•  François Ruffin, Merci patron, 2015

    Bernard Arnault est ce qui se fait de pire dans l’oligarchie financière. Il est l’homme le plus riche de France, 38 milliards de dollars au dernier pointage, mais sans doute bien plus puisqu’au moment où j’écris cela, sans doute son bas de laine va-t-il s’arrondir encore. Des défauts, ma foi, il en a beaucoup, arrogant et menteur, il est aussi un mauvais Français, il a défrayé la chronique lorsqu’en 2013, il avait voulu se faire belge pour payer moins d’impôts. Cet Harpagon nouvelle manière a été élevé au grade de Grand Chevalier de la Légion d’honneur en 2011 par son ami Nicolas Sarkozy. Mais il n’est pas chien Bernard Arnault, il se commet aussi avec ce que Le Figaro croit être la gauche et n’hésite pas à serrer la louche au petit Macron, ou même encore avec un ennemi déclaré de la finance comme François Hollande.  

     François Ruffin, Merci patron, 2015 

    Macron se trouve toujours où il faut dès qu’il y a une place pour un lèche-cul 

    Au-delà du portrait très négatif de Bernard Arnault que dresse Ruffin, il y a l’industrie du luxe, puisque la fortune d’icelui en dépend. Or l’industrie du luxe, même si ses marchandises sont produites dans des conditions lamentables pour les salariés, est représentative de cette opposition entre le peuple d’en bas qui n’a pas les moyens, et l’élite ou la pseudo élite qui dépense des sommes folles dans des produits le plus souvent ridicules et laids qui ne servent à rien d’autre que de parader, de rentrer en compétition avec ses petits camarades. C’est aussi une manière de démontrer aux sans-dents qu’ils ne sont rien, pas plus aujourd’hui qu’hier ou que demain, et que leur pauvreté qui les amène à admirer les utilisateurs de ces produits de luxe, qu’ils sont à leur place, et qu’ils ne sauraient rien revendiquer d’autre.          

     François Ruffin, Merci patron, 2015 

    Bernard Arnault fut le témoin du mariage du petit Nicolas 

    Au-delà de la question sociale, il y a donc une méditation sur cette industrie du luxe que parait-il le monde nous envie – ce qui doit être vrai au moins pour une certaine classe sociale. Le luxe est une industrie de tout temps considérée comme bizarre, en effet, elle est le reflet des inégalités sociales, ce sont dans ces biens de luxe que la hiérarchie sociale se matérialise. Dans une société égalitaire elle n’aurait pas de sens. Mais les économistes sont très partagés sur le sens à lui donner. Pour les uns, elle donne du travail, parfois même du travail très qualifié, et joue donc un rôle de dépense qui permet de faire avancer la société. En outre elles permettent aux riches de dépenser leur surplus d’épargne et donc de ne pas thésauriser. Pour les autres, au contraire, ces dépenses sont complètement inutiles car elles détournent des richesses matérielles qui pourraient être mieux employées pour aider à éradiquer la misère. C’est au XVIIème et XVIIIème siècle que ces questions étaient discutées, et on sait que la Révolution de 1789 n’était pas très loin du développement de la pensée physiocratique qui stigmatisait le luxe de décoration. Evidemment les ouvriers qui ont été obligés de travailler pour Bernard Arnault n’ont souvent pas eu le choix : cela fait des années maintenant que dans un monde occidental en voie de désindustrialisation on prend ce qu’on trouve. Ces travailleurs vivent dans un monde qui n’est pas celui des actionnaires et encore moins bien sûr celui de Bernard Arnault lui-même. Ces gens sont totalement indifférents au sort des ouvriers qui ont fait sa prospérité, et sans doute seront-ils les premiers à condamner l’assistanat si les licenciés de Bernard Arnault touchent des allocations chômage ou le RSA. Qu’est-ce donc cette société où les paillettes et le luxe se payent d’autant de misère et de difficultés ? Mais même si on sait cela, on soutiendra que dans une économie mondialisée à outrance, il est bon que les Français soient les champions de l’industrie du luxe – comme pour les armes quoi – parce que cela crée des emplois et donc limite les dégâts. C’est aussi une industrie très concentrée, et la fortune de Bernard Arnault vient de sa capacité à avoir pu racheter à tour de bras les firmes du secteur.

      François Ruffin, Merci patron, 2015

    C’est à ce monument du capitalisme flamboyant que Ruffin s’attaque. Malgré la faiblesse de son budget, la manière de filmer est adéquate à ce qu’il a envie de dire et de voir apparaître. C’est un film militant, anticapitaliste.  Il ne va pas s’attarder vraiment sur la personnalité de Bernard Arnault pour lequel il n’a pas de sympathie, mais plutôt s’intéresser aux travailleurs dont la vie et l’environnement a été bouleversé du fait de la stratégie de mondialisation de ce milliardaire. Se mettant en scène lui-même Ruffin s’inspire manifestement de la manière de Michael Moore de Roger et moi ou de The big one. On laisse la parole à ceux qui en sont naturellement exclus, tout en mettant une distance un peu ironique d’avec le sujet. Ou encore on tente de rencontrer Bernard Arnault lui-même pour montrer combien cet individu vit à l’écart de la société : le patronat est asocial ! Il y a quelques scènes récurrentes de ce genre de films : par exemple Bernard Arnault expliquant qu’il n’est pas question de délocaliser et de licencier. On peut dire que maintenant, les moyens de communications aidant, on perçoit ces mensonges comme juste un prétexte pour les hommes politiques qui couvrent les turpitudes du patronat.

     François Ruffin, Merci patron, 2015 

    Bernard Arnault a des copains partout 

    L’organisation du récit se fait sur le mode de la farce, Ruffin, aidé de la famille Klur que la politique de Bernard Arnault a quasi ruinée, va piéger le milliardaire par le biais de son représentant, le monsieur sécurité de l’homme d’affaire. C’est d’ailleurs la façon dont celui-ci voit le chantage exercé qui est peut-être la partie la plus savoureuse du film. Quoique l’intervention du député « socialiste » ne soit pas mal aussi. En tous les cas c’est une méthode d’action intéressante, mêlant à la fois la drôlerie et la dénonciation. On saisit donc qu’il y a là une voie ouverte quand on voit l’embarras des représentants de Bernard Arnault qui ne veulent pas que les turpitudes du patron se répandent dans la presse. Malgré la détresse de la famille Klur, il y a quelque chose d’optimiste dans leur attitude : ils ne restent pas coupés du monde et se battent, avec l’aide de Fakir bien sûr qui joint ainsi l’utile à l’agréable puisqu’en venant à l’aide de la famille Klur, la belle image de réussite de Bernard en prend un sacré coup.

     François Ruffin, Merci patron, 2015 

    Ruffin se faisant éjecter de l’assemblée de LVMH 

    Le titre du film est emprunté à une chanson des Charlots qui date du début des années soixante-dix et qu’on entend dans le film. Ce groupe était très à la mode et il s’inscrivait de fait dans le large mouvement de contestation qui avait pris de court l’ensemble de la société en 1968 – ils feront aussi du cinéma avec beaucoup de succès public. Ajoutons que le financement du film et sa diffusion se réalisent de façon non- conventionnelle. Ce fut une vrai galère de boucler le budget nécessaire à l’entreprise, l’avance sur recettes ayant été refusée et le film se diffusera à travers les réseaux sociaux. On peut le regretter, mais au moins cela garantit une liberté d’esprit et de ton. Evidemment on ne discutera pas l’esthétique du film, quoique celle-ci en vaille finalement bien une autre puisqu’elle se trouve juste être un outil, mais que comme toujours la réalité dépasse bien souvent les intentions. A travers cette histoire, c’est le portrait d’une région anciennement industrielle, dotée d’une conscience prolétarienne. Et l’opposition entre le monde du luxe, des actionnaires et celui des prolétaires laissés sur le bord de la route de la mondialisation heureuse est sidérante dans ce qu’elle montre des stigmates physiques de la lutte des classes. Mais ça ne fait rien, la famille Klur à plus de beauté et de classe que le fringant et bien nourri Bernard Arnault. Et on préférera leur compagnie chaleureuse à celle de cet arrogant milliardaire qui, comme le vampire, se nourrit du sang de l’ouvrier, pour reprendre ce que disait Marx.

      François Ruffin, Merci patron, 2015

    Comme tous les capitalistes Bernard Arnault a beaucoup d’amis dans la politique, mais aussi beaucoup de cadavres dans le placard, des affaires pas très propres, il y a une dizaine d’années était paru un ouvrage de Airy Routier sur ce personnage, ouvrage qui faisait pendant à d’autres hagiographies qui avaient sans doute été commandées par Bernard Arnault lui-même. Pour ceux que les aventures des grands barons de la finance internationale intéressent, ils peuvent s’y reporter avec profit.

     

     François Ruffin, Merci patron, 2015

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  •  De imbécillité en politique, l’exemple de Macron

     

    Même les socialistes commencent à trouver que Macron en fait un peu trop dans le virage à droite, dans cette nouvelle manière d’être de gauche sans complexe. Passer en effet d'une pensée de gauche un peu molle et bobo à une pensée économique d'extrême droite demande de sacrées contorsions. Depuis que ce sinistre individu a été nommé par Hollande ministre de l’économie, un nouveau mot est apparu « macronade ».  On dit que ce serait Julien Dray qui aurait inventé ce néologisme.

    Des « socialistes » à Davos

    En tous les cas il a droit à des articles très élogieux dans Le Figaro qui raconte la journée formidable de Macron qui rencontre un tel, puis un tel, puis encore un tel. Mais Davos c’est le congrès annuel mondial du capitalisme ensauvagé qui fait semblant de penser. Du haut de cette plateforme le petit Macron a fait preuve d’une veulerie qui s’accompagne d’une méconnaissance élémentaire du sujet. En bon valet du capital, il reprend l’antienne de la compétitivité : selon le MEDEF et ses larbins, les 35 heures additionnées aux charges sociales seraient la cause de la mauvaise place de la France dans la course sinistre à la compétitivité. Nous donnons volontiers le graphique suivant à Macron qui a fait des études très incomplètes en économie : celui-ci exhibe la relation entre le niveau du PIB par tête évalué en ordonnée, et la durée hebdomadaire du travail mesurée en abscisse. Si donc la faiblesse des durées travaillées en France était la cause de son manque de dynamisme, on devrait avoir une relation positive : la durée du travail augmentant, le PIB  par tête augmenterait aussi. Or nous avons une relation nettement négative : le PIB par tête est d’autant plus élevé que la durée hebdomadaire du travail est faible.

    De imbécillité en politique, l’exemple de Macron 

    Dans le même mouvement Macron a avancé l’idée que les heures supplémentaires ne soient plus payées à un taux majoré. Cela le situe, comme son patron Hollande d’ailleurs, clairement à la droite de Sarkozy qui lui prétendait relancer le pouvoir d’achat des salariés en défiscalisant les heures supplémentaires qui auraient été toujours payées à un taux majoré. Le soit-disant objectif des mesures que voudraient voir prises Macron suppose que le but de l’économie est de faire remonter le taux de profit. D’où les jérémiades de Macron, employé d’un gouvernement de gauche, dirigé par un prédisent « socialiste » et un premier ministre « socialiste » qui s’il ne s’inquiète que peu de la santé des ouvriers et des chômeurs trouve le temps de s’inquiéter des malheureux entrepreneurs est si dure ! Même Sarkozy qui célébrait les travailleurs qui se lèvent tôt n’aurait pas osé de telles provocations.

    Instruisons Macron 

    Macron comme n’importe quel journaliste imbécile du Figaro croit savoir – on le lui aurait dit – que l’économie française souffre du manque d’un choc d’offre. Or l’économie mondiale ne souffre pas d’un manque d’offre, mais plutôt d’un manque de demande. La preuve ? Le prix du baril de pétrole a été divisé par 4 depuis deux ans. Macron apparemment ne sait pas que le partage de la valeur s’est réalisé nettement en faveur des entreprises depuis 40 ans. Comme le montre le graphique ci-dessous, on voit que la rémunération du travail stagne alors que la productivité du travail augmente : or si les deux courbes divergent c’est bien parce que – relativement à la productivité du travail – les salaires n’ont pas augmenté. Et évidemment si le salaires n’augmentent pas, il y a un défaut de demande et un affaiblissement des investissements. Pourquoi investir si en face il n’y a pas de demande ? Il semble que le moderne vieillard Macron se soit arrêté à la théorie économique classique, celle de Jean-Baptiste Say, qu’il n’ait jamais lu ni Marx, ni Keynes. 

    De imbécillité en politique, l’exemple de Macron 

    Le réactionnaire Macron 

    Bref il est temps de considéré Macron pour ce qu’il est : c’est un pur produit de la réaction. Il ne se sent bien que dans ce qu’on a appelé la révolution conservatrice. Au mois de mars dernier, il avait il y a quelques mois avancé qu’il regrettait qu’en France nous n’ayons pas su prendre le train des réformes engagées par le couple infernal Reagan-Thatcher. Même Tony Blair n’aurait pas osé aller jusque-là ! Même Sarkozy ! Evidemment en sortant de telles énormités, il consolide cette idée selon laquelle il n’y a pas d’alternative. Et donc que droite et gauche sont fondées à faire la même politique économique. Mais en même temps comme les résultats de la politique de l’offre – entendez la mondialisation accélérée depuis le début des années quatre-vingts – sont très mauvais en matière de croissance et d’emplois de partout dans le monde et que la déréglementation financière a aggravé la crise, on voit bien que cette thèse ne tient pas debout. Depuis le début des années quatre-vingts, on est entré dans une zone de grande instabilité en même temps que se développait dans la monde la révolution conservatrice.

      De imbécillité en politique, l’exemple de Macron

    Mais Macron n’est pas seulement réactionnaire en ce qui concerne la conception de l’économe, il est aussi réactionnaire sur le plan politique. Dans un entretien à un obscur magazine, Le 1, il nous faisait part de sa vive émotion du fait qu’on ait coupé la tête d’un roi et qu’on ait osé en France faire une révolution. Il a     ressenti un vide émotionnel ce pauvre garçon. Manifestement il ne comprend pas, comme tous les réactionnaires de son acabit, que s’il y a une révolution qui amène des violences, c’est qu’il y a des raisons à cela. Il aurait pu prendre exemple sur Victor Hugo.  

     De imbécillité en politique, l’exemple de Macron

    Cohérence 

    Macron procède toujours de la même manière, il énonce une débilité qui va énerver le peuple : par exemple « La vie d’un entrepreneur est plus dure que celle d’un salarié ». Puis il revient en arrière pour dire qu’on l’a mal compris, qu’il aime aussi les salariés. En vérité le but avoué de l’hypocrite Macron, c’est d’éduquer les Français aux nouvelles idées de « la nouvelle gauche », une ode à la gloire de l’entreprise privée et du profit. Ne nous a-t-il pas dit « Il faut de jeunes Français qui aient envie d’être milliardaires » ? Cette entreprise de dressage à coups de provocations incessantes, vise à montrer que les anciennes idées de gauche – la solidarité nationales, la lutte pour un meilleur partage des revenus, la limitation de la propriété privée des moyens de production, et même la lutte pour une laïcité inclusive – ne sont pas du tout moderne et qu’il faut les abandonner. Mais cette offensive médiatique est en cohérence avec le programme libéral de l’Union européenne – ce n’est pas un hasard si Macron milite pour un ministre de l’économie européen – qui veut vider la politique de l’idée qu’il puisse y avoir des alternatives en matière de politique économique.

      De imbécillité en politique, l’exemple de Macron

    Certes ce programme va rapidement trouver ses limites dans le fait même que les résultats en matière de croissance et d’emploi sont très mauvais, ne peuvent être que mauvais et d’autant plus mauvais qu’on l’approfondira, et donc qu’il va nécessairement déchaîner contre lui des mouvements violents. Entre temps certains disent que Macron voudrait bien se présenter aux élections présidentielles. Mais sur quel programme ? Il a beau faire le malin, c’est lui qui – peut-être via Attali – est le guide spirituel de Hollande en matière de politique économique, il est donc associé de fait à l’échec de la politique de l’offre du président. Je rappelle pour mémoire qu’il était de ceux qui étaient hostile à l’éphémère impôt de 75% sur les revenus dépassant le million d’euros. Avec ou sans barbe, en taxi ou en autocar, rien ne sauvera Macron de finir aux poubelles de l’histoire !

     

    Liens 

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/01/22/20002-20160122ARTFIG00201-la-folle-journee-d-emmanuel-macron-a-davos.php 

    http://www.pierrealainmuet.fr/action-nationale/item/686-commission-d%E2%80%99enqu%C3%AAte-%C2%AB-les-35-heures,-un-pacte-de-responsabilit%C3%A9-qui-a-r%C3%A9ussi-%C2%BB-barbara-romagnan 

    http://www.regards.fr/web/article/emmanuel-macron-en-flagrant-delit

    http://www.lexpress.fr/actualite/politique/emmanuel-macron-il-nous-manque-un-roi_1697286.html

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  •  Les nouvelles qui nous parviennent de la part de la bureaucratie européenne sont toujours mauvaises. Il n’y en a jamais de bonnes. Même quand l’Europe ne fait rien, elle envoie des mauvais signaux. 

    Mener la vie dure aux Anglaise

      Mauvaises nouvelles de l’Europe

    Le 14 janvier on trouvait sur le site euractiv.fr qui n’est pas forcément un site anti-européen, cette idée que si les Anglais s’obstinaient à pousser leur idée de référendum sur l’adhésion à l’Union européenne, ils seraient victimes de rétorsions de la part de l’Europe qui annonce qu’elle leur pourrira la vie en leur posant des conditions de sortie draconiennes. Même si la méthode n’étonne pas de la part de cette boutique fasciste, l’énoncer est choquant. En effet, les bureaucrates corrompus de Bruxelles n’essaient pas de convaincre, mais ils menacent ! Cette attitude est ridicule autant que révoltante. Ridicule parce que c’est pas en menaçant qu’on amènera le peuple à revenir sur ses désirs de Brexit. C’est même le contraire, plus les bureaucrates menaceront et plus les britanniques auront dans l’idée de sortir de cette prison pour échapper à des menaces aussi grossières qu’imbéciles. Révoltante parce que depuis quelques années, face à la faillite de sa politique sociale et économique, l’Union européenne ne sait plus que menacer. Le MES est une menace latente de Bruxelles sur les budgets, et l’attitude des créanciers face à la Grèce est encore une forme de fascisme rampant pour décider les Grecs à obéir sous la menace du bâton financier. On ajoutera que les menaces de l’UE face à la Grande-Bretagne n’ont pas de sens parce que si un pays le décide, il sortira sans rien négocier de l’UE. Ce ne sont pas les bureaucrates européens qui vont tout de même envahir la Grande-Bretagne pour lui faire rendre gorge ! Il est vrai que le Brexit serait très dramatique pour l’Europe car cela démontrerait in fine qu’il y a bien une vie en dehors de l’Union européenne, comme le montrent les Suisses tous les jours d’ailleurs. En bref, il va de soi que si l’UE menace, c’est parce qu’elle n’a plus d’argument flatteur pour retenir la Grande-Bretagne dans l’UE. On a donc dépassé le temps des mensonges. Il faut dire que la gestion calamiteuse de la crise des migrants par l’Union européenne ne donne guère envie de faire partie de cet ensemble qui ressemble de plus en plus à un bateau ivre. 

    Taxer l’essence 

     

    Mauvaises nouvelles de l’Europe 

    Schaüble qui ressemble de plus en plus à un docteur Frankenstein de l’économie européenne, a compris que l’accueil des migrants ça coûtait cher. Et c’est l’Allemagne qui en accueille le plus – 1 000 000 cette année – on évalue ce coût à environ 1 000 € par mois et par migrant, ce qui fait 1 milliard d’euros par mois et 12 milliards en année pleine. Schaüble a donc imaginé un impôt nouveau pour financer cela à l’échelle européenne : taxer l’essence. Le motif est que cette taxe pourrait paraitre indolore  puisque les prévisionnistes pensent que le prix du baril de pétrole va rester très bas pendant un long moment. Le lèche-botte Moscovici a tout de suite embrayé pour dire combien cette idée était lumineuse !

    C’est une idée qui est mauvaise de tous les points de vue qu’on se place. D’abord et surtout parce que sous le couvert de l’Europe c’est une manière pour l’Allemagne de se défausser du financement de ses problèmes sur ses voisins, c’est ce qu’elle avait déjà fait au moment de la réunification où toute l’Europe a payé à sa place ! Ensuite parce que cela est contraire à l’esprit de la politique économique austéritaire et ne peut que peser sur les déficits. Enfin parce que accueillir d’une manière aussi rapide des millions de personnes pose un problème d’équilibre des populations dans les pays d’accueil. En outre à quoi servirait une telle taxe ? A payer la construction de camps en Turquie ? On voit que ces propositions ne répondent pas à ce qui est fondamental. Sur le moyen et long terme quels sont le travail et les revenus qu’on peut offrir à ces migrants dans une Europe en panne de croissance et d’emplois, soumise au régime sec des dépenses publiques ? Schaüble n’est pas sérieux ! 

    Faire pression et punir la Grèce 

    Les dernières nouvelles des relations entre la Grèce et ce qu’on appelle pudiquement « les créanciers » sont désastreuses. Alors que Tsipras n’en finit plus de donner des signes de soumission aux créanciers après avoir admis le FMI comme un des principaux prédateurs de la Grèce, l’ignoble Jeroen Dijsselbloem se dit inquiet des nominations « politiques » auxquelles la Grèce procéderait dans les institutions. Par politiques il veut dire des gens qui seraient un peu tièdes ou critiques un peu face aux exigences des créanciers. Comme le souligne Romaric Godin dans l’article de Le Tribune, les créanciers se sont déjà donné les moyens de contrôler les votes du parlement grec, des fois qu’il prendrait la fantaisie à ce dernier de voter contre les dictats de la finance. Le but est clair, il s’agit de remplacer Tsipras et Syriza qui les a fait trembler l’an dernier par une droite plus conforme à l’idée européenne.

      Mauvaises nouvelles de l’Europe

    En effet comme on le voit ci-dessus Syriza est de moins en moins soutenu par le peuple grec et la Nouvelle Droite arriverait facilement au pouvoir en cas d’élections anticipées, c’est-à-dire si Tsipras était contraint à la démission. On voit que ce dont il s’agit c’est tout simplement d’un coup d’Etat plus ou moins légal. L’Europe joue très bien cette partition : d’une part en demandant de plus en plus de signes ostentatoires de soumission à Tsipras, elle l’accule à la démission, et d’autre part elle démontre que si les Grecs restent dans l’Europe, seuls les partis qu’elle choisit seront tolérés à gouverner, c’est-à-dire à appliquer les directives de leurs maîtres.

    De ceci nous devons tirer les leçons suivantes : tout d’abord ne rien négocier avec l’Europe, mais imposer notre politique nationale. Ensuite, chaque reculade, et Tsipras en a fait tant et plus, se paye très cher en termes de crédibilité politique. En bradant le résultat du vote de juillet 2015 Tsipras n’a pas seulement trahi, il s’est suicidé politiquement. Mais tout cela renforce et renforcera encore plus l’idée d’une sortie directe de l’Europe chez les Grecs. Dans un récent sondage, on voit maintenant que les Grecs sont plus nombreux à vouloir une monnaie nationale qu’à soutenir l’euro. Mais plus encore à l’échelle de l’Union européenne, la majorité des peuples ne veut plus de la monnaie unique. 

    Conclusion 

    Tous ces signes accumulés montrent que l’Europe se dirige vers une forme de dictature qui ne veut pas dire son nom, et que si on ne l’arrête pas à temps, elle finira bien par entrainer des guerres civiles un peu partout sur le continent.

     

    Liens 

    http://www.euractiv.fr/sections/royaume-uni-en-europe/lue-compte-mener-la-vie-dure-au-royaume-uni-en-cas-de-brexit-320960

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/schauble-propose-une-taxe-europeenne-sur-l-essence-pour-les-migrants-543266.html

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-nouvelle-offensive-des-creanciers-contre-le-gouvernement-543715.html

    http://www.electograph.com/2016/01/greece-january-2016-alco-poll.html

     

    http://russeurope.hypotheses.org/4633

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  • Emile Guillaumin, La vie d’un simple, Stock, 1904

    Un grand pan de la littérature prolétarienne est représenté par des écrivains-paysans, ou à tout le moins par des écrivains ayant eu une expérience de la paysannerie directe du fait qu’ils vivaient comme Giono dans une petite ville paysanne. Cette littérature est généralement méconnue et méprisée, principalement parce que la paysannerie a toujours été regardée par les socialistes et les révolutionnaires comme une classe vouée, selon la logique de l’histoire, à disparaître. Parmi les plus beaux représentants de ces écrivains-paysans, il y a Emile Guillaumin et son ouvrage La vie d’un simple qui fut publié en 1904 et qui rata de très peu dit-on le prix Goncourt. S’il existe beaucoup d’ouvrages sur la condition paysanne, peu sont le résultat de la réflexion et de l’écriture de paysans eux-mêmes. C’est justement le principe de la littérature prolétarienne, prendre la parole, et ne pas laisser les écrivains bourgeois parler à la place des opprimés, quelles que soient leurs intentions.

    L’ouvrage raconte l’histoire du père Bertin, dit Tiennon, paysans sans terre de l’Allier, à travers le XIXème siècle. Ce n’est donc pas un roman autobiographique, puisqu’Emile Guillaumin est né après la Commune de Paris, en 1873, et qu’il est mort en 1951, bien qu’il se soit nourri de ce qu’il connaissait.

     Emile Guillaumin, La vie d’un simple, Stock, 1904

    Contrairement aux apparences, c’est un roman assez complexe. Le propos est multiple, d’une part mettre en avant la sensibilité meurtri d’un métayer, les difficultés de son existence personnelle, et de l’autre la description minutieuse des rapports sociaux, les rapports de classes, qui s’organisent autour de la métairie. Les métayers sont en effet très mal traités  par les propriétaires qui peut à tout moment les jeter dehors, augmenter la redevance, exiger d’eux des services supplémentaires qui en font un peu des domestiques. Cette situation de dominé s’inscrit évidemment dans des institutions, que ce soit le droit ou la politique, tout est fait pour défendre la propriété privée contre le travailleur. Le paysan sans terre est alors un simple objet, un instrument, soumis et sans instruction.

    Le travail est difficile et rapporte peu. Il n’est donc pas question ici de glorifier le travail de la terre, d’en présenter une version poétique. Il n’y a rien d’idyllique dans ces longues heures de labeur, la maigre pitance que l’on s’accorde et le peu de divertissement que l’on se donne. Ces paysans pauvres vivent dans une quasi-misère permanente et dans la saleté. Ils n’ont pas d’instruction et sont désarmés devant les exigences de la société à leur endroit.

      Emile Guillaumin, La vie d’un simple, Stock, 1904

    C’est une classe sociale qui a été souvent traité par le mépris. Ses mœurs paraissent rustiques et ancrées dans le passé. Marx la regarde du point de vue de la propriété morcelée dans Les luttes de classes en France, il la désigne comme le support de la réaction et ne prend pas en compte les paysans sans terre. Cette classe sans conscience est pourtant très nombreuse, la plus nombreuse, pendant très longtemps : elle fut même un enjeu politique dans l’Ancien régime. Elle est décrite par les Physiocrates comme la seule classe productive de valeur. Mais le paysan est atomisé, fragmenté, absorbé par ses travaux quotidiens et n’a pas trop les moyens intellectuels de se penser politiquement.

    L’ouvrage de Guillaumin n’est pourtant pas politique. Son but est tout autre, dévoiler la réalité de la vie paysanne, son intimité, sa part de rêve aussi dans ses relations à la terre. S’il montre toute la dureté du métier sans le glorifier, il présente cependant le travail du paysan comme aussi quelque chose de noble. Guillaumin ne milite pas pour la disparition du travail, mais plutôt pour une plus juste organisation et une plus juste répartition de ses résultats. Il deviendra d’ailleurs dans l’Allier un des représentants du syndicalisme paysan qui est systématiquement négligé par l’histoire sociale. Un autre aspect important de ce livre complexe, est la transformation progressive des campagnes sous l’impact de la diffusion du progrès technique, que ce soient les nouvelles techniques de production, ou la généralisation du chemin de fer. La fin de l’ouvrage montre que la condition paysanne est en train de changer dans le dix-neuvième siècle paysan. On peut percevoir une certaine nostalgie pour le travail à l’ancienne. On peut se poser d’ailleurs la question de savoir s’il n’y a pas quelque chose à retenir de cette forme d’activité par opposition à la domination du travail agricole par la technique. Certes il ne serait pas souhaitable de revenir aux formes de l’organisation du travail qui épuisait les paysans et leurs familles, mais la dureté de cette condition n’était pas forcément liée à l’absence de technologie dans le métier, elle l’était plus sûrement dans les formes économiques de distribution des profits, de formation des prix et des rentes, car c’est bien en affamant les paysans qu’on pouvait offrir des bas salaires dans l’industrie et continuer l’accumulation du capital. C’est à mon sens le message de l’ouvrage de Jean Giono, Les vraies richesses, publié en 1936 : la contrainte de la technologie peut être compensée par le développement de la solidarité et de la coopération. 

     

     Emile Guillaumin, La vie d’un simple, Stock, 1904

    Pour autant que l’ouvrage d’Emile Guillaumin soit passionnant dans son sujet, il n’en reste pas moins magnifiquement écrit, bien que Guillaumin soit un autodidacte qui restera un paysan. Sans doute est-ce cela qui fait la force de l’ouvrage, cette volonté de ne pas écrire selon les normes dominantes de l’époque et donc de trouver un style spontané, dépendant de son sujet plus que des règles littéraires. Outre l’émotion qu’on ressentira dans de nombreuses pages – comme la mort des proches, ou l’extrême vieillesse de Tiennon – il y a toute une analyse de l’importance du langage comme outil de domination ou d’émancipation. C’est en effet par la langue que les Parisiens ou les bourgeois s’opposent d’abord aux paysans. 

    « Parfois, durant des séances de travail aux champs, aux saisons intermédiaires surtout, quand il faisait bon dehors, quand la brise, caressante comme une femme amoureuse, apporte avec elle des senteurs de lointain, des aromes d’infini, des souffles sains dispensateurs de robustesse, je ressentais ce même sentiment d’orgueil satisfait confiant au plein bonheur. Ce m’était une jouissance de vivre en contact avec le sol, l’air et le vent… Je plaignais les boutiquiers, les artisans qui passent leur vie entre les quatre murs d’une même pièce, et les ouvriers d’industrie emprisonnés dans des ateliers malsains, et les mineurs qui travaillent si profond sous l’a terre. J’oubliais M. Gorlier, M. Parent ; je me sentais le vrai roi de mon royaume et je trouvais la vie belle. » 

     

    Constamment réédité et redécouvert, c’est un livre important aussi bien pour la compréhension de la transformation sociale que pour l’histoire littéraire. La réédition la plus récente est celle d’Omnibus, avec une présentation de Michel Ragon qui au fil des années est devenu aussi bien un écrivain prolétarien reconnu qu’un spécialiste de l’histoire de la littérature prolétarienne.

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  •  S’il y a un sujet qui agite les pays développés, c’est bien l’idée de faire de la politique autrement. C’est même une lame de fond qui parcourt l’Europe – émergence de Podemos, de Syriza, l’arrive de Corbyn à la tête du parti travailliste – et les Etats-Unis avec le grand succès de Bernie Sanders dans les primaires du Parti démocrate. Ne rentrons pas dans le détail des critiques qui peuvent être faites à tous ces mouvements, mais soulignons seulement qu’ils manifestent une volonté de changement dans le fonctionnement des institutions.

     

    Cette volonté de s’émanciper des politiciens de profession est un mouvement très ancien qui vise à redonner le pouvoir aux citoyens eux-mêmes, à ne pas déléguer ce pouvoir, à l’exercer directement et pleinement. Cette tendance à l’autonomie nourrit d’ailleurs les mouvements spontanés contre des décisions politiques qu’on juge indignes et hostiles, c’est le cas des ZAD par exemple. Ces mouvements sont déjà des succès à Notre-Dame-des-Landes ou à Sirvens.

      Faire de la politique autrement

    Cette spontanéité qu’on voit périodiquement à l’œuvre un peu partout dans le monde présente pourtant plusieurs handicaps. Le premier est qu’elle est le plus souvent brouillonne et sa violence rebute des populations qui le plus souvent aspire certes à un changement, mais sont un peu désabusées et restent noyées dans leurs problèmes quotidiens. Le second est qu’elle demande un investissement de tous les instants, en effet dès que les mobilisations se défont, la défaite est assurée. Il y a pourtant des mobilisations qui arrivent à maintenir un taux de mobilisation élevé malgré le temps qui passe comme on le voit à Notre-Dame-des-Landes par exemple. Enfin ces mouvements spontanés ne présentent que très rarement une lisibilité sur le long terme, n’ayant comme seul programme que le refus de telle ou telle décision prise sans consultation du peuple.

     Faire de la politique autrement 

    Affrontements à Notre-Dame-des-Landes le 9 janvier 2016 

    Malgré ses limites, ce type de mouvement a beaucoup de vertus. Non seulement il met en évidence les mécanismes faussement démocratiques du pouvoir, mais il montre encore qu’il est possible d’agir pour peu qu’on en ait la volonté. Et ce type d’action n’émane pas des partis régulièrement constitués qui fonctionnent tous un peu sur le même mode : une tête pensante développe une ligne et la soumet au bon peuple qui est sensé l’approuver. Autrement dit, c’est l’idée que l’on puisse faire confiance les yeux fermés à des politiciens professionnels ou non qui est remise en question.

    Dans le sondage ci-dessous, on voit que la tendance est à remettre en question le rôle des politiques dans ce qu’ils forment une classe coupée de la réalité de la vie quotidienne. Outre qu’on privilégie des formes comme les référendums d’initiative populaire, on est favorable à la proportionnelle et aussi à la limitation du nombre de mandats exercés dans la même fonction élective, comme on est favorable au non-cumul. Certes cela n’est pas assez, mais on peut le voir comme un premier pas vers une responsabilité citoyenne augmentée.

    D’autres idées font parallèlement leur chemin. Sur les réseaux sociaux se développent des idées de démocratie directe, comme par exemple le remplacement des élections législatives par un tirage au sort des députés qui ensuite procéderaient à l’élection d’un président choisit par eux. Ce mouvement progresse dans l’opinion depuis une bonne dizaine d’années. Il s’appuie à la fois sur la méfiance des populations vis-à-vis des politiciens de profession, et sur le peu de résultats que les politiques mises en place obtiennent, et on se dit à juste titre qu’on ferait tout aussi bien que ces gens-là. Mais le développement d’une démocratie directe allant dans ce sens mettrait également au rencart les vieilles logiques partisanes qui font que pour se faire élire les députés adoptent des attitudes auxquelles ils ne croient pas et qui les entraînent à de promesses qu’ils sont bien incapables de tenir : c’est l’histoire de l’alternance depuis 1981 qui a vu de plus en plus les électeurs de désintéresser d’un système politique qui ne leur plait pas.

    Le changement dans les modes de diffusion des informations a fait également que les hommes politiques sont « nus », je veux dire par là que non seulement on ne les croit plus, mais qu’en outre leur personnalité se dévoile aussi dans une médiocrité ordinaire. Nos deux derniers présidents sont souvent perçus dans l’opinion comme de simples magouilleurs sans culture et sans envergure : leur seule volonté étant seulement de se faire élire ou réélire. Il est remarquable d’ailleurs que ces deux derniers présidents aient été critiqués particulièrement pour la gestion de leur vie privée, non pas que leurs prédécesseurs n’en avaient pas, mais parce que celle-ci étant voilée, on ne s’y intéressait pas. Autrement dit la séparation entre la vie privée et la vie publique fonctionnait correctement en France. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et les frasques de Mitterrand ne seraient plus permises.

    Faire de la politique autrement

    Des personnalités… 

    Depuis quelques jours circule une pétition pour « ré-enchanter » la politique. Cette pétition à l’initiative de « personnalités » autoproclamées, vise à mettre ne place une primaire à la gauche de la gauche, en vue de l’élection présidentielle de 2017. Cette pétition récupère l’idée de mettre en place un marge débat, et de faire intervenir les citoyens ordinaires dans le choix d’un futur candidat. 

    Voilà qui est emblématique de ce qu'il ne faut pas faire aujourd'hui. Quelques « personnalités parisiennes » - des vieux chevaux de retour comme Cohn-Bendit ou Wieworka - viennent encore et encore dire au bon peuple comment s'y prendre. C’est la manière « bobo » de vivre le désir d’autonomie politique sans rien changer quant au fond des institutions. Cette campagne publicitaire qui va faire un flop - manifestement trop orientée contre Hollande - ne s'appuie sur rien de précis et de positif. Mais ces gens que sont-ils capables de dire sur la crise de l'Europe, ou sur la crise des migrants ? Ont-ils un plan sérieux pour changer les choses en matière d’emploi ou de salaire ? Mais surtout elle est à l’initiative de « personnalités » autoproclamées qui appartiennent à la sphère médiatique. Dans cet ensemble hétéroclite on retrouvera l’économiste Thomas Piketty, l’actrice Jeanne Balibar – fille de l’ancien maoïste Etienne Balibar, compagnon de route de l’ignoble Badiou – le médiatique Raphaël Glucksman – fils d’André Glucksman, lui aussi ancien maoïste converti un temps au sarkozisme. Ou encore des anciens joueurs de football. On remarquera le nom de Pierre Rosanvallon, sociologue présenté ici comme historien, mais surtout chantre de la deuxième gauche façon Terra Nova.

    Faire de la politique autrement 

    Evidemment dans cette liste à la Prévert vous ne trouverez aucun ouvrier, ni aucune caissière de supermarché ou même un chômeur. On reproduit donc cette séparation entre ceux qui sont sensés savoir quelque chose et ceux qui ne connaitraient rien de la vie politique et sociale. Dans leur grande bonté, les initiateurs de cette bête pétition vont nous initier à de nouvelles pratiques. Ce n’est pas seulement dans cette manière d’instituer un magistère que ces gens-là sont dans l’erreur. Mais dans leur ensemble ils sont de cette gauche-là qui est justement rejetée par le peuple : ils ont comme programme prioritaire la lutte contre le FN, la promotion d’ « une autre Europe » et la défense des « valeurs » libérales sur le plan des mœurs. Ils n’ont aucune idée sur une réforme approfondie du système économique, ni même sur une réforme des institutions. Leur public sera sans doute une petite bourgeoisie lettrée, mais pas trop, qui croit connaitre quelque chose de la vie parce qu’elle fait des études à l’Université.

    D’autres ont remarqué facilement que la plupart des possibilités de débattre dans le cadre d’une primaire était qu’il y ait un consensus minimum. Et évidemment entre le boboïsme ultra-libéral de Cohn-Bendit, le keynésianisme très modéré de Piketty et la valse-hésitation du Parti de Gauche sur la question de l’Europe, la seule chose qui unit ses gens est l’idée de faire une primaire ! Ça nous semble un peu court pour animer un débat  jusqu’à la préparation des élections présidentielles.

    Autour de moi, certains à gauche voudraient bien participer aux primaires de la droite ! Cela peut sembler incongru, mais en réalité il y a une telle haine déraisonnable de la personne de Nicolas Sarkozy que quelque part on comprend bien qu’il serait réjouissant de renvoyer le petit bonhomme agité à ses études.  Évidemment penser que Juppé qui est maintenant le candidat officiel des médias serait bien moins nocif que Sarkozy ou Hollande est assez inconscient. On se souvient de ce vieux cheval de retour qui, il y a vingt ans, après avoir mis la France à feu et à sang en provoquant les plus longues grèves depuis Mai 68, avait dû momentanément quitter la vie publique pour avoir été condamné dans une affaire de « prise illégale d’intérêts » puisque c’est comme ça qu’on appelle en termes polis le fait d’avoir tapé dans la caisse. Mais que des gens de gauche qui ne croient plus au P « S » en soient réduits à voter pour Juppé en dit long sur le désespoir qui se propage dans notre pays.

     Faire de la politique autrement

     

    Manifestation contre Alain Juppé en 1995

    Liens

    http://www.liberation.fr/france/2016/01/09/a-nantes-les-opposants-a-notre-dame-des-landes-deloges-par-la-police_1425401 

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/01/10/daniel-cohn-bendit-thomas-piketty-et-une-quarantaine-de-personnalites-appellent-a-une-primaire-a-gauche_4844746_823448.html
     

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