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    Tsipras prenant la posture de Mitterrand en 1981

     

    Tsipras a été nommé premier ministre. Panagiotis Grigoriou sur son excellent blog souligne que la Grèce s’est réveillée lundi matin dans un climat politique apaisé. Mais déjà il faut s’occuper de l’intendance et donc de gérer la dette et son remboursement, mais au-delà c’est du modèle de développement que choisira la Grèce dont il s’agit. Comment composer avec la Troïka et la puissante Allemagne ? Certains s’inquiètent de l’alliance contre nature entre Syriza et le petit parti souverainiste ANEL. Personnellement je me demande si ce n’est pas une chance, ce qui empêchera Tsipras d’accepter trop facilement un compromis avec la canaille bureaucratique européiste.

     

    Les contraintes du libre-échange et de la monnaie unique

     

    Toute personne qui se réclame de la « gauche » se réjouit forcément de la victoire de Syriza et de la défaite globale et sans appel des austéritaires. Cela a amené un changement radical dans la façon de percevoir l’Europe justement.  Pour ma part, je ne pense pas cependant que la Grèce pourra appliquer une autre politique économique et sociale tout en restant dans l’euro et dans l’Europe. Tout au mieux, Tsipras obtiendra un rééchelonnement de la dette, et donc un adoucissement de la purge. La raison en est très simple : la Grèce ne peut pas se reconstruire dans la concurrence avec les autres nations. C’est quelque chose qu’on connait depuis les débuts de l’économie politique, depuis au moins Antoyne de Montchrestien que les économistes classiques – Smith en tête – appelaient « mercantiliste » et que Marx défendait dans ses Théories sur la plus-value. Keynes avait aussi compris cela.

     

    Johann Gottlieb Fichte et Friedrich List 

    Ce sont aussi les Allemands qui, en justifiant leur nécessité de se développer, avaient théorisé également le développement économique et social associé à la fermeture des frontières. Johann Gottlieb Fichte avait écrit en 1799 L’Etat commercial fermé, et Friedrich List en 1840 publiait Système national d’économie politique. Tous les deux vont dans le même sens : on ne peut profiter d’un système de libre échange – ce que l’Union européenne est – que si on est soit au même niveau, soit au-dessus de nos partenaires commerciaux. La raison en est essentiellement que « les avantages comparatifs » qui fondent l’échange ne tombent pas du ciel et se construisent. Or si les nations les plus pauvres – les moins productives – commercent avec les nations les plus riches, elles ne se développeront jamais parce que la division du travail les incitera à acheter les produits haut de gamme à l’étranger et à ne pas les développer sur son propre territoire.

    Or comme on le sait, les économies de la zone euro sont divergentes. On peut le regarder à partir de la balance commerciale ou à partir des écarts de gains de productivité avec le pays situé le plus haut dans la hiérarchie productive. Vous remarquerez que les pays qui s’en tirent le mieux sont les pays anciennement communistes : République Tchèque, Slovaquie, Hongrie et Pologne. Les raisons sont très simples : ce sont des pays où le niveau d’éducation est élevé, mais qui surtout ont l’avantage d’exister dans l’ombre de l’Allemagne. Les salaires y sont très faibles comparativement à ce qui se pratique justement en Allemagne

     

    Tout se passe comme si l’Allemagne qui a une démographie déclinante avait annexé pour son propre usage le marché du travail des PECO (Pays d’Europe Centrale et Orientale). Les investissements y ont été massifs et ont permis de contenir la hausse des salaires en Allemagne, et la concurrence entre les PECO a exercé aussi une pression à la baisse dans ses pays. Les PECO jouent pour l’Allemagne le rôle d’un immense réservoir de main d’œuvre facilement exploitable du fait de sa proximité géographique. Ce sont des pays faciles à contrôler sur tous les plans.

    Dans un tel contexte, il apparaît que la Grèce est à l’écart : c’est à peine un petit marché pour les produits allemands, et éventuellement un simple lieu de destination touristique quand la situation politique est calme. Pour résumer : dans un système de libre-échange, la Grèce n’a pas grand-chose à vendre aux autres pays européens et elle n’a pas les capacités de produire au moindre coût les biens qu’elle importe, elle est vouée au déséquilibre commercial. Pour ces raisons elle ne peut pas rester dans un système de monnaie unique puisqu’en effet selon la bonne vieille logique du marché la valeur de la monnaie doit dépendre de sa balance commerciale, or la valeur de la monnaie grecque est celle de l’euro. Les Grecs subissent sur le plan économique – et sans même parler de cette punition collective qui consiste dans le paiement d’une dette qui n’en finit pas de croître – une double peine, à la peine infligée par le libre-échange, s’ajoute la celle de la monnaie unique !

     

    Représentations

      

    Syriza ayant gagné les élections, les convertis de fraîche date font résonner le tambour. Ainsi le triste Libération qui après des années de propagande éhontée pour une Europe libérale titrait « Et si l’Europe allait se faire voir ? » A la vulgarité s’ajoute le manque de recul et le retournement de veste. Mais cela reflète un état d’esprit de lâcheté et de soumission qui fait qu’on courbe toujours l’échine devant le vainqueur.

    Cependant certains commencent à s’inquiéter des alliances de Syriza. En France Syriza est présenté comme représentant « la gauche radicale », Mélenchon et le PCF alliés dans le Front de gauche désigne le parti de Tsipras comme leur pendant. En vérité Syriza est en Grèce représenté comme l’ennemi de classe par le parti communiste local KKE. On voit que selon la latitude où elle se pense, la représentation diffère.

    Les Allemands se sont fait discrets ces derniers jours, sauf à rappeler leur sempiternel catéchisme selon lequel les Grecs ne sauraient réclamer une exception à la règle, et qu’un traité étant un traité, ils ne sauraient déroger à leurs obligations de remboursement de leur dette. Mais ils semblent y croire de moins en moins. D’autant que se répand comme une trainée de poudre le fait que justement l’Allemagne doit d’abord une partie de sa prospérité d’après-guerre au fait qu’on a, en 1953, procédé à un effacement de 63% de sa dette ! Et qu’on a rééchelonné le reste sur 30 ans ! C’est bien moins que ce que demandent les Grecs. Je rappelle en passant que c’est seulement en 2014 que les Allemands ont apuré leurs dettes issues de la guerre 14-18. Gardons cela bien en mémoire face à ceux qui veulent nous laisser croire que les Grecs, comme les Français d’ailleurs gèrent très mal leurs dépenses publiques, face à une Allemagne vertueuse.

      

    Yanis Varoufakis, nouveau ministre des finances grec

     

    Le nouveau ministre des finances grec est un ennemi de « la dette indigne ». En le nommant – ce qui était attendu – Tsipras ne pouvait pas faire moins, mais cela a suffi pour faire plonger les marchés, la bourse d’Athènes a chuté lourdement, on sait que ceux-ci sont très peureux. Pourtant Varoufakis n’a rien d’un communiste ni d’un gauchiste. Il est même européiste. Il suppose que par contagion l’Europe tout entière peut appliquer une politique de gauche de type keynésien. Il est plutôt sur la ligne bébête d’ATTAC, sans voir que la Grèce ne peut attendre que toute l’Europe soit convertie aux vertus du keynésianisme pour agir. Certes il y a des mouvements en Espagne, Irlande ou ailleurs qui peuvent faire évoluer les choses, mais comme je l’ai dit plus haut, les PECO dans l’orbite de l’Allemagne n’ont strictement aucune raison de s’aligner sur ce programme, leur économie se développe sans besoin de plus de solidarité dans l’Union européenne.

    Certains ont même imaginé que la victoire de Syriza allait faire bouger Hollande et le décider enfin à s’opposer sérieusement à la volonté hégémonique de l’Allemagne. Ils se trompent lourdement. La raison en est simple : Hollande est européiste, et l’Europe ne permet « que » la concurrence entre les nations, dussent-elles en crever. Les banques françaises aillant aussi beaucoup d’intérêts en Grèce, Hollande soutiendra d’abord celui-ci avant que d’agir pour la Grèce.

    Et d’ailleurs comme le montre Todd dans un article récent à Marianne, l’Europe n’est pas faite pour la démocratie ! Jean Monnet ne l’a pas prévue !

     

    Sortir de l’Europe et de l’euro

     

    Les Allemands ont menacé de mettre la Grèce en dehors de l’euro et de la poursuivre devant les tribunaux si ce petit pays ne se pliait pas à ses règles. A mon avis ils s’en garderont bien pour au moins deux raisons :

    - la première est que sans l’euro, l’Allemagne n’est rien. C’est à lui qu’elle doit sa prospérité. Or, mettre la Grèce en dehors de la zone euro risquerait pour le coup d’entraîner la fin pure et simple de l’euro pour cause de contagion à l’ensemble des pays latins ;

    - la seconde est que le système bancaire allemand est plutôt fragile – bien plus que le système bancaire français. Perclus de dettes moisies, il s’est fortement engagé en Grèce.

    Les Allemands malgré les rodomontades de Schaüble sont ceux qui ont le plus à perdre à une fin de l’euro et à une décote unilatérale de la dette grecque. La tribune dans un article de Romaric Godin pour une fois bien inspiré montre comment les Grecs pourraient s’inspirer de l’exemple de l’Irlande qui a fait plier la BCE. Je ne rentre pas dans les détails de l’affaire, mais disons que le gouvernement irlandais a obligé la BCE a violer ses propres traités et à racheter en douce de la dette irlandaise.

    Comme on le voit depuis 2008 l’Union européenne et la zone euro n’existent encore qu’en violant systématiquement leurs propres traités, à commencer par la BCE qui injecte des milliards de liquidités sur les marchés. Les Allemands critiquent cette manière de faire. Ils voudraient que les règles votées en matière de dette publique et de déficit soient mieux appliquées. Or, sur les 28 pays concernés dans l’Union européenne, seuls 7 ont une dette publique inférieure à 60% du PIB et un déficit inférieur à 3% de ce même PIB. Dès lors on se demande pourquoi de telles règles sont adoptées si elles ne peuvent manifestement pas être appliquées. Ça frise l’imbécilité. Pour autant ces viols permanents des traités européens sont indispensables, sinon c’est la fin de l’euro et de l’Union européenne. Or comme je l’ai dit ce système maudit profite surtout à l’Allemagne et donc cela les amène à avaler couleuvre sur couleuvre… jusqu’à la prochaine crise bancaire. Mais cependant depuis 2008 le doute n’est plus permis, le projet européen ne produit que la misère, le chômage et de la dette publique.

     

    Les Grecs s’affirment européens du moins officiellement, car comme je l’ai signalé dans un précédent billet, 52% d’entre eux considèrent que la sortie de l’euro serait une bonne chose. C’est bien leur droit cependant de se dire européens. Mais je poserais une question innocente à tous ceux qui n’ont à la bouche que l’Europe : pour quoi faire ? Le but de ce projet ne me paraît pas du tout évident, ni sur le plan culturel, humain, comme sur le plan économique et social.

     

    Liens

     

    http://www.greekcrisis.fr/2015/01/Fr0402.html#deb

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20150126.OBS0832/quand-les-creanciers-de-l-allemagne-fermaient-les-yeux-sur-sa-dette.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20150127.OBS0958/grece-yanis-varoufakis-le-ministre-qui-effraie-les-marches.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20150120trib9ab84d48e/la-grece-peut-forcer-l-europe-a-changer.html

    http://www.marianne.net/emmanuel-todd-europe-n-est-plus-monde-democatie-liberale-egalitaire-230115.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150128trib8834744bb/quand-la-bce-acceptait-une-restructuration-de-la-dette-irlandaise.html

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    Syriza a obtenu le pouvoir en Grèce, sans avoir toutefois la majorité absolue. D’après les premiers décomptes il obtiendrait 36,5% des voix contre 29% au parti de droite de Samaras. La victoire est donc nette. Après le choc monétaire infligé par Mario Draghi, c’est la preuve que les choses changent en Europe, même si nous souhaiterions que cela aille un peu plus vite. Cela indique une modification de la donne politique, et en même quelles sont les difficultés qui attendent le peuple grec et nous.

     

    Leçons

     

    La première leçon qu’on peut tirer de ces élections c’est que l’idée de « gauche » contrairement à ce que croient les politologues du PS n’est pas morte, et qu’une rupture nette avec la pensée dominante permet de rassembler une large partie de l’électorat. Le PASOK, l’équivalent de notre PS est condamné et marginalisé. Il obtiendra moins de 5% des suffrages. C’est la première leçon qu’il faut retenir : depuis vingt ans tous les partis de gauche, soi-disant socialistes, mais ouvertement libéraux et de droite, bref tous ces partis qui ont rallié les thèses économiques de la droite, c’est-à-dire la politique de l’offre, sont aujourd’hui marginalisés voire en voie de disparition. C’est le cas du Parti travailliste britannique qui sous l’impulsion de Blair a été un des premiers parti de gauche à adopter les thèses de la droite. C’est aussi le cas du SPD qui sous l’impulsion de Gerhard  Schröder a fait le même pari et n’est plus que le triste supplétif de la CDU de Merkel, mais encore du PSOE de Zapatero qui a maintenant du mal à exister en Espagne avec l’émergence de Podemos.

    Ce qui est condamné, ce sont les choix stratégiques de ce qui était jadis la gauche européenne. Vous noterez que dans un premier temps, Blair, Zapatero ou Schröder ont été des leaders très charismatiques. Ils apparaissaient comme modernes, adaptés à la mondialisation. Et le discours asséné au rouleau compresseur par les médias faisait le reste : pout avoir de la croissance et de l’emploi, il fallait libéraliser, abaisser les charges, flexibiliser le marché du travail, donner plus d’importance à la logique des marchés mondiaux en s’y adaptant.

    En vérité si les partis dits de gauche disparaissent peu à peu lorsqu’ils se rallient à la pensée de droite, c’est parce que la théorie de l’offre ça ne marche pas : non seulement son darwinisme ne permet ni la croissance, ni l’emploi, mais elle ne peut pas lutter non plus contre les inégalités et produit une société de la haine. Les partis de gauches, y compris le PS, ne progressent et n’accèdent au pouvoir qu’en s’opposant au libéralisme. Hier c’est le PASOK qui, jadis tout puissant, a sombré en Grèce, demain ce sera sans doute le PS.

    La seconde leçon tirée du scrutin est le message envoyé aux instances européennes sous domination allemande. Les réformes imposées par une troïka imbécile ont appauvri radicalement le pays et détruit le processus démocratique encore un peu plus. Les partis favorables à cette politique n’ont recueilli qu’un tiers des suffrages. Ce qui signifie que les Grecs sont prêts à faire sécession avec l’Europe si celle-ci veut leur imposer la poursuite de sa politique mortifère. On remarquera que dans ce contexte très dégradé, les néo-nazis d’Aube dorée n’ont pas réussi leur pari et restent à 6%. Ce qui signifie qu’il y a une marge pour s’opposer à la logique européenne sans forcément virer à droite ou à l’extrême droite.

     

    Les enjeux 

    Il y en a aux moins trois. Le premier est tactique, comme Syriza ne va pas obtenir la majorité absolue au parlement, il lui faudra rallier à elle un petit parti. Les communistes du KKE ne se rallieront pas, vexés sans doute de voir qu’un des leurs, Tsipras, s’en est allé et a réussi ce qu’ils ne sont pas arrivés à réaliser en cent ans de vie politique. Ils ont toujours dénoncer une dérive droitière de Syriza – nos communistes français, du moins ce qu’il en reste, semblent l’avoir oublié. Une alliance avec le PASOK défunt semblant impossible, il ne reste qu’une alliance avec l’ANEL parti de droite ou To Potami refuge des déçus du PASOK !! Mais conne Syriza n’est pas un parti de la gauche radicale et que les postes ministériels vont être recherchés, je ne me doute pas que le parti de Tsipras va trouver des alliés.

    Le second enjeu est bien sûr la réaction des bureaucrates de l’Union européenne. Déjà Benoît Coeuré, économiste obscur, membre du directoire de la BCE, et accessoirement copain de Jean Pisani-Ferry, a affirmé que sa boutique n’aidera pas les Grecs et que si ceux-ci veulent de l’argent pour faire face à leurs obligations de payer leurs créanciers, ils devront se plier aux règles imposées par la troïka, qu’elle n’acceptera pas une restructuration de la dette. Autrement dit ce grand démocrate de Coeuré explique que voter ne sert à rien et que la politique ça passe tout de même après le pognon qu’on doit aux banquiers !! Coeuré s’est d’ailleurs retranché derrière des arguties juridiques. David Cameron, premier ministre conservateur de Grande Bretagne a lui aussi menacé la Grèce de la sanction des marchés.

      

    Il est donc clair que l’oligarchie ne va pas faire de cadeaux à une forme de pouvoir qui ne lui plait pas, qui ne peut pas lui plaire. Mais le pognon, c’est le pognon, il est donc probable qu’elle va négocier un rééchelonnement de la dette, et c’est d’autant plus probable que d’un peu partout – sauf d’Allemagne – revient l’idée que les politiques austéritaires ça ne marche pas, la croissance dévisse, les rentrées fiscales se raréfient et au bout du compte la dette s’accroit encore et toujours. Comme le montre le graphique suivant, et sans même parler des dégâts sur la vie quotidienne des Grecs, on voit facilement que ces recettes ne marchent même pas du point de vue étroit de l’économie et de la bonne gestion comptable : les politiques d’austérité ont aggravé la dette. Cinq ans de sacrifices n’ont rien amélioré. L’idée selon laquelle l’austérité et la restauration des équilibres comptable sont les préalables au retour de la croissance est une idée fausse et dangereuse qui n’a été appliquée qu’en Europe et dans la zone euro sous l’impulsion de l’Allemagne et de la bureaucratie bruxelloise.

      

    Syriza, contrairement à la propagande intéressée des médias n’appartient pas à la gauche radicale. En effet la gauche radicale serait une gauche un peu décomplexée qui bousculerait l’idée selon laquelle le marché est la loi et la propriété privée des moyens de production un tabou. La question qui se pose est la suivante : peut-on rompre avec les politiques austéritaires en restant dans l’Europe et dans l’euro ? Selon moi, non. Et cela pour deux raisons :

    - la première est technique, l’Union européenne et l’euro sont fondées sur l’idée de concurrence libre et non faussée, non seulement entre les entreprises, mais aussi entre les Etats. Or, en restant dans l’euro, la Grèce se mettrait dans l’impossibilité de regagner des parts de marché, de retrouver de la compétitivité parce qu’elle ne pourrait pas dévaluer sa monnaie pour ajuster son cours à son niveau de déséquilibre commercial et budgétaire. On l’oublie trop souvent, mais dans la logique économique classique – disons Ricardo et n’en parlons plus – le cours de la monnaie sur les marchés n’est pas fixé a priori, mais il est la sanction des déséquilibres commerciaux. C’est ainsi que la monnaie allemande devrait être réévaluée de 18% par exemple, la monnaie française dévaluée de 2% ou encore la monnaie grecque devrait être dévaluée de 30 à 40%.

    - la seconde est qu’une politique de relance de type keynésien comme se propose de la réaliser Tsipras – relance par une hausse du salaire minimum et des dépenses publiques – ne peut pas marcher dans un pays ouvert aux quatre vents. Dans le cas contraire elle alimentera les importations, plombera les exportations et augmentera le déficit commercial sans doper ni la croissance, ni l’emploi. Sauf si évidemment toute l’Europe se lançait simultanément dans ce type d’aventure. Mais on sait que ce ne sera pas le cas. La raison est simple c’est que les pays comme l’Allemagne, l’Autriche ou encore la Pologne n’en ont pas besoin et n’en veulent pas. J’ajouterais du reste qu’une relance par la demande ne peut pas marcher sans un contrôle drastique des mouvements de capitaux.

     

    Conclusion

     

    Le jeu de la droite libérale va devenir très simple : renégocier la dette en allongeant par exemple les délais, tout en faisant tenir des discours débiles à Schaüble pour faire croire que l’oligarchie européiste cède sur quelque point mineur. Comme ce sont les investisseurs institutionnels qui en détiennent plus de 70% cela est tout à fait possible. Avec dans l’idée que si Tsipras applique un programme de relance sans sortir de l’euro, il échouera pour les raisons qu’on a dite. Les élections d’hier ont engendré beaucoup d’espoir, notamment en Espagne où Podemos pourrait suivre le même chemin que Syriza et remporter les prochaines élections. Mais évidemment le chemin est semé d’embûches, non seulement parce que l’oligarchie ne souhaite pas la réussite de Syriza, mais aussi parce que la voie du compromis choisie pour l’instant par Tsipras et qui lui a permis de gagner les élections, ne semble pas suffisante pour faire face à la gravité de la situation.

     

    Liens

     

    http://www.lalibre.be/economie/actualite/benoit-coeure-bce-il-est-impossible-d-accepter-une-restructuration-de-la-dette-grecque-54c5e4383570af82d5140548

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    Mario Draghi continue à faire de la politique monétaire malgré les grimaces et les menaces des Allemands. Comme l’avait annoncé il y a quelques jours Hollande – certains disaient qu’il avait gaffé, mais en réalité tout le monde savait – la BCE va procéder à un rachat des dettes des Etats européens pour un montant évalué à 1000 milliards d’euros. Il s’agit donc de créer de la monnaie et de l’injecter dans l’économie. On appelle cela Quantitative Easing (QE) qu’on traduit par « assouplissement quantitatif ». Autrement dit, on fait marcher la planche à billets. C’est ce que font les Etats Unis, ce qu’ont fait les Suisses, le Japon ou encore le Royaume Uni depuis plusieurs années.

     

    Quels sont les buts ?

     

    Le but affiché serait de lutter contre la déflation qui menace l’activité économique dans la zone euro. Mais par quels mécanismes ? Et bien on suppose que les agents économiques qui vont vendre ces titres représentant les dettes publiques, vont utiliser cet argent pour investir et relancer la croissance. Cet excédent de monnaie profiterait donc aux investisseurs et permettrait d’agir du côté de l’offre. Dans un second temps dès que l’économie repartira la BCE revendra ces titres et récupérera la monnaie créée, et elle la stérilisera. Bien évidemment le rachat des dettes se fera d’une manière plus lente, à un rythme de 60 milliards par mois et donc l’opération prendrait un an et demi.

    Le second but sera évidemment de faire baisser l’euro, puisqu’en effet en injectant des milliards d’euros, la monnaie européenne devient moins rare et donc moins chère. Cette baisse de la valeur de l’euro qui est d’ailleurs réclamée depuis des années aussi bien par les entrepreneurs que par les économistes plus ou moins keynésiens, amènera forcément une baisse des prix des marchandises exportées et une hausse de la valeur des importations. Le QE va donc permettre une amélioration de la balance des paiements de la zone euro.

    En général les économistes orthodoxes qui critiquent le QE le font en disant que cela va renchérir le prix des matières premières importées dont on ne peut se passer comme par exemple le pétrole. Mais comme le pétrole a atteint un cours très bas – il a été presque divisé par deux en quelques mois – l’argument n’est pas bon. En vérité ils se méfient de l’inflation, non pas pour des raisons théoriques, mais pour des raisons de proximité de classe : en effet l’inflation rogne la rente, et si elle se développait, elle diminuerait de fait le poids de la dette publique.

     

    Quels résultats ?

     

    Il y a les résultats espérés, et les résultats certains. Commençons par ce qui est sûr. Cette action de la BCE va faire baisser la valeur de l’euro et celle-ci a déjà commencé comme on le voit dans le graphique ci-dessous. La contrepartie de cette baisse de l’euro c’est une remontée des valeurs cotées en bourse. L’euro a atteint son cours le plus bas face au dollar depuis 2003. Et sans doute cela va-t-il continuer.

      

    Cette baisse de la valeur de l’euro devrait effectivement relancer les exportations pour les pays comme la France ou l’Italie dont le commerce possède une élasticité-prix assez forte. Mais il faut se souvenir que la plupart des pays de la zone euro commerçant entre eux, cette dévaluation de fait de la monnaie unique non seulement ne relancera le commerce extérieur que marginalement, mais ne règlera pas le problème fondamental des pays qui comme la France ont des balances commerciales structurellement déficitaires avec leurs partenaires de la zone.

    Le second point est celui de l’inflation. En vérité celle-ci ne se décrète pas. Elle est liée au pouvoir d’achat des agents économiques. Quand les excédents de monnaie nourrissent par exemple les hausses de salaires, alors cela génère de l’inflation. Mais si ces excédents de monnaie vont accroître le pouvoir d’achat des seuls rentiers, alors cet excès de monnaie nourrira une bulle spéculative, alimentant seulement une hausse des titres financiers négociables sur le marché. Comme toujours un entrepreneur rationnel n’investit et ne demande des crédits à l’investissement que si le marché est porteur, qu’il y a en face de lui une demande solvable. Bien évidemment l’injection de liquidités va faire encore baisser les taux d’intérêt, cela peut profiter au secteur immobilier, mais sera insuffisant pour susciter des investissements productifs. C’est un peu la même erreur que la FED avait commise en 1930, avant l’arrive de Roosevelt à la tête des Etats-Unis, lorsqu’elle avait fait chuter les taux d’intérêt, prétendant toujours agir du côté de l’offre. Ce fut un échec, la baisse des taux ne relança pas les investissements et le chômage augmenta. Ce qui veut dire que pour lutter contre la déflation, il faut non pas injecter des liquidités du côté des banques, mais plutôt du côté des salaires et de la demande. Comme on le voit ce qui compte n’est pas d’injecter des liquidités, mais plutôt par quel circuit on injecte ces liquidités. On anticipe maintenant des taux d’intérêt négatifs dans la zone euro, mais il n’y a pas pour autant de raisons de croire que cela stimulera les investissements face à une demande atone. L’inflation, la vraie, ne peut venir que d’un partage de la valeur ajoutée plus favorable aux salariés. Rien ne dit qu’on ira dans ce sens.

     

    La fin de la zone euro

     

    Le premier point est qu’en agissant ainsi Mario Draghi non seulement a agi contre les Allemands, mais a violé les traités européens puisque ceux-ci stipulent que la BCE ne doit pas racheter de la dette publique. Cependant, Sapir souligne un point important, c’est que le mécanisme de rachat se ferait pour environ 20% directement par la BCE et les autres 80% seraient portés par les banques centrales nationales ! Autrement dit, il s’agit d’une renationalisation rampante de la politique monétaire. Et donc pour Sapir il s’agit d’une évolution vers un éclatement de la zone euro.

    Mais on peut le voir aussi autrement. La politique de QE de la BCE est aussi une réponse à la guerre des monnaies qui se livre en sourdine sur les marchés monétaire depuis de longs mois, chacun laissant chuter sa monnaie nationale de façon à relancer son économie. Seule la zone euro refusait de suivre cette voie, mais comme cela était prévisible, elle a fini par céder. La question qui se pose est de savoir si cette politique sera suffisante pour relancer la croissance. Autrement dit est-ce que ce qui est important c’est la valeur de la monnaie unique par rapport aux autres monnaies – et donc par rapport au dollar – ou la valeur de l’euro pour les pays de la zone qui ont une croissance faible, une balance commerciale déficitaire et une dette publique croissante ?

    L’avenir nous le dira. Je ne crois pas que la baisse de la valeur de l’euro et l’excédent de liquidités permettra de régler les déséquilibres internes à la zone euro. En outre ces fameux excédents de liquidités vont sûrement servir à consolider les bilans bancaires qui sont un peu partout, notamment en Espagne, très dégradés. Si la croissance et l’emploi ne repartent pas, alors il faudra bien se résoudre à abandonner l’euro et envisager de réformer sérieusement notre modèle de production et de consommation qui prend eau de toutes parts. En outre un échec de la politique monétaire de Draghi pourrait tout à fait servir de prétexte pour que les Allemands sortent de l’euro, ce dont ils rêvent sans le dire.

    En conclusion, on peut dire que le QE va donner à court terme une petite bouffée d’oxygène à la zone euro par le biais des exportations, mais qu’au-delà rien n’est acquis et surtout pas une remontée de l’inflation.

     

    Liens

     

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/01/22/la-bce-laisse-ses-taux-inchanges-proches-de-zero_4561596_3234.html

    http://russeurope.hypotheses.org/3342

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    Hier nous avions une projection dans le trop beau cadre du cinéma Utopia manutention d’Avignon. La soirée était organisée sous l’égide de José Ruiz par Les amis du Monde diplomatique, Attac, La Ligue des droits de l’homme et Les amis de l’Humanité. Il y a avait du monde et lors du débat qui a suivi le film les questions ont été nombreuses et animées. Le sujet est en effet intéressant puisque tout le monde a le sentiment, à juste titre, que le monde de la finance a pris le pouvoir sur nos vies, sur nos sociétés et qu’il va bien falloir un peu réagir.

    C’est une pratique assez récente de faire circuler des films documentaires ou semi-documentaires, à la fois pour donner des éclairages nouveaux sur des phénomènes sociaux et économiques, et pour se réunir et débattre en bons citoyens que nous sommes pour essayer de faire avancer un peu les choses. Nous avons, je crois, bien besoin de renouveler nos cadres mentaux, nos modes d’analyse pour tenter de mettre un peu d’ordre dans le chaos de nos sociétés. C’est parce que j’ai une formation d’économiste que j’étais invité à essayer de donner un éclairage sur ce film. Ci-dessous on trouvera mes réflexions sur le documentaire de Marc Bauder qui a été accueilli d’une manière assez mitigée, les uns trouvant le film un peu léger, les autres au contraire très pertinent dans sa manière de partir de l’expérience d’un banquier de haut niveau qui a participé à la mise en place d’un système dont on voit maintenant les défauts.

    C’est un film assez curieux puisqu’il n’est pas tout à fait un documentaire en ce sens qu’il n’a aucune espèce d’objectivité. Au contraire c’est seulement la vision d’un ancien banquier, Rainer Voss, que nous sommes conviés à entendre et regarder. Il y a si on peut dire trois niveaux de lecture de ce film. Le premier c’est une expérience individuelle : un homme jeune se trouve attiré par un système qui le rejettera une vingtaine d’années après. Si cette finance de haute volée l’attire, c’est d’abord parce qu’elle représente pour lui la puissance – d’où le titre du film – une forme de virilité. Et bien sûr cette volonté de puissance s’appuie sur quelque chose de louche qu’en économie on appelle asymétrie de l’information : on vend un produit financier par exemple à une municipalité qui ne sait pas ce qu’il y a derrière. On met d’ailleurs toute son ingéniosité à créer des produits de plus en plus sophistiqués pour gagner toujours plus d’argent, avec l’objectif d’augmenter les performances de la banque plus rapidement que celles de l’économie réelle


    Le deuxième niveau c’est le fonctionnement global du système bancaire lui-même. Il fonctionne sans que personne n’y comprenne rien, comme une pyramide de Ponzi, mais dès que quelqu’un veut se faire rembourser, ou dès qu’un créancier est défaillant, évidemment tout s’écroule. C’est ce second niveau qui est sans doute le mieux présenté dans le film. Du moins c’est ce qui est le plus satisfaisant. La finance vit en vase clos, déconnectée de l’économie réelle sur qui pourtant elle agit comme un  prédateur.


    Le troisième niveau est celui d’une analyse plus globale : pourquoi et comment un tel système qui engendre crise sur crise et qui appauvrit les populations peut-il exister ? Les réponses avancées par Rainer Voss ne sont pas satisfaisantes. Il se contente de dire d’un côté que certains créanciers exagèrent en rachetant de la dette grecque ou portugaise à bas prix pour exiger ensuite que l’Etat la paye à sa valeur faciale. Or en vérité, ce système imbécile possède bien une logique. Ce n’est pas pour rien qu’il a été justifié par des conservateurs comme Reagan et Thatcher. L’objectif est d’augmenter globalement les profits et de faire en sorte que les pays développés contrôlent le système bancaire international en orientant la mondialisation.


    Rainer Voss se pose la question de ce qui pourrait mettre fin à cette comédie. Il pense à une nouvelle crise bancaire, et en effet il est tout à fait possible qu’une nouvelle crise bancaire, bien plus redoutable que celle de 2008 apparaissent. Rainer Voss liste d’ailleurs les créances pourries sur lesquels les bilans des banques allemandes sont adossés. On voit bien qu’il y a une manière facile d’enrayer cette dynamique qui va produire encore des crises, c’est de « démondialiser » l’économie, et de revenir à un contrôle des mouvements de capitaux dans le cadre national. Donc en finir par exemple avec l’indépendance des banques centrales et faire en sorte que ce soit celles-ci sous le contrôle de l’Etat qui créent la monnaie. On comprend bien par exemple que si les Grecs avaient financé leur dette sur leur marché intérieur, ils ne subiraient pas aujourd’hui la pression de Merkel pour les faire bien voter pour le candidat de son choix, ou encore qu’ils n’auraient pas besoin d’entendre Christine Lagarde leur expliquer que s’ils votaient mal – pour Syriza – elle leur couperait les crédits. On ne peut pas en même temps réclamer la souveraineté politique – ce que font les Grecs – et s’en remettre à une monnaie qu’on ne contrôle pas l’euro. Il faut se donner les moyens de sa souveraineté, sinon on parle dans le vide.


    Du point de vue cinématographique, il n’y a pas grand-chose à en dire. C’est plutôt plat, et il faut supporter tout le long la langue allemande. On filme une sorte de confession dans un immeuble anciennement occupé par une banque à Francfort. Cette austérité de la mise en scène lui a été reprochée. Rainer Voss se justifie, s’abrite derrière le système pour nous assurer qu’il n’est pas vraiment responsable, que c’est le système. C’est un peu juste, mais peut-être que ça l’aide dans sa reconversion. Et s’il n’avait pas été viré, on se demande bien ce qu’il aurait fait, sans doute aurait-il continué à déconner. Il y a quelques séquences assez étonnantes : d’un côté Voss nous dit qu’on ne peut pas expliquer de délabrement par la malhonnêteté, mais de l’autre il nous lit la liste des provisions qu’UBS est obligée de faire pour faire face aux nombreuses poursuites qui sont dirigées contre elle. Il a aussi de bonnes intuitions quand il dit que regarder la dette publique est un leurre, l’endettement privé est aussi un problème, il donne l’exemple de l’endettement immobilier aux Pays-Bas qui atteint 120% du PIB !


    C’est bien sûr un film qui se veut militant, mais sa conscience est aussi légère qu’une plume, son analyse insuffisante. Il fait partie de cette longue cohorte de films didactiques qui voudraient bien nous enseigner quelque chose, mais quoi ? Néanmoins malgré ce manque de rigueur il permet d’avancer en posant la question suivante : peut-on se passer de la finance ? Peut-on la domestiquer ? Rainer Vosse pense que oui, qu’elle pourrait aider à la transition énergétique ou à quelque autre projet généreux. Moi je pense que non, à moins de la contrôler d’une poigne de fer.

     

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  • La marche de dimanche dernier

      

    Mobilisation à Marseille

     

    L’unanimisme de dimanche est une chose suffisamment rare pour qu’elle soit soulignée. Comme toujours un tel mouvement de foule a un sens. Certes on comprend bien que les récupérateurs de tout bord se trouvaient là eux aussi, à commencer par les politiques. Une telle foule compacte et déterminée n’était pas là pour suivre tel ou tel mot d’ordre, mais d’abord pour signifier que les actes barbares de ces derniers jours étaient fortement rejetés, mais aussi qu’ils ne gangrèneraient pas tout le corps social.

    Cet unanimisme a été rompu. Curieusement on trouve dans ce même sac soit disant critique Jean-Marie Le Pen, qui décidemment veut faire du tort à sa fille, Dieudonné, mais aussi les gauchistes du type NPA, trotskards, ex-maos, ça ne leur convient pas de montrer son empathie pour des Juifs qui se sont fait massacrer dans un supermarché casher, ou pour des caricaturistes à la plume acidulée – alors qu’ils se mobilisent si facilement pour le combat très lointain de la Palestine, soutenant au passage le Hamas. Et bien entendu c’est là qu’ils révèlent ce qu’ils sont. Ils visent d’abord à diviser et à se démarquer des mouvements populaires qu’ils ne contrôlent pas, qu’ils ne peuvent pas contrôler.

    Que les politiciens aient voulu se mettre en avant, c’est un fait désolant, et on peut préférer les regroupements plus spontanés qui ont eu lieu avant cette grande démonstration. Mais c’est un peuple dans son entier qui s’est mobilisé. On remarquera que ceux qui manifestaient n’avaient pas hésité à sortir le drapeau bleu, blanc, rouge, alors que la foule mêlait allègrement la droite et la gauche dans une défense de ce qu’on voudrait conserver, la République.

      

    On n’avait jamais vu tant de monde dans les rues d’Aix-en-Provence

     

    Le second aspect c’est que quelques-uns se sont faits remarquer par leur absence, les trotskistes de NPA pourtant toujours partant pour défendre tel ou tel conflit lointain, et puis on a bien remarquer que la communauté musulmane ne s’était pas beaucoup mobilisée. C’est le cas à Marseille où la manifestation a réuni 60 000 personnes, alors qu’à Aix, une ville 5 fois plus petite 40 000 personnes s’étaient rassemblées et que Lyon comptait une foule de 300 000 personnes.

     

    Lutter contre le communautarisme et l’intolérance religieuse

     

    Dans l’ambiance qui est aujourd’hui celle d’une avant-guerre, il va de soi que toute reculade mènera au conflit ou à la guerre civile. Et les reculades ont déjà commencées. Le Pape François qui ferait mieux de la fermer à commencer à dire qu’il ne fallait pas insulter la foi de quelqu’un, quelle que soit cette foi. Il sous-entendait que les caricatures de Charlie certes ne méritaient pas la mort, mais que tout de même… Et puis on a vu le CFCM , mis en place je le rappelle par cette canaille de Sarkozy, lui-même financé par le Qatar. Ce CFCM juge la dernière une de Charlie inadmissible. S’ils n’admettent pas qu’en France on dessine le prophète, un cochon ou je ne sais quoi, il faut être très ferme, qu’ils s’en aillent, on ne les retient pas.

    Ce qui en question ici c’est l’essence même de la République : aucune communauté basée sur une religion ne peut imposer en dehors des lois de la République ce qui est admissible et ce qui ne l’est pas. On voit bien ici ce qu’on paye : quarante années de régression qui ont laissé la place à une montée parallèle des religions, au nom de la tolérance, celles-ci s’immiscent dans le débat public et le pollue pour ne pas dire plus. Je rappelle qu’en France on a mis plusieurs siècles pour marginaliser la religion catholique qui nous pourrissait la vie, ce n’est pas pour qu’aujourd’hui on se laisse dominer par les représentants d’un Islam fut-il modéré. Mon but n’est pas de dire qu’il faille interdire les religions, mais seulement que celles-ci ne doivent plus se mêler de vouloir influencer l’Etat et ses représentants. Qu’elles s’occupent du spirituel dans l’intimité, et qu’elles n’interfèrent plus dans la vie civile dans ce qu’elle a de visible.

    Se méfier des religions et les combattre c’est tout de même l’essence du combat socialiste. Marx parlait d’ « opium du peuple ». Restons-en là. Il est incroyable que des soi-disant communistes ou socialistes comme NPA par exemple n’aient pas une position plus ferme sur la religion. Prompts à manifester pour les victimes de la guerre à Gaza, sans craindre de soutenir du même coup le Hamas, ils se sont explicitement désolidarisés de Charlie sous des prétextes futiles.

    Ces derniers jours on a remarqué aussi que dans de nombreuses écoles de jeunes enfants ou adolescents non seulement trouvaient des excuses aux tueurs de chez Charlie, mais refusaient de se soumettre à une minute de silence, se mettant ouvertement contre la France. Cela en dit long sur les difficultés qui attendent les enseignants dans les zones dites sensibles.

     

    Pendant ce temps-là, les réfractaires

    Les sondages donnent une quasi-unanimité en France pour condamner les meurtres de Charlie, à 97%, gauche et droite confondues. Mais il  y a aussi des réfractaires qui aiment à se faire remarquer en affirmant qu’ « ils ne sont pas Charlie ». On trouve parmi cette mouvance les traditionnels de l’antisémitisme ouvert, Dieudonné, ou encore Shlomo Sand qui bien que Juif et Israélien, passe son temps à expliquer combien il ne veut pas être Juif et que d’ailleurs le peuple juif n’existe pas. On trouve parmi ces gens-là des anciens gauchistes, abonnés au soutien de la cause palestinienne. Ceux-là aiment bien le « oui » « mais ». Ça donne des discours assez répugnants du type, oui nous condamnons les meurtres, mais nous n’approuvons pas les caricatures de Charlie. Car maintenant que l’émotion retombe un peu, certains se laissent aller à des penchants naturels plus ou moins lâches, comme si on pouvait trouver des excuses à ces actes barbares ! On a commencé à voir fleurir des tribunes stupides notamment dans Le monde pour nous expliquer combien nous devions au contraire mieux accueillir cette religion, enfermant les « Arabes » obligatoirement dans une identité religieuse qu’après tout ils ont bien le droit de rejeter comme nous avons bien le droit de n’être ni musulman, ni juif, ni catholique. On saluera ici la prise de position courageuse de l’écrivain Kamel Daoud sur qui une fatwa a été lancée en Algérie, ou encore celle de Malek Boutih. Bien évidemment les théories complotistes fleurissent aussi à l’extrême-droite. Si Marine Le Pen a été assez discrète, s’en  tenant à la condamnation d’un islamisme radical, son père l’a été beaucoup moins, reprenant à son compte et à mots couverts la thèse de l’extrême-droite antisémite de la mouvance Soral, selon laquelle les meurtres de Charlie sont un coup monté par la CIA ou le Mossad pour salir la communauté musulmane, ce qui est contradictoire avec le fait qu’une partie du monde musulman.

      

    Manifestation à Alger contre Charlie le 16 janvier 2015

     

    Dans le monde musulman, de l’Algérie au Pakistan, du Niger – où le centre culturel français a été incendié – à la Jordanie, le 16 janvier a vu un grand nombre de manifestations islamistes condamnant non pas les meurtres, mais Charlie. Le fait que ces manifestations aient eu lieu exactement le même jour suffit à démontrer qu’elles sont bel et bien coordonnées, et donc qu’elles s’inscrivent bien dans la ligne de continuité des meurtres des caricaturistes. A Jérusalem Est, les manifestants affirmaient que l’Islam était une religion de paix, et que les Français étaient des lâches, sous-entendant par-là que ce sont bien les caricatures de Charlie qui sont responsables du chaos ainsi engendré.

     

    Conclusion

     

    Si nous voulons que la France retrouve un minimum d’harmonie, il y a beaucoup à faire, aussi bien en mettant au pas les religions, qu’en faisant sortir ces millions de personnes d’origine immigrée de la misère et de la marginalité. Egalement si on veut reconstruire une identité française, il est temps de s’opposer aux dilutions de celle-ci dans l’Europe. Certains à gauche n’ont pas aimé voir autant de drapeaux français dimanche derniers, ils oublient que ce drapeau, comme La marseillaise ont été aussi pendant longtemps les symboles de la révolution et de la liberté. Pour ne prendre qu’un exemple les wobblies américains, anticapitalistes et révolutionnaires chantaient La marseillaise avant de chanter L’internationale. Le crime est aussi le résultat de l’affaiblissement de l’Etat français. Il est évident que la voie est étroite si on ne veut pas tomber dans un Etat répressif qui voterait des lois liberticides.

     

    Liens

     

    http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150115.OBS0008/en-direct-charlie-hebdo-plebiscite-wolinski-et-tignous-inhumes-aujourd-hui.html

    http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2015/01/16/dans-plusieurs-pays-musulmans-des-milliers-de-manifestants-contre-les-caricatures-de-mahomet_4558063_3236.html

    http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/01/16/le-musulman-modere-une-version-actualisee-du-bon-negre_4557616_3212.html

    http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/01/14/kamel-daoud-je-veux-continuer-comme-avant_4556342_3260.html

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/01/16/les-declarations-chocs-de-jean-marie-le-pen-sur-charlie-hebdo_4558124_823448.html

    http://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-berretta/malek-boutih-des-elus-locaux-corrompus-ont-pactise-avec-les-gangsters-et-les-islamo-nazis-13-01-2015-1896131_1897.php

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