• Les Chinois verts de Bruxelles 

    Tsipras a refusé les diktats de la troïka rebaptisée « institutions », familièrement appelées « les créanciers ». Dans la foulée il a annoncé un référendum, et il a mis en place un contrôle des capitaux comme s’il s’apprêtait à entériner une sortie de l’euro. L’Eurogroupe a procédé en même temps à la mise à la porte de Varoufakis pour tenir une réunion des ministres à 18 au lieu de 19 et publie dans la foulée un communiqué de l’Eurogroupe sans évidemment l’accord ni la signature de Varoufakis. C’est donc une décision unilatérale d’exclure la Grèce. Cette décision apparaît évidemment comme un coup de force, difficilement compatible maintenant avec cette idée que c’est la Grèce qui a fait capoter els négociations. Sapir la dénonce comme illégale et susceptible de recours devant un tribunal international. 

    La Grèce, la démocratie et la presse

    Il semble qu’en poussant les Grecs au référendum et à l’affrontement, il n’y a pas d’autre mot, les « institutions » visent à générer la panique en Grèce, c’est pour cette raison que la BCE a misé sur une restriction des liquidités. Comme on voit, le chantage arrogant de la canaille bruxelloise se poursuit. Les longues files devant les banques attestent que c’est bien là le but poursuivi. Mais c’est un jeu à pile ou face, le « oui » n’a que de faibles chances de réussir. Les tenants du oui sont aussi dévalorisés que Pétain à la Libération, que ce soit le PASOK ou la ND ou Potami. Il est tout aussi possible que les Grecs se rassemblent autour de Tsipras et réclament une sortie directe de l’Europe qui est la source de presque tous leurs malheurs.

    Cependant l’exclusion de Varoufakis et de la Grèce de l’Eurogroupe entraîne des dégâts importants. La BCE assure un service minimum qui en réalité étrangle un peu plus l’économie grecque. Les bourses sont en chute, et la Grèce est maintenant contrainte de mettre en place des mesures de contrôle de sortie des capitaux. Les banques sont fermées pendant une semaine pour l’instant.

      La Grèce, la démocratie et la presse

    Les journalistes collaborateurs  

    Dans ce contexte de guerre économique dont les intentions ne sont pas claires, il est cocasse de lire les journaux français qui, à l’exception notable de L’Humanité font dans le catastrophisme. Comme s’il n’y avait pas de vie avant et après l’euro. Ils promettent tous l’enfer aux Grecs s’ils ne se plient pas à la logique d’étranglement de la Troïka ressuscitée. Evidemment les Grecs connaissant l’enfer depuis au moins cinq ans, on ne voit pas vraiment ce qui serait pire en en sortant. Pour l’instant ils ont la preuve que l’euro les conduits à l’humiliation et à une austérité sans fin qui les ramène vers le sous-développement. Avec de telles dispositions d’esprit serviles, les journalistes font preuve de leur peu d’honneur. Ce n’est pas nouveau, ils ont toujours été à la botte de ceux qui les payent, cela reste vrai, même s’il y a des exceptions qui permettent de laisser croire qu’ils ne seraient pas tous pourris. Je salue au passage les très bons articles de Romaric Godin dans La tribune, journal « économique » pourtant. Qu’ons oit ou non en accord avec ses analyses, au moins elles sont documentées et réfléchies. On ne peut pas dire la même chose des autres guignols et en particuliers ceux du Monde qui se sont vautré comme jamais dans la honte à propos de la crise grecque.

    La Grèce, la démocratie et la presse

    Cette conjuration des imbéciles serait presque réjouissante si les choses n’étaient pas aussi graves. On dirait que les journalistes ont juste recopié une note du service de presse de l’Eurogroupe et sans recul, ni analyse. Le pire est sans doute qu’ils reprochent à Tsipras de consulter le peuple. Ce torchon qui s’appelle L’opinion et qui si on le lit on pue du bec, prétend que faire appel au peuple par voie de référendum, ce n’est pas de la démocratie, mais seulement du populisme. Réclamer un référendum passe aujourd’hui pour une folie. Par contre quand l’Eurogroupe met Varoufakis à la porte, ça c’est de la démocratie coco ! Le putsch européen contre la Grèce confirme que nous ne sommes plus en démocratie, même si nous avons pour l’instant encore le droit d’opinion.

    Et la canaille journalistique vient ensuite se plaindre que plus personne ne la lit ! Sa prose n’a guère de chance d’intéresser le peuple, seulement quelques petits rentiers attardés qui croient encore que les Grecs sont des voleurs et des tricheurs qui ne veulent pas rendre l’argent que « nous » leur avons gentiment prêté.

    La Grèce, la démocratie et la presse

    Evidemment à l’heure d’Internet on n’est plus obligé d’acheter Le monde pour avoir des informations sérieuses. Il fut un temps où on lisait obligatoirement le quotidien de référence non pas pour ses analyses, toujours un peu faux-cul, mais pour la qualité de ses informations. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, au moins depuis que cette crapule de Colombani a réorienté le journal vers le cirage de pompes des grands de ce monde. Tiens, pourquoi je parle de ce colombin de Colombani ? Et bien figurez-vous qu’il a donné son avis sur Tsipras et sur le fait que celui-ci ait provoqué un référendum. Mais ne croyez pas qu’il ait un avis différent de la vulgate d’extrême centre qui trône à Bruxelles et à Francfort. Le très conformiste Colombani considère que si on en est arrivé là, ce n’est pas à cause de l’intransigeance de la Troïka de malheur, mais à cause du chantage de Tsipras. On voit de quel côté l’imbécile se range. Ne connaissant rien à rien, c’est pour ça qu’il a fait journaliste, il en rajoute une louche en qualifiant Tsipras de fanfaron d’extrême-gauche qui plait pour cette raison à l’extrême-droite et qui protège du même coup d’un seul un système corrompu et clientéliste.

      La Grèce, la démocratie et la presse

    Le dessin ignoble de Plantu dans Le monde daté de mardi 30 juin confirme ce qu’on savait déjà de la bêtise de ce vieux con. Il suggère avec sa blague à trois francs qui sans doute fera rire Valls que les Grecs sont de joyeux crétins qui sans le savoir s’enfonce dans le malheur en y allant gaiement. Le trou du déficit on ne sait pas trop ce qu’il représente, Plantu veut-il dire que les Grecs vont le creuser plus encore ? Veut-il dire qu’ils veulent disparaître à nos yeux ? On se perd en conjoncture. Ce n’est plus  Le monde, mais L’immonde 

     La Grèce, la démocratie et la presse

    Je ne sais pas ce que Tsipras a maîtrisé ou non dans ce Grexit qui semble maintenant s’approcher. C’était une option que j’avais envisagée en disant qu’au fond la meilleure solution pour lui et son pays était de se faire mettre dehors par les Thénardier, propriétaires de ce bateau qu’on appelle l’Union européenne. Et puis au fil des concessions qu’il a faites, je me suis laissé à penser qu’il y aurait un compromis mou comme Bruxelles les aime, d’autant que l’Allemagne a beaucoup à perdre avec un Grexit. Sans doute ai-je sous-estimé la bêtise des « créanciers ». Mais en tous les cas j’espère que le non au chantage de l’Eurogroupe l’emportera et que la Grèce donnera l’exemple d’un renouveau politique qui nous sorte un peu de cette grisaille quotidienne ou tout devient torture sous le contrôle de la bureaucratie bruxelloise corrompue. Imaginons que Tsipras réussisse à redresser l’économie grecque en dehors de l’euro, ce serait sans doute le début de la fin de cette comédie qu’on appelle l’Europe.

    En tous les cas cette pantomime des négociations aura montré que d’une manière ou d’une autre il y avait pour François Hollande la possibilité de négocier, même durement, une autre orientation de l’Europe. Mais s’il ne la pas fait c’est bien la preuve qu’il ne le voulait pas et que cette Europe à la fois ultralibérale et bureaucratique, cette Europe dure avec les faibles et faible avec les forts lui convient parfaitement.

     

    Liens 

    http://russeurope.hypotheses.org/4023

    http://www.slate.fr/story/103643/imposture-tsipras-crise-grece

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-la-bce-et-la-commission-changent-la-nature-du-referendum-488124.html

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  •  Bernie Sanders, candidat socialiste

    Actualité 

    Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas que des hommes politiques de droite. Cette semaine, grâce à de nombreux articles de journaux on a découvert un candidat qui fait la course pour la présidentielle pour l’emporter lors de la primaire du parti démocrate. Et contre toute attente, ce candidat âgé de 73 ans arrive en deuxième position derrière l’inévitable madame Clinton qui sera sans doute la représentante du parti Démocrate contre Jeb Bush le petit frère de George W. et le fils de George H. Bush. Il devrait représenter un quart des voix sur la base d’un programme ouvertement socialiste qui fait de la lutte contre les inégalités le cœur de sa bataille. Il y a beaucoup de monde à ses meetings. Il dénonce la collusion des candidats démocrates et républicains avec Wall Street. Pire encore il se dit marxiste. Devant le succès de sa campagne, le camp de Clinton a réagi en le traitant de radical enragé, pire encore d’irréaliste. Il a aussi le handicap non seulement d’être juif par ses origines, mais surtout de ne pas être pratiquant ni religieux.

     Actualité

    Son programme se détache des autres démocrates d’abord sur le fait qu’il s’est de longue date opposé à toutes les guerres menées par les Etats-Unis, du Vietnam, jusqu’à l’Irak. L’autre point est qu’il combat le libre-échange au nom de la défense des travailleurs et de la nécessité de lutter contre les inégalités. Quand on est vraiment de gauche aux Etats-Unis on est en effet contre le libre–échange et donc pour un contrôle aux frontières. Il est, logiquement, fortement hostile à TAFTA et veut mettre au pas Wall Street. Il s’est fait également connaître pour son hostilité au lobby nucléaire et également pour réclamer un financement des congés payés, ce qui n’est pas généralisé encore aux Etats-Unis, pays plutôt en retard au niveau des mœurs. Il ne semble pas que Sanders ait quelque chance de passer devant Hillary Clinton. Son but est plutôt de faire en sorte que ses idées deviennent un peu plus communes dans le pays. Et de ce côté-là il va sans doute gagner son pari et trouvera du soutien chez ceux qui n’en peuvent plus des inégalités dans ce pays. Sa montée en puissance est intéressant au moins en ce qu’elle manifeste une volonté de renouveau de la vie politique coincée aux Etats-Unis entre un candidat démocrate soutenu par Wall Street et un candidat républicain soutenu par les lobbies pétroliers. Et puis contrairement à la canaille social-traître de chez nous, il n’a pas peur de se réclamer de la gauche. 

     

    Référendum et démocratie

      Actualité

    Tsipras a décidé de remettre l’issue des négociations avec la canaille à la botte de la finance internationale, après la consultation du peuple. Un référendum aura lieu le 5 juillet. Tsipras a annoncé qu’il voterait non, et il a toutes les raisons de croire qu’il sera suivi par le peuple, non seulement parce qu’il reste populaire, mais parce que le oui sera défendu par l’abominable Samaras. Evidemment un vote non va sans doute amener la Grèce à sortir de l’euro. Samaras dénonce d’ailleurs Tsipras en disant qu’il n’ose pas appeler le peuple à un vote pour ou contre l’euro et donc que la question sera manipulée. On voit que déjà le référendum est critiqué. Les eurocrates, Jeroen Dijsselbloem en tête, ont regretté cette décision justement d’en appeler au peuple, faisant la preuve une nouvelle fois que l’Union européenne et ses différentes boutiques sont fâchées avec l’idée de démocratie. Pour eux il est incongru qu’on discute affaires en dehors des salons feutrés, et surtout qu’on informe le peuple de ce qui se trame dans son dos. Je rappelle que les discussions euro-américaines sur TAFTA étaient quasiment clandestines, et qu’on ne nous les a révélées que progressivement, quand tout était déjà empaqueté.

    Cependant beaucoup ont salué l’issue choisi par Tsipras en disant : c’est bien de consulter le peuple. Et bien sûr chez nous on a encore en travers de la gorge la trahison de l’UMPS qui n’a pas respecté notre vote. Les eurocrates justifient ce viol par le fait que le peuple n’est pas capable de comprendre ses intérêts. Nos représentants qui votent toujours bien comme il faut dans le bon sens des lois qui nous étranglent et qui s’apprêtent à voter TAFTA, par contre seraient bien plus compétent que nous.

      Actualité

    Je me suis posé la question de ce qui se passerait en France si sur les grandes orientations de notre pays on suivait systématiquement l’avis du peuple par la voie du référendum. Voilà à quoi j’en suis arrivé :

    - tout d’abord on sortirait sans doute de l’euro ;

    - ensuite on renationaliserait les autoroutes et peut-être les banques et un certain nombre de services publics comme l’énergie, l’eau ou l’industrie de l’armement ;

    - on mettrait en place une politique protectionniste, on sortirait du libre-échange, mais on mettrait sans doute aussi fin à la politique des migrations, qu’elles viennent d’Afrique ou d’ailleurs ;

    - l’impôt sur le revenu jouerait un rôle plus important dans le resserrement des inégalités, et sans doute les impôts indirects qui touchent plus souvent les pauvres baisseraient ;

    - sans doute le mariage pour tous n’aurait pas été voté et les émoluments des parlementaires seraient révisés à la baisse ;

    - également il est probable qu’on serait moins accommodant avec l’Islam en ce qui concerne les repas à la cantine, le port du voile ou le ramadan.

    On voit dans cet ensemble qu’il y a des mesures qui plaisent ou qui ne plaisent pas à la gauche des partis comme le PCF, le Parti de gauche. Et c’est volontiers que je les mélange. Ce qui pose question c’est que justement si on écoute le peuple, on votera des mesures qualifiées de réactionnaires. Mais on n’a pas le choix, parce que sinon on gouverne contre le peuple, et surtout parce qu’on n’est pas sûr d’avoir raison contre lui. C’est justement parce que depuis trente ans au moins l’élite gouverne contre le peuple que les choses vont si mal. Et même si le peuple n’a pas toujours raison, l’élite se trompe encore plus régulièrement. Ce petit laïus seulement pour dire que la démocratie ne peut pas se partager en fonction des résultats qu’on attend. C’est un tout à prendre ou à laisser. Pour ma part je suis pour aller dans le sens du peuple au risque de voir évidemment mes propres idées battues. Quand par exemple on cite les migrations, le mariage pour tous ou la tolérance supposée de la gauche face à l’Islam, en fait c’est par là qu’on comprend mieux pourquoi la gauche et ses représentants – je ne parle pas du PS, mais du PCF et du Parti de gauche – ne sont pas populaires, ils apparaissent comme une élite encore coupée de la réalité de la vie quotidienne des simples citoyens.

    Actualité 

    En mai 1981 Mitterrand disait que son élection mettait fin à une anomalie, c’est-à-dire à la non représentation du peuple, les ouvriers, les employés. Il considérait qu’il devait y avoir une convergence entre les lois qui sont votées et appliquées et l’avis de la plus grande majorité. On sait que par la suite le PS s’est bureaucratisé et s’est détaché des « sans-dents » dont l’avis ne saurait intéresser des hommes aussi lumineux que Valls ou Hollande. 

    Liens 

    http://thehill.com/blogs/ballot-box/presidential-races/246220-clinton-camp-sharpens-attack-on-sanders 

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/les-creanciers-de-la-grece-annoncent-la-fin-des-discussions-487701.html 

    http://www.politis.fr/La-lecon-de-democratie-d-Alexis,31717.html 

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  • De la grève des taxis

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    La grève des taxis contre UberPOP c’est bien plus qu’une simple grève. On a assisté à de véritables émeutes avant de parler de scènes de guerre civile qui serait exagéré. La révolte vient de la concurrence imposée aux chauffeurs de taxi. En effet l’arrivée d’UberPOP s’ajoute à la concurrence déjà rude des VTC. Le but est évidemment de faire baisser les prix en augmentant d’offre de taxis, éventuellement cela pourrait créer des emplois. Le problème est que jusqu’ici la profession était très réglementée et le nombre des licences s’octroyait au compte-goutte. Et donc certains chauffeurs de taxi payaient cette licence très cher, on donne des chiffres variant entre 50 000 et 200 000 euros selon les villes. Il s’ensuit qu’une concurrence exacerbée entre ceux qui payent très cher le droit de conduire un taxi et les systèmes alternatifs les conduit nécessairement à la ruine. Certains qui approchent de la retraite pensaient pouvoir revendre leur licence, comme c’était en usage, de façon à se faire un petit capital.

    La conséquence de cette transformation à marche forcée est que cela va entraîner une prolétarisation des chauffeurs de taxi qui sont encore très souvent des petits artisans, puisqu’il est impensable qu’Uber paye ses employés au-dessus du salaire minimum.

      Actualité

    Le moins qu’on puisse dire est que le dossier a été particulièrement mal géré. Mais on suppose que ce sont des disciples de Jacques Attali qui en veut de longue date aux chauffeurs de taxi sans qu’on en comprenne bien la raison. Une fois de plus on remarque que la mise en place d’une concurrence féroce est plus que contre-productive. Certes il y a peu de chance pour que cette grève soit un mouvement populaire, les chauffeurs de taxi ont mauvaise réputation, ils sont très souvent « réactionnaires », individualistes et plutôt mal embouchés. Mais est-ce une raison pour les ruiner ?

    L’issu de ce conflit ne fait guère de doute, l’Etat mettra la main à la poche pour indemniser les chauffeurs ainsi lésé… après leur avoir envoyé les CRS. En attendant la mise en concurrence sauvage de ce secteur d’activité génère un coût financier et psychologique pour les usagers de la route. C’est une pièce de plus à verser au dossier des conséquences néfastes des habitudes que nous avons prises de nous déplacer pour tout ce qui est des gestes simples de la vie quotidienne. Il est urgent de ralentir ce mouvement et de viser à la fois à la lenteur et à l’organisation de la vie sociale sur des périmètres un peu plus étroits.

    Le malheureux François Hollande est intervenu cependant pour déclarer UberPOP illégal, évidemment en ajoutant que les violences des taxis étaient inadmissibles, mais sans ces violences et ces immenses embouteillages, il n’aurait pas eu l’idée d’avancer qu’il fallait dissoudre UberPOP. Quand l’âne est sorti on ferme la porte. Le plus probable est qu’UberPOP se civilisera un peu, mais qu’il continuera son chemin. 

    Encore le dossier grec

      Actualité

    Ce dossier avance lentement, mais il avance. Les avis sont mitigés sur l’issue. J’ai depuis longtemps parié sur un compromis entre Tsipras et l’Eurogroupe. Compromis qui atténuerait un peu l’austérité, mais qui au fond laisserait les choses en l’Etat, en attendant un délitement plus clair de la zone euro pour cause de mauvais résultats économiques. Tsipras a fait des concessions importantes sur les retraites. Concessions qui commencent à lui valoir des critiques féroces de la gauche de son parti. Mais le FMI et l’Eurogroupe semblent vouloir toujours plus et surtout des réformes qui sur le plan politique ne changeraient finalement rien au plan initial. Tout le monde a souligné la raideur des « créanciers », notamment ils refusent de renégocier la dette pour l’alléger. Par exemple, alors que la doxa libérale vise à diminuer les impôts, le FMI demande de les alourdir, mais pas sur les riches, sur les pauvres, via une hausse de la TVA qui aurait alors seulement deux taux, un de 13% pour les biens de première nécessité, et l’autre de 23% pour le reste. C’est donc bien une visée politique qui est visée et non économique.

    Les véritables raisons de cet interminable marathon qui devrait s’achever d’une façon ou d’une autre dans quelques jours, sont difficiles à comprendre. D’une part on se demande bien pourquoi Tsipras ne veut pas franchir le pas d’un défaut qui engendrerait presqu’automatiquement une sortie de la zone euro. Mais d’un autre côté l’intransigeance manifeste des « créanciers » semble justement vouloir mettre la Grèce hors de l’euro, comme s’ils ne comprenaient pas qu’un Grexit, comme on dit, engendrerait plus de problèmes pour eux qu’il n’en résoudraient.

    Tsipras de son côté semble aussi vouloir se défausser sur un référendum sur la dernière mouture du plan d’aide proposé par les « créanciers » en demandant de voter non. L’opposition du sinistre Samaras voudrait que le référendum porte plutôt sur le maintien ou non de la Grèce dans la zone euro. Malgré ses difficultés, Tsipras reste encore assez populaire pour l’emporter. Autrement dit on reviendrait à la casse départ quand Papandreou avait proposé la même chose il y a quelques années, revenant ensuite en arrière sous la pression des chefs d’Etat de l’Union européenne. Cependant, les temps ont changé et les Grecs sont de plus en plus nombreux à penser que l’euro est la source de tous leurs malheurs et que finalement une sortie pourrait les amener à envisager l’avenir avec plus de sérénité. Seul Sapir semble penser maintenant que Tsipras joue correctement le jeu des négociations. L’avenir nous le dira, mais il me semble que l’option d’une sortie de l’euro aurait dû être envisagée sérieusement avant l’arrivée de Syriza au pouvoir. 

    L’Union européenne vient de reconduire les sanctions contre la Russie

      Actualité

    C’est passé un peu inaperçu, mais l’Union européenne a, anticipant une mauvaise issue en Ukraine, renouvelé pour six mois les sanctions économiques contre la Russie. Je pensais qu’elles seraient rapportées. Evidemment dans la foulée les Russes ont prolongé leurs contre-sanctions vis-à-vis de l’Europe. S’il est clair que les sanctions économiques imaginées par Bruxelles et Washington n’ont aucune efficacité, on s’inquiète aussi du coût pour l’économie européenne de cette curieuse idée. Ce serait surtout l’Allemagne qui serait le plus touchée. Une étude envisage même qu’elle pourrait perdre jusqu’à 500 000 emplois et 1% de PIB. La France ce serait seulement une perte de 0,5% du PIB et 150 000 emplois. Devant cette perspective à la fois inefficace sur le plan politique est néfaste pour l’économie, certains envisagent, comme prélude à une guerre véritable à la Russie, un renforcement des armées européennes et la création d’une véritable armée de l’Union. Ceci nous paraît être une option sans avenir, entre autre parce que l’Europe qui montre tous les jours un peu plus sa désunion, est faite de pays qui ne sont pas prêts à se défaire de ce symbole de souveraineté hérité du passé. L’OTAN presse les pays de l’Union européenne de s’entendre sur cette question. Le président actuel de cette boutique, Donald Tusk pousse dans ce sens, mais on voit mal des pays comme la France – encore qu’avec Hollande rien ne peut plus nous étonner – et surtout l’Allemagne pourraient adhérer à cette idée lugubre.

     

    Liens 

    http://russeurope.hypotheses.org/3990 

    http://www.lesechos.fr/monde/europe/021149938375-crise-russe-leurope-pourrait-perdre-pres-de-100-milliards-deuros-1129980.php#xtor=CS1-1

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  •  Le discours sur la compétitivité est l’essence même de l’idéologie capitaliste. Il est porté par l’idéal de concurrence entre les individus atomisés, et il nie évidemment l’idée que l’économie, fut-elle capitaliste et sauvage ne peut se passer de la coopération et de la solidarité. C’est d’ailleurs pour cela que le rôle de l’Etat est essentiel pour financer, comme le dit Marx, « les faux frais de la production », les infrastructures en général. Hollande, Valls ou Macron nous répètent tous les jours le catéchisme du MEDEF : dans une économie mondialisée, il est nécessaire d’améliorer la compétitivité de l’économie nationale, fusse au détriment de la solidarité et du partage. Que ce soit lorsqu’on parle de la Grèce ou de la France, on répète à l’envie que le problème des déficits commerciaux et publics proviennent d’un défaut de compétitivité. Mais qui est responsable de ce manque ? Le discours généralement pointe du doigt les salariés, tout comme quand on discute du chômage de masse on discute de baisser les allocations pour encourager les chômeurs à retourner travailler. La logique est la même, si la compétitivité du pays est plombée, ce n’est pas la faute des politiques qui ont contribué à désindustrialiser le pays, ou au patronat qui préfère une logique du profit à une logique de l’investissement, mais toujours aux salariés qui demandent des salaires trop élevés, ou au marché du travail qui fonctionnerait trop mal. 

    PAS ASSEZ DE COMPETITIVITE[1] : voilà la raison essentielle de nos difficultés économiques et de notre incapacité à « créer de l'emploi ». D'où tous les pactes décidés par le gouvernement : « pacte de compétitivité », « pacte de responsabilité » qui donne 40 milliards au « patronat du C.A.C. 40 » sans aucune contrepartie en termes d'emplois et qui à chaque fois rend le travail (« coût du travail ») responsable de cette situation. Il y aurait des salaires trop élevés, trop de protection (code du travail) et l'emploi ne serait pas assez flexible. Mais qu'en est-il de la réalité observable.

     

    DE LA COMPETITIVITE : Le premier graphique-ci-dessous tend à donner raison au MEDEF, puisqu'il montre que la compétitivité en France baisse ces dernières années mais il faut faire plusieurs remarques sur le graphique, car celui-ci ne fait que constater l'évolution d'un indicateur. Il n'amène aucune explication sur les causes  

    COMPETITIVITE EN FRANCE ? LE TRAVAIL N'EST PAS COUPABLE 

    Ce graphique ne fait que mesurer le rapport entre Exportations, et importations.

    Les exportations mesurent en fait le niveau de « guerre économique » développé par un Pays. Plus un pays exporte, plus il fait la guerre à ses voisins, par des politiques salariales internes de concurrence sauvage. Sur ce plan, l'Allemagne de Merkel est en pointe.

    Observons que le pays qui apparemment perd le plus en compétitivité est l'Italie, pays qui pourtant ne cesse de mettre en place des politiques d'austérité et de rigueur salariale. Plus l'austérité et la suppression des droits augmentent, plus le pays perd en compétitivité.

    Cette période correspond à la mise en place de l'euro. Il est curieux de constater, qu'hormis l'Allemagne, tous les pays perdent... En suivant la bonne vieille logique du marché, il faudrait normalement que les pays qui ont des déficits commerciaux puissent dévaluer leur monnaie : dans ce cas-là la dévaluation permet de faire baisser les importations qui deviennent plus onéreuses et d’accroître les exportations qui sont meilleur marché pour les pays étrangers. Mais l’euro empêche cela. On a ainsi calculé chez Natixis qu’une dissolution de l’euro permettrait de gagner environ 20% de compétitivité pour la France par rapport à l’Allemagne.

    COMPETITIVITE EN FRANCE ? LE TRAVAIL N'EST PAS COUPABLE  

    On voit clairement que le problème du déficit commercial de la France est d’abord celui de l’euro 

    Hormis ces remarques méthodologiques, admettons, que le premier graphique présenté ci-dessus soit celui qui mesure effectivement la baisse de compétitivité de notre pays. Hors, la compétitivité d'une entreprise ou d'un pays dépends de deux facteurs, le travail (coût/efficacité) et le capital (investissements, organisation, produit, recherche développement). Qu'en est-il pour le travail ? 

    LA PRODUCTIVITE DU TRAVAIL : Le graphique ci-dessous visualise la productivité du travail en « PIB par heure travaillée ». Observons tout d'abord que tous les pays déclinent alors que nous sommes tous assujettis désormais, au management, censé optimiser le travail. C’est aussi la même chose aux Etats-Unis. Deuxième remarque, la France avec tous ses services publics, ses congés payés et son code du travail que macron rêve de détruire,, est le pays qui a la meilleure productivité du travail, devant l'Allemagne. Ce qui pose une sacrée question sur la compétitivité.

      COMPETITIVITE EN FRANCE ? LE TRAVAIL N'EST PAS COUPABLE

    COMMENT EXLIQUER QUE LE PAYS LE PLUS PRODUCTIF SOIT LE MOINS COMPETITIF ? Telle est la question redoutable pour le système. Car, si la compétitivité d'une entreprisse ou d'un pays dépends de deux facteurs, le travail et le capital et si le travail est à son optimum de productivité, la raison qui explique la perte de compétitivité, ne peut venir que du deuxième facteur qui ici, est le capital. Et on retrouve cette idée esquissé au début, c’est bien le patronat français qui se révèle incompétent dans la conduite de l’économie.

    LE LIBERALISME DESTRUCTEUR : La thèse libérale du soutien au marché (politique de l'offre) s'écroule devant le mur des réalités. Il n'y a pas de « libéralisme gagnant » pour les peuples, au contraire et l'exemple anglais, pourtant cité en référence médiatique, est là pour le démontrer : « Contrairement à la rhétorique libérale du gouvernement, la réduction drastique des dépenses publiques et sociales n'a pas libéré l'offre privée : elle a entravé son développement ».[2] Toutes les bonnes nouvelles actuelles sur le front de l'économie sont factices et ne dureront pas. Au contraire elles préparent un nouveau tsunami financier dévastateur[3]

    LE COMPORTEMENT DES PREDATEURS : Le capitalisme n'est pas un système économique neutre. IL vise le profit qui est présenté comme le bon aiguillon pour inciter à accroître la production et à améliorer le bien-être. Macron voudrait que nos jeunes aient plus envie de devenir milliardaire.  Mais en privilégiant le profit, le capitalisme d’aujourd’hui privilégie la distribution des dividendes, au détriment des salaires et des conditions de travail. Hors ce qui fait société, ce sont les salaires et les conditions de travail dans un système productif construit pour répondre aux besoins humains. Le capitalisme, ne porte pas ces objectifs mais la satisfaction individuelle par recherche du profit. C'est en ce sens que le capitalisme est prédateur et que lorsqu’il est livré à lui-même, c’est-à-dire à la loi du marché, il s’apparente de plus en plus au banditisme. 

    ON NE REGLE PAS UN PROBLEME AVEC LE SYSTEME DE PENSEE QUI L'A ENGENDRE : Avec son acuité intellectuelle Albert EINSTEIN a écrit cette phrase devenue notre banderole. « On ne peut pas régler la crise avec la philosophie qui l'a produite ». La crise, est le pur produit du libéralisme économique (celle de 2008, comme celle de 1929). Il en va de même pour la compétitivité. Les graphiques le montrent, en termes de compétitivité, le travail en France, n'y est pour rien. Au capital de se remettre en cause, ce qu'il ne fait pas, d'où l'obligation des « luttes sociales » pour lui montrer sa responsabilité, et prendre ainsi, les décisions nécessaires. Le travail n'est pas coupable, il est la victime expiatoire.

     

    Les derniers chiffres du chômage en France sont très mauvais, et malgré la baisse de l’euro, la baisse du prix du baril, l’activité reste très faible, insuffisante pour créer de l’emploi. C’est le résultat de trente ans de politique de l’offre. Alors pourquoi tout ce discours sur la compétitivité ? Pourquoi mettre en avant une politique économique qui a fait la preuve de son inefficacité ? La raison profonde est politique. Il s’agit comme l’avait si bien précisé Denis Kessler ancien n° 2 du MEDEF, militant pro-chinois dans sa jeunesse – par ailleurs un grand ami à DSK – « de défaire méthodiquement le programme du CNR »[4]. Le programme du CNR mis en place sous la houlette du général De Gaulle mettait en place une économie mixte où l’Etat avait un rôle décisif. Il s’agissait de financer la protection sociale – retraites et sécurité sociale – de mettre en place un système d’allocation chômage, de nationaliser les « grands moyens de production », et de développer la démocratie dans l’entreprise. Et cela s’est fait alors que la France était bien plus endettée qu’aujourd’hui, la dette publique était en 1945 de 259% du PIB. Mais cela a fonctionné et non seulement la dette a été effacée, mais la croissance durant les Trente glorieuses n’a jamais été aussi forte. Pourquoi casser un tel système consciemment ? La réponse est politique : il s’agit de reconstruire une société de classe à son profit, soumettre les velléités des travailleurs à plus d’indépendance, renforcer un système hiérarchique qui a été fortement ébranlé justement pendant les Trente glorieuses. Le discours sur la compétitivité masque tout cela, il prétend viser la croissance et l’emploi, mais engendre la dépression et le chômage.

     COMPETITIVITE EN FRANCE ? LE TRAVAIL N'EST PAS COUPABLE 

    Fabrice Aubert et René Teboul


    [1] Rappelons ici que la C.G.T s'oppose à la compétitivité, qui ne cherche que la rentabilité des capitaux, elle lui préfère la démarche « d'efficacité économique et sociale » que nous souhaitons globale et partagée. 

    [2] « Une reprise en trompe l'œil » : Alternatives Economiques N° 346 / Mai 2015 

    [3] Lire : « Subprimes saison 2 », par Edouard TETREAU / Les Echos du 4 mars 2015 

    [4] http://blogs.mediapart.fr/blog/republicain/191211/denis-kessler-il-sagit-de-defaire-methodiquement-le-programme-du-cnr

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  •  Philippe Pascot, Pilleurs d’Etat, Max Millo, 2015

    Manifestement il y a des dysfonctionnements dans la vie politique française. Les électeurs ne sont pas contents et l’abstention devient un mode de critique sur le mode mineur de ce que fabriquent nos élus. Le livre de Philippe Pascot analyse ce phénomène sous un angle particulier, celui du déroulement de la carrière d’un élu. Et c’est là qu’on comprend mieux pourquoi finalement non seulement les élus sont une catégorie à part, non représentative de la population, mais aussi dans l’incapacité d’avoir une vision différente de la vie politique et de ses objectif : d’un parti à l’autre, les politiques proposées et mises en œuvre se ressemblent tellement qu’effectivement il ne pourrait n’y avoir qu’un seul parti.

    Faire de la politique n’est pas être au service de la République pour œuvrer dans le sens du bien commun, mais c’est construire une carrière qui permet d’empiler les mandats, de construire un patrimoine et de se débrouiller pour avoir au bout du compte des retraites très confortables.

    En effet, un homme politique un peu actif qui a fait son chemin, ça gagne entre 15000 € et 30000 €, même sans taper dans la caisse, seulement en utilisant les ressources qu’offre le système. On peut envisager aussi la corruption qui viendrait s’ajouter à ça : par exemple quand des députés font passer en catimini un amendement favorable aux cigaretiers, on se demande si des fois ils n’auraient pas  touché un petit quelque chose.

    Philippe Pascot, Pilleurs d’Etat, Max Millo, 2015 

    L’objectif de Philippe Pascot n’est pas de dévoiler un énième scandale, il y aurait sans doute trop à faire, mais plutôt de dénoncer une classe particulière coupée de la population. Non seulement il rappelle que les parlementaires sont issus principalement des classes supérieures – seuls 3% des élus viennent de la classe ouvrière et de celle des employés – mais qu’en outre, pour être sélectionné et arriver à être élu, il faut se livrer à des contorsions très particulières. C’est pourquoi ce ne sont pas les plus intelligents et les moins corrompus qui progressent dans la hiérarchie d’un parti, mais les plus entreprenants, ceux qui ont le souffle suffisant pour atteindre le but qu’ils se sont fixés.

    Le livre est consacré plus particulièrement à ce que touchent les élus, que ce soit leurs rémunérations, leur indemnité chômage ou encore les retraites. Tout cela les range dans une catégorie à part : par exemple la façon dont les élus peuvent obtenir facilement une retraité à taux plein à peu de frais est évidemment en contradiction avec les différents plans que l’UMPS nous a imposé pour soi-disant faire face aux difficultés de leur financement. Et comme les mandats sont cumulables, les retraites le sont aussi !

    Cette double dérive renforce cette tendance naturelle depuis trente ans vers la post-démocratie. On remarque que plus Bruxelles ôte aux hommes politiques – avec leur consentement, il est vrai – l’exercice du pouvoir, et plus leurs avantages pécuniers semblent gonfler, un peu comme s’il trouvait une compensation à leur inutilité en accumulant du pognon.

     

    Vivre en dehors des lois

     

    Les députés et les sénateurs votent des lois pour les autres, mais les règlements de l’Assemblée nationale et du Sénat est très différent, tant du point de vue fiscal, que du point de vue judiciaire. C’est donc une sorte de communauté qui vit dans les marges, à qui ne s’appliquent pas les lois du commun. Et quand ils sont pris les doigts dans le pot de confiture, c’est toujours la même rengaine : « c’est un complot de mes adversaires politiques », « si j’ai un compte en Suisse, je n’ai pas fait exprès », « les Français n’aiment pas ceux qui réussissent », etc. l’ivresse du pouvoir fait qu’ils se sentent tout permis, et ce d’autant plus que depuis que la France applique les lois qui sont concoctées à Bruxelles, ils n’ont plus beaucoup de travail. Et pourtant pour faire semblant qu’ils travaillent – les bancs du Sénat ou de l’Assemblée nationale sont souvent vides, sauf si c’est le jour où la télévision les filme – ils font fabriqué par leurs assistants qui souvent ne comprennent rien des lois diverses et variées qui souvent ont été déjà votées il y a quelques années. Mais bien évidemment les hommes politiques jouissent d’un grand pouvoir autant que de l’argent – l’argent n’est que le signe distinctif de la richesse – ils ont le pouvoir de nommer des gens  - ou leur parentèle – sur des postes enviés, ils se déplacent gratuitement en avion ou en train. Ils bénéficient de tellement d’avantages en nature qu’on se demande à quoi peut bien leur servir leur indemnité de parlementaire qui, elle, n’est même pas imposable. Avares parmi les avares les élus, pour qui tout doit être gratuit, se votent même des avantages insignifiants que le commun de mortels n’aurait même pas imaginé. Par exemple les élus de Paris peuvent aller autant qu’ils veulent à la piscine gratuitement, alors que le ticket d’entrée n’est que de 1,7 €.

     Philippe Pascot, Pilleurs d’Etat, Max Millo, 2015 

    Le sénat discutant je ne sais quelle loi devant des bancs vides 

    Critiques 

    Le livre de Pascot est essentiel parce qu’il montre comment fonctionne un système. Les chiffres, les exemples sont bien choisis. On lui fera cependant deux critiques.

    La première c’est qu’il pense qu’en France il y a trop d’élus et que cela est un problème. Personnellement je ne le pense pas. Au contraire plus il y a d’élus et mieux la démocratie fonctionne, même chose le grand nombre de communes est en faveur de la démocratie locale. Le problème est plutôt dans le fait que les élus sont grassement rémunérés et que leur but est plus d’accaparer des postes que de mettre en place une vraie politique.

    La seconde est que Pascot considère que l’immobilisme politique provient du fait que les élus ne veulent fâcher personne et qu’ils marchent aux sondages. Cette idée est fausse. Depuis trente ans ils fâchent les électeurs en permanence avec leurs réformes. Cela se voit dans le grand nombre d’alternances depuis cette époque. En outre les sondages vont dans le sens inverse de ce que font les élus. Par exemple les sondages sont en faveur d’un resserrement des inégalités, amis tout est fait pour qu’elles augmentent. Ou encore non seulement les sondages mais le référendum de 2005 disaient combien il fallait se méfier de l’Europe et de sa Constitution aberrante. Cela n’a pas empêcher l’UMPS de la faire adopter sous le nom du Traité de Lisbonne, et bien sûr les électeur en ont tenu rancune à cette classe politique dévoyée.

    Il a navigué dans la sphère politique assez longtemps pour bien en connaître les mœurs, il a été entre autre l’adjoint de Valls à la mairie d’Evry. Le long catalogue des magouilles grandes ou petites de nos élus est tellement édifiant et variée, qu’on se demande encore comment Pascot peut penser qu’il y a un élu honnête.

    Les solutions envisagées par Pascot sont très sommaires : il considère que le vote blanc devrait être pris en compte ce qui ferait la honte aux élus qui le plus souvent sont élus avec une poignée d’électeurs. Moins il y a d’électeurs plus il est facile de les acheter. Sauf que s’éloigner de cette mascarade peut être salutaire et à terme permettre de réinventer les institutions et la politique. L’autre solution, selon lui, est de demander un casier judiciaire vierge pour postuler à une fonction élective. Puisqu’en effet on peut être un grand bandit, avoir été condamné maintes et maintes fois, on peut encore se faire élire ! Voyez l’étonnante saga des Balkany à Levallois-Perret. Certes on ne peut pas dire qu’on serait contre une telle mesure, tout ce qui dérange leurs petites magouilles est bon à prendre ! Mais ça semble bien insuffisant. A la base c’est le fonctionnement même des partis qui est pourri. Il n’y a plus de militants. Et on se rend compte en regardant les carrières des uns et des autres de la médiocrité des élus aussi bien sur le plan de la morale que sur le plan intellectuel. Comment des médiocres comme Sarkozy ou Hollande ont-ils pu devenir un jour président ! Si on veut que la coupure entre les élus qui vivent dans leur bulle douillette et le peuple, se réduise, il faut au minimum une refondation complète des institutions. Le passage le plus intéressant de l’ouvrage se trouve au début : comment gérer un plan de carrière. Malheureusement le manque de profondeur de la pensée politique de Pascot ne lui permet pas de développer ce point des plus importants.

     

    Le livre a le mérite d’exister, mais il eut été aussi bien mieux sans les trop nombreuses coquilles qui l’émaillent et si le style avait été un peu plus soigné.

     

    P.S. Au moment où je publie ce petit billet, j’apprends que les sénateurs se sont votés une étrenne de 8000 € pour la Noël voilà le lien http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/06/17/a-noel-les-senateurs-ump-recevaient-8-000-euros-d-etrennes_4656347_823448.html

    C’est difficile de dire que « mais non, mais non, ils ne sont pas tous pourris ». 

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