• S’il restait encore quelques illusions sur le PS et sur François Hollande au début de l’année 2014, il n’en reste plus une seule aujourd’hui. Le PS n’est ni un parti, ni socialiste. C’est un ensemble hétéroclite qui n’a ni tactique, ni stratégie. Aujourd’hui cet appareil est dominé par une sorte de bureaucratie qui s’est mise toute honte bue au service du MEDEF. Sans aucune imagination, le gouvernement ne fait qu’appliquer les consignes du MEDEF et de la Commission européenne, après tout ce sont les mêmes, avec des résultats médiocres dans tous les domaines.

     

    Ne pas taxer les patrons et les actionnaires

     

    La dernière fantaisie du gouvernement a été de renoncer à taxer des versements de dividendes, à leur faire porter des cotisations sociales. Pourquoi cet amendant ? Essentiellement parce ce que certains patrons utilisent ces dividendes comme une manière de se rémunérer, et donc s’apparentent à des salaires. Comme le souligne le journal Le monde dans son édition du 30 octobre, il a suffi que le MEDEF hausse les sourcils, Gattaz rappelant qu’une telle taxation nuirait à la dynamique économique, pénalisant les malheureux entrepreneurs qui créent la richesse, pour que le gouvernement retire son amendement, arguant que celui-ci avait été mal préparé et manquait de lisibilité. Cet amendement devait rapporter quelques 65 millions d’euros par année. Il était dans un premier temps défendu par Christian Eckert, secrétaire d’Etat au budget, sur les conseils des personnels de Bercy. Il visait essentiellement à lutter contre l’optimisation fiscale qui est une pratique en augmentation. Le monde souligne que le MEDEF est intervenu directement auprès de Macron, le sinistre ministre de l’économie, et que c’est lui qui aurait fait finalement retirer cet amendement.

     

    Les fantaisies de Pierre Gattaz

     

    A l’heure actuelle – disons depuis 2012 – Pierre Gattaz obtient exactement ce qu’il veut du gouvernement. Ce n’est pas quelque chose qui se trouve dans l’ombre. On a vu Manuel Valls cet été courir cirer les pompes de Gattaz au motif qu’il aime l’entreprise. En fait ce n’est pas l’entreprise qu’il aime, mais les patrons. Il ne lui vient pas à l’idée, probablement parce qu’il n’a jamais travaillé à autre chose qu’à s’élever dans la hiérarchie du PS, que la richesse n’est pas créée par les patrons, mais par les travailleurs, ceux qui dépensent ou usent leur force de travail.

    Mais la famille Gattaz est bien en cours. On oublie trop souvent que Pierre Gattaz qui aime à flatter le courage et l’esprit aventureux des entrepreneurs est d’abord un héritier, un fils de famille. Son père est Yvon Gattaz, ancien président du CNPF. Pierre Gattaz a hérité à la fois de l’entreprise créée par son père, du principal syndicat du patronat français, mais aussi de ses idées moisies, ces idées qui plaisent tant à l’imbécile Macron. En effet Yvon Gattaz militait en son temps pour une plus grande flexibilité du marché du travail, pour la création d’un allègement des charges sociales. Il suggérait de créer des ENCA (emplois nouveaux à contraintes allégées) qui en 1975 aboutirent à la suppression administrative de licencier.

    C’est ce même Yvon Gattaz qu’Hollande décorait en avril 2013 de la Grand-Croix de la légion d’honneur. Ce qui avait fait un peu tiquer le journal Le monde. Mais depuis Hollande nous a habitués à aller toujours plus loin dans le genre social-traitre. Et en effet quitte à être social-traitre, autant l’être jusqu’au bout. Ce qui est choquant dans ces histoires, c’est que Hollande et Valls aiment pleurer la mort de Margerie le PDG sulfureux de Total, aiment se commettre avec le patronat, mais ils aiment moins aller serrer la main des ouvriers, ou pleurer sur ceux qui peuvent décéder dans un accident du travail. C’est ce qu’on pourrait appeler un réflexe de classe.

    Quoiqu’il en soit, le réactionnaire Pierre Gattaz ayant obtenu tout ce qu’il avait demandé ou presque, veut pousser son avantage un peu plus loin. C’est effectivement une bonne tactique. Il passe à la télévision, la ramène à la radio, déverse des tombereaux de provocations. Ces recettes  qu’il publie cette semaine dans une sorte de livre sans forme et sans saveur, qui sans doute n’a pas été écrit par lui, appartiennent au tout courant de la vulgate libérale, version XIXème siècle. Dans son dernier ouvrage il y a deux idées centrales. La première est que défendre l’entreprise ce n’est ni une idée de droite, ni une idée de gauche : tous les hommes politiques doivent être à son service. La seconde est que la trop faible flexibilité du marché du travail empêche la croissance et l’embauche.

    Les deux idées sont évidemment fausse : construire le discours politique sur la défense des entreprises, c’est admettre que les contours de la propriété privée sont intangibles et peu contestables, voir que la propriété privée est un facteur de croissance et d’emploi. Or le point fondamental est que la propriété privée grossit, le capital s’accumule si on veut. Mais cette accumulation provient de la mise en œuvre de deux facteurs de production, le capital et le travail. Or elle ne profite qu’à ceux qui possèdent le capital. C’est bien pour ça que les vieux socialistes disaient « la propriété c’est le vol ».  Pierre Gattaz en est lui-même l’exemple parce qu’il n’a jamais travaillé et que tous les jours qui passent voient sa fortune s’arrondir un peu plus.

    Sa deuxième idée est de flexibiliser encore un peu plus le marché du travail. L’idée serait d’en finir avec le CDI de façon à ce que le patronat soit libéré de la contrainte de justifier ses licenciements. A cet égard Gattaz préconise que la France, pour se vautrer encore un peu plus dans le libéralisme fou, sorte de la convention de l’OIT qu’elle a signé en 1982. L’OIT est l’Organisation Internationale du Travail, elle dépend de l’ONU, et sa mission est, entre autres choses, d’accroître la démocratie dans l’entreprise. La démocratie dans l’entreprise, c’est le dialogue social, ce qui veut dire qu’on considère qu’une entreprise appartient aussi un peu aux travailleurs qui usent leur vie à la faire tourner. Evidemment reconnaître des droits étendus pour les syndicats c’est contester aussi bien la primauté de la propriété des moyens de production que la rigidité des hiérarchies dans l’entreprise. Or c’est évidemment sur ce point que le développement économique et social s’était fondé après 1945 : une sorte de partage tacite de la valeur destiné à stabiliser les relations sociales dans l’ensemble de la société en limitant les extravagances des inégalités de revenus.

    L’autre idée que développe Pierre Gattaz est que l’Etat doit être au service de l’entreprise, ce qui ne veut pas dire seulement que l’entreprise seule crée la valeur, mais aussi que l’Etat doit être gouverné en fonction des besoins des entreprises, celles-ci sont alors un ersatz de l’intérêt général.

    Il va de soi que toutes ces lubies du patronat n’ont jamais marché nulle part, même au XIXème siècle. Mais leur philosophie est une sorte de pédagogisme qui doit apprendre qui est le maître.

     

    Le PS et ses militants

     

    Evidemment ce concubinage affreux entre le PS et le MEDEF ne peut que troubler les militants et les sympathisants du PS qui restent de gauche même modérement. Les sondages récents montrent aujourd’hui que le pays souhaite massivement une dissolution de l’Assemblée nationale, même s’il est assez improbable que Hollande aille jusque-là, il semble qu’il ait plutôt choisi la mort lente que le suicide. A moins d’un miracle – mais lequel ? – Hollande ne pourra pas se représenter. Mais le pire est sans doute à venir. En effet, un parti peut connaître une défaite, voire plusieurs défaites successives, puis ensuite se refonder et après un passage dans l’opposition, revenir au pouvoir en se régénérant sur les déboires du parti au pouvoir. Il est en effet probable que si Alain Juppé devenait premier ministre de Hollande, il ne ferait finalement que la même politique.

    Le problème est plus grave que cela parce que le nombre de militants est en train de s’effondrer au PS. Un document récent montre que les rentrées de cotisations sur les six premiers mois sont inférieures de 60% à ce qui était attendu au début de l’année ! Tout se passe comme si les militants avaient maintenant intégré non seulement l’échec politique du PS, mais aussi sa désintégration.

    Les hiérarques du PS, cette deuxième gauche pourrie et corrompue, pensent qu’en adoptant le programme économique de l’UMP, voire en le droitisant un peu, ils couperont l’herbe sous les pieds à leurs adversaires et qu’ainsi ils apparaîtront modernes et réformateurs. Cette approche est fausse sur le plan stratégique et sur le plan tactique. Que ce soit en Angleterre ou en Allemagne, lorsque cette « social-démocratie » adopte le programme de la droite libérale (le fameux TINA de Margaret Thatcher), elle disparait durablement du paysage politique, le SPD allemand en adoptant la logique du marché comme supérieure à celle de la société est juste devenu un supplétif de la CDU comme l’était dans le temps le parti libéral. En effet, pour se distinguer de la droite, elle n’a plus que cette possibilité de se saisir des problèmes de société comme on dit, de la défense des droits de telle ou telle catégorie spécifique de la population. Or le petit peuple de la périphérie se moque complètement de ce genre de palinodie. Car le clivage essentiel pour ne pas dire principal se fait sur la question économique : à gauche c’est la défense d’une limitation de la propriété privée, et une plus juste répartition de la richesse, une diminution des inégalités, à droite c’est le laisser-faire en la matière, concrétisant la suprématie du chef d’entreprise.

    On a vu que Manuel Valls a pour projet de changer le nom du PS. Cette volonté se heurtera facilement à l’indifférence populaire. En effet Valls et son futur parti apparaîtront comme centristes et se dissoudront à la manière du MODEM de Bayrou. Si le PS a eu un succès électoral considérable entre 2007 et 2012, obtenant la maîtrise de toutes institutions, c’est avant tout parce qu’il adoptait un langage de gauche pour combattre les inégalités sociales et économiques. En abandonnant ce langage il disparaîtra presque sûrement du paysage politique. Valls sous-estime l’importance d’une gauche réelle dans la culture et l’histoire des Français.

     

    L’avenir de la gauche

     

    Alain Juppé faisait cette semaine le malin en disant que le quinquennat de François Hollande était un échec. Il disait vrai, mais il ne disait pas pourquoi. En effet c’est bien parce que Hollande a adopté la politique de l’UMP en se reniant définitivement que ce quinquennat est un échec, comme a été un échec le quinquennat de Sarkozy, et encore avant le second quinquennat de Chirac. Ce qui est en échec aujourd’hui, c’est la politique de l’offre et l’idée même de construire toute son économie sur l’idée de compétition. Il faut bien comprendre deux choses :

    - la première c’est que l’idée de compétition si chère à la droite et au darwinisme économique libéral est le corolaire de l’ouverture des frontières. Si on admet la nécessité de la mondialisation, on admet aussi celle de la compétitivité. Sinon on reste dans une vision protectionniste de la nation ;

    - la seconde est que la compétition entraine nécessairement une baisse des salaires français – cette baisse nécessaire est estimée de 30 à 40 % par Goldmann et Sachs, et une baisse tout aussi important du SMIC, puisque les professions les plus exposées à la concurrence internationale sont celles qui sont rémunérées autour du SMIC.

    La gauche a de l’avenir si elle recentre son combat sur le seul enjeu qui vaille la peine : limiter les écarts de revenus et limiter les prérogatives liées à la propriété privée. Mais pour cela il faut qu’elle abandonne deux tabous, le premier est cette confusion entre internationalisme et éradication des frontières, la gauche s’exprime d’autant mieux qu’elle le fait dans le cadre de la nation, le second est qu’elle cesse de cacher son inconsistance derrière des combats parcellaires comme la défense de telle ou telle catégorie particulière.

    Si la gauche a un avenir, c’est d’une part parce que la droite – y compris la droite molle façon François Hollande – a échoué, et que d’autre part l’effondrement sous-jacent du système capitaliste impose une réorientation en profondeur du système de la propriété des moyens de production. C’est en effet seulement en se fixant comme but de se réapproprier l’Etat et les moyens de production qu’on pourra redéfinit à la fois les besoins à satisfaire – indépendamment de leur profitabilité – et aussi les méthodes de travail.

     

    Liens

     

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/10/30/comment-le-gouvernement-a-cede-au-patronat-sur-la-taxation-des-dividendes_4515630_823448.html

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/10/30/le-ps-est-il-en-train-de-perdre-sa-base-militante_4515580_823448.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141030.OBS3747/55-des-francais-pour-une-dissolution-de-l-assemblee.html

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/10/30/le-ps-est-il-en-train-de-perdre-sa-base-militante_4515580_823448.html

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  • Les réformes de Macron

     

    Il ne se passe pas un jour sans que le petit Macron se fasse remarquer.

    « Le rêve européen est encore possible, mais il passe par des efforts sur nous-mêmes »

    EMMANUEL MACRON, ministre de l’économie, le monde du 21 octobre 2014

    En vérité si on le traduit de la langue de bois usuelle dans laquelle parlent nos gouvernants, il voulait dire, le cauchemar européen peut se prolonger à condition que les pauvres continuent de se laisser tondre sans rien dire

    Mais en même temps Macron fait semblant d’être aussi un peu ministre dans son petit costume, et donc il fait une loi – une énième loi – qui va nous dit-il faire repartir la croissance. Cette loi devrait être présentée le mois prochain devant le parlement. Le jeune Macron qui ne connait pas vraiment le sens des mots appelle cela un New Deal par référence à Roosevelt. Sauf que le New Deal de Roosevelt visait d’abord à donner des droits nouveaux aux travailleurs et à ranger l’Etat à ses côtés. Ici il s’agit d’appliquer des recettes complétement éculées, sans doute inspiré par Jacques Attali, censées libérer les capacités d’entreprendre des marchés. Le discours est toujours le même, c’est celui de la droite libérale : plutôt que d’aider les pauvres et partager les richesses on va tout faire pour agrandir le gâteau, ce qui serait le plus simple, selon cette droite pourrie pour régler la lancinante question de la pauvreté.

    L’idée est la suivante : la déréglementation est la clé du succès, ainsi le recul de l’Etat amènerait immanquablement la croissance, la croissance l’emploi, et l’emploi le recul de la pauvreté. Il est facile de remarquer que cette logique est la logique traditionnelle de la droite qui déjà au XIXème siècle nous expliquait que les redistributions de la richesse n’avait aucun sens et que surtout les allocations chômages bridaient l’emploi et la croissance. Cette logique n’a jamais fonctionné nulle part. Mais à court terme elle a le mérite de renforcer les taux de profit.

    Concrètement qu’en est-il ? Et bien nous dit Macron on va déréglementer les professions réglementées : la concurrence ainsi générée entre les pharmaciens, les huissiers de justice ou encore les notaires va les conduire à abaisser leurs coûts ce qui sera bénéfique pour les consommateurs. Mais on fera remarquer que les marges des pharmaciens sont déterminées par les laboratoires, que les notaires encaissent d’abord des taxes pour le compte de l’Etat sur les transferts de biens et sur les successions. Si le surcroît de concurrence devrait amener la multiplication des huissiers et des pharmaciens, les Français ne consommeront pas plus d’actes, ni même plus de médicaments, tout au plus ils se partageraient le gâteau. Comme on le comprend mieux avec l’exemple des médicaments : la concurrence dans la distribution n’élargit pas le chiffre d’affaire.

    Mais Macron est plein d’idées. Comme il est de gauche – du moins il le dit, et peut-être est-il assez stupide pour le croire – il veut bien aider les pauvres. Donc à nos amis les pauvres, il va se débrouiller pour leur offrir des moyens de déplacement de pauvres, les pauvres prendront le bus. Pour cela et comme il est bien bon, il va déréglementer la gestion des réseaux d’autocars qui seraient bridés par la SNCF, méchante boutique à demi-étatisée. Il suppose qu’ainsi les tarifs des bus vont être divisés par deux ou par trois et que les pauvres vont enfin pouvoir se déplacer. Pour aller où ? Pour quoi faire ? On ne sait pas, mais le petit Macron qui est aussi bête qu’Attali pense que le besoin de se déplacer est besoin essentiel, même si on ne sait où aller.

    Parmi les autres idées lumineuses de Macron, il y a l’extension du travail le dimanche. Celle-ci est présentée comme une opportunité de créer des emplois et de stimuler la croissance. C’est bien sûr faux. En vérité cette proposition qui s’inspire du rapport Attali qu’avait commandé en son temps Sarkozy, va renforcer les grandes surfaces : c’est le but. Macron et Attali pensent – encore que penser soit un grand mot – que la généralisation des grandes surfaces va faire baisser les prix, et donc que cela stimulera le pouvoir d’achat. En vérité, le seul effet certain de cette déréglementation, qui commence à être mis en œuvre depuis le fameux rapport Bailly, c’est qu’il va un peu plus tuer le petit commerce. Or on sait que lorsqu’on crée 1 emploi dans un hypermarché, on en détruit 5 dans le commerce de proximité.

    Du reste un des signes très inquiétants est qu’après l’industrie, le commerce à son tour est en train de détruire des emplois.  Ce qui veut dire que l’accélération de la désindustrialisation de la France ne pourra pas être compensée par une montée de l’emploi dans les commerces. Ce qui n’est pas étonnant parce que pour que le commerce reparte, il faudrait d’abord que le pouvoir d’achat reparte un peu. Mais ça, c’est trop compliqué pour la petite tête de Macron. Au rythme où les choses se compliquent, on ne voit pas très bien quand la courbe du chômage pourrait enfin s’inverser.

     

    Le retour de Martine Aubry

      

    Le retour sur le devant de la scène de Martine Aubry ne se commenterait pas, s’il n’était l’image de la décomposition accélérée du PS. Elle a développé une critique forte de la politique de Hollande qui la rapproche des frondeurs. Pour éclaircir le débat il faut rappeler que Martine Aubry est la fille de Jacques Delors qui était un grand défenseur de l’Europe telle qu’elle s’est faite, un tenant de la deuxième gauche navigant avec aisance entre la droite et la gauche, mais aussi le mentor de François Hollande. Bien entendu elle a rappelé deux évidences, d’une part que la politique de Hollande, Macron et Valls est une politique de droite, et d’autre part que cette politique ne génère ni croissance, ni emploi. Ce qui est vrai, mais ce qu’elle a oublié de dire, c’est qu’une politique qui romprait avec le dogme de l’équilibre budgétaire et les tourments de l’austérité, n’est pas possible dans le cadre de l’euro et de l’Union européenne.

    Cependant, le fait que Martine Aubry s’allie aux frondeurs du PS a deux significations :

    - la première est que les grandes manœuvres pour la reprise en main du PS ont commencé. Il va de soi que de très nombreux élus du PS craignent de se retrouver au chômage conséquemment à l’inepte politique de Hollande, et donc qu’il vaut mieux prendre ses distances avec elle. C’est là-dessus que la bataille pour le contrôle de l’appareil va faire rage, et il est probable que ce sera Manuel Valls le grand perdant ;

    - la seconde est qu’Hollande, Valls et Macron, avec une marge de manœuvre de plus en plus réduite, vont être finalement éjectés du PS et renvoyés dans leur camp naturel, celui de la droite libérale.

     

    Les inflexions de la politique européenne

      

    Macron et Sapin – l’ami de la « bonne » finance – sont allé à Berlin et multiplient les contacts avec Bruxelles. L’idée est la suivante : d’une part obtenir que Bruxelles ne sanctionne pas le budget français et admette des délais pour que celui-ci revienne à l’équilibre, en échange, on accélère les réformes de droite, les réformes libérales notamment en ce qui concerne le démantèlement du droit du travail (on appelle cela dans le langage des économistes, la flexibilité du marché du travail) et la baisse massives des allocations chômage ; et d’autre part on va réclamer un plan de relance de l’investissement à l’échelle européenne. Macron a avancé le chiffre de 50 milliards d’euros de nouveaux investissements qui seraient débloqués par l’Allemagne. On présente cela comme la contrepartie des efforts français qui ont consisté dans un allègement de 50 milliards d’euros de charges patronales. Deux questions se posent :

    - la première, est-ce qu’il y a une chance que Berlin (Merkel) accepte ? La réponse est oui, c’est possible parce que non seulement l’Allemagne est maintenant entrée en récession, mais aussi parce que le SPD le demande, et que par ailleurs elle a à faire face à l’opposition des eurosceptiques allemands qui voudraient bien eux aussi en terminer avec l’euro ;

    - la second est, est-ce que cela peut relancer la croissance et l’emploi ? La réponse est non. Essentiellement parce qu’on ne soigne jamais une crise de la demande en relançant l’offre, et plus accessoirement parce que des politiques de relance ont peu de chance de fonctionner dans un cadre dérégulé.

    Il reste que l’Union européenne étant aujourd’hui un bateau à la dérive et ayant épuisé les possibilités d’une relance par l’injection massive des liquidités, elle est forcément à la recherche de quelque chose qui marcherait enfin. Et c’est pourquoi je pense qu’il va y avoir une inflexion rapide de la politique économique en Europe.

     

    Les signes d’une accélération de la crise

     

    Il y a au moins deux signes qui ne trompent pas, d’une part c’est la brutale chute des bourses dans le monde, et l’évolution des spread souverains. Par exemple le CAC 40 qui était avant la crise de 2008 aux environs de 6600 points vient de passer la semaine dernière au-dessous des 4000 points. La situation à Paris n’est pas exceptionnelle, elle s’est répétée sur toutes les places. Les raisons principales de ce décrochage sont d’abord à rechercher dans la stagnation économique quasi générale. Les pays émergents ont dû revoir leurs prévisions de croissance à la baisse, l’Allemagne entre en récession, et la situation des banques inquiète. On pourrait dire que c’est dans la baisse des anticipations de profit que les Bourses plongent.

    Mais il y a un autre phénomène inquiétant. C’est le retour de spread positif sur les dettes souveraines. Le spread c’est l’écart de taux entre deux produits. Pour ce qui nous concerne ici c’est l’écart qui peut apparaître sur les marchés entre le taux d’intérêt attaché à la dette allemande par exemple et le taux d’intérêt attaché à la dette grecque. Cet écart était devenu minime, grâce principalement aux injections massives de liquidités de la part de la BCE. Mais voilà qu’il repart à la hausse. Cela a deux conséquences immédiates :

    - la première est que les économies européennes vont augmenter leurs divergences, que ce soit du point de vue des investissements ou de la croissance ;

    - la seconde est que la dette des petits pays du sud de l’Europe va se remettre à gonfler, demander encore un nouveau tour de vis aux dépenses de l’Etat.

    Si on considère que l’austérité engendre la dépression, et par suite la perte de recettes fiscales, ce qui aggrave le cercle vicieux de la dette, alors on a des raisons de s’inquiéter. Le mois de novembre devrait être très difficile et mettre un peu plus à nu les contradictions présentes de l’économie mondiale.

     

    Les audaces de Paul McCarthy

     

    Terminons par parler d’art moderne, ce qui est toujours rigolo. Paul McCarthy « artiste » américain a installé, avec la complicité de la Monnaie et de la FIAC un machin haut de 24 mètres, une structure gonflable sur la place Vendôme. Evidemment beaucoup de monde a trouvé ça laid et inutile. Certains y ont vu un arbre, d'autes un plug anal. Et finalement le « tree » a été dégonflé. Des pitres soi-disant de gauche comme Hollande ou Anne Hidalgo sont venus au secours de l’artiste pour dénoncer cette agression scandaleuse, sans voir que pour beaucoup cette érection d’une sorte de plug anal était évidemment une agression. D’ailleurs c’est bien le but de Paul McCarthy, agresser le public, le déranger. Mais alors on ne voit pas pourquoi on se plaindrait par la suite d’une résistance à l’art moderne. Accepter passivement une telle œuvre n’est-ce pas contraire à l’esprit de l’œuvre lui-même ? Mais quel que soit l’avis qu’on ait sur cette œuvre d’art, il est bon de s’intéresser sur les relations que le peuple entretient avec ces œuvres d’art, puisqu’en effet, si on les expose en public, c’est bien pour que le public donne son avis. Et on peut dire sans risque de se tromper que le peuple, contrairement à Hollande qui par ailleurs a du temps à perdre pour aller voir les pièces de théâtre de BHL, a un avis négatif sur cette question. Dès lors comment s’étonner qu’il sabote cette « œuvre » ?

      

     

    Rappelons que Paul McCarthy n’en est pas à sa première provocation, il avait déjà mis en place un étron géant et gonflable. Comment devrait réagir le public face à de telles provocation ? Simplement glousser un bon coup en disant que la blague n’est pas mauvaise ? Admirer la beauté de l’œuvre ? La prouesse technique de l’artiste ? Paul McCarthy aime bien provoquer - agresser - les pauvres ploucs que nous sommes, mais il aime moins recevoir la monnaie de sa pièce.

    En vérité Pau McCarthy appartient à cette catégorie d’artistes qui font dans le démontable et le massif, un peu comme Christo qui emballait le Pont Neuf. Mettre en place des structures massives et démontables permet d’obtenir des budgets importants à partir d’une idée vague, qui, parce qu’elle est du domaine de l’art, ne serait pas discutable, ni soumise à un début de justification. Bien évidemment si ce type de fantaisie ne trouvait pas un financement l’œuvre n’existerait pas, elle existe donc par l’excès de monnaie qui circule et n’émane pas particulièrement d’une envie irrépressible de création de ce pauvre Paul McCarthy. Elle le résultat improbable des deux maux de notre société moderne : l’excès de liquidité et la domination de la technique.

     

    Liens

     

    http://www.lesechos.fr/economie-france/dossiers/0203864091073-une-loi-fourre-tout-pour-doper-la-croissance-1054380.php

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/10/18/le-retour-du-spread-plus-si-souverain_4508540_3234.html

    http://www.graphbourse.wadnon.com/prevision-effondrement-et-krach-du-dollar-en-2014-selon-aivazov/

    http://www.midilibre.fr/2014/10/16/les-pauvres-en-bus-d-emmanuel-macron-declenche-la-polemique,1066863.php

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/10/18/le-retour-du-spread-plus-si-souverain_4508540_3234.html

    http://www.itele.fr/economie/video/a-berlin-macron-et-sapin-jouent-les-vrp-de-linvestissement-europeen-97552

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    Le système économique et social dans lequel nous vivons apparaît comme insatisfaisant, mais aussi comme sans avenir, comme en bout de course. Nous cherchons tous à agir pour le transformer, soit en le réformant, soit en le remplaçant par une autre logique. La théorie du changement social a évolué depuis quelques années d’une manière profonde en critiquant Marx, mais aussi curieusement en le réhabilitant en quelque sorte contre les marxistes.

    La façon d’analyser la société et son évolution aujourd’hui conditionne les formes de la lutte, mais aussi l’émergence de formes nouvelles. Mais, même si souvent l’analyse semble reprendre et amplifier les critiques radicales de la fin des années soixante, elle est aussi forcément tributaire de la transformation que le capitalisme a générée depuis disons le début des années quatre-vingts. Pour aller vite, disons qu’il y a deux inflexions capitales qui se sont produites :

    - d’une part la mondialisation accélérée, via les traités de libre-échange et la déréglementation financière ;

    - et d’autre part, la disparition des régimes dits communistes à l’est de l’Europe, régime qu’on peut qualifier de « capitalisme d’Etat ». Le « capitalisme de marché » n’ayant plus alors de concurrence.

    La conséquence de cette double inflexion a été une explosion des inégalités, une baisse des salaires réels dans les pays les plus développés et bien sûr une atteinte sans précédent aux bienfaits d’un Etat-providence.  L’ascenseur social s’est bloqué, et les classes moyennes ont été laminées. Egalement la violente crise de 2008       a fait apparaître la main d’œuvre en surnombre à l’échelle planétaire, et c’est pour cette raison aussi qu’il ne semble plus possible que le capitalisme disparaisse dans une lutte des classes qui serait victorieuse pour le prolétariat.

     

    Au fond tout cela est le résultat de notre incapacité à comprendre réellement, fondamentalement le capitalisme, et par suite à le combattre. Pour Postone, l’erreur fondamentale a été de combattre le capital en lui opposant « le travail comme valeur positive ». Or bien sûr le capitalisme est une des rares formes de société qui est fondamentalement ancrée dans le travail. Autrement dit, si on veut combattre sérieusement le capital, il ne s’agit pas de combattre les dérives de la finance ou de l’aménager, mais plutôt d’en finir avec le travail. Il ne s’agit plus de s’approprier les moyens de production et de redonner un sens un peu plus noble au travail, mais de le nier.

    Cette analyse n’est pas tout à fait nouvelle, et même si elle n’avait pas été poussée jusqu’au bout, c’était déjà celle de Guy Debord et de l’Internationale situationniste qui avaient popularisé l’idée de l’abolition du travail. Et bien sûr les prémisses se trouvaient déjà chez le jeune Marx. Cette approche hégélienne de Marx s’explique aussi par le fait que Postone ait étudié auprès des théoriciens de l’Ecole de Francfort.

    Il y a maintenant tout un noyau de théoriciens qui travaillent dans ce sens. Pensant qu’il est illusoire aussi bien à une forme capitaliste régulée qui partage les fruits de la croissance de manière équitable entre les propriétaires des moyens de production et les travailleurs, et que la dynamique du capital pousse toujours dans le sens d’une impossibilité de la réalisation de la valeur, d’une croissance infinie et d’une dévalorisation du travail.

     

    La première remarque qu’on fera à cette analyse, c’est qu’elle est un peu trop compliquée et qu’elle a peu de chance d’être saisie par les masses dans le sens d’une transformation sociale. D’un certain point de vue elle répète la division du travail entre ceux qui pensent et ceux qui agissent. Et bien sûr on se dit que d’affiner la réflexion à l’infini sur les réalités et les mécanismes du capitalisme risque de ne pas servir à grand-chose si cette réflexion n’est pas accessible au plus grand nombre.

    La seconde remarque est plus concrète. Si on est tous d’accord pour constater que le système économique et social est à la dérive, les solutions ne sont pas évidentes. En effet, Postone signale que les progrès de la productivité rendent plus que superflus le travail, et donc que le socialisme est nécessaire, non pas pour faire triompher le travail, mais plutôt pour répartir autrement le produit – on n’ose plus dire la valeur – et le temps de travail. Cela me paraît une erreur majeure. Parce qu’en effet l’explosion de la productivité du travail est le résultat d’une évolution technologique très particulière :

    - d’une part elle est orientée vers des productions de masse, de mauvaise qualité et inutiles ;

    - d’autre part, il est facile de comprendre que cette technologie est en adéquation avec la propriété des moyens de production. Elle n’est pas neutre qui la maîtrise obtient le pouvoir. Le fait que la technique ne soit pas neutre veut dire qu’elle conditionne les productions qui sont effectuées. Elle les détermine.

    Ces deux points nous montrent que le changement de société souhaité par tous ceux qui veulent en finir avec le capitalisme pourri, ne peut se passer d’une reprise en main aussi bien des moyens de production, que du travail. Négliger cette nécessité, c’est abandonner la lutte pour ce qui doit être le socle d’une nouvelle forme de société.

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    L’Internationale situationniste a manifestement été à la pointe de la « radicalité » dans les années soixante. Son influence a ensuite décliné après Mai 68, à partir du moment où le mouvement révolutionnaire a  reflué et où Guy Debord a commencé à produire des livres et des films sous son propre nom.

    C’est au moment où l’on va commémorer les vingt ans du suicide de Guy Debord que ce livre paraît. Ce document est capital à la fois parce qu’il parle d’une période finalement assez glorieuse où il semblait encore possible d’agir et de penser en dehors des cadres convenus des partis été des institutions, et parce que les situationnistes eux-mêmes ont toujours refusé de témoigner sur leur passé, à la fois parce qu’ils trouvaient que cela livrait leur mouvement au spectacle médiatique, et parce qu’il y avait une sorte d’omerta pour ne rien dire d’important sur ce que ces gens avaient été. La gloire des situationnistes a été croissant avec le temps qui passe, et surtout celle de Guy Debord qui est devenu la référence aujourd’hui internationale de la radicalité, à tel point que n’importe qui peut se réclamer de lui, y compris même le sinistre Philippe Sollers qui par ailleurs se plait à rencontrer le Pape.

     

     

    Le développement de l’IS

     

    Le livre est construit comme un dialogue entre Gérard Berréby et Raoul Vaneigem. Berréby a monté une maison d’édition, Allia, qui s’est spécialisée dans la publication de textes situationnistes et radicaux et son rôle a été décisif pour une meilleure connaissance de l’histoire de l’IS. Mais il est un peu plus qu’un éditeur, ce que certains lui reprocheront, et il a acquis une connaissance très pointue de l’histoire des avant-gardes. Vaneigem est évidemment bien plus connu, à la fois comme une des têtes pensantes de l’IS et comme l’auteur du Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations, ouvrage qui a marqué toute une génération et un peu au-delà sans doute.

    Les deux hommes conversent librement autour du thème de la radicalité et de la nécessité de changer un monde qui décidemment ne convient plus à personne, sauf à quelques banquiers. Le fil conducteur de cette méditation est le parcours de Vaneigem lui-même. Fils d’un cheminot belge, adhérent du Parti socialiste belge, il est très tôt pris dans cette nécessité d’agir à la transformation du monde. Eloigné des tendances communistes représentées par le stalinisme, il va après un long détour rencontré Guy Debord par l’intermédiaire d’Henri Lefebvre, professeur de sociologie alors flamboyant et innovant dans ses cours comme dans ses écrits qui portent sur La critique de la vie quotidienne.  

      

    Jacqueline de Jong, Attila Kotányi, Raoul Vaneigem and Jørgen Nash at the conference in Gothenburg, 1961 

    L’IS est alors une avant-garde assez confidentielle mais qui gagne en expérience et en reconnaissance au fil du temps. S’éloignant de ses premières formes artistiques, elle s’oriente vers la défense d’une révolution joyeuse et ludique, qui mette en son cœur les conseils ouvriers comme véhicule de la transformation radicale de la société. En 1966 son existence apparaît au grand jour avec ce qu’on appelle le scandale de Strasbourg où un quarteron d’étudiants s’empare de l’UNEF locale et en profite pour faire éditer un texte devenu célèbre dans le monde entier, De la misère en milieu étudiant. Cette brochure, rédigée par Mustapha Khayati est un appel à la révolte en même temps qu’une critique en règle de la société de consommation et de ses conséquences.

      

    Les impasses de l’après 68 

     

    L’IS elle-même se sclérosera après le grand mouvement de mai 68 et se dissoudra en 1972, ses participants frayant chacun leur chemin d’une manière plus ou moins intéressante. Guy Debord deviendra par la suite un auteur de films et de livres réputés, et une référence nouvelle pour l’avant-garde  culturelle, telle qu’elle peut être représentée par des gens comme Philippe Sollers et la mouvance qui gravite autour de lui.

    C’est donc tout ce mouvement que retrace le livre, en en rappelant les origines historiques aussi bien que littéraires, son rapport avec le surréalisme notamment. Quel que soit l’avis qu’on porte sur les travaux de Raoul Vaneigem, c’est un ouvrage capital car il décortique les mécanismes de la subversion et de la résistance à la marchandisation du monde. C’est également un livre sombre car évidemment les perspectives de bouleversement du monde aujourd’hui ne paraissent pas très enthousiasmantes. Vaneigem est pourtant plus optimiste que Berréby, et croit encore en un possible ressaisissement de la conscience révolutionnaire dans un monde à l’agonie.

    Non seulement cet ouvrage rompt le silence sur ce qu’a été l’IS, ses hommes et ses femmes, mais il a le grand mérite de s’élever au-dessus des anecdotes et de décrire de façon précise une trajectoire particulière qui mettra en lumière – après 1968 – le travail d’un groupe de théoriciens qui se voulait en même temps des expérimentateurs d’une nouvelle manière d’envisage la vie.

     

    Vaneigem qui a aujourd’hui 80 ans, pointe lui-même les insuffisances de l’IS, de ses propres écrits, les insuffisances d’une époque. Le livre est aussi un témoignage sur Guy Debord, sur sa passion pour la boisson et pour la théorie, sa conception de la vie et de la révolution. Tout cela justifie de lire ce livre plutôt deux fois qu’une, quel que soit l’accord qu’on manifeste par ailleurs avec les thèses de l’IS ou le parcours de Debord.

    La critique de Vaneigem va très loin, lui-même se met en question dans le fait que les situationnistes qui se voulaient un regroupement d’hommes et de femmes libres et fraternels, se sont retrouvés à mettre en scène une élite qui fonctionnait aussi comme un instrument de domination. Berréby et Vaneigem considèrent d’ailleurs que l’IS, en tant qu’organisation, a commencé de se scléroser avant mai 68, c’est-à-dire après la publication des trois ouvrages majeurs produits par l’IS, De la misère en milieu étudiant, La société du spectacle et Le traité de savoir vivre.

     

    Remarques sur les avant-gardes et leur destinée

     

    Il y a un sujet qui n’est pourtant pas discuté, c’est le rôle des avant-gardes. Pour moi un des défauts majeur de l’IS et donc de Debord est d’avoir joué justement ce jeu-là. J’ai entendu parler de l’IS au moment du scandale de Strasbourg, et nous étions plusieurs qui trouvions cela très drôle. Mais pour le reste l’IS était dans l’ombre, on n’en parlait pas. Et quand nous nous sommes agités à faire mai 68, tous leurs écrits nous étaient inconnus. Personne n’avait lu les ouvrages que je viens de citer. Nous étions sur des positions d’ultra-gauche, c’est-à-dire que dans le mouvement de mai 68, nous nous heurtions aux gauchistes qui justement voulaient eux créer un parti d’avant-garde qui entraîne après lui la masse et finit par prendre le pouvoir. L’ultra-gauche, comme l’IS, défendait l’idée du pouvoir des conseils ouvriers comme forme de pouvoir alternative à celle de l’Etat et du capital.

      

    Mai 68, pour ce qu’il m’en souvient, s’est déroulé comme suit. Une révolte spontanée a conduit à un vaste mouvement d’occupations des usines, des universités, des entreprises, et a paralysé le pays pendant de longues semaines. Le PCF et la CGT ont rapidement compris l’importance de ce mouvement et ont tout fait pour le saboter, c’est-à-dire le réorienter vers une gestion paisible de la fin d’un conflit avec les négociations sur les salaires et les conditions de travail. A côté de ces deux organisations de masse puissantes – qui d’ailleurs entameront un long et fatal déclin après 68 – il se trouvait des organisations gauchistes, trotskistes et maoïstes principalement qui rêvaient comme je l’ai dit à la recréation d’un parti de type bolchévique. Mais les situationnistes ne jouaient aucun rôle, même s’ils se sont beaucoup agités principalement à Paris. Du reste, ils se font fait éjectés rapidement du comité de la Sorbonne occupée, balayés par les trotskistes.

    J’ai commencé, comme mes amis de l’époque, à lire les textes situationnistes je crois en septembre 68. J’ai lu La société du spectacle dans l’édition originale de 1967 qu’on trouvait très facilement en librairie. Ce qui veut dire que cet ouvrage, comme celui de Vaneigem n’avait eu strictement aucune influence sur le mouvement de mai 68. La gloire de l’IS puis de Vaneigem a été proportionnelle au déclin du mouvement révolutionnaire. Leurs écrits sont intervenus post festum, comme une explication de ce qui s’était passé plus que comme un outil, fut-il intellectuel de transformation de la société. Plus généralement ce qui nous posait problème dans ces écrits, même si sur beaucoup de points nous étions en accord, c’est la notion même d’avant-garde. C’est d’ailleurs ce que nous critiquions à l’époque, cette sorte de grand écart entre la revendication d’une spontanéité des mouvements de masse, et la posture avant-gardiste qui suggérait que certains étaient plus en avance que d’autre dans le combat frontal contre le vieux monde.

     

    L’autre point qui me semblait déjà à l’époque dépassé est cette croyance que le mouvement révolutionnaire avait changé de nature et qu’il s’adaptait à une société d’abondance, une société de consommation. La suite démontra avec la révolution néo-libérale, que le système capitaliste dans son nihilisme cupide avait la capacité de reconstruire la pénurie et la précarité matérielle, ce qui rendait caduque la proposition de Vaneigem qui écrivait, je croie dans Le traité de savoir-vivre, « nous ne voulons pas d’un monde dans lequel la certitude de ne pas mourir de faim s’est changé en la certitude de mourir d’ennui ». Pour notre malheur sans doute, l’économie est redevenue notre destinée. Et c’est probablement là  que les enseignements de Marx redeviennent pertinent dans l’analyse de l’effondrement du système capitaliste.

    L’ouvrage de Berréby et Vaneigem est par ailleurs richement illustré, ce qui accroît évidemment encore son intérêt. On notera encore des remarque pertinentes sur le rôle des uns et de sautres dans le développement de ce mouvement singulier, notamment celui de Michèle Bernstein. 

    Liens

     

    http://www.liberation.fr/livres/2014/10/01/vaneigem-s-interesse-plus-a-l-humain-debord-plus-theorique-a-la-structure-de-la-societe_1112635

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    Macron faisant semblant de s’intéresser à l’industrie

     

    Inspiré par Jacques Attali, lui-même ancien conseiller de Sarkozy, Macron s’agite dans tous les sens en faisant semblant de faire quelque chose. D’un côté il prétend rassembler le peuple autour de sa politique, mais de l’autre à l’inverse il fait tout pour dresser les catégories les unes contre les autres. Menteur professionnel – déjà, à son âge quelle misère – il pense qu’en racontant n’importe quoi au moins les gens croirons à sa bonne volonté. Il se trompe bien sûr parce que sa politique sera jugée à ses résultats.

     

    Le New Deal façon Macron

     

    Macron n’a hélas pas fait des bonnes études, ni en économie, ni en autre chose d’ailleurs. Beau parleur, il s’est faufilé entre les gouttes et a réussi à avancer comme ça dans un milieu où il y a finalement beaucoup de naïfs. Ainsi on a vu cette semaine ce fanfaron, dont l’audace à raconter n’importe quoi avec aplomb rappelle un peu celle de Sarkozy, se réclamer d’un New Deal européen. Il emploie ce mot parce qu’il a encore un certain prestige, et qu’on identifie le New Deal rooseveltien au redémarrage d’une Amérique en crise. Sauf que le New Deal américain, quoiqu’on en pense signifiait d’abord une alliance nouvelle de l’Etat avec les travailleurs et les plus démunis. C’est pour cette raison que ce New Deal augmenta les droits des travailleurs, mis en place des allocations chômage, nationalisa le crédit, généra de l’inflation pour éponger la dette. Le New Deal horrifiait d’ailleurs les économistes de profession qui à Harvard ou ailleurs brodaient toujours sur la nécessaire austérité et la nécessaire poursuite d’une politique déflationniste, et bien sûr les milieux patronaux considéraient que Roosevelt était un dangereux bolchevique qui procédait à une socialisation rampante des moyens de production. Et comme on le voit dans le graphique ci-dessous le New Deal eut un effet positif sur le chômage en moins d’une année après l’entrée en fonction du président Roosevelt.

     

    La politique rooseveltienne qui s’occupait de donner de nouveau droits aux travailleurs, s’appuyait sur une croissance continue de la dette. Or notre Macron national lui demande l’autorisation à Bruxelles d’un New Deal à l’échelle européenne en échangeant d’une poursuite et d’un approfondissement des réformes. Evidemment dans la bouche d’un banquier, le mot de réforme signifie évidemment l’inverse de ce qu’il pouvait signifier pour Roosevelt et son équipe : une diminution des droits pour les travailleurs et une augmentation des droits pour les banquiers et le patronat. A l’évidence quand Macron parle, il ment ouvertement, l’alliance nouvelle qu’il propose est au contraire une alliance de l’Etat avec le patronat. C’est la ligne « pro-business » défendue par Valls, cette ligne qui met en émoi le MEDEF comme la City londonienne qui se rend compte tout soudain que Macron, Valls et plus généralement non seulement ne sont pas de gauche, mais sont encore un peu plus à droite que Sarkozy. Ce que celui-ci n’a pas osé faire, les « socialistes » façon Hollande vont le réaliser.

      


    La dette publique américaine en pourcentage du PNB

     

    Macron et le chômage, ce n’est pas sérieux

    Macron veut vaincre le chômage, et donc il se donne 6 mois pour inverser la courbe de celui-ci. C’est un air connu qu’aime bien jouer et rejouer les membres du PS. Je me souviens encore de Pierre Mauroy qui au début des années quatre-vingts nous disait voir le bout du tunnel, tous les indicateurs étant selon lui au vert.

    L’idée de Macron, si on peut parler d’idée, est que Bruxelles va retoquer le budget français, puisque depuis qu’Hollande a signé les nouveaux traités européens dont le fameux TSCG, notre budget est sous le contrôle des bureaucrates européens. Je fais remarquer par parenthèse que jusqu’à une date récente le budget était l’acte politique souverain et démocratique le plus important de la nation. Tout cela est fini avec l’alignement des « socialistes » sur les dogmes bruxellois. Donc Macron sait que le budget de la France qui va présenter un déficit supérieur à 3% pour l’exercice 2015, sera fortement critiqué, les mécanismes de contrôle ayant la possibilité de donner une amende à la France allant jusqu’à 0,2% du PIB pour manquement à ses engagements (ce qui alourdirait un peu plus la dette). Pour contourner ces difficultés, il affirme qu’en échange d’un nouveau délai pour atteindre le seuil mythique d’un déficit de 3% d’ici à 2017, il est prêt à donner un tour de vis à l’Etat providence. C’est ce qu’il présente comme un New Deal européen destiné à inverser la courbe de la croissance et celle du chômage.

    Parmi les réformes envisagées il en avance globalement deux. La première est de réviser les allocations chômage. Celles-ci sont trop généreuses selon lui, et cette générosité engendre des déséquilibres, des déficits. Donc il vise à faire des économies. Car en période de fort chômage il est assez facile de comprendre que les allocations versées explosent au-delà de leurs recettes. Cependant cette révision des allocations chômage, que ce soit dans le montant ou dans la durée d’indemnisation, pose un problème majeur. En effet les allocations chômage ne sont pas une aumône ou une charité, mais le résultat de cotisations versées par l'employeur et le salarié pour compenser une perte éventuelle de salaire. C'est une assurance dont la cotisation est en fait un salaire indirect. Diminuer les allocs c'est faire deux fautes en même temps : d'une part c'est spolier les cotisants, d'autre part c'est laisser entendre qu'ils sont responsables de leur sort. Mais au final baisser les allocations c'est indirectement baisser le salaire.

    En vérité pour qu’une baisse des allocations ait un effet sur le niveau du chômage il faudrait que deux conditions soient réunies : d’une part que la quantité d’emplois non occupée soit très élevée, et d’autre part que les salaires versés soient supérieur à la productivité marginale du travail. La première condition n’est jamais remplie en temps de crise, le système économique ne crée pas assez d’emplois. La deuxième condition relève de l’obscurantisme ou de la pensée religieuse. En effet, étant donné que la productivité globale du travail ne dépend pas seulement des salariés, mais aussi du capital physique qui lui est associé, il est impossible de dissocier la productivité marginale du travail. Mais en réalité cette antienne permet d’avancer vers l’idée que le SMIC, tout comme le droit du travail, est un frein à l’emploi. On pourrait penser que pour rééquilibrer les comptes des allocations chômage, il vaudrait mieux réduire le nombre de chômeurs, mais apparemment ce n’est pas une idée qui est arrivée jusqu’à Macron. Inversant les liens de causalité entre chômage et déficit des allocations, il semble satisfaire le proverbe chinois : quand le sage montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt.

    Evidemment de telles philippiques ne pouvaient pas passer inaperçues, les syndicats ont crié à la provocation, et même Cambadelis a souligné qu’il y avait des choses à ne pas faire. Le PS passe en peu plus pour un radeau à la dérive. Il va de soi que de telles propositions pour un nouveau New Deal ont plutôt comme conséquence de diviser que de rassembler, et en tous les cas elles ont comme finalité de dégouter le peuple de voter pour un tel parti qui se dit de gauche et même socialiste.

     

    Déréglementer les professions contingentées

     C’est une autre vieille lune, un idée qui ne peut germer que dans la tête de quelqu’un qui en veut aux pharmaciens et aux chauffeurs de taxi. Elle est là au nom de la modernisation, de la nécessité de lever les blocages, etc. On la trouve dans tous les rapports que Jacques Attali rédige aussi bien pour Sarkozy que pour Hollande. Ces professions contingentées représentent une sorte de fourre-tout disparate, mêlant les chauffeurs de taxi aux pharmaciens ou aux notaires. L’ensemble de ces professions libérales représente environ 2 millions de personnes. Que se passera-t-il si on libéralise ce segment ? Il est probable que cela fera baisser les coûts à la condition que ces professions aient le droit de fixer librement leur rémunération. Dans certains cas cela peut effectivement multiplier les opportunités d’ouvrir une officine de notariat, de pharmacie, ou d’acheter une licence pour faire le taxi. Mais est-il possible d’augmenter le chiffre d’affaire de ces professions ? C’est très peu probable, cela n’accroîtra pas l’emploi notamment parce que l’emploi est forcément en relation avec le chiffre d’affaire d’une profession. Et il n’y a pas de raison qu’une fois ces professions déréglementées on consomme plus de médicaments, ou qu’on aille plus souvent chez son notaire.

    Donc au mieux si cette réforme passait, mais le syndicat l’UNAPL veille à ce que cela ne se fasse pas, cela diviserait le rendement de toutes ces petites boutiques, sans que la valeur créée augmente. Mais il va de soi qu’une telle déréglementation ne créerait aucun emploi supplémentaire, ou si peu que cela serait de l’ordre de l’erreur statistique.

    D’un point de vue théorique l’idée des libéraux comme Macron c’est que la concurrence crée de la richesse, autrement dit que la concurrence serait à l’origine de l’accumulation du capital. C’est bien évidemment faux comme l’a montré Marx dans les Gründrisse, c’est au contraire l’accumulation du capital et la nécessité de réaliser la plus-value qui engendre la concurrence parce que le marché n’est pas extensible à l’infini.

     

    Communication

     

    Les orientations de Macron et ses déclarations intempestives posent évidemment de nombreux problèmes, notamment pour les élus « socialistes » qui vont se retrouver massivement au chômage. Puisqu’en effet, si ses propositions ne séduiront pas la « gauche » désorienté par cette approche anglo-saxonne de la réalité sociale, il est peu probable que cette allégeance séduira la droite qui en voudra toujours aux « socialistes » d’utiliser le mot social accolé à démocrate ou à libéral. L’autre problème de Macron est de gérer sa communication, des fois qu’il redeviendrait sarko-compatible dans un gouvernement de droite après 2017. En attendant, il soigne sa communication. A la une du Journal du dimanche du 12 octobre, il met en scène sa détermination à moderniser cette France de ploucs qui ne comprennent rien, on le voit avec ses petits poings serrés, prêt à aller à la bagarre.

     


    Mais comme il est moderne, il donne une autre image de lui en se montrant au côté de son ancienne professeur de français qui a 20 ans de plus que lui et qu’il a épousé. N’est-ce pas la preuve que cet homme est moderne, un rebelle ? On voit bien en effet que sa vie n’appartient pas aux canons ordinaires. Il se flattait d’ailleurs d’être par l’intermédiaire de sa femme un tout jeune grand père de 36 ans, sans voir que cette situation pourrait amener le public à voir dans sa personne un jeune homme vieilli avant l’âge !

     

    Liens

     

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20141012.OBS1850/macron-estime-qu-il-faudra-forcement-reformer-l-assurance-chomage.html

    http://www.lemonde.fr/emploi/article/2014/10/12/emmanuel-macron-plaide-pour-un-new-deal-europeen_4504776_1698637.html

    http://www.lejdd.fr/Politique/Emmanuel-Macron-Nous-avons-six-mois-pour-creer-une-nouvelle-donne-693538

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/10/12/macron-relance-le-debat-de-la-reforme-de-l-assurance-chomage_4504807_823448.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20141012.OBS1856/assurance-chomage-tirs-de-barrage-a-gauche-contre-macron.html

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