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    Tout le monde a les yeux fixés sur la Grèce, les libéraux parce qu’ils craignent de voir s’effondrer la forme de leur pouvoir, et les autres parce qu’ils en ont assez d’un monde aussi dur avec les faibles et aussi conciliant avec les plus riches. C’est non seulement l’idée d’une possible politique différente de celle à laquelle nous sommes habitués, quelles que soient les alternances, mais ce sont les institutions européennes qui pourraient bien s’écrouler.

     

    Sondages

     

    Samaras n’ayant pas réussi à faire élire le candidat de la Troïka au poste très honorifique de président, il y aura des élections législatives anticipées le 25 janvier prochain. Dimas était un ancien commissaire de la Commission européenne qui en Grèce représente un peu le Diable.

    Beaucoup se réjouissent de cette future élection et pense qu’elle va amener du nouveau en Europe. En Espagne le nouveau parti Podemos a aussi le vent en poupe. Les Grecs qui n’en finissent pas de payer un plan de rigueur qui les ruine, ont placé en tête des sondages Syriza, le parti amené par Tsipras qu’on présente à tort en Europe et en France comme « la gauche radicale », au prétexte que Tsipras veut mettre fin à l’austérité en Grèce et relancer la demande. Le sens des mots se perd comme on le voit, et notre manière de lire le réel a tellement régressée qu’on a est presque à regarder un keynésien un peu rose comme un dangereux bolchevique. D’ailleurs les Grecs radicaux qui veulent finir avec le capitalisme ne veulent pas de Tsipras, ni même voter.

    Syriza serait en tête, avec presque 30% des voix. Cela irait dans la continuité des élections européennes de cette année. A quelques encablures suivrait le parti de Samaras ND avec 24%. Et le reste s’émietterait entre un grand nombre de petits partis. Il est remarquable que le PASOK, le parti des social-traitres grecs soit en voie de disparition. Il est crédité de 3 ou 4%, soit le score d’un parti trotskiste, après avoir été un des partis dominant de la Grèce contemporaine. C’est une leçon que les « socialistes » français devraient comprendre s’ils ne veulent pas disparaître, mais à mon avis ils n’en seront pas capables et ils suivront la voie du PASOK, ce qui reste de la gauche au PS ira sans doute grossir les rangs d’un futur et nouveau parti de gauche qui émergera sans doute après les élections de 2017 qui verra l’effondrement du parti de Hollandreou.

    Cependant les sondages ne donnent pas seulement comme indication l’arrivée dans l’ordre aux élections prochaines. Ils nous renseignent aussi sur la façon dont les Grecs voient leur avenir. C’est ainsi qu’ils sont maintenant 52% à penser que sortir de l’euro et de l’Europe est la bonne solution pour eux. Il faut dire que la purge que la Troïka leur a administrée est telle qu’on ne voit pas quel intérêt ils pourraient voir dans leur maintien dans l’euro.

     

    La Troïka sort l’artillerie lourde

      

    La Troïka qui occupe la malheureuse Grèce a sorti l’artillerie lourde pour défendre Samaras et donc la collaboration des parlementaires au pillage de la Grèce. On a     vu d’abord Juncker expliquer combien il était important d’élire Dimas pour éviter des élections qu’il pressentait difficiles, puis le social-traitre Moscovici est allé se mêler de donner des conseils électoraux aux Grecs, toujours dans le même sens. Maintenant c’est au tour du FMI de menacer la Grèce en lui indiquant que si elle votait mal le FMI lui couperait les vivres. Dans la foulée Wolfgang Schaüble, le ministre des finances de Merkel, est intervenu lui aussi pour faire la leçon aux Grecs. Il a signalé que les réformes imposées à la Grèce commençaient à porter leurs fruits et que maintenant la Grèce avait retrouvé la croissance et la compétitivité, donc que ce n’était pas le moment de casser une politique qui marche. On dirait Hollande voyant apparaître comme un miracle le retournement de la courbe. Il est probable que ce discours sur l’efficacité de la purge grecque s’appuie sur des chiffres truqués. Mais même si c’était vrai – on prétend par exemple que le chômage serait passé de 26,6% de la population active à 25,5% – cette politique a conduit la Grèce à une baisse du PIB par tête d’au moins 25%. Et comme cette politique d’austérité dure depuis 5 ans maintenant, on peut dire qu’elle est un échec.

    Je me demande si ces gens sont complètement idiots ou s’ils le font exprès. Mais il est évident que plus cette maudite Troïka parle en faveur de Samaras, et plus elle fait monter Syriza. Schaüble et le FMI sont détestés à un point inimaginable par les Grecs, notamment par ceux qui se souviennent que l’Allemagne n’a jamais payé ses dettes de la Seconde Guerre mondiale. Il est d’ailleurs cocasse que la mère Merkel ait annoncé il y a quelques jours à grands coups de trompettes que l’Allemagne avait fini de payer ses dettes de la Première Guerre mondiale ! La vertueuse Allemagne a mis près de 100 ans pour rembourser ses dettes – et entre temps elle avait déclenché la Seconde Guerre mondiale – et elle voudrait pourtant que les Grecs se débarrassent de leur fardeau en quelques années. Tout se passe comme si cette maudite Troïka visait à amener Tsipras au poste de premier ministre pour démontrer que cette voie est impossible et qu’il n’y a pas d’alternative.  

    Les médias aux ordres, comme Le monde, ont emboîté le pas à la Troïka et commencent à diffuser les éléments de langage en racontant que c’est bien dommage que Syriza vienne détruire une si belle politique qui commence à porter ses fruits en termes de croissance et d’emplois. En tous les cas ils diffusent la peur sur le thème qu’une arrivée au pouvoir serait synonyme de la fin du rêve européen, oubliant au passage de dire d’une part que le rêve européen est de partout devenu un cauchemar pour les pauvres, et que d’autre part la construction européenne ne peut pas être une fin en soi, ce dont on se rend compte aujourd’hui. Ce sont d’ailleurs les deux thèmes favoris des européistes : voter pour l’Europe qui est un beau projet et ne voter pas pour les populistes de gauche ou de droite. Evidement ce n’est pas un programme et ça ne suffit plus à masquer l’échec des partis de gouvernement libéraux, de droite ou de « gauche ».

     

    La tâche ardue de Syriza

     

    Il est possible que la dynamique de la campagne électorale augmente le score de Syriza, le parti qui fait figure de vainqueur attire toujours les hésitants. Mais à l’évidence Syriza ne pourra pas éviter de rechercher des alliances pour former une coalition de gouvernement. Pourtant ce n’est pas forcément de ce côté que les difficultés viendront. Selon moi elles se situent dans le programme même de Syriza. Certes ce programme est flou, mais il vise deux choses : d’une part de mettre fin à l’austérité et d’autre part à relancer l’économie par la demande en augmentant les bas salaires. On ne dira pas que cette politique est mauvaise, c’est après tout celle que le général De Gaulle appliqua avec succès en 1945, alors que la dette de l’Etat français était de 250% du PIB. Et à l’évidence seules l’inflation et une croissance forte peuvent tuer la dette publique. Seulement voilà, la Grèce se trouve engluée dans l’euro et ses contraintes. C’est-à-dire que tant qu’elle appartient à la zone euro, elle ne peut pas user de la dévaluation de sa monnaie pour utiliser et rectifier l’inflation. L’appartenance à la zone euro handicape la Grèce de deux façons, d’une part en l’empêchant de redresser durablement sa balance courante, et d’autre part en l’empêchant de générer de l’inflation.

    Si nous regardons les deux graphiques suivants que j’emprunte à Sapir, on voir clairement que la politique austéritaire a échoué en Grèce. Le simple fait que les investissements soient très faibles dans ce pays montre qu’une croissance vigoureuse et porteuse d’emplois n’est pas à l’ordre du jour, en effet on ne voit pas comment une économie qui n’investit pas serait créatrice d’emplois nouveaux. Si on suit les courbes du PIB et de l’investissement, la Grèce retrouverait son niveau d’avant la crise en 2020 ! et évidemment on ne peut pas dire qu’une politique qui dure 10 ans et qui a si peu de résultats est une bonne politique. Il faut donc avoir un peu d’imagination et proposer autre chose.

      


    La question est de savoir si Tsipras a les moyens pour innover en la matière. C’est un enjeu capital puisqu’en effet si la Grèce arrivait à démontrer qu’une autre politique est possible, alors elle serait un exemple pour tous. Par exemple pour l’Espagne où le parti Podemos a lui aussi le vent en poupe et où le parti de droite PP, et le PSOE sont complètement déconsidérés. On se doute que la Troïka fera tout pour mettre des bâtons dans les roues de Syriza, ils feront traîner les négociations sur la dette, exigerons le paiement de celle-ci, éventuellement auprès de tribunaux. Certes en même temps cela fera peur aux marchés comme on dit, et on peut s’attendre à une remontée des taux. Et les marchés n’aiment pas avoir peur.

    Il n’est donc pas certain que Syriza réussisse dans le cadre donné d’une Grèce dans l’Europe et dans l’euro. Dès lors deux scénarios sont possibles. Le premier serait que Syriza soit désavoué au Parlement et que de nouvelles élections arrivent au printemps 2015 par exemple, et que les choses rentrent dans l’ordre européen avec une nouvelle majorité plus docile. Le second sera une brutale sortie de l’euro et une répudiation de la dette grecque, au moins partiellement. Comme le graphique suivant le montre – Coe-Rexecode est une boutique liée au patronat français – la crise de la dette publique n’est pas prête d’être terminée, même si le relâchement sur les taux à fait paraître cette question comme relativement secondaire. Elle va donc refaire surface, et ce d’autant plus que la situation grecque apparaîtra ingérable.

      

    Nous souhaitons bien évidemment que la Grèce réussisse à montrer qu’une autre voie politique est possible. Mais pour l’instant nous ne voyons pas comment cela est possible à court terme en l’état des forces en présence. Il nous semble que le chemin sera encore long et semé d’embûches avant qu’on ne s’engage dans une voie différente de celle du capitalisme sauvage.

     

    Liens

    http://www.greekcrisis.fr/2014/12/Fr0388.html#deb

    http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/12/30/la-grece-se-prepare-a-26-jours-difficiles-de-campagne-electorale/

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/12/29/bruxelles-suit-de-pres-la-crise-politique-en-grece_4547128_3214.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20141218trib947cb6983/grece-les-reformes-commencent-a-porter-leurs-fruits-pour-la-population-schauble.html

    http://russeurope.hypotheses.org/3211

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    La question est à nouveau posée par les élections générales qui se profilent en Grèce et qui donnent à Syriza un très net avantage. Le corrompu président de la Commission européenne est intervenu en faveur du corrompu ministre grec Samaras. On l’a tout de suite accusé d’ingérence dans les affaires d’un pays qui en théorie, mais en théorie seulement, est une nation souveraine. Il est vrai que les « marchés » cette entité qui semble exister au-dessus des hommes et des partis politiques se montrent très inquiets. La bourse d’Athènes dévisse à n’en plus finir, ajoutant aux malheurs de la Grèce l’angoisse d’un abandon. A l’évidence, les marchés, la troïka et Juncker vont s’efforcer de jouer sur la peur du chaos pour faire élire leur candidat et tenter de maintenir le statu quo. Pour eux il est pratiquement interdit de discuter de l’appartenance de la Grèce ou d’un autre pays à l’Europe. La question ne doit pas être posée, et surtout ce tabou les dispense d’argumenter l’intérêt qu’il pourrait bien y avoir à continuer à faire tourner cette boutique.

     Le jeu difficile de Tsipras

     

     

    Tsipras finalement à l’aise avec la bureaucratie corrompue de Bruxelles

     

    La Grèce est le pays qui a le plus souffert justement de la politique libérale de l’Union européenne. Son niveau de vie – officiellement mesuré par le PIB par tête – a chuté de 40% depuis que l’Europe lui administre la purge austéritaire que l’on sait. Malgré les messages rassurants – Samaras parle de bons résultats – le chômage reste durablement à des niveaux très élevés, la croissance ne repart pas, et la dette publique ne recule pas non plus. Cinq ans de purge n’ont pas permis de régler les problèmes. C’est donc bien ce pays qui aurait le plus de raison de sortir de l’Union européenne et de l’euro, tout en répudiant une partie au moins de sa dette. Cinq ans, c’est long, il n’y a pas d’exemple dans l’histoire qui aient vu une crise durer aussi longtemps. Soit la crise débouche sur un conflit militaire, soit la crise est étouffée par un changement radical de modèle. Il faut bien partir du fait que la crise a été engendrée par les déréglementations successives[1]. Parmi ces modes de déréglementations, il faut compter l’Union européenne et la mise en place de la monnaie unique. Dès lors on comprend qu’en matière économique et sociale on ne peut pas soigner le mal par le mal à doses massives, ni même à doses homéopathiques.

     


    La question qui se pose alors est pourquoi Tsipras et Syriza ne sont pas plus offensifs ? En effet, lorsqu’on interroge le charismatique Tsipras, bien qu’il effraye encore le rentier, il ne donne que de vagues indications sur ce qu’il ferait en tant que premier ministre. Il n’envisage pas de rupture et souhaite que l’Union européenne continue à « aider la Grèce » à financer sa dette. Or il est facile de comprendre même pour un non initié que cela mettra toujours d’une façon ou d’une autre la Grèce sous les exigences de ses créanciers. Tsipras est en train de faire le grand écart, d’un côté il réclame une hausse du salaire minimum, des investissements de l’Etat et l’abandon des deux tiers de la dette publique, mais de l’autre il réclame des négociations avec Bruxelles et refuse de sortir de l’euro. Or les exigences de Tsipras sur le plan intérieur ne sont pas compatibles avec les exigences de ceux qui dirigent l’Europe, ni avec celles des marchés. 

    Si la City fait semblant d’avoir peur de l’arrivée de Tsipras au pouvoir, les forces de la réaction pourraient par contre y trouver leur compte. Passons sur le fait que Tsipras ait reçu l’onction du Pape avec qui il se trouve des convergences. Mais son but suprême reste de sauver l’Europe avec la complicité active des sociaux-démocrates allemands et autrichiens. Il fait semblant de ne pas comprendre que cette Europe qu’il veut sauver – on se demande bien pourquoi cela serait un but noble – est celle-là même que les sociaux-démocrates ont construite. Emettre simplement l’idée que l’Europe et ses institutions sont réformables c’est finalement cautionné un système anti-démocratique et corrompu.

    La question qui se pose alors est de savoir pourquoi Tsipras est si timide – à côté Franklin Roosevelt passerait pour un dangereux bolchevique. Il me semble que la réponse tient en quelques mots. Il n’est pas sûr que ses troupes et les électeurs le suivraient sur la voie escarpée de la sortie de l’euro et de l’Europe. En outre une telle décision est difficile à prendre, ce n’est pas parce qu’on sent qu’elle est nécessaire qu’on soit capable aussi de l’administrée. On a déjà vu que les marchés jouent et vont jouer de plus en plus de cette peur du vide. Le leitmotiv est que la sortie de l’euro est inédite et risquée, ce qui est vrai, mais après tout l’entrée dans l’euro était elle aussi très risquée et les faits ont montré que ce risque était bien réel. Mais quand on est entré bêtement dans l’euro, non seulement les « marché » se montraient rassurant, mais aussi l’ensemble de l’oligarchie et encore les journaux qui massivement leur sont inféodés.

     

    Histoire d’avenir

    Pour ma part je ne pense pas que les structures de l’Union européenne et les mécanismes du fonctionnement de la monnaie unique permettent à la Grèce ou à un autre quelconque pays d’adopter une politique de « gauche », même vaguement de « gauche », avec relance de la demande par le biais des bas salaires par exemple. Mais les pesanteurs sont telles qu’il semble également qu’à court terme il soit impossible d’en sortir. Le chantage au chaos, le chantage à la dette, la propagande outrancière dont le corrompu Juncker n’est qu’un exemple, tout cela empêche même que nous vienne à l’idée de prendre une telle décision. En France cela est renforcé par le fait qu’on va nous dire que sortir de l’euro ça fait partie du discours du FN qui est brandi comme l’ultime épouvantail.

    La Grèce est habitée par cette maladie de langueur qui en même temps permet de développer – la nature ayant horreur du vide – des nouvelles formes de sociabilité, des tendances autogestionnaires. Tsipras n’appuie pas ce mouvement, il reste dans le cadre légal et dépassé des vieilles institutions bourgeoises. Yannis Youlantas à qui je faisais part de mon étonnement me disait que si les Grecs sont bien conscients des impasses de l’Europe – cette Europe que le PCF vouait aux gémonies avant 1983, comme l’Europe des banquiers du grand capital – ils ne sont pas prêts à prendre le risque de sortir de l’euro et de l’Union européenne. Bref ils ne sont pas prêts à se libérer de leurs chaînes. Ils attendent encore un miracle, même si celui-ci tarde bien à venir.

    Mais comme en même temps l’Europe et sa monnaie unique ne sont pas capables de produire des résultats même bêtement sur le plan de la croissance, de l’emploi et des salaires, il semble que l’on doive s’attendre à une décomposition lente de ce cadavre. Les électeurs vont bien entendu se désintéresser de plus en plus de cette pseudo-démocratie qui les bafouent à longueur de temps. Ce qui veut dire aussi que pendant des années encore on va vivre avec l’augmentation de la pauvreté et du chômage, avec la hausse des inégalités et donc aussi avec des mouvements de révolte aussi confus que désorganisés. La police y est préparée et elle semble avoir reçu des instructions un peu partout pour utiliser une violence assez inédite comme le montre ce qui se passe en France, les lois qui ont été votées récemment en Espagne, et bien sûr la sauvagerie de la répression en Grèce.

     

    Répression policière en Espagne

    Les intérêts financiers en jeu à court terme sont tels qu’on voit mal l’oligarchie aborder un virage sérieux. Elle préférera jouer le pourrissement qui peut durer des années et des années. La seule chose qui pourrait démentir ce pronostic très pessimiste c’est une nouvelle crise financière de grande ampleur, car à ce moment-là les Etats nationaux ne pourraient plus sauver une nouvelle fois les banques, et seraient dans l’obligation de procéder à des nationalisations pures et simples, mais dans ce cas l’Europe en tant qu’institution aurait vécu.

     

    Moscovici, social-traître patenté et homme de droite avec un faux-nez est lui aussi allé vanter les mérites de cette crapule de Samaras. Bruxelles met le paquet. On a trouvé un député socialiste qui ne semble pas avoir compris que la deuxième gauche a liquidé le P « S », Guillaume Balas, qui s’est indigné de ce curieux concubinage. Il faisait remarquer fort justement qu’en soutenant ouvertement Samaras, la bureaucratie bruxelloise visait peut-être l’inverse, à savoir une victoire de Tsipras. Avec Syriza en position de gouverner, même au travers d’une alliance, ils démontreraient alors que finalement Samaras ou Tsipras c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

    Je me pose la question, comment un parti de gauche, avec certainement des militants de gauche, a-t-il pu laisser l’appareil aux mains de ces gens-là ? Pourquoi les ont-ils adoubés pour être leurs élus et leurs représentants ?

    P.S.

    Un appel est lancé par des personnalités de gauche justement pour poser ces questions qui dérangent sur l'Europe et sur l'euro. 

    http://www.marianne.net/La-gauche-doit-rompre-avec-l-euro-liberalisme_a243449.html

    Liens

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20141212tribbbbf0fd89/grece-que-fera-syriza-une-fois-au-pouvoir.html

    http://www.vineyardsaker.fr/2014/10/11/alexis-tsipras-version-3-0-coopte-sainte-alliance-socialos-jezes/

    http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2014/12/15/25002-20141215ARTFIG00406-un-eurodepute-ps-dit-sa-honte-apres-la-visite-en-grece-de-moscovici.php



    [1] C’est un fait, même si on avance que ces déréglementations ont été nécessaires pour continuer l’accumulation du capital comme le signalent certains marxistes qui voient un peu trop souvent la réalité économique comme une simple mécanique qu’aucun amendement ne permettrait finalement de contrôler.

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    Les Maos n’existent plus, et c’est heureux, ils ont disparu avec la disparition de Mao Zedong, le dictateur chinois qui dans le temps s’appelait Mao Tsé Toung. Mais curieusement ils sont devenus, malgré leur stupidité, un sujet de roman. On ne trouvera pas de roman sur la saga des trotskistes par exemple. Le fait est que la saga des Maos a quelque chose de fascinant, ne serait-ce que parce qu’elle explique pour partie pourquoi le mouvement de Mai 68 s’est aussi rapidement effondré, tandis que les groupuscules trotskistes, revenus à leur étiage d’avant Mai 68, continuent benoîtement le même confusionnisme sur les luttes sociales.

    Sur ce thème on peut lire les romans des frères Rolin qui ont appartenu à cette mouvance à travers la Gauche Prolétarienne. Ce sont deux ouvrages très intéressants et presque jumeaux. Ils traitent essentiellement de leur propre expérience, à l’intérieur de cette organisation finalement assez cocasse bien qu’elle ait contribué à ruiner pas mal de vies individuelles. Tout le monde n’a pas eu la capacité de se recycler dans le commerce intellectuel comme les July, les Sollers ou les Kristeva. Robert Linhart sombra dans la folie ordinaire, Benny Levy se fit grand spécialiste des études talmudiques, Louis Althusser après avoir assassiné sa femme, fut interné.

     

    Le propos de Morgan Sportès est autre. Auteur intéressé par le crime comme une déviance politique, il regarde de l’extérieur l’effondrement ce mouvement, sans tendresse, ni sans complaisance. Il écrit un roman qui, à travers une intrigue plus ou moins policière, vise à dévoiler les ressorts d’errements dangereux et finalement complices d’une certaine forme de spectacle politique. Jérôme est un ancien d’une organisation maoïste qui ressemble à la Gauche Prolétarienne comme deux gouttes d’eau. Il travaille dans une maison d’édition qui a recyclé les Maos défroqués dans le commerce de la culture, avec ses impératifs économiques particuliers. Il est encore jeune, l’action se passe dans le milieu des années soixante-dix, et file le parfait amour avec Sylvie qui ne sait rien de son passé et qui, elle, travaille dans un journal féminin, un peu branché, un peu vulgaire. Mais voilà, le passé de Jérôme va le rattraper. Des anciens camarades de lutte, qu’il aimerait bien oublier, veulent reconstituer l’organisation et l’implique dans de nouvelles tâches terroristes qui sont censées raviver la flamme de la grande révolution trahie. Sa première action doit être l’assassinat d’un ancien vigile de chez Renault qui a tué lors d’affrontements avec les Maos le jeune Jeannot – c’est une image de la mort de Pierre Overney. Ne sachant trop comment s’en sortir, il sombre dans la neurasthénie. En même temps, il doit affronter les services de police qui semble-t-il manipulent cette nouvelle organisation dans un but qu’il n’est pas facile de décrypter.

    Le sujet est intéressant. En nous replongeant dans cette période, on se rend compte combien des intellectuels plus ou moins bien équipés, mais de renom se sont laissés prendre avec beaucoup de plaisir à cette vaste blague qu’était la Révolution culturelle. La liste est longue, et incidemment Morgan Sportès en donne un début, citant pêle-mêle July, Sollers, Geismar ou même Michel Foucault, encore Godard (le plus con des Suisses pro-chinois disait l’IS), Joris Ivens, la Macciocchi. L’incroyable Sartre aussi, tous des intellectuels à la recherche hystérique de l’ouvrier qu’ils entraîneraient derrière eux dans le culte de Mao. La pratique organisationnelle de ces Maos – il y avait des tas de boutiques différentes d’ailleurs GP, PCMLF, UCFML, j’en passe, qui toutes étaient ennemies les unes des autres – était un vrai repoussoir pour l’idée de révolution. En les voyant vivre et fonctionner, on préférait encore le capitalisme pourri à leur férule imbécile. Ils mettaient en avant en effet le personnage de Staline déjà bien dévalorisé, et présentaient une prétention à la dictature du prolétariat, prolétariat qu’ils prétendaient incarner, qui était assez effrayante. S’ils savaient faire du bruit grâce à leurs actions spectaculaires, ils n’étaient pas populaires pour autant, même auprès des personnes bien disposées à l’idée de la nécessité de la Révolution socialiste ou communiste. Leur intransigeance s’appuyait sur une analyse théorique de très faible tenue également. Comment aurait-il pu en aller autrement ?

    Ce qu’il y a d’assez exceptionnel dans ces organisations, c’est surtout par cette volonté de s’auto-intoxiquer à l’aide d’une Chine rêvée qui n’existait même pas. D’ailleurs dès la fin des années soixante beaucoup avaient une opinion négative sur cette Chine – malgré la propagande sans vergogne d’un guignol comme Alain Peyrefitte – des éléments d’information filtraient sur le caractère sanglant de ce régime. Mais il est vrai que le personnel médiatique, y compris Le Monde, qui a toujours une guerre de retard sur l’évolution de l’actualité, procédait à un tir de barrage incessant pour nous vendre ce régime comme une sorte de paradis en devenir. Je me souviens avoir lu à l’époque un « reportage » de Philippe Sollers à son retour de Chine. Publié en plusieurs livraisons, il répétait platement et sans aucun recul les mêmes slogans que les organismes de propagande chinois lui avaient vendu. Ceux qui s’intéressent à l’œuvre de ce malheureux écrivain devraient faire un retour sur ce texte. Depuis Sollers s’est réorienté vers l’apologie de la vie et de l’œuvre de Guy Debord, avec le même enthousiasme qu’il le faisait pour Mao. Comme quoi conserver et entretenir une indépendance d’esprit n’est pas à la portée de tout le monde.

    L’ouvrage de Morgan Sportès est donc un rappel de ce que fut cette époque. C’est à mon sens ce qui en fait le principal intérêt. Il met en scène les illusions d’une fraction particulière de la bourgeoisie lettrée, il en montre aussi le repli misérable. L’aspect littéraire est un peu moins convaincant, écrit comme un thriller, il ménage le suspense sur ce que va faire Jérôme, comment va-t-il s’en sortir ou pas de ce chantage qui pèse sur lui. De ce côté-là l’écriture est plutôt hésitante, et il est obligé de faire appel à une sorte de théorie du complot qui montre combien ces Maos étaient manipulés. S’il apparaît évident que les services secrets de plusieurs pays aient utilisé les Maos dans un but politique, il n’est pas du tout certain que ceux-ci aient été la création de la CIA et donc des Américains et de leurs multinationales dans le but de contrecarrer l’URSS et de l’amener par la suite à se fondre dans le grand empire de la marchandise. Qu’il y ait de par le monde des officines qui passent leur temps à fomenter des mauvais coups, cela me parait certain. Mais ce monde des services secrets et de ces dites officines n’est pas aussi homogène que ça et surtout, outre qu’il ne semble pas toujours savoir où il va, n’obtient pas des résultats aussi brillants que ça. Morgan Sportès s’embarque dans un délire assez fantastique dans lequel il avance que finalement Mai 68 a été mis en mouvement essentiellement pour faire partir le général de Gaulle du pouvoir !

    Si la description de cette forme de folie que fut le maoïsme est très bien rendue, le style un peu décalé, un rien démembré reste un peu paresseux. Morgan Sportès, c’est son habitude, a utilisé des faits réels, comme la mort de Pierre Overney auquel il consacrera un ouvrage peu après, l’enterrement de ce symbole qui fut suivi par 200 000 personnes, avec de nombreuses vedettes comme Jane Fonda, François Mitterrand ou Lionel Jospin. Cet enterrement sera le point d’orgue de la mouvance maoïste, c’était en même temps l’enterrement de celle-ci. Il raconte aussi l’attaque de Fauchon – qu’il appelle Reblochon, et d’autres anecdotes très justes sur les conneries groupusculaires de ces Maos, par exemple cette débilité qui consistait à torturer ses propres militants dans des séances d’auto-critique.

    Si on regarde cette période avec un peu de détachement, on se rend compte que toutes les organisations trotskistes et maoïstes qui prétendaient prendre la place du PCF comme parti de masse des travailleurs, ont été pour beaucoup dans le recul de l’idée de révolution. Leur dogmatisme, leur folie, cette incapacité à vivre pour autre chose que pour le militantisme, ne donnaient guère envie de continuer avec eux. D’ailleurs même lorsqu’ils s’essayaient à une jonction avec la classe ouvrière, ils se faisaient refouler méchamment, et pas seulement comme ils le croyaient parce que la classe ouvrière était réactionnaire. C’est d’ailleurs ce dépit qui explique comment, avec facilité, ces intellectuels en viendront à épouser les thèses libérales, aussi bien en ce qui concerne les mœurs que l’économie. Ils gardaient et ils gardent toujours beaucoup de rancœur vis-à-vis d’un prolétariat qui a refusé de les suivre sur les chemins escarpés de leur propre connerie. Preuve finalement que le peuple a plus de bon sens qu’on ne le croit. Serge July deviendra le réactionnaire patron de Libération, s’offusquant que le peuple vote « non » au TCE en 2005, l’injuriant même. Philippe Sollers s’en ira voir le Pape[1], Alain Glucksman qui se piquait d’avoir tout compris à la stratégie militaire en lisant les œuvres de Mao consacrées à la guerre deviendra le boutefeu de service servant de caution à toutes les guerres, en Yougoslavie et ailleurs. Alain Badiou deviendra le chantre de l’antisémitisme déguisé en antisionisme. Une  partie d’entre eux se ralliera à l’Amérique au nom de la lutte contre l’URSS désignée comme l’empire du mal : on passa ainsi allégrement de la critique du révisionnisme soviétique à la défense très bourgeoise des droits de l’homme.

      

    Sollers s’agenouillant devant le Pape

    Quelle morale tirer de cette fable ? Tout d’abord que l’éducation ne protège pas de l’imbécilité, tous ces gens avaient lu, mal, certainement, mais ils avaient beaucoup lu. Ils appartenaient à cette frange particulière, à la fois lettrée et fermée aux postes de la haute bourgeoisie, les héritiers d’hypo-khâgne. Beaucoup se servaient de leur accumulation du savoir pour exercer un pouvoir sur leurs affidés. Il paraît que le personnage de Benny Lévy était tout à fait fascinant. Il faut donc se méfier des gens qui mettent trop en avant leur science, qu’ils se disent au service de l’économie ou du prolétariat. Mais aussi que derrière un radicalisme de façade se camouflait des intentions peu claires. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui après avoir encensé le prolétariat – l’établi était la voie de la rédemption – ce sont mis à en dénoncer les valeurs réactionnaires et leur « populisme » pour rejoindre et renforcer la bien-pensance. De ce point de vue on peut lire Maos de Morgan Sportès comme l’adieu définitif au gauchisme, même si on pense que les luttes sociales sont non seulement nécessaires mais inévitables dans un monde qui est en train de s’effondrer. Et si on en veut encore aux groupuscules gauchistes, qu’ils soient trotskistes ou maoïstes, c’est surtout parce que leur agitation stérile a fini par masquer le formidable mouvement de masse de Mai 68 qui fut avant tout spontané et prolétarien avant que d’être la somme des revendications des étudiants.

     

    La vieillesse est un naufrage disait le général De Gaulle

      

    En 1968 Cohn-Bendit était le symbole de la jeunesse révolté.

      

    En 2014, fait docteur honoris causas, il est le symbole de l’oligarchie européiste satisfaite.

      

    Comme on disait, on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui.



    [1] On se demande bien pourquoi la veuve de Guy Debord demanda à cet histrion de réaliser un film sur son défunt mari. Est-ce parce qu’il avait autant de pouvoir que ça chez Gallimard ?

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  • De la situation en Russie et ses conséquences

      

    Le journal Le monde après avoir été « le journal de référence » est en train d’atteindre des sommets dans la désinformation. Le titre du jeudi 18 décembre 2014 est à lui tout seul un programme. En effet, il sous-entend que la guerre économique entre la Russie et l’Occident est terminée, et en outre que les problèmes que connait la Russie est le seul résultat des sanctions économiques. En outre, pour que la « guerre économique » contre la Russie soit gagnée, il faudrait que Poutine recule dans la Donbass aussi bien qu’en Crimée, ce qui ne semble pas à l’ordre du jour.

    C’est une évidence que la Russie connait, avec la chute spectaculaire du rouble des problèmes de grande ampleur, et le nier serait idiot. Cette chute a obligé la Russie à vendre des devises étrangères pour soutenir le cours de sa monnaie. Les sorties de capitaux sont évaluées à 160 milliards de dollars. L’erreur de Poutine est très certainement de ne pas avoir rétabli un contrôle des changes, à croire que parmi ses conseillers il en reste encore qui sont travaillés par les idées libérales. Il reste évidemment à Poutine la possibilité d’utiliser cette arme dans les jours qui viennent.

    Même si les temps sont durs, il est pourtant erroné de considérer que les problèmes du rouble sont liés directement aux sanctions économiques. Ils sont d’abord le résultat de l’effondrement du cours du pétrole dont le prix du baril a chuté en dessous des 60 dollars. Cette valeur est en effet la valeur pivot. En dessous de ce prix, l’exploitation du gaz de schiste n’est plus rentable pour les Etats-Unis, c’est pour cette raison que les spécialistes pensent que celui-ci va remonter rapidement vers le mois de février. Ce n’est pourtant pas certain.

    Cette situation rend comme on dit les marchés boursiers très nerveux. Orientés à la baisse eux aussi, leur chute peut tout à fait entraîner une nouvelle crise financière de grande ampleur. En attendant les Européens sont très divisés et plus tentés par le dialogue – sans trop dire sur quoi – que par l’affrontement. Hollande et Juncker jouent l’apaisement, bien que la situation ne soit pas claire en Ukraine, mais Donald Tusk, le président du Conseil de l’Europe, pousse au durcissement des sanctions sous la pression des Américains et de l’OTAN. 

    Les sanctions sont-elles efficaces ? 

    A court terme, elles pénalisent à la fois l’Europe et la Russie, les Etats-Unis ne sont pas vraiment concernés, n’ayant que très peu d’intérêts en Russie, ils sont tout à fait d’accord pour les sanctions. Il est encore assez difficile aujourd’hui de dire qui est le plus touché par ce phénomène. Les chiffres qui circulent sont d’ailleurs en la matière assez fantaisistes. La seule chose qui est sûr c’est que les Etats-Unis ne sont pas concernés par les conséquences de ces sanctions, même si ils ont poussé dans ce sens à travers l’OTAN. Les Européens achètent du gaz russe et vendent des produits manufacturiers et alimentaires à la Russie.

    Face à ces décisions les Russes ont commencé à réorienter leurs échanges et leur système de production, c’est ce qu’a annoncé du reste Poutine dans sa conférence du 18 février : il va continuer à assurer l’indépendance de son pays. On voit par ailleurs l’un des défauts du système de libre-échange, c’est qu’il rend un pays dépendant des soubresauts de la politique extérieure. La stratégie occidentale, c’est d’obliger la Russie à l’alignement sous peine de sanction. On remarque que l’idée des sanctions économiques est présente de partout, c’est l’un des leitmotivs de l’Union européenne, les pays membres doivent s’alignés sur la politique budgétaire dictée par Bruxelles, sous peine de sanction. Cette menace latente est évidemment peu compatible avec l’idée de démocratie, fut-elle seulement parlementaire.

    Comme on le voit dans le graphique ci-dessous que j’emprunte à Jacques Sapir, la tendance de la production industrielle est à la hausse. Il semble que cela signifie une stratégie de substitution aux importations. Certes le rouble a souffert sur les marchés internationaux, et la Russie a dû en soutenir le cours en injectant massivement des devises. Mais cette hémorragie paraît stoppée. Ce qui voudrait dire que les marchés ne parient plus sur un effondrement de cette monnaie. Il va de soi qu’une baisse du rouble face au dollar et surtout face à l’euro va renforcer le potentiel d’exportation de la Russie et accélérer le processus de ré-industrialisation de la Russie.

     

    La meilleure des preuves que la stratégie des sanctions a échoué a été apportée par la rencontre impromptue entre François Hollande et Vladimir Poutine à Moscou. François Hollande est un des rares dirigeants européens qui puissent encore avoir des relations directes avec les Russes. La France ne vise pas seulement à livrer les Mistral à la Russie, mais elle tente de se rendre indispensable pour apaiser les tensions entre l’Europe et la Russie. On a vu Poutine ménager Hollande qui en a bien besoin par ailleurs. La vérité est que l’Europe est divisée sur les sanctions. Si la Pologne et les pays baltes poussent dans le sens d’un isolement de la Russie, les Allemands et les Britanniques sont plus modérés, quant aux pays du sud de l’Europe, la France, l’Italie et l’Espagne, ils y sont franchement hostiles.

    Le sommet de Brisbane où Poutine a été si mal traité, est symbolique. En effet de nombreux dirigeants voulaient exclure la Russie, du moins suspendre son adhésion au G20, mais les pays du BRICS s’y sont opposés et ont obtenu gain de cause sur ce point. Ce sont les pays anglo-saxons, les Etats-Unis, le Royaume Uni et l’Australie, qui poussaient à l’isolement de la Russie. Comme par hasard ce sont aussi ces pays qui sont le plus pressés de voir signé le Traité transatlantique.

      

    Le nouveau président du Conseil européen – un titre qui devait symboliser le fait que l’Union fonctionne comme un ensemble avec un vrai projet – Donald Tusk est un polonais, très conservateur, très hostile à la Russie. Certes son pouvoir n’est pas très important, mais on sait déjà dans quel sens il va pousser. En tous les cas dans cette affaire on voit bien que l’Union européenne n’arrive pas à présenter un front uni face à Poutine. La plupart des dirigeants sont embarrassés par les conséquences de l’affaire ukrainienne. Il semble que les sanctions aient été décidées sans en mesurer tout à fait les conséquences à moyen terme. Il fallait effectivement ne pas penser très loin pour croire que ces sanctions feraient reculer Poutine sur la Crimée et sur la partition future de l’Ukraine.

    La situation en Russie est aujourd’hui la suivante : les sanctions ont commencé à pénaliser les Russes dans leur vie quotidienne, c’est vrai. Mais pas au point de rendre Poutine impopulaire, c’est même l’inverse qui se produit. Sur la scène intérieure, les Russes font bloc contre les occidentaux qui sont accusés de tous les maux. Il faut dire que beaucoup de Russes ont encore en mémoire la façon dont leur pays a été pillé par les Occidentaux au moment de la transition vers l’économie de marché.

    La Russie est-elle isolée ?

     

    Il y a quelques semaines je signalais que contrairement à ce que racontent les journaux occidentaux, la Russie n’est pas isolée sur la scène internationale, malgré les sanctions économiques imposées. Les BRICS ont notamment réussi à mettre en place une banque internationale pour renforcer leur coopération économique. Le 11 décembre Poutine était à New Delhi pour signer un contrat très important qui lie la Russie et l’Inde aussi bien en matière de livraison de réacteurs nucléaires, qu’en matière de coopération militaire. Le contrat porte donc aussi sur la livraison d’hélicoptères d’attaque et l’implantation d’usines qui fabriqueront des pièces détachées pour les systèmes d’armement.

    Il y a quelques jours John Kerry – le secrétaire d’Etat américain – voulait croire à un isolement de la Russie sur la scène internationale. Mais les Etats-Unis ont échoué à réactiver les vieux schémas de la Guerre Froide.

    Si on regarde que la Russie coopère activement avec la Chine, l’Inde et le Brésil, cela représente à vue de nez la moitié de l’humanité. Egalement la Russie a entamé un partenariat dont on parle très peu avec Israël, or ce pays est à la pointe de la recherche dans les hautes technologies et l’armement. En outre ce sont tous des pays qui ont une économie plutôt dynamique – quelles que soient par ailleurs les aberrations sociales de ces pays – et des excédents de devises énormes. Si on regarde par ailleurs les errements des Etats-Unis en matière de politique étrangère, c’est à l’inverse le bloc transatlantique qui parait de plus en plus marginalisé sur la scène internationale. Et cela s’aggravera avec la montée en puissance des BRICS dans la maîtrise des nouvelles technologies.

     

    Si la question russe à travers la crise ukrainienne est si importante aujourd’hui, c’est aussi parce que nous sommes dans un monde instable sur tous les plans. Face à la perte de leadership des Etats-Unis, le désordre s’est installé. A la fin des années quatre-vingts le système soviétique s’est effondré, il semble bien qu’aujourd’hui se soit son pendant occidental qui soit en train de courir à l’abîme. L’effacement de l’hégémonisme américain n’est que le reflet de sa décomposition économique et sociale.

     

    Liens

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/12/19/l-europe-partagee-sur-l-attitude-a-adopter-face-a-la-russie_4543508_3214.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20141211trib0834d07af/l-inde-s-offre-douze-reacteurs-nucleaires-russes.html

    http://russeurope.hypotheses.org/3100

    http://www.lecourrierderussie.com/2014/12/poutine-hollande-moscou/

    http://www.challenges.fr/monde/20141204.REU1522/pour-john-kerry-la-russie-s-est-isolee-elle-meme.html
     

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  • Feu la Taxe Tobin

      

    La taxe Tobin est une taxe sur les transactions financières (TTF). Elle avait été adoptée laborieusement par 11 pays sur 28 dans l’Union européenne dans une version édulcorée, elle vient d’être enterrée par la France. Elle suppose qu’en taxant les flux financiers transfrontaliers, on obtient plusieurs résultats positifs :

    - le premier est de freiner des transactions financières qui n’ont pour but que la spéculation. On suppose que cela entrainerait de gré ou de force une moralisation de la profession de banquier ;

    - le second serait d’unifier un peu plus le territoire européen de la finance et de la banque ;

    - le troisième aurait été de lever des fonds pour le budget de l’Union européenne, cela aurait été le premier impôt européen.

    Il y a une quatrième idée qui n’est jamais clairement avancée, c’est que puisque les banques ont été à l’origine de la crise de 2008, il est bien qu’elles payent en retour pour les dégâts qu’elles ont commis. Comme on ne connait pas très bien l’impact sur l’activité financière, il est assez difficile de faire des estimations sur ce que cela pourrait rapporter à la France. On estime ce volume compris entre 1 milliard et 10 milliards d’euros. Le premier chiffre est mis en avant par les lobbies banc aires qui pleurnichent pour expliquer qu’on va tellement ralentir la circulation du capital, qu’on va geler l’investissement, et par suite la croissance et l’emploi.

    C’est donc la France de François Hollande (rappelez-vous ce que disait ce petit bonhomme : « mon ennemi c’est la finance ») qui a mis à bas ce dispositif pourtant bien modeste. Michel Sapin a justifié ce sabotage en disant qu’il n’était pas opposé à ce beau projet, mais que comme les Britanniques n’y adhéraient pas, il ne pouvait pas se permettre de pénaliser les banques françaises.

      

    En attendant les deux négociateurs français ont été recyclés par le lobby bancaire, l’un, Benoit de La Chapelle-Bizot[1], ira pantoufler à la Fédération Bancaire Française – le syndicat des banquiers, en tant que directeur général délégué, la FBF est le principal lobby de la banque en France, on peut donc juger au moins qu’il y a une confusion des intérêts ; l’autre ira à la Société Générale. Comme quoi le crime paie, et on connait dans ce cas le prix de la corruption.

    Evidemment de tels reniements ont de quoi écœurer. On remarque que ce revers s’il discrédite toujours un peu plus la canaille qui a mis la main sur le PS, invalide aussi indirectement l’action d’ATTAC. C’est en effet cette organisation qui misait sur une mobilisation à l’échelle européenne. On vient d’avoir la preuve ici qu’à l’échelon européen aucune action de régulation de la banque et des multinationales n’est possible, et que si on veut moraliser les banques, il vaut mieux les nationaliser et imposer un contrôle sur les mouvements de capitaux. Evidemment pour cela il faut sortir de l’Union européenne et de l’euro.

    La loi Macron au conseil des ministres 

    C’est mercredi que premier ministre et le ministre de l’économie ont présenté ce qu’on appelle la loi Macron. L’idée générale de cette loi est que si l’économie française n’est pas assez performante en termes de croissance et d’emplois, si elle perd de sa superbe sur le plan industriel, ce n’est pas parce que le patronat français dans son ensemble a choisi la rente et la voie du capitalisme financier, mais parce que trop de rigidités entravent l’économie. C’est un peu la tarte à la crème des libéraux, de la droite affairiste, que de faire semblant de voir dans des minuscules phénomènes de grands effets.

     

    La loi Macron est une loi fourre-tout assez invraisemblable, elle comporte cependant trois mesures phares :

    - la première porte sur un assouplissement des 35 heures, malheureusement pour Macron qui n’étudie pas beaucoup ses dossiers, outre qu’il n’y a pas grand-chose à gratter de ce côté-là, en termes d’assouplissement l’essentiel a été fait par Sarkozy et sa troupe, un rapport vient d’affirmer au contraire que les 35 heures ont été efficaces dans la lutte contre le chômage. Certes ce rapport a été réalisé sous la direction d’une élue du PS, mais tout de même s’il y a une chose de certaine c’est bien que les trente-cinq heures n’ont aucun rapport avec la hausse du chômage.

    - la seconde porte sur l’extension du travail du dimanche. A gauche – je veux dire du côté de la gauche rose – les boucliers se sont levés. Mélenchon et Martine Aubry se sont lancés dans une attaque de cet aspect de la loi. Dans une tribune publiée dans Le Monde, le maire de Lille dénonce non seulement une régression sociale mais le fait qu’une telle idée n’aura aucune conséquence sur l’emploi, que ça risque même d’être l’inverse. A l’évidence la multiplication des jours d’ouverture du commerce ne peut pas créer du pouvoir d’achat supplémentaire. Mais en outre, cette ouverture dominicale étendue va d’abord profiter aux grandes surfaces au détriment du petit commerce, or on sait (mais apparemment ni Attali, ni Macron n’ont fait des études suffisamment poussées en économie) qu’un emploi créé dans un hyper-marché détruit environ 5 emplois dans le petit commerce. En outre, les employés qui accepteront de travailler le dimanche, vont surtout être des étudiants, employés à temps partiel, et donc finalement ils remplaceront des temps-plein. Aubry soulignait d’ailleurs que dans une période de fort chômage en appeler au volontariat c’est un peu se moquer du monde. La réponse de Valls sur ce thème a été tout à fait digne du MEDEF. Arguant qu’il ne s’agissait que de 5 à 12 dimanches par an, il prétend qu’il ne faut pas en faire un plat. Mais on connait l’argumentaire patronal, avec la patience de l’araignée il avance lentement mais sûrement à visage masqué : le tout est de nous amener progressivement à admettre la flexibilité du travail tout azimut.

    - le troisième point est de lutter contre le monopole des professions dites réglementées, les notaires, les pharmaciens ou encore les taxis, une marotte d’Attali… Mais on ne voit pas très bien comment une telle mesure créerait des emplois, au mieux cela les partagerait, puisqu’en multipliant les officines de notaires on ne multiplierait pas pour autant les actes. C’est une pratique assez courante que d’opposer telle ou telle profession au reste de la population. Le courant libéral est très fort dans cet exercice, présentant par exemple les fonctionnaires ou les retraités comme des privilégiés, ce qui évite évidemment de désigner les véritables profiteurs d’un système moribond et de laisser croire qu’un alignement par le bas pourrait être une mesure de justice sociale.

    Dans ce projet de loi on trouve encore des choses assez drôles, par exemple l’idée de faciliter les compagnies d’autocars à s’implanter. Macron suppose que cela améliorera le pouvoir d’achat des Français, les pauvres n’ayant pas les moyens de voyager pourront prendre ainsi le bus pour des prix modiques ! Il suppose qu’en multipliant les compagnies d’autocars, cela fera baisser les prix des voyages et donc que cela augmentera les opportunités de voyager pour… trouver du travail. Il est probable que cela va entraîner à terme une augmentation de la zone dans laquelle vous êtes censé trouver du travail quand vous êtes chômeur. La réforme envisagée du permis de conduire va aussi dans ce sens : la mobilité augmentée permettra de lutter contre le chômage. Comme s’il y avait quelque part un gisement d’emplois en grande quantité et qu’il fallait juste se donner les moyens de les saisir. C’est une paresse intellectuelle que de croire que le chômage serait juste le résultat du manque de volonté des travailleurs de faire les efforts nécessaires pour s’adapter au marché du travail.

    Reposant sur des prémisses fausses, les propositions de la loi Macron sont certaines d’atteindre à l’inefficacité. Le libéralisme débridé n’a jamais été le moteur de la croissance, c’est même l’inverse. Mais ne sachant plus comment faire plaisir au courant le plus libéral du patronat, Hollande et son gouvernement multiplient les fautes tactiques et stratégiques. Cela leur donne peut-être l’impression qu’ils agissent, du moins croient-ils que les Français le pensent. Les débats à l’assemblée promettent d’être chauds, mais il semble que Valls et Hollande comptent sur le ralliement de quelques députés de droite pour pallier les futurs désistements qui s’annoncent dans le camp « socialistes », certains députés ne voudront pas aller aussi loin dans le reniement et voudront garder le label de « gauche ».

     

    Nouvelles privatisations en vue

      

    Les journalistes ne s’intéressent pas beaucoup aux privatisations, pourtant les nouvelles qui arrivent sont importantes. On en compte au moins deux de taille. La première est celle des fréquences télécoms de la TNT. Elle sera lancée entre 2017 et 2019 et devrait rapporter un peu plus de 2,3 milliards d’euros si évidemment le marché s’y prête. Ces sommes devront servir à financer le projet de loi militaire. Comme ces fréquences doivent être vendues aux opérateurs du marché des télécoms, il faut également que celui-ci reste encore intéressé d’ici là dans la mesure où la technologie peut aussi changer.

    L’autre gros morceau des privatisations à venir est la société Nexter. Cette dernière fabrique de l’armement de véhicules et de chars pour l’appui des troupes au sol. On ne sait pas à combien sera valorisé cette entreprise. Cependant cette privatisation pose au moins deux problèmes : le premier est le transfert de brevets militaires au secteur privé, et le second est le fait que cette entreprise fusionnerait au final avec KMW, une entreprise allemande qui deviendrait alors dominante. La CFDT a déjà fait savoir qu’elle n’avait rien à reprocher à cette privatisation – le contraire nous aurait étonné ! Les bonnes âmes penseront du bien de ce rapprochement franco-allemand au motif que la France n’est pas l’ennemi de l’Allemagne. Mais ce qui est vrai aujourd’hui le sera-t-il encore demain ? Etant donné les tensions qui existent à l’Est de l’Europe, il me semble qu’il faudrait être un peu plus prudent en la matière. On remarque aussi que si la privatisation des sociétés qui produisent de l’armement est une aubaine pour le secteur privé, il n’est pas sûr qu’au bout du compte l’Etat y trouve son compte.

     

    Liens

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20141209.OBS7403/taxe-tobin-la-france-cale-robin-des-bois-peut-aller-se-rhabiller.html

    http://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0203884045625-bataille-de-chiffres-autour-de-la-taxe-sur-les-transactions-financieres-1056882.php

    http://www.lepoint.fr/economie/les-35-heures-efficaces-contre-le-chomage-affirme-un-rapport-09-12-2014-1888335_28.php

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/12/10/ne-reduisons-pas-l-existence-a-la-consommation_4537701_3232.html

    http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/20141211trib6e9473921/le-gouvernement-lance-la-privatisation-de-nexter.html

    http://www.latribune.fr/technos-medias/20141210trib12d265220/frequences-telecoms-la-defense-aura-bien-sa-rallonge-de-2-milliards-en-2015.html



    [1] C’est un copain du sinistre Jean-Pierre Jouyet. Incidemment il dirige aussi un fonds d’investissements immobiliers.

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