•  Le salon de l’agriculture et la crise de la paysannerie

    Comme il fallait s’y attendre, dans le climat qui est celui de la crise paysanne dans toute l’Europe, Hollande s’est fait injurier et siffler puisqu’en tant que plus haut représentant de l’Etat, il est tenu pour responsable de la déconfiture de la paysannerie française, du moins ce qu’il en reste. Il serait pourtant injuste de faire reporter la crise sur les frêles épaules du président, malheureusement elle remonte bien plus avant son élection. C’est peu dire que d’avancer que le monde paysan est en crise. C’est même dans ce secteur que la révolte bat son plein. Mais il faut avancer quelques idées pour le comprendre, et surtout pour saisir quels sont les mécanismes qui mettent en route ce qui apparaît au profane comme le résultat d’une logique inexorable : le monde moderne emploie massivement des travailleurs dans les services et dabs l’industrie, supposant qu’il est normal que l’agriculture disparaisse finalement de notre horizon, aussi bien parce que le progrès technique supprime la main d’œuvre dans ce secteur, que parce que le principal de la valeur n’est plus produite dans l’agriculture. Et puis on suppose que la Division Internationale du Travail aidant, il est naturel que le paysan devienne selon les vœux de Bruxelles un simple jardinier qui aménage le paysage pour le bien-être des touristes.

     Le salon de l’agriculture et la crise de la paysannerie 

    Pourtant l’agriculture est un secteur de première importance, non seulement parce que l’agriculture est toujours la base du développement d’un pays, mais parce qu’elle la gardienne de la tradition et de la culture de ce même pays : il est dérisoire de continuer à faire la promotion de la cuisine française alors même que celle-ci éprouve les pires difficultés pour se procurer des ingrédients de qualité. Plus prosaïquement quand on voit ce qu’on nous donne à consommer, il ne se passe pas un jour sans qu’on ait droit à un scandale alimentaire, tant que ce n’est pas de la viande avariée dans les grandes surfaces, ce sont des fruits et légumes bourrés de pesticides, conservés dans des conditions très douteuses. Je ne parle même pas des OGM qui envahissent le marché, ni même des abattoirs de la honte. La malbouffe est une réalité incontournable et une dimension de la crise de l’agriculture européenne. On nous empoisonne à petit feu tout en détruisant la terre. Même pour les bonnes volontés il est difficile de trouver des produits alimentaires de bonne qualité : se nourrir correctement est aujourd’hui la chose la plus difficile qui soit.

    Comment caractériser cette crise ? C‘est d’abord le résultat d’une orientation capitaliste de l’agriculture. En quelque sorte on a remplacé le paysan par l’entrepreneur agriculteur : le meilleur exemple en est sans doute le patron de la FNSEA, Xavier Beulin,  qui est aujourd’hui à la tête d’un empire financier qui se rie aussi bien des frontières que de la concurrence. On dit qu’il réalise 7 milliards de chiffre d’affaire par an, et qu’il est en relation directe avec François Hollande, comme il l’était avec Nicolas Sarkozy auparavant. Bien entendu, ce curieux syndicaliste chausse des godasses en croco, toujours tiré à quatre épingle, il a un train de vie de PDG de multinationale, alors la qualité de la production ce n’est pas vraiment son problème, ni le travail de la terre, ni même les fins de mois difficile. En effet, l’Union européenne, à grands coups de subventions a orienté l’agriculture vers la concentration capitaliste et vers la recherche de gains continus de productivité. En effet, le modèle de l’agriculture que l’Union européenne propose est l’exact inverse du produire local. Il repose sur la hausse des rendements  et la circulation des produits agricoles sur tout le territoire européen dans la division internationale du travail.

     Le salon de l’agriculture et la crise de la paysannerie 

    On remarque que la réorientation de l’agriculture française vers un modèle productiviste dans le mauvais sens du terme s’est réalisée à l’aide subventions européennes – la France est le pays qui touche le plus d’argent de la PAC, et ces subventions ne vont ni aux petites exploitations, ni à une agriculture biologique qui préserverait l’environnement. Cette logique a encouragé les concentrations, et on en est arrivé pour faire baisser les prix encore et encore, à des monstruosités comme la fameuse ferme des mille vaches. Mais en même temps que la qualité des produits a baissé, l’Europe est dans une situation de surproduction quasi permanente qui pousse les prix à la baisse selon la sainte loi du marché. C’est le résultat prévisible de la PAC que les plus lucides dénonçaient déjà il y a une quarantaine d’années. La paysannerie s’est en effet laissée endormir justement à cause de ces subventions qui laissaient penser que cette classe pouvait accéder à un confort permanent sans dégât. On nom de la modernité on l’a poussée à investir, c’est-à-dire à s’endetter à des taux apparemment très bas, mais qui en réalité se révèlent meurtrier dès lors qu’on se trouve dans une phase de baisse des prix mondiaux.

     Le salon de l’agriculture et la crise de la paysannerie 

     

     Le salon de l’agriculture et la crise de la paysannerie

    Mais ces aides n’ont pas empêché la diminution radicale du nombre de paysans. Comme dans l’Ancien régime, cette diminution a renforcé les tendances à la concentration, d’autant plus facilement que ce sont les plus gros propriétaires – qu’on ne saurait qualifier de paysans – qui ont engrangé les plus fortes subventions. Cette course au gigantisme ne peut fonctionner que si le marché croit en permanence. C’est le principe de la mondialisation. Mais ce marché ne peut croire en permanence parce que de nombreux pays émergents au coût de main d’œuvre peu élevé se sont eux aussi lancé dans la compétition. Si bien que les petits exploitants français se sont lourdement endettés pour suivre la compétition, et se trouvent maintenant acculés à la faillite. De nombreux autres facteurs ont fragilisé un peu plus les paysans français, les sanctions contre la Russie qui ont un peu plus déprimé les prix. Mais aussi la montée en puissance de pays comme l’Allemagne qui ont utilisé les dernières avancées technologique et dont les ressources financières ont permis d’accroître encore la taille des fermes. En outre l’Allemagne peut utiliser une main d’œuvre faiblement rémunérée ce qui en agriculture capitaliste est un avantage considérable. On voit maintenant l’Allemagne produire du porc à très bas prix, et c’est dans la filière porcine que la situation est la plus tendue. Egalement l’Allemagne a mené une véritable guerre du lait contre la France.

     Le salon de l’agriculture et la crise de la paysannerie 

    On ne saurait terminer ce rapide tour d’horizon des difficultés de la paysannerie française sans rappeler le poids de la grande distribution dans la chute des cours. En effet ce sont ces grandes centrales d’achat qui pèsent sur les prix en mettant en concurrence l’ensemble des paysans européens jusqu’à éliminer les moins compétitifs. Les choses sont allées tellement loin qu’Hollande a fait une déclaration au Salon de l’agriculture pour menacer la grande distribution de rétorsion si elle ne tenait pas mieux compte de la difficulté des paysans français. Mais cette menace n’a que peu de chance d’aboutir à une amélioration de la situation sauf à contrarier les principes mêmes de la construction européenne, à savoir « la concurrence libre et non faussée. On rappelle que les négociations entre les distributeurs et les agriculteurs avaient été déréglementées par Christine Lagarde lorsqu’elle était ministre de l’économie à travers la LME (loi de modernisation de l’économie). 

    Solutions 

    Il y a deux sortes de solutions : celle qui consiste à aider dans l’urgence les paysans, et celle qui remet en cause fondamentalement le modèle agricole actuel. Les raisons sont nombreuses pour s’attacher à des solutions de long terme en abandonnant la chimère libérale qui consiste à partir à la conquête de nouveaux marchés. La première est de rééquilibrer l’emploi en faveur de l’agriculture. C’est tout à fait possible si on remet des normes environnementales et sanitaires en usage dans ce secteur. On sait par ailleurs que les paysans et éleveurs qui produisent de l’agriculture biologique s’en sortent bien mieux que ceux qui restent englués dans le conventionnel. On pourrait ainsi créer facilement 600 000 emplois dans les campagnes[1], ce qui est très appréciable par les temps qui courent. Outre la satisfaction d’œuvrer pour l’amélioration de la qualité de la terre, pour l’amélioration de la santé, cela revitaliserait les campagnes et contribuerait à soutenir la culture française. La solution serait de sortir de l’Union européenne et de soutenir les petites exploitations à l’aide de subventions qui leur permettraient de passer au bio. Des mesures complémentaires pourraient être prises dans un cadre protectionniste en interdisant l’importation de produits qui sont susceptibles d’être produits sur notre territoire. Il va de soi que cela favoriserait de fait le local au détriment des produits qui font de très longs parcours en Europe et qui pour cela ont besoin d’adjuvants chimiques pour leur conservation. Le gain n’est pas seulement pour les paysans, mais pour le pays dans son ensemble car c’est bien la base de la souveraineté que d’avoir une agriculture viable et des produits de qualité.

     

    Liens 

    http://www.liberation.fr/futurs/2015/09/03/xavier-beulin-le-cereale-killer-de-la-fnsea_1374527

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/12/15/les-revenus-des-agriculteurs-francais-de-nouveau-en-baisse_4540545_3234.html

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/02/27/20002-20160227ARTFIG00131-francois-hollande-veut-revoir-la-loi-sur-la-grande-distribution.php

    http://reporterre.net/Chomage-On-peut-creer-600-000 


    [1] Sans doute ce chiffre est sous-estimé, il provient d’une évaluation de Terre de liens Normandie qui n’envisage pas la sortie de l’Union européenne. 

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  • Encore sur le démantèlement du code du travail 

    Le coup de force hollandais contre le code du travail n’a pas fini de générer des débats et des controverses. C’est sans doute le dernier clou sur le cercueil du P « S » qui finira d’imploser en 2017, après la défaite probable de la gauche. Il circule sur Internet une pétition qui a un très large succès et qui vient de recueillir plus de 500 000 signatures au 25 février 2016 et qui a toutes les chances d’atteindre le million. Face à l’ampleur de la réaction, le gouvernement a mis en place un site dédié pour tenter de contrer la rhétorique de ses opposants. On va revenir ici sur ce qui nous semble central tout autant que mauvais dans cette loi, avant d’examiner les réactions désordonnées des uns et des autres.

    La proposition de loi du gouvernement Valls est présentée par Myriam El Khomri, ministre du travail dont le père est marocain. Sans doute Hollande a-t-il choisi cette personne issue de l’immigration en pensant que cela lui donnerait une allure de gauche à son ignominie. D’emblée El Khomri s’était fait remarquer en montrant qu’elle voulait réviser le code du travail qu’elle ne connaissait absolument pas même dans ses grandes lignes. 

    Encore sur le démantèlement du code du travail

    Pourquoi la loi est mauvaise ? 

    Ce n’est pas dans le fait qu’elle permette des dépassements d’horaires pour les cadres ou pour les apprentis en entreprises. Ces possibilités sont en effet prévues par la nouvelle loi, mais seront difficilement applicables dans les faits. C’est plutôt qu’elle subordonne le droit des travailleurs au rapport de force en entreprise. En effet, ce qui est central dans ce projet de simplification de la loi, c’est de permettre un affranchissement des règles communes par le biais d’une sorte de référendum en son sein. Or il n’est pas besoin d’être très instruit pour comprendre que dans les petites entreprises où il n’y a pas de syndicat – où lorsque ce syndicat est un syndicat ouvertement patronal comme la CFDT ou la CFTC – le chantage patronal à la perte d’emploi sera facilité maintenant par la loi ! On voit que le cœur du problème est que le gouvernement soi-disant de gauche s’emploie d’abord à fragmenter un peu plus le pouvoir de négociation des salariés. Si en effet une organisation internationale comme l’OIT a toujours défendu l’encadrement du travail par la loi, c’est bien parce que les plus faibles n’ont pas les possibilités de se défendre. C’est un souci de justice sociale élémentaire que de faire tendre les conditions d’emploi vers l’égalité de droit.

      Encore sur le démantèlement du code du travail

    Le second point est de faciliter les licenciements de complaisance en limitant le montant des indemnités pour licenciement abusif. Ces indemnités auront une valeur plafonnée uniquement en fonction de l’ancienneté du salarié dans l’entreprise. Là on voit que le gouvernement ne remplit pas sa mission qui est d’abord de protéger les plus faibles sur le plan économique. 

    La théorie de l’offre encore et toujours 

    Jusqu’à présent, vaille que vaille, un gouvernement de gauche se reconnaissait par une augmentation des droits des travailleurs et non par leur diminution. Hollande innove en la matière. Sans doute voulant laisser l’image d’un réformateur, il accélère son propre virage à droite, entraînant le P « S » dans une blairisation qui lui sera forcément fatale sur le plan électoral et qui en outre n’a pas de résultat autre que négatif en matière d’emplois et de croissance. En effet, Hollande qui confond entêtement imbécile et volonté politique, poursuit sa politique de déréglementation du marché du travail. Cela vient juste après le fameux CICE adopté en 2014 à grands coups de trompette comme devant permettre de faire reculer le chômage.  Le MEDEF prétendait s’engager à créer un million d’emplois contre des exonérations de charges. Le graphique suivant montre qu’il n’en a rien été. Malgré une conjoncture très favorable – redémarrage de la croissance, baisse du coût des matières premières, le chômage a continué à augmenter. Il faut le dire clairement le CICE est un échec coûteux. D’après les chiffres qui circulent le CICE a coûté 14 milliards d’euros à l’Etat en 2014, 16 en 2015, 17,5 en 2016 et il atteindra 20 milliards pour 2017. Sans aucun effet ni sur la croissance ni sur l’emploi.

     

    Encore sur le démantèlement du code du travail  

     

    Le CICE était censé améliorer les marges des entreprises et donc faciliter les investissements, avec l’idée que « les investissements de demain font les emplois d’après-demain ». Cette vieille rhétorique a démontré toute sa fausseté depuis au moins le milieu des années soixante-dix. La flexibilité du marché du travail irait soi-disant dans le sens de l’emploi, et donc il faudrait réformer pour cela un code du travail bien trop rigide. Je signale au gouvernement qui s’empresse de répondre à toutes les sollicitations du patronat, voire à les devancer, qu’il n’y a aucun lien entre flexibilité du marché du travail et chômage. en effet les marchés du travail en Espagne ou en Grèce sont les plus flexibilisés, et pourtant le chômage y est plus du double de ce qu’il est en France.

      Encore sur le démantèlement du code du travail

    Le modèle qui est sous-jacent dans les universités repose sur cette curieuse idée selon laquelle en augmentant les facilités de licenciement on augmente les possibilités d’embauche est celui des Etats-Unis – le raisonnement est connu, si on facilite les sorties, on facilite les entrées, les patrons craignant moins de se retrouver avec un excédent de main d’œuvre : ce pays affiche en effet un taux de chômage officiel de 5,1%, et donc malgré une hausse régulière du nombre de pauvres, on serait en situation de plein emploi. Mais ce chiffre est contesté, et un nombre de plus en plus important de commentateurs estime que le vrai chiffre du chômage serait voisin de 13%, donc supérieur à ce qu’il est chez nous, voire de 23% ! On pourrait ajouter que tout ceci ne justifie pas une loi, car en effet, à quoi bon travailler si c’est pour être toujours plus pauvre. On voit la régression de Hollande par rapport à Sarkozy : ce dernier au nom du fameux slogan imbécile « travailler plus pour gagner plus » avait mis en place un dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires, or les gouvernements de Hollande non seulement ont supprimés cette défiscalisation, mais ouvrent par la loi maintenant la possibilité de ne pas payer les heures supplémentaires avec une surcote de 25 ou 50% ! 

    Réactions 

    Juppé, le candidat préféré de la droite pour l’élection de 2017, trouve que cette loi dite El Khomri est bien trop à droite ! Un comble tout de même pour cet ancien premier ministre qui en 1995 avait su mettre dans la rue toute la France qui travaille contre sa réforme des retraites. Entre les mots il reproche surtout aux « socialistes » de lui avoir piqué ses idées de réforme pour 2017 !

    Les syndicats ont senti venir le danger et la CGT est arrivée à réunir un front commun contre la réforme. Même la CFDT qui se dit favorable globalement à la réforme – mais du moment que c’est le MEDEF qui l’inspire pourquoi serait-elle contre ? – en dénonçant les aspects les plus rétrogrades. Les soixante heures pour les cadres, les 10 heures pour les apprentis dans une même journée. Mais la CFDT se garde bien de dénoncer ce qui est le cœur même de la réforme, les négociations d’entreprise qui permettent de déroger à la loi générale. Or c’est bien là que se situe l’avancée la plus droitière de cette loi.   

     

     Encore sur le démantèlement du code du travail

    Il faut bien le dire les syndicats sont plutôt déconsidérés en France, et le taux de syndicalisation s’est effondré. Certes, ce n’est pas le seul pays où la baisse de la syndicalisation est très forte. Mais cela ne rassure pas. Or la déconsidération des syndicats si elle a des causes multiples tient  aussi pour une part à l’incapacité de la bureaucratie syndicale d’obtenir des résultats par son action, à cette incapacité de coordonner les luttes. Ce n’est pas un fait nouveau. Les origines de cette tendance remontent au moins à 1968. L’inaction des centrales syndicales est clairement répercutée dans le nombre de journées de grève en France qui décline depuis trente ans. Il va de soi que la grève est une des rares armes, avec l’insurrection, qui reste aux mains des travailleurs pour se faire entendre. 

     

     Encore sur le démantèlement du code du travail

    Mais il faut bien justifier les émoluments de la bureaucratie syndicale, et il est très probable que les centrales vont finir par suivre leurs adhérents. Le 24 février dernier, la rencontre entre les syndicats n’a donné lieu qu’à un texte mou, principalement du fait de la CFDT qui a déjà prévenu qu’elle n’appellerait ni à la grève, ni à des manifestations. Ce syndicat de plus en plus jaune s’affiche ouvertement réformiste – réformiste dans le sens libéral bien entendu. Il ne pense donc pas que l’on doive adapter les entreprises et leur fonctionnement aux besoins des salariés, mais au contraire que les salariés doivent s’adapter aux besoins de l’entreprise. Il est pro-business comme on dit plaisamment aujourd’hui quand on veut avoir l’air moderne. Le communiqué n’a pas été signé par F.O. qui le trouvait bien trop mou. Quoiqu’il en soit les syndicats – CGT, FO, SUD et quelques autres – vont appeler à battre le pavé probablement le 31 mars. C’est tard bien sûr et cela montre le peu de réactivité des syndicats face à un problème tout de même fondamental qui concerne les droits des salariés.

     Encore sur le démantèlement du code du travail

    En tous les cas si la réaction n’est pas importante dans la rue, elle le sera certainement dans les urnes en 2017. Déjà que les pronostics étaient mauvais pour le P « S », ils s’annoncent d’ores et déjà catastrophiques. Comment quelqu’un qui a le cœur à gauche comme on dit pourrait-il voter encore pour ce parti ? On se trouve un peu dans le cas de l’UMP, rebaptisée LR, qui cherche à récupérer les idées du FN, avec comme seul résultat de voir ce parti se renforcer. Ici aussi, alors qu’Hollande sait très bien que tous les partis sociaux-démocrates se sont effondrés en Europe justement pour avoir piqué les idées de la droite libérale, il persiste dans cette voie.

    Sur le plan politique les dommages sont déjà très élevés pour le P « S ». En effet lorsque Valls présente cette loi comme quelque chose de moderne, cela peut prêter à sourire tant le recul l’apparente plutôt au XIXème siècle où le code du travail était encore plus simple. Et ce n’est pas en répétant que cela est très moderne que cela nous y fera adhérer. Au contraire on va détester un peu plus la modernité ! Plus grave est sans doute le fait que le P « S » va se retrouver dans l’incapacité de développer l’idée de Cambadélis d’une primaire à gauche dont lui-même ne pourrait être un participant pour cause de programme de droite. La tribune de la tiède Martine Aubry dans Le monde, isole un peu plus Hollande, Valls et autres Le Guen du reste du parti : en quelque sorte c’est une prise de position qui anticipe 2017 et l’éjection de la Nouvelle gauche du P « S ». Valls, Macron et Hollande auront du mal pour fonder un nouveau parti « social-libéral » qui se démarque de Les Républicains dans son programme, et une telle tentative les condamneraient à un Modem bis, c’est-à-dire à un effacement progressif de la vie politique

    A plus court terme, Hollande aura du mal à se présenter comme un candidat de gauche et risque d’arriver derrière Mélenchon au premier tour des présidentielles : de nombreux socialistes vont sans doute voter pour Mélenchon. En effet, si vous avez les idées et le cœur à droite, à quoi bon voter pour Hollande, Juppé suffira à combler vos attentes. En attendant, il me semble que nous devons tout faire pour que la mobilisation contre cette infâme projet ne fléchisse pas.

     

    Liens 

    http://loitravail.lol/

    http://rue89bordeaux.com/2016/02/sur-la-reforme-du-travail-alain-juppe-crie-au-voleur/

    http://www.alterinfo.net/LE-VRAI-CHIFFRE-DU-CHOMAGE-AUX-ETATS-UNIS-13_a20222.html

    http://www.liberation.fr/france/2016/02/24/projet-el-khomri-reponse-a-minima-de-l-intersyndicale_1435418

     

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/02/24/trop-c-est-trop-la-charge-de-martine-aubry-contre-francois-hollande-et-manuel-valls_4870719_823448.html

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  • La politique monétaire européenne en plein chaos 

    Une tribune publiée le 7 février 2015 par Jens Weidman, président de la Bundesbank, et son collaborateur François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, fait couler pas mal d’encre, alors même que la crise financière et boursière bat son plein, menaçant d’emporter le système bancaire dans son entier. Ce dont il est question ici c’est du rapport qu’il peut y avoir entre la politique monétaire menée par les banquiers centraux et l’économie réelle qui est bien malade aujourd’hui : croissance atone et chômage explosif. 

    Quelle politique monétaire ? 

    Au niveau de la zone euro, donc de la BCE, deux stratégies s’affrontent aujourd’hui : celle de Mario Draghi, président de la BCE, et celle de l’Allemagne du docteur Schaüble, représenté ici par Jens Weidman. Le premier a été l’ardent défenseur du QE (quantitative easing) qui consiste à fabriquer des énormes quantités de liquidités en espérant que celles-ci ranimeront un peu l’économie et la tireront de son état de langueur. Le second est le tenant d’une austérité sans fin pour tous les autres pays en dehors de l’Allemagne, en espérant qu’une politique de déflation comme on n’en a plus vue depuis le chancelier Heinrich Brüning. Rappelons que ce dernier fut chancelier juste avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir et fut le chaud partisan d’une austérité sauvage qui plongea l’Allemagne dans le chaos. L’austérité veut dire ici, baisse des salaires, baisse du nombre des fonctionnaires et destruction du droit du travail. L’idée vendue par le patronat allemand était que en pratiquant une telle déflation salariale, les profits remonteraient et les « profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». Cette antienne qui est développée ad nauseam depuis que Helmut Schmidt l’a prononcée au milieu des années soixante-dix, a depuis fait la preuve de son inefficacité. Mais il faut reconnaitre que les Allemands font preuve d’une continuité en la matière assez étonnante depuis Brüning, on peut en la matière parler d’entêtement imbécile. Je rappelle juste pour mémoire que l’ensemble des hommes politiques du monde entier – comme toujours sous l’influence des banquiers – étaient à l’époque convaincus qu’il n’y avait pas d’alternative. Avec plus ou moins de brutalité, ils appliquèrent cette politique stupide autant que criminelle. C’est seulement avec l’arrivée de Roosevelt aux affaires que les choses changèrent un peu aux Etats-Unis pour commencer, et après la guerre en Europe, entamant une ère de croissance tirée par un resserrement des inégalités.

      La politique monétaire européenne en plein chaos

    Or ce que nous proposent les deux cancres qui ont commis cette tribune dans Le monde et la Süddeutsche Zeitung, ce sont des réformes qui, sous le couvert d’une meilleure intégration européenne, nous ramèneraient complètement en arrière. Le but est officiellement de sauver l’euro – comme si cela pouvait avoir un sens supérieur à l’intérêt des chômeurs ! Donc ils postulent que sans « réformes structurelles » la zone euro pourrait bien se dissoudre. Et ils nous présentent cela comme si c’était un drame ! Donc ils demandent comme Macron plus d’unification de la zone euro, une meilleure coordination de la politique économique entre les pays de la zone et l’abandon du QE. Ils réclament en clair une politique d’austérité renforcée. Or comme le souligne Romaric Godin, le peu de croissance que nous avons aujourd’hui on ne le doit pas à la baisse du prix de baril de pétrole, mais plutôt à la politique de QE. 

     

     La politique monétaire européenne en plein chaos

    L’imbécilité de Jens Weidman et de son supplétif français, est triple. D’abord ils font semblant de ne pas savoir que la déflation salariale – qui est la forme monétaire de la politique de l’offre – n’a jamais engendré la croissance et l’emploi nulle part. C’est même l’inverse, elle nourrit la crise et le chômage ! Ensuite, ils ne veulent pas comprendre que l’un des aspects qui ont milité en faveur du QE est défensif : il répondait d’abord aux QE mis en place par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Japon, et que sans cela la zone euro aurait encore perdu de nouvelles parts de marché car l’euro fort plombe les exportations. Enfin, faisant la bête jusqu’au bout, ils font mine de croire qu’une politique commune et unifie dans la zone euro pourrait se passer d’une augmentation des transferts des pays riches vers les pays pauvres de la zone euro. Or sans ça évidemment les divergences ne pourront donc que s’accentuer. 

    Qui roule pour qui ? 

    La politique monétaire européenne en plein chaos

    Comme dans un roman d’Agatha Christie, pour résoudre l’énigme d’une telle imbécillité apparente, il fait se poser la question suivante : à qui profite le crime ? Jens Weidman est l’homme du docteur Schaüble, c’est entendu, il défend le point de vue de l’Allemagne. Ceux-ci sont tout à fait satisfaits de la monnaie unique, et un euro fort, une zone euro sans inflation, ne les dérangent pas. Mais pourquoi donc François Villeroy de Galhau défendrait-il ce point de vue, manifestement contraire aux intérêts de la France ? Ecartons l’idée qu’il serait tout simplement traître à sa patrie malgré un nom bien français de souche, et regardons d’un peu plus près. Et bien figurez-vous que cet énarque issu de la promotion Louise Michel – quelle insulte pour cette pauvre femme ! – a été nommé là où il est par François Hollande qui décidemment aime beaucoup la finance et les banquiers. Or évidemment derrière Hollande c’est Macron, lui aussi énarque et banquier. Et ce dernier milite lui aussi pour une unification de la politique économique dans la zone euro… sous la houlette évidemment de l’Allemagne. Mais pour quoi faire ? L’Europe peut-elle être un but en soi ? Manifestement ce projet ne fait plus rêver personne.

    Tous les gestes politiques de Macron[1] – même les plus contestables – vont dans la même direction, accélérer la déflation salariale et augmenter les profits des entreprises, avec la même logique que le chancelier Brüning, logique qui pourtant démontra sa nocivité. On pourrait penser qu’Hollande et Macron sont idiots. C’est peut-être vrai, mais en réalité, s’ils ont choisi ce type de politique qui sur le plan de la pensée économique se situe à l’extrême-droite, c’est parce qu’ils ont une vision de l’économie de court terme, poussée par le MEDEF et le grand patronat qui visent les profits immédiats. Ce qui est pris n’est plus à prendre, même si demain on doit sombrer.

    Le but est donc de faire baisser encore et toujours le coût du travail, quitte à tuer pour longtemps la croissance ou du moins le peu qui en reste. A la cupidité des banquiers et du patronat, il faut ajouter la méchanceté des hommes politiques qui ne songent qu’à donner des leçons et à dresser les peuples. Ici est visée plus particulièrement la canaille « socialiste » qui en mettant en œuvre le programme le plus extrême de la droite en matière économique se discrédite pour longtemps en France, mais aussi dans le reste de l’Europe. 

    Les limites du QE dans un contexte d’austérité 

    Cependant, il faut bien se rendre compte que le QE est seulement une politique monétaire défensive, ce que ne veulent voir ni Draghi, ni la doublette Weidman et Villeroy de Galhau. En effet, non seulement ce QE arrive trop tard, les Etats-Unis le pratique depuis 7 ans, mais en outre, il est contradictoire avec l’idée même d’austérité. Normalement le QE injecte des liquidités qui sont ensuite redistribuées par les banques vers les ménages et les entreprises. Cela doit en principe alimenter la consommation et l’investissement, et ensuite la croissance ainsi stimulée permettra de détruire les excès de liquidité. Mais dans la zone euro ce n’est pas tout à fait le cas. D’une part le principal des 1000 milliards d’euros de surliquidités émises par la BCE sont restées dans les coffres des banques pour surtout les aider à se recapitaliser, et d’autre part, en mettant en œuvre de partout une politique d’austérité, la zone euro tue la demande, privant les investisseurs d’occasions de financer des investissements. Evidemment l’inflation dont Draghi guette le retour du haut de son donjon ne peut pas revenir si les salaires nominaux ne bougent pas. Ce qui est en contradiction évidente avec les politiques de réformes structurelles suivies partout en Europe. Récemment on a encore vu le FMI demander que le salaire minimum en Grèce soit encore abaissé. Or celui-ci a déjà été abaissé en 2012, passant de 876 € par mois à 683 €, soit une baisse de plus de 20%, sans aucun effet autre que récessif sur la croissance et l’emploi. Je rappelle qu’en 2012 la baisse du salaire minimum en Grèce était justifiée par la nécessité de relancer l’économie grecque selon les bons vieux faux principes de la théorie de l’offre. 

    La politique monétaire européenne en plein chaos

    L’avenir de l’Europe 

    Ces errements de la politique monétaire européenne en vérité pourraient hâter encore un peu plus vite la décomposition de l’Europe institutionnelle qui ne persiste à survivre que  parce que les hommes politiques, de droite et de gauche d’ailleurs, sont trop paresseux pour envisager une solution alternative. On remarque que dans le même temps où l’Europe est incapable de faire face positivement à la crise économique comme à la celle des migrants, le moment où le Royaume-Uni s’apprête à voter le Brexit, que le Front National choisit de mettre la pédale douce sur la nécessité de sortir de l’euro, mettant en avant les profondes divisions qui agitent ce parti. Certes Marine Le Pen continue de prôner la sortie de l’euro, mais elle commence à raconter qu’elle va négocier avec l’Europe, structure morte, pour essayer elle aussi d’obtenir une autre Europe. Je ne soulignerais pas les incohérences d’une telle position, alors justement que les Français sont de plus en plus nombreux à demander une sortie de l’euro, puisqu’en effet, on ne peut pas être à la fois souverainiste et adhérer à l’Union européenne. Mais tactiquement c’est assez mal joué, car Marine Le Pen sait très bien qu’en 2017, elle n’a aucune chance d’être élue, et donc qu’en montrant ses hésitations sur l’Europe elle montre qu’elle ne comprend pas les enjeux économiques d’une sortie de l’Europe, ce qui à court terme va déboussoler son parti et l’affaiblir alors que la dédiabolisation du FN avait globalement réussi. En se privant de l’arme de la sortie de l’Europe, le FN va redevenir un parti fasciste et raciste ordinaire. On remarque que dans le même temps les ténors du FN ont commencé aux aussi à  entamer une ode au patronat. Leurs sponsors verraient en effet d’un mauvais œil que le FN prône un retour à la lutte des classes : ils considèrent qu’ils l’ont gagnée et que ça suffit comme ça[2]. Il ne faudrait pas remettre en question cette « avancée ». Sauf évidemment qu’une telle situation ne satisfaisant que le fameux 1% de la population, elle ne saurait s’éterniser et que tôt ou tard elle produira une guerre, civile ou sociale, ou encore classique entre plusieurs pays – c’est déjà le cas au Moyen Orient.

     

    Liens 

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/07/pour-le-gouverneur-de-la-banque-de-france-et-le-president-de-la-deutsche-bundesbank-il-faut-renforcer-l-integration-europeenne-pour-restaurer-la-confiance_4861010_3232.html

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/zone-euro-l-impasse-de-la-proposition-franco-allemande-549843.html 

    http://www.partipris.info/2014/10/le-glorieux-passe-de-lausterite-3-les-decrets-de-la-misere-du-chancelier-bruning/ 

    http://www.europe1.fr/politique/marine-le-pen-defend-la-sortie-de-leuro-au-nom-de-la-verite-2665097 

     

     


    [1] Pour ceux qui ont des doutes sur l’engagement de Macron à droite, suivez ce lien : http://in-girum-imus.blogg.org/de-imbecillite-en-politique-l-exemple-de-macron-a120329584[2] «C’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner» disait naguère Warren Buffet qui s’alarmait du fait que les riches ne payaient plus que très peu d’impôt sur le revenu.

     

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  •  La bataille du code du travail, le dernier tournant droitier du quinquennat

    Les « socialistes », façon Hollande, aiment bien se faire prendre en photo avec Pierre Gattaz l’héritier de son père, Yvon, qui fut aussi le patron de l’ancêtre du MEDEF, c’est-à-dire du CNPF. Ils sont bien moins à l’aise avec les ouvriers. Hollande qui n’a jamais rien compris à la politique et qui n’est arrivé là que par hasard, parce que massivement Sarkozy était rejeté pour son arrogance et son incompétence, n’a toujours pas compris le message de François Mitterrand qui assurait que si tu voulais gagner les élections, il fallait d’abord rassembler son propre camp.

    Je m’interroge sur le sens de cette réforme du droit du travail entamée comme la grande œuvre du misérable quinquennat hollandais qui reste pour l’instant le gouvernement le plus à droite depuis le maréchal Pétain. En effet, cette question va mettre un point final au débat pour savoir si la politique de Hollande-Valls-Macron est de gauche ou de droite. Hollande aura ainsi réussi à pulvériser son propre camp, et même son propre parti. D’ores et déjà la ministresse El Khomri a prévenu qu’elle passerait en force à l’assemblée au besoin en utilisant le 49-3.  Ce qui en la matière ne va guère renforcer l’unité du camp de la gauche. Je note également qu’El Khomri veut réformer un code du travail que par ailleurs elle ne connait pas du tout, le jugeant trop compliqué, mais avouant ne l’avoir jamais lu[1] ! Elle l’exemple même de la dégénérescence de la classe politique dans son ensemble, parlant volontiers et à tout propos de ce qu’elle ne connait pas. 

    La bataille du code du travail, le dernier tournant droitier du quinquennat

    Que contient le projet El Khomri ? 

    Essentiellement une décentralisation des décisions en ce qui concerne la durée du travail, et une diminution radicale des travailleurs face au licenciement. Ce report de la définition de la durée du travail au niveau des entreprises met évidemment les salariés des petites entreprises ou les salariés mal représentés par des syndicats, dans une position de faiblesse. Le projet El Khomri prévoit que la semaine de travail pourra être adaptée aux besoins de l’entreprise et aller jusqu’à 60 heures par semaine ! Du jamais vu, alors que la gauche a toujours milité depuis 1848 au moins pour que le temps de travail hebdomadaire diminue, arguant que cette baisse était possible à cause des progrès continus de la productivité du travail, mais le second argument est qu’il n’y a pas de relation entre la durée du travail et le PIB, ni non plus entre la durée du travail et l’emploi. On voit qu’ici les pseudo-socialistes (les socialistes en peau de lapin comme disait Jacques Duclos) entrent dans la rhétorique sarkozyste du « travailler plus pour gagner plus ». Jusqu’à Hollande la gauche considérait que la durée du travail devait être déterminée par la loi, offrant les mêmes conditions de travail à tous les salariés, à la fois parce que cela protégeait le salarié, mais aussi parce que cela était un facteur de progrès économique en forçant les entreprises à s’adapter à cette loi. C’est d’ailleurs toujours le point de vue du BIT.

     La bataille du code du travail, le dernier tournant droitier du quinquennat

     

    Baisse de la durée du travail en longue période en France 

    Or avec la réforme proposée, non seulement les « socialistes » pulvérisent l’homogénéité des conditions d’emploi, mais en outre fragilisent les salariés face au patronat à une époque justement où ils se trouvent dans une position très défavorable à cause d’un chômage très élevé. On voit mal en effet les salariés des petites entreprises s’opposer aux décisions patronales en matière de durée travaillée. Si on se souvient de ce que le sinistre Macron a dit à Davos, il y a quelques semaines, on se rend compte que « les socialistes » qui gouvernent aujourd’hui sont bien plus à droite que Sarkozy. En effet ce dernier proposait de défiscaliser les heures supplémentaires, mais de les payer au tarif majoré. Or Macron propose de ne plus payer les heures supplémentaires à un tarif majoré, alors même que le gouvernement Hollande a fait sauter la défiscalisation des heures supplémentaires, alourdissant les impôts sur les plus pauvres. Dans le nouveau projet présenté par El Khomri, les heures supplémentaires peuvent être négociées à un tarif inférieur à l’augmentation traditionnelle de 25%, et descendre jusqu’à 10%. 

    La bataille du code du travail, le dernier tournant droitier du quinquennat 

    La rhétorique gouvernementale suppose que la durée du travail a un effet sur la croissance et donc sur l’emploi. Cette idée est issue de la théorie de l’offre, selon laquelle en produisant plus et en abaissant les coûts on crée une demande supplémentaire et donc que cela finit par rejaillir sur l’emploi. Or si on regarde le graphique ci-dessus se rapportant à la durée du travail, puis le graphique ci-dessous pointant les différences en matière de chômage, on voit tout de suite qu’il n’y a strictement aucun lien entre durée du travail et chômage, ou encore que ce lien serait plutôt positif : en Espagne ou en Grèce les taux de chômage sont très élevés alors que les durées travaillées sont très hautes également. Mais sans doute la très faible El Khomri n’a-t-elle pas pris le temps de se renseigner.  Peut-être ne sait-elle pas que de telles données existent ? C’est possible tant le niveau intellectuel des politiques de profession a baissé en une seule génération.

     La bataille du code du travail, le dernier tournant droitier du quinquennat 

    Le second aspect spectaculaire du projet droitier hollandais est de faciliter les licenciements, non seulement  les motifs de licenciement sont bien plus flous qu’auparavant, on invoque par exemple les licenciements pour des raisons de « mutation technologique », mais en outre les indemnités seront bien plus faibles qu’auparavant. Les indemnités seront plafonnées en fonction de l’ancienneté du salarié dans l’entreprise. 

    La bataille du code du travail, le dernier tournant droitier du quinquennat

    Quel est le but ? 

    On se perd en conjectures sur le but d’une telle manœuvre ultra-droitière. A moins de considérer qu’Hollande-Macron-Valls cette triplette infernale est atteint de folie furieuse – ce qui n’est pas impossible après tout – il semble qu’il y ait au moins deux raisons à ces ajustements misérables. Le premier est que Hollande dans sa campagne pour sa réélection en 2017 veut couper l’herbe sous les pieds de la droite, en les privant d’un programme alternatif au sien. De ce côté-là c’est réussi puisque la droite n’avait jamais osé aller aussi loin dans la « réforme ». Ce faisant, les candidats de la droite officielle, Juppé et Sarkozy vont être obligés de faire de la surenchère. Déjà Sarkozy a annoncé un  choc fiscal de 100 milliards d’euros pour contrer sur la droite le CICE de Hollande et Valls qui ne fait que 40 milliards d’euros.

    La seconde raison est sans doute liée à la position de ces oligarques qui pensent que les pauvres travailleurs sont taillables et corvéables à merci et qu’ils s’adapteront toujours aux exigences du patronat. C’est dans la continuité de Hollande les désignant comme des « sans dents ». Et peut-être qu’il croit aussi au discours patronal de la théorie de l’offre, après tout, il a fait HEC, n’est-ce pas.

    Mais il y a probablement une autre raison : rendre la France compatible avec le fameux TAFTA ou TTIP, et donc compatible avec les orientations politiques de l’Union européenne. La prochaine étape sera franchie sans doute par le futur gouvernement en 2017 avec certainement la disparition du CDI.

    Comme pour le CICE, il est assez évident que cela ne créera pas d’emplois, et que cela comme seul effet d’améliorer les profits des entreprises. Est-ce un but politique pour un gouvernement de gauche ? On ne répétera jamais assez que le théorème de Schmidt est faux : « les profits d’aujourd’hui ne font pas les investissements de demain, et encore moins les emplois d’après-demain ». Cette politique a fait les preuves de son inefficacité depuis au moins quarante années. 

    Réactions 

    Ce nouveau projet de loi qui est promis au 49-3, a fait réagir déjà le P « S » pourtant jusqu’ici vraiment complaisant. En effet dans un tel projet il n’y a aucun aspect qui peut de près ou de loin ressembler à ce que la gauche même affadie a coutume de développer. Sans doute les députés se font maintenant du souci pour leur réélection en 2017. Si la réaction des gens comme Gérard Filoche était attendue, d’autres sont plus marquantes de la décomposition des soutiens des élus aux turpitudes hollandaises. On a même vu l’apparatchik Cambadélis critiquer ouvertement ce projet.

    Les Français, même s’ils sont sensibles à l’idée patronale de réformer le code du travail, jugent massivement que ce projet non seulement ne contiendra aucune avancée pour lutter contre le chômage – mais c’est déjà ce qu’ils pensaient du CICE quand Hollande et Macron nous promettaient une création d’un million d’emplois comme contre-partie de  la manne versée aux entreprises – mais qu’en outre il diminue considérablement les droits des travailleurs.

     La bataille du code du travail, le dernier tournant droitier du quinquennat 

    Le second aspect est que le P « S » va avoir du mal à défendre l’idée d’une primaire à gauche, s’étant ouvertement rangé maintenant dans le camp de la droite la plus réactionnaire. La conséquence pourrait être qu’en 2017 le candidat du parti socialiste soit complètement laminé au premier tour des présidentielle et que finalement Mélenchon arrive devant lui. Il est très probable que des gens comme Marie-Noëlle Lienemann ou Benoît Hamon, se range rapidement du côté de Mélenchon. La pasokisation du PS sera alors complète et ce parti se retrouverait par la grâce d’Hollande complètement réduit à la portion congrue. Tout le travail de Mitterrand aurait alors été enterré définitivement.

     La bataille du code du travail, le dernier tournant droitier du quinquennat 

    Il est en outre probable que les syndicats vont devoir se réveiller un peu, et suivre leurs troupes. Mis à part le syndicat patronal – la CFDT – les syndicats des travailleurs ont tous commencé par dire qu’ils refusaient que les accords d’entreprise se substituent à la loi générale, ou du moins soient en deçà. C’est en effet la question centrale. Si pendant des décennies la gauche a mis en avant la primauté de la loi par rapport aux accords d’entreprises, c’est non seulement pour unifier les statuts dans un souci d’égalité des droits, mais aussi pour éviter les abus des patrons dans les entreprises où la main d’œuvre est mal défendue par les syndicats. Il se pourrait alors que cette ignominie présentée par El Khomri ramène un regain de syndicalisme, et que des grèves importantes viennent accompagner ce sinistre projet. C’est ce que je souhaite, mais c’est ce qui risque d’arriver d’autant plus sûrement que la situation économique devrait se dégrader rapidement cette année et en 2017 dans toute l’Europe.

    On voit que toutes les conditions sont réunies pour que la vie politique se renouvelle en profondeur en France dans un laps de temps finalement assez bref. 

     

    Liens 

    http://www.fondation-itg.org/2015/11/19/code-du-travail-les-francais-sceptiques-a-la-reforme/

    http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/02/18/droit-du-travail-ce-que-contient-l-avant-projet-de-loi-de-myriam-el-khomri_4867746_4355770.html

    http://www.franceinter.fr/depeche-macron-travailler-plus-pour-gagner-autant

     

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  •  Défendons Kamel Daoud !!

    Kamel Daoud n’est pas seulement un journaliste et un écrivain de talent salué en tant que tel, il a aussi déjà sur sa tête une fatwa lancé par Abdelfattah Hamadache Zeraoui, imam salafiste et donc aussi borné que criminel. En effet il pense sincèrement que les pays arabes ne se sortiront pas de leur ornière sans réformer leur rapport à la religion. Il lutte donc comme Boualem Sansal et quelques autres contre l’obscurantisme religieux, comme nous-même en France nous avons dû le faire dans le temps pour obtenir finalement la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ce combat devrait être soutenu par la gauche, et plus encore par la gauche de la gauche. Mais ces gens préfèrent regarder ailleurs et s’adonner à l’ivresse de la lutte contre l’islamophobie qui leur permet de jouer les révoltés à peu de frais. Lutter contre l’obscurantisme religieux est un des principes moteurs de l’émancipation humaine, et par suite l’un des objectifs de la gauche. Comme sur le plan économique la gauche doit lutter contre les inégalités de richesses, pour la solidarité et contre la concurrence entre les travailleurs, elle doit faire de la marginalisation de la religion un de ses axes principaux de lutte politique.

    La haine que les islamistes portent à Daoud a été décuplée parce qu’il a osé écrire une chronique sur « la nuit de Cologne » où il interpelle le mal-être des Arabes engoncés dans un carcan religieux et puritain qui les empêchent de vivre. Et donc voilà qu’une brochette d’obscurs intellectuels se fend d’une chronique dans Le monde pour dire tout le mal qu’ils pensent de Daoud. On les remercie, ils nous rendent Daoud un peu plus cher à notre cœur. Comment s’articule cette diatribe ? D’abord on prétend que par ses écrits Daoud renforcerait le camp des islamophobes, et donc se mettrait dans une position de traitre par rapport aux musulmans, soutenant indirectement le racisme latent des occidentaux. Un oncle Tom en quelque sorte. Cette accusation est doublement malhonnête : d’une part parce qu’elle suppose qu’un Arabe n’a pas le droit de critiquer sa propre religion  – du moins la religion dans laquelle il a été élevé – et d’autre part parce qu’elle sous-entend que Daoud n’aurait pas ses propres raisons pour interroger ses racines. Aurait-il le droit d’être athée ? 

    Qui sont les critiques de Daoud ? 

    Dans un petit article publié sur un blog, Dis-moi d’où tu écris ?, une blogueuse dénommée Sonia s’est amusé à rechercher qui étaient vraiment les obscurs signataires de cette diatribe contre Daoud. Elle a rapidement fait deux constatations : la première est que les prétendus enseignants, chercheurs et autres anthropologues ne sont absolument pas connus en tant que tels. On voit bien la manœuvre, ils se parent d’un titre soi-disant scientifique pour justifier leur position idéologique. La seconde constatation est que ceux qui sont un peu connus, sont connus d’abord pour leur islamisme militant et non pour la renommée de leurs travaux. Certes n’importe quel citoyen a le droit d’intervenir dans un débat politique, mais en se parant de leur pseudo scientificité, ces signataires attirent tout de suite la lumière sur leur propre insuffisance intellectuelle.

    Défendons Kamel Daoud !!

    On remarque qu’en bons élèves de l’ignoble Badiou, ils reprennent ses manies d’écriture, parlant par exemple « de quoi Daoud est le nom » dans un but de salir bien entendu. Cela nous amène à la question suivante : pourquoi les militants d’extrême-gauche ne soutiennent-ils pas Daoud ? Pourquoi persistent-ils à se produire dans des théâtres avec le propagandiste des Frères Musulmans Tariq Ramadan ? Les Frères Musulmans sont ce qu’il y a de plus rétrograde en terre d’Islam. Mais les gauchistes préfèrent mener la lutte contre cette chimère nommée « islamophobie » plutôt que de lutter contre la pensée religieuse. En ce sens ils rejoignent le camp de la réaction et se situent clairement à droite de l’échiquier politique. 

    De la lutte contre l’islamophobie 

    Il n’y aura pas de société apaisée, en France ou ailleurs sans une marginalisation des religions, et donc de l’Islam, et également sans que les Français d’origine Arabe ne  prennent part à ce combat salutaire en dénonçant les travers de leur propre culture et en affichant leur volonté d’émancipation. On voit donc clairement qu’en menant combat contre l’islamophobie, une certaine gauche – NPA, Badiou ou encore l’inénarrable Plenel – contribue à tirer la société vers le bas, vers ses démons inégalitaires et  autoritaires. En croyant faire œuvre de tolérance, ils repoussent cette intolérance vers les plus faibles, à savoir les Arabes athées ou militants pour séparer l’Islam de la société. On a même vue des féministes gonflées de contradictions minimiser les exactions de la nuit de Cologne, alors même que les femmes se trouvaient en première ligne. Ce fut le cas de Clémentine Autain par exemple, mais d’autres encore qui avançaient pêle-mêle que les violes avaient été aussi bien le fait de l’Armée rouge que des GI’s, comme si ceci pouvait justifier cela, mais en même temps sans se rendre compte qu’elles assimilaient indirectement les musulmans, réfugiés ou non, à une armée d’occupation !

    Je signale par ailleurs qu’il y aurait eu en 2015 303 actes « islamophobes » pour une population musulmane sensible équivalente à 8 millions de personnes. Dans le même temps on comptait 808 actes antisémites pour une population israélite équivalente à 500 000 personnes. Pour une population 16 fois plus faible, le nombre d’actes hostiles est 2,7 fois plus important. Lutter contre le racisme c’est très bien, quelle que soit la forme que prenne ce racisme. Mais on voit que l’islamophobie est surestimée en France au moins par rapport à l’antisémitisme. Et que si la gauche avait bien pour mission de défendre les minorités opprimées, elle devrait commencer par défendre les Juifs qui quittent la France en masse. Mais les gauchistes préfèrent s’occuper de critiquer Israël plutôt que de lutte des classes en France et ils ont trouvé en la matière une alliance inattendue avec la pire réaction islamiste. D’autres au quai d’Orsay ou ailleurs, en sont restés aux rêves confus d’un Proche Orient modelé par Lawrence d’Arabie.

    Défendons Kamel Daoud !!

    L’islam fait peur et fait vendre. A preuve, le succès du livre béat et niais de l’ancien trotskyste Edwy Plenel, ou encore son symétrique, Soumission de Houellebecq, ouvrage mortifère et par ailleurs terriblement mal écrit[1]. Se rend-il compte de ce qu’il fait Plenel en titrant son ouvrage Pour les musulmans ? Pourquoi n’écrirait-il pas un autre livre qu’il intitulerait Pour les catholiques ? Mais nous on peut aller au-delà de ces imbécilités, et reprendre le combat de la gauche historique où il a été abandonné : remettre au goût du jour la lutte contre le racisme, contre la religion et contre les inégalités dans un esprit républicain et socialiste ! C’est pour cette raison que la laïcité est un combat nécessaire encore aujourd’hui, un combat prioritaire. Nous devons défendre la pensée dissidente arabe, celle de Sansal ou de Daoud, sans concession. Tout le reste est de la littérature pour des mauvais auteurs. 

    Liens 

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/31/cologne-lieu-de-fantasmes_4856694_3232.html

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/11/les-fantasmes-de-kamel-daoud_4863096_3232.html 

    http://sicsic.blog.lemonde.fr/2016/02/13/dis-moi-dou-tu-ecris/#comment-2

     

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/michel-houellebecq-soumission-flammarion-2014-a117198346

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