•  Attentats à Bruxelles

    On a l’impression d’une répétition des images qu’on avues et revues depuis les attentats de novembre 2015. Des images d’une mort absurde, des êtres ravagés par la douleur et la peur. Ce que nous avons connu à Paris semble s’étendre maintenant à d’autres pays européens. Le cauchemar se répète et nous nous sentons maintenant solidaires de ces malheureuses victimes.

      Attentats à Bruxelles

    La Belgique est maintenant touchée par de nouveaux attentats. Revendiqués par l’Etat Islamiques, il semblerait qu’il s’agisse d’attentat-suicide. Deux lieux ont été ciblés, l’aéroport de Bruxelles et la station de métro Maelbeek située dans le quartier des institutions européennes. Il y a de nombreux morts plus de 30, et au moins deux cents blessés. La Belgique est en deuil, mais les Français qui ont subi les attentats de janvier 2015 et du 13 novembre dernier se sentent forcément solidaires. On remarquera que ces attentats interviennent juste après l’arrestation dans Molenbeek, quartier populaire de Bruxelles, de Salah Abdesalm un des terroristes recherchés pour les attentats de Paris justement. On s’est aperçu à cette occasion que dans ce même quartier de nombreux djihadistes avaient séjourné, ce qui a permis à certains journalistes de qualifier Molenbeek de plaque tournante du terrorisme en Europe. De là à penser qu’il y a un lien entre les deux événements, on ne franchira pas ce pas. Bien sûr le lien est possible, mais pour l’instant je ne le crois pas parce que cela voudrait dire que l’Etat Islamique est bien plus puissant qu’on ne le pense généralement, étant capable de réagir immédiatement à l’arrestation de l’un des siens.

    Attentats à Bruxelles

    Deux des suspects identifiés dans ces attentats seraient les frères El Bakraoui qui connaissaient Abdesalm et qui auraient participé aux attentats de Paris. Mais des attentats tels que ceux de Bruxelles ne peuvent être mis en place sans un minimum de préparation. Le deuxième point est de savoir que visait l’EI à travers ces attentats ? La Belgique ou l’Europe en tant qu’institution ? Les choses ne sont pas très claires sur ce point. Certes il est dit que l’Etat Islamique frappe la Belgique parce qu’elle est un Etat croisé, et donc qu’elle est punie comme tous les Etats croisés qui se mettent sur la route de l’EI, mais les explosions au métro Maelbeek semble dire aussi autre chose.

      Attentats à Bruxelles

    Le but était de faire le maximum de victimes dans des zones denses de passage et de frapper indistinctement ceux qui se trouvaient là par hasard. Ces actes de terreur visent à déstabiliser les populations justement à un moment particulier où l’Europe n’arrive pas à se sortir de cette crise des migrants. Ces mêmes migrants qui ont été désignés par le Pape comme des envahisseurs[1]. Le nombre des attentats islamistes dans le monde entier est impressionnant. Rien que depuis le début de 2016 on en compte une trentaine. Tout se passe comme si il y avait une accélération : au fur et à mesure que l’Etat Islamique perd du terrain en Syrie et en Irak[2], un autre front se développe en Europe ou en Afrique. 

     

     Attentats à Bruxelles

     

     

     

    L’inconsistance d’une analyse sociologique des attentats 

    Face à une telle récurrence d’attentats meurtriers, il faut se poser la question de savoir quel est leur but. Certes on comprend bien qu’il s’agit de faire des morts, beaucoup de morts et de choquer l’opinion. Mais cela n’est pas un véritable but. Pour l’instant on a tendance à considérer que les attentats sont perpétrés par des individus un peu simples d’esprits, des déclassés, des marginaux. Et qu’au fond si nous avions été plus aimables avec ces immigrés, si on les avait mieux soignés, ils n’en seraient pas venus à de telles extrémités[3]. Ces analyses sociologisantes qui sont assez présentes sur la gauche de l’échiquier politiques sont à tout le moins insuffisantes :

    1. parce qu’elles ne disent strictement rien sur les buts des commanditaires et ne s’intéressent qu’aux exécutants des basses œuvres. Même si on considère que cela est vrai pour les poseurs de bombes, cela ne dit rien des buts de guerre de l’EI ou des organisations assimilées ;

    2. parce que ni la pauvreté ni le déclassement ne peuvent expliquer des conduites de mort de ce type. Il est facile de voir, pour ceux qui ont un peu de mémoire, que dans les années 50-60 le nombre des pauvres en France était très élevé, ceux-ci vivaient dans un état de dénuement qui ne peut se comparer en rien avec ce que peuvent vivre les pauvres immigrés dans les cités. En ce temps les pauvres vivaient dans des logements insalubres – même pas de douche – souffraient de la faim  et du froid. Et si souvent ils se révoltaient ils n’allaient pas pour autant faire sauter des innocents en se faisant exploser au milieu de la foule.

    L’explication sociologisante ne tient pas debout, non pas parce que les auteurs des attentats ne seraient pas des déclassés, mais parce qu’elle n’explique pas les causes profondes de ces attentats. Elle fait comme si le seul ressentiment expliquait des actes meurtriers, comme si les auteurs de ces attentats décidaient tous seuls dans leur coin de se faire sauter. Or ces attentats revendiqués par l’EI ne sont pas des entreprises individuelles, mais des entreprises coordonnées par une organisation armée militairement et idéologique qui affiche ses buts de guerre. Autrement dit ces terroristes agissent au sein d’une organisation, au nom d’une idéologie politico-religieuse et dans le but de gagner une guerre. 

     

    Quel est le lien de Daech avec l’impérialisme américain ?


    La seconde fausse piste dans l’analyse des attentats est de les considérer comme la réponse du berger à la bergère. Autrement dit « nous occidentaux » nous sommes des fauteurs de guerre et nous ne récoltons que ce que « nous » avons semé. C’est une approche qui plait assez à l’extrême-gauche. Elle suggère que les pays musulmans sont toujours sous la domination de l’impérialisme américain, et donc malgré les dégâts collatéraux et les condamnations de façade de ces attentats, la responsabilité ultime de ceux-ci en revient toujours aux occidentaux.

    Cette approche est doublement fausse. D’abord parce qu’elle suggère que les pays arabes n’ont aucune autonomie dans leurs trajectoires politiques et n’agissent qu’en réponse à une attitude prédatrice et arrogante des occidentaux. Evidemment nous avons tous conscience de la responsabilité des Etats-Unis dans l’émergence des monstres comme Daech ou Al Qaïda. Dire le contraire serait irresponsable. Mais ce n’est que la moitié du problème. Parce que cela n’explique en rien l’offensive politico-religieuse du salafisme qui se développe à partir du milieu des années soixante-dix, c’est-à-dire après le premier choc pétrolier, quand les pays du Golfe, grands financiers du Djihad, commencent à avoir des moyens illimités pour entretenir les groupes armés, pour financer des imams qui iront prêcher la bonne parole aux quatre coins de la planète. Il est curieux de ne pas voir que cette tendance à la guerre est la continuation par d’autres moyens de l’impérialisme arabe ancien et conquérant des VIIème et VIIIème siècles. C’est pourtant de cet impérialisme islamiste conquérant  dont se revendique l’action de Daech. C’est bien lui faire injure que de ne pas prendre cette affirmation au sérieux.

    Le second aspect de la question est que l’EI frappe indistinctement des pays occidentaux impliqués dans les frappes sur la Syrie et des pays très éloignés, des pays  d’Afrique noire par exemple qui n’ont rien à voir ni de près ni de loin avec le commerce des armes ou même avec les batailles qui se déroulent en ce moment au Moyen-Orient. Mais ces attentats ont tous comme objectif d’étendre l’emprise territoriale de l’EI et confirme que celui-ci a une logique propre qui est indépendante des errements de la politique étrangère américaine. Le caractère religieux de cette guerre se lit également dans les attentats de l’EI contre les Chiites. Par exemple le 29 janvier dernier un kamikaze de l’EI se fait sauter à l’intérieur d’une mosquée chiite  à Al-Asha en Arabie Saoudite[4].

     Attentats à Bruxelles 

     

    Sommes-nous en guerre ? 

    Ce sombre tableau montre que nous n’avons guère le choix : nous sommes en guerre contre une nouvelle forme de totalitarisme, ce que certains ont appelé l’islamo-fascisme[5]. Ce vocable a été utilisé semble–t-il pour la première fois par Manuel Valls au début de l’année 2015. Certes ce concept est des plus flous puisque certains s’en servent pour critiquer la conception autoritaire d’Erdogan dans la pratique du pouvoir, Erdogan qui de temps à autre se réfère à Hitler comme bon exemple de ce qu’il faut faire, mais ce concept peut viser aussi Daech dont les relations avec le pouvoir turc ne sont pas sans ambigüités. Mais en tous les cas il y a bel et bien une mouvance islamiste qui vise à la corruption et à la destruction du pouvoir démocratique en Europe. L’Europe est considérée à juste titre comme le ventre mou de la démocratie : espace décadent aux frontières complètement ouvertes du fait de la rhétorique de la liberté de circulation des hommes, des capitaux et des marchandises, ses formes institutionnelles ont affaibli les Etats nationaux qui la composent et la rende très vulnérable aux attentats, d’autant qu’elle compte une grande quantité de musulman sur son sol. Même si seule une petite minorité des musulmans installés en Europe est active, il faut poser la question du rapport que les djihadistes entretiennent avec le reste de la population. On voit périodiquement des jeunes musulmans qui s’appliquent à cracher sur la France ou sur la Belgique ou sur l’Allemagne, ou à brûler leur drapeau : même si tous ne passeront pas à l’acte, ils considèrent ces nations comme des zones à conquérir. C’est le vivier du Djihad.

     Attentats à Bruxelles

     

    Ci-dessus, Hitler et al-Husseini, le 28 novembre 1941 

    Mais si nous sommes en guerre alors il faut commencer par se fixer des objectifs stratégiques et tactiques pour la gagner. Ce n’est pas l’Europe en tant qu’institution qui peut le faire, elle n’a en ni l’envie ni les moyens intellectuels et matériels, mais seulement les Etats européens.

    La première étape consiste à comprendre et isoler le phénomène djihadiste sur notre sol et puis l’éradiquer. Ces groupements ne redoutent rien moins qu’un Etat ferme et solide dans ses principes. Un retour à une laïcité forte et sans ambiguïté sera un premier signe. Il va de soi que les imams qui prêchent la terreur, ou même qui prêchent la Charia dans des pays laïques, doivent être soit emprisonnés, soit renvoyés d’où ils viennent. Il est temps de marginaliser la religion par rapport à la vie scivile. Il va de soi que le laxisme en matière de migrations est un très mauvais signal qui fait apparaître justement l’Europe comme un espace facile à déstabiliser et à conquérir. Beaucoup ont évoqué le fait que les récents mouvements migratoires avaient permis l’entrée en force de futurs terroristes. Pour ma part je pense que cette idée est fausse. D’une part parce qu’il existe déjà sur place de la chair à canon disponible comme le montre l’identité des terroristes, et d’autre part parce qu’il suffirait qu’une poignée de terroristes aient accompagné les centaines de milliers de migrants qui sont arrivés depuis deux ans sur notre sol. Une partie de la question trouvera sa réponse dans la liquidation de Daech. En effet une défaite de Daech prouverait d’une manière évidente aux djihadistes que leur combat n’a aucun avenir, ni aucun appui.

     Attentats à Bruxelles

     

    En attendant, Nous sommes avec nos amis belges et nous pleurons les morts avec eux.  

     

     


    [1] http://www.huffingtonpost.fr/2016/03/02/invasion-europe-arabes-pape-francois-immigration-vatican_n_9367926.html

    [2] Il semble que depuis l’entrée en jeu de l’armée russe, l’EI a subi des revers décisifs, bien qu’on ait suggéré que la Russie frappait plutôt les opposants d’Assad que l’EI.  cf. http://www.lesclesdumoyenorient.com/2016-vers-un-reflux-de-l-Etat-islamique-Cartographie-du-conflit-en-Irak-et-en.html

    [3] On trouve ce genre de raisonnement dans Le monde sous la plume d’un obscur professeur de philosophie, Jacob Rogozinski. Mais c’était déjà en germe dans les élucubrations d’Emmanuel Todd à propos des attentats contre Charlie. http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/03/22/contre-le-fanatisme-islamiste-reduisons-la-misere_4887410_3232.html

    [4] http://www.ladepeche.fr/article/2016/01/29/2266327-arabie-attaque-armee-contre-une-mosquee-chiite.html. Le modus operandi est le même partout, mais dans ce cas il est difficile de croire qu’il s’agit d’une réponse à l’impérialisme américain.

    [5] Voir par exemple : http://www.atlantico.fr/decryptage/islamo-fascisme-et-complaisance-occidentale-eric-verhaeghe-2520477.html

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  • Pierre Laborie, Le chagrin et le venin, Bayard, 2011 

     

    L’historien Pierre Laborie a publié beaucoup sur la question de l’opinion publique durant l’Occupation, mais aussi sur l’ambivalence des Français en regard des événements douloureux qu’ils subirent entre 1939 et 1945. Le chagrin et le venin n’est pas à proprement parler un ouvrage d’histoire, mais une réflexion sur la manière dont cette histoire se fait. Et évidemment, la question de l’attitude des Français face à l’occupant est une pierre de touche idéale pour se livrer à cet exercice. C’est donc un ouvrage sur la «  méthode », mais pas seulement parce que cela reste aussi un ouvrage aux qualités humaines évidentes. La Résistance est centrale dans son analyse. Il commence par pointer ce curieux mouvement d’opinion qui nous aurait fait passer d’un pays entièrement résistant représenté par la légende de la Résistance entre 1945  et 1970, à un pays quasiment totalement pétainiste depuis le début des années soixante-dix et le succès critique et public du film de Marcel Ophuls, Le chagrin et la pitié dont il détourne le titre.

      Pierre Laborie, Le chagrin et le venin, Bayard, 2011

    Son ouvrage vise trois objectifs : tout d’abord comprendre comment s’est construite et diffusée une idée négative de la Résistance, ensuite, répondre à la question de savoir pourquoi les historiens ont cru bon d’emboîter le pas à des extravagances journalistiques sans beaucoup de fondement, et ensuite montrer la nécessité de construire une histoire nuancée et complexe de cette période.

    L’idée négative de la Résistance a d’abord été le fait des anciens de la Collaboration qui ne supportaient pas leur position de vaincus. Ce sont d’ailleurs eux qui ont inventé le mot de Résistantialisme pour dénigrer la Résistance[1]. Elle viendra ensuite à se développer vers la fin des années soixante dans un rejet parallèle de la personnalité du général De Gaulle et des Communistes qui avaient abusé de leur participation bien réelle dans la Résistance. Enfin, justement après la diffusion du film de Marcel Ophuls, elle viendra d’historiens comme Henri Rousso qui vont créer un autre mot le Résistancialisme pour critiquer une façon complaisante de faire l’histoire. Ils iront jusqu’à remettre en cause les personnalités de Jean Moulin ou des époux Aubrac.

    Pierre Laborie, Le chagrin et le venin, Bayard, 2011  

    L’ouvrage montre que les intentions politiques ne sont jamais très loin du travail de l’historien. Ce n’est pas sans raison que Laborie fait le lien avec les énoncés de Denis Kessler, l’ancien numéro 2 du MEDEF, qui avouait vouloir en finir avec les avancées du CNR. Laborie montre que les analyses hâtives sont extrêmement contradictoires. Par exemple dans cette manie de chiffrer la Résistance. Si on s’en tient aux chiffres qui ont été avancées dans Le chagrin et la pitié, il y aurait eu 20% de collabos 20% de résistants et 60% d’une minorité molle et attentiste. Sachant qu’il y a avait 40 millions de Français et donc environ 25 millions de ceux-ci pouvant s’engager, 20% de 25 millions ça fait tout de même 5 millions ! Les Résistants n’en ont jamais revendiqué autant !

    Evidemment le plus intéressant n’est pas le nombre réel de Résistants – selon Laborie il est impossible de le connaître – mais plutôt les rapports que la Résistance entretenait avec la population. Or il va de soi que malgré la répression féroce de la Milice et des Allemands, les Résistants étaient très bien soutenus. N’oublions pas que les Résistants n’avaient pas d’armes ou très peu, qu’également 1,8 millions de Français étaient prisonniers, ces prisonniers étant pour la plupart les hommes les plus jeunes et les plus vigoureux. Il va de soi que dans de telles conditions la Résistance était une entreprise très difficile. C’est d’ailleurs cette difficulté qui coûta la vie à nombre de ces hommes et femmes engagés.

      Pierre Laborie, Le chagrin et le venin, Bayard, 2011

    Sur l’aspect politique il y a beaucoup à dire. Laborie insiste sur ce phénomène de dénigrement qui se justifie dans un processus d’autoflagellation qui ressemble un peu à cette repentance à l’infini que l’on professe ici et là à propos de la colonisation. Et donc sans le savoir nous serions une partie de ce peuple lâche et sans ressort, toujours à se situer du côté du manche. Avec le temps ce type de rhétorique apparait de plus en plus absurde : en effet on ne voit pas en quoi nous qui sommes nés après Vichy devrions encore rendre des comptes !

    Laborie rappelle d’ailleurs que très souvent les historiens qui ont cette prétention de révéler des vérités sur cette période trouble enfoncent des portes ouvertes. Prenons un exemple seulement : ils insistent sur le fait que les Résistants se seraient déclarés en bien plus grand nombre qu’ils n’étaient en réalité, soit le mythe des 40 millions de Résistants. Cette idée est absurde, d’abord parce que le pseudo mythe des 40 millions de résistants n’a jamais existé ailleurs que sous la plume des critiques d’extrême-droite du résistantialisme. Mais en outre, les Résistants ne se sont jamais servis de cette idée parce que cela reviendrait à dire que la Milice n’existait pas, pas plus que la collaboration, et donc que tout aurait été facile pour eux ! Il va de soi qu’une telle idée les priverait du statut de héros ! 

    Complicités

    Dans ce dénigrement systématique de la Résistance une certaine intelligentsia a pu jouer un grand rôle. Ce qu’on a appelé les « Hussards », Blondin, Nimier, Déon. Le premier qui passe pour une sorte d’anarchiste gentillet, un peu ivrogne était à la Libération un homme d’extrême-droite, collaborationniste, comme Roger Nimier qui aux éditions Gallimard recyclera un grand nombre de collaborateurs par exemple Albert Simonin, José Giovanni ou encore Victor Marie Lepage. Dans le domaine culturel les exemples de ce type abondent, preuve que l’épuration n’a pas été aussi profonde et dramatique que cela. Dans le cinéma par exemple, l’exemple de Louis Malle peut être évoqué avec son film Lacombe Lucien au message douteux[2]. Laborie insiste sur un film médiocre de Jacques Audiard, Un héros si discret qui, basé sur un mauvais roman de Jean-François Deniau, raconte l’imposture d’un Résistant de la 25ème heure. Bien évidemment il y a eu de faux Résistants, par exemple Pierre Loutrel dit Pierrot le fou qui était en réalité un ancien de la Carlingue ou même l’abominable docteur Petiot. Mais pourquoi en faire un sujet de film ? En vérité la critique du résistantialisme est une affaire de famille chez les Audiard. On en trouve un signe choquant, mais passé inaperçu, dans Un taxi pour Tobrouk, film de Denys de La Patellière, dialogué par Michel Audiard. Celui-ci ne s’est d’ailleurs jamais gêné pour dire toute son admiration pour Céline. Il donne d’ailleurs une image bien complaisante de la collaboration dans La nuit, le jour et toutes les autres nuits[3]. 

    Complexité 

    Le but de Laborie est de montrer que la Résistance n’est pas une réalité toute d’une pièce, et qu’elle évolue aussi suivant les périodes. Mais au-delà, il y a aussi des difficultés à définir clairement la Résistance. Evidemment elle ne se définit pas seulement par une prise d’arme contre l’ennemi. Elle est aussi la constitution de réseaux de solidarité, de réseaux de renseignements : cacher des enfants juifs aussi. Pour Laborie ce peut être aussi une manifestation silencieuse et bien sûr des actes de sabotage. Cette définition large et flexible renforce l’idée qu’une approche quantitative n’a pas grand intérêt. Mais également que la Résistance a pu paradoxalement être aussi le fait de pétainistes convaincus qui pensaient que le Maréchal n’avait pas trahi, mais qu’il protégeait encore la France[4]. C’est pourquoi la complexité de la figure politique de Mitterrand n’est pas aussi incompréhensible que cela.  Cette complexité explique aussi pour partie que la Résistance elle-même n’eut pas un vrai destin politique, si le programme du CNR fut bien mis en œuvre – plus ou moins bien d’ailleurs – aucun parti véritable des Résistants ne s’est formé. 

    Pierre Laborie, Le chagrin et le venin, Bayard, 2011

    Enseignements

    La critique du résistancialisme avec ou sans « t » est finalement un acte politique destiné à nous montrer combien le peuple est incapable de se penser dans une action politique concrète et donc finalement incapable de se prendre en charge. Ce fut aussi et avec constance une manière de s’attaquer aussi aux communistes. Un des plus virulents contempteurs de la Résistance est sans surprise l’ancien maoïste Stéphane Courtois qui après avoir fait l’apologie de Staline s’est donné comme tâche de démontrer combien le « communisme » était fondamentalement mauvais[5]. L’autre enseignement est de comprendre combien des événements politiques peuvent être extrêmement complexes, et que leur lecture ne peut pas se contenter d’approximations visant à satisfaire la mode d’un moment. Ce livre a été réédité en 2015, avec une postface inédite. C’est un livre sain et efficace qui ouvre des pistes de réflexion pour nous qui ne sommes pas historiens, mais simples citoyens, car l’action politique ne se fait pas avec la perfection d’un modèle à appliquer, mais elle se transforme face aux difficultés ou aux succès d’un moment.

     

    Il y a un refus mortifère de regarder en face la légende de la Résistance, comme si célébrer des héros était quelque chose de louche et de malsain. Mais à mon sens c’est l’inverse. La vie sociale et politique a besoin de légende et de figures légendaires, ce qui ne justifie évidemment pas les mensonges, mais qui justifie au moins le respect de ces gens parfois ordinaires qui ont risqué leur vie. c'est aussi un devoir d'humanité.

     



    [1] Le mot serait dû à l’abbé Desgranges.

    [2] Certes il tentera de se rattraper avec Au revoir les enfants, mais cela lui permettra toujours de garder sa distance avec la Résistance.

    [3] Denoël, 1978

    [4] On sait évidemment que cela est une fable pour ses avocats et que le régime de Vichy dans son entier est coupable. Le détail de cette mise en cause a été fait par Robert Paxton.

    [5] Jouant les idiots utiles du capitalisme, il a été le directeur d’un gros livre à succès, Le livre noir du communisme, Fayard, 1997. Il ne lui serait pas venu à l’idée d’écrire un livre noir du capitalisme par exemple. Mais outre cela il a attaqué précisément les communistes par le biais de leur rôle dans la Résistance. Certes on sait bien que le PCF a abusé de l’aura de la Résistance, mais ça ne veut pas dire que leur rôle a été négligeable, ni qu’ils sont rentrés uniquement après l’agression de la Russie par l’Allemagne, Alain Guérin dans La Résistance. Chronique illustrée 1930-1950, six volumes, Livre Club Diderot, 1972-1976 a fait litière de ce mensonge.

     

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  • Les conséquences des ajustements sur la loi El Khomri 

    Comme prévu, devant l’ampleur de la mobilisation des jeunes et des moins jeunes, le gouvernement a fait semblant de reculer sur quelques points mineurs de la loi sur la modification du code du travail. Les points essentiels de ce recul portent principalement sur le forfait jour, et surtout sur le plafonnement des indemnités de licenciement devant les prudhommes. C’est sur ces points que le syndicat jaune, la CFDT, faisait mine de s’opposer au gouvernement. En réalité les points les plus importants sur lesquels le gouvernement refuse de faire machine arrière sont maintenus, à savoir la possibilité d’organiser un référendum sur la demande des syndicats minoritaires, et l’absence de motif pour justifier les licenciements.

    Ces deux points sont essentiels pour ôter un peu plus de pouvoir aux salariés dans l’entreprise, et donc de faire de celle-ci un lieu sans démocratie : ce qui équivaut à ravaler un peu plus les salariés à de simples marchandises qu’on vend et qu’on achète au gré des fluctuations du marché. C’est une avancée considérable pour renforcer le pouvoir du capital sur le travail. Cette loi ne renforcera en rien la sécurité des salariés du point de vue du travail. Elle n’existe que pour faciliter la vie des patrons. Il n’y a pas dans l’histoire d’exemple d’un gouvernement « socialiste » qui se préoccupe autant d’assister le patronat et de l’accompagner au détriment des intérêts des plus faibles. Léon Walras disait que l’Etat devait protéger d’abord les salariés par la loi parce que dans les relations contractuelles qui se nouent sur le marché du travail, ils sont dans une position de faiblesse, n’ayant que leur force de travail à vendre[1]. Il critiquait ainsi les libéraux obtus qui confondaient leurs intérêts personnels avec la nécessité d’une concurrence pure et parfait dans tous les domaines. Il signalait que ce genre de raisonnement ne pouvait être appliqué dans le monde moderne.

     

    Il n’y a pas de lien empirique constaté entre flexibilité du marché du travail et emploi

     

    Le point le plus important est que dans la réalité de la vie économique, on n’observe aucun lien entre flexibilisation accrue du marché du travail et créations d’emplois. C’est pourtant cette idée saugrenue que l’extrême droite de la pensée politique essaie de nous vendre. Or il suffit de constater avec l’exemple de la Grèce ou de l’Espagne que cela ne fonctionne pas du tout. En effet ces deux pays restent englués dans un chômage de masse qui est au moins le double de celui de la France. Dans le graphique ci-dessous, on remarque que la France et la Belgique qui sont considérés comme les pays ayant le marché du travail le plus rigide ont des taux de chômage inférieurs à la Grèce et à l’Espagne, mais aussi inférieur à la moyenne de la zone euro. La raison à cela est qu’il y a bien un lien entre croissance et emploi, mais pas en entre flexibilité du marché du travail et croissance. Les chiffres datent de novembre 2015, mais ils n’ont guère bougé, ils ont juste un petit peu baissé, mais les écarts restent les mêmes entre les différents pays. Ça n’empêche par les thuriféraires de la flexibilité du marché du travail de dire que la flexibilité du marché du travail ça marche en Espagne. Alors qu’en réalité les créations d’emplois qui sont intervenus en 2015 ne sont que la conséquence d’un petit rattrapage après l’effondrement de l’emploi salarié de plusieurs années. En vérité les créations d’emplois qui ont eu lieu sont d’abord le résultat d’un retour timide de la croissance en Europe. Malgré cela on trouve des économistes soi-disant de gauche, soi-disant instruit de la question du chômage comme Gilbert Cette, cet imbécile membre de Terra Nova, qui pense que la loi est nécessaire.

     

     

     Les conséquences des ajustements sur la loi El Khomri 

     

    Cette loi inutile ne s’attaque pas au principal problème, à savoir que le chômage est directement lié à la position des pays dans l’Union européenne : les pays divergent fortement dans leur productivité, et comme cette divergence ne peut pas être corrigée par des changements de parité monétaire, ou par une politique protectionniste, elle entraîne des divergences dans les taux de croissance.

     

    Conséquences politiques

     

    L’ultra-droite, Gattaz et Macron, a commencé à crier que les ajustements politiques de Valls vidaient la loi de son contenu. Ces ajustements vont permettre à Gattaz de pleurnicher encore un peu et réclamer encore des compensations. Ayant pris goût à l’assistanat, ils tirent de plus en plus la ficelle. La droite officielle, Les Ripoublicains, va prendre ces pseudo-reculs pour ne pas voter la loi et dire que eux, s’ils reviennent au pouvoir iront bien plus loin. Dans cette mise en scène apparemment bien réglée, Hollande en profitera pour se faire passer pour un homme de gauche, arguant que si on ne vote pas pour le P « S » en 2017 le pire sera à venir. La CFDT va faire semblant d’avoir bien défendu les salariés et de faire croire qu’elle est autre chose qu’un syndicat jaune. Laurent Berger a dit d’ailleurs que les ajustements lui convenaient. Lui qui n’a jamais travaillé ne s’est pas posé la question de savoir si cette loi allait créer des emplois. Mais il semble que cette fois la crédibilité de la CFDT est durablement atteinte[2], je ne parle même plus de la crédibilité du P « S ». Certes certains députés socialistes vont faire semblant d’être convaincus du rééquilibrage en faveur des salariés, mais il y aura tellement de battus en 2017 qu’ils auront du mal à former un groupe à l’assemblée, pour peu qu’ils se désistent massivement encore pour LR en donnant le mot d’ordre de battre le FN.

     Les conséquences des ajustements sur la loi El Khomri 

     

    Macron, cette petite canaille issue des beaux quartiers, pense quant à lui que son heure est venue. Certes il y a quelques jours encore il disait que selon lui le candidat légitime de la gauche était pour 2017 François Hollande, mais il peut très bien prendre le prétexte de l’immobilisme supposé du président pour finir par y aller. Il a commencé à monter des réseaux et a développé un collectif, Les jeune avec Macron, histoire de faire croire que les jeunes sérieux et modernes ne sont pas dans la rue à l’insulter. Il a donc critiqué ouvertement les reculades de Valls en disant que cette loi était dénaturée et ne servirait donc à rien. Il en profitera au passage pour dire que si sa politique économique n’a eu aucun succès depuis 2012[3], ça n’est pas parce que cette politique est mauvaise, mais parce qu’elle n’a pas été assez loin, parce qu’elle n’a pas été mise en œuvre avec suffisamment d’ardeur. Il va sans doute démissionner et tenter sa chance en 2017. Si les sondages sont bons, il croira sans doute pouvoir se présenter en candidat libre des partis politiques traditionnels. Il pense sans doute qu’il profitera de son profil d’expert, et de la mauvaise image que les partis supportent depuis des années dans l’opinion. Son problème est qu’il ne ralliera jamais les électeurs de gauche et que les électeurs de droite lui préféreront le vieux Juppé. 

     

     Les conséquences des ajustements sur la loi El Khomri

    Macron est le candidat de L’Express et Juppé celui du Point 

    Sur le plan tactique on peut dire qu’Hollande et Valls ont bien joué… la seule carte qu’ils pouvaient encore jouer. En effet c’est la seule manière de conserver une chance pour le candidat du P « S » d’arriver devant Mélenchon en 2017. Ce dernier a cependant une carte forte à jouer. Le PCF étant complètement hors-jeu pour 2017, il peut rallier de très nombreux suffrages à condition qu’il tire enfin et sérieusement les conséquences de la débandade de Tsipras en Grèce. Autrement dit, il n’y a pas trente-six manières de lutter contre les lois socialement régressives, il faut sortir de l’Europe et de l’euro. En effet, quelle que soit l’opinion qu’on ait de Hollande, il va de soi que la loi El Khomri est une manière de mettre la France en conformité avec les règles prévalant dans l’Union européenne et donc de nous préparer à la déferlante TAFTA (ou TTIP). La sortie de l’Europe et de l’euro n’est certainement pas la panacée, mais c’est au minimum une étape nécessaire pour reconstruire une espérance. 

     

    Mobilisation 

    La campagne de signatures s'épuise, on n'atteindra difficilement maintenant les 1,3 millions. Le mouvement de protestation peut-il continuer et s’amplifier ? Ce n’est hélas pas sûr. D’autant qu’il y a peu de relais du côté des partis et des syndicats qui au mieux suivent leurs troupes. Certains pensent déjà que ce mouvement s’il s’étendait pourrait engendrer un renouvellement des partis. Tout va donc dépendre de la mobilisation future, lors des manifestations des 17 et 31 mars des opposants. Les possibilités de grève générale ne sont pas très probables, bien qu’en la matière on puisse aussi avoir des surprises tant les salariés sont en colère. Après tout la France a souvent par le passé donné l’exemple. Mais à notre échelle, il convient de tout faire pour que la mobilisation s’étende, nous n’avons pas d’autre choix si on veut en finir avec la passivité et le pessimisme ambiants.

     

    Liens 

    http://www.lesechos.fr/economie-france/social/021765795900-recul-sur-les-prudhommes-fermete-sur-le-licenciement-1206921.php

    http://www.latribune.fr/economie/france/loi-travail-la-situation-de-la-france-ne-permet-pas-d-attendre-gattaz-557183.html

    http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2015/07/10/25001-20150710ARTFIG00287-les-jeunes-avec-macron-nouveau-relais-de-l-action-du-ministre-de-l-economie.php

     

     


    [1] Léon Walras, Études d’économie sociale. Théorie de la répartition de la richesse sociale (1896), Rouge et Pichon. 

    [2] Encore que ce syndicat jaune a survécu aux turpitudes de Nicole Notat et de Jacques Chérèque de sinistre mémoire.

    [3] En effet c’est lui l’inspirateur et donc le responsable de la catastrophique politique économique de François Hollande.

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  •  Jacques Sapir, Souveraineté, démocratie, laïcité, Michalon, 2016

    Jacques Sapir s’attaque à un problème très difficile, épineux même au regard de toutes les tensions que cela engendre lorsqu’on s’en occupe[1]. Mais il est dans la logique des choses que de penser cette question si parallèlement on se plaint des dérives autoritaires de l’Europe institutionnelle et qu’on constate les mauvais résultats de la politique économique qu’elle mène. Comme Sapir veut sortir de l’Europe, il y en a beaucoup qui le considère comme un parangon d’un nationalisme d’extrême-droite, d’autant qu’il a eu le malheur de dire que pour sortir de l’euro et de l’Europe on aurait besoin de toutes les bonnes volontés et donc de s’allier ne serait-ce que momentanément avec le Front National. Evidemment ces raccourcis hâtifs masquent le défaut d’une pensée sérieuse. En vérité raisonner sur la souveraineté c’est penser l’espace dans lequel cette souveraineté se déploie.

    C’est un débat capital aujourd’hui quand on essaie de faire face à la question des réfugiés et donc qu’on assiste à l’effondrement de Schengen qui, conjugué avec la montée des communautarismes, pourrait très bien nous mener sur les chemins de la guerre civile, via une nouvelle guerre de religions d’un nouveau genre.

    Les échecs de l’Union européenne dans tous les domaines sont tellement patents que deux voies seulement s’offrent aujourd’hui : soit plus de fédéralisme, soit un retour à la nation, entérinant que nous nous sommes trompés en allant vers plus d’intégration européenne. Un retour à la nation ne veut pas dire que le pays se repliera forcément sur lui-même, mais seulement que la nation choisira sa politique économique, sa politique monétaire et sa politique budgétaire. Sapir et quelques autres ont déjà calculé que le retour au franc, donc une sortie de l’euro, même s’il ne résoudra pas tous les problèmes, permettra justement de retrouver de la compétitivité sur les marchés internationaux, les exportations françaises ayant une assez forte élasticité au taux de change. Le simple fait de viser le rééquilibrage de la balance commerciale qui se dégrade régulièrement depuis la mise en place de la monnaie unique. Il faut bien comprendre qu’un déficit commercial correspond à une exportation du travail vers nos partenaires commerciaux. Ainsi il est à peu près certain qu’une sortie de la France de l’euro ramènera dans les dix-huit mois une baisse du chômage comprise entre 1,5 millions et 2 millions. Ce qui n’est pas rien dans le contexte actuel. C’est en tout cas bien mieux que de viser un gain de productivité hypothétique par le biais de la déflation salariale en massacrant les retraites et le système de sécurité sociale. On voit sur le graphique ci-dessous que c’est bien depuis l’entrée de la France dans la monnaie unique que la balance commerciale se dégrade constamment. Les effets désastreux de l’euro sont maintenant bien connus : ils produisent en premier lieu une forte divergence des économies qui composent la zone. La raison en est que les pays ne peuvent plus ajuster leur compétitivité en jouant sur le taux de change, et dans un contexte d’austérité budgétaire, ils doivent se soumettre aux règles bien peu démocratiques des traités européens. Comme disait Juncker à propos des élections en Grèce, la démocratie n’est pas au-dessus des traités européens ! En fait il s’est trompé puisqu’il ne peut y avoir de choix démocratique que contre les traités européens !

     

    Jacques Sapir, Souveraineté, démocratie, laïcité, Michalon, 2016 

    L’objet du livre de Sapir est donc de discuter de la forme spatiale de nos institutions politiques. Or celles-ci si elles peuvent s’abriter derrière une certaine légalité, ne sont pas légitimes en ce sens qu’elles privent les citoyens du droit de choisir tout simplement la politique économique et sociale qui leur conviendrait. Les élections passent et rien ne change, la politique reste la même. Que ce soit en Grèce ou que ce soit en France où Hollande a adopté carrément le programme de la droite libérale, se soumettant de fait à la logique des marchés. C’est ce qui explique que 65% des Français considèrent que cette politique désastreuse n’est pas de gauche ! Et même si on nous dit que Hollande, Valls et Macron inaugurent une nouvelle manière d’être de gauche, il n’y a que quelques militants du P »S » pour le croire.

    Un peu de partout en Europe le lien entre le peuple et ceux qui prétendent le gouverner s’est distendu. C’est ce qui explique d’ailleurs l’émergence de nouveaux partis en Grèce ou en Espagne, mais aussi la montée en flèche du Front National en France ou de AfD en Allemagne. Depuis au moins 2005, depuis les fameux référendums sur le TCE en France et en Hollande, il est clair que la démocratie a disparu. La façon également dont se négocie TAFTA est aussi un exemple de cette dérive. Sapir dénonce cette imposture en parlant de tyrannie. Ce n’est pas tout à fait une dictature, mais c’est un pouvoir qui s’exerce d’abord contre les citoyens. Dès lors, il faut raisonner sur la question de la souveraineté.

     Jacques Sapir, Souveraineté, démocratie, laïcité, Michalon, 2016 

    En effet, en allant un peu au-delà du ressentiment que nous avons face à l’incurie des instances européennes qui fomentent un désordre incroyable dans tous les domaines – voir la conséquence par exemple de l’arrivée incontrôlée des migrants pour lesquels l’Europe n’a rien prévu – il est essentiel de revenir sur la notion de souveraineté. Evidemment la souveraineté n’est pas la garantie de la démocratie, mais elle est une condition essentielle à celle-ci. De même Sapir montrera que la laïcité est aussi un des éléments décisifs sans lesquels la démocratie est tout simplement impossible.

    La prétention de l’Union européenne de faire surgir une sorte d’Etat sans souveraineté, sans adhésion du peuple à ses objectifs apparaît comme une illusion : la souveraineté dans une logique démocratique ne peut surgir que d’un débat politique ente les différents groupes qui forment le peuple. et si le peuple est privé de débattre, alors l’institution se délite. On peut en voir les conséquences sur le déclin constant de la participation aux élections en Europe mais aussi aux Etats-Unis : il n’y a plus de choix possible, et le gouvernement du peuple – même s’il ne s’exerce que par des représentants – est remplacé par celui des experts. C’est le fameux TINA de Margaret Thatcher.

    Pour Sapir le cadre national est le cadre adéquat forgé par l’histoire et la culture pour l’exercice de la démocratie. D’ailleurs cette idée n’est pas tout à fait neuve, n’était-ce pas déjà celle du Conseil National de la Résistance dont d’aucuns aiment à rappeler les avancées sociales que celui-ci permit en son temps. En effet, seuls les bureaucrates  européistes pensent qu’on peut inventer une nouvelle forme d’institution politique hors-sol, sans attache à l’histoire ni même à la géographie. 

    La notion de peuple 

    Pour Sapir le peuple est une extension de la réalité sociale des individus. C’est évidemment essentiel, l’économie classique du XIXème siècle considérait qu’il n’y avait rien au-delà de l’individu, et que le marché – extension de l’homo oeconomicus – était le seul lien social. L’approche socialiste au sens large pense exactement le contraire : l’individu n’existe pas seul avec ses capacités à calculer le coût et l’avantage, il est le résultat du lien social. Ce lien peut prendre des tas de formes, mais certainement pas celle du marché qui est une institution rapportée et construite conflictuellement[2]. La société des hommes se construit en avançant vers plus ou moins de solidarité. Au passage Sapir souligne que l’idée de compétitivité – cette horrible idée – c’est un dérivé de l’idée libérale d’une guerre de tous contre tous. Elle ne peut mener comme on le voit aujourd’hui sous nos yeux à la destruction de telle ou telle partie de l’humanité. C’est du reste de cette analyse que résultait les positions protectionnistes des premiers économistes français qui avaient bien compris que l’échange commercial entre les pays était un jeu à somme nulle avec des perdants et des gagnants. 

    Limites 

    L’analyse de Sapir est excellente, elle pèche cependant sur le point de laisser entendre que la structure idéale des institutions est celle de la nation. On voit bien l’avantage que la nation possède par rapport à l’Europe, et ce dans tous les domaines. Mais en réalité il n’y a pas de raison de croire que cette forme est éternelle. Si on raisonne sur la limitation nécessaire de l’espace des échanges – produire local, consommer de même – alors on peut retourner à un stade inférieur, par exemple la commune ainsi que le suggérait Marx à la fin de La guerre civile en France. Il est évident que la décentralisation des pouvoirs aussi ne peut s’accompagner que d’une transformation du procès de production en profondeur : en effet les structures politiques dépendant aussi de la forme des rapports de production. L’Union européenne est la forme adéquate des institutions à l’âge du libéralisme triomphant. Une des raisons en est que dans le cadre national le taux de profit s’effondre[3], et que l’élargissement de l’espace de marché est nécessaire pour faire remonter les taux de profit. Et en effet, la mondialisation accélérée qu’on connait depuis trente ans, si elle n’a pas amené le bonheur pour tous à relancer l’accumulation du capital malgré les crises financières récurrentes. Autrement dit la structure de l’Union européenne a été nécessaire pour contrer la lutte des classes : en effet dans une structure institutionnelle stable et clairement définie, la tendance est à l’égalisation des situations.

    Le problème le plus difficile à résoudre pour l’Union européenne c’est que son mode de fonctionnement donne de mauvais résultats en ce qui concerne la vie quotidienne de ses sujets et que cette base économique faible la condamne nécessairement à disparaître à plus ou moins long terme.

     

    Liens

    http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/sondage-elabe-la-politique-de-l-executif-n-est-pas-de-gauche-pour-65percent-des-francais-748932.html 

     

     


    [1] A peu près au même moment Frédéric Lordon publie aussi un ouvrage sur ce thème, Imperium, structures des corps politiques, La fabrique, 2015

    [2] Voir sur ce thème par exemple les travaux de Karl Polanyi, et plus particulièrement La grande transformation, Gallimard, 1983.

    [3] Voir sur ce point l’ouvrage de Ernst Lohoff et Norbert Trenkle, La grande dévalorisation, Post éditions, 2015.  http://in-girum-imus.blogg.org/la-grande-devalorisation-ernst-lohoff-norbert-trenkle-post-editions-20-a117198238

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  • La crise des migrants et l’effondrement de l’Europe 

     

    Ils ont sauvé l’euro 

    Je souhaite depuis très longtemps la fin de l’Europe, ce n’est un secret pour personne. J’ai développé toutes les raisons possibles et imaginables depuis des années pour justifier cette détestation. Je ne suis pas le seul. Les faits ont confirmé que nous avions raison de combattre l’Europe au moins depuis les accords de Maastricht : l’Union européenne, et sa monnaie sont des armes redoutables contre les peuples, au service des multinationales et des banques, contre les Etats nationaux et les services publics. Et même je dirais que les faits nous ont donné raison au-delà de ce que nous imaginions en termes de décomposition sociale, économique et politique. Mais il faut bien avouer que nous ne pensions pas que l’Europe s’effondrerait sous nos yeux à partir de la crise des migrants. Nous pensions que le coup viendrait du côté de la monnaie, l’euro nous semblait une monnaie tellement mal fichue, et tellement porteuse de misère et de régression sociale, que finalement l’Europe éclaterait sur cette question. Nous nous sommes trompés. Mais ce n’est pas étonnant : en effet nous n’avions pas anticipé que pour survivre l’Union européenne et son bras armé, la Commission européenne, violeraient leurs propres traités. Pour sauver l’euro, on ne le dit pas assez fort, la BCE a dû faire ce que ses propres statuts lui interdisent : acheter de la dette publique des Etats au bord du gouffre. Et sur ce point, il faut reconnaître que les bureaucrates européens ont su faire preuve d’imagination : il faut le dire, ils ont sauvé l’euro, même si cela a été au prix d’une régression économique et sociale sans précédent comme jamais l’Europe n’en avait connu depuis la Seconde Guerre mondiale, et même si c’est très provisoire. L’enjeu est de taille, car derrière le maintien de l’euro, pointe la question de la survie du système bancaire qui est menacé à tout instant de faillite donc menacé d’être nationalisé. Une des raisons entre mille autres, est que les banques détiennent de la dette publique pourrie. 

     

    Ils ne sauveront pas la Grèce

    La crise des migrants et l’effondrement de l’Europe 

    La crise des migrants a déjà pratiquement mis un terme aux accords de Schengen. Les frontières se ferment les unes après les autres, et Merkel qui l’an dernier avait mis en scène la générosité supposée de l’Allemagne face à la misère des migrants, est aujourd’hui à la recherche d’un plan pour faire repartir ces mêmes migrants, qui étaient censés être « une chance pour l’Europe », vers la Turquie. En ce début d’année 2016, les flux de migrants ne s’arrêtent pas. Ils passent par la Grèce, plus particulièrement par les îles grecques, amenés par les passeurs de la mafia turque qui construisent des fortunes colossales. Cette situation met la Grèce en danger : en effet les frontières au nord de la Grèce sont fermées et la Macédoine refuse de se laisser envahir par les migrants. Mais d’autres pays ont la même attitude : l’Autriche, la Slovénie, la Hongrie, plus personne ne veut accueillir les migrants. Tous les pays de l’Europe du Nord, la Suède, le Danemark, après avoir fait étalage de leur générosité, ont fait machine arrière. La France n’accueille les migrants qu’au compte-gouttes, on parle de 30 000 sur deux ans. Il faut dire que l’exemple de Calais fait froid dans le dos. Romaric Godin, dans un article remarqué publié le 3 mars dernier, se demande si le plan de l’Europe n’est pas finalement de faire de la Grèce un vaste camp de rétention des migrants qui n’ont plus d’objectifs.

     La crise des migrants et l’effondrement de l’Europe 

    La route des migrants en 2015 et 2016 

    On ne se penche guère sur la détermination des migrants. C’est à peine si on s’interroge sur le fait qu’ils fuiraient des pays en guerre. Or même ça n’est pas si sûr,  non seulement les migrants ne sont pas tous des Syriens, ou des Irakiens, chassés par la guerre, mais beaucoup viennent de plus loin, d’Afrique et d’Asie. Selon des sources européennes, entre 60 et 70% des migrants ne seraient pas des réfugiés, mais des migrants économiques. La logique des migrants est de rejoindre l’Europe, et plus particulièrement sa partie la plus riche, l’Angleterre, l’Allemagne et les pays nordique, en pensant que d’une manière ou d’une autre les autorités de ces pays vont devoir les prendre forcément en charge et finir par leur donner des ressources ou un travail. On remarque que la quasi-totalité de ces migrants sont originaires des pays musulmans, mais qu’ils évitent de forcer les frontières des pays riches du Golfe qui pourtant auraient les moyens de les accueillir. Si avant 2015 les migrants passaient par la Sicile et le sud de l’Espagne, la route la plus facile pour eux est maintenant celle de la Grèce. Non seulement parce que la Grèce possède des frontières très poreuses, mais aussi parce que la mafia turque s’est saisie de cette aubaine.

     La crise des migrants et l’effondrement de l’Europe 

    Le camp de rétention de migrants à Grande-Synthe, camp dit « camp humanitaire » 

    Un peu partout en Europe se construisent des camps de rétention de migrants comme à Grande-Synthe, où 1500 migrants chassés des zones pourries de Calais vont trouver un refuge provisoire. La Grèce n’a pas les moyens de construire des camps sécurisés et viabilisés, c’est à peine si l’Union européenne lui a consenti une enveloppe de 300 millions d’euros pour faire face à ce cataclysme. Les Grecs ne savent plus quoi faire de ces migrants, même si la population fait preuve d’une solidarité remarquable envers eux. Tsipras comme à son habitude a gémi sur les mauvais traitements que lui inflige une fois de plus l’Europe en obligeant son pays à retenir les migrants. Et en effet ce stock de migrants sans avenir accélère un peu plus le délabrement de ce pays, d’autant que la rancœur face à la Turquie se réveille peu à peu. 

     

    L’attitude de l’Union européenne 

    Tout le monde à remarquer que l’Union européenne n’avait pas réagi correctement à ces flux démesurés de réfugiés. Les bureaucrates de l’Union européenne n’ont aucune idée de ce qu’on peut bien faire des migrants. Ils ne savent que répéter des lieux communs : « les migrants sont une chance pour l’Europe ». Raconter cette blague aux Calaisiens ou aux Grecs risque de faire rire jaune. Ils n’ont aucune idée de ce qu’on peut bien en faire, combien on peut en accueillir, quel travail leur donner, comment financer leur accueil. Mais cela est normal pour une structure institutionnelle comme l’Union européenne. En effet celle-ci est bâtie sur le fonctionnement supposé excellent et très bon des lois du marché. Libérale dans sa philosophie, elle se moque de l’idée de frontière : la preuve, elle ne sait pas où elle doit borner son empire : doit-elle intégrer la Turquie, la Maroc ? Tous le sud de la Méditerranée ? C’était le rêve explicite de Dominique Strauss-Khan[1]. Sa logique est l’ouverture des frontières pour les marchandises, les capitaux et les hommes, avec l’idée que cela suffit à engendre la croissance et l’emploi. En 1988 un livre blanc sur l’Union européenne avait été publié, stipulant que l’Union européenne – le grand marché et la monnaie – amènerait une croissance de 4,4% par an, le plein emploi, l’excédent budgétaire, et que tout cela nécessiterait d’aller chercher des travailleurs à l’étranger pour continuer à croître et à prospérer ! Tout se passe donc comme si l’Union européenne et la zone euro avaient tenues leurs promesses et que nous ayons besoins de nouveaux flux migratoires.

    L’échec de l’Union européenne dans ce dossier est encore plus évident que dans les autres domaines. Cette erreur est triple, d’abord elle n’était pas préparée à analyser les conséquences d’un conflit dans lequel pourtant plusieurs pays membres sont engagés. Ensuite elle montre que l’espace Schengen n’a strictement pas de sens. Enfin elle démontre par sa paresse intellectuelle que les Etats nations lui sont supérieurs puisqu’en effet c’est encore eux qui, en ordre dispersé il est vrai, ont réagi plus ou moins bien. 

     

    Le double jeu de la Turquie, l’embarras de l’Allemagne

     La crise des migrants et l’effondrement de l’Europe 

    La Turquie a profité de cette catastrophe pour avancer ses pions. Inconscience ou pas de la part d’Erdogan, elle annonce qu’elle est prête à gérer pour l’Europe incapable de le faire les migrants, mais à deux conditions : d’une part que l’Europe lui donne de l’argent, elle réclame maintenant 6,6 milliards d’euros sur deux ans par la voix de son premier ministre. Ahmet Davutoglu a dit le 8 mars 2016 : "Nous ne pouvons pas accepter un accord sur la base suivante: Donnez-nous de l'argent et ils restent en Turquie. La Turquie n'est pas un camp de concentration". Mais le chantage ne s’arrête pas là, les Turcs demandent que leur adhésion à l’Union européenne s’accélère enfin. Bien que personne ne veuille d’eux, ils sont appuyés par Angela Merkel. Mais l’Allemagne est un peu isolée dans cette idée, puisqu’en cas de Brexit la Turquie remplacerait alors le Royaume Uni, elle serait le pays le plus peuplée et tirerait l’Europe vers le Sud. Déjà que l’Union européenne est plus que mal en point, l’adhésion de la Turquie accélérerait sans doute la sortie d’autres pays.

    L’Allemagne, pays qui se voudrait leader de l’Union européenne,  vient de subir un revers historique : en effet elle essayait ces derniers jours d’imposer un arrangement des plus obscurs avec la Turquie : en gros et pour ce qu’on en comprend, elle gérait le dossier des migrants de la façon suivante on renvoyait en Turquie un migrant illégal et la Turquie nous l’échangeait contre un migrant légal ! Autrement dit, en échange d’argent, la Turquie deviendrait la grande lessiveuse de la migration internationale. Mais les pays européens ont refusé, démontrant qu’en matière de gestion des migrants et de leurs flux il n’existe pas de politique européenne et il n’en existera pas. Parallèlement au compromis que Merkel avait improvisé, les autres pays de l’UE avaient préparé un texte pour signifier que la politique d’ouverture des frontières européennes était terminée, et qu’au contraire on allait renforcer les contrôles. La France a pris la sage précaution, pour une fois, de ne pas cautionner l’initiative de l’Allemagne sur la question des réfugiés, laissant son partenaire historique dans la construction de l’Europe se débattre avec cette question empoisonnée. Un ridicule député européen écologiste belge, Philippe Lambert, a accusé la France de lâcheté avançant que l’Europe pourrait organiser pendant des années des flux d’un million de réfugiés par an et les répartir dans les différents pays qui la compose. Mais cette diatribe facile d’un député qui vit sur l’argent des contribuables oublie qu’on ne peut pas trop longtemps gouverner contre le peuple quand on prétend être en démocratie.

    En attendant l’euroscepticisme comme on dit a le vent en poupe un peu partout, et augmente de jour en jour. Il va de soi que cette question des migrants ravive les tensions un peu partout, notamment parce que la politique d’austérité voulue et mise en place par Bruxelles laisse entendre que les Etats ont encore de l’argent pour les migrants, mais rien pour les natifs. C’est particulièrement clair en Allemagne où il ne se passe pas de jour sans des attentats contre les migrants. Le parti Afd qui est pour une sortie unilatérale de l’Union européenne et un retour au mark, est maintenant en position de force face à la vieille CDU de Merkel qui a explosé. Les prochaines élections en Allemagne vont être décisives. C’est d’ailleurs dans l’ex-Allemagne de l’Est que les tensions sont les plus vives, mais c’est aussi dans ces régions que les niveaux de pauvreté sont les plus élevés. On a essayé de convaincre les Allemands du bien-fondé économique d’accueillir les migrants, ne serait-ce que pour payer les retraites et trouver de la main d’œuvre bon marché. Mais maintenant cette rhétorique ne prend plus : justement la faible croissance démographique en Allemagne laisse craindre que les migrations ne produisent une substitution de migrants musulmans à des Allemands de souche et que l’Allemagne en tant que nation ne disparaisse. Mais évidemment si l’Europe finit par mettre en place une sorte de mur anti-migrants, cela va changer en profondeur son projet qui jusqu’ici pariait sur des frontières ouvertes sans exclusive.

     La crise des migrants et l’effondrement de l’Europe 

    Manifestation anti-migrants en Allemagne

     

    Solutions 

    Des solutions parallèles s’ébauchent. Les Turcs continuent de construire un mur à la frontière syrienne. Les Grecs font de même à la frontière avec la Turquie. Un peu partout dans le monde d’ailleurs on construit des murs anti-migrants, entre les Etats-Unis et le Mexique. Trump n’innove pas quoi qu’on en dise sur cette question. Mais au-delà il faut comprendre que c’est en quelque sorte le retour à la souveraineté étatique contre la logique libérale du « laisser faire, laisser passer ».

     La crise des migrants et l’effondrement de l’Europe

     

    Mur construit entre la Grèce et la Turquie. 

     

    Quoi qu’on en dise ces murs vont ralentir fortement les flux de migrants. Evidemment ces murs ne peuvent entraver les trafics venant de la mer. Mais même là il y a des solutions. Sans aller jusqu’à couler les bateaux chargés de migrants, on peut soit renvoyer ces bateaux sous escorte militaire d’où ils viennent, ou confisquer ces bateaux qui servent à des trafics illégaux d’êtres humains et raccompagner les migrants d’où ils viennent. Ce sont ces solutions qui vont venir forcément tôt ou tard. Là encore ce ne seront pas des solutions européennes, mais des solutions nationales. Bien évidemment mettre fin à la guerre serait aussi un signal positif qui tarirait aussi bien les flux de migrants économiques que de réfugiés. Mais là pour mettre fin à la guerre, il faudrait que les Européens, les Russes et les Américains se mettent d’accord sur les objectifs : doit-on d’abord exterminer Daech ou d’abord éliminer Assad ? C’est du reste cette irrésolution qui prolonge le conflit bien inutilement engendrant des centaines de milliers de morts. 

    Liens 

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/03/07/comment-angela-merkel-veut-renvoyer-les-syriens-presents-en-grece-vers-la-turquie_4878021_3214.html http://www.greekcrisis.fr/2016/03/Fr0500.html#deb http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-grece-va-t-elle-accepter-de-devenir-le-calais-de-l-europe-555203.html http://www.euractiv.fr/section/europe-sociale-emploi/news/bruxelles-insiste-sur-les-politiques-de-retour-des-migrants-economiques/ http://www.latribune.fr/economie/international/migrants-a-bruxelles-la-turquie-mene-sa-barque-555825.html http://www.latribune.fr/economie/international/migrants-a-bruxelles-la-turquie-mene-sa-barque-555825.

    htmlhttp://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/news/merkel-davutoglu-wheeling-dealing-wrecks-eu-summit/

    http://www.euractiv.fr/section/politique/interview/la-lachete-de-la-france-face-a-la-crise-migratoire-est-inqualifiable/

     

     


    [1] Le meilleur des mondes, numéro 2, 2006.

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