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    Le nouveau parlement européen

    La victoire du Front National

    Ceux qui nous lisent savent que nous nous attendions à ce genre de résultats. Je pensais même que ce serait pire et que le Front National passerait la barre des 30%. Si le FN n’a pas fait mieux que ses 25%, il le doit à trois raisons :

    - le matraquage habituel  des journaux et des partis qui disent que le FN est un parti fasciste, et que l’Europe est tout de même un grand projet humaniste et que de s’y soustraire est une faute grave ;

    - les imbécilités de Jean-Marie Le Pen qui en piètre tacticien mine les tentatives de rénovation de sa fille et de Florian Philippot en mettant en avant une ligne identitaire dont les gens finalement ne veulent pas ;

    - et enfin que les gens se méfient de ce parti qu’il considère à juste titre encore comme un parti fasciste.

    Depuis dimanche soir il y a des mines désolées, affolées, pensant  que les Français qui ont voté pour le FN sont des identitaires (vocabulaire très peu clair d’ailleurs). Les éditorialistes jouent à se faire peur et voient dans ce vote le retour programmé de la « bête immonde ». Pourtant tous les sondages à la sortie des urnes le montrent, les électeurs qui ont donné leur voix au FN, lui permettant ainsi d’arriver très largement en tête des élections, l’ont fait d’abord pour des raisons économiques. Ils rejettent la politique libérale de l’Union européenne, ils rejettent l’euro et réclament un Etat qui protège la nation de son délitement. C’est pour ce parti que les ouvriers et les jeunes – les deux catégories les plus maltraitées – ont voté quand ils ont voté. Les autres se sont abstenus massivement. Je rappelle que le Front National a fait campagne aussi contre TAFTA tandis que dans le même temps Hollande proposait d’accélérer les négociations, avant que l’opinion ne s’empare du débat.

     

    L’effondrement spectaculaire du PS

    Il va de soi que ce résultat était attendu, et même on peut dire que les élections municipales l’avaient anticipé. On note que c’est dans les pays où les difficultés économiques sont les plus pressantes que les « socialistes » sont en voie de disparition. Si le premier résultat est que le peuple confirme son refus de l’Europe et de l’euro, le second résultat est que la gauche ou du moins ce qui se prenait pour la gauche, s’est perdue dans son soutien à l’entreprise néo-libérale de l’Europe. En Espagne, ou pourtant les conservateurs sont très mal en point, le PSE, variante ibérique du hollandisme, n’arrive pas à sortir la tête de l’eau. En Grèce le PSAOK est en train de disparaître encore plus vite que le PS français.

    Ce qui est condamné une nouvelle fois, c’est la gauche libérale, cette gauche qui a abandonné l’idée d’un meilleur partage des richesses, l’idée d’une limitation des inégalités. C’est en France la faillite de la ligne Terra Nova. On ne voit plus maintenant ce qui peut faire revenir le PS sur le devant de la scène : Hollande l’a suicidé, et en même temps il a entraîné dans la débâcle toute la gauche.

    Comme on l’a souligné, les autres partis ne s’en sortent pas mieux. L’UMP et le PS les deux principaux partis de gouvernement qui disposent de 95% des sièges à l’Assemblée nationale, ne réunissent qu’un tiers des votants ! C’est une condamnation sans appel de la politique qui est menée en alternance depuis 40 ans. Les écologistes continuent de payer leur attachement irrationnel à l’Europe, alors même que l’Union européenne est un obstacle au développement durable et à la mise en place d’une politique économique autre que productiviste. Mais le Front de Gauche n’arrive pas à percer. La raison est assez simple, il paye ses louvoiements en matière de positionnement sur l’Europe. Ainsi les communistes sont devenus complètement illisibles, ils sont passé en 30 ans d’un rejet viscéral de l’Europe des banquiers et des multinationales, à la défense d’une « autre » Europe tellement imprécise qu’elle ne saurait se trouver.

    Le succès très relatif tout de même du Front national (25% de 43% ça fait à peine 11% du corps électoral) s’est fait sur la question de l’abandon de l’euro et de l’Union européenne. C’est pour avoir refusé de s’emparer de ce thème dès 2012 que Mélenchon s’est marginalisé.

    Un système électoral en miettes

    Cela fait tout de même quelques années qu’on constate un divorce croissant entre les « élites » qui ont la prétention de diriger le pays et le « peuple » qui vote toujours et systématiquement de travers. On nous a fait le coup en 2005 avec le référendum que Sarkozy et le PS se sont empressés d’enterrer. Il ne fait aucun doute que ce douloureux souvenir a encore joué un rôle dans le vote du 25 mai. Ce divorce est aujourd’hui encore plus fort. Le peuple n’est plus écouté, il est méprisé. Il est absolument hallucinant de voir encore des cadres du PS et de l’UMP expliquer leurs mauvais scores par le fait qu’on aurait manqué de pédagogie. Ce qui veut dire en clair que la faute n’est pas d’avoir mené une politique inepte et mortifère, mais seulement de l’avoir mal expliquée, les électeurs étant particulièrement bouchés.

    Cet autisme de la classe dirigeante risque de durer encore longtemps. Car en effet on ne voit ni Terra Nova, ni l’UMPS capables de défendre une autre politique que cette politique libérale qui nous tue. Il contribue à donner l’image d’un système politique en décomposition. Avec un tel taux d’abstention, avec une telle défiance vis-à-vis des partis dits de gouvernement, nous sommes arrivés à un point de blocage. C’est-à-dire que la moindre crise économique en Europe va emballer la machine et emporter le tout. La montée des inégalités, le chômage, l’absence de croissance, demanderaient effectivement une politique plus participative des populations, une meilleure prise en compte de leurs problèmes. Bref, cela réclamerait une politique inverse de celle qui est préconisée en Europe aujourd’hui.

    Abstention et montée des « populismes » de partout

     

    Jean-Claude Juncker, sans doute le prochain président du parlement européen, vieux conservateur, vieux bureaucrate, un habitué des combines et des couloirs, a averti qu’on ne tiendrait pas compte de l’abstention. Mais quelle légitimité peut avoir une institution pour laquelle les électeurs ne veulent pas voter ? Déjà que les institutions comme la BCE, la Cour de Justice Européenne ou la Commission européenne, ont une mauvaise image, représentent des formes d’autoritarisme plus ou moins apparentes.

    Globalement l’abstention est de partout très élevée, 57% en moyenne dans l’Union européenne. Au Portugal elle culmine à 65%. Dans les pays où l’abstention est moins forte qu’attendue, la Grèce, la France, ou le Royaume Uni, ce sont les partis eurosceptiques ou europhobes qui progressent, ce qui est bien la preuve que massivement on ne croit plus à l’Europe. Globalement Les conservateurs (PPE) et les « socialistes » perdent des sièges. 75 environ pour le premier et une trentaine pour le second. Ce sont les partis souverainistes ou eurosceptiques qui engrangent 130 députés de plus.

    Les résultats des élections de dimanche confirment ce que nous avions écrit dans notre post du 1er décembre 2013 Les sondages, la gauche et le changement social. Ce n’est pas plus d’Europe dont les gens veulent, les partis ouvertement fédéralistes se sont effondrés, mais au contraire de moins d’Europe car ce qu’ils veulent au fond c’est qu’on puisse retrouver un cadre dans lequel on puisse faire de la politique, un cadre dans lequel ils puissent faire entendre leur voix et réfléchir sur la refondation du lien social dans l’abandon des politiques libérales. On a parlé de séisme, en effet, c’en est un parce que les électeurs maintenant se sont libérés du chantage de l’UMPS de mal voter ou de voter pour les extrêmes. Et il est probable qu’ils vont encore un peu plus réfléchir à ce que veut dire faire l’Europe.

    N’est-il pas temps de comprendre qu’au fond l’Europe personne n’en veut ? N’est-il pas temps pour la gauche de retrouver le peuple et ses aspirations ?

     

    Liens

    http://www.marianne.net/Laurent-Bouvet-Le-FN-est-desormais-un-parti-installe_a239092.html

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/05/26/quelles-sont-les-propositions-du-fn-pour-l-europe_4426027_823448.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/elections-europeennes-2014/20140525.OBS8444/europeennes-2014-le-triomphe-du-fn-la-claque-de-l-ump-l-effondrement-du-ps.html

    http://www.blogg.org/blog-108630-billet-les_sondages__la_gauche_et_le_changement_social-1505717.html

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    Les libéraux supposent que le marché – soit la concurrence libre et non faussée – assure une allocation optimale des ressources, un moindre gaspillage et une croissance plus forte et régulière. Ils défendent donc la propriété privée des moyens de production comme la meilleure manière d’atteindre cet idéal. L’artifice intellectule de cette construction de l’esprit est que les prix agissent comme des signaux et donc qu’il faut les laisser fluctuer sans intervenir pour mieux orienter les forces de production.

    Cependant, les crises brutales financières et réelles montrent à l’inverse que le marché engendre des gaspillages et un chaos qui eut mener à la disparition d’une société ou à des drames difficiles à surmonter. C’est un vieux débat, les libéraux prétendant démontrer que rien n’est meilleur que la concurrence pour assurrer la prospérité des peuples.

     

    Léon Walras et l’Etat

    Léon Walras 

    Mais pourquoi y a-t-il un Etat ? Celui qui l’explique le mieux me semble-t-il c’est encore l’économiste Léon Walras (1834-1910). Il faut d’abord se souvenir que Walras est le premier à avoir construit un modèle mathématique pour démontrer que la concurrence conduisait à l’équilibre. Son modèle montrait précisément comment tous les secteurs de l’économie sont reliés les uns aux autres par les prix dans le cadre d’une concurrence pure et parfaite. Mais comme il n’était pas stupide, il avait compris qu’au fond la concurrence était très limitée. Et pourquoi ? Parce qu’il y a des monopoles ! Et que les monopoles faussent la concurrence puisque par définition le monopoleur peut fixer le prix qu’il désire et que ce prix sera sans rapport avec la contribution productive. C’est la première raison qui nécessité l’intervention de l’Etat : nationaliser les monopoles comme la terre, les chemins de fer ou la distribution de l’eau.  L’Etat permet ainsi à la concurrence de se développer pleinement puisqu’il anhile la déformation des prix que provoque les monopoles. C’est le caillou dans la chaussure trouée de la pensée libérale : dès lors qu’il y a des monopoles, la concurrence est faussée. C’est au nom de la concurrence que l’Union européenne, en bonne porte parole du néolibéralisme, dénonce les nationalisations et pousse les Etats à se séparer de leurs entreprises, à privatiser à tour de bras. Mais on ne peut pas réintroduire la concurrence dans un secteur où le « monopole » est naturel, c’est tout simplement un mensonge destiné à masquer une spoliation des biens publics. Et bien entendu on sait aussi que les privatisations sont favorables à la création de grandes fortunes car elles sont toujours entâchées de corruption – c’est vrai en Russie pour la privatisation des ressources du sous-sol, mais c’est vrai en France pour la privatisation à prix bradé des autoroutes.

    L’Etat parle au nom de la collectivité, contrairement aux entreprises qui ne poursuivent que des intérêts individuels. Ayant en charge les intérêts de la société dans son ensemble, l’Etat ne peut pas avoir les mêmes critères de raisonnement que l’entreprise : une des raisons est qu’il doit penser le long terme, dans la succession des générations. Il doit produire des investissements publics dont le rendement n’est pas évident à court terme. Les exemples sont nombreux qui vont de l’école aux infrastructures qui accélèrent la mise en place du marché.

    Ces deux caractéristiques de l’Etat montrent qu’il est bien difficile de s’en passer. Il n’y a que les bureaucrates fous de l’Union européenne qui pensent que tout est soluble dans le marché. Mais Walras évoque un autre rôle pour l’Etat : celui de légiférer pour protéger les travailleurs. En effet, pour Walras, les travailleurs sont dans une position d’infériorité face au capital. Il faut donc que l’Etat les protège par exemple en votant des lois qui fassent baisser la durée du travail. Car c’est au fond de l’intérêt de la société toute entière que de prendre soin des travailleurs : s’ils sont mieux éduqués et en meilleure santé, alors ils seront beaucoup plus productifs. Et puis le but de l’économie est tout de même d’améliorer la situation des plus pauvres.

    Léon Walras se voulait socialiste – social-démocrate si on veut puisqu’il pensait que la réforme était la clé d’une évolution progressiste de la société – à l’époque le mot réforme voulait dire réguler l’activité des marchés, alors qu’aujourd’hui réforme veut dire démantèlement du droit du travail et des instances de régulation. Aujourd’hui Léon Walras passerait pour un dangereux extrémiste de gauche, mais son modèle social visait à une sorete de compromis entre le capital et le travail, de manière à éviter une révolution sanglante.

    En résumé l’Etat a les missions suivantes :

    - protéger les travailleurs ;

    - nationaliser les monopoles de fait ;

    - viser à l’harmonisation sociale dans le long terme.

    Dans le but de conserver une certaine harmonie sociale – c’est-à-dire éviter la guerre civile, l’Etat doit aussi prendre la tête d’un certain nombre de services publics, mais il peut également intervenir en tant qu’acteur de la vie économique en investissant, en embauchant, en orientant l’économie vers les secteurs importants pour l’avenir de la collectivité. 

     

    Le graphique ci-dessus montre que la croissance des dépenses publiques est assez régulière sur le long terme et c’est cette croissance bien connue depuis longtemps qui laissait entendre que l’économie avait tendance à se socialiser. Et à tout le moins il est impossible d’en tirer la conclusion que ce sont ces dépenses publiques croissantes qui brident la croissance économique. Il y a de très nombreuses raisons qui font augmenter la dépense publique en dehors de la croissance de la charge de la dette qui est une invention somme toute récente.

    1. la première et sans doute la plus fondamentale est que l’Etat investit pour l’économie, or ses investissements ont des rendements rapidement décroissants, ce qui veut dire que l’argent investi a un effet sur l’économie en génral de plus en plus faible. Il faut investir de plus en plus lourdement pour continuer à améliorer l’efficacité de l’économie, que ce soit dans l’éducation, la santé ou les dépenses d’infrastructures. Cette nécessité d’investir dans les biens publics se heurte évidemment à la nécessité du marché de générer des profits ;

    2.  la seconde est que le vieillissement de la population, rançon si je puis dire de l’accroissement de la production des richesses, demande une prise en charge croissante des dépenses de santé par le secteur public. C’est d’ailleurs la part des dépenses de l’Etat qui croît le plus vite ;

    3. la troisième est que les missions de l’Etat ont changé dans le long terme. L’Etat opère des transferts de revenu massifs vers les populations les plus défavorisées que ce soit le RSA, les allocations logement ou d’autres aides de toutes sortes.  Ces dépenses sont nécessaires pour la cohésion sociale, mais elles sont aussi le résultat de l’élèvement graduel du niveau d’éducation qui induit que les populations réclament de plus en plus de justice sociale.

    En clair, si on ne regarde pas ce qui se passe seulement depuis 2008, les dépenses étatiques sont bien plus qu’un outil conjoncturel pour relancer la croissance comme le disent les keynésiens, c’est un facteur nécessaire d’accompagnement de la croissance économique. Bien entendu à condition de ne pas confondre les dépenses étatiques avec le renflouement des banques privées.

    Tout cela est bien connu et explique pourquoi Joseph A. Schumpeter dans Capitalisme, démocratie et socialisme, un des rares livres intréressants écrits par un économiste, affirme clairement qu’on l’aime ou non, l’économie se socialisera de toute façon, soit dans une voie démocratique, soit dans une dictature de type stalinien. Les tenants du capitalisme sauvage, ceux de l’Ecole autrichienne, les Hayeck, Mises et quelques autres l’ont bien compris. Pour restaurer le marché dans ses origines, il faut opérer un retour en arrière d’une incroyable violence, détruire tous les garde-fous et les compromis que la société avaient construits au fil du temps. Cela passera par exemple par le développement d’une santé ou d’une éducation à deux vitesses. Que ce programme soit celui du libéralisme échevelé à la Reagan est une chose, qu’il devienne par le fait d’une étrange porosité celui d’un Parti dit « socialiste » devient une curiosité. En tous les cas, il semble bien que ce retour en arrière ne pourra pas durer éternellement, la raison essentielle est que cela ruine l’économie elle-même et donc le profit.

    L’Etat et le socialisme 

    Léon Walras avait compris que de mettre en avant l’Etat dans la prise de responsabilité économique et sociale ne pouvait qu’heurter les libéraux pour qui dès que l’Etat intervient c’est la porte ouverte au socialisme. C’est pourquoi il se déclarait socialiste modéré. En relisant Léon Walras aujourd’hui, on se rend compte à quel point la pensée poilitique et économique a regressé. En effet, les fameuses Trente glorieuses sont des années de forte croissance, une production efficace qui amène progressivement au plein emploi. Parmi les facteurs qui expliquent cet indéniable succès économique, il y en a au moins deux :

    - l’Etat est omniprésent dans l’orientation de l’investissement, même si le secteur concurrentiel est dynamique ;

    - la fiscalité redistributive restreint la croissance des inégalités sociales.

     

    L’Union européenne et les caciques du libéralisme ont détruit ces deux dernières conditions au nom de la concurrence. Si on date ce tournant libéral du début des années quatre-vingts, on se rend compte que à tout le moins le modèle libéral ne fonctionne pas : ses résultats sont mauvais en terme d’emplois, de croissance et de pouvoir d’achat. Ce modèle favorise les rentes et génère en outre des crises meurtrières. C’est l’échec de l’économie de l’offre. Il est tout de même patent que ce capitalisme d’un style nouveau n’ait que des mauvais résultats à présenter, et qu’il soit obliger pour se maintenir de supprimer progressivement la démocratie, s’orientant peu à peu vers un autoritarisme évident. L’exemple du fonctionnement de l’Union européenne est très significatif.

    Certes on peut considérer que le « socialisme » autoritaire de type soviétique ça ne marche pas non plus, et je me garderais de dire le contraire. Son principal défaut étant justement son autoritarisme, de l’absence de participation du peuple à l’organisation de la vie sociale. On aboutit à la double conclusion suivante :

    - l’économie mixte dans laquelle l’Etat joue un rôle déterminant est la seule voie possible, à la fois pour maîtriser le futur et obtenir des résultats en termes de bien-être ;

    - les citoyens doivent reconquérir l’Etat national, lui donner une orientation sociale et imposer son changement de perspective contre ce qu’on a appelé la trahison des élites.


     

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    Un petit livre déjà un peu ancien, mais ce n’est pas grave parce qu’il retrace les origines de ce projet tortueux qu’est la construction européenne. S’il est connu maintenant que le projet européen fut dès les origines soutenu financièrement par les Etats-Unis dans le but de contrecarrer l’avancée des communistes en Europe, il est moins souvent mis en avant que d’emblée le projet européen était essentiellement un projet économique libéral, c’est-à-dire destiné sur le long terme à démanteler la puissance étatique et par suite à laisser la place aux règles définies par le marché.

    Bien évidemment dès le départ les hommes qui menèrent à bien ce projet, Jean Monnet en tête, étaient d’abord des hommes de l’ombre qui avait principalement en horreur la logique démocratique. Ils étaient les prémices de ce gouvernement des experts qu’on nomme bêtement « gouvernance » et qui laisse entendre qu’il n’y a pas le choix, qu’il n’y a pas d’alternative. Ils rencontrèrent peu d’opposition finalement. Bien sûr les communistes s’opposèrent à ce projet, à la fois parce qu’ils soutenaient le bloc de l’Est, et parce qu’ils avaient aussi compris qu’il s’agissait seulement de construire une Europe libérale. Mais le général De Gaulle aussi se battait pour une « autre » Europe, une Europe qui ne serait ni influencée par les Américains, ni qui serait la destruction des Etats nationaux. En Angleterre c’est dans les années cinquante le Parti travailliste qui s’y opposa, justement au nom de la justice sociale. C’était un temps où ce parti était à gauche.

    Dans cet ouvrage, il est bien mis en avant comment les « socialistes » se sont plus que fourvoyés en pensant qu’une fois mise en place l’Union européenne, on pourrait en modifier le contenu et lui donner un caractère social. Les errements d’une canaille comme Pascal Lamy, bras droit de Delors, sont là pour montrer jusqu’où le reniement peut aller.

    Mais les libéraux ont la patience de l’araignée, ils ont usé des générations d’opposants, jusqu’à ce que les gens ne se souviennent plus de la génèse de cette horreur. Ils ne s’en souviennent que dans les moment difficiles, quand l’Union européenne s’effondre sur sous les coups répétés de son imbécilité, car en effet, quel résultat positif reste-t-il de la construction anti-démocratique – contre la volonté des peuples – de cette Europe qui n’a plus ni queue ni tête, ni horizon géographique déterminé.  C’est pour moi très curieux que de voir que maintenant les militants du PCF se sont rangés du côté d’une démarche européiste. Mais les sirènes de l’Europe n’ont pas séduit seulement des « communistes » en mal de projet après la chute du mur de Berlin, les syndicalistes s’y sont fait piéger aussi. Car s’il est facile pour le patronat de former une entente au niveau international, c’est quasiment impossible pour les syndicats.

    Les auteurs insistent sur un point fondamental, dans le cadre des traités actuels il est absolument impossible que l’Europe aille dans le sens d’une meilleure socialisation de l’économie. Dès les origines elle est faite justement pour combattre toute les velléités de développer l'Etat-Providence. C’est au fond l’option allemande – l’ordolibéralisme – qui a prévalu sur l’option française, issue de la Libération.

    L’ouvrage est indispensable pour qui veut se remémorer les différentes étapes de l’évolution de ce projet scabreux. La seule limite à cette ouvrage est qu’on n’y trouve pas clairement indiquer la seule voie qui s’impose : pour en finir avec le libéralisme sauvage, sortons de l’Union européenne. Il y a un point important sur lequel il faut insister : aujourd’hui on se mobilise contre le fameux traite transatlantique (TAFTA), mais on ne veut pas voir que celui-ci est déjà programmé dans l’ADN de l’Union européenne dès le début des années cinquante. Or la seule et unique façon de s’opposer à ce traité qui ravagera un peu plus le continent est encore de sortir de l’Union européenne. Pourquoi ne pas le dire franchement ? Pourquoi perdre encore son temps à gauche à essayer de rafistoler les débris d’un bateau ivre construit par et pour l’oligarchie internationale ?

    Liens

    http://bouillaud.wordpress.com/2009/07/02/francois-denord-antoine-schwartz-leurope-sociale-naura-pas-lieu/

     

    Liste des ouvrages à lire sur l’Europe

    C’est bientôt le temps des élections européennes. Personnellement je n’irais pas déposer de bulletin dans l’urne. Car voter à ces élections ce serait convenir que l’Union européenne nous intéresse, ou qu’on peut la changer. Or moi je voudrais m’en débarrasser et avec elle de l’euro. Les livres ci-dessous peuvent vous aider dans votre réflexion sur l’Europe, aussi bien pour comprendre qui l’a faite, que pour évaluer clairement ses résultats.

     

    1. Belén Balanya, Ann Doherty, Olivier Hoedeman, Adam Ma’anit et Eric Wesselius, Europe Inc., comment les multinationales construisent l’Europe et l’économie mondiale, Agone, 2005

    2. Raoul Marc Jennar, Europe, la trahison des élites, Fayard, 2004.

    3. François Denord & Antoine Schwartz, L’europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’Agir, 2009.

    4. Jacques Sapir, Faut-il sortir de l’euro ?, Le seuil, 2011.

    5. Cédric Durand, En finir avec l'Europe, La fabrique éditions, 2013

    6. Aurélien Bernier, La gauche radicale et ses tabous, Le seuil, 2013 

    7. Coralie Delaume, Europe les Etats désunis, Michalmon, 2014

    8. Frédéric Lordon, La malfaçon, Monnaie et souveraineté démocratique, LLL, 2014

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    Périodiquement on entend des responsables politiques – surtout s’ils sont de droite – ou des patrons reprendre l’idée que la France souffrirait d’un désamour avec ses entreprises. Pour ceux-là cela viendrait du fait que l’économie n’est pas suffisamment ou correctement enseignée dans les collèges et les lycées. C’est une revendication récurrente du MEDEF : faire aimer le profit, la compétition et l’entreprise par les petits enfants. L’année dernière François Hollande qui décidemment n’en manque pas une dans les gages qu’il donne quotidiennement à la réaction, a réclamé qu’on enseigne l’économie d’entreprise à travers un programme complet de la 6ème à la terminale.

    Pensée unique

    Cette idée qui est apparemment une idée de bon sens est une idée pernicieuse et fausse. Car en effet, elle sous-entendrait qu’il n’y a qu’une seule manière de parler de l’économie : en mettant en avant les notions de concurrence et de compétitivité. C’est ce qu’on appelle « la pensée unique » qui met en avant les bienfaits du marché autorégulateur : tout peuple qui voudrait contourner ses lois, serait puni. C’est l’idée de la main invisible d’Adam Smith.

    Cette pensée unique se définit comme un non-choix. Le réel de la dette, de la mondialisation, impose la logique du marché. C’est bien ce que fait tous les jours la machine européenne qu’il s’agisse de sauver l’euro, ou qu’il s’agisse de négocier le grand marché transatlantique, cela se fait toujours au nom du marché : plus celui-ci est large, plus il est efficace, plus il crée de richesses et d’emplois. Ces prémices sont fausses. Ne serait-ce que parce que le marché est une construction sociale qui n’a pu se concrétiser sans l’aide de l’Etat. Et donc bien sûr, même si on fait les louanges du marché, il est évident que l’Etat existe par ses interventions, ses dépenses et ses règles. Mais pire que cela, il y a ce qu’on peut appeler l’imbécilité néo-classique qui nous dit qu’au fond, la seule aspiration humaine qui existe est la volonté individuelle d’enrichissement. La société ne serait pas porteuse d’une logique collective, au mieux, si elle existe, elle serait une simple agrégation des pratiques individuelles.

    Gary S. Becker et l’homme marchandise

    L’économiste qui a le mieux présenté cette idée est le prix Nobel Gary S. Becker. Issu de l’Ecole de Chicago, il n’est pas à ses débuts un mathématicien, ni même un économiste, c’est un sociologue. Mais rapidement il va développer les concepts de l’économie ultra-libérale et surtout lui donner des fondements robustes pour intégrer ce que l’économie jusqu’alors n’arrivait pas à inclure dans ses raisonnements. En effet, avant que Becker ne soit à la mode, à la fin des années soixante-dix, il était fréquent d’opposer à l’économie la sociologie et sa démarche. Vilfredo Pareto qui succéda à Léon Walras à la chaire d’économie de Lausanne, séparait l’économie et la sociologie, la première s’occupait de mettre en œuvre la logique rationnelle – celle qui peut faire l’objet d’un calcul – qui renvoie à l’individu, et la seconde traite des logiques irrationnelles qui s’inscrivent dans les formes familiales, la religion ou l’Etat et qui font appel à une forme collective de fonctionnement.

    Gary S. Becker qui vient de mourir le 3 mai 2014

    Gary S. Becker va affirmer que si les questions de la sociologie ne sont pas sans intérêt, sa méthode est mauvaise. En effet, il prétend que ces questions peuvent être traitées à l’aide d’un modèle simple d’équilibre partiel. C’est ainsi qu’il va construire un modèle pour l’économie de la famille, un modèle pour l’économie de la drogue, un modèle pour l’économie du mariage et un autre encore pour l’éducation et le capital humain. Son succès va être considérable, même s’il fallut du temps pour qu’en France on s’y adapte. En effet, il traite l’homme comme une marchandise qui se produit elle-même et qui vise à optimiser ses capacités de production. Après tout il dit la même chose que Marx, avec quelques petites équations en prime. Mais à la différence de Marx, il ne présente pas cette réification, cette marchandisation, de l’individu comme le résultat d’un processus historique, mais comme le résultat d’un processus naturel.

    Gary S. Becker est très important dans le dispositif de la contre-révolution conservatrice parce qu’il justifie l’économie néo-classique dans ses principes : il n’y a que le marché, il n’y a que des individus atomisés. Tout le reste est du baratin. C’est de l’économisme décomplexé si on veut. Je me souviens d’un article qu’il avait écrit en 1988 dans Le monde pour expliquer qu’il y avait forcément un lien entre SMIC et emploi, sous-entend que le SMIC générait le chômage. Certes disait-il il n’y a aucune démonstration empirique de ce lien, mais « il faut y croire » !  Il reprendra cette idée pour combattre les timides tentatives de Bill Clinton en 1995. Les libéraux ont comme ça des marottes, le droit de licencier crée l’emploi et la baisse des salaires augmente le pouvoir d’achat.

    Jusque dans les années soixante-dix les économistes étaient dans l’Université dans une position d’infériorité intellectuelle. Marx était préféré à Smith qu’on jugeait un peu simplet, un peu idiot. Les économistes, fussent-ils keynésiens d’ailleurs, apparaissaient comme des gens assez peu instruits, peu profonds, manquant d’un peu tout et particulièrement de philosophie. Avec Becker, ils vont triompher de deux manières, sur le plan théorique et sur le plan de la présentation. Sur le plan théorique, ça fonctionne bien, l’économie peu enfin s’intéresser à son extérieur, elle peut se saisir des rapports non-marchands. D’ailleurs les thèses de Becker sont très proches de celles de Bourdieu, sauf que ce dernier en conserve une fonction critique. Sur le plan formel, Becker produit des petits modèles mathématiques, à vrai dire assez simplets, il n’était pas très fort dans cette discipline, qui séduisent le profane et impressionnent. Mais il y a autre chose, l’économiste, même s’il n’est qu’étudiant, appartient directement à la bourgeoisie. Dans les facultés, il ne se confond pas avec les traîne-lattes des facultés de lettres. Ses professeurs sont plus riches. Ils font de l’argent avec tout et avec rien. D’ailleurs ils touchent des sommes folles de l’Union européenne, chose que ne peuvent se permettre les sociologues qu’on laisse volontiers à leurs élucubrations. Inconsciemment les économistes pensent que si Bruxelles les payent si cher, ce n’est pas parce qu’ils sont vendus, mais que c’est parce qu’ils sont utiles et efficaces.

    L’économie est une chose trop complexe pour les économistes

    En vérité, l’économie n’est pas une science, quel que soit le degré de mathématisation qu’elle intègre. C’est à peine une idéologie bourgeoise. En effet, vous remarquerez que dans les débats, dès qu’on défend des positions de droite sur l’économie, on les présente au nom d’une neutralité nécessaire. C’est pour cette raison que les « socialistes » Manuel Valls ou François Hollande racontent que le paiement de la dette est nécessaire et qu’il faut bien faire baisser les charges sociales pour gagner la bataille de la compétitivité. A l’inverse si on avance qu’il faut taxer un peu plus le capital, qu’il faut un peu plus socialiser l’économie en nationalisant les banques et certaines multinationales, on dira que votre discours est « idéologique ». Comme disait Debord en son temps dans le monde renversé, ce n’est plus le faux qui est un moment du vrai, mais le vrai qui est un moment du faux.

    Il y a quelques années j’enseignais la politique économique, et ayant besoin d’un manuel de référence, je choisissais celui de Pisani-Ferry, Coeuré et quelques autres. Le premier est un pilier du dispositif européiste de diffusion de la bonne parole, et le second qui vient d’intègrer les organes dirigeants de la BCE s’est fait remarquer en affirmant que l’austérité était la seule politique possible.

     

    Mais revenons à ce manuel. Son sujet est la politique économique, c’est-à-dire la façon dont les organes régulateurs, la banque centrale et l’Etat, doivent se comporter pour permettre à l’économie d’atteindre son optimum. Sa principale vertu est qu’il présente clairement les modèles dominant en matière de politique économique. Son principal défaut est qu’il développe une logique sans crise : ce sont des recettes pour temps de croissance régulière et ordinaire. Vous y chercheriez vainement des modèles qui explique les crises et qui donnent des recettes pour en sortir. C’est un livre pour quand tout va bien. Quand tout va mal, il ne sert à rien. Il ne sert donc à rien, seulement à véhiculer l’idée globale que le marché, l’Europe et la mondialisation, même si c’est un chemin difficile, nous mène vers le bonheur. Et surtout comme la plupart des économistes dominants, ils n’examinent pas l’économie dans l’histoire. Par exemple la récurrence des crises économiques n’est pour eux que des accidents de parcours qui ne remettent pas la logique centrale en cause. Comme disait Marx les économistes prennent « l’accident pour la réalité et la réalité pour accidentelle ».

    Les habits neufs de l’idéologie ancienne

    Des étudiants dénoncent périodiquement la façon dont l’économie est enseignée. Ils ciblent plus particulièrement l’excès de mathématisation, et également cette prétention à se couper des autres disciplines comme l’histoire, la sociologie ou l’anthropologie. La puissance de feu des chantres de la contre-révolution libérale est telle qu’elle a obligé toute l’élite à prendre parti pour elle. C’est le malheur et le tombeau des « socialistes » du PS. Mais plus encore ils ont réussi le tour de force de faire croire que leurs idées étaient plus modernes que celles de Keynes. Et ça c’est très fort. Car en effet, les idées présentées par ces économistes « modernes » sont des idées plus qu’anciennes, elles remontent au mieux à Jean-Baptiste Say, et au pire à Adam Smith. C’est comme si la crise de 1929 qui avait par ses conséquences assuré le succès des idées keynésiennes n’avait jamais eu lieu, comme si l’idée d’un sacro-saint équilibre généré spontanément par le marché n’avait jamais été remise en cause par les faits.

    De la même manière on aurait pu attendre que la grande crise de 2008 remette en cause le magistère libéral en matière de politique économique, il n’en a rien été. Au contraire, les thèses marxistes et keynésiennes ont été promptement enterrées au motif bizarre que la relance ça ne marche pas, et que le socialisme non plus. Seule la logique du marché permettrait la prospérité. Certes on peut en déplorer certains résultats, les crises, le chômage, mais bon an mal an, on avance vers le mieux. Or les faits montrent facilement que cette même logique conduit au chaos.

    Enseigner l’économie d’entreprise – c’est-à-dire la gestion – à des enfants  est une très mauvaise chose. D’abord parce qu’elle referme les possibilités d’imaginer une société fondée sur autre chose que la concurrence, ensuite parce qu’elle met en scène le profit comme moteur de l’existence humaine. C’est faire de l’entreprise l’unité de base de toute forme sociale passée et à venir. Mais pire encore, c’est sanctifier la propriété privée des moyens de production, faire comme si elle était intrinsèque à la nature humaine et surtout qu’elle n’était pas le résultat d’un détournement du fruit du travail d’autrui.

    Liens

    http://www.lexpress.fr/education/faut-il-enseigner-l-entrepreneuriat-dans-les-colleges-et-lycees_1245325.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20140507.OBS6385/economie-des-etudiants-disent-non-a-la-pensee-unique.html

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    Avec la tenue prochaine des élections européennes la propagande pour l’Union européenne bat son plein. Les européistes défendent leurs idées ce qui est normal, mais ils ont de tels arguments qu’ils enfonceraient plutôt le projet européen. Dans Le monde du 9 mai 2014, François Hollande publie une déclaration de foi en l’Union européenne et ses institutions. Représentant de l’oligarchie européiste, il va donc essayer de nous vendre un produit passablement éventé et du même coup essayer de nous ramener vers les urnes le 25 mai car on prévoit un taux d’abstention record.

    Faute de présenter des résultats économiques probants, il va reprendre l’antienne d’une Europe qui nous protégerait de la guerre et qui aurait défini une stabilité inédite grâce au combat contre le nationalisme. Il est complètement erroné de rapprocher la longue période de paix que nous avons connue du développement des institutions européennes. D’abord parce que manifestement ce qui a induit la paix en Europe c’est avant tout le développement économique national des pays qui se sont reconstruits, indépendamment de toute espèce de coordination, les institutions européennes ne se déployant véritablement que vers la fin des Trente glorieuses. Ensuite c’est au nom d’une Europe unie qu’Hitler engagea son combat avec les conséquences qu’on connait. Voici quelques citations bien connues sur la question, citations que j’emprunte au site lalettrevolée.net :

     

    « Il n'est pas très malin d'imaginer que dans un espace aussi peuplé que l'Europe, un ensemble de peuples puisse conserver si longtemps des systèmes juridiques et des législations distinctes » Adolph Hitler, Reichstag, 1936

    « De mon point de vue, la conception qu'une nation se fait de sa liberté doit être accordée avec la réalité d'aujourd'hui et les questions d'efficacité... Nous ne demandons aux états européens que d'être des membres enthousiastes de l'Europe » Joseph Goebbels, ministre de la propagande d’Hitler, 1940

     « Les peuples de l'Europe doivent comprendre que les questions qui nous divisent aujourd'hui, lorsqu'elles seront comparées aux tensions qui règneront entre continents, ne sont que des petites querelles familiales... Dans cinquante ans, les européens ne penseront plus en termes de pays séparés ». Joseph Goebbels.

    Par contre, c’est au contraire au nom de la nation que le combat contre les ambitions du IIIème Reich de construire une Europe sous domination allemande fut entrepris.  Le programme de rénovation de la Résistance française s’inscrivait dans un Conseil National de la Résistance, et non dans un Conseil Européen de la Résistance. C’est d’ailleurs pour cette raison que les communistes et plus généralement les gens de gauche se méfiaient de la construction européenne que dès les débuts ils voyaient comme une machine de restauration d’un capitaliste sauvage et apatride. Tout le monde remarque aujourd’hui que l’Europe se fait aux conditions imposées par l’Allemagne, et au détriment des autres pays qui la compose.

    A l’inverse, l’Europe pourrait bien nous mener à la guerre. La façon dont l’Europe traite de la question ukrainienne est inquiétante, mais également le manque de solidarité avec des pays comme la Grèce ou le Portugal qui sont au bord de la guerre civile. N’oublions pas que le parti nazi est arrivé au pouvoir suite à une période d’austérité radicale en Allemagne qui mena le pays vers la guerre civile. Toute cette misère n’empêche pas le sinistre François Hollande de nous affirmer que sortir de l’euro serait perdre la solidarité nécessaire entre les pays européens. Les Grecs savent encore mieux que nous ce que veut dire solidarité européenne.

    François Hollande reconnait cependant que l’Europe déçoit, à cause de la crise. Mais en réalité il fait semblant de voir que la crise est un des résultats justement de l’Europe et de ses institutions. Cependant nous dit-il nous devons défendre l’Europe malgré tout et aller encore plus loin.  Il fait semblant de se questionner :

    « Détruire l’œuvre de trois générations, désavouer ceux qui l’ont façonnée? Et faire à l’envers le chemin parcouru depuis soixante-dix ans? » 

    On pourrait lui rétorquer qu’en repassant sous la domination allemande nous retournons encore bien plus loin. Mais pourquoi donc cette Europe devrait être sauvée ? Au nom de quoi ? De ces résultats, le chômage et la régression sociale ? De ces projets de grand marché transatlantique et de détricotage du droit du travail ? La réponse est simple, on doit sauver l’Europe au nom de l’Europe justement ! Voilà la réponse d’Hollande ou de sa triste plume qui pense à sa place. Plus incohérent que cela c’est assez difficile. Mais il ajoute dans le même temps on doit protéger le commerce et l’industrie nationale. C’est assez fort ! Car si les traités justement vont dans le sens de l’abaissement des barrières douanières, de la fin des aides de l’Etat aux industries nationales on ne voit pas très bien ce qui peut être utilisé pour les protéger.

    Mais le degré de confusion est à son comble quand Hollande reprend à son compte la ritournelle des politiciens de droite sur le libre-échange : on ne peut pas rester couper du monde, et si on n’achète pas à l’étranger, on ne pourra pas leur vendre non plus. Dire qu’il nous prend pour des idiots est peu dire. Cette chanson, on la connait depuis le XIXème siècle. La droite s’opposait au protectionnisme des gens de gauche pour les mêmes motifs de compétitivité. Mais il n’a jamais été prouvé que l’ouverture générait de la croissance ou encore que les échanges tiraient la croissance. C’est même l’inverse qui peut être démontré. En outre il est évident que le protectionnisme n’est pas incompatible avec des relations commerciales d’égal à égal avec les pays étrangers. Avant que l’Europe se fasse, que le Grand Marché se mette en place, la France commerçait déjà avec ses voisins. Mais le protectionnisme, comme son nom l’indique, signifie d’abord qu’on protège les industries nationales. Pour cela il y a trois raisons au moins :

    1. pour préserver l’emploi ;

    2. pour préserver l’équilibre de la balance commerciale parce qu’on ne peut pas dépenser plus qu’on ne gagne ;

    3. pour assurer l’indépendance de la nation en maintenant un tissu économique diversifié.

    La fin de l’article est du même tonneau, Hollande nous refait le vieux coup de l’Europe sociale. On peut changer l’Europe, sous-entendu en votant pour la « gauche » social-démocrate qui protégera nos marchés, mais dans le même temps il oublie de rappeler qu’il est lui-même favorable au Traité Transatlantique qui au contraire accélère le démantèlement des protections tarifaires et non tarifaires entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Il ne dit rien non plus sur le fait que son parti (faussement dénommé socialiste) a voté le Traité de Lisbonne alors que les Français avaient massivement voté contre le TCE parce qu’ils trouvaient ce traité scandaleusement libéral, trop à droite.

    Sondages

    Les sondages prédisent deux choses pour ce qui concerne les élections européennes. Tout d’abord une abstention extrêmement élevée. Certes c’est habituel pour ce type de scrutin, mais jamais à un tel niveau. Le désintérêt vient principalement de ce que, en ce qui concerne l’Europe, les partis dits de gouvernement, l’UMP et le PS, disent la même chose et votent les mêmes choses. Ces deux partis représenteraient un peu moins de 40% des suffrages exprimés, soit un peu moins de 25% des électeurs. Ensuite, le FN devrait être en tête de l’élection pour la première fois de son existence. Certes il ne représenterait encore que 25% des suffrages, mais outre que cela lui suffira pour se décerner le label de 1er parti de France, il démontrera par là qu’il est le parti qui a le vent en poupe et donc l’avenir.

    C’est bien sûr une nouvelle occasion pour le PS et l’UMP – pour ce parti cependant sur un mode mineur – d’exercer un chantage sur les électeurs : « votez pour nous, sinon vous serez responsables de la montée du fascisme en France ». Cette vieille ficelle est usée. Et de fait cela renvoie à l’inverse aux responsabilités du PS et de l’UMP dans la montée du FN. Car si une partie des électeurs, y compris des électeurs de gauche, est prête à voter FN c’est : d’une part parce que l’Europe a déçu et qu’on veut envoyer un signal fort, d’autre part parce que les partis dits de gouvernement appariassent comme des instruments de la dictature molle de Bruxelles sur notre vie quotidienne.

    Tout indique que le système électoral censé représenter la démocratie représentative est aujourd’hui à bout de souffle. La question est de savoir s’il peut être changé. A mon avis il ne peut l’être qu’après une profonde secousse et l’élimination d’une classe politique aux abois, corrompue et sans idées. Le système ne se réformera pas de lui-même. Pour l’instant le système se décompose lentement, sans que le peuple se mobilise vraiment, nous en sommes à cette étape d’une décrédibilisation accélérée de la classe politique.

    Erreurs stratégiques et tactiques

    Le plus étonnant est sans doute que le Front de Gauche, formation de gauche n’ait tiré aucun profit de cette crise profonde qui touche simultanément l’économie et les institutions. Pour aller vite, on peut dire que cela provient essentiellement d’un mauvais positionnement stratégique : en effet, pour avoir plus de députés européens le Front de Gauche se positionne encore une fois sur le créneau du changement de l’Union européenne. C’est un objectif qui n’est pas crédible, tout le monde se rend bien compte que les traités européens ne peuvent pas être changés. C’est du reste l’erreur principale de Syriza en Grèce où la situation est bien plus dramatique qu’en France et où ce parti de gauche propose son leader Alexis Tsipras à la direction du parlement européen comme un symbole du changement. Cela engendre une image floue de la lutte sociale. En effet pourquoi devrait-on attendre que l’Union européenne change de majorité pour faire avancer enfin des revendications sociales importantes ? Au nom de quoi ?

    Choisir de situer le combat politique au niveau des institutions européennes c’est non seulement une perte de temps, mais c’est aussi adouber finalement ces institutions politiques, indirectement c’est rentrer dans la logique libérale qui suggère que la mondialisation est un phénomène naturel et incontournable, une nécessité.

     

    PS Jacques Sapir vient de publier sur son blog Russeurope un bilan chiffré de l’euro, c’est évidemment sans appel.

    Liens

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/05/08/francois-hollande-l-europe-que-je-veux_4413580_3214.html

    http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/2014/05/08/le-parlement-europeen-une-place-forte-allemande_4413554_4350146.html

    http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/2014/05/17/elections-europeennes-le-fn-toujours-en-tete-l-ecart-s-accroit-avec-l-ump_4420680_4350146.html

    http://russeurope.hypotheses.org/2279

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