•  Une armée européenne pour quoi faire ?

    Un champ de manœuvre politique 

    Dans une interview récente, le sinistre Schaüble, reprenant une idée déjà avancée par le président de la Commission européenne Juncker, envisage le développement d’une armée européenne. L’idée est que la montée des tensions dans le monde l’exige, et que les montants dépenses en Europe par l’ensemble des pays européens seraient plus utilement dépensés dans le cadre d’une unification militaire de l’Europe. Derrière cette idée qu’on voudrait nous vendre pour du simple bon sens, il y a cependant plusieurs dangers.

    Le premier étant de savoir contre quel ennemi cette armée serait sensée nous protéger. Il va de soi que le premier ennemi identifié par l’Europe en tant qu’ensemble vassalisé des Etats-Unis est la Russie. Or il faut bien avoir d’abord en tête que le budget militaire de la Russie est à peu près équivalent à celui de la France. Et si on additionne les budgets du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, et de l’Italie, les dépenses d’armement sont quatre fois plus importantes que celles de la Russie. Elles avoisinent 150 milliards d’euros. En outre l’Europe bénéficie du parapluie de l’OTAN. Si on fait la somme du matériel et des effectifs potentiels en Russie et en Europe, on s’aperçoit que la Russie est en position de faiblesse et donc que les arguments des uns et des autres sur la nécessité de renforcer les dépenses militaires en Europe n’a pas de sens autre que celui de conforter le chiffre d’affaire des marchands d’armes. Les Russes n’ont jamais visé une attaque militaire contre les positions européennes, même du temps de la Guerre froide. C’est plutôt l’inverse puisqu’ils ont abandonné dans les conditions désastreuses qu’on sait des pays comme la Grèce au lendemain du partage de Yalta. Récupérer une partie de l’Ukraine, s’ouvrir une porte de sortie sur la mer Noire, est une chose, conquérir des territoires au-delà en est une autre. Seuls quelques débiles mentaux américains qui officient au Pentagone peuvent croire à de telles fables.

    Une armée européenne pour quoi faire ? 

    Le deuxième ennemi potentiel de l’Europe est l’Islam radical représenté par l’Etat islamique. Pour beaucoup de stratèges européens, c’est ce qui expliquerait la crise des migrants et les difficultés que cela entraine en Europe pour leur intégration. Une armée européenne aurait alors pour mission de participer à l’écrasement de ces formes agressives para-étatiques. Mais en admettant qu’il soit nécessaire de faire le ménage dans ce sens, en quoi la formation d’une armée européenne serait-elle utile ?

    Obstacles

    L’armée appartient aux fonctions régaliennes de l’Etat. Or il va de soi que l’Union européenne n’est pas un Etat. Du reste elle ne veut pas l’être. Mais chaque fois qu’on met en avant les difficultés de l’Union européenne, le plus souvent engendrées par la forme de cette institution, on signale que la solution serait dans plus d’Europe – on oublie volontairement qu’une autre solution possible serait d’en sortir. Après avoir liquidé la politique économique et avoir enlevé la gestion budgétaire aux Etats, leur enlever la possibilité d’avoir une armée équivaudrait à signer l’acte de décès des nations européennes. C’est certainement un vieux rêve bureaucratique, mais ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour.

    Le premier obstacle et sans doute celui qui ne peut pas être contourné, c’est que les 28 pays qui forment l’Union européenne n’ont pas les mêmes objectifs stratégiques. La moitié d’entre eux au moins ne se sent pas menacée par la Russie. Certes les Polonais et les Baltes verraient d’un bon œil cette avancée, mais pas les Hongrois, les Italiens, les Grecs et les Français. D’ailleurs si les Grecs ont le budget militaire le plus élevé en pourcentage de l’Union européenne, c’est parce que leur première crainte est le voisin turc, celui-là même que les Allemands et les Américains veulent faire entrer à toute force dans l’Union européenne, manière d’encercler un peu plus la Russie.

    Le second obstacle est budgétaire. Comme on l’a vu, le poids des dépenses militaires est très variable, et si on s’aligne sur les 2% comme le souhaitent certains, dans le contexte d’une austérité renforcée, il faudra toujours un peu plus rogner sur les dépenses sociales. C’est ce qui est annoncé d’ailleurs. Le MEDEF a demandé explicitement à Hollande de compenser l’effort nécessaire de défense pour lutter contre le terrorisme et contre Daech en sabrant dans les dépenses sociales. C’est exactement ce qu’ont fait les présidents américains, Bush, Reagan, puis encore Bush en prenant les prétextes de la guerre « nécessaire » en Afghanistan ou en Irak. C’est une autre manière de suivre à distance les dérives du modèle américain.

    Une armée européenne pour quoi faire ? 

    Les Allemands se sont beaucoup réarmés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais leur budget militaire reste faible. Or comme l’Allemagne serait en première ligne dans un conflit – très hypothétique il est vrai – avec la Russie, certains ont avancé que l’idée d’une armée européenne était une manière très allemande de faire contribuer les européens à leur propre défense. Je ne suis pas certain que cela soit une vraie raison, encore qu’à l’évidence une intégration militaire de l’Europe outre qu’elle leur assurerait une certaine légitimité perdue depuis 1944, leur donnerait possibilité d’orienter les dépenses militaires des autres pays en fonction de leurs propres intérêts.

    Enfin il y a un obstacle puissant à l’intégration des forces armées en Europe, ce sont précisément les militaires eux-mêmes. On voit mal les officiers français se mettre sous la direction d’un général allemand ! Le ministre de la défense français, Le Drian, qui n’a pas apprécié le lâchage des européens en général et de l’Allemagne en particulier sur la question du Mali et celle de la Syrie dit qu’il est inconcevable qu’une armée européenne n’émerge avant 150 ans ! Il aurait tout aussi bien pu dire jamais parce que d’ici 150 ans il est probable que l’Union européenne aura disparu !

    De même sachant que les intérêts turcs et allemands sont liés de longue date, il semble assez inconcevable que les militaires grecs – très nationalistes – admettent de passer sous la coupe d’un commandement allemand au risque d’un conflit aggravé avec la Turquie.

    Conclusion

    Il va de soi que le peuple doit être vigilant, non seulement parce que la hausse des dépenses militaires n’est probablement pas nécessaire – on justifie les investissements militaires par les progrès technologiques, sans qu’on soit sûr que ce soit vraiment là que se situe l’enjeu des armées de demain, mais aussi parce qu’on ne sait pas trop ce que ferait une armée européenne dans un mélange inédit de langues et de commandements en termes de violence contre les civils. Cela pourrait nous entraîner évidemment dans des conflits que nous ne voulons pas avec la Russie par exemple. On sait que le président de l’Union européenne, Donald Tusk, polonais et réactionnaire patenté, pro-américain, pousse à la confrontation avec la Russie. Partir en guerre contre la Russie est impossible tant que la France reste maîtresse de ses destinées militaires, mais ce n’est plus impossible dans le cadre d’une armée européenne.

    Une armée européenne pour quoi faire ? 

    On peut également se poser la question de ce que ferait une armée européenne si un pays membre par exemple voulait sortir de l’Union européenne à l’issue d’un référendum que l’Union européenne décréterait illégal. Tout cela nous donne, si nous en avions encore besoin, des arguments supplémentaires pour sortir au plus vite de l’Europe et de l’OTAN avant qu’une catastrophe n’arrive sur le terrain militaire.

    Liens

    http://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/armee-europeenne-proposition-juncker-laisse-drian-dubitatif-22137

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/le-ministre-allemand-des-finances-defend-la-formation-d-une-armee-europeenne-538829.html

    http://www.lefigaro.fr/international/2014/09/02/01003-20140902ARTFIG00365-washington-pousse-l-otan-au-bras-de-fer-avec-la-russie.php

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  •  De la déchéance de la nationalité

    C’est encore le genre de faux débat qui enflamme l’opinion, mais qui est en réalité de peu d’importance. Il s’agit dans le cas des bi-nationaux et dans le cadre d’une participation à des entreprises terroristes de pouvoir déchoir ceux-ci de la nationalité française. On voit tout de suite que cette question ne concerne que très peu de monde, une poignée d’individus, et qu’en outre elle ne peut pas dissuader qui que ce soit de se livrer à des actes de terrorisme. Ceux qui risquent leur peau dans ce genre d’entreprise n’ont que faire de menaces de ce genre.

    Mais cette idée loufoque qui ne sert à rien, fait partie d’un plan d’ensemble de communication de François Hollande. Celui-ci était au plus bas dans les sondages, n’ayant plus aucune chance semble-t-il de gagner les présidentielles de 2017, et puis les attentats du 13 novembre et ses conséquences l’ont remis en selle. Voulant se montrer actif, il a fait d’état d’urgence l’axe de sa nouvelle détermination. L’opinion abasourdie lui a d’abord donné quitus dans la gestion de ces attentats ignobles. Mais ensuite les consciences de gauche se sont un peu réveillées et ont commencé de dénoncer les dérives qui pouvaient s’en suivre. On a vu par exemple que l’état d’urgence pouvait servir à entraver les manifestations contre la COP21 qui concernent la lutte contre le réchauffement climatique.

      De la déchéance de la nationalité

    Et puis on en est arrivé à ce que certains se souviennent que cette proposition absurde avait été avancée dans le temps par le FN, et évidemment si une idée est avancée par le FN, elle est considérée comme mauvaise en soi et pour soi. C’est un peu court, parce qu’une idée doit s’analyser en elle-même, du point de vue de son utilité et de sa compatibilité avec les principes de la République, et non pas à partir de celui qui l’émet. On a mis ainsi des années à se débarrasser de l’idée selon laquelle une sortie de l’euro ou de l’Union européenne était une idée d’extrême droite parce qu’elle était aussi portée par le FN. Ainsi que l’avançait Sapir dans un billet récent, cette possibilité de déchéance de la nationalité pour les bi-nationaux existe déjà dans le droit français et existe aussi dans la plupart des pays européens. Dans ce cadre-là on voit qu’on est parti pour un nouveau débat stérile qui ne va intéresser que ceux qui adorent couper des cheveux en quatre et donner une consistance particulière à leur positionnement à gauche. On a vu ainsi la ministre de la justice, Mme Taubira, déclarer depuis Alger que cette mesure visant à constitutionaliser la déchéance de la nationalité dans le cadre défini ci-dessus que cette mesure allait être abandonnée. Le lieu était plutôt mal choisi pour faire une telle déclaration qui visait semble-t-il avant tout à embarrasser le président de la République, à lui forcer la main. Certains à droite demandent la démission de Mme Taubira, comme si elle était une conscience de gauche !

    De la déchéance de la nationalité

    Mais en vérité Hollande ne peut plus reculer sur cette question parce que sinon il passera pour un homme faible et de peu de constance. Il a donc décidé de n’en rien faire et de se tenir à la première intention. C’est pour lui tout bénéfice parce que n’ayant aucun résultat sur le plan économique et social, il ne lui reste plus que la guerre contre Daech et le terrorisme pour apparaître comme un politicien efficace. Il sait en outre que s’il y a un référendum sur cette question il l’emportera haut la main.

    Evidemment tout cela n’épuise pas la question. D’abord parce que la gauche, et le P « S » notamment, s’est toujours montrée hostile à ce type d’action démagogique, mais aussi parce qu’elle entraîne le débat politique sur un terrain sans intérêt. Certes on peut voir dans cette mesure un complément au tour de vis sécuritaire qui prive toujours un peu plus le citoyen de l’exercice de ses droits. Mais c’est faux dans la mesure où justement cela ne concernera quasiment personne. On retrouve la gauche – la fausse celle de Hollande, et la vraie, celle de Mélenchon et autres – une fois de plus engluée dans un débat de société, comme pour le mariage pour tous. Alors que manifestement elle est en panne d’efficacité dans le domaine plus fondamental de l’économie, de l’emploi et de la défense de l’environnement. On voit qu’une fois de plus le débat est troublé par le fait qu’une grande partie de la gauche n’arrive pas à admettre que la question de la souveraineté est centrale pour définir le cadre dans lequel s’exerce la politique.

    Alors que la majeure partie de la population ne s’y intéresse pas, voilà qu’on débat d’une mesure inutile comme s’il s’agissait d’un problème fondamental. Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. Dans cette sorte de conjuration des imbéciles, il apparait tout autant inutile de se battre contre ce projet de constitutionnalisation de la déchéance de nationalité. C’est une perte de temps pour le moins, et un dérivatif qui nous éloigne de ce qui est important.

     

    Liens 

    http://russeurope.hypotheses.org/4579

     

    http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2015/12/22/25002-20151222ARTFIG00168-en-visite-en-algerie-christiane-taubira-la-decheance-de-nationalite.php

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  • S’il y a un aspect de la politique du P « S » qui révèle le mieux sa nature droitière c’est bien sa défense tout azimut du libre-échange. N’oublions pas que le sinistre Pascal Lamy, un des plus farouches défenseurs d’une politique néo-libérale était aussi un membre éminent du P « S », et c’est bien parce qu’il était membre de ce parti qu’il a pu devenir directeur de l’OMC, la boutique qui s’occupe de faire avancer le démantèlement de la protection des marchés nationaux[1]. 

     Contre le libre-échange, l’analyse d’Attac 

    Attac a fait paraitre cette année un petit ouvrage intitulé Les naufragés du libre-échange chez Les Liens qui Libèrent. Malgré d’importants défauts, c’est un travail utile parce qu’il montre comment les accords de libre-échange s’appliquent d’abord à contourner les normes sociales et environnementales pour obtenir plus de facilités en ce qui concerne les investissements privés des multinationales. 

    La quasi-totalité des traités de libre-échange sont préparés par des lobbies qui fréquentent les couloirs de la Commission européenne ou de l’OMC. Ces lobbies sont eux-mêmes des émanations de groupements des multinationales qui présentent leur intérêt comme coïncidant avec l’intérêt du plus grand nombre. C’est d’ailleurs à ce titre que la Commission européenne a justifié l’installation de ses lobbies quasiment dans ses locaux.

    L’opinion publique est généralement rétive à accepter ses accords de libre-échange parce qu’ils violent les souverainetés nationales et donc par suite la démocratie la plus élémentaire : les règles du commerce devenant supérieures à celles des parlements. Pour cette raison les hommes politiques corrompus pensent qu’il est nécessaire de cacher le plus longtemps possible le contenu des négociations en cours.

    Les justifications théoriques

    Les accords de libre-échange sont toujours justifiés par la théorie de l’offre : l’idée est que les échanges tirent la croissance, et donc que c’est toujours bon pour l’emploi et pour la croissance. En règle générale on paye quelques économistes pour calculer l’impact sur la croissance et sur l’emploi d’un accord de libre-échange, et puis on le vend à des hommes politiques chargés de faire avaler la pilule aux peuples concernés. L’argument ressort de la théorie de l’offre. En abaissant le coût de franchissement de l’espace, on abaisse les coûts et on favorise la consommation, donc par suite la production et l’emploi. Bien sûr il y a des coûts d’ajustement, une montée provisoire du chômage, mais en s’adaptant tout le monde est gagnant. C’est l’idée d’une mondialisation heureuse qui passerait par un réaménagement permanent de la DIT. Ce raisonnement est complètement erroné, les faits l’infirment radicalement. Regardons dans le graphique suivant le cas de la France. Sur plus de soixante ans, on remarque que plus le taux d’ouverture est élevé, et plus le taux de croissance s’affaiblit. Evidemment quand le taux de croissance diminue, l’emploi ne peut pas être au rendez-vous.

    Contre le libre-échange, l’analyse d’Attac 

    La relation entre taux d’ouverture – libéralisation des échanges – et croissance est négative, on le voit encore mieux pour l’ensemble des pays développés dans le graphique suivant. Les économistes vont pour contourner l’obstacle de la réalité factuelle avancer deux autres arguments : tout d’abord que sans la croissance du commerce la croissance du PIB serait encore plus faible. Mais ce n’est pas une preuve, c’est un peu comme quand on nous dit que si cela va mal dans l’Union européenne, ce serait encore pire sans elle. Le second argument est que la relation entre ouverture et croissance est positive pour les pays en développement, et on nous servira l’exemple de la Chine. En réalité la relation entre ouverture et croissance pour l’ensemble des pays en développement est du même type – négative – que celle pour les pays développés. C’est comme si on généralisait le cas de l’Allemagne au reste du monde développé pour dire que l’ouverture engendre la croissance. En vérité comme le savaient les premiers économistes dits « mercantilistes » dans l’échange international, il y a des perdants et des gagnants.

    Contre le libre-échange, l’analyse d’Attac 

    L’ouvrage d’Attac montre que tous les calculs en matière de prévision sur l’emploi justifiant les accords comme NAFTA[2] se sont révélés erronés. Par exemple on annonçait que NAFTA créerait des millions d’emplois au Mexique, mais s’il s’en est bien créé environ 700 000 dans l’industrie, c’est 2 000 000 d’emplois qui ont été détruits dans l’agriculture. Même chose en ce qui concerne TAFTA au départ il devait créer aussi des millions d’emplois et de la croissance des deux côtés de l’Atlantique, mais la Commission européenne a revu ses calculs à la baisse, et ce serait seulement un peu de croissance – entre 0,1% et 0,5% de plus sur dix ans – supplémentaire sans que cela soit significatif, quant à l’effet sur l’emploi, on ne peut plus le mesurer. On voit bien ici à quel jeu de prêtent les économistes stipendiés : ils promettent des lendemains qui chantent pour faire passer autre chose. Sans doute est-ce pour cela que cette profession est aussi méprisée.

    Il y a une vingtaine d’année, l’OCDE, boutique qui fait aussi dans la promotion du libre-échange avait publié un ouvrage remarquable de Colin I. Bradford[3] qui montrait qu’il était erroné de croire que c’étaient les exportations des pays asiatiques qui tiraient leur croissance, à l’époque il s’agissait surtout du Japon et des Quatre dragons, mais qu’à l’inverse, c’était la dynamique de la croissance qui expliquait la nécessité d’exporter. On voit bien l’importance de ce renversement, parce que dans ce cas, la politique économique change, il faut stimuler la croissance, consolider les structures de production avant que d’échanger. Les traités de libre-échange ne servent à rien. Et d’ailleurs on avait remarqué à l’époque que le commerce international était plus dynamique dans la zone de l’Asie du Sud-Est que dans le reste du monde, y compris au sein de l’Union européenne, alors même que les pays asiatiques n’avaient aucune structure de libre-échange qui les liait. On s’est plus alors à parler d’un « recentrage asiatique » pour bien montrer que la dynamique du commerce asiatique se passait non seulement des accords de libre-échange, mais aussi de l’accès aux marchés européen et américain.

    La raison fondamentale de l’échec du libre-échange est qu’en se mettant en place les accords de libre-échange détruisent les marchés : délocalisation, baisse des salaires, etc.

    La bureaucratie internationale

    L’autre point fort du livre d’Attac c’est la présentation des mécanismes menant à l’adoption des traités de libre-échange : ce sont des mécanismes pratiquement secrets, comme on l’a dit, mais surtout bureaucratique. L’avalanche des traités de libéralisation des échanges s’empilent et nourrissent une bureaucratie grassement rémunérée dont le principal du travail est de contourner les appréhensions de la représentation populaire et de faire avancer les intérêts des multinationales. Les parlementaires sont bombardés de notes et de directives, on parle de 500 pages techniques par mois, tout en étant exclus du contenu véritable des négociations. Cette lourdeur dont le but est de remplacer la logique de l’Etat par les lois du marché, donc d’exclure la représentation populaire des décisions qui le concerne, masque le fait que les accords de libre-échange se font sur la base du plus petit dénominateur commun en ce qui concerne les droits sociaux et les normes de protection de la santé et de l’environnement.

    Contre le libre-échange, l’analyse d’Attac 

    Ce sont des milliers d’individus qui travaillent dans ce sens dans des structures privées – les lobbies – ou publiques et parapubliques – la Commission européenne, les bureaux des ministères de l’économie et du commerce. Ils prennent comme une vérité révélée que les échanges créent la croissance. Mais on a vu que cela n’a jamais été démontré, et même que dans certains cas, c’est plutôt l’inverse qui existe. Comment ces milliers d’individus qui font quotidiennement la promotion du libre-échange pourrait dire que cela ne marche pas ? Ils vivent principalement des mensonges qu’ils diffusent.

    Alors si le libre-échange ne crée ni de l’emploi ni de la croissance, si en outre il contribue à détruire l’environnement- et le droit du travail, à quoi sert-il ? Essentiellement à concentrer du capital et à permettre aux multinationales d’engranger encore un peu plus de bénéfices. Mais il y a une autre fonction : le capital accumulé ayant beaucoup de mal à trouver des marchés solvables, il guigne sur les marchés captifs qui très souvent sont encore sous la tutelle de l’Etat. Ainsi la déréglementation du commerce a servi la pénétration des marchés publics par les multinationales. De même ils visent à éradiquer l’intervention de l’Etat dans la production des biens publics comme la santé ou l’éducation : pour l’eau et l’énergie, c’est déjà fait et ça commence à se faire dans la gestion des armées. Rien ne dit qu’un jour au nom de la nécessaire compétitivité on n’ait des polices privés qui remplaceraient nos fonctionnaires.

     

    Evidemment sans cette bureaucratie à leur solde, les multinationales auraient bien du mal à faire l’éloge du libre-échange. Mais cela ne suffit toujours pas. On a imaginé quelque chose qui aurait été incroyable il y a encore quelques années. L’appel pour trancher d’un litige quand une entreprise considère qu’un Etat étranger l’empêche de réaliser les profits auxquels elle a droit a des tribunaux privés ! Je passe sur la qualité de ces juges des tribunaux privés. C’est bien connu, et on en a eu une démonstration éclatante dans la condamnation de l’Uruguay dont les lois entravaient les profits de Philips Morris. Cette firme demande plusieurs milliards de dollars d’indemnités. Ce n’est qu’un début.

    De la souveraineté

    L’opinion est très hostile au libre-échange, et les manifestations contre Tafta ont été nombreuses des deux côtés de l’Atlantique. Toute cette analyse d’Attac est très juste et très bonne, quoiqu’elle laisse quelques illusions sur l’efficacité du libre-échange pour relancer la croissance puisqu’elle laisse entendre que c’est plutôt la croissance qui est condamnable en soi. Ce avec quoi je suis en accord. Mais on pourrait insister un peu plus pour dire que le libre-échange ne marche même pas pour relancer la croissance. Il n’est qu’une arme aux mains d’une oligarchie, qui notamment au pillage des ressources du tiers-monde..

    Contre le libre-échange, l’analyse d’Attac 

    Le défaut de l’analyse d’Attac vient principalement de son absence de prise en compte de la notion de souveraineté. Certes, ils montrent très bien que les traités de libre-échange s’assoient sur la démocratie, mais ils ne comprennent pas que pour ce faire ils ont besoin de détruire les structures des Etats nationaux en tant que gardiens de l’intérêt général. C’est seulement en prenant en compte cette dimension institutionnelle qu’on comprend mieux que les solutions se trouvent justement dans une démondialisation cohérente qui redonne du pouvoir aux Etats nationaux et que ceux-ci respectent leur mandat. Dès lors qu’on a compris cela, il vient tout de suite à l’esprit que la première des solutions politiques à cette rapacité des multinationales qui sèment le bordel aux quatre coins de la planète, est de dénoncer les traités de libre échange, sortir de l’OMC et de l’Union européenne.



    [1] Il y aurait un livre entier à écrire sur ce type d’individu, membre de la Rand Corporation, ancien commissaire européen, énarque et diplômé d’HEC, c’est tout dire, il est un des meilleurs soldats du libéralisme mondialiste. Manuel Valls vient de le récompensé pour ses bons et loyaux services en le nommant délégué ministériel pour l’organisation de l’exposition universelle de Paris qui se tiendra en 2025. Il fut aussi président de la commission de lo prospective du CNPF, ancêtre du MEDEF.

    [2] NAFTA (North American Free Trade Area) réunit depuis 1994 les Etats Unis, le Canada et le Mexique.

    [3] De la croissance poussée par les échanges aux échanges poussés par la croissance, OCDE, 1993.

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  • Comme en France et au Portugal on s’achemine en Espagne vers de difficiles années pour le gouvernement. L’émergence de partis nouveaux – Podemos et Cuidadinos en Espagne, le FN en France – sont les conséquences d’une crise économique qui se traduit par une crise de la démocratie représentative. En Espagne, comme en France, les tensions sont exacerbées aussi bien par l’absence de résultats des politiques d’austérité que par la récurrence jusqu’à l’écœurement des affaires de corruption.

    Le résultat des élections générales en Espagne 

    Le bouleversement du paysage électoral

    Le paysage électoral espagnol se trouve à l’issue des élections du 20 décembre complétement éclaté et décrit une Espagne qui va être difficile à gouverner. Le premier résultat évident est le recul des deux principaux partis de gouvernement qui se sont succédés aux affaires depuis la mise en place d’une monarchie parlementaire dans ce pays. Le PP qui arrive en tête avec 28% des voix perd 63 sièges et la possibilité de gouverner tout seul. Le PSOE qui a poursuivi sa dérive libérale dans un pays ravagé par la crise se retrouve avec 90 siège et seulement 22% des suffrages exprimés. C’est son pire score.

    Le fait du jour est évidemment la percée de Podemos avec 69 et Cuidadinos avec 40 sièges. Mais surtout que l’Espagne par l’arrivée de deux nouveaux partis dans le jeu va devenir un pays difficile à gouverner. En effet les partis de droite, PP et Cuidadinos dont les recettes sont celles d’une austérité renforcée et d’un rabaissement de l’Etat, même en s’alliant n’arriveraient pas à la majorité parlementaire. C’est la même chose à gauche avec Podemos et le PSOE qui ne pourraient s’allier que dans un compromis honteux, et encore ils n’arriveraient pas non plus à une majorité stable, devant faire des concessions au parti catalan indépendantiste.  

    Vers plus de démocratie ?

    Le résultat des élections générales en Espagne 

    Regardons cette photo, qui représente de gauche à droite Albert Rivera leader de Cuidadinos, puis Pedro Sanchez celui du PSOE et enfin Pablo Iglesias leader de Podemos. On voit que plus leur parti se rapproche des idées de gauche, et plus leur tenue est débraillée. Cette mode qui a été lancée par Syriza est en réalité une réponse confuse en termes d’image à une demande des citoyens qui en ont un peu marre de voir leurs représentants se couper du peuple par leur comportement. On sait que me PP et le PSOE ont été tous les deux éclaboussés par des scandales de corruption très importants, scandales dans lesquels la famille royale a été aussi compromise. Pablo Iglesias en retroussant les manches de sa chemise à la manière des prestidigitateurs laisserait entendre ainsi qu’il ne cache rien !

    L’émergence d’un parti comme Cuidadinos est plutôt curieuse, en effet, ce parti avance les vieilles recettes d’un libéralisme forcené. Alors que l’Espagne est un des pays les plus libéraux en Europe – faiblesse de la couverture sociale et faiblesse des dépenses étatiques – Cuidadinos a fait sa campagne sur la simplification du contrat de travail et la baisse des dépenses de l’Etat, histoire de libérer les énergies comme dirait Macron. Mais le plus curieux est qu’il ait des électeurs !

    Le résultat des élections générales en Espagne 

    Il est encore trop tôt pour dire que le bipartisme est fini en Espagne, puisque si Cuidadinos ne parait pas en mesure d’être autre chose qu’une bouée de sauvetage pour le PP, Podemos pourrait remplacer à terme le PSOE comme Syriza a remplacé le vieux PASOK avec finalement exactement le même programme !

    Quelle issue ?

    L’effondrement de la social-démocratie espagnole comme dans toute l’Europe est spectaculaire, et elle interdit de penser que le PSOE peut redevenir rapidement un parti leader de gouvernement. Il ne semble pas qu’il y ait d’option à gauche en ce sens. La seule option à court terme en dehors de nouvelles élections, semble être une sorte d’union nationale entre le PP et le PSOE. C’est la voie que choisissent en France des Valls et des Raffarin. C’est celle qui permettrait de produire un gouvernement stable qui poursuivrait la politique austéritaire actuelle. Mais cette solution est difficile à admettre, non seulement parce qu’un grand nombre d’électeurs de gauche n’en veulent pas, mais parce que dans ce cas-là, comme en Allemagne qui est l’exemple qu’on cite à loisir, le PSOE signerait son arrêt de mort. L’union nationale semble fonctionner en Allemagne, et encore, mais c’est aussi parce que l’économie est relativement prospère. En Espagne où le chômage est élevé, la séparation entre le PP et le PSOE permet de se renvoyer les responsabilités, un peu comme en France où alternativement l’UMP – rebaptisée maintenant les Républicains – et le PS s’accusent réciproquement d’avoir casser la reprise, alors qu’évidemment ils mettent en pratique la même politique.

    A la difficulté de gouverner l’Espagne dans la stabilité s’ajoutent les tendances indépendantistes en Catalogne. Cette situation doit être reliée à l’échec global de l’intégration européenne qui un moment a pu faire illusion en Espagne lorsqu’elle a accompagné à coups de subventions la sortie du franquisme.

    Le résultat des élections générales en Espagne 

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  • Elections  en Espagne 

    La situation est confuse en Espagne. Il semble que les deux partis de gouvernement le PPE – droite européiste et bornée – et le PSOE – l’équivalent de notre PS, ne seront pas dans la capacité de former un gouvernement… sauf à s’allier ensemble pour faire barrage à Podemos. Ces deux partis ressemblent à s’y méprendre à nos deux partis Les Républicains et le PS qui se partagent le pouvoir depuis une trentaine d’années : ils sont à la fois austéritaires et européistes. Ils ressemblent aussi comme deux gouttes d’eau à la CDU et au SPD qui gouvernent ensemble en Allemagne, ou encore au PASOK et à ND en Grèce, avant que ces deux partis ne soient remplacés par Syriza.

    On fait remarquer que cette coalition qui pourrait apparaître en Espagne est du même type que celle qui satisferait en France Valls, Hollande, Macron et quelques ténors de droite comme Raffarin. C’est donc un phénomène global qui dans le cadre européen fait converger les partis de droite et anciennement de gauche. Que la gauche de gouvernement ait repris le programme économique et social de la droite en dit long sur la fin de la démocratie de type parlementaire.

    La plupart des pays européens ne sont plus gouvernés par un parti qui a un programme, mais le plus souvent par une coalition qui met en musique les directives européennes élaborées dans le secret des cabinets noirs des multinationales. Le problème est double : d’une part cette manière de gouverner par la règle plutôt que par la loi n’obtient strictement aucun résultat ce qui rend nécessairement les peuples méfiants vis-à-vis de leurs dirigeants, mais également elle ne permet pas de stabiliser la société.

    Elections  en Espagne

     

    Pour revenir à l’Espagne, tout le monde prédit l’émergence de Podemos comme un nouveau parti qui structurera le paysage politique espagnol pour les prochaines années. Rien n’est moins sûr. D’une part parce que le programme de Podemos est aussi flou que celui de Siryza avant la trahison de Tsipras, et d’autre part parce qu’en développant une ligne anti-européenne, il serait regardé comme un parti irresponsable. Mais pour l'instant Pablo Iglesias surfe sur son image décontracté – il ne met pas de cravate – et bien sûr sur la corruption et l’incompétence avérée des partis de gouvernements qui n’ont rien su faire pour prévenir une situation qui se dégrade depuis 2008. Son émergence comme celle de Ciudadanos montre en tous les cas clairement que les partis qui se sont succédés au pouvoir sont à bout de course et que la confiance des électeurs n’est pas là.

     

    Liens

     

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/en-espagne-l-insoluble-question-des-coalitions-post-electorales-537409.html

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