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    A gauche, et particulièrement en France, on n’ose pas discuter des relations sexuelles des hommes politiques, on a toujours peur de tomber dans la morale ordinaire, une forme de puritanisme hérité de quelque obscurantisme religieux. Pourtant c’est très révélateur d’un comportement de classe.

    De la vie privée à la vie publique

    DSK a sa sortie du tribunal 

    Les gens riches, les gens de pouvoir, ont de drôles de mœurs, ce n’est pas nouveau. Marx déjà dans Les manuscrit de 1844 dénonçait la bourgeoisie qui s’accommodait très bien de la prostitution, étendant le règne de l’argent aux rapports amoureux, tout en faisant la morale par ailleurs. C’est ce qu’on voit encore aujourd’hui. D’un côté les hommes politiques nous racontent qu’il faut travailler plus pour gagner plus, ou pour payer la dette de l’Etat – une chose très abstraite dont on ne connait pas très bien l’origine. Mais de l’autre ils étalent leurs turpitudes. Un jour c’est l’abominable Sarkozy qui se flatte de gagner de l’argent à la pelle en rendant des services très obscurs aux riches propriétaires d’Etats pétroliers, dont le seul et unique mérite est d’être assis sur une réserve d’or noir. Un autre jour, c’est le président de la Commission européenne qui est pointé du doigt pour avoir arrangé la fiscalité des multinationales qui travaillent en Europe du temps qu’il était premier ministre du Luxembourg. Au centre, c’est toujours d’argent dont il est question.

    Le procès de DSK, accusé de proxénétisme aggravé, révèle une partie de cette dégénérescence. On connaissait depuis très longtemps les penchants un peu glauques de DSK en matière de « sexualité rude »[1]. Spécialiste des amours tarifés et des soirées échangistes, il profitait largement de son argent pour se payer des fantaisies hors d’atteinte du prolo de base.

    Lors de son audition il a joué une partition assez convenue : « certes, a-t-il dit j’ai une sexualité « rude », mais je pensais que je participais à des partouzes entre personnes consentantes et adultes, sans qu’il y soit mêlé des questions assez laides d’argent ». Il ne veut pas qu’on le juge sur ses pratiques sexuelles. Il compte sur l’évolution des mœurs qui indique que toutes les pratiques sexuelles ne sauraient relever de la morale, seulement des inclinaisons sexuelles des uns et des autres. Et bien sûr il ne peut être accusé de proxénétisme puisqu’il représente le client, le miché, qui a pour fonction de payer.

    Dodo la saumure spécialiste des relations sexuelles tarifées

    En vérité sa défense est des plus lamentables. Justement parce que la sexualité dénote la vérité de ce qu’est un homme. C’est seulement parce qu’on a pris cette habitude de ne plus discuter de rien en s’abritant derrière l’idée que « les goûts et les couleurs ne se discutent pas » qu’on en vient à regarder le délitement de la société comme un simple fait de nature. Mais au cœur de la prostitution il y a des rapports de classes, et vendre son cul n’est pas un travail anodin, un travail comme un autre, c’est quelque chose de destructeur qui s’attaque à l’intégrité morale et physique de ceux et celles qui s’y livrent[2]. DSK évidemment a menti devant le tribunal en prétendant qu’il ne savait pas que les relations sexuelles auxquelles il se livrait étaient tarifées. Que croit-il ? Que c’est pour ses beaux yeux que des femmes se livrent à des ébats crapuleux avec lui ? Son physique ne peut pas faire illusion. Qu’il ait payé lui-même ou non ne change rien. Et si c’est quelqu’un qui a arrangé ces partouzes, c’est probablement parce que ce quelqu’un attendait quelque chose en échange.

    Il est probable que l’ignoble DSK ne sera pas condamné pour proxénétisme. En effet, il était un simple client du maquereau Dodo la Saumure. Mais ses pratiques nous ont révélé bien ce qu’il était : un vieux bourgeois qui utilise son fric pour s’acheter l’usage passager et trompeur de jeunes corps qu’il aime à martyriser dans des pratiques qu’il qualifie lui-même et de manière stupide de rudes. Pour dire les choses autrement, il a confondu « liberté sexuelle » et sexualité dégénérée où les rapports d’argent ôte aux rapports sexuels toute forme de poésie et ramènent ceux-ci à une bestialité primitive. Ce sont des rapports de classe et de domination qu’il introduit dans sa misérable vie sexuelle, des rapports parfois violents comme en ont témoigné les victimes. Cela lui a déjà coûté 1,5 million de dollars à propos de la tentative de viol du Sofitel – il faut avoir les moyens tout de même ! Sa vie est jalonnée de turpitudes, quand il ne se fait pas coincé par la police avec des travestis au bois de Boulogne, il est impliqué dans des affaires sordides visant à forcer une employée du FMI à se soumettre à ses fantasmes ou avec Tristane Banon qu’il avait essayé de séduire après avoir séduit sa mère.

    DSK économiste en carton

    Le plus important n’est sans doute pas là, mais dans le fait qu’on sépare ce qu’est un homme. Certains font semblant de penser que d’un côté il y a le DSK, économiste, compétent qui aurait pu faire un bon président, meilleur que Hollande, et que de l’autre il y a la bête brute qui décompresse dans des pratiques douteuses que seule la morale religieuse dépassée condamnerait. Cette approche est erronée. Un homme s’appréhende dans son unité. Les mœurs dégénérées de DSK expliquent aussi la médiocrité de l’homme politique. Ce n’est pas parce qu’il est devenu le président du FMI qu’il a une quelconque compétence, c’est même sans doute le contraire. Je vais donner quelques exemples.

    DSK est ou était – dans ce milieu on ne sait pas très bien – l’ami de Denis Kessler avec qui il a travaillé – si on peut dire que DSK a un jour travaillé. Ils ont commis un livre sur le passage d’une retraite par répartition à une retraite par capitalisation[3]. Ils ont donné des gages de soumission aux forces du capital. L’idée d’un financement des retraites par capitalisation est en effet un des chevaux de bataille de la droite libérale qui y voit d’une part la possibilité de gagner de l’argent en gérant elle-même les retraites,  et d’autre part le bien-fondé de sa culture individualiste qui suppose que les risques de la vie sociale ne doivent pas être mutualisés. Denis Kessler après avoir été un maoïste un peu allumé s’est reconverti au libéralisme échevelé, il deviendra le numéro deux du MEDEF, son idéologue. On voit que c’est le même milieu d’origine que DSK, un milieu où l’argent est l’horizon indépassable de la vie sociale.

    Le second exemple est le passage à l’euro. C’est en effet DSK qui conduisit le passage de la France à l’abandon de la monnaie nationale. Certes c’était la conséquence du vote malheureux de Maastricht, mais DSK avait une marge de manœuvre importante pour fixer la valeur du franc par rapport à celle de l’euro. Pour résumer, il avait le choix disons entre 3 valeurs, une valeur basse, 1 € = 15 francs, une valeur moyenne 1€ = 10 francs et enfin une valeur haute 1€ = 6,557 francs. La valeur basse aurait préservé un peu les positions de la France par rapport à l’Allemagne en matière d’industrie puisqu’elle dévalorisait les produits français à l’exportation et renchérissait les produits allemands à l’importation. La valeur haute au contraire plombait les exportations françaises dans la zone euro et notamment sur le marché allemand : ce qui veut dire qu’elle accélérait la transformation du capitalisme français vers un capitalisme financier.

    Les deux graphiques suivants le montrent : d’une part le solde commercial français s’est dégradé fortement et régulièrement avec l’entrée en vigueur de l’euro, et d’autre part l’emploi dans le secteur de l’industrie s’est effondré après le passage à l’euro, alors qu’il avait été stabilisé pendant la gestion de Lionel Jospin. Evidemment tout cela a un rapport avec le chômage d’aujourd’hui puisque comme on le sait le multiplicateur d’emplois est plus fort dans l’industrie que dans les services[4]. Il va de soi que si nous avions conservé un peu d’industrie non seulement notre commerce extérieur serait moins déséquilibré, mais le chômage beaucoup moins élevé aussi.

    Je me souviens également que DSK faisait l’apologie du TCE en 2005, avec des arguments économiques particulièrement pauvres et qui se sont révélés faux à l’usage. Il défendait, dans un débat télévisé avec Jean-Pierre Chevènement, évidemment « la concurrence libre et non faussée », ce qui est l’arme de la droite la plus conservatrice. Mais surtout il promettait que l’intégration européenne – avec la Turquie en prime – apporterait une prospérité jamais vue auparavant, le plein emploi et l’excédent budgétaire. On connait la suite, et pas seulement en Grèce. Bref, homme sans imagination aucune, il répétait fidèlement le catéchisme qu’on lui avait appris à Bruxelles, ce catéchisme qui lui a permis ensuite et grâce à un étonnant carnet d’adresses d’intégrer le FMI où il a pu poursuivre de ses assiduités le petit personnel[5].

    DSK est le plus flamboyant représentant de ce qu’on appelle la « deuxième gauche » et qui en fait n’est que – de Rocard à Hollande – la « droite complexée » comme le dit Lordon. C’est une partie de la bourgeoisie qui ne croît plus au peuple depuis bien longtemps. Mais surtout elle a fait sienne cette idée selon laquelle l’argent et le marché sont des horizons politiques indépassables. En 1992 Gary S. Becker reçut le prix Nobel pour ses travaux en économie. Ceux-ci avaient été remarqués parce qu’il étendait la logique de la rationalité des choix individuels – le calcul coût-avantage – à l’ensemble de la vie sociale des individus. L’homme était vu comme un capital humain à valoriser, la famille et les relations amoureuses un simple marché où la logique monétaire était suffisante pour expliquer les comportements individuels. Cette approche avait fait hurler en France dans les années soixante-et-dix. Mais n’est-ce pas celle-ci qui est le guide de l’ignoble DSK ?

     

    Conclusion

    La vie privée et publique de DSK est laide, même pas montrable, désespérément sordide. Or bien entendu si nous voulons transformer la société dans un sens positif, ce n’est pas seulement pour améliorer l’état de l’économie, mais pour rendre les hommes plus humains en quelque sorte. Mon but n’est évidemment pas de contrôler la vie sexuelle de Pierre, Paul ou Jacques, ni même de le condamner devant un tribunal. C’est seulement de dénoncer des mœurs dégénérés comme l’autre face du capitalisme en voie de décomposition. On notera d’ailleurs que si DSK est le représentant le plus flamboyant de ces turpitudes sexuelles communes chez les hommes politiques, qui sont d’abord des hommes d’autorité, il est loin d’être le seul à alimenter la rubrique des scandales sexuels. Bon à rien mauvais à tout, DSK n’a même pas eu un comportement professionnel sur le plan politique, et il a été éliminé piteusement de la course à l’Elysée sans même avoir livré de combat.



    [1] Voir par exemple, Christophe Deloire et Christophe Dubois, Sexus politicus, Albin Michel, 2006.

    [2] Pour ceux que cela intéresse, je signale l’ouvrage très intéressant de Max Chaleil, Prostitution, le désir mystifié, Parangon, 2002.

    [3] L’épargne et la retraite, Economica, 1982.

    [4] Pour aller vite le multiplicateur d’emplois mesure la relation qu’il y a entre la création d’un emploi dans un secteur particulier et son incidence sur les autres secteurs. On calcule ainsi les emplois directs, indirects et induits. Par exemple dans l’industrie lourde – sidérurgie, charbonnage, chantiers navals, ce multiplicateur est compris entre 7 et 10. Dans le secteur des services informatiques, il est seulement de 1,1.

    [5] La relation entre DSK et Piroska Nagy a été prouvée et fait l’objet d’une enquête interne du FMI, il semble que cette relation avait comme contrepartie une récompense sous la forme d’une promotion au sein du FMI. Mais il y a eu d’autres affaires qui ont été plus ou moins bien étouffées.

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    Marchandages

      

    Varoufakis discutant avec l’arrogant Jeroen Dijsselbloem

     

    J’ai souvent annoncé ici que la Grèce ne s’en sortirait jamais si elle s’obstinait à rester dans l’Union européenne et dans l’euro. Les autres pays d’ailleurs non plus, mais ils sont dans une situation moins dramatique. Curieusement Valéry Giscard d’Estaing me rejoint sur ce point. Pour lui aussi la Grèce doit sortir de l’euro et dévaluer sa monnaie. Cet avis est important, non pas parce qu’il est de VGE, mais parce qu’il vient d’un européiste convaincu qui, en son temps milita au contraire pour l’entrée de la Grèce dans la zone euro, pensant qu’une politique économique et monétaire commune suffirait à amener la convergence de tous les pays européens. J’ai par ailleurs beaucoup insisté avant l’arrivée de Syriza au pouvoir sur l’ambiguïté de ce parti puisqu’en effet il veut en même temps rester dans l’Union européenne, utiliser l’euro et mener une politique sociale.

    L’accord intervenu entre la Grèce et l’Eurogroupe le 20 février porte sur une prolongation des prêts jusqu’au  mois de juin. C’est un compromis qui ne semble guère être intéressant pour la Grèce. Beaucoup de commentateurs y ont vu une victoire de l’Allemagne et de l’abominable Wolfgang Schaüble qui finalement en repoussant la date de quatre mois maintiennent ses exigences fondamentales. A savoir que la Troïka reste omniprésente, même si elle ne conduit pas « les réformes », elle laisse se soin à Tsipras. Ensuite que les Grecs reconnaissent la légitimité des dettes accumulées et s’engagent à les rembourser intégralement. Pour cela ils acceptent de générer dans un contexte pourtant très difficile un excédent primaire (c’est-à-dire un excédent budgétaire) de 3% par rapport au PIB et de 4,5% en 2016. Cet excédent primaire supposé permettre de rembourser la dette grecque rentre dans une vision orthodoxe de l’équilibre budgétaire.

    A part cela qu’ont obtenu les Grecs ? Rien, si ce n’est qu’ils ont quatre mois pour trouver une solution à leurs problèmes. En effet l’accord stipule que Tsipras et ses ministres peuvent réaliser des réformes sociales, à condition qu’elles ne débordent pas du cadre fixé. Autrement dit il rend impossible une politique sociale et de relance de grande ampleur.

    On sait que dans ce type de négociation entre un petit pays comme la Grèce et un pays aux habitudes autoritaires comme l’Allemagne le premier qui cède est perdu. Certes les choses seraient plus faciles pour la Grèce si des pays comme le Portugal, l’Espagne ou l’Irlande la rejoignait dans sa lutte contre la bureaucratie bruxelloise. Cependant dans cette guerre larvée, rien n’est jamais sûr. En effet les quatre mois de sursis donnés à la Grèce pourraient être mis à profit pour organiser sa sortie de l’euro.

     

    Retour à la drachme

      

    Dans un article récent, Dany Rodrick, économiste hétérodoxe soulignait combien il était difficile de sortir de l’euro, cette peur de l’inconnu bloquant l’initiative. Mais en réalité c’est bien plus simple que cela : on sait à quoi a mené l’entrée de la Grèce dans l’euro, à son effondrement économique, social et politique. Il y a bien peu d’argument en faveur de son maintien. En attendant, tout le monde anticipe une sortie de la Grèce de l’euro, et pas seulement VGE. La BCE s’y prépare et s’apprête à demander à la Grèce un blocage des sorties de capitaux. En effet, elles se font en ce moment à un rythme élevé d’un milliard d’euros par jour. Mais si ce blocage des sorties de capitaux est une nécessité vitale pour la Grèce, c’est aussi l’étape essentielle avant une sortie de l’euro et un retour à la drachme.

      

    Le retour à une monnaie nationale permettra à la Grèce ou à n’importe quel autre pays qui en fait de même, d’ajuster la valeur de sa monnaie à la réalité de sa balance commerciale. Pour parler comme les économistes, c’est une vieille règle d’équilibre que de faire dépendre la valeur de sa monnaie de l’excédent ou du déficit commercial. On sait cela depuis William Petty. Dans l’Union européenne, on a prétendu faire l’inverse, donner une valeur fixe à la monnaie – fixe entre les pays qui l’utilisent – et ensuite produire un ajustement par les coûts – c’est-à-dire par une baisse des salaires et des prestations sociales. C’est un peu de ce problème que traite l’ouvrage de Flassbeck et Lapavitsas – ouvrage à paraître mais signalé par Jacques Sapir. L’euro, mais maintenant ça se voit, ne profite comme je l’ai dit depuis des années qu’à la seule Allemagne. Or, il est évident qu’un retour à la monnaie nationale permettrait à la Grèce, mais aussi à n’importe quel autre pays de retrouver sa compétitivité, dans ce cas-là, cela reviendrait à dévaluer la monnaie grecque d’environ 40% par rapport à la monnaie allemande. Comme on le voit la sortie de l’euro n’est pas un programme nationaliste, mais une nécessité économique, politique et sociale.

     

    Le maintien de l’euro

     

    Evidemment les bonnes âmes d’Attac penseront qu’il y a une autre solution. Ce serait d’aller vers plus de fédéralisme, de faire en sorte qu’un gouvernement européen émerge, dispose d’un budget et mutualise l’ensemble des dettes publiques. Si sur le papier cette solution est tout à fait possible, elle est par contre impossible sur le plan politique. L’Allemagne n’en veut pas, mais aussi les pays comme la Pologne ou la Finlande. Leurs raisons sont diverses, les uns – les Polonais – pensent que le maintien de l’euro sans un Etat pour en garantir l’identité est un atout pour leurs exportations, les autres – les Allemands – ne veulent pas payer pour « ces fainéants de Grecs » qui ont vécu au-dessus de leurs moyens. Le fédéralisme européen est un rêve impossible, les différentes nations possèdent une histoire, une culture et une économie particulière. Nier cela c’est nier le passé au nom d’une course folle vers un progrès assez peu défini d’ailleurs.

    L’expérience de Syriza est à ce titre exemplaire, elle va bien plus loin qu’une confrontation ente un pays au gouvernement démocratiquement élu et la dictature de traités européens pensés et mis en œuvre pour le bonheur de l’Allemagne. Elle oppose une culture et une histoire à une logique hors sol décidée par une oligarchie informe et sans avenir.

    Syriza a donc maintenant quatre mois pour penser son avenir. La question est double. La Grèce doit-elle rester dans l’euro ? Quelles seront les conséquences  à court et à moyen terme ? Mais derrière cette question, il y en a une autre : en restant dans l’euro la Grèce accepterait le modèle dominant libérale et mondialiste et sa logique sociale qui va avec.

    Je souhaite évidemment que Syriza réussisse non seulement pour le peuple grec, mais aussi pour le reste des peuples européens qui en ont plus qu’assez de ce modèle économique mortifère. Mais je pense que Syriza, après avoir obtenu quelques concessions de façade, rentrera dans le rang et la longue descente aux enfers de l’euro reprendra son cheminement vers un monde de plus en plus régi par les lois du marché, c’est-à-dire celles de la finance et des multinationales. Je veux dire par là que si la dissolution de l’euro me semble inéluctable, ce n’est pas pour tout de suite, pas avant que les choses ne se soient encore plus dégradées. Je souhaite me tromper et voir cette année une rupture nette qui viendrait donner l’exemple depuis la Grèce.

     

    Manolis Glezos et Alexis Tsipras

    En attendant le front constitué autour de Tsipras est en train de s’effriter : Manolis Glezos, figure héroïque de la résistance à l’Allemagne et qui a renforcé la position de Tsipras à gauche, a dénoncé le compromis et a appelé à manifester contre. Reste à savoir si les quatre mois qui viennent permettront à Tsipras de prendre les bonnes résolutions. Je pense, mais je peux me tromper, que Varoufakis est plutôt timide et qu’il se sert de sa « compétence » économique pour œuvrer dans le sens de l’Allemagne. Mais il va de soi que les choses ne sont pas figées et que Schaüble a peut-être obtenu une victoire à la Pyrrhus, quatre mois peuvent permettre aussi de peaufiner les conditions d’une sortie de l’euro. C’est un peu l’avis de Jacques Sapir qui pense que c’est vers cela qu’on se dirige. J’espère avoir tort et qu’il ait raison.

     

    Liens

     

    http://www.challenges.fr/politique/20150219.CHA3211/vge-la-grece-doit-sortir-de-l-euro.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150219tribf1d4a4d20/grece-berlin-veut-pousser-son-avantage.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150220trib73620a4fa/accord-sur-la-grece-a-l-eurogroupe-sur-un-financement-de-quatre-mois.html

    http://bfmbusiness.bfmtv.com/monde/comment-la-bce-se-prepare-a-une-sortie-de-la-grece-de-la-zone-euro-864931.html

    http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20150218trib13088f1f1/grece-les-donnees-du-marchandage.html

    http://russeurope.hypotheses.org/3462

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150222trib582b866fb/le-heros-de-la-gauche-grecque-manolis-glezos-critique-le-compromis-de-l-eurogroupe.html

    http://russeurope.hypotheses.org/3482

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  • A l’évidence la nouvelle tuerie de Copenhague a comme modèle celle de Charlie. Et d’ailleurs le prétexte à cette tuerie était un débat sur les problèmes rencontré par la liberté d’expression. L’auteur de cet acte a un peu le même profil que Coulibaly et les frères Kouachi. Jeune, violent, né de parents immigrés, ouvertement antisémite, il était passé par la case prison avant de se lancer dans une entreprise où se mêle délinquance et idéologie. Danois, ses parents étaient Palestiniens, ce qui lui donnait un bon prétexte pour justifier son antisémitisme et sa violence. Notez que jusqu’à présent on considérait que le Danemark était un pays où l’intégration des populations immigrées était réussie. C’est du reste un pays où le chômage est relativement faible et orienté à la baisse depuis 2011, entre autres raisons parce que ce pays n’est pas dans l’euro. Il faut donc rechercher d’autres explications.

      

    Omar El Hussein

     

    Les avancées très relatives de l’islamisme radical

     

    Il est probable que des actes de ce type vont encore se répéter. Car en effet ils ont un but, non pas de prendre le pouvoir, mais celui de semer la peur, d’engendrer la répression et de faire en sorte de laisser croire que nous sommes entrés dans une guerre de religions nouvelle manière qui ira jusqu’à son terme. Pourtant force est de constater que ce but ne sera jamais atteint. D’abord parce que quoi qu’on pense de l’Islam – étant athée je ne peux pas en penser du bien – les musulmans sont très divisés sur ce qui est le cœur de leur religion. Ensuite parce même si parfois certains manifestent ici et là de la sympathie pour ces actes barbares, ils ne sont pas prêts à se laisser entraîner dans une guerre de religion qu’ils perdraient inévitablement. Il serait tout autant erroné de croire à cette fable que de penser qu’il n’y a aucun rapport entre Paris et Copenhague et qu’il ne s’agit pas là d’un mouvement auquel les pseudo-succès de l’Etat Islamique en Syrie et en Irak ont donné une perspective politique, un but guerrier à une jeunesse déculturée en manque d’avenir.

      

    Les Danois se rassemblent

    Ceci étant dit, il va de soi que ces attentats de Paris à Copenhague ont mis le doigt en quelque sorte sur les faiblesses des nations occidentales vieillissantes. Les rassemblements, les marches, les bougies, tous les discours considérant d’abord qu’ « il ne faut pas faire d’amalgame », sont perçus comme des marques de faiblesse. Il est d’ailleurs remarquable que ces exactions n’aient pas engendré des actes symétriques de rétorsion de la part de l’extrême-droite européenne. Preuve sans doute que celle-ci est elle aussi très faible. Il est évident que l’hétérogénéité ethnique dans les pays européens pose un problème de divergence dans les trajectoires culturelles des différentes communautés. Les Etats-Unis qui ont une vieille habitude de la coexistence difficile des différentes communautés qui composent cette nation mesurent d’ailleurs un « coefficient d’hétérogénéité ethnique ». C’est la CIA qui fait ce boulot. Alesina et Glaeser, auteurs d’un remarquable ouvrage[1] l’avaient utilisé, entre autres indicateurs, pour montrer que plus ce coefficient d’hétérogénéité ethnique est grand, et plus les inégalités étaient fortes. Ce facteur agit comme un dissolvant de l’idée républicaine d’une tendance à l’égalité entre les hommes. Pour ces raisons, ils prédisaient que la montée des inégalités allait continuer dans les années à venir en Europe et particulièrement en France.

    Le Danemark est réputé pour sa très grande tolérance vis-à-vis d’un Islam assez combattif et agressif. Si l’Islam en général ne représente que 2% de la population dans ce pays, une fraction de cette population milite pour une modification des règles de socialisation dans ce pays. Autrement dit, il semble que plus la tolérance envers des coups de canif dans la laïcité ordinaire est forte, et plus celle-ci est utilisée par les tenants d’une loi islamique pour revendiquer de nouvelles avancées. C’est cette perception d’un Etat faible et dévalorisé, manquant pour tout dire de virilité, qui joue en faveur des tenants d’un Islam politiquement agressif et militant.

     

    Réactions attendues

     

    La première réaction attendue est celle d’une limitation nouvelle des libertés individuelles, ou si l’on veut d’un accroissement de la surveillance de toute la population. Il faut bien que l’Etat fasse semblant de faire quelque chose. La demande de sécurité appuiera cette évolution. Il va de soi que depuis une bonne trentaine d’années la liberté de penser d’agir, est de plus en plus restreinte et l’Islam radical qui est la pointe avancée des ennemis de la liberté est le véhicule tout indiqué pour aller un peu plus loin encore dans ce sens. On voit ici comment la liberté individuelle revendiquée haut et fort par les libéraux s’accommode justement de son inverse : une surveillance maximum.

    Le symétrique de cette attitude est que les exactions des islamistes radicaux ont libéré les paroles et les actes antisémites. C’est ainsi que pendant que les débris du gauchisme nous expliquent qu’ils ne sont pas Charlie, qu’il ne faut pas verser dans l’islamophobie, pas faire d’amalgame, les actes antisémites se multiplient. Comme je l’ai signalé dans un billet récent, en 2014 ce sont 7000 Français de confession israélite qui sont parti pour Israël, et ce sera 15000 cette année. C’est évidemment un autre drame. Apparemment cela a échappé à Roland Dumas qui s’est mis à attaquer Valls sur le fait qu’il était sous influence de la communauté juive. Certes Roland Dumas est très âgé, mais ce n’est pas une excuse, en tous les cas cela vient couronner une carrière politique faite de magouilles et de coups tordus en tous genres.

    Evidemment Benyamin Netanyahu en a profité pour faire un peu de propagande pour sa boutique et demander aux Juifs de France de venir en Israël. C’est une demande qui est erronée et qui vise à faire apparaître les Juifs de France ou du Danemark comme des Français ou des Danois pas tout à fait comme les autres. Non seulement la France doit protéger les Français de confession israélite, mais les Juifs eux-mêmes doivent se battre pour exiger d’être traités d’une manière moins humiliante. J’écris cela sachant que par ailleurs je n’ai aucune sympathie pour la religion, juive, musulmane ou catholique, mais simplement dans un souci de cohérence. Il ne s’agit pas de protéger une religion, mais plutôt des citoyens.

     

    Profanation du cimetière juif à Sarre-Union

     

    Comme on le comprend, cette question des attentats récents et la propagande de l’EI qui les soutienne et les justifie est une question très difficile. Il n’y aura pas de réponse simple. Si d’un côté les slogans de type fascistes comme « les Arabes à la mer » sont évidemment stupides – mais on remarquera qu’ils ont de moins ne moins d’échos – il est tout autant stupide de verser dans l’angélisme et de ne pas prendre la mesure des problèmes engendrés par le développement des communautarismes.

    Il semble que deux voies doivent être explorées, d’une part réduire les inégalités sociales et de revenus, et d’autre part améliorer le contenu de l’éducation. Dans une période livrée à la mondialisation libérale, ce sont deux voies tout autant difficiles à suivre. Evidemment il faut par ailleurs lutter pour maintenir fortement une séparation radicale entre la vie civile et la religion. La loi, la république doivent rester laïques.

    Voitures taguées « Juif » à la porte de Saint-Cloud



    [1] Combattre les inégalités et la pauvreté, les Etats-Unis face à l’Europe, Flammarion, 2006.

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    Le métier de banquier se confond ouvertement aujourd’hui avec l’idée de délinquance en bande organisée. Plus rien ne semble distinguer un banquier de haut niveau et un chef mafieux. Et la question qui se pose est de savoir si justement on ne ferait pas mieux de se passer de cette calamité pour retrouver un peu de calme et d’harmonie dans nos sociétés.

     

    Amendes record

     

    Depuis 2008 il ne se passe pratiquement pas un jour sans qu’on parle de la conduite délinquante des banques. Aux Etats-Unis c’est environ 150 milliards d’amendes que les banques ont dû payer. Ces amendes ont été données soit parce que les banques – plus elles sont grosses plus elles sont impliquées – avaient profité de la crédulité de leurs clients, soit parce qu’elles avaient maquillé des comptes, et soutenu des entreprises comme celle de Madoff. Standard and Poor la fameuse agence de notation qui passe son temps à dégrader la note de la Grèce pour faire plaisir aux Allemands a également dû payer une amende record de 1,37 milliards de $. La BNP banque française a elle aussi écopé d’une amende de 8,9 milliards $.

     

     

    En Europe on est beaucoup plus timide, et on n’ose pas s’attaquer au pouvoir des banques même pour leur demander des comptes sur leurs pratiques douteuses. Le plus loin qu’on a été c’est 1,7 milliards € dans le scandale de la manipulation des taux d’intérêt, et encore cette somme concerne un ensemble de 6 banques.

     

    Evasion fiscale et blanchiment

     

    Ces jours-ci les banquiers se sont fait remarquer de plusieurs façons. D’abord c’est le sinistre Juncker, président de la Commission européenne qui a été pris la main dans le sac pour avoir organisé du temps qu’il était premier ministre du Luxembourg, et avec la complicité des banques luxembourgeoises l’évasion fiscale des entreprises multinationales qui opèrent en Europe et qui veulent minimiser leurs impôts. Ça n’empêche pas Juncker de continuer à faire la leçon aux Grecs pour qu’ils respectent les traités pourris européens. Les parlementaires européens qui sont tout autant pourris que Juncker n’ont pas cru bon de le désavouer, non plus que de développer une commission d’enquête sur ce qui est pourtant au moins une collusion d’intérêts. Le Luxembourg a réagi assez vite : d’une part en disant qu’il n’était pas question de remettre en cause le « tax ruling », et d’autre part qu’il allait poursuivre celui qui avait révélé le scandale.

    Je rappelle ici que le Luxembourg s’était illustré par le passé dans un autre scandale, celui de la première affaire Clearstream – la grande lessiveuse des fonds douteux du monde entier – révélée elle par le journaliste Denis Rober dont le livre Révélation$ vient d’être porté à l’écran sous le titre de L’enquête. Denis Robert avait été menacé de mort, mais aussi poursuivi en justice pour essayer de le faire taire. On l’a oublié un peu, mais cela se passait au Luxembourg autour d’une boutique – Clearstream – qui était une chambre de compensation entre grandes banques du monde entier

     

     

    Mais le scandale qui fait couler le plus d’encre aujourd’hui est celui d’HSBC. Cette banque anglo-saxonne a organisé une évasion fiscale à l’échelle industrielle entre la France et la Suisse. Elle s’est faite épinglée. Là encore les faits ont été porté à la connaissance du public et de la justice par un salarié d’HSBC qui a dénoncé ces pratiques et qui a photocopié des listings de personnes très friquées qui planquent leurs sous et visent à éviter de payer l’impôt. Ce serait 6000 personnes qui seraient ainsi concernées. On y trouve un sénateur UDI, une ancienne gloire du football ou encore un comique un peu défraichi. Pierre Bergé, par ailleurs propriétaire du journal Le monde avec Mathieu Pigasse, banquier de profession qui en connait un sacré bout, s’est déclaré scandalisé par cette pratique qui vise à dénoncer – il a employé le mot de délation comme si les rupins qui planquent leur pognon étaient assimilables aux Juifs des ghettos qu’on pourchassait pendant le dernier conflit. Ces gens-là n’ont peur de rien ! On sait évidemment qu’HSBC pratique ce genre de sport pour ses clients qui peuvent être localisés ailleurs qu’en France.

     


    En 2012 HSBC avait payé une amende record de près de 2 milliards $ pour échapper à des poursuites de blanchiment aux Etats-Unis. On remarque plusieurs choses : d’abord que ces banques qui étaient à l’agonie en 2008 peuvent payer sans sourciller des amendes extrêmement élevées. Ces amendes sont le résultat de transactions destinées à éviter des procès qui sans doute couteraient encore beaucoup plus chers aux banques. Ensuite, que toutes les grandes banques du monde entier sont impliquées dans des scandales financiers plus ou moins importants. Le système bancaire est donc bien un système criminel, ce n’est pas un hasard si ces gens-là trichent et contournent la loi. C’est leur raison d’être ! Un article assez récent du Monde signalait, preuves à l’appui que les banquiers trichaient par culture !!

     

    La banque et la dette

     

    La question qui se pose est la suivante : pourquoi une telle organisation criminelle reste-t-elle impunie ? Pourquoi ne la poursuit-on pas plus vigoureusement ? Les uns diront que la finance est essentielle, qu’elle met de l’huile dans les rouages de l’économie et que sans elle on en reviendrait au troc, quasiment à l’âge de pierre. En vérité cette description des bonheurs de la finance est fausse. La prospérité de ce secteur, son importance politique est le résultat de la formidable dérégulation financière qui a eu lieu à la fin des années soixante-et-dix. Cette dérégulation financière a été le fer de lance de la mondialisation qui a détruit la demande dans les pays riches comme la protection sociale, mais également le début d’un cycle infernal d’endettement des Etats, des entreprises et des ménages.

       


    Le graphique ci-dessus montre l’explosion de l’endettement à partir du big bang financier de la fin des années 70 aux Etats-Unis : ce sera une croissance fondée d’abord sur l’endettement généralisé des agents économiques. C’est du reste à partir de cette époque que la croissance économique va faiblir très nettement dans les pays développés, avec son cortège de chômeurs et toutes les difficultés sociales qu’on peut imaginer. Il est facile de comprendre que les excès de la finance sont responsables de la crise financières de 2008

    On en arrive à cette aberration qui fait que les dettes dans le monde sont supérieures aux créances pour un montant d’environ 30 000 milliards de dollars !  Cela semble incroyable car on se dit que normalement les dettes des uns doivent être les créances des autres et donc qu’au niveau planétaire l’ensemble des dettes doit être égal à l’ensemble des créances. Pour comprendre comment cela est possible, il faut partir de la possibilité que les banquiers créent maintenant de la monnaie autant qu’ils en veulent : personne ne les contrôle plus depuis justement ce fameux big bang financier qui a mis fin à la tutelle de l’Etat dans l’émission de crédits. Pratiquement 90% de la production de la monnaie, via le crédit, est d’origine privée. Les banques centrales ne sont là que pour garantir – plus ou moins bien d’ailleurs – la viabilité de ce système prédateur. En effet, la monnaie que les banquiers produisent à partir de rien, ils n’engagent jamais un capital existant, il faudra bien la rembourser : ils avancent des fonds qu’ils n’ont pas, mais que les emprunteurs devront verser à plus ou moins long terme. Voilà un système qui est malin ! Comme Jésus multipliant les petits pains, les banquiers multiplient les signes monétaires… pour leur propre profit.

     

    Des banquiers partout

     

    Cette histoire – un peu simplifiée – est bien connue. Mais on se demande pourquoi elle continue. Autrement dit on sait que les banquiers trichent et fraudent, mais on les laisse continuer. Certes aux Etats-Unis, où ils sont encore plus détestés qu’ailleurs, ils doivent faire face à des amendes sévères, mais ça ne les touche guère parce que cette monnaie qu’il rembourse, ils la recréent presqu’immédiatement en développant de nouveaux crédits aux Etats, aux ménages ou aux entreprises.

    C’est que les banquiers en fabriquant de l’argent ont pu ainsi corrompre à grande échelle le personnel politique et même obtenir des postes de haut niveau dans des institutions politiques ou financières. Comme on le sait des banquiers se sont retrouvés à la direction de pays – sans être élus d’ailleurs – en Grèce, en Italie. Mais on retrouve aussi les anciens de Goldman & Sachs à la tête de la BCE (Mario Draghi) de la Banque centrale d’Angleterre, de la Banque du Canada. Contrairement à l’idée répandue, l’importance de la finance est bien plus grande en Europe qu’aux Etats-Unis. C’est d’ailleurs ce qui va expliquer que l’Eurozone est incapable de mettre en place une réforme un peu sérieuse pour réguler l’activité bancaire. On sait que le lobbying des banquiers a été particulièrement efficace surtout auprès du gouvernement « socialiste » de François Hollande – qui toute honte bue ne craint pas de se dire « de gauche » et « ennemi de la finance ». On sait que la Commission européenne avait avancé un projet visant à séparer les banques d’ « investissement », lisez spéculation, des banques de dépôt, et que ce sont les hommes de François Hollande qui ont fait capoter ce projet, comme ils ont fait capoter le projet de « taxe Tobin » sur les transactions financières. Et d'ailleurs le sinistre Hollande, pourtant estampillé « homme de gauche », n’a-t-il pas nommé un petit banquier à la tête du ministère de l’économie ?

      

     

    Mais le pouvoir politique des banquiers tient aussi à leur force de frappe. Ils peuvent acheter n’importe quel fonctionnaire européen, par exemple en leur faisant miroiter un poste important lorsqu’ils auront atteint le sommet de leur évolution salariale. L’Obs se lamentait dans un article récent sur le fait qu’il y a auprès de la Commission européenne environ 400 fonctionnaires chargés de réguler le monde de la finance, face à 1700 lobbyistes du secteur financier qui s’incrustent à Bruxelles pour y faire leurs affaires. Cette consanguinité va très loin. Le même article signalait que Tony Blair – canaille social-traitre – émargeait maintenant comme conseiller de la banque J.P. Morgan, une des plus grande banque américaine dont le parcours a été jalonné de crimes et de fraudes, ou encore que Gerhard Schröder, encore un autre social-traitre, avait été récompensé pour ses services rendus, non seulement en devenant « conseiller » de Gazprom, mais aussi celui de la banque Rothschild, cette même banque qui a employé l’arrogant petit Macron.

    Solutions : comment se libérer de la finance ?

     

    Il est urgent de se libérer de la finance. Les banquiers dominent donc le monde aujourd’hui. Ils ont même acheté le journal qui porte ce nom. Mais ce sont des colosses au pied d’argile. En effet, il suffirait de reprendre le pouvoir politique pour détruire leur puissance. Mais si leur pouvoir est aujourd’hui si fragile c’est surtout parce qu’ils ont un effet néfaste sur l’économie réelle. Tant que celle-ci ne voit pas sa marche en avant entravée par les turpitudes de la finance, elle ne se rebelle pas. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La croissance est partie, le chômage et les dettes s’accroissent. Trop souvent on ne parle que des dettes des Etats avec l’idée derrière la dette selon laquelle les Etats peuvent faire des économies s’ils sont bien gérés. Mais c’est faux les autres agents économiques sont tout autant endettés, comme le montre le graphique ci-après.

     

     

    Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on a connu trois périodes différentes :

    - 1945-1975, une croissance forte et soutenue, avec une inflation sous-jacente importante qui empêchait l’endettement de croître ;

    - 1975-2008, une croissance ralentie avec un endettement croissant des agents économiques et une baisse radicale de l’inflation ;

    - 2008-2015, une croissance très faible, quasi nulle dans les pays de l’Union européenne, avec une déflation, une croissance de l’endettement et du chômage.

    Les solutions sont très simples et faciles à appliquer.

    - tout d’abord renationaliser la production de la monnaie. Donc raffermir le contrôle des Banques centrales sur la création monétaire ;

    - ensuite, contrôler la circulation des capitaux, ce qui privera la finance de son arme favorite, la concurrence entre les systèmes fiscaux et économiques dissemblables. Ceci privera les banques d’une partie de leurs revenus liés à la fraude fiscale à grande échelle ;

    - également, séparer radicalement les banques de dépôt des banques d’investissement, de façon à ne pas mélanger les prises de risque des banquiers avec les fonds des déposants ;

    - enfin on pourrait exiger que les fonctionnaires des institutions financières comme les banques centrales ne soient pas autorisé à pantoufler. Ce qui était la règle antérieurement.

    Il se pourrait que ces solutions doivent s’appliquer rapidement car les banques sont assez mal en point, sous-capitalisées, elles vivent sous perfusion de ce qu’on appelle le Quantitative Easing. Mais une nouvelle crise financière risque bien d’emporter la voilure et le bateau. On peut également nationaliser les banques qui sont en faillite, les racheter pour 1 € ou 1 $ symbolique. C’est ce qu’on aurait dû  faire en 2008, ce qu’aurait dû faire Obama, dans ce cas les autres pays développés lui auraient emboîté le pas. Mais comme il n’a fait que ravauder le système pour plaire aux banquiers, il a du même coup renforcé le secteur financier dans sa domination sur l’économie réelle et sur nos vies. Notez que tous les maux qui ont conduit à la crise de 2008, sont aujourd’hui les solutions qu’on met en avant pour sortir de la crise !

    Je rappellerai que si le New Deal a été possible en 1930 aux Etats-Unis, c’est essentiellement parce que la finance était à genoux, qu’elle n’avait plus les moyens de relever la tête. Le corps des économistes, toujours généralement réactionnaire, était du reste globalement hostile aux mesures prise par l’administration Roosevelt. C’est seulement quelques années après, la guerre étant passé qu’ils devinrent par miracle et par nécessité de carrière « globalement keynésiens ».

     

    Liens

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/07/14/les-dix-plus-grosses-amendes-infligees-par-les-etats-unis-aux-banques-en-trois-ans_4456986_3234.html

    http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/02/03/97002-20150203FILWWW00202-supbrimes-amende-d-137md-pour-sp.php

    http://www.liberation.fr/economie/2013/12/04/cartel-des-taux-l-ue-inflige-17-milliard-d-euros-d-amendes-a-8-banques_964103

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/12/11/hsbc-paie-une-amende-record-pour-echapper-aux-poursuites-aux-etats-unis_1804423_3234.html

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/19/les-banquiers-tricheurs-par-culture_4526122_3234.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20150205.OBS1751/lobbying-consanguinite-complaisance-le-livre-noir-des-banques.html

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  • Les lois économiques, ou l’avenir d’une illusion

     

    Marx considérait que l’économie politique n’était qu’une forme d’idéologie destinée à soutenir le pouvoir de la bourgeoisie. Pour cette raison il ne voulait pas être lui-même qualifié d’économiste, ce qu’il trouvait insultant. Cette manière de se positionner l’amenait à considérer que l’économie politique ne parlait que d’une forme de lien social transitoire. Son idée était que les catégories et les concepts qui nous permettent de comprendre et d’analyser les rapports sociaux, sont seulement transitoires et non pas universels. Ils ne sauraient avoir un sens en dehors de l’histoire humaine. Par exemple, il pensait que la théorie ricardienne de la valeur était juste, mais seulement dans le contexte très particulier du développement du capitalisme. Ce qu’il trouvait de fondamentalement faux dans Ricardo, c’était d’abord cette prétention de l’économie à faire passer un discours de classe pour un discours scientifique, neutre sur le plan politique.

    François Quesnay et Adam Smith

     

    Cette aberration de l’esprit trouve ses fondements chez les Physiocrates, et plus précisément chez François Quesnay qui pensait que dès lors que nous violons « les lois naturelles de l’économie », nous sommes sanctionnés. A vrai dire Quesnay pensait que ces « lois naturelles » étaient d’origine divine. Il parlait du reste de « certitude apodictique » pour justifier sa position, c’est-à-dire de ce point de vue religieux qui nous fait admettre un certain nombre de croyances sans que nous soyons à même de les démontrer. C’est bien ce qu’il disait à propos de Dieu : nous savons bien qu’il existe, mais nous ne pouvons pas le démontrer. Et bien pour l’économie c’est la même chose. On ne sait pas démontrer certaines lois, mais on sait qu’elles existent.

    Adam Smith a été fortement influencé par Quesnay. Il a avancé – si on peut parler d’une avancée – sur deux points. Le premier a été de mettre en avant un principe universel, celui de la division du travail. Selon lui la prospérité d’une nation dépend du degré de la division du travail, et toute son histoire se ramène au développement de ce principe. Le second a été de poser les bases d’une théorie de la valeur travail qui, sur le plan de la méthode signifiait que derrière la vérité des prix qu’on peut voir sur le marché, se cachait des « valeurs », objets métaphysiques sur lesquels on se perd encore en conjectures. Notez que Smith qui avait pompé son Enquête sur les causes de la richesse des nations sur l’ouvrage de James Steuart, Principes d’économie politique, prétendait s’inspirer de Newton et de sa loi de gravitation (les prix gravitant autour des valeurs) ce qui sans doute à ses yeux lui donnait un vernis plus scientifique. Marx montrera que la réalité de la division du travail ne répond pas à une loi naturelle, mais à une opposition de classes entre le travail intellectuel de commandement et le travail manuel d’exécution.

    David Ricardo va aller un peu plus loin en définissant sa démarchant comme hypothético-déductive, c’est-à-dire en partant de l’idée que ce qui compte ce n’est pas la réalité observée, mais l’outil qui nous permet d’observer cette réalité. C’est lui qui va ouvrir la porte à cette idée selon laquelle l’économie politique est une science. Comme vous le noterez si l’économie est une science et ne ressort pas du discours politique, alors celui-ci peut être éliminé, et seuls « les experts » ont leur mot à dire. On peut remplacer le gouvernement démocratique par la gouvernance des experts et c’est bien pour cette raison que la démocratie doit être subordonnée à la règle- c’est-à-dire le traité – selon Jean-Claude Juncker. On voit combien cette vision des choses est aujourd’hui encore dominante, et surtout combien elle est compatible avec les seules lois du marché.

    Une telle position n’est pas tenable très longtemps. Et cela pour deux raisons. La première est que le développement du capital ne se fait pas sans heurts et qu’il y a des crises économiques et sociales d’une violence inouïe. Ces crises montrent que les lois du marché n’assurent pas le développement harmonieux de la richesse et du bien-être, mais qu’en outre elles montrent que le système économique est instable, et que cette instabilité mine l’ordre social. La seconde raison est peut-être encore plus fondamentale : c’est que le marché ne se développe que si d’une manière ou d’une autre l’Etat se développe aussi comme une nécessité !! C’est ce qu’avait bien vu Hegel. Et c’est ce que va montrer clairement Thomas Malthus, notamment parce que si les crises sont intrinsèques au marché, seule une instance extérieure à celui-ci, l’Etat ou la Banque centrale, va pouvoir combattre les crises. C’est cette idée que reprendra John Maynard Keynes et qui assurera sa gloire.

      

    David Ricardo et Thomas Malthus

     

    Mais avant d’arriver à Keynes, il faut passer par Léon Walras. Certainement un des économistes les plus importants, mais aussi les plus compliqués. En effet, il est d’un côté le père de la science économique moderne, c’est lui qui a produit le premier modèle d’équilibre général où il montre avec des équations à l’appui que la concurrence pure et parfaite produit l’allocation la meilleure des ressources. Il intitule son travail Eléments d’économie pure. Walras est un français, autodidacte, il devra s’exiler en Suisse pour s’y employer comme professeur d’économie. En France le système était déjà verrouillé. Il n’aura de cesse de le combattre, soulignant que la plupart des tenants du libéralisme sont d’abord les défenseurs des intérêts de la classe dominante. Car si Léon Walras a produit la matrice de la « science » économique actuelle, il était cependant socialiste. En effet, s’il décrit la concurrence pure et parfaite comme le meilleur des modèles, il s’appliquera aussi à montrer que celle-ci n’existe pas ! Pour deux raisons, d’une part parce qu’il y a à côté du marché l’Etat et que celui-ci a une logique différente, et d’autre part parce qu’il existe des monopoles et que ceux-ci empêchent la concurrence pure et parfaite de fonctionner. Pour cette raison il écrira un traité d’économie sociale et un traité d’économie appliquée. Ces deux traités sont rarement connus des tenants d’un libéralisme échevelé, Tirole ne les a sûrement pas lus, or c’est bien sûr en eux qu’on va trouver des raisons qui font que les lois du marché sont au minimum insuffisantes. Walras c’est la clé, parce que si d’un côté c’est lui qui va fournir la matrice intellectuelle et les équations de base à la « science » économique, c’est aussi lui qui fournit les éléments de la critique du libéralisme : par exemple, pour lui tous les réseaux devaient être nationalisés, mais devait être nationalisée la terre, de même il pensait que seul l’impôt sur le capital était juste. Autrement dit, les économistes qui se réclament au nom de la science de Walras, s’arrangent avec son œuvre pour se retrouver du bon côté de la barrière.

      

    Léon Walras et John Maynard Keynes

     

    Mais le plus aberrant est sans doute le sort qui a été fait à Keynes dans les dernières décennies. Quelles que soient les insuffisances de son œuvre, Keynes avait montré deux choses : tout d’abord que la vie économique reposait sur des formes de calcul très imparfaites, et ensuite que la monnaie n’était pas neutre dans l’économie. Ces deux affirmations suffisaient à ruiner la prétention de l’économie à s’affirmait à travers l’existence de lois naturelles ou universelles. Et puis la contre-révolution conservatrice qui s’est d’abord imposée chez les économistes, a balayé tout cela. Il est vrai qu’elle considérait Keynes comme un dangereux révolutionnaire dont le but était de remettre en question la propriété privée. Elle en est revenue à l’idée aberrante d’une neutralité de la monnaie. Supposant qu’une inflation nulle assurerait l’équilibre et partant une croissance régulière et bénéfique pour tous. Cette imbécilité a seulement permis le développement d’un capitalisme de l’endettement généralisé et d’engendrer des crises économiques à répétition.

     

    Enseigner l’économie

     

    Ce long rappel de l’évolution de l’économie politique, montre que ce n’est pas une science au moins pour deux raisons : la première est que cette discipline n’a pas la maîtrise de ses expériences – ce qui quelque part est heureux – elle ne peut pas vérifier ses théorèmes sur la base d’essais et de réfutations. La seconde est que manifestement l’ensemble des économistes sont en désaccord sur le principal comme sur l’accessoire. C’est pour cela qu’il est non seulement nécessaire, mais impératif, de protéger la pluralité des opinions et des méthodes dans l’enseignement de l’économie.

    Bien entendu des ingénieurs comme Jean Tirole vous serons gré de reconnaître une liberté d’opinion en la matière. Mais ils ne veulent pas entendre parler d’une remise en question des méthodes d’investigation de la discipline. Or celles-ci conditionnent les résultats. C’est pour cette raison d’ailleurs que des économistes à l’esprit très étroit comme Elie Cohen, Gilbert Cette ou Philippe Aghion, pullulent au sein du Parti socialiste qui se prétend de gauche. Utilisant les mêmes modèles que les économistes néo-classiques ils arrivent aux mêmes résultats !

    Parmi ces résultats, on peut s’arrêter sur les deux suivants : le premier est que selon « la théorie » – pour les économistes, la théorie c’est seulement le modèle d’équilibre général – la croissance du commerce entre les nations entraîne la croissance économique. Donc tous les traités de libre-échange sont bons, et unifier le marché européen est aussi une bonne chose. Pourtant cette relation qui indique que « les échanges tirent la croissance » n’est pas démontrée empiriquement, c’est même l’inverse. Mais pour comprendre pourquoi le libre-échange ne marche pas, sur le plan bêtement économique – il faut introduire une analyse historique, se pencher sur les différences entre les formes institutionnelles des différents pays, montrer les relations asymétriques qui peuvent exister entre les pays riches et les pays pauvres, etc. Or les modèles stupides qui servent à montrer que le libre-échange est bon – et donc que TAFTA est un chemin tout tracé pour améliorer l’avenir – sont d’essence ricardienne, ils supposent que dans l’échange, les pays pauvres ou riches maximisent leur croissance sur la base de leurs avantages comparatifs. Ils ne supposent pas que dans un échange multilatéral il peut exister des pays qui ne disposent d’aucun avantage comparatif, comme ils ne supposent pas qu’un avantage comparatif ne peut se construire que dans le temps et contre les pays partenaires.

    Le graphique suivant montre que plus l’économie est ouverte et plus la croissance est faible, et cela sur une période d’une soixantaine d’années. La raison de cette relation négative – pourtant niée par tous les tenants de l’économie de l’offre – est que l’excès de compétition conduit à une affaiblissement de la demande interne et partant à une baisse de la croissance.

      

    Le second exemple est celui du partage de la valeur entre salaires et profits. Selon la théorie, ce partage est réglé par « la productivité marginale des facteurs ». or ce partage est particulièrement fluctuant, comme sont fluctuantes les inégalités de revenu. Or si le partage de la valeur entre le profit et le salaire devait répondre à une loi naturelle, ce partage suivrait une loi démographique, parce que la productivité du travail, elle, augmente régulièrement de 2% en moyenne et par an. Thomas Piketty a montré au contraire que les formes de partage de la valeur qui peuvent d’ailleurs aboutir à des inégalités excessives, répondent à l’évolution des formes institutionnelles. Par exemple quand l’économie est relativement fermée et que l’Etat régulateur est particulièrement puissant, les inégalités ont tendances à se resserrer, et la part des salaires dans la valeur ajoutée augmente naturellement.

      

    Les faits sont têtus, et si les économistes de profession sont aussi méprisés, c’est parce qu’ils sont incapables de comprendre empiriquement les faits sur lesquels ils sont sensés nous éclairer. On dit que les économistes de profession se trompent. Ce n’est pas tout à fait vrai, on en trouve un certain nombre qui ont vu venir la crise et qui l’ont annoncée. Mais ce sont plus généralement les économistes médiatisés dont on retient les augures. Ces experts autoproclamés en rien qui viennent fanfaronner dans les pages spécialisées du monde, ou sur un plateau télévisé.

    On voit que ce qui manque surtout aux économistes c’est comme le disait Joseph Stiglitz une bonne connaissance de l’histoire économique et donc une bonne connaissance des crises économiques. Car celles-ci ne sont pas des aberrations, mais aussi bien le résultat d’un système économique donné. Il y a quelques années, je donnais un cours de « politique économique », c’est un cours dans lequel on est sensé examiner les différentes recettes pour améliorer le fonctionnement de l’économie. A la recherche d’un manuel de soutien, je tombais sur l‘ouvrage de Pisani-Ferry, Coeuré, Bénassy-Querré et Jacquet. Jean Pisani-Ferry est le conseiller d’Hollande que nous connaissons, Benoît Coeuré est le même qui, officiant maintenant à la BCE, menace de couper les vivres à la Grèce si celle-ci ne respectait pas ses engagements, les deux autres sont seulement des « petites mains ». L’ouvrage est très propre, les modèles très bien présentés. J’avais pourtant été frappé par une chose incroyable : nulle part il n’y avait quelque chose qui aurait pu ressembler à une analyse des crises. Que fait-on, que doit-on faire en cas de crise ? Tout simplement les auteurs ne l’avaient pas envisagé ! C’était en somme un manuel pour quand tout va bien ! Que la croissance est régulière, que l’emploi se développe régulièrement et que le chômage n’est pas très élevé. Mais à quoi peut bien servir un ouvrage qui ne nous guide pas en période de crise ? Soit il ne sert qu’à justifier un système, soit il est inutile parce que finalement tout va bien. On voit tout l’intérêt qu’il y a à bien connaître l’histoire des faits économiques. D’une part, on comprend mieux l’origine des crises, et d’autre part pourquoi les théories de l’offre n’ont jamais eu de bons résultats sur le plan pratique.

      

    Je terminerais en disant qu’une bonne connaissance de l’histoire de la pensée économique est indispensable à la formation d’un enseignant en économie. En effet, on trouve beaucoup d’économistes qui de nos jours considèrent que Marx c’est vieux et dépassé. Glissons sur cette idée imbécile selon laquelle il n’y aurait de bon que dans le nouveau. Mais par contre ces économistes qui récusent Marx au nom du progrès de la science et qui souvent ne l’ont jamais lu, cela ne les dérange guère de revenir à des formes théoriques antérieures à Marx, à des modèles où l’Etat et les monopoles ne sont pas représentés.

     

    Conclusion

     

    Je ne sais pas s’il faut créer dans l’enseignement supérieur une nouvelle section du CNU comme le souhaitaient Bernard Maris et l’AFEP, une section qui existerait sur des bases méthodologiques différentes, ce que combat l’ingénieur Jean Tirole. Peut-être le mieux serait d’interdire cette profession et de renvoyer l’analyse de l’économie au simple exercice de la citoyenneté, la fonction d’expertise étant déjà en soi une manière de priver le citoyen de sa propre réflexion. Ce dont je suis certain par contre c’est que le corps des économistes de profession est particulièrement corrompu. Beaucoup vivent de contrats juteux avec la Commission européenne, avec des grandes banques ou d’autres institutions. C’est le cas de Pisani-Ferry, ou encore de l’antipathique Benoît Coeuré qui s’est fait adopté par la BCE, mais d’une multitude d’autres obscurs qui font des manges ici et là. Comment voulez-vous qu’ils aient la tentation de mordre la main qui les nourrit si largement ? Mais toute servitude impose ses contraintes. S’ils aiment l’argent, et ils en gagnent beaucoup, ils aiment un peu moins la liberté intellectuelle qui est pourtant nécessaire au développement de la connaissance. En effet, on ne peut pas à la fois faire les couloirs pour glaner telle ou telle prébende et étudier sérieusement.

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