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    C’est un économiste oublié, un des premiers à avoir rédigé un traité d’économie politique, An Inquiry into the Principles of Political Oeconomy: Being an Essay on the Science of Domestic Policy in Free Nations en 1767. C’est un ouvrage très volumineux qui a été traduit en français et publié en 1789 par Didot L’Ainé. Son intérêt est évidemment très grand, ne serait-ce que parce qu’il a été plagié honteusement par Adam Smith pour l’écriture de Enquête sur les causes de la richesse des nations (en anglais An An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations). Sauf que Smith avait bien moins d’intelligence que Steuart et que le détournement qu’il opéra de ce livre ne donna qu’un traité insipide et sans grande dimension. On notera la similitude des titres des deux ouvrages. Joseph Schumpeter considérait Adam Smith comme un auteur mineur, alors que pour lui James Steuart était un auteur de première importance. C’est un avis que nous partageons. Mais il est vrai que peu d’économistes ont étudié l’histoire de leur discipline, et même quand il connaisse Smith, c’est plutôt à travers la lecture d’un abrégé pour étudiants paresseux.

    James Steuart était en relation avec G. W.F. Hegel, qu’il rencontrât, et c’est lui qui apportât les éléments nécessaires à la critique de Smith qu’on trouve par exemple dans Les principes de la philosophie du droit. En gros ce que dit Hegel, c’est que le marché n’est pas une finalité en soi, mais c’est seulement une étape pour le développement de l’Etat qui au contraire représente la logique collective d’un peuple.

      

    L’intérêt de Steuart réside en ce que sa méthodologie est différente de celle des économistes classiques : il n’y a pas de lois naturelles, et l’approche de l’économie se modifie avec le temps parce que le monde évolue. Marx avait lu évidemment Steuart et il s’en est aussi inspiré. Cette approche historique le conduit au pragmatisme, tout en affirmant que l’histoire est aussi le progrès de l’humanité. Ce qui veut dire en clair que le but de l’économie politique est d’améliorer le bien-être du peuple.

    Pourquoi parler de cet auteur aujourd’hui ? Parce qu’il analyse les formes économiques d’une manière très originale. Il se fonde pour cela sur l’évolution du commerce. C’est l’évolution du commerce qui dicte les formes sociales et économiques. Par exemple, il considère que le commerce international, le commerce au loin, le commerce avec l’étranger précède le commerce intérieur : le commerce intérieur est un progrès par rapport au commerce international. Il souligne que c’est d’abord l’étroitesse du marché intérieur qui justement engendre cette nécessité du commerce au loin. Mais tout de suite le développe de cette forme de commerce se heurte à une concurrence qui va en s’amplifiant au fil du temps, et la concurrence demande toujours plus de sacrifices aux populations. C’est pour cette raison que les peuples, lorsqu’ils sont trop fatigués de ces efforts se retournent vers le marché national. Or dans le cadre du développement du marché national qui est vu ici comme une étape ultérieure du développement, l’Etat intervient en contrôlant les exportations et les importations, en édictant des règles qui font diminuer le temps de travail et qui permettent l’amélioration du bien-être des populations. Au fond l’espace économique est comme un poumon qui se gonfle et qui se dégonfle suivant les nécessités de l’heure

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    Devant l’apathie de la gauche en général, et particulièrement de cette gauche qui prétend à gouverner, de plus en plus pensent que le capitalisme n’est pas réformable et que cela doit nécessairement amener une révolution. C’ets le point de vue de Hazan et Kamo. Si on ne connait pas Kamo, Eric Hazan est connu, à la fois comme éditeur, mais aussi comme écrivain. Ila publié des livres sous son nom sur le pouvoir des médias, ou encore un ouvrage fort intéressant sur Paris, L’invention de Paris, publié au Seuil en 2002.

    Sans trop s’attarder sur l’analyse des impasses dans lesquelles se trouve la société aujorud’hui, ils vont s’attaquer à la question de la révolution. C’est d’une révolution à la fois communiste et libertaire dont il s’agit ici.

      

    Du Global au local

     Ce n’est pas un ouvrage qui se veut d’une rigueur parfaite, mais plutôt qui vise à susciter la discussion et à ouvrir le débat sur des alternatives. Les propositions intègrent deux avancées par rapport à ce qui se disait en Mai 68. D’abord l’idée d’une vie sociale et politique démocratique au sens propre du terme, donc une forme de révolution qui se ferait par le bas, sans chef et sans Etat. C’est à mon sens une revendication très moderne et que beaucoup ont commencé à intégrer. Ensuite, mais c’est le corrolaire de la première proposition, le développement d’une vie économique et sociale à l’échelle locale, une échelle où la production est maîtrisée en fonction des besoins réels de la société, et non pas à partir de l’offre et de la nécessité de renouveler incessamment les objets livrés à la consommation en vue d’accumuler de nouveaux profits.

    Je suis globalmeent d’accord avec ses deux pistes de réflexion, et je pense aussi que le capitalisme d’aujourd’hui est porteur de telles contradictions que celles-ci ne pourront se résoudre que dans la guerre, civile ou pas. Je suis également d’accord avec la critique qu’ils font des malheureuses propositions en ce qui concerne le revenu universel ou inconditionnel, propositions que j’ai également critiqué parce qu’elles ne s’attaquent pas à ce qui est fondamental : la propriété des moyens de production.

    Sans préciser les détails – ce qu’on ne saurait leur reprocher – leur modèle est celui des conseils ouvriers, tels qu’ils ont été compris par l’Internationale Situationniste par exemple.

    Ouvrir le débat sur ces questions est tout à fait bienvenu. En effet cela fait des années qu’un grand nombre d’entre nous plient, culpabilisent sous l’effet de la propagande libérale et n’osent plus parler ni de réforme, ni de communisme et encore moins de révolution.

    Hazan et Kamo assument également la rupture avec le courant gauchiste d’inspiration trotskiste : le modèle centralisateur du parti révolutionnaire, autoritaire, semble cette fois complètement dépassé.

     

    L’Etat et la révolution

     

    Si je suis en gros d’accord avec cette démarche, je me démarquerais d’une certaine naïveté. En effet, ils ne précisent pas le cadre institutionnel vers lequel ils pensent que la société évoluera. Ils supposent que dans un même mouvement le capitalisme et l’Etat vont disparaître. Ils considèrent donc que l’Etat est le symétrique du marché,, il est au service du capital. C’était d’ailleurs une des idées de Marx, reprise par l’ultra-gauche et par Paul Mattick. Marx appuyait cette idée sur une critque de G. W. F. Hegel[1]. A mon sens sur ce plan là, Marx est dans l’erreur. Il considère que l’Etat est corrompu – et sur ce point les exemples sont nombreux surtout aujourd’hui – et n’anticipe pas le fait que passer déjà d’une économie de marché à une économie mixte est une révolution qui change le système de nature. Considèrer le keynésianisme seulement comme une manière de ravauder le capitalisme ne tient pas compte de ce que cette forme particulière de société a pu amener de positif en amtière de correction des inégalités ou de protection sociale. En même temps cette approche ne tient pas compte de ce qu’est la nation et pourquoi celle-ci conserve son attractivité sur les citoyens en ce qu’elle soude et forme la collectivité.

    Dès lors se pose la question de savoir s’il est plus pertinent que les citoyens se réapproprient l’Etat ou au contraire s’ils doivent le détruire en même temps que la propriété privée. Bien entendu, la critique d’un Etat autoritaire et centralisateur n’est plus à faire. Mais vu l’état de droitisation des discours politiques, il faut adapter à mon sens l’action politique aux possibilités du moment. Ce n’est pas de la realpolitik, mais plutôt une bonne manière d’avancer.

    L’Etat édicte un certain nombre de lois. Et aujourd’hui il me semble que la priorité est plutôt à rendre la France autonome dans sa production et sa consommation. La loi c’est ce qui nous y autorise. Par exemple aujour’hui on s’offusque des avancées négociées par la Commission européenne en ce qui concerne les accords transatlantiques, accords des plus obscurs, négociés en secret, sans même que les Etats nationaux aient leur mot à dire sur cette question, qui visent à soumettre les Etats nationaux à la logique du marché et donc à l’emprise des firmes multinationales[2]. Qui peut s’opposer à ce type d’accords ravageurs en dehors des Etats nationaux ?

    De même l’Etat peut légiférer sur le périmètre de la propriété privée, sur la redistribution des richesses, comme sur la protection de la santé publique, des consommateurs et de l’environnement. Et cette action de l’Etat peut être également indépendante des décisions des autres nations : elle peut donner l’exemple d’un possible futur. Il apparaît en effet illusoire d’attendre que le changement vienne d’un soulèvement général à l’échelle de la planète ou d’un continent.

     

    La question du travail

     

    Le texte d’Hazan et Kamo butte aussi à mon sens sur la question du travail. Ils critiquent le concept même, un peu à la manière des ituationnistes. Mais étant donné qu’il faut bien produire et consommer pour se maintenir en vie, il semble illusoire de se désintéresser de cette question. Ils font seulement confiance à la bonne volonté d’une créativité libérére justement par la révolution. Ils citent d’ailleurs des exemples où le mouvement révolutionnaire a engendré de nouvelles formes d’organisation coopérative : en bons libertaires, ils se réfèrent à l’Espagne de 1936, aux Conseils ouvriers de l’entre-deux-guerres qu’on a vu apparaître dans un certain nombre de pays d’Europe centrale. Mais toutes ces tentatives n’ont pas duré et se sont ttrès mal terminées. Certes la répression policière y était pour beaucoup, mais il ne semble tout de même pas que ce système ait donné des résultats probants. Entendons nous bien, je considère que ces tentatives étaient plus qu’intéressantes, et je suis tout à fait en accord avec cette idée selon laquelle les travailleurs doivent récupérer leur autonomie. Mais je me pose seulement la question du cadre institutionnel dans lequel elle s’opère. Nous sommes bien obligé de partir du fait qu’aujourd’hui le travail véritable de production de la richesse est réalisé par un très petit nombre de travailleurs – dans l’agriculture et dans l’industrie – et une grande partie de ces travailleurs se trouvent à l’extérieur de nos frontières. Si on veut retrouver une autonomie véritable et contrôler ce qui se produit et se consomme, il serait bon d’abord de récupérer la production des biens nécessaires à la vie : l’agriculture et l’industrie.

    On peut agir dans deux sens : d’une part en contrôlant les importations, et d’autre part en diminuant le temps de travail. En effet, aucune crise de surproduction ne s’est jamais résolue sans une baisse drastique des durées travaillées. Il me semble que cette voie là est possible et évitera le principe d’un revenu universel sans condition qui ne favorise ni l’autonomie réelle, ni la mise en œuvre d’un projet collectif.



    [1] Critique de la philosophie politique de Hegel, in, Œuvres, Philosophie, Gallimard, La pléiade, 1982.

     [2] Voir par exemple sur ce thème  Lori M. Wallach, Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens, Le monde diplomatique, novembre 2013.  http://www.monde-diplomatique.fr/2013/11/WALLACH/49803

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    Certes il est très difficile de faire confiance aux politiciens issus du Parti Socialiste. Et c’est sans doute pour ça qu’Hollande a été élu avec si peu d’avance sur Sarkozy qui était pourtant complètement déconsidéré. Il est vrai aussi que les premières réformes qu’il a avancées avec son premier ministre allaient toutes dans le sens des intérêts d’un capitalisme sauvage et sans vergogne. La réformette du secteur bancaire montrait déjà à quel point il prenait ses ordres auprès des banquiers. L’idée d’une TVA sociale qu’il avait critiqué et qu’il a reprise sans sourciller au même Sarkozy était déjà assez honteuse, pas montrable même. Je passe sur la réforme des retraites qui s’aligne très exactement sur l’idée que la retraite ne sera un jour plus versée. L’ubuesque présentation du retournement de la courbe du chômage avait déjà pas mal fait de dégâts. Mais aucun homme de gauche, même les pires issus du PS n’ont jamais été aussi loin dans le reniement.

     Le consensus de l’élite

     Aujourd’hui voilà que le président emprunte point par point le programme de l’UMP qui lui-même provient en droite ligne des think tanks reaganiens. Le plus étrange dans tout cela est que ce virage intervient justement au moment où la plupart des économistes considèrent que l’économie de l’offre n’est pas la solution adaptée à nos problèmes. En effet, ce que propose Hollande est de laisser la bride sur le cou aux marchés, comme si ceux-ci faisaient preuve de sagesse et aboutissaient dans leur fonctionnement à « l’allocation optimale des ressources ». Or c’est justement ce modèle criminel qui a fait la preuve de sa nocivité depuis trente ans que nous propose aujourd’hui le président Hollande. Je ferais remarquer qu’avant que le FN opère son tournant anti-européen, cette politique était très exactement celle que voulait Jean-Marie Le Pen lors de sa campagne électorale en 2002. Hollande marche sur les traces de Jean-Marie Le Pen, mais il a dix ans de retard ! Et c’est lui qui est maintenant bien plus à droite que le FN, en tout, y compris dans le traitement des Roms.

    Il doit être très mal entouré parce que sinon il se rendrait compte au contraire que c’est la déréglementation des marchés financiers, la décomposition du marché du travail qui ont amené la crise de 2008 et la formidable montée des inégalités de revenus, de la pauvreté et de l’abaissement des salaires.

     Théorie de l’offre

     C’est le programme de la droite qui suppose – depuis le XIXème siècle – que l’abaissement des coûts de production, la réduction des dépenses de l’Etat, amènent au bout du compte la croissance et l’emploi. Or lorsqu’il y a du chômage et des faillites en chaîne, ce n’est pas l’offre qui apparaît insuffisante, mais bien la demande. En outre si nous regardons l’évolution du capitalisme depuis le XVIIIème siècle, il n’y a jamais eu de croissance sans accroissement des dépenses de l’Etat. La raison est assez simple, c’est que celles-ci augmentent la productivité globale des facteurs et permettent une redistribution des fruits de la croissance vers les plus pauvres. De plus il n’y a pas d’exemple dans l’histoire où la sortie de crise ne se soit accompagnée d’une relance de la demande.

    Entendre un homme soi-disant de gauche parler d’un « socialisme de l’offre » est plutôt grotesque dans ce contexte. D’autant que relancer l’économie de l’offre cela signifie aussi qu’on croie dur comme fer au théorème de Schmidt selon lequel « les profits d’aujourd’hui, font les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». Thomas Piketty – pourtant membre du même parti que le président – a démontré dans son dernier ouvrage[1] que ce théorème était faux, chiffres à l’appui. En suivant l’histoire des crises, on pourrait dire au contraire que « les superprofits d’aujourd’hui font les spéculations de demain et le chômage d’après-demain ». Ça au moins on sait que c’est vérifié. Et donc bien sûr pour les économistes de l’offre qui abomine tout ce qui touche aux profits (les impôts, les hausses de salaire, etc.) il n’est pas question de lutter contre les inégalités. Or c’est justement le rôle historique de la gauche de lutter contre les inégalités de revenus, de protéger les plus faibles sur le marché du travail ou face aux difficultés de la vie.

    Cette théorie de l’offre était complétement discréditée à la sortie de la crise des années trente, et les économistes keynésiens se moquaient volontiers des vieilles lunes de la pensée libérale représentée par Hayeck ou Friedman. On les trouvait plutôt stupides et malveillantes. Et pourtant aujourd’hui leur victoire parait totale : leurs idées qui sont pourtant celles du XIXème siècle, au mieux Smith au pire Bastiat, ont triomphé auprès des « élites », même dans la tête des politiciens soi-disant de gauche. Et cela malgré la crise de 2008 qui a montré en clair les lacunes d’un tel système.

     La politique de Hollande : un reaganisme tardif

     A quoi se résume-t-elle aujourd’hui ? D’une part sur un alignement sans condition sur les thèses européistes allemandes, et d’autre part à l’application du catéchisme orthodoxe. Donc si on résume, on a d’un côté la défense de l’euro comme finalité, et de l’autre le démantèlement de la protection sociale, la baisse des salaires et le chômage. C’est la mise en place d’une politique économique et sociale bien plus à droite encore que celle de Sarkozy. Comment cela est-il possible connaissant le discrédit que l’ancien président avait engendré ?

    D’abord parce qu’il n’y a pas de force politique conséquente à gauche et que les syndicats sont dans une position d’extrême faiblesse. Evidemment le plus cruel est le silence des membres du PS qui disaient incarner l’aile gauche. Mais c’est aussi parce que la plupart des partis de gauche n’ont pas compris que le reniement de toute politique de gauche, même timidement de gauche, est la conséquence de l’inscription de la pratique politique dans le cadre de l’Union européenne, comme s’il n’était pas possible de s’en débarrasser. Il faut voir comment Angela Merkel s’est réjoui bruyamment du retournement idéologique de Hollande. Par exemple, alors que tout le monde souffre de l’euro, beaucoup croit que ce serait très difficile de revenir à une monnaie nationale, et que le coût en serait exorbitant. Mais si la mise en place de  l’euro s’est faite finalement très facilement, on ne voit pas pourquoi revenir au franc serait plus compliqué. On remarque d’ailleurs que lorsque le Parti communiste a abandonné sa lutte contre l’Europe – qu’il qualifiait avant Maastricht d’Europe des banquiers – cela a précipité sa chute, et maintenant sans qu’on comprenne pourquoi il entonne la trompette de l’Europe sociale, alors que chacun connaît très précisément l’impossibilité de réviser les traités dans un sens social. Le PCF préfère négocier des postes dans les municipalités de « gauche » plutôt que de développer un programme cohérent, alternatif à la logique reagano-hollandaise. Les syndicats sous perfusion ne disent plus rien. La CFDT est maintenant le relais du MEDEF, la CGT et FO n’arrivent pas à dépasser le niveau des revendications catégorielles. Ils sont totalement discrédités eux aussi.

    Tout se passe comme si les politiciens de gauche avait adopté le critère de l’Ecole de Chicago : la meilleure politique est encore celle qui est dictée par le marché. C’est une autre manière de laisser croire que le marché – entité invisible flottant comme un spectre, une sorte de Dieu furieux au-dessus de nos têtes – donnait finalement les meilleures solutions.

     Hollande et son public

     Le monde qui devient jour après jour le journal le plus à droite de la presse quotidienne, signalait dans ses éditions du 18 janvier 2014, que les ¾ des Français aimeraient bien une alliance PS UMP, puisque leur programme est le même. Mais en regardant de plus près les sondages consécutifs à la conférence du président, on se rend compte que le quotidien de référence s’arrange avec la réalité. En fait les ¾ des Français sont sceptiques sur le programme présenté par Hollande.  Si ce dernier a fait la quasi-unanimité chez les commentateurs, son discours de guerre au pauvres et d’allégeance à la finance n’a pas convaincu les Français, c’est le moins qu’on puisse dire. Certes il a privé l’opposition de ses critiques idiotes, mais ce faisant, il a démontré toute l’étendue de son incompétence puisqu’il n’a pas su imaginé une politique différente de celle de son prédécesseur.

    Il est probable que le PS ne sera pas sanctionné lourdement aux élections municipales. Parce que ce type de scrutin est assez inerte. Mais le retour du bâton viendra dès les élections européennes. Non seulement on pressent déjà que l’abstention atteindra des records -  qui peut rêver encore de l’Union européenne – mais qu’en outre le FN va faire sa première percée significative, et cela malgré ses histoires de concubinage honteux avec le pauvre Dieudonné.

    Mais bien sûr tout cela est assez dérisoire, et il serait mieux que se lève un mouvement social fort et puissant qui remette les pendules à l’heure. Amusant pour l’instant le tapis avec ses coucheries dignes d’un roman de Georges Ohnet, Hollande va retrouver très vite une opinion hostile, mais il est probable qu’après les municipales, la gauche de son parti va être obligée de se démarquer de cet ultra-libéralisme débridé assumé.



    [1] Le capital au XXIème siècle, Le seuil, 2013.

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    C’est le genre d’ouvrage qu’on n’étudie pas dans les facultés d’économie et qui n’a pas droit de citer dans la gauche radicale ou non. Le titre lui-même a un côté un peu racoleur. Ecrit par deux journalistes du Point, c’est pourtant un ouvrage qui en dit plus long que cent analyses théoriques sur le capitalisme. C’est construit comme un ensemble d’anecdotes, plus ou moins arrangées par thème, rien que des faits à l’état brut. Mais bien entendu, même s’ils ne le disent, c’est un réquisitoire accablant contre cette classe arrogante et prédatrice. Il est d’ailleurs étonnant que ces deux journalistes travaillent pour Le point qui par ailleurs est un journal qui défend justement cette « caste cannibale » et son crédo libéral. Mais ça ne fait rien, l’important est le contenu de l’ouvrage. Or celui-ci renseigne mieux que cinquante mille traités sur le capitalisme au XXIème siècle, à l’ère de la mondialisation et de l’Union européenne. C’est donc toute une collection de turpitudes de la « caste cannibale », cette couche que d’autres appellent l’oligarchie, cette petite partie de la population qui possède l’argent, l’entregent et peu de conscience sociale, capable de passer à droite ou à gauche selon leurs intérêts.

      

    Cet ouvrage nous en dit long sur la généralisation d’une mentalité particulière engendrée par le capitalisme sans risque pour les dirigeants. Que tel ou tel ait ruiné son entreprise – et les exemples sont nombreux – c’est égal, il aura droit à une retraite chapeau, des bonus, des salaires en augmentation, alors que par ailleurs cette canaille nous rappelle tous les jours que la retraite c’est trop cher, qu’il faut allonger la durée des cotisations, voir la supprimer purement et simplement. Les deux journalistes détaillent par exemple la trajectoire édifiante de l’incompétent Serge Tchuruk dont les idées biscornues pour ne pas dire plus d’une entreprise sans usine ont ruiné Alcatel et donc contribué à désindustrialisé la France, mais cela ne l’a pas empêché de toucher une retraite des plus confortables.

    Si cela se peut c’est forcément avec la complicité de la haute administration. Le concubinage éhonté entre les grands corps d’Etat censé former des fonctionnaires intègres et le monde de l’entreprise – de plus en plus l’entreprise financière d’ailleurs – amène forcément à la corruption aussi bien intellectuelle que pécuniaire. En France, comme ailleurs aux Etats-Unis, en Angleterre, la mondialisation a affaibli l’Etat. Et dans ce sauve qui peut général, le secteur privé a vu là une opportunité pour continuer à engranger de l’argent quasiment sans rien faire. Car en effet ce capitalsime sans risque a beaucoup d’imagination pour inventer des instruments de torture à l’usage du peuple : par exemple, le partenariat public-privé, une escroquerie à grande échelle, développée sous Sarkozy, mais maintenu en l’Etat par son successeur. De quoi s’agit-il ? L’idée idiote qui est à la base de ce partenariat public-privé est que le privé est bien plus compétent pour gérer correctement l’argent des contribuables : il serait plus attentif au rendement et gaspillerait moins. L’ouvrage de Coignard et Gubert démontre, chiffres à la clé, que c’est faux et que le partenariat public-privé est un surcoût de plusieurs milliards d’euros par an à l’administration. Un des plus bel exemple de cette canaillerie est l’Ecotaxe, avec un contrat signé par le gouvernement Fillon sous la direction de NKM : non seulement si le gouvernement Ayrault voulait aujourd’hui s’en désengager cela coûterait à l’Etat des sommes folles, mais en outre les prélèvements opérés par la firme qui conduit le projet sont de 20%. C’est plus que léonin, c’est monstrueux. C’est du pillage. Evidemment pour qu’on mette en place un tel système il faut des complicités au sein même de l’Etat et de la fonction publique. Et d’une manière ou d’une autre cette complicité est rémunérée, soit par des comptes en Suisse ou ailleurs, soit par l’octroi d’un poste à un haut fonctionnaire lorsque celui-ci s’en va pantoufler dans le secteur privé. Ces aller-retours sont nombreux et sont d’ailleurs responsables de la hausse des salaires à la tête des entreprises comme EDF par exemple.

     

    Que déduire de tout cela ?

    1. d’abord que le modèle de « la concurrence libre et non faussée » chère à Bruxelles n’existe pas pour les grands manitous de la finance et de l’industrie. Ce sont des marchés truqués, des ententes, des manœuvres en coulisses pour obtenir des contrats juteux, etc.

    2. que les managers à l’ère de la mondialisation sont la plupart du temps incompétents, n’anticipent rien, mais vise des rendements élevés destinés à satisfaire leur cupidité.

    3. que le capitalisme moderne n’est plus un capitalisme industriel qui crée et produit de la valeur d’usage, mais un capitalisme prédateur et financier qui pille l’Etat, qui a fait de l’Etat sa chose. Ce qui n’empêche pas ces cupides capitalistes de se plaindre tous les jours que l’Etat entrave la liberté d’entreprendre.

     

    Ils sont donc réduit l’Etat à l’impuissance en en faisant leur chose. Comment dans ces conditions s’étonner qu’Hollande fasse la même politique que son prédécesseur ? Il a les même conseillers – par ailleurs des gens qui n’ont jamais rien réussi dans leur vie – les mêmes amis, il est très proches de ceratins grands patrons qui ont réalisé des fortunes de manière plus ou moins douteuse. Mais cette manière de mener la politique économique de la France est ruineuse. L’application sans retenue du crédo libéral – Hollande est arrivé à amener le PS sur le terreau théorique de Ronald Reagan – depuis une bonne trentaine d’années a fait la preuve de son inefficacité. C’est juste ce moment que choisi Hollande pour faire son « coming out ».

     

    Comment tout cela peut-il finir ? Mal assurément. Les hauts fonctionnaires ont tellement intégré le crédo de la cupidité qu’on voit mal comment ils vont pouvoir revenir à une vie décente pleine de retenu et un peu austère. Ils sont drogués aux passe-droits et à l’argent facile. Or on voit bien qu’on ne sortira de cette ornière que si le peuple se réapproprie l’Etat d’une manière ou d’une autre. Mais comme on voit pas comment cela serait possible par la voie des urnes, il semble bien qu’on doive se préparer à une révolution sociale inédite.

     

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    La relecture de l’ouvrage de Philippe Gottraux n’est pas inutile dans la mesure où elle permet de faire le point sur l’engagement politique d’une génération. Socialisme ou Barbarie était un groupe de militants révolutionnaires, communistes, en dissidence avec les organsitions de masse comme le PCF ou son syndicat la CGT. Sous l’impulsion de Cornelius Castoriadis, de Claude Lefort et de quelques autres, ce petit noyau d’individus avait pour ambition de faire de la poltique en partant de la critique de l’URSS comme une forme de capitalsime d’Etat.

    Dès la fin des années 40, Socialisme ou Barbarie va se battre sur deux fronts : d’une part le système économique et social bourgeois, et d’autre part le stalinisme. Ce ne fut pas le seul groupe de ce type. Et d’ailleurs Socialisme ou Barbarie à travers ses nombreuses siscions donnera lui-même naissance à toute une myriade de petits groupes comme Pouvoir Ouvrier, ICO, et même pour partie l’Internationale situationniste.

    Ce groupe, très marginal, restera en vie une vingtaine d’années. Son importance n’est pas due au nombre de ses militants, dans les meilleures années ils étaient environ 80, mais surtout à la production théorique. Bien qu’ils se réclament de Marx et d’une révolution prolétarienne, ils vont cependant évoluer, sous l’impulsion de Castoriadis le plus souvent, vers une analyse de la société au sens le plus large du terme. Et comme ils se situent dans une période où l’amélioration du niveau de vie est évidente, ils vont s’orienter de plus en plus vers une analyse du capitalisme comme un système d’aliénation à la marchandise. On voit que c’est le chainon manquant entre le marxisme traditionnel, et des penseurs comme Guy Debord ou Jean Baudrillard par exemple.

    Ils critiqueront de ce fait l’économie mixte, à la Keynes, et ne verront dans cette forme évoluée du capitalisme qu’un arrangement provisoire. Ce qui les amènera à renvoyer dos à dos l’Etat et le marché. Evidemment ils supposent à cette époque que la gestion étatisée du capitalsime permet d’éviter les crises récurrentes antérieures. L’histoire allait se charger dans les années quatre-vingts de démentir cette vision des choses.

    Le premier enseignement de cette trajectoire est que la production théorique est toujours à courte vue, tributaire des conditions présentes. En effet, qui après le mouvement de Mai 68 pouvait penser que le capitalisme allait entamer une nouvelle mutation qui ressemble à un retour au capitalisme sauvage.

    Cette vision d’une adaptation presque naturelle du capitalisme à une forme plus policée de l’exploitation du prolétariat allait les amener à penser la révolution avec de nouveaux acteurs. Ils supposaient que les étudiants, les cadres, toute cette nouvelle « couche » sociale allait devenir le fer de lance d’un nouveau mouvement de contestation visant à renverser le système capitaliste.

    Il est à noter que cette manière de voir provenait aussi de l’impossibilité pour eux d’avoir un ancrage fort dans le prolétariat. Peu d’ouvriers d’industrie se sont retrouvés dans cette mouvance.

      

    Cornelius Castoriadis

    Le second enseignement à retenir est qu’un groupe de militants révolutionnaires marginalisé à la fois dans le système économique et par rapport aux mouvements des masses, n’a finalement plus guère le choix que de se transformer en « philosophes », en un regroupement d’intellectuels qui n’existe que par les articles, les revues, les conférences et qui n’a pas de prise sur le réel. C’est un trait commun de tous ces groupes que de raffiner la théorie à l’infini, ce qui permet à la fois de développer des polémiques avec les autres groupes concurrents, mais aussi de trouver dans cette activité une justification. C’est comme si on se préparait pendant des décennies à affronter le réel : mais l’histoire n’attend pas, et de fait les théories produites finissent toujours par se révélés dépéassées.

     

    Jean-François Lyotard

     La troisième leçon de cette expérience, c’est que ces petits groupes de révolutionnaires, très nombreux dans les années cinquante et soixante, et encore plus dans les années qui ont suivies Mai 68, n’existaient que parce que le PCF et la CGT étaient forts et puissants. Même si Socialisme ou barbarie dénonçait avec une grande virulence ces deux oirganisations de masse bureaucratisées, dès lors qu’elles furent en perte de vitesse, les groupes révolutionnaires censés les concurrencer allaient disparaitre aussi. Un peu comme si l’un ne pouvait exister sans l’autre. Mais plus encore, alors que tous ces groupes visaient à s’inscrire dans un mouvement de masse « non bureaucratique », favorisant l’autonomie ouvrière par rapport aux structures hiérarchisées et bureaucratisées, ils n’ont pas su inscrire leur activité dans le long terme et dans une dissolution des formes  capitalistes avancées. A part la parenthèse de Mai 68, rien n’a pu justifier la théorie et l’action de ces petits groupes. C’est-à-dire qu’ils n’ont existés que  comme les témoins de la dissolution d’une expérience ambigüe des mouvements de masse. Tant que le PCF et la CGT existaient – avec leurs travers d’organisations bureaucratiques – le mouvement ouvrier pesait fortement sur les orientations sociales et économiques. Malheureusement ces organisations non seulement défendaient un projet « totalitaire », mais en outre se trovuaient dans l’impossibilité d’évoluer parce qu’elles étaient totu simplement inféodées à Moscou. Ces deux raisons expliquent leur déclin et leur disparition.

    Si l’action des communistes pendant la Résistance leur avait permis de se retrouver très nombreux et hégémoniques à gauche à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, la répression des mouvements ouvriers à l’Est, que ce soit en Pologne, en RDA ou en Hongrie, avait commencé à miner la confiance qu’on pouvait avoir dans le PCF et dans la CGT. Et cela d’autant que très souvent les grèves spontanées, comme en 1947 ou en 1953, venaient contrarié les plans finalement réformistes de ces organisations. Bien sûr Mai 68 allaient les achever : non seulement les communistes s’opposèrent pendant un moment ou mouvement de masse qui s’était développé dans tout le pays, mais l’entrée des chars soviétiques à Prague rendait le soutien à la Russie de plus en plus ridicule et impossible.

    Que reste-t-il de Socialisme ou barbarie ? Les fortes têtes de ce groupuscule, Castoriadis, Lefort, Lyotard, se sont retrouvés à enseigner à l’Université. Ils ont produit des livres, des articles, de plus en plus déconectés de l’idée de lutte des classes. Comme il est difficile de continuer à se battre contre le capitalisme quand on n’a guère de résultats concrets ! Et puis, leurs analyses ont eu des retombées très réelles sur un ensemble de groupuscules, à commencer par l’Internationale situationniste. Car c’est à l’évidence le passage de Guy Debord à Socialisme ou barbarie qui va justifier le virage « politique » de l’organisation, et bien sûr l’éviction des « artistes ».

    Le livre de Gottraux est très documenté, il a eu accès à des tas de notes et de PV de l’organisation, il a réalisé de très nombreuses interviews, tout cela rendant son ouvrage incontournable. Il souffre cependant d’un certain nombre d’imprécisions parfois un peu génante, et aussi de s’être laissé aller au jargon bourdieusien.

    Personnellement, ce que je retiens de cette expérience de groupes autonomes et révolutionnaires c’est aussi le dogmatisme et la passion pour la querelle stérile qui les a tous conduits à coup sûr à la dissolution. Je crois que si dans les années à venir nous allons avoir besoin de nous regrouper, de nous organiser pour faire pièce aux attaques incessantes du capital, il semble que cela ne pourra pas se faire ni sur le modèle des grands partis de masse – les partis dits de gouvernement sont aujourd’hui désertés – ni sur celui des petits groupes de théoriciens bien trop sectaires pour avoir une efficacité quelconque.

    Un autre point important est le rapport difficile entre la théorie et la pratique . Comme beaucoup de petits groupes, Socialisme ou Barbarie se propose de mêler à la fois la réflexion théorique et la pratique militante. C’est un échec complet parce que si le travail théorique fut fait, cela pris tellement de temps et d’énergie que l’insertion militante fut finalement assez négligeable. On retrouve la même erreur stratégique dans la pratique de l’Internationale situationniste et de Guy Debord. Si Mai 68 sembla vérifier les thèses de ces deux groupes sur l’émergence d’un mouvement social non bureaucratique et finaolement assez large, ce fut une victoire en trompe l’œil. D’ailleurs la valorisation des écrits de ces deux groupes – et plus particulièrement de Castoriadis et Debord – n’a été réalisée que ex post, quand cela ne servait plus à rien. 

     

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