• De l’indépendance de la  Catalogne 

    Le renforcement des mouvements indépendantistes 

    Les Catalans ont voté pour élire leurs représentants au Parlement régional. Ce sont les partis indépendantistes qui auront la majorité des sièges, tout en n’atteignant pas toutefois la barre des 50%. Ensemble, ils représentent 48% des voix. Les partis traditionnels, la PSOE et le PP sont aussi en déroute. La seule réponse qu’ils ont face à ce mouvement est que les indépendantistes ne sont pas majoritaires en voix. En outre la participation au vote a été particulièrement élevée : 77%. Mais tout cela ne rend pas plus aisé l’analyse de ce mouvement.

    En tous les cas, il est clair que la tentation indépendantiste est forte en Catalogne, comme elle l’est en Ecosse par exemple. Mais comme en Ecosse ce mouvement reste ambigu parce qu’il se tourne vers l’Europe. En avançant qu’au fond les indépendantistes défendent l’idée d’une Europe des régions. On voit bien le mouvement qui se déploie : en accédant l’indépendance des régions, on en finit avec le centralisme étatique et on renforce la cohésion de l’Union européenne. D’ailleurs la plupart des mouvements indépendantistes restent européistes parce qu’ils pensent qu’ils sont mieux défendus dans ce contexte. Evidemment la question qui se pose n’est pas seulement l’indépendance de Barcelone vis-à-vis de Madrid, mais aussi l’indépendance vis-à-vis de Bruxelles.

    Le M’PEP, parti souverainiste de gauche, a très bien compris cela et s’oppose à l’idée du gouvernement actuel de promouvoir les langues régionales. Il y voit une atteinte à l’intégrité nationale et partant à un émiettement des forces économiques et sociales qu’il faudrait au contraire regroupées pour aller de l’avant.

    Les raisons de la montée des mouvements indépendantistes un peu partout en Europe sont nombreuses et très variées. Il y a un soubassement culturel qui est très important. En Espagne, la Catalogne a toujours été une région à part. Elle s’est comportée différemment du reste de l’Espagne durant la Guerre Civile. Berceau de la CNT-FAI, elle résista le plus longtemps aux troupes du général Franco. L’opposition entre Madrid et Barcelone qui se retrouve aussi en football, est l’opposition entre le Nord et le Sud, l’industrie et la paysannerie latifundiaire, entre la République et l’Eglise.

     De l’indépendance de la  Catalogne  

    La Catalogne a aussi ses héros : Orwell ou Durruti 

    Au-delà de cette identité historique, il y a une autre identité linguistique sous-jacente : les Catalans ne parlent pas le castillan. Leur langue se rattache plutôt à l’Occitanie. D’ailleurs il y a de nombreux indépendantistes occitans qui revendiquent une Occitanie qui irait des Alpes jusqu’à Barcelone. On remarque également que les tendances indépendantistes sont d’autant plus fortes :

    1. que le pouvoir centralisateur de l’Etat est affaibli ;

    2. que les difficultés économiques s’accumulent, encourageant les égoïsmes régionaux : en général le Nord ne veut pas payer pour le Sud. C’est comme ça en Espagne, mais aussi en Italie. Pour cette raison, certains commentateurs voient dans le développement des mouvements indépendantistes le résultat de la mauvaise politique de Bruxelles qui, en appauvrissant les plus pauvres, dresse les régions les unes contre les autres dans une sorte de darwinisme économique fatal.

     De l’indépendance de la  Catalogne 

    Evidemment la question qui compte n’est pas de savoir si on est pour ou contre l’indépendance de la Catalogne. Personnellement, et contrairement au M’PEP, je n’ai pas la religion de l’Etat centralisateur. En règle générale je défends l’Etat national contre l’Union européenne, parce que je pense que la souveraineté se dilue dans les grands ensembles. Mais é »tant donné que je suis plutôt dans une logique de développement local, je suis tout à fait favorable à l’indépendance de la Catalogne. Mais à mon sens cette indépendance ne peut être réussie que si elle se réalise aussi bien contre Madrid que contre Bruxelles. Se débarrasser de la tutelle de Madrid pour retomber dans celle de Bruxelles serait tombé de Charybde en Scylla. Il va de soi que pour les européistes qui ne rêvent que de remplacer les règles démocratiques par les lois du marché, les mouvements indépendantistes, parce qu’ils affaiblissent un peu plus les Etats nationaux, peuvent les aider dans leur projet d’instaurer une dictature soft. Ça va bien avec l’idée d’une forme institutionnelle post-démocratique. 

    Les conditions de la réussite de l’indépendance 

    Il n’est jamais possible longtemps d’empêcher un peuple qui possède une culture et une identité de s’émanciper. Et il est assez évident que la Catalogne peut à plus ou moins long terme devenir une véritable nation. Néanmoins on peut juger que l’indépendance ne sera réussie qu’à deux conditions :

    1. La première que l’économie catalane soit suffisamment autonome pour ne pas dépendre de ses marchés extérieurs, ni des subventions européennes. Ce qui suppose que son économie soit suffisamment diversifiée.

    2. La seconde est que ce mouvement se fasse dans le sens d’une réduction des inégalités sociales et d’une baisse radicale du chômage. Dans le cas contraire, si les inégalités s’accroissent, et si le chômage augmente, alors les catalans regretteront rapidement leur émancipation.

    Un autre point important est la question monétaire. Les indépendantistes se situent assez clairement dans le cadre de l’euro : c’est vrai pour les Catalans, mais c’est vrai aussi pour les Ecossais, comme si l’euro pouvait les protéger contre une centralisation excessive. Ils ne visent pas à produire leur propre monnaie. Mais ce faisant, ils se trouvent dans la situation d’en admettre les contraintes. Celles-ci sont très draconiennes, non seulement en ce qui concerne le budget, mais aussi en ce qui concerne les privatisations et la primeur des lois du marché sur celles de l’Etat que celui-ci siège à Madrid ou à Barcelone d’ailleurs. Evidemment on voit tout de suite où le bât blesse, c’est qu’une souveraineté sans monnaie n’est qu’une souveraineté limitée.

     De l’indépendance de la  Catalogne 

    La position des indépendantistes est difficile parce que si le parti d’Artur Mas obtient 62 députés, la CUP (Candidatura d’Unitat Popular) qui propose une sortie unilatérale et immédiate de l’Union européenne, en obtient 10, c’est bien la CUP le vainqueur du scrutin du 27 septembre. Ce qui veut dire que les indépendantistes sont contraints de s’allier pour avoir la majorité. En vérité, la solution passe par le référendum et une campagne d’explication par laquelle s’éclaircira la gestion de l’indépendance de la Catalogne. Ceux qui se réjouissent du fait que les indépendantistes ne sont pas majoritaires en voix se font des illusions. En effet on sait qu’une campagne sérieuse peut faire basculer rapidement les majorités, comme cela a été le cas quand nous avons fait campagne pour le non au TCE en 2005.

     

    Liens 

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/09/28/apres-la-victoire-des-independantistes-la-catalogne-se-dirige-t-elle-vers-une-secession_4774474_3214.html

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/en-catalogne-les-independantistes-obtiennent-la-majorite-des-sieges-mais-pas-des-voix-508678.html

    http://www.m-pep.org/Contre-la-charte-des-langues

    http://www.politis.fr/Victoire-des-independantistes,32497.html?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

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  • La parole du peuple dévalorisée

    Vers un renouveau de la gauche ? 

    On remarque que de glissement sémantique en glissement sémantique, on ne sait plus de quoi on parle. Ainsi on laisse croire que le PS est encore un parti de gauche et on emploie la terminologie de « gauche radicale » pour désigner des partis très rose pâle comme Syriza ou le Parti de gauche en France, partis qui ne vont pas au-delà d’un keynésianisme tempéré et qui surtout affichent des timidités de jeunes filles dès qu’il faut enfin parler sérieusement de l’Europe, des migrants ou de l’absence de démocratie dans les pays musulmans.

    La thèse social-démocrate – façon Terra Nova – est que l’évolution des sociétés occidentales ne permet plus de faire de la politique comme par le passé, et que les idées politiques fondées sur la lutte des classes sont obsolètes. Donc pour ces gens-là dans une économie mondialisée, l’économie de marché est vue comme un état de quasi-nature qui ne peut pas évoluer, il ne s’agit plus de se battre sur le terrain des inégalités sociales et de la collectivisation des moyens de production, mais plutôt pour les droits des minorités : les homosexuels, les migrants, les femmes, ou les musulmans. Il y a eu beaucoup de travaux universitaires pour appuyer ce genre d’analyser à commencer par le philosophe allemand Jürgen Habermas, un ancien de l’Ecole de Francfort qui a abandonné Marx et le prolétariat au milieu du gué pour devenir bêtement un farouche défenseur de l’Union européenne. Supposant que celle-ci ferait mieux avancer la démocratie de proximité que les Etats nationaux.

    Ces idées ont été plus ou moins reprises par tous les anciens partis sociaux-démocrates qui ont été peu à peu colonisés par des « experts » issus des grandes écoles ou des universités prestigieuses. Le système électoral en Europe est tel que des candidats issus de la classe ouvrière ou des classes moyennes inférieures ne peuvent accéder à la députation : ils n’ont tout simplement pas la possibilité de devenir des politiciens de profession. Ce qui veut dire que par définition ils appartiennent à la haute bourgeoisie et donc qu’ils n’ont aucune connaissance ni de près ni de loin de ce que peuvent vivre les salariés et les petites gens livrées pieds et poings liés aux lois du marché. La conséquence de ce mouvement est que depuis la fin des années soixante, malgré les beaux discours des intellectuels, c’est la parole du peuple qui est dévalorisée. Au mieux on la regarde avec condescendance. Depuis la défaite du mouvement révolutionnaire au début des années soixante-dix, on s’est appliqué un peu partout à culpabiliser les petites gens sur leur manière de penser. C’est ainsi que régulièrement des hommes et des femmes politiques de gauche revendiquent des limitations sérieuses à l’exercice de la démocratie : ils avancent par exemple que trop de démocratie aurait empêché le vote de l’abolition de la peine de mort ; ou encore qu’il faudrait peut-être en finir avec le Front National en l’interdisant. Ces propositions sont non seulement des aveux de faiblesse, mais aussi la manifestation d’une prétention démesurée : pourquoi nos représentants seraient-ils plus qualifiés que nous pour débattre et trancher de tel ou tel sujet ?

     Vers un renouveau de la gauche ? 

    Bernie Sanders en meeting 

    En vérité, l’effondrement de la social-démocratie est le complément de la mise en place de systèmes politiques post-démocratiques. Ce n’est pas un hasard si elle s’est perdue corps et biens dans le développement du projet européiste, accélérant ainsi les débris des vieux mouvements staliniens en les entraînants dans leur chute. La crise de 2008 dont on n’est pas sorti encore, aurait dû être le révélateur de l’erreur de direction des partis sociaux-démocrates. En effet, cette crise a été assez facilement identifiée à l’accélération du développement d’un modèle libéral mettant au cœur de la vie civile les lois du marché – ce sont les fameuses réformes que le patronat, Macron et Hollande réclament à cor et à cris. On aurait pu croire que cette crise allait amener une révision du logiciel politique des partis sociaux-démocrates : il n’en a rien été, ils en ont profité au contraire pour accélérer leur conversion en détruisant les services publics, en aidant à abaisser les salaires et à démanteler toutes les avancées en matière de protection sociale. Et c’est ce qu’ils payent aujourd’hui.

     Vers un renouveau de la gauche ? 

    Manifestation de Podemos 

    En vérité l’erreur de la social-démocratie européenne est à la fois stratégique et tactique : stratégique parce que les propositions de ces partis considérés comme de « gauche » sont incapables de sortir les pays considérés de la crise – on ne peut espérer soigner le mal par plus de mal encore. Mais l’erreur est aussi tactique parce que les hommes politiques qui ont soutenu de tels errements sont régulièrement balayés et n’arrivent pas à s’imposer aussi bien sur la scène internationale qu’à l’intérieur des frontières de leur propre pays. C’est encore ce qui est en train d’arriver à Tsipras, et c’est pourquoi le PS est promis à la démolition après 2017. 

    Ecouter le peuple 

    Les mouvements comme Syriza, Podemos, le renouveau du Labour en Angleterre, ou encore la montée de Bernie Sanders, candidat socialiste à la présidentielle de 2016 aux Etats-Unis, montrent qu’il y a une possibilité très forte pour que des idées de gauche deviennent majoritaires dans un pays et entraînent un changement social important. Encore faut-il savoir ce que sont ces idées de gauche. J’ai défini par ailleurs ce minimum qui irait dans le sens du progrès social :

    - réduire les inégalités de revenus, limiter l’enrichissement ;

    - limiter l’emprise de la propriété privée sur les domaines de la santé publique et l’éducation ;

    - maintenir un secteur public important dans le domaine des monopoles naturels ;

    - édicter des normes sanitaires et sociales dans la production des biens et des services ;

    - lutter contre la concentration du capital ;

    - revenir à la souveraineté populaire dans le cadre national.

    C’est un programme minimum sur lequel une majorité peut se dégager. A condition que les propagandistes de la gauche intellectuelle cessent de tourner autour du pot et de se perdre dans des combats incertains. Cela veut dire évidemment donner la parole au peuple et suivre ce qu’il indique. Même à gauche on a souvent une idée limitée de la démocratie.

    Cependant il va de soi que ces mouvements qui naissent un peu partout ne sont pas forcément la garantie qu’on aille dans le bon sens en votant pour ces partis. En effet leur émergence montre surtout la répulsion qu’inspire leur virage droitier et européiste. La logique voudrait qu’on ne fasse pas confiance à leur leader, parce que ceux-ci quoi qu’on en dise non seulement se croient les dépositaires d’une volonté qu’ils ne comprennent pas toujours, mais surtout ce comportent comme s’ils savaient, comme s’ils se situaient un peu au-dessus du peuple par leur compréhension de la vie sociale et politique. Ce faisant, ils profitent consciemment ou non, de la paresse du peuple qui leur délègue son pouvoir.

    Il faudra bien s’attaquer un jour à ce cancer de la vie politique qui est la professionnalisation de ses élus.

     

    Liens 

     

    http://rue89.nouvelobs.com/2013/11/19/institut-montaigne-terra-nova-iris-finance-les-think-tanks-247607 

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  •  Un programme anti-européen de gauche

    Il faut en finir avec cette timidité qui nous empêche, on ne sait trop pourquoi d’affirmer les choses d’une manière carrée et directe. Même Sapir dans un billet récent a encore du mal à dire que c’est bien plus que l’euro qui doit être démantelé, c’est l’Union européenne dans son entier. Une pétition circulait ces derniers jours sur la toile à l’initiative d’un collectif de militants venant du PCF, du PR, mais aussi du PS et du MRC. A contrario de la logique des partis dits de gauche traditionnels (PCF, PS et même PG) ils considèrent que ce n’est plus un tabou que de poser la question non seulement de la sortie de l’euro, mais aussi de la sortie directe de l’Union européenne. Tirant les leçons de la sinistre farce grecque et de la capitulation sans honneur de Tsipras, ils ne réclament pas la mise en œuvre d’une hypothétique « autre Europe » ou d’une « Europe sociale » ou encore d’autres bêtises du genre. Cette initiative tombe à pic. Je rencontre en effet de plus en plus souvent des militants de gauche qui n’en peuvent plus des reculades et des tergiversations.

      Un programme anti-européen de gauche

    Il va de soi qu’une telle pétition ne peut pas avoir d’effet directement sur le cours de la politique. Même si nous sommes des millions à la signer. Mais elle a un autre intérêt : d’abord celui de montrer que des militants de gauche admettent maintenant que la sortie de l’UE est nécessaire et qu’elle ne signifie pas comme on nous le rabâche à longueur d’année un repliement sur soi. En effet, on n’a pas attendu la construction de l’Union européenne et la multiplication de ces traités maudits pour commercer avec nos voisins. La Suisse qui n’est ni dans l’Union européenne, ni dans l’euro commerce avec tous ses voisins et n’est finalement pas plus coupée du monde que nous.

    Les raisons de sortir de l’euro sont maintenant bien connues. Elles se répandent comme une trainée de poudre et de moins en moins de gens sont intimidés par l’idée de revenir à la souveraineté nationale. Il faut le dire clairement, nous avons pris un chemin erroné en construisant l’Union européenne et ses différentes succursales, il est temps de revenir en arrière. La gestion de la crise grecque a ouvert les yeux à beaucoup. On est passé de la nécessité d’une dissolution harmonieuse et consensuelle de l’euro – solution proposée il y a encore quelques mois par Sapir – à l’idée d’une sortie unilatérale de l’Union européenne en utilisant l’article 50 du Traité de Lisbonne. C’est d’ailleurs aujourd’hui la seule parcelle de souveraineté qu’il nous reste. 

    Un programme pour l’après-UE 

    Si on veut avoir du succès il faut que le programme politique soit à la fois simple et cohérent. Il faut donc hiérarchiser les priorités. Le but est bien entendu de satisfaire les besoins élémentaires des populations : l’emploi, l’alimentation, le logement, la santé et l’éducation.

     

     Un programme anti-européen de gauche

    Comme l’Union européenne vise à en finir avec l’Etat et revenir à l’application la plus stricte des lois du marché, il est logique qu’elle mette en  avant les vertus de la concurrence. Bien évidemment c’est un œuvre de mort que de s’y livrer puisque la concurrence finit toujours par tuer justement les plus faibles. Ainsi les grosses entreprises pour survivre face aux autres grosses entreprises, doivent détruire les plus petites qu’elles, d’une manière ou d’une autre. Cette guerre de tous contre tous qui est déjà pensée comme un état de sous-développement des sociétés humaines par Thomas Hobbes, mène naturellement au chaos. Il faut donc partir du principe inverse et mettre en œuvre la solidarité et le partage.

    Pour cela on peut proposer les solutions suivantes dans un ordre approximatif, ce ne sont peut-être pas des conditions suffisantes, mais elles sont sûrement nécessaires et nécessitent l’intervention de l’Etat, à condition que celui-ci veuille bien revenir à sa mission de protection de la société et abandonner ses idées de soumission à la classe des oligarques. Il va de soi qu’on ne transformera pas la société dans un sens positif sans que ces transformations soient approuvées par le plus grand nombre. C’est bien pour cela qu’il faudra d’une manière ou d’une autre revenir à plus de démocratie, soit en multipliant les référendums et en suivant leurs résultats, soit en modifiant radicalement  l’expression de la démocratie dans les modalités de représentation par exemple :

     

    1. d’abord nationaliser la monnaie qui est un bien commun et qui a ce titre ne peut pas être produite par des banques de second rang. On peut bien entendu laisser à celles-ci la possibilité de distribuer des crédits sur la base d’une collecte d’épargne ou sur la base des fonds propres qu’elles engagent effectivement. C’est le contrôle étatique de la création monétaire qui avait permis aux pays développés d’éviter pendant de longues décennies des crises financières violentes et destructrices. A l’inverse c’est la déréglementation des marchés financiers et la possibilité de créer de la monnaie dans des quantités illimitées qui a conduit à l’endettement généralisé des économies avec les conséquences que l’on sait. Il va de soi qu’il est nécessaire de séparer nettement les banques d’affaires et celle de dépôt. Il n’est pas forcément besoin d’aller jusqu’à une nationalisation totale de tout le secteur bancaire pour le mettre sous tutelle. La banque centrale doit à la fois contrôler l’émission de la monnaie – donc par suite le taux d’intérêt – et les mouvements de capitaux. On pourrait même dire que si on veut que l’économie de la nation change, elle doit commencer par contrôler les mouvements de capitaux pour éviter la spéculation, autrement dit mettre sa volonté de transformation économique et sociale à l’abri de la guerre financière, ce que n’a pas fait Tsipras lorsqu’il est arrivé au pouvoir.

     Un programme anti-européen de gauche 

    2. réglementer l’agriculture en imposant des normes à la fois sanitaires et de protection de l’environnement. L’interdiction des OGM est une nécessité primordiale. Le but étant aussi bien de produire une alimentation saine et autosuffisante, mais aussi de défaire l’agriculture industrielle notamment en luttant contre la concentration de la propriété agricole qui pousse à la production de quantités énormes pour faire baisser les prix et qui pour cela sacrifie la qualité. Le complément de cette idée est de contrôler les importations de produits agricoles et de les limiter au strict nécessaire, soit aux produits que nous ne pouvons pas produire chez nous. On note qu’une telle politique pourrait amener à la création de 2 millions d’emplois. On doit dans le même genre d’idée lutter contre ces fermes industrielles de volailles ou de vaches qui sont non seulement vouées à produire de la mauvaise qualité, mais qui sont aussi une honte dans la façon dont les animaux sont traités. Là encore c’est bien la théorie de l’offre qui est coupable : en cherchant à abaisser en permanence les coûts de production on en arrive à des aberrations, une agriculture qui ne ressemble plus à rien. Les fermes industrielles montrent des animaux emprisonnés, mal nourris et mal traités et renvoient l’image des camps de concentration. Ce sont des animaux malades, stressés, médicamentés qu’on nous propose à manger.

     Un programme anti-européen de gauche 

    3. nationaliser les monopoles de fait. On pense ici à tout ce qui est en réseau, la distribution de l’énergie, de l’eau, mais aussi aux autoroutes à péages dont l’exploitation s’apparente aujourd’hui à un racket : si des entreprises privées font des bénéfices colossaux ceux-ci s’apparentent à un détournement de l’usage des biens publics qu’ils n’ont jamais financés. Cette mesure de simple bon sens qui serait n’en doutons pas approuvé par plus des 2/3 de la population, non seulement permettraient de financer les besoins de l’Etat, mais également de limiter la concentration des profits. Cette idée est ancienne, elle se trouve chez Léon Walras, le père de l’économie mathématique et du modèle de concurrence pure et parfaite, qui expliquait que les nationalisations devaient porter sur tous les biens de production où la concurrence ne peut pas s’exercer. Il allait même plus loin qu’on l’imagine puisqu’il souhaitait que la terre agricole soit aussi nationalisée parce qu’elle était porteuse de rentes. Walras pensait aussi, et on l’a longtemps pensé en France avant 1983,  que l’Etat devait conserver la mainmise sur les secteurs stratégiques de l’économie. Par exemple, même si cela n’était pas rentable directement, il fallait conserver des industries lourdes comme les chantiers navals, la sidérurgie, dans le cadre national quitte à les nationaliser. Les raisons sont les suivantes : d’abord c’est une manière d’assurer son indépendance vis-à-vis de l’offre étrangère et donc de mieux guider l’économie nationale, ensuite cela permet de démultiplier les emplois. En effet dans l’industrie lourde, le multiplicateur d’emplois est souvent compris entre 5 et 10. Ce qui veut dire qu’un emploi créé dans l’industrie lourde peut engendrer la création de 5 à 10 autres emplois. C’est pour cela qu’il n’est pas important de savoir si tel ou tel secteur est subventionné : ce qui est important c’est le bénéfice global que la nation en retire du point de vue du bien-être et de l’emploi. C’est évidemment un refus de la logique de la mondialisation et de la division internationale du travail. 

     Un programme anti-européen de gauche

    4. lutter contre les inégalités. 

    Les inégalités de revenus apparaissent d’autant plus inacceptables qu’il est évident que celles-ci n’alimentent pas l’investissement et la croissance, mais plutôt les profits et la spéculation. Au fond tout le monde se rend compte que le théorème de Schmidt selon lequel les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain, relève plutôt de l’escroquerie intellectuelle et que l’application avec brutalité de ce slogan a engendré la situation que l’on connait aujourd’hui : une faible croissance, des salaires très bas, des emplois précaires et des surprofits pour les banques et les multinationales. Les arguments visant à resserrer les inégalités sont très nombreux, à commencer par la nécessité de lutter contre la pauvreté, mais aussi en pensant que ce sont les inégalités qui minent et divisent le corps social. Je n’emploierai pas ici l’argument un peu fallacieux de l’OCDE ou du FMI qui avancent que la lutte contre les inégalités est nécessaire à la croissance, parce que la croissance n’est pas le but : le but reste l’amélioration du bien-être.

    La manière de lutter contre les inégalités est assez connue, elle peut passer par deux canaux, le développement de la puissance de négociation de syndicats, et la réforme de l’impôt. On note que la puissance des syndicats est d’autant plus faible que l’économie est dépendante des marchés internationaux et donc que le chômage est élevé. La réforme de l’impôt est assez simple : le principe est que l’impôt progressif sur le revenu corrige les inégalités de revenus tandis que les impôts indirects comme la TVA ou le TIPP sont dégressifs justement en fonction du degré de richesse puisqu’ils portent sur les consommations. En outre l’impôt sur la consommation procède de la logique de la théorie de l’offre qui est une logique de concurrence et de compétition, c’est une logique erronée qu’il n’est pas étonnant de la voir adopté par François Hollande qui disait regretter d’avoir supprimé la TVA « sociale »[1]. Pour des raisons qu’il nous ne voulons pas analyser ici, Hollande a fait le pari des inégalités, pensant que celles-ci en s’aggravant vont ramener la croissance et l’emploi.

    Un programme anti-européen de gauche 

    5. limiter la taille des commerces. Autrement dit mettre au pas les grandes surfaces de la distribution qui non seulement tordent les prix en imposant leurs marges aux producteurs, mais qui en outre ont les moyens de développer des achats massifs sur l’ensemble de la planète et détruisent ainsi les productions locales. Cette limitation a au moins deux vertus : d’une part elle permettrait de créer des emplois, puisqu’un pour un emploi créer dans un hypermarché, c’est 5 ou 6 emplois qui disparaissent dans le commerce de proximité ; et d’autre part elle diminuerait les coûts de franchissement de l’espace, les produits consommés faisant bien moins de chemin, ce qui est bon pour l’environnement. Cet abaissement des frais de distribution est nécessaire, il était déjà justifié au XVIIème siècle par les Physiocrates qui voyaient dans les frais de distribution un détournement de valeur. On remarque que les grandes surfaces concentrent trois défauts rédhibitoires :

    1. elles prennent beaucoup d’espace pour s’installer et nécessitent une multiplication des axes routiers ce qui augmente évidemment la pollution et les encombrements ;

    2. elles développent une fausse concurrence en laissant croire qu’il y a un vrai choix pour les consommateurs entre des marques qui sont le plus souvent des produits similaires se distinguant seulement par l’emballage et la présentation ;

    3. elles sont aussi les championnes du gaspillage alimentaire. Tous les jours ce sont des tonnes de nourritures qui sont détruites. Certes ce sont des produits de qualité inférieure, mais c’est tout de même choquant.

     Un programme anti-européen de gauche 

    J’ajouterais que la diminution de la taille des entreprises de distribution faciliterait le redéploiement des anciennes formes de commerce de proximité comme les marchés par exemple qui n’en finissent pas de s’étioler. 

    6. en matière d’éducation, il faut  revenir à des principes « sains ». Limiter le nombre des filières et mettre l’accent plus sur la culture générale que sur l’apprentissage d’un métier. En effet, quand on forme des étudiants à des métiers il y a de fortes chances qu’à la fin de cette formation ces métiers soient devenus obsolètes : c’est la culture générale – apprendre à apprendre – qui permet au contraire de s’adapter. Il serait bon également de fermer les Ecoles de commerces à commencer par HEC qui ne forme que des imbéciles qui ne rêvent que de s’enrichir – le président Hollande vient hélas d’HCE. La simplicité devant être la norme, il serait bon également que cesse la multiplication des réformes. Dans le même état d’esprit: 1. Il ne faut pas prolonger indéfiniment l’âge de sortie du système éducatif – qu’apprend-on dans les Universités ? 2. Il faut refuser la privatisation rampante du système éducatif. Comme pour ce qui concerne la santé, l’éducation doit échapper au souci de rendement immédiat. Dans l’enseignement primaire on refusera toute intrusion des lobbies d’entreprises qui viennent faire la réclame pour la logique du marché, comme on refusera dans l’enseignement secondaire et supérieur que les hommes politiques, les religieux et le patronat placent des hommes à eux dans les conseils d’administration.  

     Un programme anti-européen de gauche 

    Evidemment on peut détailler un peu plus, et on peut aussi analyser d’autres pistes à creuser. Cette première approche n’a rien d’exhaustif elle est seulement une ouverture à la réflexion sur les changements nécessaires pour changer la vie

     

    Lien 

    https://www.change.org/p/pcf-pg-mrc-ps-nouvelle-donne-ouverture-d-un-grand-d%C3%A9bat-sur-les-questions-europ%C3%A9ennes-et-la-souverainet%C3%A9https://russeurope.hypotheses.org/4291

    https://russeurope.hypotheses.org/4291


    [1] http://www.liberation.fr/politiques/2015/09/01/hollande-l-admet-il-n-aurait-pas-du-supprimer-la-tva-sarkozy_1373772

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  • Comme on le sait j’ai beaucoup d’estime pour le travail que fait Jacques Sapir. Mais ce que fait Sapir ne plait pas à quelques méchants nains qui espèrent se refaire une virginité en jouant les calomniateurs de bas étage. Comme Sapir a des idées pour sortir de l’Europe et de l’euro, et que pour cela il suggère de créer un front large dans lequel les adhérents du FN ne seraient pas exclus, supposant à juste titre qu’une grande partie de ceux-ci ne sont pas des fascistes ou des nazis – i y a même dans ce parti des transfuges du PCF ou du PS – certains coupent au plus court et le traite de fasciste.  

     

    Les nouveaux censeurs   

    Les cathos ont aussi de l’humour !

     

    Il se trouve que si j’approuve l’idée de sortir de l’Europe, j’ai dit clairement ce que je pensais du Front National : je ne suis pas favorable à une alliance avec le FN parce que je pense qu’il faudrait qu’émerge une nouvelle façon de faire de la politique. Donc je ne peux pas être suspect une minute de vouloir m’allier avec le FN. Je l’ai dit et je l’ai écrit. C’est justement sur ce point particulier que je suis en désaccord avec Sapir. Mais voilà qu’un méchant petit aigre, Alain Beitone, pour ne pas le nommer suggère qu’étant donné que je cite souvent Sapir, je suis un type confus et donc qu’à ce titre je n’aurais même pas le droit de donner des conférences sur Marx à l’UPPAE – l’Université Populaire du Pays d’Aubagne et de l’Etoile. Parce que si j’approuve Sapir sur l’idée de sortir au plus vite de l’euro et de l’Europe, c’est bien la preuve que je serais moi aussi un crypto-fasciste confus.

    Je vais faire l’effort d’instruire un peu Beitone qui a fait des études incomplètes : d’abord je lui rappellerais que je suis contre l’Europe depuis bien plus longtemps que Sapir, et même bien avant que le FN avant l’arrivée de Florian Philippot qui venait de chez Chevènement, ne s’empare de ce thème. Je suis resté sur la ligne que défendais le PCF et une très large majorité du PS avant le malheureux tournant de Mitterrand en 1983 : pour moi l’Europe et ses différentes boutiques sont juste des instruments  au service de la finance et des multinationales. J’ai écrit en 2005 un ouvrage au titre très clair : Contre l’Europe dans lequel je préconisais justement qu’on en finisse avec cette idée délétère d’une Europe quelle qu’elle soit. Et à cette époque si Sapir était bien évidemment comme tous les gens sensés hostile au TCE, il n’était ni pour une dissolution de l’euro, ni pour une sortie directe de l’Union européenne. Il pensait encore que les choses pouvaient s’arranger. Je me souviens aussi très bien que Jean-Marie Le Pen en 2002 ne se disait pas antieuropéen, mais lui aussi voulait une autre Europe : une Europe blanche cela va de soi. A cette époque par sa radicalité le seul qui était un peu sur la même longueur d’onde que moi c’était François Asselineau qui a la même époque commençait à analyser les dégâts économiques et sociaux qu’engendrait l’Europe.

    On pourra me reconnaître au moins de la constance dans mes idées anti-européennes. Mais c’est ce qui semble-t-il ne plait pas à Alain Beitone.  Et il ne comprend pas non plus que j’enseigne Marx et que je trouve cet auteur fort à mon goût. Il suppose que quand on lit Marx, on est automatiquement pour l’Europe : soit pour un internationalisme sans nation.

    Je trouve à l’inverse de ce qu’avance le malheureux Beitone que ce sont les débris de la gauche qui sont très confus. Donnons un exemple : ce sont les conseillers de François Hollande qui étaient derrière les manœuvres de Tsipras dans ses négociations avec la canaille de l’Eurogroupe. On voit bien au vu des résultats obtenus par Tsipras, que celui-ci était dans l’erreur. Mais ça ne fait rien ! Alors que les Grecs sont plutôt dégoutés de la reddition de Tsipras, le PCF le soutient encore, alors même que le KKE et l’Unité Populaire n’arrête pas de dénoncer la honteuse attitude de Tsipras, que Varoufakis dit également qu’il a été berné par son premier ministre. En politique il ne faut pas confondre volonté et entêtement imbécile. La gauche est devenue inaudible en France essentiellement parce qu’elle n’avait rien à dire d’intéressant sur l’Europe.

     Les nouveaux censeurs  

    Le malheureux Beitone de profil 

    En vérité Alain Beitone, comme tous les anciens maoïstes, s’il aime bien donner des leçons et envoyer des lettres comminatoires pour tenter de me mettre des bâtons dans les roues, sait très bien que je n’ai rien à voir, ni de près, ni de loin avec le FN. Il me connaît bien puisque nous étions dans la même promotion lorsque nous faisions des études d’économie. Mais il ne m’aimait pas beaucoup – ce qui est son droit – sans doute parce qu’il n’est pas arrivé à faire sa thèse, sans doute aussi parce qu’il était peu à l’aise avec les filles. Ce qui n’est pas son droit par contre, c’est de dire des conneries dans mon dos, et surtout de tenter d’accréditer cette idée absurde selon lesquelles ce serait moi le confusionniste plus ou moins intéressé, moi qui serait en passe de m’acoquiner avec le diable. Or, je n’ai pas varié de position sur la question de l’Europe depuis au moins trente ans. 

    Sans doute ai-je donné trop d’importance à cette petite querelle picrocholine, elle est cependant un reflet de la décomposition dans laquelle baigne la gauche : faute d’avoir des idées et des propositions concrètes à avancer, on essaie de salir les autres pour se donner un genre de radicalité à peu de frais.

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  •  Soutenir la Grèce, mais comment ? Critique de Colletis et Margaris

    Comme dans les années qui suivirent la guerre civile en Espagne, la gauche européenne a choisi de soutenir un pays étranger pris dans la tourmente. C'est qu'en Grèce se joue une partie de l'avenir de la gauche et de la transformation sociale. Au-delà de la compassion qu'on peut avoir pour un peuple opprimé et détruit par une logique financière sordide, ce qui se passe dans ce petit pays nous interroge sur ce que nous sommes capables de faire concrètement pour que les choses changent un peu.

    Il y a quelques jours Gabriel Colletis et Ioannis Margaris signaient un texte qu’ils appelaient à soutenir et à signer. Une sorte de pétition contre l’application des orientations de l’Eurogroupe en Grèce. Ils analysaient correctement que les mesures d’austérité non seulement accéléraient la polarisation de la société, mais en outre ne permettraient pas de sortir la Grèce du pétrin où elle se trouve.

    Il demande donc à ce que soit mis en œuvre un nouveau projet pour la Grèce qui s’appuierait sur les principes suivants :

    « Cinq principes nous semblent devoir guider la définition d’un tel projet :

    – Recouvrer la souveraineté politique et économique du pays
    – Développer la démocratie dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale,

    – Répondre aux besoins fondamentaux du peuple grec, en valorisant le travail et les compétences de tous,

    – Protéger la nature et plus généralement tous les biens communs,
    – Favoriser le développement des territoires, les économies de proximité. »

    En gros ce texte réclame plus de souveraineté pour la Grèce. Ce texte lénifiant est plus qu’insuffisant, il est autiste et refuse de prendre parti dans la bataille politique qui s’engage en Grèce pour les prochaines élections. Expliquons-nous.

     Le premier point est que ce que réclament Colletis et Margaris est ce qui doit être aussi obtenu pour les autres peuples. Donc on ne voit pas pourquoi ce texte ne traiterait que de la Grèce. Mais passons sur ce détail qui n’en est pas un.

     Soutenir la Grèce, mais comment ? Critique de Colletis et Margaris 

    Le second point est que ce texte ne dit pas que c’est l’Union européenne et l’euro qui sont en elles-mêmes de mauvaises choses, aussi bien pour la Grèce que pour toute l’Europe, et que la Grèce ne peut pas obtenir sa souveraineté en restant dans l’Europe. C’est, comme l’Eurogroupe l’a bien expliqué à Tsipras, contraire aux traités européens.

    La troisième critique qu’on peut faire à ce texte est qu’il refuse de trancher dans les élections grecques à venir entre Syriza et Unité populaire. Refuser de discuter de la rupture entre Syriza et Unité populaire est complètement inconséquent. C’est nier le problème central : Tispras a trahi ses électeurs – ceux de janvier comme ceux de juillet – et s’est vendu à l’Eurogroupe. La conséquence de cela est que son audience a baissé en Grèce – des derniers sondages le donnent à peine devant ND – entre janvier 2015 et fin aout Syriza a perdu plus de 10 points. Or cela va avoir des conséquences assez prévisibles : la première est qu’il devra gouverner avec le PASOK et ND car il suffirait qu’Unité populaire fasse seulement 5% pour qu’il n’ait plus de majorité. La seconde conséquence est que l’idée des élections anticipées est une idée de l’Eurogroupe parce que ceux-ci savent que si le pillage de la Grèce ne se fait pas très vite, avec un gouvernement complaisant, il ne pourra plus se faire.

    Le texte de l’appel écrit par Colletis et Margaris passe à côté du problème : il ne veut pas voir que le retournement de veste de Tsipras a enclenché à son endroit une véritable haine, on seulement de Lanfazanis qui a lancé Unité populaire, mais aussi de Zoé Kostantopoulou, la présidente du parlement grec.

    Le dernier billet de Panagiotis Grigoriou parle justement de cette haine qui est en train de se développer en Grèce contre Tsipras et la bureaucratie de Syriza. En lisant ce texte attentivement, on se rend compte que les sondages grecs sont comme d’habitude mensongers et que Tsipras va faire un mauvais score. Ceci est la preuve que le peuple grec était prêt à accepter des sacrifices pour retrouver la dignité et la souveraineté.

      Soutenir la Grèce, mais comment ? Critique de Colletis et Margaris

    Or le texte de Colletis et Margaris ne discute pas du point fondamental suivant : il n’y a pas de solution sans une dissolution totale de l’Union européenne et de l’euro. Même des économistes très modérés comme Stiglitz l’ont compris. C’est pourtant capital. Mais je suppose que Colletis et Margaris font toujours le pari qu’on peut changer le fonctionnement de l’Europe et que sortir de l’euro serait une mauvaise chose. Bref ils n’osent pas franchir le pas.

    On ne peut pas signer un tel appel aussi confus. C’est d’ailleurs de cette confusion qu’est mort l’espoir mis dans Syriza. Tsipras s’est démonétisé si vite et si inconsidérément qu’on ne peut pas le soutenir. Dès janvier 2015 j’avais mis l’accent sur le manque de clarté du programme de Syriza, mais je restais sur mon Aventin, parce que je ne comprenais pas bien les motivations de Tsipras. Après tout on aurait pu penser qu’il visait à ce que l’Eurogroupe n’accepte plus la Grèce et la mette dehors parce qu’elle refusait de s’aligner. La reddition de Tsipras ne permet plus le doute. Il s’est rallié au courant austéritaire dominant. Le tort du texte de Colletis et Margaris est coupable de ne pas dénoncer cette supercherie, mais il est surtout coupable de laisser planer le doute sur les solutions : il n’y a pas d’avenir dans la mondialisation sauvage et donc pas d’avenir non plus dans l’Union européenne. Pourquoi ne pas dire que c’est aujourd’hui Tsipras qui envoie la police contre les manifestants qui protestent contre le pillage programmée de la Grèce ? Il fait aujourd’hui ce que faisait avant lui Samaras qu’il a si vivement critiqué.

      Soutenir la Grèce, mais comment ? Critique de Colletis et Margaris

    La perte rapide de popularité de Tsipras depuis juillet 2015 montre deux choses, la première est que les Grecs qui avaient voté en masse et avec enthousiasme non au référendum, ne sont pas dupes. Même en suivant les sondages, on se rend compte que Syriza aujourd’hui ce n’est même pas le quart de l’électorat. C’est peu pour un parti qui prétend ne pas s’allier avec le PASOK et ND. A sa grande époque le PASOK faisait 49 % des voix à lui seul. La seconde est que contrairement à ce qu’on dit ici et là les Grecs auraient massivement suivi Tsipras pour la sortie de l’Union européenne. En se reniant Tsipras a fait le choix d’une politique de la peur : c’est lui et plus Samaras qui fait le travail de l’épouvante en essayant de dire – mais bien sûr sans le démontrer – que la sortie de l’euro serait une catastrophe encore pire que d’y rester.

    Le meilleur moyen d‘aider la Grèce est me semble-t-il de reprendre le combat où Tsipras l’a abandonné. Dire haut et fort, qu’en Grèce comme en France ou ailleurs, il y a eu une vie avant l’Union européenne et l’euro, il y en aura une après et qu’en sortir ne peut pas être une catastrophe, d’autant plus qu’on veut rétablir un peu de justice sociale et reconstruire les services publics, sortir de cette économie du pillage et de la compétition qui détruit à peu près tout sur son passage. 

    Liens

    http://www.unavenirpourlagrece.com/

     

    http://www.greekcrisis.fr/2015/08/Fr0460.html#deb 

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-pourquoi-syriza-recule-dans-les-sondages-502343.html

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