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    Ce n’est pas un phénomène nouveau en Amérique, c’est même constitutif de la démocratisation de ce malheureux pays. Périodiquement, des violences qui frisent la guerre civile explosent mettant aux prises la communauté afro-américaine et le système policier. Il y a presque cinquante ans, les émeutes de Watts avaient été analysées par Guy Debord comme une révolte contre la marchandisation du monde dans Le déclin t la chute de l’économie spectaculaire et marchande. Ce texte avait au moins le mérite de s’élever au-dessus de la bonne conscience démocratique qui n’analyse ce type d’affrontement que dans le cadre de la démocratie bourgeoise. Son défaut était sans doute d’en déduire que de cette révolte pouvait naître une nouvelle conscience sociale.

    Même quand on condamne les violences policières, on le fait au nom d’une égalité nécessaire des droits, avec l’idée que le combat contre le racisme est une avancée, un but en soi. La condamnation du racisme ordinaire n’est pas suffisante, elle remplace l’analyse par l’émotion et entraîne des discussions sans fin pour savoir si ce jeune noir Michael Brown  avait ou non eut une attitude menaçante vis-à-vis du policier qui lui a collé 12 balles dans le corps.

    Les émeutes de Watts en 1965

     

    Le premier point est que ces émeutes récurrentes ne se sont pas calmées avec l’arrivée au pouvoir de politiciens d’origine afro-américaine, aussi bien dans les mairies des grandes villes qu’à la tête de l’Etat. Ce simple fait tendrait d’ailleurs à prouver que ces émeutes dépassent bien la question raciale. Chaque fois nous avons droit à des scènes de guerre civile, des pillages, des destructions massives : l’armée intervient, instaure le couvre-feu, et puis peu à peu l’ordre revient, on se lamente bien un peu, mais la vie reprend son cours.

     

    Emeutes de Los Angeles en 1992

     

    Le second point qu’il faut retenir, est que le fameux melting pot américain – le multiculturalisme – est un échec depuis plusieurs siècles. Plus le temps passe et plus le corps social américain est déchiré. Dans un ouvrage excellent, les économistes Alesina et Glaeser montraient comment l’hétérogénéité ethnique était utilisée aux Etats-Unis comme une arme pour accroître les inégalités sociales. Et ils prédisaient que les celles-ci allaient nécessairement s’accroître en Europe et particulièrement en France justement parce que cette hétérogénéité ethnique est en forte augmentation. On sait qu’en France les statistiques ethniques n’existent pas, mais la CIA les utilise justement pour prévoir les déséquilibres sociaux et politiques qui pourraient apparaître ici et là.

    Aux Etats-Unis la communauté afro-américaine a été très souvent utilisée par les Républicains comme un repoussoir : Ronald Reagan s’est fait élire et réélire en dénonçant les « assistés », et sans le dire son public comprenait parfaitement de qui et de quoi il s’agissait. On sait quel usage fit du pouvoir ensuite ce mauvais acteur de second rang. Mais cet exercice semble avoir atteint ses limites. C’est ce que démontrait Paul Krugman en 2007 en publiant The conscience of a liberal traduit en français sous le titre de L’Amérique que nous voulons. Il signalait par exemple que l’intégration progressive des immigrants sonnait le glas d’une domination des WASP sur les Etats-Unis et prédisait alors l’avènement d’un homme de couleur à la tête de l’Etat. Il est remarquable d’ailleurs que les événements de Ferguson aient amené autant de blancs à manifester aux côtés des noirs qui d’habitude se retrouvent plutôt isolés. C’est assez nouveau et ça mérite d’être souligné

     

    Une voiture de police incendiée à Ferguson

     

    Je n’irais pas jusqu’à dire comme Le comité invisible que toutes ces manifestations de plus en plus violentes se rejoignent. Mais il y a tout de même quelques points communs. Le premier est que la répression policière et militaire est de plus en plus féroce. Que ce soit en Grèce, au barrage de Sivens ou à Ferguson. La violence de la police américaine est d’ailleurs légendaire. On a vu des images hallucinantes de Darren Wilson, le policier qui a abattu Michael Brown, où il expliquait combien il avait la conscience tranquille, d’avoir bien fait son travail. Personnellement j’ai des doutes sur ce qu’il raconte, je crois plutôt que cette violence provient de la peur qui s’empare des policiers face à une révolte qu’ils ne comprennent pas.

    Cette violence est en elle-même un recul de l’Etat, le signe d’une fragmentation accélérée de la société, et celle-ci est plus visible aux Etats-Unis qu’en Europe, mais nous allons forcément dans le même sens. La sauvagerie de la police en Grèce, en Espagne ou  au Portugal – en Italie on a vu récemment la police défiler avec les manifestants sous les ovations du public – annoncent des temps franchement difficiles.

      

    A Ferguson la troupe rentre en scène 

    Il n’y a aucune raison pour que ces violences s’arrêtent. Elles semblent même s’étendre. Les conséquences de cette diversité ethnique, couplée bien évidemment au développement des inégalités qui est un sport national aux Etats-Unis, sont la ghettoïsation des populations noires et d’origine hispanique. Contrairement à ce que la démocratisation latente des Etats-Unis aurait dû produire, ce phénomène s’est accentué. Pourtant l’image des populations d’origine afro-américaine s’est améliorée, les noirs sont bien plus visibles aujourd’hui qu’il y a cinquante ans, que ce soit dans la musique, le cinéma, la politique ou les affaires. Bien entendu le racisme ordinaire, celui qui était rattaché à la culture du KKK est complètement en recul. Si on ajoute à cela la manière dont a été traitée l’information ces derniers jours aux Etats-Unis, on comprend bien que la question se trouve en pleine lumière au-delà du racisme. Ce dernier n’est que le catalyseur d’une violence, une nostalgie d’un ordre qui n’existe plus et qui ne peut plus exister. S’il y a un racisme c’est plus envers les pauvres qu’envers les noirs qu’il s’exerce. De la à conclure que les afro-américains sont le fer de lance de la révolution à venir, il y a un pas que nous ne franchirons pas.

    En effet, les noirs ont toujours été présentés dans l’imaginaire des classes possédantes comme des assistés et des fainéants. C’était d’ailleurs le sens des discours de Ronald Reagan. Assistés et fainéants, ce sont bien des critères économiques : les afro-américains méritent leur sort parce qu’ils ne sont pas fait pour le darwinisme économique. Voilà le fond du discours, donc s’ils ne veulent pas s’intégrer, adopter les normes idéologiques des classes possédantes, ils deviennent violents. A mon sens c’est comme ça qu’il faut lire l’évolution du racisme ordinaire aux Etats-Unis : il y a un déplacement des caractères physiques vers les structures mentales. Mais on voit bien que la misère économique et sociale des afro-américains dans ce cas justifie aussi celle de l’ensemble des pauvres. Aux Etats-Unis, il est commun pour les économistes de l’Ecole de Chicago de mettre en scène les différences économiques comme le résultat de prédispositions de telle ou telle ethnie pour l’éducation. Par exemple on opposera les asiatiques, travailleurs et épargnants, aux afro-américains. Mais évidemment cette approche à courte vue omet de rendre compte de l’histoire. La différence vient du fait que les Asiatiques ont choisi de venir vivre et travailler en Amérique, alors que les Noirs ont été transplantés de force. On remarquera d’ailleurs que les Indiens – les Peau-Rouge – ont également des performances économiques médiocres. Mais c’est une population qui a été victime d’abord d’un génocide et à qui on a enlevé toute sa culture.

     

    Lynchage de noirs en 1920 organisé par le KKK

     

    Quand on y songe le génocide des Indiens d’Amérique est quelque chose de très récent – moins de deux siècles. Tout comme les Noirs ils ont été très maltraités, décimés, empoisonnés de différentes manières, volés dans les grandes largeurs, parqués dans des réserves, présentés comme des « sauvages » dans les films Hollywoodiens – je passe sur la représentation des Noirs dans les films américains comme par exemple Autant en emporte le vent. La violence faite aux Noirs et aux Indiens est le prix qu’il a fallu payer pour que les Etats-Unis deviennent ce sinistre modèle d’un capitalisme décomplexé[1]. Mais cette violence est devenue une culture de gouvernement qui pose tant de problèmes encore aujourd’hui pour que les Etats-Unis deviennent une démocratie bourgeoise paisible. On conclura sur le fait justement qu’une démocratie bourgeoise apaisée n’est pas compatible avec l’économie de marché, quoi qu’on en ait dit.

     

    Références

    Alberto Alesina & Edward Glaeser, Combattre les inégalités et la pauvreté aux Etats-Unis et en Europe, Flammarion, 2006

    Comité Invisible, A nos amis, La fabrique, 2014

    Guy Debord, Le déclin et la chute de l’économie spectaculaire et marchande [1965], Les Belles Lettres, 1993

    Paul Krugman, The conscience of a Liberal, Norton,‎ 2007 - traduction française sous le titre de L'Amérique que nous voulons.

    Howard Zinn, Une Histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours, Agone, 2002.

     

    Liens

    http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/2011/10/usa-revoltes-urbaines.html

    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/11/26/deuxieme-nuit-de-manifestations-en-soutien-a-michael-brown-aux-etats-unis_4529296_3222.html

    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/11/26/mort-de-michael-brown-le-policier-donne-sa-version-des-faits_4529313_3222.html

     

     



    [1] Sur ce thème on pourra lire et relire l’ouvrage d’Howard Zinn, , Une Histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos joursAgone, 2002.

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  • La Grèce, toujours la Grèce

     

    Signalons encore une fois le blog http://www.greekcrisis.fr/ qu’on gagne à fréquenter régulièrement. Si j’en fais ici la publicité, ce n’est pas à cause de Panagiotis Grogoriou qui le rédige depuis plusieurs années que je ne connais pas, mais c’est surtout parce que ce blog donne des informations presque quotidiennes sur la transformation en profondeur de ce pays depuis que la troïka s’est chargée de lui administrer la purge de l’austérité, avec les conséquences que l’on sait. On pouvait voir et entendre Panagiotis dans le film Khaos dont j’ai parlé il y a quelque temps. L’approche de Panagiotis se veut à la fois large et pointilliste, partant des petits faits du quotidien pour approcher une analyse politique large. Mais par les temps qui courent, on a tendance à oublier la Grèce – un clou chasse l’autre. Pourtant et contrairement à ce que racontent les bureaucrates de l’Union européenne, ce pays ne se redresse pas, quel que soit le critique que l’on prenne pour considérer sont effondrement. La misère y est toujours aussi grande, et la police tout autant répressive que par le passé, si ce n’est plus. Pour ceux qui préfèrent le livre, on peut se procurer ses recueils de chroniques chez Fayard. S’intéresser à la situation de la Grèce aujourd’hui c’est aussi bien faire preuve de solidarité avec un peuple qui a payé un lourd tribut à la logique néolibérale, que d’anticiper notre avenir.

    Dans la rubrique social-traitre…

     

    Le lauréat de la semaine est Gérard Collomb, maire de Lyon, sénateur, cumulard patenté, il s’est rangé dans le camp de la droite de la droite molle. Ses prises de position s’inscrivent directement dans la ligne de gouvernement définie par le MEDEF. Je me suis demandé comment on pouvait devenir aussi réactionnaire et conservateur en affirmant être de gauche, même modèrement. Mais finalement on comprend mieux pourquoi, au nom d’un certain réalisme, les socialos ont voté massiveemnt les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.

    Cette fois il s’est fait remarqué en disant que le CDI, bon, et bien finalement ce serait mieux s’il était sécurisé pour le patronat par une période d’essai pouvant aller jusqu’à deux ans ou trois ans. Comme s’il fallait autant de temps aux patrons pour évaluer les compétences d’un salarié. Jouant les faux naïfs comme son horrible collègue Rebsamen, il prétend qu’on peut mettre ce genre de proposition à l’essai. Comment une telle idée aussi indepte que peu fondée peut elle venir jusqu’au cerveau d’un individu pareil ?

     

    Gérard Collomb qui par un tour de passe-passe nous explique que la gauche c’est la droite et vice versa

     

    Quand on regarde un peu son CV, on se rend compte que ce garçon vient d’un milieu plutôt défavorisé, une mère femme de ménage, un père ouvrier, ce qui aurait pu l’inciter à développer des idées de gauche. Il a fait des études de lettres, puis il est passé à la profession d’homme politique. Evidemment il n’a jamais travaillé dans une entreprise. Dès lors on se demande comment il peut être qualifié à donner son idée sur un sujet éminemment difficile. A moins qu’il ne répète ce qu’on lui a soufflé. Il y a toute une frange de droite au PS qui prétend représenter « une gauche moderne » parce qu’elle pique ses idées à la droite la plus conservatrice. Parmi les boutiques qui vivent de ce concubinage curieux, il y a par exemple Terra Nova qui est aujourd’hui présidée par le bureaucrate syndical François Chérèque, un autre vendu au patronat[1].

    Non seulement ce triste Collomb trahit ses propres origines en faisant le jeu de tous les nantis qui ne rêvent que d’asservir un peu plus le peuple, mais en outre il trahit ses propres électeurs qui ne l’ont pas élu pour entendre des sornettes sur le CDI. Il s’inscrit dans cette manœuvre qui, de Rebsamen à Macron, de Valls à Collomb tend à nous montrer qu’il n’y a pas d’autre alternative – TINA disait l’horrible Margaret Thatcher – et donc de gré ou de force nous devons en finir avec la protection sociale quelle que soit la forme de celle-ci. Mais pourquoi abandonnerions-nous ainsi les acquis sociaux ? Dans quel but ? Et bien sûr c’est là que le raisonnement des libéraux n’est plus crédible. On nous dit que finalement c’est mieux pour avoir un emploi de voir notre salaire baisser, que la retraite soit maintenant réservée aux morts et à l’élite de la nation. Il n’y a aucune preuve que la diminution des droits des travailleurs, de la protection sociale et même des salaires conduise à la prospérité : c’est même l’inverse qu’on peut démontrer empiriquement. C’est sur ce point d’ailleurs que se bat l’OIT, l’Organisation Internationale du Travail, basée à Genève et dépendante de l’ONU. Pour l’OIT, l’accroissement des droits des travailleurs non seulement augmente la démocratie dans l’entreprise et la dignité des salariés, mais également la productivité globale des facteurs.

    Dès lors la rhétorique du MEDEF, rapporté par la droite de la droite honteuse – le PS – s’apparente à une entreprise de dressage. On suppose que si avec la complicité des médias on répète longtemps la même chose, le bon peuple finira bien par le croire et donc que de cette manière le patronat raffermira son pouvoir.

     

    Encore le scandale des autoroutes

     

    On peut lire sur cette question un article hilarant sur le site de L’Obs. En effet la question du racket des passants motorisés par les sociétés autoroutières est un sujet en soi. On se dit d’ailleurs que si ces infrastructures n’avaient pas été privatisées, elles aideraient au moins à combler une partie du déficit public. Dans le même temps ce qu’on savait déjà arrive au grand jour : les sociétés d’autoroutes augmentent leurs tarifs plus vite que l’inflation, et encore on ne rentre pas dans la petite cuisine interne qui leur permet d’augmenter un peu plus les tronçons très fréquentés, et un peu moins les autres. Elles arrivent ainsi à une rentabilité de 20% et plus par an ! Ce qui veut dire qu’en moins de 5 ans ces sociétés ont amorti leur capital, ou encore qu’en 10 ans elles ont refait deux fois leur capital. Et donc qu’en privatisant ces biens publics l’Etat s’est privé d’une rente qui eut été bienvenue par les temps qui courent. On voit par-là que la privatisation au motif de besoins d’argent frais pour payer la dette publique ne tient pas une minute.

    Mais l’article de L’Obs est drôle pour d’autres raisons que celles de rappeler les turpitudes de ces gangs qui rançonnent les passants aux péages. D’abord parce qu’on lit la réaction des députés. Certains, les communistes, se posent la question de savoir s’il ne serait pas plus juste et plus économique de renationaliser ces autoroutes. Les « socialistes » comme d’habitude font la danse du ventre, Philippe Duron, député, président du Conseil Régional de Basse Normandie, dit qu’il ne faut pas exagérer et un petit toilettage suffira. « Il faut garder confiance dans les sociétés d’autoroutes ». C’est comme le loto, une telle phrase permet de décrocher le gros lot.

      

    Pierre Coppey, rentier 

    Un autre comédien intervient dans le même article. Pierre Coppey président de Vinci concessions, nous ferait presque pleurer. Il dit que 20% de rendement c’est juste conjoncturel, qu’au mieux et dans le temps cela ne représentera plus que 7% – une paille quand on sait que le rendement du capital sur le très long terme est de 4%. Il ajoute d’ailleurs qu’il ne comprend pas la polémique qu’on lui fait étant donné que les clients sont très contents – du moins c’est ce qu’il dit. Non seulement on n’est pas obligé de le croire, mais en outre on peut opposer à cette satisfaction de circonstance la montée du nombre de fraudeurs aux péages. A moins de dire que les fraudeurs sont contents d’une hausse des tarifs car cela les poussent à s’amuser à frauder. Pierre Coppey est sûrement un menteur.

    Le petit Macron a décidé qu’il allait mettre la pression sur les sociétés autoroutières. Il a fustigé l’économie de la rente. Mais ce n’est pas tout de le dire, il faut encore le faire. Bref il semble qu’on s’oriente vers la solution suivante. Les sociétés d’autoroutes vont s’engager à investir 30 milliards d’euros, ce qui soit disant relancera l’économie, mais en échange elles obtiendront une prolongation de leurs concessions. Voilà une solution qui ne risque pas de mettre à mal la rente ! Certainement elles traîneront un peu les pieds pour investir, certainement elles maquilleront un brin les comptes pour montre que de tels investissements ont plombé leurs bénéfices. Bref on comprend que ce n’est pas demain la veille que nous allons nous débarrasser de ces sangsues.

     

    Liens

    http://www.lemonde.fr/emploi/article/2014/11/19/gerard-collomb-propose-une-periode-d-essai-de-deux-a-trois-ans-pour-les-cdi_4525877_1698637.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20141119.AFP1242/autoroutes-partisans-et-opposants-d-un-rachat-des-concessions-s-affrontent.html

     

     



    [1] Le parcours de ce bureaucrate est édifiant. Il est le fils de Jacques Chérèque qui a dirigé la CFDT. C’est donc un petit héritage – comme celui de Pierre Gattaz. Mais il est aujourd’hui chargé du suivi du plan gouvernemental contre la pauvreté, et pour cela il est rémunéré 7247 € nets par mois ! La pauvreté ça rapporte aussi !

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  • Les "collaborateurs" d'Hollande en train de rigoler avec leurs homologues allemands

    En plus d’être le président le plus détesté de toute l’histoire de la République, Hollande est aussi celui qui est le plus droitier. Ce que Sarkozy n’avait pas osé faire, Hollande, Macron et Valls le mettent en musique. La dernière imbécilité et un nouveau massacre de la condition salariale. Que propose-t-on ? Contre un soi-disant plan de relance de l’Allemagne de 20 milliards d’euros sur 4 ans, la France s’engage à geler les salaires pour les trois années qui viennent, à assouplir les 35 heures. Ce plan devrait être présenté cette semaine à Paris sous le regard sourcilleux de Sigmar Gabriel, ministre allemand. Ce plan soi-disant destiné à nous faire retrouver la croissance a été concocté par le bureaucrate bruxellois Jean Pisany-Ferry et l’allemand Henrik Ederlein. Gageons que jeudi on nous présentera cette vieille salade comme l’amitié retrouvée entre la France et l’Allemagne.

    Ce plan est plus que mauvais, il est désastreux. Evidemment c’est une énième mouture d’une relance du côté de l’offre. Donc, on va une nouvelle fois compresser le coût du travail, en espérant que cela nous permettra de trouver de nouveaux marchés, d’exporter plus. L’idée de geler les salaires est de viser bien entendu le SMIC. Cela fait plusieurs mois que la droite dure aussi bien que la droite molle, celle de Collomb, Macron, Valls et Rebsamen, nous prépare à cela. Comme je l’ai dit, et là on comprend que Pisany-Ferry, ancien ingénieur de Supélec, proche de DSK, n’a jamais vraiment étudié l’économie, quoi qu’il en dise : on ne règle pas une crise de la demande par une relance de l’offre. Les calculs de Goldmann & Sachs, cette boutique philanthropique, montrent qu’en réalité pour que la France retrouve de la compétitivité sur les marchés internationaux, dans un cadre mondialisé, il faudrait que le coût du travail baisse d’au moins 30% – 40 % serait mieux. On en est encore loin, mais on marche dans ce sens-là.

    Cela fait trente ans, depuis le ralliement inconsidéré de Mitterrand à l’Europe, qu’on fait de la politique de l’offre, qu’on brade les entreprises publiques, qu’on gèle les salaires, qu’on lamine la protection sociale, il est temps de s’apercevoir que c’est ce type de politique qui est à l’origine des désordres mondiaux. Parmi les voies préconisées par ces deux économistes il y a bien sûr un volet privatisations qui va au moins permettre à quelques copains de coquins de faire des affaires.

    Cependant la farce ne serait pas complète si on ne nous la vendait pas en nous assurant que l’Allemagne va faire des efforts : on avance même qu’elle investirait 20 milliards d’euros en quatre ans dans ses propres infrastructures qui en ont effectivement bien besoin. L’Allemagne s’apprête donc à relancer sa demande intérieure, mais en quoi cela peut-il avoir des effets sur l’économie française ? J’aimerais bien qu’on me le dise.

      

    Si vous lisez la dernière et très intéressante livraison de Books, vous y verrez que l’Allemagne a pris du retard dans tous les domaines, dans l’éducation, mais aussi dans l’entretien des infrastructures, dans l’éducation, dans la santé, comme dans l’investissement. Et vous y verrez aussi que le dernier trimestre, l’Allemagne a fait encore moins bien que la France en matière de croissance, c’est dire si ce modèle ne fonctionne pas. On voit donc le but de la manœuvre, en imposant une politique inepte de l’offre à la France, via les exigences de Bruxelles, l’Allemagne reste encore maitresse du jeu. Certains ont dénoncé ce concubinage honteux comme une nouvelle forme de collaboration.

     

    Sondages

    En même temps que ces très mauvaises nouvelles arrivaient, de nouveaux sondages étaient publiés. Les uns portant sur le niveau plancher de la popularité de Hollande – à croire qu’il n’y a plus que sa famille proche qui croie en lui – les autres portant sur les propositions du MEDEF. Massivement les Français rejettent les propositions de Gattaz en matière de déréglementation, comme en matière de fiscalité, et les Français trouvent que le pacte de confiance de Hollande ne développe pas de vraies contreparties en termes d’emplois et d’investissements. Il est facile de comprendre que Hollande rejoint Gattaz dans l’imaginaire populaire, comme quelqu’un de peu fiable qui trahit sa parole aussitôt qu’elle est donnée. C’est assez inédit pour un président dit de gauche d’être entraîné dans sa chute par le représentant de la frange dure du patronat. Le fait que le très déplaisant Gattaz soit désavoué par 8 français sur dix, montre à quel point la politique de Hollande qui apparaît comme étant le bras armé du MEDEF, est un échec aux yeux des Français.

    Mais il est probable qu’après jeudi, cette semaine donc, la cote de popularité d’Hollande et de Macron chutera encore un peu. Evidemment cette situation va mettre rapidement l’UMP dans l’embarras parce que manifestement Hollande lui a piqué l’intégralité de son programme, et qu’à part déconner sur le mariage pour tous cette droite repliée sur ses acquis n’a pas grand-chose à dire aux citoyens.

     

    Réactions

    Il va de soi qu’une telle offensive de la droite honteuse, est assez inédite, en tous les cas, elle demande une riposte un peu musclée des syndicats qui se la coulent un peu douce et qui a mon sens ne réagissent pas assez fermement. Je signale que dans les jours qui viennent, la CGT devrait finir par signer les accords sur les seuils sociaux qui verraient disparaître le seuil des 50 salariés nécessaires pour avoir des délégués du personnelles, contre la vague promesse que les syndicats obtiendront une sorte de représentation à l’échelon local pour compenser cette perte de démocratie dans l’entreprise. Autrement dit, le gouvernement octroiera quelques postes de bureaucrates aux syndicats dans des commissions locales en échange d’un laisser-passer pour la réforme. Il est évident que ce que le patronat et le gouvernement se permettent de produire comme réformes dites structurelles, c’est ce que l’absence de mouvement social digne de ce nom tolère. Certes je sais bien que par les temps qui courent la lutte sociale est des plus difficiles, mais il semble bien que si les syndicats – je ne parle pas des officines patronales comme la CFDT – ne se décident pas à agir, ils seront balayés du débat, et d’autres acteurs plus spontanés se chargeront de faire entendre la voix des déshérités qui se font martyriser jour après jour. 

     

    Liens

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20141123trib17ca5ac7a/assouplissement-des-35-heures-gel-des-salaires-le-plan-franco-allemand-pour-la-croissance.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141123.OBS5871/85-des-francais-mecontents-de-l-action-de-francois-hollande.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20141122tribad235c906/isf-pacte-de-responsabilite-gattaz-desavoue-par-les-francais.html

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    Du public et du privé

     

    La cupide Viviane Reeding démontrant qu’en matière de turpitude la femme est bien l’égale de l’homme 

    Beaucoup se sont émus du passage direct de Madame Viviane Reeding, ex-commissaire aux droits de l’homme, au secteur privé. Elle devient ainsi membre du conseil d’administration de la compagnie minière belge Nyrstar, mais surtout elle deviendra au premier janvier 2015 elle deviendra membre des conseillers de la fondation Bertelsmann. Cette fondation est en réalité une entreprise de lobbying, très impliquée dans la défense du traité transatlantique. Malgré les circonvolutions stylistiques que prend Le monde pour révéler cette déplaisante nouvelle, nous comprenons bien que la Commission européenne qui a donné son feu vert à cette infamie s’est assise sur l’idée qu’il puisse y avoir des conflits d’intérêts. Evidemment Viviane Reedings, luxembourgeoise, c’est tout dire, connait à fond les couloirs de l’institution, et on comprend bien que c’est pour sa capacité à magouiller qu’on l’a engagée. On peut le lire dans le sens que l’on veut, mais la Commission européenne est un haut lieu de corruption. Elle a été membre de la Commission depuis 1999. C’est une sorte de Juncker en jupon, elle prouve que la femme est tout à fait l’égale de l’homme dans ce qu’il a de plus mauvais. D’ailleurs elle conservera son mandat de député européen, se bornant juste à dire qu’elle ne participerait pas aux votes sur les questions minières. Questions qui ont lieu comme on sait tous les 36 du mois. Mais elle nous prend tellement pour des imbéciles qu’elle suppose que cela nous satisfera et qu’on ne supposera même pas qu’elle puisse utiliser son entregent pour faire avancer les petites affaires de ses mandataires.

    Voilà ce qu’elle disait en 2012 pour faire la  leçon à ces bâtards de députés français qui n’auraient pas encore bien compris le message : « Il faut lentement mais sûrement comprendre qu’il n’y a plus de politiques intérieures nationales. Il n’y a plus que des politiques européennes partagées dans une souveraineté commune. » Mais comme la politique européenne dans tous les segments navigue à vue, elle n’offre guère de perspective sérieuse.

     

    Le grand écart entre le monde occidental et le reste

      

    Les dirigeants du BRICS au dernier G20

     

    Tout le monde a remarqué que les relations entre Poutine et les membres occidentaux du G20 n’étaient pas au beau fixe. On a vu Hollande faire des mines de constipé pour bien montré dans quel camp il se trouvait. Mais la réalité est probablement plus compliquée.

    Dans un très intéressant billet Jacques Sapir se pose des questions sur la manière dont les Européens se sont retrouvés à faire de l’anti-poutinisme l’alpha et l’oméga de leur politique internationale. Le premier point qu’il met en avant est que la Russie n’est pas isolée, bien au contraire elle construit avec la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud une puissante relation. Et bien entendu ce sont tous des pays très dynamiques sur le plan économique, possédant des réserves de devises en très grande quantité. C’est un fait majeur que les pays les plus dynamiques du monde sont en train de construire des alliances sans tenir compte des desiderata des Etats-Unis, desiderata relayés par l’Union européenne et l’OTAN. Pire encore, ce nouvel axe est maintenant rejoint pas Israël. On l’a vu dans la crise ukrainienne, Israël aide la Russie à contourner les sanctions. Devant les hésitations américaines et européennes, c’est probablement à partir d’un axe inédit Israël-Russie-Iran que le combat contre l’Etat Islamique va être mené.

    Sapir dénonce une absence de politique américaine, il reprend le mot du vieux Kissinger selon lequel l’agitation des Américains et de l’OTAN en Ukraine masque une absence de visée. Je ne le crois pas. Il apparait maintenant que la lutte contre la Russie, via l’encerclement par l’extension des bases de l’OTAN, vise d’abord à empêcher la mise en place d’un axe Moscou-Pékin. Il semble que cela soit un objectif impossible à atteindre. Le second est bien sûr de paralyser l’Europe, l’empêcher de retrouver un élan. Et de ce côté les Etats-Unis disposent de deux atouts, l’Ukraine, qui gèle les positions et entrave l’économie du continent, et bientôt le Traité transatlantique qui va probablement entraîner l’Europe dans une spirale récessive pour des décennies. Mais l’alliance qui se dessine entre les Etats-Unis et l’Europe contre le reste du monde, ressemble à une alliance de puissances déclinantes.

    La prochaine étape qui semble inévitable c’est la partition de l’Ukraine qui existe déjà de fait, mais Poutine ne semble pas pressé. Il préfère sans doute attendre de récupérer ses Mistral.

     

    Les patrons-héritiers la ramènent

      

    Dassault, un homme qui sait utiliser le pognon 

    Mardi c’est les journalistes qui révélaient que le sinistre Serge Dassault – héritier de son père qui lui-même a construit sa fortune à coup de subventions étatiques – avait réclamé à son comptable 53 millions d’euros en liquide ! A quoi peuvent bien servir de telles sommes ? Le monde soupçonne que cela soit utile pour acheter des voix dans la bonne ville de Corbeil-Essonnes. Mais cet argent qui circulait sous la forme de liasses de billets de cent euros enfermées dans des sacs en plastiques, est une grosse somme, et il n’est pas certain que cet argent n’ait pas servi à autre chose, comme par exemple aider au financement de la campagne du petit Nicolas. La description des circuits semble montrer que Dassault ne craignait guère d’être découvert dans ses turpitudes. On peut imaginer que cet argent de la corruption a un sens bien plus large que le financement d’une campagne municipale, mais surtout on peut penser que cette somme n’est que l’écume d’un système bien plus vaste.

     

    Le peu intelligent Pierre Gattaz croie que la provocation fera avancer ses affaires 

    Gattaz – le fils, l’héritier – continue à faire des siennes. Racontant un peu partout que l’ISF tue l’emploi. Il demande donc la disparition de cet impôt qui empêcherait les bons patrons d’investir. Cette énième provocation a été malvenue. En effet elle a mis l’accent sur le fait que plus les profits gonflaient, plus les salaires baissaient et moins l’investissement ne se faisait. Cette mise en lumière des imbécilités du leader du MEDEF a obligé le jeune Macron à intervenir pour dénoncer une provocation et donc à se démarquer de cette surenchère. A travers ce coup d’éclat on peut se demander ce que vise Gattaz. En fait il réclame un nouveau basculement des impôts, des revenus et du patrimoine vers la consommation. Il est prêt à défendre une hausse de la TVA au motif de financer proprement la couverture sociale. Il considère que la TVA à 20% est extrêmement faible et suggère qu’on l’augmente jusqu’à 23 ou 25%. Mais comme on le sait une hausse de la TVA compensée par une baisse des impôts sur les revenus ou le patrimoine – ce qui se fait depuis une bonne quarantaine d’années – signifie qu’on prend un peu plus d’argent aux pauvres pour le donner aux riches. La TVA, c’est bien connu, est l’inverse de la justice sociale, elle pénalise d’abord les plus pauvres, elle est dégressive en quelque sorte avec le revenu.  Les fausses maladresses de Gattaz nous disent directement où va se situer le combat : une hausse de la TVA.

     

    Les banquiers tricheurs par « nature » ou par « culture »

      

    Ce n’est pas mon mauvais esprit qui évoque cette question, mais le journal Le monde sur la base d’une étude publiée en février 2014 dans la revue Nature : « Business culture and dishonesty in the banking industry », Alain Cohn, Ernst Fehr & Michel André Maréchal. En vérité il s’agit d’un peu plus que de la tricherie, le titre en anglais postule la « malhonnêteté » comme un attribut de la fonction de banquier. Et si l’on se fie aux amendes records qui ont été prononcées ces derniers temps aux Etats-Unis et en Europe, on comprend bien qu’aucune autre profession n’est atteinte autant de ce mal qu'illustrele vieil adage des économistes : « Il y a pire que de voler une banque, en ouvrir une ». Le cœur de l’étude porte sur le comportement des professionnels de la banque : il ressort que ceux-ci ont une aptitude supérieure à la moyenne de tricher. C’est un problème qui n’est pas sans importance parce que les banquiers sont une profession qui est parmi les plus détestées, et périodiquement une banque est brûlée dans des mouvements de rébellion. Le moins qu’on puisse dire est que les banques n’ont pas la confiance de leur public et que la crise de 2008 a aggravé le problème.

    Mais qu’en conclure ? Pour les uns se sont les pratiques de la banque elles-mêmes qui produisent cette culture de la triche. C’est ce que pensent les trois Suisses qui ont travaillé à cette question. Mais on pourrait penser aussi que, comme la politique, la banque est un secteur qui attire plus particulièrement les voyous, parce qu’il est assez commun aujourd’hui de penser que dans ce secteur très opaque les possibilités de s’enrichir sans travailler sont nombreuses et variées. Et donc qu’il faut avoir des dispositions bien particulières pour verser dans cette activité malhonnête. Peut-être que quelque examen attentif permettrait de les dépister avant, par exemple en analysant les motivations de ces gens qui font HEC, l’ENA ou Polytechnique. On éviterait ainsi qu’ils se livrent à des activités que la morale la plus élémentaire réprouve.

      

    Nos trois naïfs chercheurs pensent cependant qu’on pourrait contourner cette épineuse question en demandant aux cadres et responsables bancaires de prêter un « serment », ce qui peut faire sourire parce qu’on se dit que si on triche d’un côté on trichera de l’autre, y compris en se parjurant. Mais si on considère que la propension à tricher provient du métier lui-même, du fait qu’en ayant privatisé la production de la monnaie, le système a donné un pouvoir énorme et disproportionné aux banquiers, on peut envisager de les en priver par exemple en les nationalisant. Il suffit pour cela de dire que la monnaie est un bien public et que par suite elle doit être produite par l’Etat. Mais comme une telle décision est politique par nature, et que les banquiers sont prompts à corrompre les hommes politiques, il nous faut d’abord en passer par un changement institutionnel profond.

    Par ailleurs un article de L’Obs nous explique comment l’Islande est arrivé à mettre ses banquiers en prison. La conclusion principale de cet article est qu’au lieu de traiter les banquiers  comme des délinquants ordinaires, on a fait une lecture politique de leurs malversations. Voilà un petit pays dont nous ferions bien de nous inspirer, aussi bien pour réécrire notre constitution que pour mettre les banquiers indélicats – pléonasme – à l’ombre.

     

    Liens

     

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/17/ces-commissaires-europeens-qui-passent-dans-le-prive_4524910_3234.html

    http://russeurope.hypotheses.org/3030

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/11/18/le-comptable-suisse-de-serge-dassault-lui-aurait-remis-53-millions-d-euros-en-cash_4524945_823448.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20141118.OBS5310/gattaz-appelle-a-supprimer-l-isf-macron-denonce-une-provocation.html

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/19/les-banquiers-tricheurs-par-culture_4526122_3234.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20141120.OBS5681/comment-l-islande-a-mis-en-prison-ses-banquiers-indelicats.html

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    Nationalisations et privatisations, le débat est loin d’être terminé, malgré la propagande libérale. Bien qu’en France on se soit habitué à la disparition du bien public sous les coups d’aiguillon de l’Union européenne, il se pourrait que les nationalisations redeviennent un objectif prioritaire. En outre on remarquera que le mouvement de nationalisations se développe aujourd’hui en Amérique latine. Dans ces pays les Etats ont procédé à la nationalisation des entreprises qui œuvrent dans le pétrole au motif qu’il s’agit là d’un secteur stratégique. Mais ailleurs, par exemple en Islande on a procédé aussi à la renationalisation des banques en faillite – la Grande-Bretagne avait fait de même. La crise de 2008 tendrait à prouver que le secteur privé est un moins bon gestionnaire, un moins bon banquier finalement que l’Etat.

    On peut penser qu’à la prochaine crise bancaire, les Etats européens n’auront plus les moyens de renflouer les banques et qu’ils pourront procéder à leur nationalisation. L’idée que cela est possible vient de ce que les banques italiennes et espagnoles sont très endettées et que leur bilan est gonflé des dettes souveraines dont la solvabilité va paraître de plus en plus aléatoire. Mais il va de soi que la nationalisation du secteur bancaire pourrait apparaître aussi comme la seule voie de moralisation de ce secteur qui n’en fait qu’à sa tête : il ne se passe pas une semaine sans qu’une banque, en Europe, aux Etats-Unis ou au Luxembourg ne se trouve impliquée dans quelque scandale, ou doive payer une amende importante comme conséquence de ses turpitudes.

    La grande braderie continue

     

     

    Macron en bon libéral avance que l’Etat va brader des actifs pour 15 ou 16 milliards d’euros. Cela satisfera Bruxelles qui conçoit très mal que l’Etat puisse être actif dans l’économie. Et puis cela satisfera les copains des coquins qui vont faire des bonnes affaires. Car évidemment derrière les analyses techniques et théoriques sur les nécessités de l’heure, sur le rôle de l’Etat il y a les « vautours » qui attendent de mettre la main sur des parties importantes du bien public à des tarifs défiant toute concurrence. Et forcément si cela avantage quelques fonds privés, il est normal que ceux qui poussent aux privatisations, au sein du gouvernement ou des instances idoines, soient récompensés. Tout travail mérite salaire.

    Pour l’heure les grandes manœuvres semblent porter sur RTE, la filiale d’EDF qui gère les transports de l’électricité à haute tension. L’Etat n’en vendrait « que » 30% du capital, ce qui lui laisserait le contrôle de l’entreprise. Et cela rapporterait 1,5 milliards d’euros, de quoi ralentir un peu la progression de la dette publique. Sauf que, on l’oublie trop souvent, le capital a la patience de l’araignée. Il ne se satisfera pas de ces 30%. Il les prendra en attendant une nouvelle braderie, présentée toujours comme une impérative nécessité pour financer le paiement de la dette.

    Les rumeurs avancent également que 15% des actions de Aéroports de Paris seront également bradés. [Par parenthèses voici comment écrit le journaliste du Monde : « Le JDD croit également savoir que le gouvernement va céder 15 % des Aéroports de Paris (ADP), dont il détient actuellement 50,6 %. » il ne lui vient pas à l’esprit que le gouvernement n’est pas le propriétaire des biens de l’Etat, il en est seulement le gestionnaire. Les biens de l’Etat nous appartiennent en propre : ce sont des biens collectifs.] Les aéroports de Toulouse et de Lyon sont également en vente et pourraient être acheté par des conglomérats étrangers, notamment chinois. On remarquera que ces braderies sont toutes situées dans la même logique qui est celle d’un contrôle des réseaux.

     

    Petits rappels historiques

     

    Les nationalisations d’entreprises ont presque toujours existé, du moins à partir du moment où l’Etat intervient dans l’économie. Elles remontent au moins au XVIème siècle, même si elles ne sont pas appelées « nationalisations ». L’idée est que l’Etat doit être actif dans l’économie, et la meilleure manière de stimuler l’économie est pour les premiers économistes encore que l’Etat investisse.

    Mais ne remontons pas jusque-là. Plus près de nous, il y eut deux grandes vagues de nationalisations : l’une au moment de la Libération, l’autre avec l’arrivée de François Mitterrand à la Présidence de la République. La première est massive, elle est aussi bien la sanction de la collaboration que le résultat du programme du CNR. Evidemment en arrière-plan il y a l’idée que la guerre est le résultat de la crise économique de 1930 et que celle-ci est la conséquence d’un capitalisme dérégulé.

    La seconde vague est moins importante, elle porte sur une quarantaine de milliards de francs de l’époque. Elle doit cependant agir sur des secteurs clés et relancer l’économie et l’emploi. Mais cela va tourner court, sans que les nationalisations n’aient eu le temps de faire la preuve de leur efficacité, d’une part parce qu’en 1983 Mitterrand décide du malheureux tournant européen, et puis parce qu’en 1986 la droite – qui n’est plus gaullienne, mais chiraquienne et exclusivement affairiste – décide de privatiser. C’est principalement le secteur bancaire qui sera concerné. Les privatisations chiraquiennes sont évaluées à 100 milliards de francs, soit 2,5 fois le volume des nationalisations mitterrandiennes. Ces privatisations ont donné lieu à des scandales abondants et nombreux, et cela va accélérer la corruption de la classe politique française dans son ensemble. Benjamin Coriat voit dans les privatisations l’outil puissant qui permet d’installer la finance en France à la tête de l’économie.

    Depuis cette époque le mouvement de privatisation ne va plus cesser. Rocard s’y mettra aussi, et ce sera Lionel Jospin – social-traître patenté – le champion de la privatisation : 210 milliards de francs sous sa mandature, bien aidé en cela par cette canaille affairiste de DSK. Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin parachèveront le travail notamment en privatisant complètement les autoroutes et en liant l’Etat par des contrats léonins qui permettent à ces capitalistes de la rente d’augmenter à peu près comme ils le veulent les péages. On a vu récemment le petit Macron dire qu’il allait faire pression sur les compagnies qui rackettent les passants aux péages des autoroutes. Traduit en langage normal, cela veut dire qu’il va leur demander que leur canaillerie soit moins visible. Il est vrai que les pratiques de gangsters de ces compagnies ont engendré une forme de révolte importante avec l’augmentation des automobilistes qui refusent de payer, ils seraient plusieurs millions.

    Vinci s’est plaint d’un très important manque à gagner et a obtenu du gouvernement « socialiste » que les sociétés autoroutières aient accès aux fichiers des automobilistes pour leur envoyer leur propre police privée. Cette société spécialisé dans le racket et dans la rente des automobilistes – elle gère aussi des parkings où elle peut rançonner impunément les automobilistes égarés dans des sous-sols réalise pourtant des bénéfices toujours en hausse[1], mais sa cupidité n’a pas de limite.

     

    Débat théorique

     

    Nationalisations ou privatisations, nous trouverons toujours des économistes prêts à justifier telle ou telle option. La privatisation serait justifiée par le fait que l’Etat est un mauvais gestionnaire, étant un peu trop sentimental, il maintiendrait des prix artificiellement bas qui au final plomberait toute l’économie. Avec un tel raisonnement on suppose que Vinci est un excellent gestionnaire de ses autoroutes qu’il a piquées à la collectivité, puisque les prix des péages se sont envolés. Mais quand durant les Trente glorieuses l’Etat investissait dans des activités modernes, on ne trouvait rien à redire à sa gestion, que ce soit pour ce qui concerne EDF-GDF, ou la SNCF ou encore Air-France. Il va    de soi que la forte croissance de l’économie française à partir de la Libération a été engendrée par l’implication très forte de l’Etat dans l’économie.

    Le deuxième argument avancé pour privatiser est la nécessité de rembourser la dette publique. On se situe alors au-delà d’un débat théorique et on signifie simplement qu’il y a des contraintes impératives. Le simple énonce de ces évidences nous permet de comprendre à quoi sert la dette : à privatiser le bien public.

    Les nationalisations ont d’autres raisons. Sur le plan théorique, c’est Léon Walras qui signale que tous les monopoles, puisque par définition ils ne peuvent pas jouer le jeu de la concurrence, doivent revenir dans le giron de l’Etat. C’est seulement à cette condition que la concurrence peut jouer son rôle. Il vise à travers ce discours aussi bien les réseaux de distribution, que la monnaie, que les terres agricoles[2]. Ce qui fait beaucoup. Les nationalisations servent aussi à faire sortir les canards boiteux du marché. C’est du moins ce que pensait Marx : pour le marché les profits, pour l’Etat la nationalisation des pertes. Notez qu’au XIXème siècle, on avançait aussi un autre argument pour les nationalisations : la nécessité de doter l’économie nationale de secteurs stratégiques, dans l’énergie, ou dans l’armement, la sidérurgie, etc.

    Mais depuis Marx la gestion capitaliste s’est bien améliorée, et surtout depuis la contre-révolution libérale qui a entamé sa longue marche au début des années quatre-vingts. Ainsi que le montrent James Galbraith et Naomi Klein[3], de grandes sociétés s’approprient maintenant la gestion des services régaliens[4] de l’Etat  qui ne sont pas rentables, mais qui sont financés sur la base de l’impôt ou de prélèvements sociaux. Donc ce sont des affaires qui deviennent sûres, le risque est nul… tant que l’Etat accepte de payer sans broncher. Par exemple, le secteur des prisons aux Etats-Unis est d’un rendement très supérieur au rendement moyen dans les autres secteurs. Le capital privatise peu à peu les tâches régaliennes de l’Etat. Y compris l’armée qui aux Etats-Unis est déjà gérée par des entreprises privées.

    Mais il y a une autre raison aux nationalisations et contre les privatisations. En se plaçant simplement du point de vue étroit de la dynamique du capital, l’argent privé qui va s’investir dans des entreprises publiques qui existent déjà, ne s’investira pas dans la production de nouveaux biens, la création de nouvelles entreprises. Cette paresse est du point de vue capitaliste même une perte de confiance, et on peut dire que depuis 1986, le capitalisme français n’ayant de cesse que de piller le bien public, n’a pas eu le loisir de s’investir dans les secteurs d’avenir. Les privatisations françaises massives expliquent donc le retard de notre pays en matière de technologie et d’industrie. En quelque sorte on peut dire que les privatisations sont un recul du capital, s’il se rabat sur les biens publics, c’est qu’il n’est plus capable d’avancer dans la production massive de biens privés.

    On peut terminer cette petite analyse très rapide par le constat suivant : les privatisations n’ont jamais relancé l’économie. Elles ont libéré les profits par le biais des hausses des prix, et permis également à Gérard Mestralet ancien président-prédateur de GDF de se voter une belle retraite de 500 000 euros par an, mais c’est à peu près le seul résultat. Bien entendu c’est parce que le théorème de Schmitt selon lequel « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain » est faux. C'est juste un slogan.

     

    Bibliographie

    Benjamin Coriat, « L’installation de la finance en France », Revue de la régulation, 2ème semestre 2008.

    James Galbraith, L’Etat prédateur, Le seuil, 2009.

    Naomi Klein, La stratégie du choc, Actes Sud, 2008.

    Dossier « Le scandale des autoroutes », Marianne, n° 910, 26 septembre au 2 octobre 2014.

    Léon Walras, Etudes d’économie politique appliquée, 1998

     

    Liens

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/16/l-etat-pourrait-ceder-des-participations-dans-une-filiale-d-edf_4524413_3234.html

    http://www.ladepeche.fr/article/2014/07/28/1925587-fraude-au-peage-vous-etes-filme.html

    http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/02/05/97002-20140205FILWWW00341-vinci-benefice-net-en-hausse-de-23.php



    [1] Selon un article du Figaro, les bénéfices de Vinci ont augmenté de 2,3% en 2013, et ont atteint la somme de 1,9 milliards d’euros.

    [2] Études d’économie politique appliquée. Théorie de la production de la richesse sociale (1898).

    [3] Naomi Klein, La stratégie du choc, Actes Sud, 2008 et James Galbraith, L’Etat prédateur, Le seuil, 2009.

    [4] Le mot régalien qui vient du latin regalis désigne ce qui est attaché directement au privilège du Roi, et par suite à la logique de la Nation par opposition à l’intérêt individuel.

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