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    Contrairement à beaucoup de commentateurs, je trouve que Hollande est un président qui a de la suite dans les idées et qui mène une politique économique avec obstination, même si ce n’est pas celle que les gens qui ont voté pour lui attendaient. Il tient évidemment le cap de la gouvernance néo-libérale et s’inscrit dans la droite ligne de la politique européiste, on ne s’étonnera pas qu’il nomme Macron ministre de l’économie, ni que dans le même temps il soit un farouche partisan du traité transatlantique.

     

    Changement de gouvernement et provocations en série  

     

    Devant les résultats économiques catastrophiques de la politiques gouvernementale, tant sur le plan de la croissance que de l’emploi, Arnaud Montebourg qui fut un temps l’pôtre de la démondialisation, a commencé à prendre de la distance avec la politique menée par le tandem Hollande-Valls en la critiquant ouvertement. Cette sortie a contraint le gouvernement de Valls à démissionner de façon à ressouder les ministres autour d’une vision commune de la politique.

    Le changement de gouvernement opéré cette semaine par Valls ressemble à une double provocation. D’abord en virant les ministres un peu plus à gauche, un peu critique, Valls fait voler en éclat le mythe d’une gauche diverse pour se resserrer autour d’une politique ultra-libérale, Tatchero-reaganienne. Ce changement se traduit par la nomination au poste très symbolique de l’économie d’Emmanuel Macron. Il s’agit non seulement d’un personnage qui n’a jamais obtenu de mandat électoral – Hollande rompant sa promesse de campagne – mais surtout d’un jeune banquier ayant fait fortune chez Rotschild. Ce qui ne manque pas de sel quand on a dénoncé pour se faire élire la finance comme le mal absolu. Enarque magouilleur, Macron eut comme mentor Jacques Attali, participant avec lui à cette imbécillité que fut le rapport de la Commission pour la libération de la croissance sous la présidence de Sarkozy. Macron avait été présenté à Hollande par Jean-Pierre Jouyet, un autre habitué de la compatibilité sarko-hollandaise. On comprend tout de suite en voyant le profil de ce fils de famille que le gouvernement ne vise pas à ressouder le peuple derrière lui. Macron est le théoricien si on peut dire du « socialisme de l’offre ». Croyant aux lois naturelles du marché et à leur effoicacité, mais aussi à la nécessité de l’équilibre des comptes budgétaires, il est pour la poursuite et même l’aggravation de l’austérité. N’ayant probablement guère le temps détudier, il ne s’est pas rendu compte que l’austérité justement freinait la croissance et par suite aggravait les déficits.

    Mais les provocations ne se sont pas arrêtées là. Le lendemain de la nomination de Macron, la première réunion publique à laquelle Valls s’est rendu est l’université d’été du MEDEF pour chanter les louanges des patrons et des actionnaires qui risquent leur argent tous les jours. Son discours a même choqué Le figaro tellement il était néo-libéral. Valls a donc vanté les baisses des dépenses publiques à marche forcé, les cadeaux au patronat comme quelque chose qui marche. Inutile de dire que Valls a été copieusement applaudi par le patronat. Du jamais vu pour un représentant de gauche.

      

    En tous les cas, Valls et Macron marchent la main dans la main et poussent dans le même sens. Tandis que Valls expliquait tranquillement qu’il fallait détricoter le droit du travail, abaisser les seuils sociaux pour faciliter l’embauche, Macron développait la veille, dans une interview au Point, interview aussi bouffonne qu’inepte, l’idée de contourner les 35 heures reprenant cette idée débile à l’UMP selon laquelle ce sont les 35 heures qui auraient plombé la croissance et l’emploi en France. Valls reprenait l’antienne du coût du travail trop élevé en France et de la nécessité de reconquérir des parts de marché. Lesquelles, où, comment ? La seule piste qu’il a évoquée ce serait de faire plus d’efforts pour accueillir des touristes, créer de nouveaux emplois de domestiques. Or bien entendu, un tel pari sur l’ouverture de nouveaux marchés non seulement a peu de chances de réussir, mais en outre obère notre autonomie politique et économique.

     

    L’économie de l’offre ça ne marche pas

     

    Si Macron et Hollande avaient fait des études sérieuses en économie, ils se seraient aperçus que l’on ne soigne pas un déficit de demande en relançant l’offre. Or de fait ce que la crise de 2008 a révélé, c’est d’abord qu’il y avait une offre surabondante par rapport à la demande solvable. Le président Hollande confondant volonté politique et entêtement imbécile, poursuit donc dans la posture néo-libérale. Mélenchon disait fort justement (pour une fois) qu’il était certainement pire que Sarkozy. Pourtant cette politique austéritaire, favorisant la déflation salariale, c’est celle qui est maintenant en place depuis l’élection de Sarkozy. Incapable de relancer la croissance et l’emploi, elle est dans la continuité européiste de la droite libérale. Mais si cette politique ne marche pas depuis au moins 2007, pourquoi la poursuivre ? C’est tout de même cette politique suivie qui a amené Hollande à être le président le plus détesté de la Vème République. Cette absence de résultat d’une politique préconisé par Macron permet pourtant à celui-ci d’être promu ministre de l’économie. Ne doutons pas que cet arrogant jeune homme en tire gloire.

      

    Ce que les gens reprochent au fond à Hollande, c’est son cynisme. N’avait il pas promis le changement ? Or la courbe du chômage n’a pas changé depuis 2007, elle va dans le même sens.

    Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n’y a pas de raison que l’austérité à marche forcée permette à l’économie de redémarrer. D’autant que l’Allemagne, souvent vantée comme un modèle par Valls, est à son tour rentrée en récession. On fera remarquer que partout où l’économie a redémarré, il n’a pas été tenu compte de l’équilibre des comptes publics, ni même de la défense de la monnaie, que ce soit aux Etats-Unis, au Japon ou en Suisse, petit pays qui ne paye pas une adhésion stupide à la monnaie unique. Cependant, à l’encontre de Montebourg, de Mélenchon ou même des Grecs de Syriza, une politique de relance à l’échelle européenne est tout simplement impossible. L’Europe est d’ailleurs faite, puisqu’elle est fondée sur la concurrence libre et non-faussée, pour empêcher toute velléité de keynésianisme. Ce qui veut dire que toute politique de gauche doit d’abord passer par une sortie rapide de l’euro et de l’Europe. C’est seulement en sortant de ce cadre contraignant qu’on pourra retrouver une autonomie en matière de politique économique. Vouloir obliger Angela Merkel à changer de politique est presque risible.

    En tous les cas le PS façon Valls et Hollande a coupé l’herbe sous les pieds de l’UMP. Que leur reste-t-il pour monter un programme de gouvernement alternatif à part de vagues problèmes de société sur la théorie du genre ou sur l’immigration ? Rien, ils se trouvent coincés entre le FN et le PS qui est plus à droite qu’eux sur le plan du libéralisme intégral.

     

    Exclure Hollande du Parti socialiste

     

    A la fin de la semaine aura lieu l’université d’été du Parti socialiste. Je pense pour ma part que cela va être houleux. Quel que soit en effet le degré de décomposition de ce parti, il semble pourtant que la majorité de ses militants et de ses sympathisants soit tout de même de gauche et que le discours tatchérien des duettistes Valls-Macron, ne va pas les rassurer. Les quelques rares militants du PS que je connais  sont en effet prêts à en découdre et à faire en sorte que ce parti redevienne un parti de gauche – fuss-t-il un parti de la gauche molle.

    La démission de Montebourg, Hamon et Filipetti va renforcer évidemment les rangs des frondeurs qui auront beau jeu d’ailleurs de montrer que la politique de droite de Hollande mène directement à la disparition de leur parti et donc de leur emploi. Macron s’en fout, étant donné que non seulement il n’est pas élu du peuple mais qu’en outre il pourra toujours se recycler après la défaite de 2017 dans son milieu naturel, la banque d’affaire. Mais plus généralement que veut dire être de gauche aujourd’hui ? La même chose qu’il y a 100 ou 150 ans : il s’agit de combattre l’extension de la propriété privée des moyens de production et de réduire les inégalités économiques.

    Si donc le PS ne veut pas disparaître et refuse de changer de nom comme le voulait il y a quelques années Manuel Valls, il est obligé de réagir. La seule solution et d’exiger un congrès de ce parti, et en conclusion de celui-ci d’exclure tous les gens de droite qui pullulent à sa direction, Hollande, Macron, Valls, Moscovici. Toute cette « deuxième gauche » pourrie et bourgeoise qui n’est qu’un faux nez pour la pire des droites. Après tout il serait légitime de les exclure pour mauvais service rendu à leur parti et à la gauche.

     

    Liens

     

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/08/28/emmanuel-macron-veut-autoriser-les-entreprises-a-deroger-aux-35-heures_4477840_823448.html

    http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2014/08/27/25002-20140827ARTFIG00321-le-discours-de-valls-au-medef-un-coming-out-neoliberal-pour-la-gauche-du-ps.php

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/08/28/emmanuel-macron-veut-autoriser-les-entreprises-a-deroger-aux-35-heures_4477840_823448.html

    http://www.lepoint.fr/economie/exclusif-emmanuel-macron-sa-premiere-interview-27-08-2014-1857121_28.php

    http://russeurope.hypotheses.org/2694

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    La cote de Hollande et de son gouvernement est au plus bas. Ici et là on commence au vue des résultat à remezttre le dogme européen de la réduction des dettes publiques à marche forcé. Evidemment même Libération s’y met. Se seraient-ils apprçu que le libéralisme ne marche pas ? Il est donc devenu de bon ton ces jours ci de cracher sur Hollande et sa politique. Mais s’il est vrai que la politique de Hollande est mauvaise s’adresser seulement à lui est très insuffisant. C’est toute la politique suivie en Europe qui est mauvaise depuis la mise ne place de la monnaie unique. A ce titre Hollande est coupable, mais comme Chirac qui s’était fait élire en 1995 sur l’idée de rupture avec le dogme selon lequel le coût du travail était un handicap, Sarkozy qui lui aussi se fit élire sur l’idée vague de rupture d’avec son prédécesseur qu’il accusait de molesse et de fainéantise. C’est donc toute cette élite qui traîne dans les salons, qui vit un étrange concubinage avec le MEDEF et ses dirigeants, qui est coupable et pas le seul et misérable Hollande. L’UMP tire à boulets rouges sur le président, mais ne dit pas quelle politique différente ce parti affairiste mettrait en place à part la vague idée d’une baisse générale des impôts.

      

    Le libéralisme en échec, échec de l’Europe

     

    Plus le temps passe, et plus il devient évident que les politiques de l’offre sont un échec. Cinq ans c’est long. C’est en effet au lendemain de la crise dite des subprimes qu’on a mis en place en Europe une politique très libérale. Elle consiste principalement à la mise en place de restrictions budgétaires sous le prétexte fallacieux de réduire la dette publique pour ensuite relancer la croissance, les coûts de production ayant été ainsi abaissés. En vérité cette politique d’austérité défendue par Bruxelles a deux objectifs :

    1. augmenter les profits dans la valeur ajoutée

    2. démanteler ce qui reste de l’Etat providence

    La justification d’une telle logique qui s’apparente au libéralisme du XIXème siècle, façon Bastiat, se trouve dans la théorie de l’offre. Selon celle-ci, les profits en augmentant vont permettre l’investissement et ensuite la croissance et l’emploi. Depuis quelques années la bataille s’est étendue du côté du coût du travail. Pour être compétitif, vu que nous nous trouvons dans une économie ouverte, il faut abaisser le coût du travail et donc diminuer les charges sur les salaires. C’est la thèse défendue par le MEDEF, par l’UMP et par François Hollande qui n’a plus de gauche que le nom. C’est la gauche moderne, moderne parce qu’elle pense qu’il est moderne d’adopter une posture d’économiste de l’offre. Ça fait intellectuellement cossu, comme si on avait fait des études d’économie. La plupart de ceux qui répète le catéchisme libérale, le dogme de l’Edole de Chicago, ne se rendent même pas compte qu’ils ressassent les très vieilles idées de Bastiat ou de Say.

    En vérité si le MEDEF pousse à la politique d’austérité, ce n’est pas tellement parce qu’il croie à la réussite d’une telle politique, c’est essentiellement pour deux raisons :

    1. la première est que cela lui permet de bénéficier d’un pactole important, via le pacte de responsabilité, et on sait que pour ces gens un sous est un sous, et qu’ils n’en ont jamais assez ;

    2. la seconde c’est que le démantèlement de l’Etat est une aubaine pour gagner encore un peu plus d’argent. En effet si l’Etat se démet de ses fonctions qui garantissent la couverture des soins ou le paiement des retraites, il peut très confier la privatisation de ces nécessités au secteur privé. Celui-ci y est prêt et pousse depuis des décennies dans ce sens. Dominique Strauss-Khan avait dans des temps lointains commit un ouvrage allant dans ce sens avec l’abominable Denis Kessler qui après avoir joué les gardes rouges en 68, s’est depuis reconverti dans le libéralisme échevelé, avec à la clé de l’argent et un beau poste de second du MEDEF pendant quelques années.

    La première constatation c’est qu’une politique appliquée sans discontinuer et sans opposition depuis plus de 5 ans maintenant est forcément une politique qui a échoué. On s’en doutait un peu bien sûr car il n’y a pas d’exemple d’une crise de la demande qui se soit réglée en relançant l’offre. Les tentatives dans ce sens remontent aux années trente, en 1930 aux Etats-Unis avant l’arrivée de Roosevelt aux affaires, et en 1931 avec le Chancelier Brüning en Allemagne qui mena une telle politique d’austérité et de compétitivité qu’il permit finalement à Hitler d’arriver au pouvoir.

     

    L’Allemagne en récession

     

    Les hommes politiques de droite se sont empressés de dire du mal de Hollande, pour dire que c’est sa propre politique qui est responsable de mla croissance zéro en France. Mais ils oublient d’élargir ce constat à l’ensemble de l’Europe. C’est en effet toute l’Europe qui se trouve piégée dans les politqiues d’austérité. Et maintenant l’Allemagne, que les gens de droite aiment nous donner en exemple, y rentre à son tour de plain-pied. La France avec un 0% de croissance fait mieux que l’Allemagne qui voit son PIB reculer de 0,2%.

    Le tableau suivant donne les variations du PIB pour l’ensemble des pays européens. On voit que tous sont touchés et que ceux qui s’en sortent le meux sont, soit des petits pays à très bas salaires de l’Est de l’Europe, soit le Royaume Uni qui a deux avantages, il n’est pas dans la zone euro, et donc peu touché par les politiques d’austérité, et il a développé une telle dynamique financière que les retombées de la City sur l’économie nationale sont très importante. L’Italie, la Grèce, la Roumanie rejoignant l’Allemagne dans la récession. La Suède et le Danemark qui ne sont toujours pas dans l’euro s’en sortent un petit peu mieux.

    Evidemment le fait que les pays européens soient en concurrence selon les sacro-saints critères de l’économie de l’offre fait que les politiques d’austérités adoptées simultanément tuent la demande à l’échelle du continent, et par suite prolongent la récession.

      

    Quelles solutions ?

     

    Eliminons d’abord les solutions avancées par les économistes de l’offre. Ceux-ci à l’instar de Jean-Hervé Lorenzi proposent qu’on aille toujours plus loin. Qu’on est sur la bonne voie, et que tôt ou tard les résultats vont bien finir par arriver un jour ou l’autre. Quand ? Iils sont bien incapbles de le dire. Les plus à droite se concentrerons sur le seul cas français pour dire que ce sont les impôts et les charges qui tuent la compétitivité de notre économie. Ne perdons pas de temps avec ça étant donné que si la crise est générale en Europe, on ne peut pas incriminer la hauteur des impôts en France. Si on voulait faire les imbéciles, on dirait que finalement la France fait mieux que l’Allemagne, vu qu’elle a une croissance positive – bien que ridiculement positive – alors que nos voisins d’Outre-Rhin sont en récession. Et donc on en concluerait que ceux-ci feraient bien de s’inspirer de nos belles et bonnes méthodes.

    Certains économistes, diagnostiquant une crise de la demande, supposent qu’une relance à l’échelle de l’Europe aurait des effets bénéfiques. Cette solution non seulement est farfelue dans son principe, mais n’a pas la possibilité de s’exprimer concrêtement. Cette solution est farfelue parce qu’elle suppose au préalable un fédéralisme dont personne ne veut. Et d’ailleurs ce fédéralisme n’a pas de sens parce que :

    1. les économies des pays de l’Union européenne ne convergent pas, certains tirant de avanatage de leur « compétitivité-coût ». En outre relancer la demande dans un contexte d’hyperconcurrence entre les pays ne sera pas une solution pour des pays comme l’Italie, l’Espagne et la France.

    2. les cultures, les trajectoires historiques, les langues sont complètement divergentes.

    Mais l’impossibilité de la mettre en œuvre se heurte non seulement aux traités en vigueur en Europe qui parient non pas sur la coopération, mais sur la concurrence entre les pays, et donc sur une concurrence fiscale qui est destiné à rabaisser les Etats nationaux. Le but n’étant pas de faire émerger un Etat européen, mais de remplacer l’Etat national, par une « gouvernance » par les règles, c’est-à-dire par les lois du marché et le respect de la propriété privée.

    Ce qui en fait tue l’économie c’est d’abord la compétitivité puisqu’en effet c’est la concurrence qui conduit les plus faibles à la faillite et à concentrer la richesse sur quelques uns. C’est pour cette raison que la sortie de l’euro et de l’Europe est un premier pas valable. Il ne suffira pas, mais c’est un premier pas. Recentrer l’économie sur la nation a beaucoup d’avantages, le principal à mon sens est celui de limiter la concurrence. Mais le second est sans doute que dans un cadre national il est plus facile de contrôler le partage des richesses par exemple par l’impôt. Thomas Piketty, grand spécialiste des inégalités, avance qu’il faudrait rééquilibré le système de l’impôt pour lutter contre les inégalités qui s’accroissent[1]. Malheureusement il avance que cette réforme devrait être développée à l’échelle planétaire. Pourquoi ? On ne le sait pas. La seule explication qu’on peut trouver à cette fantaisie est que lui aussi croie que la mondialisation va dans le sens de l’histoire, or c’est cette mondialisaition qui justement en mettant les nations en concurrence les unes avec les autres empèche toute réforme qui irait dans le sens d’une diminution des inégalités. Mais il ne faut pas être bien malin pour comprendre qu’à l’échelle de la planète il est impossible de construire une fiscalité homogène. Il y a de nombreux pays qui vont s’exercer à passer à travers les mailles du filet.

    A mon sens la seule solution valable est une sortie radicale de la mondialisation. Le but étant de rapprocher les producteurs et les consommateurs dans un premier temps du point de vue de leurs besoins. Et cela passe bien sûr par une sortie de l’Union européenne et de l’euro qui sont les pointes avancées du libéralisme économique[2].

    Sortir de l’euro et de l’Union européenne a des avantages à court terme et à long terme. A court terme, cela permet de rétablir rapidement la balance commerciale par une dévaluation de fait de la monnaie, et donc ce rééquilibrage de la balance commerciale permet de créer rapidement des emplois, puisque la compétitivité de l’économie nationale est tout de suite rétablie. J’avais calculé que le simple retour au franc permettrait de créer tout de suite 1,7 millions d’emplois. Jacques Sapir avec des calculs un peu plus sophistiqués arrivait au même résultat. Cela n’est déjà pas si mal et donnerait de l’air à notre société qui en a bien besoin. Mais le plus important est qu’à plus long terme, on peut réorienter l’économie vers d’autres objectifs, vers la production des énergies renouveleables ou vers une agriculture plus propre qui respecte un peu plus les équilibres écologiques. Déjà dans le cadre de la nation une réforme de l’impôt est aussi facilitée par le fait que le dumping fiscal ne joue aucun rôle. Et bien sûr la réforme fiscale est la clé de la lutte contre les inégalité. A ceux qui croient encore que la mondialisation rime avec internationalisme, on répondra :

    1. que les réformes sociales vraiment progressistes se sont toujours réalisées dans un cadre national ;

    2. que si on est incapable de reconstruire un système social et économique plus proche des nécessités de la vie dans le cadre de la nation, il sera encore bien plus difficile d’avancer vers la voie du progrès dans une cadre mondial où les institutions n’existent pas.

     

    Liens

     

    http://www.marianne.net/Croissance-nulle-les-oeilleres-des-partisans-de-la-politique-de-l-offre_a240609.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20140814.OBS6435/la-politique-d-austerite-responsable-de-la-croissance-nulle.html

    http://russeurope.hypotheses.org/2629



    [1] Thomas Piketty avec Camille Landais et Emmanuel Saez, Pour une révolution fiscale, janvier 2011, La République des idées/ Seuil, Thomas Piketty, Le capital au XXème siècle, Le seuil 2013.

     

    [2] On le voit encore avec les négociations sur le Traité Transatlantique que Bruxelles cherche à accélérer. 

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  • L’été 2014 est meurtrier. Et il ne semble pas que cela s’apaise dans les mois qui viennent. Au contraire tout est en place pour que les conflits se multiplient, ce qui ne veut pas dire qu’on aille vers un embrasement mondial. Et un peu de partout la responsabilité des Américains est écrasante. Ils poursuivent avec une obstination étrange la même politique étrangère qui a échoué depuis au moins 25 ans. Mais le plus étrange est probablement que l’Europe, cette institution qui ressemble à un canard à qui on aurait coupé le cou, se lance à son tour dans ce genre d’aventure. Trop occupée à une excitation de l’opinion publique, à la production d’une émotion facile, la presse a bien du mal à produire des analyses cohérentes. Les deux conflits principaux se situent en Ukraine et au Moyen Orient, avec le déploiement du pouvoir apparemment sans limite de l’Etat Islamique dont les ambitions se révèlent de jour en jour plus importantes.

     

    Qui agit en Ukraine ?

      

    Alors que le Moyen-Orient est à feu et à sang, et que l’Irak et la Syrie sont en train de disparaître, les Américains et les Européens mettent le paquet sur l’Ukraine. Espérant faire céder Poutine – sur quoi, ce n’est pas très clair – l’offensive se déploie en deux temps. Le premier temps est celui de l’armée ukrainienne, curieusement surarmée et encadrée par des mercenaires – pour ne pas dire des agents de la CIA – américains. Le second temps est celui de l’offensive économique. Bien que les nouvelles qui filtrent sont rares et disparates, ce conflit entre une armée ukrainienne croupion et les séparatistes du Donbass a déjà fait bien plus de morts que l’armée israélienne à Gaza.

    Le jeu de l’OTAN qu’il est facile d’identifier comme le bras armé des USA, vient d’être dévoilé. L’idée est de faire porter la responsabilité du conflit sur Poutine, le présentant volontiers comme un tyran assoiffé de pouvoir, voulant reconstituer la Grand Russie et avançant ses pions bien au-delà de l’Ukraine. Voici ci-dessous un extrait d’un article paru sur le site du Nouvel Observateur.

    Le secrétaire général de l'OTAN Anders Fogh Rasmussen a estimé mercredi que les ambitions de la Russie du président Vladimir Poutine allaient "au-delà de l'Ukraine", citant d'autres régions proches des frontières russes. "On voit aussi la Russie derrière les conflits gelés et de longue durée en Transdniestrie, dans l'est de la Moldavie, et en Abkhazie et en Ossétie du Sud, en Géorgie", a-t-il déclaré.

    Mais bien entendu, ces déclarations ne mettent pas en avant deux faits majeurs : le premier est que le Donbass dans sa très grande majorité est russe ou russophone. Le second est que les Russes sont totalement soudés derrière Poutine. Dès lors quelles sont les ambitions de l’OTAN ?

    La carte ci-dessus fait apparaître curieusement l’Union européenne qui n’a plus aucune autonomie en matière de politique étrangère, comme une simple arme d’expansion de l’OTAN. Le but est d’encercler la Russie et probablement de la mettre à genoux sur le plan économique. Et on peut supposer que le fameux traité transatlantique est aussi l’expression de cette volonté des Américains de souder l’Europe à leurs intérêts, en voulant contrebalancer la montée en puissance des pays émergents, et probablement en voulant éviter que se développe un axe Russie-Chine qui serait mortel pour les USA sur le plan économique et surtout qui serait un frein à la mondialisation financière.

     

    Conséquences

     

    Les premières conséquences de ses affrontements directs et indirects sont économiques. Sanctions et contre sanctions vont plonger l’Europe un peu plus dans la récession. Certes, si la cause est juste et noble la récession n’est pas un argument pour ne pas s’engager en Ukraine. Mais ici la justesse de cette cause semble échapper aux Français.

    En tous les cas, les Russes ne semblent pas disposé à accepter cette punition programmée depuis l’Amérique. Malgré les difficultés auxquelles ils vont devoir faire face, ils ont mis un embargo sur les produits venant d’Europe et d’Amérique. La France sera touchée par ces mesures. Même si en valeur ces pertes d’exportations vers la Russie sont très faibles – un économiste imbécile a dû produire ce chiffre pour dire que l’embargo russe serait sans conséquence pour l’économie – elles vont avoir un double impact :

    - d’abord parce qu’elles portent sur des produits agricoles déjà bradés aux grandes surface, déjà concurrence par les produits espagnols ;

    - ensuite parce que les produits que la France exportait vers la Russie, si ce ne sont pas des produits à forte valeur ajoutée, ce sont des produits à forte intensité de main d’œuvre.

    L’Europe étant déjà plongée jusqu’au cou dans la surproduction agricole, cela annonce des lendemains difficiles pour l’agriculture, et François Hollande a déjà demandé l’autorisation[1] à Bruxelles de débloquer des fonds pour pouvoir aider les agriculteurs dans la panade. Cependant, en matière d’embargo, et de sanctions, on a remarqué que la France allait livrer des bateaux de guerre à la Russie. Hollande qui n’en est plus à une connerie près, a dit que c’est la conséquence d’un contrat et de la parole donnée. Ce qui est absurde parce que si les risques de guerre sont vraiment sérieux, c’est une faute grave que de livrer des armes à notre ennemi. David Cameron qui lui aussi ne brille pas par son intelligence, s’est lancé dans le sport préféré des Anglais, à savoir le French Bashing. Ce qui a été relevé comme hypocrite même par des journalistes anglais qui ont fait remarquer que l’Angleterre continuait à vendre des armes à la Russie elle aussi. Comme on le voit le front anti Poutine en Europe n’est pas très ferme. Les Polonais se demandent bien à qui ils vont pouvoir vendre leurs pommes. Et dans ce contexte difficile, cette guerre civile en Ukraine va peser un peu plus sur les prix, sachant que la déflation – on s’en aperçoit enfin après trente ans de monétarisme – n’est pas bonne pour la reprise économique. Les bourses ont déjà chuté et chuteront vraisemblablement encore dans les semaines qui viennent.

    Ça, ce sont les conséquences immédiates. Mais à plus longs terme, les conséquences économiques vont probablement réorienter l’ensemble de l’économie mondiale, même dans le cas où nous éviterons un conflit militaire long et ruineux. Comme je l’ai dit plus haut, deux conséquences majeures sont à attendre :

    - d’abord une fin de la mondialisation. En effet, en la circonstance, tout le monde prend conscience du fait que c’est une calamité sans nom que de voir sa propre situation économique dépendre du bon vouloir des marchés extérieurs. Les Russes ont déjà commencé à réorienter des pans entiers de leur économie. Outre qu’il est maintenant interdit de consommer des saloperies comme le Coca Cola et les McDo, ils vont remettre en route une agriculture plus conséquente – l’élevage de poulets destiné à se substituer aux poulets au chlore américain et le blé sont visés – et aussi une petite industrie.

    - ensuite, du point de vue de la Russie, ce sont les circuits d’échange qui vont être modifiés. Des contacts avancés avec le Brésil et la Chine ont été noués. Mais, alors que les Américains visaient à étrangler financièrement la Russie – qu’ils prennent encore pour un pays communiste et sous-développé auquel on peut faire la loi – les pays émergents l’Inde, la Chine, le Brésil et la Russie, viennent de créer une banque adéquate qui permettra sans doute à terme de se passer du dollar.

    Comme on le voit la volonté américaine de restreindre l’espace économique et politique de la Russie et de la Chine produit l’exact inverse. Mais cette relative fermeture des frontières va se réaliser aussi dans ce qu’on pourrait appeler l’autre camp. Les Européens et les Américains vont bien être obligés de renationaliser leur économie et de se mettre à produire plus près du marché local. Ce qui sur le long terme pourrait réorienter l’ensemble de l’économie mondiale sur un autre sentier.

    L’autre conséquence c’est qu’une fois de plus, malgré le suivisme affiché vis-à-vis des USA, les Européens ne sont d’accord sur rien, et c’est seulement dans la mise en œuvre de la politique erratique de l’OTAN qu’ils font preuve d’un semblant d’unité.

     

    Le front

    Convoi humanitaire russe vers l’Ukraine

     

    Tout cela ne doit pas faire oublier pour autant que la situation des Ukrainiens est terrible et difficile. Les nouvelles du front ne sont pas bonnes. La situation des russophones est catastrophique. Les bombardements de Louhansk par l’armée ukrainienne ont fait des dizaines de morts. Mais ces morts en apparence n’intéressent pas la presse occidentale ou encore les débris de ce qui reste de l’opinion de gauche trop occupée à Gaza[2]. La Russie a décidé d’envoyer un convoi humanitaire vers l’Ukraine. Cela a obligé l’armée ukrainienne a haussé le ton et à interdire l’entrée de ce convoi en Ukraine, menaçant la Russie de représailles. Mais en même temps les autorités ukrainiennes, haïes dans le Donbass, ont également annoncé l’envoi d’un autre convoi humanitaire dont les vivres et les médicaments seraient distribués par la Croix Rouge. Cette guerre des convois humanitaires a évidemment une dimension de propagande, mais elle peut tout aussi bien dégénérer en un conflit ouvert avec la Russie, avec des conséquences difficiles à calculer. Des troupes russes en quantité importante sont massées à la frontière ukrainienne, mais également de nombreux civils, on parle de 300 000, mais c’est sans doute un peu plus, vont vouloir, si les choses s’apaisent revenir chez eux. Les Ukrainiens fidèles au pouvoir de Kiev leur ont d’ailleurs promis des lendemains difficiles s’ils avaient le courage de revenir. Petrochenko et les Américains espèrent sans doute une épuration ethnique qui débarrasserait l’Ukraine des Russes en les repoussant vers la Russie, et ainsi renforcer l’unité bien chancelante de ce malheureux pays.

     

    Liens

     

    http://tempsreel.nouvelobs.com/ukraine-la-revolte/20140814.OBS6340/ukraine-bras-de-fer-entre-kiev-et-moscou-autour-du-convoi-humanitaire-russe.html

    http://russeurope.hypotheses.org/2617

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/08/08/embargo-russe-quel-impact-pour-les-agriculteurs-francais_4468885_3244.html

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/08/14/kiev-envoie-aussi-son-convoi-d-aide-humanitaire-dans-l-est-du-pays_4471249_3214.html



    [1] N’est-ce pas un comble qu’en France on demande ce genre d’autorisation à un monstre froid plus ou moins localisé à Bruxelles !

    [2] Ce qui ne vaut pas dire bien entendu que les morts de Gaza nous laissent indifférents. 

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    Culture et politique

     

    C’est un livre de souvenirs. Suzanne Bernard est un écrivain, disparu en 2007, dont l’engagement révolutionnaire correspond assez bien à ces années bouillonnantes cinquante et soixante. Le parti de la révolution est alors très large, il déborde le parti communiste et le syndicat, de nombreux intellectuels vivent avec, c’est-à-dire que pour eux la création artistique ou littéraire est un levier pour la transformation sociale. Les deux aspects de la révolution, culturel et politique, ne doivent pas être séparés. Ce qui est intéressant dans cette nouvelle approche de la révolution sociale qui se met en place, c’est la recherche de voies alternatives à celle développée par le parti communiste dans l’ombre de l’Union soviétique. Certains vont partir à la recherche de formes bolchéviques du parti d’avant-garde : ce sera le développement de la myriade de groupuscules trotskistes. Mais cela ne vont pas beaucoup s’intéresser à la culture et à ses conséquences. D’autres vont justement choisir des voies nouvelles, explicitement dans la lignée de Rimbaud, en essayant d’inventer un nouvel art de vivre comme une forme de poésie qui ne serait pas séparée de la vie réelle et figée dans des livres, des toiles, des films.

    Suzanne Bernard suit cette tendance-là. Elle n’est pas la seule, c’est aussi un peu la démarche de Guy Debord et de l’Internationale situationniste. Mais si ce dernier a choisi de nier l’art comme une forme séparée de la vie réelle, Suzanne Bernard et les siens vont au contraire revendiquer le statut d’artiste et tenter un regroupement des artistes révolutionnaires. Cette tendance se développera à travers une revue, L’opposition artistique.

      

    L’ouvrage décrit cette quête qui finalement débouchera sur Mai 68. Le petit groupe relativement informel que Suzanne Bernard anime, ne brille pas particulièrement par sa cohérence théorique. A cette époque c’est la guerre du Viêt-Nam qui est le marqueur de la lutte contre l’impérialisme américain, avec aussi bien sûr  dans une moindre mesure le soutien à Cuba. Cet exotisme que Guy Debord et les situationnistes n’apprécient guère, était un peu l’équivalent de ce qu’est la cause palestinienne aujourd’hui : une obligation d’adhérence sans réserve. Ce sont les groupes plus libertaires – dont l’Internationale situationniste et les anarchistes qui sont alors assez nombreux – qui se méfieront du soutien qu’on peut apporter à ces causes qui sont le plus souvent des véhicules pour de nouvelles formes d’oppression.

     

    La logique de l’avant-garde

     

    C’est la logique de groupes minoritaires qui voudraient bien ne pas en rester à cette position. En effet, à l’apoque la pratique et la théorie de la révolution est largement dominée par le Parti communiste et la CGT qui se présente comme un syndicat révolutionnaire. Ces deux institutions qui tirent leur force et leur légitimité de la Résistance et de la Libération, représentent des mouvements de masse. On n’a plus bien idée aujourd’hui de ce que cela pouvait être : une véritable culture parallèle, une socialisation prolétarienne dans la France en expansion économique. Se pose alors la question de comprendre pourquoi des artistes, des intellectuels se sont détachés de cette mouvance. Les raisons sont complexes. Bien sûr il y a d’abord la contradiction du Parti communiste et de la CGT, qui, tout en se présentant comme les véhicules de l’émancipation et de la liberté à venir, apparaît inféodé à l’Union soviétique où le manque de liberté devient tous les jours plus évident.

    Mais la contradiction est tout autant du côté de l’avant-garde. En effet, souvent issue des milieux artistiques et intellectuels, de la petite bourgeoisie lettrée, elle est d’abord sensible à la question de la liberté de création. Il n’est donc pas étonnant que Suzanne Bernard se retrouve à défendre des formes artistiques hyper-modernes, non conventionnelles, aussi bien dans ses écrits, que dans les galéries qu’elle tentera de faire vivre. Et bien sûr dans cette mouvance elle croisera naturellement aussi bien les surréalistes, les situationnistes ou les lettristes. Cependant, ces questions centrées sur la décomposition des formes, n’intéressent manifestement pas la classe ouvrière qui est mue par d’autres objectifs, des objectifs disons plus matériels et plus économiques. Et donc, d’une manière ou d’une autre, les différentes avant-garde vont se retrouver à courir après la classe ouvrière, en pensant que celle-ci est un peu en retard sur leur propre niveau de conscience.

    Les avant-gardes au XXème siècles se sont développées finalement en s’appuyant sur deux piliers, l’un était la contestation d’une culture bourgeoise, l’autre était la transformation rapide de la classe des prolétaires, en espérant faire la jonction entre les deux termes. L’apogée de ce mouvement est sans doute dans les années soixante, les revues pullulent, les petits groupes révolutionnaires vont arriver à pénétrer jusqu’à l’Université et donc avoir une influence bien au-delà de leurs maigres effectifs.

    L’avant-garde existe :

    1. En revendiquant une révolution de la vie quotidienne, notamment par une réapproriation de l’art et de la culture ;

    2. En disputant au Parti communiste le leadership politique.

    3. Dans une France optimiste et en transformation rapide sur le plan économique et social.

     

    Disparition de l’avant-garde

     

    L’ouvrage de Suzanne Bernard est aussi un constat amer. Ecrit en 1975, c’est un peu le début de la fin des illusions révolutionnaires en même temps que le début de la régression économique qui commence à poindre dans le sillage de la crise pétrolière. Mai 68 s’éloigne, et la marchandisation du monde reprend sa marche en avant. Si les avant-gardes ont joué un rôle plus ou moins important dans la diffusion des idées, des schémas d‘interprétion du réel, elles n’ont eu finalement presque pas d’importance sur le plan pratique, dans le sens d’une transformation sérieuse de la société.

    Tout cela a disparu aujourd’hui, et s’il existe encore des groupes de réflexion révolutionnaires qui se posent encore les mêmes questions, ils n’ont guère d’influence. Ils tournent en rond, malgré leurs disputes incessantes. Il n’y a guère en effet d’idée neuve aujourd’hui en matière de réflexiuon sur la vie quotidienne, sur l’art – qui est de plus en plus engoncé dans son marché, et bien sûr sur la politique. Aujourd’hui les seules actions politiques finalement assez rares sont plmutôt défensives et ne proposent pas de nouvelles formes sociales, même sur le plan de l’utopie. Le Parti communiste est enkysté dans ses contradictions, et prit en mains par des intellectuels sans envergure, il est coupé d’une base prolétarienne. Or jamais pourtant la révolution sociale n’aura été aussi nécessaire et urgente qu’aujourd’hui.

    Le dernier plan d’In girumimus nocte et consumimur igni

     

    L’ouvrage de Suzanne Bernard

     

    C’est le premier livre qu’elle a publié, et elle le doit à Jean-Jacques Pauvert. Il est difficile à juger aujourd’hui. C’est d’abord un témoignage, une dérive dans le Paris des années cinquante et soixante, on y croise quelques vedettes de la contestation artistique, notamment Guy Debord et Michèle Bernstein pour lesquels elle a manifestement de la sympathie. Le style est un peu pénible, écrit en paragraphes compacts – on ne sait pas à quelle logique emprunte le découpage, il ne comporte pas de majuscules sauf pour les noms propres. Ça fait un peu chichiteux, mais c’est ce genre de naiaquerie qui était fréquente à cette époque, une manière de contester les formes du langage aussi. Le plus important est que finalement il y avait peu de distance entre des groupes comme L’opposition artistique, l’IS ou encore ce qui restait des surréalistes autour d’André Breton. Certes on comprend bien que dans sa volonté de regrouper sans sectarisme les artistes révolutionnaires, Suzanne Bernard se vouait à la confusion, aussi bien sur le plan politique – une mauvaise analyse de Cuba, de la Chine ou du Viêt-Nam, que sur le plan artistique, mais finalement cette démarche est intéressante et peut être nous éclaire-t-elle sur ce que nous devons faire dans l’avenir, c’est-à-dire regrouper sans exclusive les forces qui aspirent à un changement radical de société.

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    Jorge Capitanich, chef du gouvernement argentin

     

    Réponse à un correspondant

     

    A propos de mon billet précédent, Louis Peretz m’écrit ceci :

    « On reste sur ce principe idiot qui consiste pour les Etats à emprunter plutôt que de faire marcher la planche à billets dont ils ont une peur irraisonnée. Je ne comprends pas pourquoi l'Argentine est tombée dans le panneau. »

    L’Argentine n’est pas tombée dans le panneau, les dirigeants corrompus de cette époque ont profité de l’endettement de l’Argentine en détournant une partie des fonds versés pour venir gonfler leur compte en banque aux Etats-Unis. Mais le plus important n’est pas là, le plus important c’est à quelle création de monnaie correspond une dette, qu’elle soit publique ou non. Louis Peretz propose de faire marcher la planche à billets. Les économistes orthodoxes vont évidemment crier à l’horreur, à la spoliation par l’Etat, etc… En vérité faire marcher la planche à billets a deux conséquences :

    - la première est que cet excès de monnaie engendre obligatoirement de l’inflation, inflation qui ronge le rendement des rentes ;

    - la seconde est que dans ce cas l’Etat garde la création de monnaie sous contrôle. Or lorsque les Etats empruntent sur les marchés financiers, ce ne sont plus les Etats nationaux qui créent de la monnaie, mais les banques privées. Elles créent cette monnaie, parce qu’évidemment elles ne prêtent pas leur argent. Mais comme dans le même temps l’inflation salariale disparaît du fait de la pression de la mondialisation sur les salaires, cet excédent d’argent est devenu difficile à détruire.  Il s’ensuit qu’il va se balader un peu partout et venir gonfler les placements spéculatifs qui engendrent des bulles qui tôt ou tard explosent.

      

    Alex Kiciloff ministre de l’économie argentin

     

    Il résulte de cela que le fonds de l’affaire c’est la mondialisation de la finance comme du reste. Refuser de payer la dette argentine c’est refuser de fait la mondialisation, refuser de dépendre des marchés extérieurs pour sa propre survie. Cette crise argentine dévoile donc clairement ce qu’est la mondialisation : une machine à extirper de la valeur dans un monde où les conditions d’expansion du capital sont restreintes. Pour toutes ces raisons, d’une manière ou d’une autre, on assiste au début de la démondialisation, puisqu’en effet, il apparaît que les Etats pour leur propre survie doivent se sortir du piège, de la dépendance, des marchés extérieurs. Seuls des imbéciles ou des malveillants comme Alain Minc pouvaient parier sur une mondialisation heureuse, il apparaît que la mondialisation est une manière de continuer la guerre des classes par d’autres moyens. On voit donc que la renationalisation des économies est un enjeu capital pour modifier la réalité économique et sociale et donc le partage de la valeur entre les riches et les pauvres. C’est pour cette raison qu’en Amérique latine comme dans l’Union européenne, le peuple doit se réapproprier ce qui lui appartient de fait : l’Etat.

     

    L’Argentine

     

    Un point important me semble-t-il est que la gestion de ce conflit est amenée en Argentine par des hommes jeunes et dynamiques, Alex Kicillof et Jorge Capitanich, alors que leurs adversaires, le juge Thomas Griesa, Paul

    Singer et le président Barack Obama, paraissent complètement usés. Nous espérons qu’ils trouveront des moyens pour résister.

    Le gouvernement argentin a réagi à cette agression de la canaille de la finance alliée à la canaille politique étatsunienne, en menant le combat autant sur le plan médiatique que sur le plan juridique et politique. Des affiches géantes ont inondées Buenos Aires pour dénoncer les fonds vautours. On remarque que les Etats-Unis sont aussi désignés comme complice de cette finance internationale cupide. Le premier ministre argentin, Jorge Capitanich, a mis en doute l’idée que la justice américaine était indépendante. Non seulement elle est désignée comme étant au service des fonds vautours, mais en outre, le gouvernement américain est mis en cause d’une manière plutôt violente. Il est tout de même curieux que les apologues du marché, de la loi de l’offre et de la demande, en viennent, dès qu’ils peuvent récupérer quelque argent à se servir de l’Etat. En vérité si la loi de l’offre et de la demande existait, 90% des banques eussent été en faillite, et les fonds vautours ne pourraient rien récupérer sur le dos du peuple parce que du point de vue de la loi de l’offre et de la demande gagner de l’argent équivaut en théorie à une prise de risques que les richissimes fonds d’investissement ne veulent pas prendre.


    A la crise de la dette publique argentine, s’ajoute maintenant une nouvelle crise diplomatique dont le gouvernement d’Obama n’avait pas besoin en cette période où il est empêtré sur tous les fronts. Evidemment le gouvernement argentin joue sur du velours. En effet les Etats-Unis sont plus que détestés en Amérique latine, et seules quelques voix de conservateurs inconséquents se sont élevées en Argentine pour dire que la demande des fonds vautour était légitime. C’est aussi un moyen de resserrer la nation autour d’un projet collectif commun. L’affaire est loin d’être terminée, et l’Argentin n’ayant pas manifestement envie de se plier au jugement de l’infâme Thomas Griesa, l’Argentine semble s’orienter vers des instances internationales pour échapper au manque de clarté du droit américain qui finit toujours par se retourner contre les pays les plus faibles. Dans cette quête, elle pourra toujours compter sur une opinion internationale massivement hostile aux errements de la politique étrangère américaine.

     

    Liens

     

    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/07/31/apres-avoir-fait-defaut-l-argentine-ne-s-avoue-pas-vaincue_4465462_3222.html

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