• La mondialisation est en crise et cette crise annonce peut-être sa sortie imminente. Ces jours ci elle s’est manifestée aussi bien à travers un nouveau krach boursier qu’à travers l’accélération des mouvements migratoires vers l’Europe qui posent des problèmes économiques et sociaux très difficiles à résoudre dans le cadre des institutions européennes. 

    Crise de la mondialisation

    Panique boursière 

    On a qualifié le lundi 24 aout 2015 de lundi noir. Les bourses ont décroché sévèrement de partout dans le monde. C’est une nouvelle crise mondiale de la finance, comme en 2001, 2008, à croire qu’elle suit le rythme régulier de sept ans. Sauf que tendanciellement la situation se dégrade de plus en plus. On attendait en effet une crise boursière imminente pour des tas de raisons, ralentissement de la croissance chinoise, endettement croissant des entreprises, des Etats et des ménages. Mais on ne l’attendait pas si tôt. En vérité, et surtout en Europe bien sûr l’économie mondiale ne s’est jamais remise de la crise de 2008.

    Les mécanismes des crises boursières sont toujours les mêmes, le fond est le manque de dynamisme de l’économie, joint à une distribution des profits trop importante. Trop de profits tuent le profit comme disait Mariner Eccles. En effet les surprofits comme on les appelle n’arrivent plus à s’investir dans des projets productifs et donc se dirigent vers des investissements spéculatifs, ce qui fait gonfler mécaniquement le cours des bourses. On note aussi que ce cours des bourses est alimenté par la faiblesse des taux d’intérêts qui impose aux épargnants de se diriger vers les actifs financiers plutôt que vers des placements monétaires.

    Mais cette crise boursière dont on entendra parler abondamment dans les jours qui viennent a une autre dimension. En effet, partie de la Chine dont l’économie ralentit, elle se répand comme une traînée de poudre au monde entier. C’est la rançon de la mondialisation qui fait que les marchés sont complètement imbriqués et que les économies nationales n’ont plus d’autonomie.

    Quels enseignements tirer ? Le premier est que l’économie mondialisée met en évidence une opposition entre l’offre et la demande : c’est une double crise de la demande, d’une part parce que les revenus des salariés ont baissé et ne permettent pas de consommer ce qui est produit, et d’autre part parce que la production standardisée ne trouve pas à satisfaire de réels besoins. On remarque que c’est encore plus vrai en Europe où les programmes d’austérité ont complètement déséquilibré les économies nationales pour le seul profit de l’Allemagne. Si on regarde les trois graphiques ci-dessous, on se rend compte que le CAC 40, contrairement au Dow Jones ou au Dax allemand ne s’est jamais remis de la crise de 2008.

    Le second est que les marchés semblent bien moins préparés en 2015 qu’ils ne l’étaient en 2008 pour faire face à une panique boursière de grande ampleur. La raison en est que le surendettement des économies – Etats, Ménages, Entreprises – a atteint une telle ampleur qu’on ne voit pas comment il peut s’amplifier encore. Autrement dit le ravaudage des marchés  réalisé en 2009 sur la base d’un endettement colossal des Etats ne peut pas se réaliser à nouveau. Une panique boursière aboutit à une destruction d’actifs financiers. Cette destruction d’actifs n’est pas seulement la destruction d’une épargne, elle engendre aussi des faillites d’entreprises et du chômage de masse.

     

    Crise de la mondialisation

     

    Indice CAC40

     

    Crise de la mondialisation

     

    Indice Dow Jones

     Crise de la mondialisation

     

    Indice Dax 

    Il ne faut pas encore trop s’avancer sur le fait que le capitalisme entre dans une phase terminale. Il peut en effet se transformer et prendre un nouvel essor. Mais ce qui semble définitivement terminé, c’est le mouvement d’intégration financière international puisqu’en effet, chaque fois qu’il y a une crise boursière, c’est l’espace économique qui se restreint, ou les liens entre les économies nationales qui se détendent. Une des raisons de ce phénomène est que dans le cadre national, parce qu’il est plus petit, l’offre s’ajuste plus facilement aux besoins. Evidemment, il est difficile de dire comment et vers quoi l’économie va se diriger. On peut toujours identifier des besoins : une agriculture plus saine, une diminution de la pollution liée aux déplacements, un meilleur entretien de notre mère nature, etc. Mais il n’y a aucune raison pour que le système réguler par le marché et donc par le profit s’y dirige spontanément. Pour engranger des profits croissants, il faut produire toujours plus, même des objets inutiles et polluants. On peut cependant imaginer qu’il s’y dirige dans le cadre d’une reprise en main de l’économie par l’Etat, ne serait-ce que parce que le chômage va atteindre rapidement des sommets et rendre les sociétés de plus en plus instables, et aussi parce que de nombreuses banques et entreprises vont se trouver rapidement en faillite. 

    Migrations

     Crise de la mondialisation 

    On assiste cette année à l’amorce d’un des plus vastes mouvements migratoire de tous les temps. Les chiffres – plus ou moins fiables cependant - disent que dans le seul mois de juillet ce sont plus de 100 000 migrants venants d’Afrique et du Moyen-Orient qui ont franchi les frontières de l’Europe, et cela va sans doute s’amplifier dans les mois qui viennent. Il va de soi que dans le cadre d’une Europe exsangue sur le plan économique, avec les coupes dans les programmes sociaux, c’est un problème supplémentaire qui s’ajoute. Ces mouvements migratoires sont évidemment la conséquence du libéralisme dont la logique de flux veut que les mouvements de marchandises, de capitaux et d’hommes soient libres de toute entrave. Ce qui permettrait d’ajuster les équilibres sur les différents marchés. Bref c’est l’idée qu’un monde sans frontière peut exister.

     Crise de la mondialisation

    Les migrants passent par la Macédoine 

    Cependant à travers ces mouvements migratoires plusieurs logiques s’affrontent : d’une part il est évident que les migrants fuient leur pays d’origine parce qu’ils espèrent trouver une situation meilleure en Europe. Cela peut être la conséquence du mauvais état de l’économie, ou de la décomposition des formes politiques antérieures avec par exemple le développement de l’Etat Islamique et du chaos qu’il engendre. D’autre part, les peuples européens ont du mal à accueillir ces migrants à la fois parce que cela modifie l’ensemble des relations sociales, et parce qu’il n’y a pas de travail et que les allocations chômage sont de plus en plus restreintes. L’arrivée de ces migrants est vécue comme une concurrence déloyale. Les chefs de partis, certains intellectuels ont beau en appeler à la générosité des européens, c’est un discours qui ne passe pas parce que le peuple n’en a pas les moyens tout simplement.

     Crise de la mondialisation

    Migrants à Calais 

    Dans un tel contexte il apparaît que les migrants sont l’allié naturel de l’extrême-droite raciste. En effet on a vu les images télévisées d’une Europe passoire : la façon dont les frontières de la Macédoine ont été enfoncées laisse pantois. Il n’y a eu aucune entrave réelle de la part de la police macédonienne désireuse de se débarrasser au plus vite de ce problème encombrant. Tout se passe comme si on avait décidé d’un changement de logique et que dorénavant les frontières de l’Europe étaient largement ouvertes aux migrants. Peut-être certains en espèrent-ils une dynamisation de l’économie de l’offre parce que les migrants vont être moins gourmands que les autochtones en matière de salaire et d’avantages sociaux ? Mais depuis trente ans qu’on travaille à l’amélioration de l’économie de l’offre, les résultats sont plus que décevants.

    On a vu également des migrants refuser, sous l’influence de leurs leaders, les repas distribués gratuitement parce qu’ils n’étaient pas hallal ! C’est de la publicité gratuite pour le Front National ! Même un esprit simple se rend compte que dans le cadre d’un Etat national il est matériellement possible de contrôler les frontières. Evidemment dans le contexte actuel, terrorisme, délinquance et chômage de masse, les populations qui votent encore vont être sensibles à un retour de l’Etat national et à la sécurisation de ses frontières. L’espace social ne peut exister sans frontière, d’une manière ou d’une autre. Nier ce phénomène, c’est nier l’histoire. Une des raisons évidentes est que la porosité des frontières sur le plan économique, humain ou financier, accroit l’insécurité et dilue les cultures traditionnelles.

    L’Allemagne se propose cette année d’accueillir 800 000 migrants. Elle pense que c’est son intérêt économique parce que sa démographie est chancelante et donc que cela stimulera son économie. Mais il n’est pas certain que les Allemands eux-mêmes suivent cette voie. De nombreux Allemands y voient une colonisation rampante, d’autant qu’ils sont majoritairement musulmans. Les manifestations de Pegida ont été populaires et pourraient être relancées si les mouvements migratoires venaient à s’amplifier. Si on ajoute cela à la méfiance qu’une partie de l’Allemagne manifeste à l’endroit de l’euro, on voit une tendance au repliement national qui se dessine ici aussi.

     Crise de la mondialisation  

    Jean-Christophe Cambadelis, accessoirement secrétaire général du P « S » qui présentait son ouvrage A gauche les valeurs décident de tout[1], annonçait que si le Front National arrivait au pouvoir, celui-ci mettrait dehors 4 millions de musulmans ! Cela entraînerait une guerre civile. Outre que c’est une affirmation des plus gratuites, on peut se demander si en avançant de telles énormités il ne vise pas justement à faire monter le Front National. Sans doute pense-t-il comme Hollande que plus le FN sera haut en 2017 et plus les chances du PS seront élevées  face à Nicolas Sarkozy. Sans doute le PS pense-t-il que la gauche retrouvera ses vieux réflexes de défendre l’immigré et d’avaler les autres couleuvres libérales du même coup. C’est sans doute là qu’il se trompe. En effet si la gauche n’est plus audible, si le peuple s’en détache, c’est qu’elle est incapable de dire quoi que ce soit de cohérent sur la question des migrations. Au-delà de compatir avec les difficultés des migrants, il faut bien se poser les questions suivantes et y répondre : combien l’Europe peut-elle accueillir de migrants ? 10 millions, 20 millions, plus ? Quel travail va-t-on leur donner ? En quoi vont-ils modifier notre standard de vie alors que notre niveau de vie baisse tous les jours et que tout devient plus difficile ? Etc. Quand Rocard disait que la France ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde, on le critiquait facilement, mais qu’avait-on alors à lui opposer en dehors d’un humanisme compassionnel ?

    Face à cette démission, on comprend que le FN a un grand avenir et qu’en réalité pour contrer sa montée inexorable, il n’y a qu’une seule manière de faire : proposer une politique économique et sociale alternative cohérente en s’adressant directement au peuple. Pour ma part je pense que ce sont plutôt ceux qui gesticulent le plus en faisant du FN leur cible favorite qui ont les plus lourdes responsabilités dans sa montée. 

    Liens 

    http://www.latribune.fr/bourse/la-bourse-de-paris-cloture-dans-le-rouge-5-35-500128.html

    http://www.courrierinternational.com/article/europe-debordee-la-macedoine-laisse-entrer-les-migrants

    http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/2431835/2015/08/22/Une-manifestation-contre-un-centre-d-asile-degenere-en-Allemagne.dhtml 

    http://www.rtl.fr/actu/politique/jean-christophe-cambadelis-le-front-national-raccompagnerait-a-la-frontiere-quatre-millions-de-francais-7779480194 

    http://france3-regions.francetvinfo.fr/nord-pas-de-calais/2014/10/07/calais-repas-annule-apres-le-refus-de-certains-migrants-de-manger-une-nourriture-pas-assez-epicee-566666.html

     


    [1] Paru chez Plon en aout 2015. Il est cependant douteux que ce soit lui qui l’ait réellement écrit.

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    Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe

    Les élections anticipées en Grèce apparaissent comme la précipitation de Tsipras pour sauver son poste. En effet, l’Eurogroupe et lui savent que plus le temps passe et plus il sera difficile de mettre le nouveau plan d’austérité en route, l’opposition pouvant très bien finir par se structurer et monter qu’une voie différente est possible. 

    La vente de la Grèce à la découpe 

    Plus le temps passe et plus les critiques envers Tsipras se font dures sur ce qu’il faut bien appeler une trahison. Le premier ministre grec a accepté et au-delà ce que les partis mémorandaires qui l’ont précédé au pouvoir n’avaient pas osé accepter. En échange d’un nouveau prêt  à la Grèce de 85 milliards d’euros, la Grèce s’engage a opéré des réformes sites structurelles et qui sont une mise en conformité du pays avec la logique néo-libérale dénoncée pendant des mois et des mois par Tsipras lui-même. Ces réformes sont en gros de trois ordres : baisse des retraites, hausse de la TVA et privatisations pour un volume de 50 milliards d’euros. Les deux premières réformes plombent évidemment la demande et vont entraîner un peu plus le pays dans la misère et la récession, comme l’ont fait les deux mémorandums précédents. La troisième permet à la cellule de privatisations, cellule dirigée par l’affairiste Wolfgang Schaüble lui-même, de faire profiter les amis de prix de braderie.

    En effet, Tsipras en violant la signification du résultat du référendum du 5 juillet, a carrément livré son pays au pillage organisé par l’Allemagne. A commencer par Lufthansa qui va sans doute acquérir pour une bouchée de pain, aux conditions de vente imposées par l’Eurogroupe, bras armé des Thénardier de l’Europe. L’Allemagne engrange d’énormes excédents grâce à l’euro, et ceux-ci se retrouvent recyclés pour partie dans les privatisations de la Grèce.

    Pourquoi Tsipras après avoir pendant des mois et des mois raillés les traîtrises des partis mémorandaires, le PASOK et ND, s’est-il allié à eux ? C’est un mystère. Mais on peut avancer des hypothèses sur ce retournement : soit c’est un imbécile et il croie vraiment à l’impossibilité de sortir de l’euro, soit il est complètement corrompu. C’est cette deuxième idée qui commence à courir à Athènes où on présente Tsipras comme le plan B de l’Eurogroupe. Tout le monde a remarqué que Tsipras après sa reddition inattendue avait profondément changé physiquement, représentant le malaise de son corps face à la trahison.  Du reste si Tsipras avait refusé les conditions de l’Eurogroupe, il aurait été obligé d’engager la Grèce sur la voie du défaut vis-à-vis de la BCE, plongeant celle-ci dans l’embarras. On peut même dire que ce défaut aurait signé le début de la fin de l’euro et de la dictature de l’Eurogroupe sur l’économie européenne.

    On sait déjà que le nouveau plan – le troisième – ne sera pas plus efficace que les deux précédents pour sortir la Grèce de son marasme. Alors pourquoi persister dans l’erreur ? Sauf parce que les banquiers craignent justement une faillite de la Grèce : l’argent avancé par les créanciers, les Grecs n’en verront pas la couleur, il servira juste à renflouer les institutions financières européennes en faillite. 

    La gauche grecque face à Tsipras 

    Syriza a fini sa mutation et devient un parti social-démocrate comme un autre, comme un vulgaire SPD ou un PS. Le PASOK va sans doute pouvoir se refaire une santé sur le thème : « nous vous l’avions bien dit, il n’y a pas d’autre solution que de plier aux exigences allemandes ». Le KKE, le parti communiste grec, avait déjà de longue date appelé à se méfier de Tsipras. Au moins sur ce point l’histoire leur a donné raison. Le parti qui va tenir un congrès en septembre 2015 va se casser obligatoirement en deux : ceux qui restent sur la position du référendum de juillet, la plateforme de gauche, et qui représentent un tiers environ des députés de Syriza vont sans doute créer un nouveau parti. On estime que les deux tiers des députés de Syriza sont seulement des godillots qui vont suivre leur chef, jusqu’en enfer s’il le faut pour continuer à conserver leur poste et les avantages qui leur sont liés. Les personnalités qui vont se séparer de Tsipras sont assez nombreuses et ont commencé à franchir le pas d’une sortie de l’euro. Il y a d’abord la charismatique Zoe Kostantopoulo. Elle a été la première et la plus virulente critique des errements de Tsipras face à l’Eurogroupe. Elle a pris position dès le 20 juillet devant le parlement en appelant à la Résistance de la Grèce face aux diktats européens. Elle a critiqué aussi Tsipras sur deux autres points fondamentaux : d’une part l’abandon de l’audit de la dette grecque qui devait définir si oui ou non elle était légitime, donc la remettre au moins en partie en question, et d’autre part l’abandon de l’idée de demander le remboursement de ce que doivent les Allemands à la Grèce suite à l’emprunt forcé de 1943. Ce qui sous-entend que Tsipras a été bien au-delà des desiderata de l’Eurogroupe, offrant à l’Allemagne une victoire symbolique inespérée au-delà de l’acceptation de la logique austéritaire.

     Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe 

    C’est elle qui a présenté les premiers résultats de l’audit sur la légitimité de la dette grecque. Cette question est capitale et on ne comprend pas que Tsipras ne se batte pas au moins là-dessus. En effet la BCE qui est en train de devenir le premier créancier de la Grèce, a racheté entre 2010 et 2012 sur les marchés tout ce qui traînait de la dette grecque. Elle a opéré sur la base des prix du marché, mais elle se comporte aujourd’hui comme un fond vautour et réclame à la Grèce la valeur nominale de cette dette !

     Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe

    L’autre opposant très déterminé à Tsipras au sein de la Vouli est Panagiotis Lafazanis. L’ancien ministre démissionnaire de l’énergie est celui qui incarne le mieux le slogan « la liberté ou l’euro ». En effet, les interminables négociations de Tsipras et Varoufakis ont au moins servi à une chose, à montrer qu’il n’y a rien à négocier avec l’Eurogroupe, et donc que malgré les concessions grecques, il vaut mieux finalement en sortir plutôt que d’y rester. De ce point de vue il est plus radical que Zoe Kostantopoulo. Il critique également Tsipras sur le non-respect de la démocratie. En effet, on regarde souvent les manquements aux principes les plus élémentaires de la démocratie du côté de l’Europe, comment les eurocrates se sont assis sur les résultats des référendums, ou comment ils ont usé du relais de la BCE pour étrangler la Grèce. Mais on remarque moins facilement que Tsipras, comme un vulgaire Hollande, a trahi ses électeurs, non seulement ceux qui ont voté pour Syriza en janvier, mais ceux qui à 61% ont dit non aux propositions de l’Eurogroupe. Certes on comprend bien que ce n’était pas facile pour Tsipras de s’appuyer sur cette large majorité pour œuvrer dans le sens d’une sortie de l’Union européenne, mais on ne voit pas comment il peut justifier de rester dans l’euro aux conditions aberrantes qui lui sont faites.

    Reste Varoufakis, le populaire ministre de l’économie qui, s’il n’a pas ménagé les critiques finalement assez pointues adressées à Tsipras – c’est bien lui qui a dit que Tsipras n’avait jamais envisagé sérieusement une sortie de l’euro – ne l’en ménage pas moins, le présentant lui aussi comme une victime de la rapacité des créanciers. Il est probable qu’il restera du côté de la majorité de Syriza qui soutiendra Tsipras, ses convictions sont plutôt à géométrie variable en ce qui concerne l’Europe. 

     

     Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe

    Parmi les ennemis de Tsipras à gauche, on trouve encore Costas Lapavitsas dont on attend la publication imminente de son ouvrage co-écrit avec Heiner Flassek sur l’austérité dans la zone euro. Il est à la fois professeur d’économie à la London School of Economics et député de Syriza. Durant toute la comédie des négociations avec l’Eurogroupe il n’a pas ménagé ses critiques envers Tsipras et Varoufakis. Il a défendu une ligne assez claire, celle de la sortie unilatérale de l’euro. Ce qu’il a reproché à Tsipras c’est le manque de clarté dans ses objectifs. Quel était le but de Tsipras, sauver cette abstraction qu’on appelle l’euro ou sauver la Grèce ? 

    Comme on le voit si l’avenir de Syriza est scelle à moyen terme, les combinaisons politiciennes vont sans doute retarder le moment où émergera nécessairement un mouvement de fond qui balayera la logique mémorandaire. 

    La gauche française au milieu du gué 

     

     Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe

    Comme je l’ai rappelé dans un billet antérieur, Tsipras dans la dernière ligne droite des négociations était conseillé par Hollande et son équipe d’économistes de l’Elysée. Ça veut tout dire ! Mais trop occupé à faire de Tsipras une malheureuse victime de l’ordre financier allemand, certains à gauche ont fait semblant de ne pas le voir. On ne comprend pas pourquoi Tsipras est épargné alors qu’on accable l’Allemagne. En vérité celle-ci ne pourrait jamais piller la Grèce sans l’assentiment de Tsipras. C’est bien de ça qu’il faut rendre compte. L’Allemagne fait ce qu’on lui permet de faire. Sa politique et son succès est la somme des lâchetés de gauche et de droite qui permettent cette infamie.

    C’est particulièrement le cas du PCF. Celui-ci fait semblant de ne pas se rendre compte que maintenant l’Eurogroupe, la Troïka si on veut, soutient fermement Tsipras, faisant apparaître celui-ci comme le plan B de l’Eurogroupe. Autrement dit, on a une vision schizophrène de la crise grecque : d’un côté l’Eurogroupe est mauvais et veut pousser la Grèce à sortir de l’euro pour la ruiner, et de l’autre on a le bon Tsipras qui, pour éviter le Grexit fait tout ce qu’il peut. Cette vision des choses est erronée pour le moins, et mensongère. Erronée parce que ce que ne dit pas le PCF c’est que la sortie de la Grèce de l’euro aurait deux conséquences défavorables pour l’Allemagne. Le première est que ses banques essuieraient des lourdes pertes parce qu’un Grexit conduirait à un défaut qui priverait pour longtemps la BCE de marges de manœuvres. La seconde est qu’à moyen terme un Grexit amènerait inévitablement à la désagrégation de la zone euro. Or c’est bien de l’euro que vit l’Allemagne, c’est parce que l’euro existe, interdisant tout réajustement des taux de change à l’intérieur de la zone que ce pays peut engranger des forts excédents qui lui servent ensuite à acheter à bas prix des pans entiers de l’économie grecque.

    Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe

     

    Syriza ouvre la voie… à un troisième plan d’austérité 

    La démonstration est maintenant faite qu’il n’y a pas d’alternative à une politique d’austérité dans le cadre de l’euro et donc de l’Union européenne, prétendre le contraire est un mensonge qui renforce le camp de la droite et les politiques libérales. Si on anticipe facilement que le PCF ne changera pas de position sur la crise grecque, il n’en est pas de même pour le Parti de gauche. De nombreux militants de ce parti commencent à comprendre que la gauche n’a aucun avenir dans l’Europe et que celle-ci est une machine à broyer dans le sens des intérêts de la finance et des multinationales.

    La première étape à gauche est au moins de reconnaître que Tsipras par son européisme obtus a joué un méchant tour à la Grèce et à la gauche en général. Arrêtons de lui trouver des excuses ! Il n’en a pas plus que Pétain à Montoire qui refusa de continuer le combat au prétexte que la France avait perdu une bataille. On sait comment cela a tourné. Déjà l’Eurogroupe prétend imposer un plus son autorité sur la Grèce. Ils promettent bien d’alléger la dette – de combien, on n’en sait rien – à condition que le gouvernement de Tsipras soit bien docile et fasse exactement ce qu’on lui demande. Le simple fait que les partis mémorandaires maintenant soutiennent Tsipras est en soi la preuve que celui-ci a trahi ses engagements. Essayer de voir les choses autrement reviendrait à tordre la réalité.

    Si la gauche veut avancer et être de nouveaux crédible, elle doit abandonner la logique européiste, revenir à ses fondamentaux. Car contrairement à ce que racontent les médias et beaucoup d’hommes politiques, il y a une majorité en formation de partout en Europe pour mettre en place des politiques alternatives à l’austérité, pour mettre au pas la finance, pour resserrer les inégalités, pour remettre en question les orientations productivistes des multinationales. Mais cela passe par une sortie organisée ou non, unilatérale ou négociée, des institutions européennes. 

    Liens

    http://www.greekcrisis.fr/2015/08/Fr0457.html#deb

    http://cadtm.org/Discours-de-Zoe-Konstantopoulou-en

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-la-bce-s-est-elle-comportee-comme-un-fond-vautour-498418.html

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  •  Créer des emplois

    Comprimer les salaires, augmenter les profits 

    Il va de soi que la question de l’emploi est au cœur de la préoccupation des Français… et de quelques autres peuples européens. Pas tant que les gens aiment travailler, mais le travail est une nécessité si on veut se procurer les moyens de subvenir à ses besoins. Le chômage a atteint des niveaux très élevés en France et signe aujourd’hui clairement l’échec de la politique de l’offre telle qu’elle a été mise en scène par Sarkozy et Hollande. L’idée principale de cette politique dite de l’offre est que le coût du travail est un obstacle à la création d’emplois dans un univers concurrentiel, une économie ouverte. Et donc d’une manière ou d’une autre, il faut faire baisser ce coût si on veut que l’emploi reparte.

    Cette politique de compression des salaires apparaît vers le milieu des années soixante-dix. Elle se met en place comme une conséquence de la crise du pétrole de 1973. Le mot d’ordre politique est alors de lutter contre l’inflation et de récupérer des parts de marché pour financer les importations de produits pétroliers. On peut en réalité parler de prétexte, parce qu’en réalité ce dont il s’agit c’est de récupérer des marges de profit. C’est vers cette époque qu’on commence à parler du théorème de Schmitt selon lequel les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain. C’est dans cette période que va commencer à s’accroître le taux de chômage structurel en Europe.

     Créer des emplois 

    Les analyses sont cependant partagées sur les raisons de la montée inexorable du chômage dans les pays riches. Pour les marxistes un peu mécanistes, le chômage s’accroît parce que la productivité du travail régresse et donc que cela nécessite la conquête de nouveaux marchés pour retrouver des marges de profits élevées. Pour d’autres au contraire le chômage est le résultat de la lutte contre l’inflation – célébrée par des social-traitres comme Delors comme une nécessité pour protéger les salariés – qui vise en réalité à reconstituer à la fois la part des profits dans la valeur ajoutée et le pouvoir du capital sur le travail. C’est en effet à cette époque que la part des salaires dans la valeur ajoutée va baisser radicalement un peu partout dans le monde. Il faut dire que dans les années soixante, les capitalistes ont eu très peur, les tendances à la socialisation étaient fortes et se sont traduites par de vastes mouvements sociaux.

     Créer des emplois 

    C’est d’ailleurs à partir de ce moment-là qu’on a commencé à relancer l’idée d’intégration européenne. Manifestement celle-ci est intervenue pour redresser la barre, comme si les Etats nationaux étaient trop faibles pour imposer aux populations les sacrifices nécessaires pour restaurer les marges et le pouvoir des capitalistes. L’accélération de la montée du chômage dans les pays riches est corrélée avec l’accélération de l’ouverture des économies à la concurrence et a pour conséquence la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Un des résultats importants de cette mécanique est que les salaires progressant moins vite que la productivité du travail, d’une part les inégalités explosent, et d’autre part au niveau macro-économique cela entraîne une crise de la demande qui se manifeste comme elle s’est manifestée en 2008 dans une crise d’endettement généralisé.

      Créer des emplois

    Le graphique ci-dessus montre comment ce processus s’est développé en France depuis les années quatre-vingts, et comment les gains de productivité du travail ont été progressivement confisqués par le capital au nom bien entendu de la compétitivité. La montée du chômage est aussi bien la cause que la conséquence de cette évolution néfaste. Bien entendu il s’agit là d’une lutte des classes qui ne dit pas son nom – à l’exception de Warren Buffet qui avait annoncé il y a quelques années que la classe à laquelle il appartient l’avait emporté. Et il va de soi que si les salariés s’étaient unis pour résister à cette pression, cela n’aurait pas été permis. Pour cette raison on entend souvent dire que cette évolution négative est le résultat de l’affaiblissement des syndicats et des partis de gauche. C’est assez vrai, et la propagande libérale a enfoncé le clou en mettant en avant les bienfaits de l’argent facilement gagné – il faut être décomplexé, la richesse est une vertu – et aussi la nécessité de consommer toujours plus. On a ainsi un monde paradoxal où la montée de la pauvreté s’accompagne d’une montée effrayante de la consommation, avec toutes les conséquences que cela entraîne aussi bien pour l’environnement, la qualité des produits que pour la dégradation des rapports sociaux. 

    Plus d’Europe = plus de chômeurs 

    S’il y a une chose dont nous sommes sûrs, c’est que plus d’Europe c’est plus de chômage. La raison en est simple, c’est que l’intégration européenne est basée sur l’idéal de concurrence : elle met les entreprises en compétition entre elles, et force celles-ci à se débarrasser de leurs salariés en surnombre pour conserver des parts de marché. On remarque que la monnaie unique accroit encore plus le chômage : celui-ci est plus fort dans la zone euro que dans l’Union européenne. Cela provient bien entendu de ce que les pays qui ne sont pas dans l’euro, le Royaume Uni, la Suède ou le Danemark, peuvent jouer de la valeur de leur monnaie pour stimuler leur commerce extérieur, leur croissance et leur emploi. Les pays qui au contraire se trouvent dans la zone euro ont plusieurs handicaps : d’abord la concurrence entre leurs économies est accrue, ensuite ils ne peuvent corriger les problèmes de balance commerciale par une modification de la valeur du taux de change. Evidemment à la base de la hausse du chômage dans la zone euro il y a la stagnation des taux de croissance. Comme on le voit dans le graphique ci-après, non seulement le taux de croissance de la zone euro est très faible, mais le niveau du PIB n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant la crise de 2008. Sept ans après le début de celle-ci c’est tout de même inédit. Il faut que la monnaie unique soit un véritable handicap pour que cela soit possible. Certes je ne fais pas du PIB l’indicateur phare de la réussite économique, mais comme c’est l’indicateur sur lequel se basent volontiers les libéraux, il est bon de rappeler ici que les buts avancés par les tenants de l’intégration monétaire européenne n’ont pas été atteints et qu’il serait peut-être temps d’en tirer les conclusions.

     Créer des emplois

    Créer des emplois 

     Taux de chômage dans la zone euro et aux Etats-Unis

     Créer des emplois

     Taux de chômage dans la zone euro et dans l’Union européenne 

    Evidemment dans l’organisation de la zone euro, il y a des gagnants et des perdants. L’Allemagne a en effet un taux de chômage plus faible que la France par exemple, ou que la Grèce. Les raisons de ce relativement faible chômage sont pourtant évidentes. Il y en a deux : d’abord la faible croissance de la population allemande, alors que la population française continue d’augmenter, la population allemande stagne depuis le début des années 2000, et baisse depuis 2008. Ce qui veut dire qu’elle a bien moins d’efforts à faire pour intégrer chaque année une nouvelle cohorte d’arrivants sur le marché du travail. La seconde raison est celle qui a été évoqué par Ben Bernanke et que j’ai citée dans le billet précédent[1] : l’Allemagne est entrée dans l’euro à un taux très bas. C’est comme si au préalable elle avait dévalué le mark. D’ailleurs sa balance commerciale va recommencer à s’apprécier dès 2002, lors de la mise en œuvre de l’euro, et non pas consécutivement aux lois Hartz.

     Créer des emplois 

    La politique d’Hollande a été de suivre strictement la logique libérale : baisser les charges sociales d’une manière indirecte, en redistribuant via le CICE des aides aux entreprises. Le rapport de Karine Berger, député PS pourtant, est un constat d’échec. Le CICE coûte 25 milliards d’euros et son effet aurait été de 100 000 emplois créés. Ce qui ramène le coût de chaque emploi à 250 000 euros pour la collectivité. C’est bien plus cher qu’un fonctionnaire dont le coût moyen estimé est de 40 000 euros par mois. Avec le même argent on aurait donc pu embaucher 625 000 fonctionnaires, ce qui aurait eu un effet évident sur la demande. On fera remarquer que par ailleurs le chômage a augmenté de 600 000 unités depuis la prise de fonction d’Hollande. En matière d’assistanat, le MEDEF se pose là ! d’autant que ces 25 milliards d’euros il faudra bien les retrouver quelque part, très certainement sous la forme de compression des dépenses publiques par ailleurs, ou encore sous la forme d’une hausse de la TVA – baptisée curieusement TVA sociale par Sarkozy – qui plombera un peu plus le pouvoir d’achat des ménages. 

    Comment créer des emplois en grande quantité ? 

    On voit bien que les mesures de droite d’assistant aux entreprises n’ont aucune efficacité, sauf à gonfler les profits et accroître les inégalités. Il faut donc imaginer une politique différente.

    La première étape est de sortir de l’euro. Or celle-ci ne peut se réaliser que si nous sortons aussi de l’Union européenne. On a calculé que la sortie de l’euro – ou sa dissolution comme on voudra – amènerait une création d’emplois estimée entre 1,5 millions et 2 millions d’unités[2]. Pourquoi ? Essentiellement parce qu’en rétablissant le franc on aurait une dévaluation de notre monnaie nationale et une réévaluation du mark. Le gain de compétitivité pour la France serait de 20% par rapport à l’Allemagne qui est notre premier client et notre premier fournisseur. Cet ajustement de la monnaie nationale à la dynamique de l’économie nationale aurait pour effet de renchérir le coût des exportations – donc de les limiter – et d’abaisser les prix des importations – donc de les faciliter. J’avais calculé que depuis que nous sommes dans l’euro, tout se passe comme si nous transférions tous les ans 20 000 emplois vers l’Allemagne, une sorte de STO ! On remarque dans le graphique suivant que la mise en place de la monnaie unique a été dramatique pour la France et qu’elle a fait plonger son commerce extérieur dans le rouge durablement.

    Créer des emplois 

    On peut raisonner autrement, le déficit commercial de la France est en 2014 d’environ 53 milliards d’euros. Un retour à l’équilibre de la balance commerciale consécutivement à un retour au Franc permettrait une création de plus d’1,3 millions d’emplois en considérant qu’un salarié moyen coûte 40 000 euros par an, charges comprises. On voit que la sortie de l’euro, un retour au protectionnisme, amènerait tout de suite des créations d’emplois en grande quantité. Rien à voir avec la loi Macron qui prévoit qu’en libéralisant la création de lignes de bus on pourrait créer entre 10 000 et 16 000 emplois ce qui est dérisoire en face des besoins. 

     Créer des emplois

    Dans le graphique ci-dessus, on remarque facilement qu’il y a une relation négative entre taux de croissance et taux d’ouverture, ce qui veut dire clairement que plus l’économie s’ouvre aux échanges internationaux et plus la croissance diminue. Pourquoi cela ? Essentiellement parce que la concurrence détruit les entreprises peu rentables ou marginales et pousse à la concentration du capital. C’est bien pour cela que l’Union européenne et plus encore la zone détruit la croissance et l’emploi et donne une prime en quelque sorte aux entreprises de très grande dimension, c’est-à-dire aux multinationales, laminant les productions locales et de qualité au profit des  productions de standard international mais moins onéreuses. Ce résultat facilement observable est évidemment contraire à ce qu’enseigne la théorie économique libérale qui fait semblant de croire qu’à l’inverse l’ouverture entraîne la croissance parce qu’elle permet la diversification des marchés. Mais on ne peut rien contre les faits. En vérité si l’ouverture entrave la croissance, c’est essentiellement parce que celle-ci donne de l’air aux marchés et empêche les Etats de contrebalancer les effets de la concurrence par une redistribution de la richesse vers les moins nantis.

    La seconde étape est de réorienter l’économie non pas vers la croissance à tout prix, mais vers une utilisation raisonnable des facteurs de production. Donc de limiter les déplacements des marchandises et des personnes. Les écologistes aiment bien pleurnicher sur l’épuisement des ressources planétaires en réclamant que les consommateurs réagissent. Mais incohérents le plus souvent, ils continuent à supporter l’Europe libérale qui elle en peut se développer qu’en augmentant le nombre de kilomètres parcourus. On le sait il faut privilégier les circuits courts. Mais une des meilleures manières de le faire est encore de sortir de l’Europe. On ne peut pas à la fois réclamer de consommer local et encourager à l’intégration européenne qui produit l’effet inverse puisqu’elle lamine justement les productions locales en permettant des abaissements de prix ravageurs et mise sur la quantité plutôt que sur la qualité. Or en matière agricole on produit trop en Europe.

    Créer des emplois 

    A-t-on en effet besoin d’importer de la viande de porc de qualité douteuse d’Allemagne quand les producteurs français sont au bord de la ruine ? N’est-ce pas d’abord la baisse des prix qui les pousse à produire de la viande généralement de piètre qualité ? A-t-on besoin des fermes de 1000 vaches et plus ?

     Créer des emplois 

    L’exemple de l’agriculture est intéressant. En effet, en interdisant la production des produits agricoles de qualité douteuse, et en facilitant la mise en place de circuits courts, on devrait pouvoir créer facilement 2 millions d’emplois dans la filière. Cette réorientation de l’agriculture aurait trois effets positifs :

    1. le premier sur l’emploi évidemment ;

    2. le second sur la décongestion des villes où l’on vit de plus en plus mal, mais où l’on vient parce qu’on espère y trouver du travail ;

    2. enfin, elle permettrait de limiter les kilomètres parcourus par les marchandises et par les êtres humains.

    Evidemment le complément de cette politique serait de liquider les hyper-marchés qui ne fonctionnent justement que sur l’allongement des circuits et l’exaspération de la concurrence entre les producteurs. Les hyper-marchés sont d’abord des destructeurs d’emplois. On compte environ 5 emplois détruits dans le commerce traditionnel pour un emploi créé dans un hyper-marché.

    On voit à travers cet exemple comment on peut assez facilement, pour peu qu’on en ait la volonté politique, modifier à la fois la trajectoire de l’économie et créer des emplois en quantité. Il faut bien sûr accompagner ce mouvement nécessaire d’une éducation soutenue, destinée à contrer la propagande libérale  en expliquant les bienfaits des circuits courts sur la santé et sur l’emploi.

     

    Liens 

    http://www.marianne.net/karine-berger-100-000-emplois-crees-25-milliards-aides-aux-entreprises-100236006.html 

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/08/13/a-partir-de-ce-soir-la-terre-vit-sur-ses-reserves_4722826_3244.html 


    [2] http://russeurope.hypotheses.org/3006

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  • Nous sommes maintenant au pied du mur, il n’y aura de politique de gauche que dans une sortie de l’euro et de l’Union européenne. 

    Les mensonges de l’Allemagne

    Sortons de l’Europe au plus vite  

    La dramatique reddition de la Grèce l’a montré, il n’y a rien à négocier à l’intérieur de l’Europe. Les traités sont faits pour que rien ne change. Mais évidemment comme les résultats économiques sont très mauvais au moins depuis qu’on a fabriqué l’euro, il faut chercher des boucs émissaires. Pour l’Allemagne qui a des excédents record, la faute vient du laxisme des gouvernements, à commencer par le gouvernement français qui est dans la ligne de mire. Ils mettent en évidence le fait que eux ils ont des bons résultats, une croissance soutenue, et un chômage assez faible. Mais ils mentent sur l’essentiel : s’ils ont de relativement bons résultats, c’est parce que leurs partenaires européens en ont de mauvais. Les excédents commerciaux de l’Allemagne augmentent quand les déficits commerciaux des autres pays se creusent. C’est d’ailleurs un des résultats de la concurrence que de prendre des parts de marché aux autres, ce que l’un gagne, l’autre le perd. On sait cela depuis que l’économie politique existe, et c’est ce qui explique d’ailleurs pourquoi le libre-échange est toujours mauvais sur le plan de la croissance et de l’emploi. Le graphique ci-dessus montre que les excédents de l’Allemagne se sont accrus à partir de la mise en place de la monnaie unique et non pas des réformes structurelles dites lois Hartz.

    Les Allemands qui ont toujours cette vieille manie de punir les peuples qui divergent des instructions qu’ils leur donnent ont commencé par punir la Grèce en leur faisant croire qu’un Grexit serait dramatique pour eux et que donc il valait mieux qu’ils se soumettent en perdant toute dignité. En vérité c’était un coup de bluff, personne de sérieux ne croit que l’Allemagne mettra les récalcitrants en dehors de la zone euro puisqu’en effet la puissance de l’Allemagne repose essentiellement sur le fait qu’elle est rentrée dans l’euro en dévaluant fortement le mark sans le dire, tandis que sous la houlette du sinistre DSK nous faisions exactement le contraire. Leur idée est maintenant qu’il faut punir les Français en les sanctionnant s’ils n’arrivent pas à tenir leurs engagements en matière de déficit et de dette publique.

    Ben Bernanke, l’ancien directeur de la FED, qu’on ne peut pourtant guère confondre avec un gauchiste, a dans une récente tribune expliquer que les excédents de l’Allemagne étaient malsains et qu’ils étaient le résultat justement de la monnaie unique. D’ailleurs une procédure avait été ouverte en 2013 contre l’Allemagne pour ses excédents commerciaux excessifs. Je rappelle que ceux-ci ne doivent pas dépasser 6% du PIB. Mais les Allemands ont les moyens de faire oublier les procédures contre leur administration, et ils s’apprêtent en 2015 a accumulé encore des nouveaux excédents. Il va de soi que dans ces conditions il est essentiel de boycotter les productions allemandes sous peine de passer pour un traitre à son pays.

    Mais cependant ce n’est pas l’Allemagne qui est le problème, elle est juste le révélateur de la façon dont l’Union européenne fonctionne. N’étant pas particulièrement anti-allemand, il me semble que le problème vient du fait que la concurrence entre les nations conduit naturellement à l’émergence d’un pays leader dont les entreprises profiteront de la faiblesse des autres nations. L’Union européenne ayant été formatée par les multinationales et les banques, dans leurs intérêts, cette concurrence entre firmes multinationales finit par conduire à une nouvelle forme de guerre entre les nations.

     

    La France colonie de l’Allemagne 

    L’idée des Thénardier de l’Europe c’est justement de nommer un ministre de l’économie et des finances qui superviserait les budgets des autres pays européens. Les social-traîtres nous ferons avaler cela en racontant un peu partout que le problème n’est pas l’Europe, mais l’insuffisance des mécanismes collectifs. Il est donc à prévoir qu’ils applaudiront à cette idée de Schaüble. Cette idée est dangereuse pour de multiples raisons. La première est qu’évidemment la France perdrait le peu de souveraineté qui lui reste. La seconde est que nous serions dans l’obligation d’adopter une politique budgétaire « neutre », c’est-à-dire une politique libérale qui ne dit pas son nom puisqu’ainsi il ne serait plus possible que l’Etat intervienne pour pousser l’économie dans un sens ou dans l’autre : les lois du marché qui comme chacun le sait sont parfaites et ne conduisent pas à des aberrations, assureraient l’équilibre et l’emploi. La troisième raison est qu’ainsi la privatisation de l’Etat s’accélèrerait au motif d’une saine gestion à l’allemande. En effet, il n’est pas question de faire reculer l’Etat, mais plutôt de s’en servir comme d’un tiroir-caisse pour assurer des rentes de situation à de riches investisseurs.

    Cette situation ne peut se résoudre positivement que dans un recul de la puissance politique des grandes banques et des multinationales. C’est bien à ça que nous devons nous employer.

     

     Sortons de l’Europe au plus vite

    L’Allemagne n’a pas une bonne image de marque chez nous, c’est une vérité qui date de plus d’un siècle et qui est consécutive aux différentes guerres qu’elle a menées sur notre territoire, mais la mauvaise opinion des Français s’est renforcée avec le traitement qui a été infligé à la Grèce – Tsipras aidant assez bien par son irrésolution cette évolution vers une dictature financière allemande sur l’Europe. Cette image d’arrogance et de domination plombe sur le long terme le projet européen qui est identifié assez justement à une forme nouvelle de l’impérialisme allemand.

    La position d’Hollande n’est pas faite pour gêner Schaüble ou Merkel. La raison en est qu’il a déjà anticipé l’évolution de l’Union européenne vers la mise en place d’une police destinée à faire respecter les traités au moins sur le plan économique. On ne comptera pas sur lui pour nous tirer d’embarras. A mon avis pour échapper à la tutelle allemande sur notre économie – ce qui en accentuerait le pillage – il nous faut développer un large mouvement en faveur d’une sortie de l’Union européenne, car c’est rendu obligatoire pour qu’on se débarrasse enfin de l’euro et des misères qu’il entraîne dans son sillage.

    La bonne nouvelle, c’est que les européistes n’ont plus rien à offrir, il y a encore quelques années ils pouvaient nous promettre un avenir économique radieux grâce aux bienfaits du grand marché et de la monnaie unique. Aujourd’hui quand ils parlent de sauver l’euro ou l’Union européenne, ça sonne particulièrement creux. Il m’étonnerait que les Grecs ne réagissent pas rapidement à la prison qu’on leur a construite pour les décennies à venir. Perdre une bataille ne veut pas forcément dire que la guerre économique est perdue.

    Sortons de l’Europe au plus vite 

     

    Comment les Grecs se représentent leur histoire selon Panagiotis Grigoriou

     

    Liens 

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/zone-euro-que-veut-l-allemagne-497461.html

    http://www.brookings.edu/blogs/ben-bernanke/posts/2015/04/03-germany-trade-surplus-problem

    http://www.lesoir.be/360354/article/economie/2013-11-13/l-allemagne-visee-pour-premiere-fois-par-une-procedure-en-desequilibre-excessif

    http://www.greekcrisis.fr/2015/08/Fr0455.html#deb

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  • De la crise grecque et de son irrésolution 

    La stratégie tsipriote 

    Le temps a passé, il y a maintenant un mois que les Grecs ont voté contre le plan imposé par l’Eurogroupe, et presqu’un mois aussi que Tsipras, contre toute attente, a choisi de capituler, tout en disant que ce plan était mauvais pour la Grèce. J’ai beaucoup commenté cette reddition. Notamment j’ai insisté sur le fait que Tsipras avait finalement choisi d’accepter de signer ce que les partis comme le PASOK et ND n’avaient pas accepté, et c’est avec ces deux partis sur lesquels il s’est complus à cracher qu’il est maintenant allié pour faire avaler la pilule de la vente de la Grèce à la découpe. C’est bien sûr cela qui a conduit Varoufakis à la démission.

    On trouve encore des défenseurs de Tsipras du côté des gens du Parti de gauche et du PCF par exemple – le parti communiste grec (le KKE) qui a toujours considéré Tsipras comme un traitre n’est pas sur la même longueur d’onde que son homologue français. Leur idée c’est de dire que Tsipras victime d’un coup d’Etat financier n’avait pas le choix. En vérité en politique on a toujours le choix. Mais le problème est que l’irrésolution de Tsipras non seulement a renforcé l’Eurogroupe, mais en outre a affaibli la Grèce.

     

    Tsipras a aggravé la crise 

    On sait maintenant qu’il existait un plan B, mais que Tsipras n’en a jamais voulu vraiment. Or en refusant d’appliquer ce plan B, non seulement il s’est ridiculisé aux yeux du monde entier, mais en outre il a enfoncé la Grèce. En effet, la bonne méthode eut été, avant toute négociation, de nationaliser la banque centrale de Grèce, de mettre en place un contrôle des capitaux et de présenter clairement les possibilités d’un plan B. Or en jouant le jeu des négociations – comme si on pouvait négocier la souveraineté nationale ! – Tsipras a engendré une sortie des capitaux de la Grèce qui est aujourd’hui évaluée à 40 milliards d’euros. Ces 40 milliards d’euros qui se sont évanouis dans la nature – dans les banques européennes, notamment allemandes – ne reviendront jamais parce que les banques grecques sont dans une situation épouvantable, et qu’une restructuration va être encore nécessaire. Le MSE prévoit d’ailleurs une recapitalisation des banques grecques pour un volume de 25 milliards d’euros.

     De la crise grecque et de son irrésolution 

    Les créanciers ont déjà prévenu Tsipras qu’il faudrait aller encore plus loin dans l’austérité et les privatisations. Et c’est bien ce qu’il acceptera. Déjà on parle d’abaisser encore le montant des retraites et d’élargir le programme de privatisations. Les aéroports régionaux vont être bradés à des intérêts allemands, le port du Pirée va sans doute tomber dans le giron des Chinois.

    Cependant comme la conjoncture économique se dégrade rapidement en Grèce, la valeur des actifs va se déprécier un peu plus et donc on va demander de nouvelles privatisations. Déjà en 2015 et 2016 on prévoit un nouveau recul du PIB grec. En contrepartie de sa « coopération », Tsipras n’a rien obtenu. L’arrogance des Allemands est telle que non seulement ils ont refusé une restructuration de la Grèce, mais même de parler de leur propre dette à l’égard de la Grèce. Sujet que Tsipras n’aborde plus d’ailleurs. On peut se demander pourquoi puisqu’en effet la plupart des experts considèrent que les dettes de l’Allemagne vis-à-vis de la Grèce s’élèveraient à 162 milliards d’euros, soit approximativement la moitié de ce que doit la Grèce à ses créanciers. Tsipras n’aurait agité cette question finalement que pour fanfaronner et pour se faire passer aux yeux des électeurs grecs pour un grand guerrier. 

    La gauche complice et discréditée 

    La gauche – je ne parle pas ici de la droite molle façon Hollande – est en réalité complice par ses pleurnicheries de l’étranglement de la Grèce. Mélenchon, Laurent et autres présentent la capitulation de Tsipras comme la conséquence d’un acte de guerre, voire d’un coup d’Etat financier. Certes il est vrai que l’Eurogroupe et la BCE ont usé et abusé des armes de dissuasion financière. Mais il faudrait être naïf pour faire semblant de découvrir aujourd’hui comment ce système fonctionne. Cela rappelle ceux qui trouvent encore quelques excuses au Maréchal Pétain.

    En vérité le mal qui ronge la gauche et qui finalement l’empêche d’être la gauche, c’est de s’être alignée sur les propos européistes, et donc de faire passer avant tout l’Union européenne et l’euro comme des avancées et non comme des régressions. Cette logique a mené le PS, puis le PCF, ATTAC ou Mélenchon, à penser qu’on pouvait changer l’Europe de l’intérieur. On se demande combien de siècles il faudra encore à ces gens pour comprendre, ainsi que le disait justement le PCF avant 1983, que l’Europe est une construction des banques et des multinationales.

    La crise grecque est au moins porteuse de cette certitude : l’Union européenne ne peut pas se changer de l’intérieur, ou on s’aligne sur sa logique libérale, ou on la quitte. On ne négocie pas la souveraineté nationale. C’est pour ne pas avoir compris cela que le Front National a fait une percée importante en 2012, et que la gauche s’effondre de manière régulière. On peut aller plus loin, en laissant entendre que l’Europe pourrait changer, devenir plus sociale, plus juste, non seulement on se berce d’illusions, mais on trompe l’électeur. L’Europe a fait la preuve de sa nocivité depuis ses origines, et plus elle s’intègre, plus elle produit des effets négatifs. C’est comme ça au moins depuis 1983.

     De la crise grecque et de son irrésolution 

    Un exemple de confusionnisme intéressé 

    Ce mauvais positionnement de la gauche traditionnelle sur la question européenne ouvre la voie à une évolution. D’abord il faut bien se rendre compte que si la gauche s’est repliée sur l’idée fausse de travailler à une évolution de l’Europe, c’est parce qu’elle se défausse de son combat traditionnel. Le combat contre l’Europe est lointain, incertain et opaque. Il est une bonne excuse pour finalement ne rien faire et laisser faire. Toute la social-démocratie en est là, mais les syndicats sont aussi dans cette galère. Il y a quelque chose d’incongru à défendre les luttes de peuples du tiers monde pour leur indépendance – le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes – et refuser cette même indépendance au nom des principes aussi abstraits que la défense de l’euro ou la nécessité de l’Europe. Pour l’instant les débris de la gauche traditionnelle se sont abrités misérablement derrière la nécessité de combattre les nationalismes. Mais est-ce que les Résistants des années 40 se posaient la question de savoir si en défendant la nation française contre l’envahisseur ils allaient ou non faire le jeu du nationalisme ? On ne peut pas dire à la fois que l’Eurogroupe et la BCE ont engagé une guerre contre la Grèce, et vouloir à toute force délayer le combat frontal avec ces boutiques.

    On ne pourra pas continuer longtemps à faire le grand écart. Si l’Europe est mauvaise, comme elle vient de le prouver une nouvelle fois avec sa gestion de la crise grecque, on ne voit pas pourquoi on n’en sortirait pas. Comment vouloir encore rester dans l’Union européenne, alors même que celle-ci est en train de négocier TAFTA ? Je l’ai déjà signalé ici, à gauche ce n’est plus un tabou que de dire qu’il faut sortir de l’euro et de l’Union européenne. Le M’PEP, Lordon, Sapir, Bernier, et j’en oublie ont déjà franchi le pas et un certain nombre de militants du Parti de Gauche nous rejoignent maintenant sur ce point.

    Il est pourtant assez facile de comprendre que si on n’arrive pas à agir pour le mieux dans notre pays, il n’y a pas de raison qu’on y arrive plus facilement le jour où tous les pays européens se lèveront comme un seul homme. C’est ici et maintenant qu’il faut agir, sur notre territoire, ce qui n’empêche pas qu’on fasse par ailleurs preuve de solidarité internationale. Il est évident que si la France avait donné l’exemple de la rupture, cela aura donné des ailes à la Grèce pour s’en sortir par elle-même et ne plus aller quémander des aides qu’on lui fait payer si cher.

     

     De la crise grecque et de son irrésolution 

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