sa hiérarchie. L’anticommunisme de Vichy et des Allemands, que certains à droite voyaient comme le dernier rempart face au bolchévisme, prédisposaient forcément les militants communistes à la Résistance, pacte germano-soviétique ou non. Il va montrer également comment les communistes, même ceux de haut rang, auront été surpris par cette signature. Mais Alain Guérin montre que quoi qu’il en soit des atermoiements de la direction les militants communistes ont commencé à entre en résistance dès l’été 1940. Il est donc complètement malhonnête de laisser entendre que les communistes n’auraient commencé de résister qu’après l’entrée en guerre de l’Allemagne contre la Russie. En outre la position du PCF était originale puisque contrairement aux gaullistes qui voulaient que la Résistance se dévoue au renseignement et à la préparation du débarquement, les communistes voulaient construire une armée du peuple pour chasser l’occupant.

      Alain Guérin, La Résistance. Chronique illustrée 1930-1950, six volumes, Livre Club Diderot, 1972-1976

    Bien que l’on sache où vont les sympathies de Guérin, il ne masque pas le fait que le PCF a usé et abusé de son rôle dans la Résistance pour faire la propagande de ses idées politiques et revendiquer le titre de parti des fusillés. Il ne manque pas non plus de développer la place de la Résistance gaulliste et de la figure du général de Gaulle. 

    Une culture de mort 

    Laissons là ces controverses nombreuses. Guérin consacre une grande partie de son travail à montrer comment les occupants et leurs valets étaient tributaires d’une culture de mort. Ce n’est pas seulement les résistants qui étaient visés, mais les Français en général que l’on voulait terroriser par des actes d’une barbarie inouïe. Les otages, les tortures massives, les exécutions sommaires et bientôt les massacres de populations entières, femmes, enfants, vieillards, comme à Oradour-sur-Glane[5], sont le lot commun de cette entreprise. Bien sûr on peut ajouter l’industrialisation de la mort dans les camps. Guérin montre d’ailleurs la continuité qu’il y avait entre les systèmes répressifs de Vichy, de Franco et d’Allemagne bien entendu.

    Cette culture de mort était la marque de fabrique des fascismes européens : Viva la muerte ! était le cri de guerre de la légion franquiste. Cette sorte de haine de soi comme programme politique se retrouve du reste aujourd’hui dans des entreprises comme celles de Daesch. La Résistance est aussi l’opposition à cette culture de mort et nécessairement le temps de l’espérance et d’un appel à la vie.

     Alain Guérin, La Résistance. Chronique illustrée 1930-1950, six volumes, Livre Club Diderot, 1972-1976 

    Toutes ces fillettes d’Oradour-sur-Glane seront massacrées par les nazis 

    Ecriture 

    L’ouvrage est découpé en chapitres qui forment une unité et qui peuvent se lire indépendamment les uns des autres. Il traitera aussi bien de la vie des résistants à Londres que de celle des communistes à Moscou. Bien qu’il soit difficile d’être objectif dans ce genre de travail, Guérin dresse des portraits très nuancés des résistants, à commencer par de Gaulle dont il salue le rôle unificateur mais dont il souligne les ambiguïtés. Il le montrera changé sous l’épreuve de ce combat dont il prend la tête. Il ne cache rien non plus des difficultés des communistes au moment du pacte germano-soviétique, ni non plus des déchirements parfois tragiques des différents groupes de résistants. Il y a un devoir d’honnêteté dans cet ouvrage qui doit être salué. Le style est très bon, traversé évidemment par l’amour de son auteur pour son sujet.

     Alain Guérin, La Résistance. Chronique illustrée 1930-1950, six volumes, Livre Club Diderot, 1972-1976 

    Scène du maquis 

    Mais il situe aussi le développement de la Résistance dans le contexte des combats militaires, que ce soit dans la bataille de Russie qui sera le tombeau de l’armée allemande que dans les prémisses du débarquement. Tout au fil de l’ouvrage on voit se profiler une opposition constante entre la conception gaulliste et militaire d’une résistance servant principalement d’appui au débarquement allié, et une résistance plus accès à la lutte directe et militaire à coups d’attentats et de sabotages qui conduira aux maquis : c’était l’idée latente des communistes qui pensaient que le peuple français devait produire sa propre armée de libération et ne pas attendre l’intervention extérieure pour agir. La réalité sera une sorte de compromis finalement représentant assez bien ce qu’était la France en cette période, même si de nombreux résistants ont pu regretter à cette époque que le redressement de la France ne se fasse pas sur une base plus « révolutionnaire ».

     

    Lien

     

    Léo Ferré chante L’affiche rouge

    https://www.youtube.com/watch?v=6HLB_EVtJK4

     

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/pierre-laborie-le-chagrin-et-le-venin-bayard-2011-a125465928

    [2] La première édition en 5 volumes est parue entre 1967 et 191 chez Robert Laffont et la seconde révisée en 10 volumes chez Crémille Farmot en 1982.

    [3] Denis Kessler, ancien maoïste reconverti en chantre du libéralisme sauvage, il est devenu le numéro du MEDEF et s’est fait remarquer en 2007 en avançant dans Challenges du 4 octobre  de cette année, que le but était de « défaire méthodiquement le programme du CNR », politique que Sarkozy et Hollande ont mise en application.

    [4] Ancien maoïste défroqué, il a fait sa thèse sous la direction d’Annie Kriegel, elle aussi communiste défroquée, guère portée sur la nuance à cause de ses engagements passés. Stéphane Courtois  se fera connaitre par Le livre noir du communisme, publié en 1997 chez Robert Laffont, et qui engendrera des polémiques à n’en plus finir.

    [5] Mais il y a des dizaines d’Oradour-sur-Glane, en France et ailleurs.

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  •  Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

    A l’heure du probable Brexit, les mauvaises nouvelles en provenance de l’Europe sont très nombreuses et sont autant de raisons pour en sortir au plus vite. Revenir aux souverainetés nationales n’est pas seulement une obsession maniaque pour retrouver les anciennes gloires des nations en train de disparaître. Le mal est bien plus profond que cela. Le maintien d’une Union européenne à 28, et plus encore l’intégration monétaire non seulement poursuit les politiques austéritaires, mais en outre retarde le moment où on pourra enfin transformer le système économique en profondeur. Il n’échappe à personne que le capitalisme financier et mondialisé a fait des ravages sur toute la planète, la pauvreté augmente, l’environnement est atteint comme jamais, et les pays riches subissent de plein fouet les politiques de régression en matière de droit du travail comme en France avec la loi El Khomri. Or la transformation sociale que beaucoup appellent de leur vœux, en France, aux Etats-Unis et ailleurs, ne peut pas se faire sans retrouver une assise démocratique. Alors que certains pensaient que le leader du parti travailliste était un eurosceptique, le voilà qu’il fait campagne pour le maintien du Royaume Uni dans l’Union européenne. Il ne se passe pourtant pas un jour sans que la démonstration ne soit faite que l’Union européenne et ses différentes boutiques non seulement travaillent pour le grand capital, mais en outre sont complétement corrompues. La démonstration en a été faite encore cette semaine avec les décisions prises aussi bien par le parlement européen que par la Commission européenne elle-même.

     

    Le sinistre Corbyn

      Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

    Certains se sont illusionnés sur la nomination de Corbyn à la tête du parti travailliste. Ils pensaient sans doute que celui-ci allait avancer dans la voie des politiques anti-austéritaires, et donc qu’il militerait pour une politique de rupture avec le libéralisme. Mais alors que David Cameron pour cause de Panama Papers a de plus en plus de difficultés pour défendre l’idée de rester dans l’Union européenne, et alors que les sondages montrent que le Brexit pourrait bien l’emporter le 23 juin prochain, Corbyn est venu appuyer l’idée que le Royaume Uni devait rester dans l’Union européenne. Comme tout bon européiste, il soutient que l’Union européenne aurait tout de même apporté des emplois et de la croissance. Et donc qu’en sortir ce serait pire que le mal. Mais bien sûr la démonstration ne suit pas. Les deux graphiques ci-dessous montrent que Corbyn est un menteur, le taux de chômage dans l’Union européenne et plus encore dans la zone euro est bien plus élevé qu’il n’est aux Etats-Unis[1]. Comme pour Tsipras on fera la remarque qu’il ne suffit pas d’enlever la cravate pour affirmer une tendance de gauche radicale.

      Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

    Le simple fait d’ailleurs que le taux de chômage soit plus élevé dans la zone euro que dans l’UE montre suffisamment – à moins d’être de mauvaise foi – que plus l’Europe est intégrée et plus le chômage est fort. La raison en est que l’Union européenne étant fondée sur la compétition entre les nations conduit nécessairement à la concentration du capital te donc par suite à un affaiblissement de la croissance et de l’emploi. Si dans cet océan de chômage que représente l’Union européenne, le Royaume Uni reste un peu protégé cela est dû à la fois à sa situation de place financière de rang mondial, mais aussi au fait que comme le Danemark et la Suède, ce pays ne subit pas la punition de la monnaie unique et conserve des marges de manœuvre importantes dans l’élaboration de sa politique monétaire et budgétaire.

      Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

    Mais en bon petit soldat de l’européisme, Corbyn vend l’idée qu’en y participant, on pourra enfin infléchir les politiques européennes. En quelque sorte comme n’importe quel social-traitre, il nous vend l’idée éculée d’une Europe sociale à venir. Cette affirmation sans fondement appelle deux remarques :

    1. tout d’abord, elle ne tient pas compte du fait que lorsque les sociaux-démocrates dominaient en Europe dans les années 80 et 90, il ne s’est rien passé de positif pour une Europe sociale, on la renvoyait toujours à un improbable après, et d’ailleurs les traités qui ont été signés ne le permettraient pas suivant cette fameuse règle de l’unanimité qui verrouille la construction européenne pour les décennies à venir. L’exemple de Tsipras est également là pour nous prouver que cette idée est stupide.

    2. ensuite, il y a le fait que la proposition de rester dans l’Union européenne de Corbyn revient à priver les peuples de leurs décisions et à les soumettre à une logique de délégation de pouvoir qui est tout sauf démocratique. 

    Corruption 

    Le parlement européen s’est fait remarquer cette semaine en prolongeant de 7 ans la possibilité pour Monsanto de continuer de vendre en toute légalité le glyphosate popularisé sous le nom de Round up depuis une quarantaine d’années. C’est un produit qui est dénoncé depuis très longtemps comme cancérigène et qui a été classé par le CIRC (Centre International de Recherche sur le cancer) en mars 2015 comme   une substance très   dangereuse. Or le CIRC est une dépendance directe de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), et pas du tout une organisation gauchisante ou écologiste. Comme le soulignait un article du Monde[2] la Commission européenne s’abrite derrière une soi-disant étude de l’EFSA, dont l’opacité a été dénoncée. L’EFSA est une dépendance de la Commission européenne. Bien évidemment pour que le parlement ait voté une telle mesure qui fait hurler, il faut qu’il se soit vendu. Sans doute qu’un parlement national n’aurait pas osé ce genre-là, ou du moins les lobbies y seraient moins institutionnalisés.

      Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

    Une autre décision du parlement européen qui a été adoptée est celle qui concerne la directive sur le secret des affaires. Là encore Le monde parle de directive controversée, comme pour la précédente mesure sur le glyphosate. C’est un euphémisme ! Que dit cette directive ? Elle a été portée par les députés européens de droite, le PPE, très proches des milieux d’affaires. L’idée vendue est qu’il serait nécessaire de protégé le secret des affaires dans la dure compétition mondiale. Mais en réalité, il s’agit surtout de ne pas divulguer les preuves de malversation des entreprises. Autrement dit, avec une telle directive, les journalistes qui ont informé sur les Panama Papers seront passibles d’être poursuivis judiciairement. Evidemment cette directive n’est pas née dans l’esprit des parlementaires eux-mêmes, mais elle avait été préparée depuis 2013 par la Commission européenne. Les députés qui ont voté ce texte ont vendu l’idée qu’il ne s’agissait pas de restreindre la liberté d’informer, dès lors que les « lanceurs d’alerte » mettraient au jour des pratiques illégales. Mais on voit bien ce qui ne va pas ici : en effet Mossack Fonseca est une entreprise financière qui couvre des pratiques légales d’optimisation fiscale. Le scandale, ce n’est pas seulement que Balkany ou Cahuzac planquent un peu de leur argent indûment gagné pour échapper au fisc, mais aussi que les multinationales et les banques utilisent les possibilités du Panama pour, en toute légalité, payer moins d’impôts ! Et c’est bien ce genre de pratique qui sera désormais grâce à l’Europe passible de poursuites pénales.

      Encore des mauvaises nouvelles de l’Europe

    Une fois de plus les faits montrent comment l’Europe s’affirme comme une dictature « soft », un véhicule de la corruption. Face à cette situation qui s’aggrave année après année, il n’y a qu’une solution, en sortir au plus vite.  Certes ce n’est pas suffisant, mais c’est seulement quand nous serons sortis de ce bourbier que l’on pourra recommencer à faire de la politique et à pouvoir avancer de nouveaux principes économiques et sociaux.

     

    Liens

     

    http://www.humanite.fr/encore-7-ans-de-sursis-pour-le-glyphosate-604699

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/04/14/le-parlement-europeen-adopte-la-directive-sur-le-secret-des-affaires_4902340_3234.html

    http://www.rfi.fr/europe/20160414-royaume-uni-eurosceptique-corbyn-union-europeenne-brexit

    http://www.touteleurope.eu/revues-de-presse/detail-revue-de-presse/revue-de-presse/brexit-jeremy-corbyn-lance-les-travaillistes-dans-la-campagne-pour-le-maintien.html

     

     


    [1] Même si on peut discuter évidemment de la qualité des statistiques du chômage aux Etats-Unis : http://www.alterinfo.net/LE-VRAI-CHIFFRE-DU-CHOMAGE-AUX-ETATS-UNIS-13_a20222.html

    [2] http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/03/28/roundup-le-pesticide-divise-l-union-europeenne-et-l-oms_4891222_3244.html

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  •  Nuit debout : de nouveaux acteurs politiques

    Leçons faites à la jeunesse 

    Les différentes formes de protestation de ce mois d’avril, malgré un printemps qui n’est guère en avance, ont au moins ce mérite qu’elles ont fait sortir le loup réactionnaire du bois de la pensée unique où il s’était réfugié. D’abord surpris par le caractère à la fois spontané et finalement très organisé des Nuits debout, la classe politicienne de profession y a ensuite montré son hostilité. Ce sont évidemment et par nature, la droite traditionnelle qui est intervenue pour baver sur ce mouvement. On a vu l’ineffable François Fillon, Bruno Lemaire et quelques autres ténors des Ripoublicains expliquer qu’à l’époque de l’état d’urgence des rassemblements politiques de cette nature devraient être interdits. L’ancien ministre de l’éducation de Sarkozy, par ailleurs universitaire et pourfendeur de Mai 68, Luc Ferry, a décidé que ces Nuits debout étaient anti-jeunes et pro-chômage. Venant de quelqu’un qui n’a jamais travaillé et qu’i s’était fait épinglé dans le temps pour ne même pas remplir ses obligations statutaires, cela ne manque pas de sel[1]. Nez connaissant rien des  mécanismes économiques, il donne tout de même son avis. Au passage, mais on s’en serait douté, il a souligné combien la démarche de Macron lui plaisait. Sans le dire on comprend qu’il préfère Les jeunes avec Macron aux Nuits debout.

     Nuit debout : de nouveaux acteurs politiques 

    Les « socialistes » dont le parti est une des cibles principales des Nuits debout, par la voix de Cambadélis ont mis en garde contre les violences qui pourraient s’en suivre. Anne Hidalgo, après avoir signalé que les Nuits debout étaient une privatisation non autorisée de l’espace public, a, elle aussi, repris l’antienne de la violence pour signaler que dans ce cas les places occupées seraient évacuées par les forces de l’ordre. Et ça continue comme ça avec Claude Askolovitch ; pseudo journaliste, d’un pseudo journal, Slate, qui nous explique combien c’est honteux que la jeunesse aille demander des comptes au premier ministre alors qu’il travaille pour la France au lieu de déconner la nuit à palabrer sur tout et n’importe quoi[2]. Ces prises de position des « socialistes » et de ce qu’il leur reste d’affidés montrent à quel point la divergence entre le peuple et les soi-disant élites est profonde.

    Bref nous voyons que comme à l’ordinaire dès qu’un mouvement spontané surgit en marge des structures de la vie politique ordinaire et ronronnante, on va trouver des vieux cons qui viendront donner leur avis, alors qu’ils n’ont pas la même sévérité avec les professionnels de la politique qui pourtant sont directement responsables de la décomposition d’un système économique, social et politique. En effet, il est facile de comprendre que le mécontentement de la jeunesse aujourd’hui est directement le résultat de la politique menée par l’UMPS depuis au moins le début des années 2000. La loi El Khomri est la goutte d’eau qui a finalement fait déborder le vase, et il est heureux que la jeunesse essaie justement de regarder au-delà de cette loi pour tenter de réformer dans un sens positif cette société bien peu attrayante qu’on leur offre et qui est en train de mourir sous nos yeux. 

    Popularité d’un mouvement 

     

     Nuit debout : de nouveaux acteurs politiques

    Ainsi que le montre un sondage récent, le mouvement Nuit debout, est populaire, et soutenu par la population[3] même si cela déplait au gouvernement. Mais plus encore, seule la droite traditionnelle, celle des Ripoublicains est ouvertement hostile. Le peuple de gauche est à presque 80% derrière la jeunesse. Ce qui veut déjà dire clairement qu’il ne se reconnait pas dans cette gauche de gouvernement qui s’est alignée sur la doxa libérale de la droite, en tout et sur tout : ce simple fait condamne déjà la tendance Hollande, Valls et Macron au sein de la gauche à disparaître en 2017. On remarque également que les sympathisants du FN trouvent eux aussi ce mouvement à leur goût. Ce qui pourrait paraître curieux pour un parti d’extrême-droite, mais qui est en réalité le résultat de la politique de dédiabolisation de Marine Le Pen, sans laquelle ce parti serait resté l’entre-soi de pétainistes nostalgiques et de déçus de l’Algérie française. Comme on l’a souligné déjà sur ce blog, c’est le résultat de la grande hétérogénéité de ce parti, cette même hétérogénéité qui le conduira sans doute aussi à sa perte.

     Nuit debout : de nouveaux acteurs politiques
     

    Bien que sa forme sorte de l’ordinaire, les Nuits debout connaissent donc une grande popularité. Cela est dû bien évidemment au rejet des formes traditionnelles de la politique dans lesquelles on va voter une fois tous les cinq ans pour envoyer des représentants gouverner à notre place, et puis le reste du temps on reste passivement à attendre le prochain tour. On le voit bien depuis quelques années, et cela est forcément la conséquence de la crise qui s’est développée à partir de 2008 : de partout la jeunesse se mobilise à la marge des partis traditionnels. Cela a été le cas en Grèce, en Espagne, mais aussi aux Etats-Unis et maintenant en France. Parti de Paris, le mouvement a essaimé aussi en province : Grenoble, Toulouse, Nice, Marseille, aux quatre coins de la France. Le concept de la Nuit debout s’exporte maintenant à l’étranger[4] ! Le 9 avril, c’était Bruxelles, Valence, puis à Berlin. A Berlin, il faut d’ailleurs rapprocher ce mouvement des manifestations contre TAFTA qui ont réuni aussi énormément de monde. Il ne faut pas oublier d’ailleurs qu’une des raisons de la loi El Khomri est de préparer le marché du travail français à une mise en conformité avec la signature des accords TAFTA.

     Nuit debout : de nouveaux acteurs politiques

    Nuit debout à Berlin

    En Allemagne on remarque que ce mouvement anti-TAFTA s’est construit, comme en France la mobilisation contre la loi El Khomri en dehors des partis traditionnels et à partir d’une pétition qui a réuni plus de 3 millions de signatures[5]. Ici encore c’est l’économie au service des multinationales qui est dénoncée. On remarque aussi qu’au moment où le mouvement Nuit debout s’approfondi, les Français ont une image de plus en plus négative du MEDEF[6]. Et cette méfiance des Français face aux exigences du patronat dans tous les domaines, fait paraître pour le moins ringard le mouvement En marche ! de Macron qui en est presqu’ouvertement l’émanation. Il va de soi que le sous-produit d’En marche !, Les jeunes avec Macron, a rapidement vieilli. C’est déjà un échec pour le ministre de l’économie.

    Nuit debout : de nouveaux acteurs politiques 

    Manifestation monstre à Berlin contre TAFTA

     

    Processus d’autoéducation

     

    Beaucoup ont reproché à Nuit debout d’être faible de contenu sur le plan politique, au prétexte que les participants ne sont pas capables de faire émerger un programme clair de revendications, ou même des propositions de réformes des institutions et de la société. Ils se contenteraient donc de critiquer le capitalisme en général sans aller guère plus loin. Mais en même temps il est normal que des jeunes gens qui ne sont pas très formés sur le plan politique cherchent par eux-mêmes leur propre voie. Comme en Mai 68, il y a un processus d’autoéducation qui peut aussi aller très vite. Et de toute façon les partis plus traditionnels, petits ou grands, sont tellement rongés de leurs contradictions qu’ils n’ont certainement pas de leçons à donner. En tous les cas il y a dans ces Nuits debout un aspect sérieux, une volonté d’apprendre et d’avancer qui est encourageante.

    Déjà d’avoir fait les Nuits debout c’est un succès immense et un acte politique majeur, quel que soit le destin de ce mouvement. Cependant il est très différent de Mai 68, malgré quelques traits communs. D’abord parce qu’il ne s’appuie pas sur une grève générale de grande ampleur qui paralyse le pays. Et pour l’instant la grève générale bien que certains y appellent semble un objectif inatteignable. Aussi bien parce que le taux de chômage est très élevé, que la syndicalisation est très faible, que parce que la désindustrialisation a détruit l’armée des prolétaires. le graphique ci-dessous montre que c’est juste après 1968 que le nombre des travailleurs de l’industrie a commencé de décliner, tandis que le nombre de ceux des services explosait pour devenir dominant. On voit qu’aujourd’hui il serait vain de prôner une révolution prolétarienne. Mais les Nuits debout servent aussi à imaginer un monde nouveau en repensant le travail, la consommation et la production dans un environnement ravagé par les excès en tout genre de l’industrie. En effet, la question reste économique et conditionne tout le reste de la vie sociale.

     Nuit debout : de nouveaux acteurs politiques

     

     

    Nul ne sait combien de temps ce mouvement tiendra encore, pour le moment, il s’étend en province. Manifestement le gouvernement joue la montre, se disant que les étudiants vont après les vacances retourner à leurs études et cesser de battre le pavé. Il avance donc des petites reculades pour laisser croire que les étudiants peuvent avoir satisfaction sur quelques petits points secondaires de la réforme tout en conservant l’essentiel, c’est-à-dire l’inversion de la hiérarchie des normes. A l’UNEF, qui fut longtemps la courroie de transmission du P « S », certains jouent ce jeu. Cela permet à la droite officielle, comme au MEDEF de critiquer le gouvernement pour ses inconséquentes reculades, prétendant qu’avec ses aménagements, il l’a vidée de son contenu positif. Il reste cependant le fait que personne n’a jamais démontré que la flexibilité du marché du travail, si elle permettait d’accroître les profits,  créait des emplois.

     

    Nuit debout : de nouveaux acteurs politiques

    En Mai 68 tout le monde pouvait prendre la parole 

    En attendant un tel mouvement ne peut attirer que des convoitises : les partis de gauche ou gauchistes sont tellement exsangue de militants qu’ils vont avoir le désir de tenter de le récupérer. Ils le feront au motif éculé selon lequel sans un encadrement fort et une doctrine solide, ce mouvement ne mènera à rien. Et croyant être mieux armés pour le guider, ils tenteront de s’ériger en leader. Mais il n’y a pas besoin d’aller théoriser bien loin la fausseté de cette démarche, l’incapacité des groupes gauchistes, comme celle des partis de gauche plus traditionnel, le PG ou le PCF, a lancé eux-mêmes un tel mouvement suffit à les disqualifier pour en prendre la tête. Et on a vu fort justement les Nuits debout se défendre assez vivement de la récupération[7]. Il est d’ailleurs possible de penser que dès que ce mouvement se transformera en parti, il sera mort. En effet, il a un fonctionnement collectif, et ne dépend donc pas d’une hiérarchie, ni même d’un programme. Il est aussi bien le programme que son application !

     

     


    [1] http://www.bfmtv.com/politique/luc-ferry-bourdin-direct-bfmtv-965884.html

    [2] http://www.slate.fr/story/116589/apero-valls-haine-joyeuse

    [3] http://www.itele.fr/france/video/60-des-francais-soutiennent-le-mouvement-nuit-debout-160621

    [4] http://www.lalibre.be/actu/belgique/des-centaines-de-belges-passent-la-nuit-debout-a-bruxelles-5707d1fd35708ea2d456ff97

    [5] http://tendanceclaire.org/breve.php?id=15118

    [6] http://www.latribune.fr/economie/france/l-image-du-medef-se-degrade-aupres-des-francais-563335.html

    [7] http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20160407.OBS8030/nuit-debout-la-recuperation-politique-est-dans-toutes-les-tetes.html

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