• 2014 l’année terrible, la prise de pouvoir de Pierre Gattaz, la fin programmée du PS

    S’il restait encore quelques illusions sur le PS et sur François Hollande au début de l’année 2014, il n’en reste plus une seule aujourd’hui. Le PS n’est ni un parti, ni socialiste. C’est un ensemble hétéroclite qui n’a ni tactique, ni stratégie. Aujourd’hui cet appareil est dominé par une sorte de bureaucratie qui s’est mise toute honte bue au service du MEDEF. Sans aucune imagination, le gouvernement ne fait qu’appliquer les consignes du MEDEF et de la Commission européenne, après tout ce sont les mêmes, avec des résultats médiocres dans tous les domaines.

     

    Ne pas taxer les patrons et les actionnaires

     

    La dernière fantaisie du gouvernement a été de renoncer à taxer des versements de dividendes, à leur faire porter des cotisations sociales. Pourquoi cet amendant ? Essentiellement parce ce que certains patrons utilisent ces dividendes comme une manière de se rémunérer, et donc s’apparentent à des salaires. Comme le souligne le journal Le monde dans son édition du 30 octobre, il a suffi que le MEDEF hausse les sourcils, Gattaz rappelant qu’une telle taxation nuirait à la dynamique économique, pénalisant les malheureux entrepreneurs qui créent la richesse, pour que le gouvernement retire son amendement, arguant que celui-ci avait été mal préparé et manquait de lisibilité. Cet amendement devait rapporter quelques 65 millions d’euros par année. Il était dans un premier temps défendu par Christian Eckert, secrétaire d’Etat au budget, sur les conseils des personnels de Bercy. Il visait essentiellement à lutter contre l’optimisation fiscale qui est une pratique en augmentation. Le monde souligne que le MEDEF est intervenu directement auprès de Macron, le sinistre ministre de l’économie, et que c’est lui qui aurait fait finalement retirer cet amendement.

     

    Les fantaisies de Pierre Gattaz

     

    A l’heure actuelle – disons depuis 2012 – Pierre Gattaz obtient exactement ce qu’il veut du gouvernement. Ce n’est pas quelque chose qui se trouve dans l’ombre. On a vu Manuel Valls cet été courir cirer les pompes de Gattaz au motif qu’il aime l’entreprise. En fait ce n’est pas l’entreprise qu’il aime, mais les patrons. Il ne lui vient pas à l’idée, probablement parce qu’il n’a jamais travaillé à autre chose qu’à s’élever dans la hiérarchie du PS, que la richesse n’est pas créée par les patrons, mais par les travailleurs, ceux qui dépensent ou usent leur force de travail.

    Mais la famille Gattaz est bien en cours. On oublie trop souvent que Pierre Gattaz qui aime à flatter le courage et l’esprit aventureux des entrepreneurs est d’abord un héritier, un fils de famille. Son père est Yvon Gattaz, ancien président du CNPF. Pierre Gattaz a hérité à la fois de l’entreprise créée par son père, du principal syndicat du patronat français, mais aussi de ses idées moisies, ces idées qui plaisent tant à l’imbécile Macron. En effet Yvon Gattaz militait en son temps pour une plus grande flexibilité du marché du travail, pour la création d’un allègement des charges sociales. Il suggérait de créer des ENCA (emplois nouveaux à contraintes allégées) qui en 1975 aboutirent à la suppression administrative de licencier.

    C’est ce même Yvon Gattaz qu’Hollande décorait en avril 2013 de la Grand-Croix de la légion d’honneur. Ce qui avait fait un peu tiquer le journal Le monde. Mais depuis Hollande nous a habitués à aller toujours plus loin dans le genre social-traitre. Et en effet quitte à être social-traitre, autant l’être jusqu’au bout. Ce qui est choquant dans ces histoires, c’est que Hollande et Valls aiment pleurer la mort de Margerie le PDG sulfureux de Total, aiment se commettre avec le patronat, mais ils aiment moins aller serrer la main des ouvriers, ou pleurer sur ceux qui peuvent décéder dans un accident du travail. C’est ce qu’on pourrait appeler un réflexe de classe.

    Quoiqu’il en soit, le réactionnaire Pierre Gattaz ayant obtenu tout ce qu’il avait demandé ou presque, veut pousser son avantage un peu plus loin. C’est effectivement une bonne tactique. Il passe à la télévision, la ramène à la radio, déverse des tombereaux de provocations. Ces recettes  qu’il publie cette semaine dans une sorte de livre sans forme et sans saveur, qui sans doute n’a pas été écrit par lui, appartiennent au tout courant de la vulgate libérale, version XIXème siècle. Dans son dernier ouvrage il y a deux idées centrales. La première est que défendre l’entreprise ce n’est ni une idée de droite, ni une idée de gauche : tous les hommes politiques doivent être à son service. La seconde est que la trop faible flexibilité du marché du travail empêche la croissance et l’embauche.

    Les deux idées sont évidemment fausse : construire le discours politique sur la défense des entreprises, c’est admettre que les contours de la propriété privée sont intangibles et peu contestables, voir que la propriété privée est un facteur de croissance et d’emploi. Or le point fondamental est que la propriété privée grossit, le capital s’accumule si on veut. Mais cette accumulation provient de la mise en œuvre de deux facteurs de production, le capital et le travail. Or elle ne profite qu’à ceux qui possèdent le capital. C’est bien pour ça que les vieux socialistes disaient « la propriété c’est le vol ».  Pierre Gattaz en est lui-même l’exemple parce qu’il n’a jamais travaillé et que tous les jours qui passent voient sa fortune s’arrondir un peu plus.

    Sa deuxième idée est de flexibiliser encore un peu plus le marché du travail. L’idée serait d’en finir avec le CDI de façon à ce que le patronat soit libéré de la contrainte de justifier ses licenciements. A cet égard Gattaz préconise que la France, pour se vautrer encore un peu plus dans le libéralisme fou, sorte de la convention de l’OIT qu’elle a signé en 1982. L’OIT est l’Organisation Internationale du Travail, elle dépend de l’ONU, et sa mission est, entre autres choses, d’accroître la démocratie dans l’entreprise. La démocratie dans l’entreprise, c’est le dialogue social, ce qui veut dire qu’on considère qu’une entreprise appartient aussi un peu aux travailleurs qui usent leur vie à la faire tourner. Evidemment reconnaître des droits étendus pour les syndicats c’est contester aussi bien la primauté de la propriété des moyens de production que la rigidité des hiérarchies dans l’entreprise. Or c’est évidemment sur ce point que le développement économique et social s’était fondé après 1945 : une sorte de partage tacite de la valeur destiné à stabiliser les relations sociales dans l’ensemble de la société en limitant les extravagances des inégalités de revenus.

    L’autre idée que développe Pierre Gattaz est que l’Etat doit être au service de l’entreprise, ce qui ne veut pas dire seulement que l’entreprise seule crée la valeur, mais aussi que l’Etat doit être gouverné en fonction des besoins des entreprises, celles-ci sont alors un ersatz de l’intérêt général.

    Il va de soi que toutes ces lubies du patronat n’ont jamais marché nulle part, même au XIXème siècle. Mais leur philosophie est une sorte de pédagogisme qui doit apprendre qui est le maître.

     

    Le PS et ses militants

     

    Evidemment ce concubinage affreux entre le PS et le MEDEF ne peut que troubler les militants et les sympathisants du PS qui restent de gauche même modérement. Les sondages récents montrent aujourd’hui que le pays souhaite massivement une dissolution de l’Assemblée nationale, même s’il est assez improbable que Hollande aille jusque-là, il semble qu’il ait plutôt choisi la mort lente que le suicide. A moins d’un miracle – mais lequel ? – Hollande ne pourra pas se représenter. Mais le pire est sans doute à venir. En effet, un parti peut connaître une défaite, voire plusieurs défaites successives, puis ensuite se refonder et après un passage dans l’opposition, revenir au pouvoir en se régénérant sur les déboires du parti au pouvoir. Il est en effet probable que si Alain Juppé devenait premier ministre de Hollande, il ne ferait finalement que la même politique.

    Le problème est plus grave que cela parce que le nombre de militants est en train de s’effondrer au PS. Un document récent montre que les rentrées de cotisations sur les six premiers mois sont inférieures de 60% à ce qui était attendu au début de l’année ! Tout se passe comme si les militants avaient maintenant intégré non seulement l’échec politique du PS, mais aussi sa désintégration.

    Les hiérarques du PS, cette deuxième gauche pourrie et corrompue, pensent qu’en adoptant le programme économique de l’UMP, voire en le droitisant un peu, ils couperont l’herbe sous les pieds à leurs adversaires et qu’ainsi ils apparaîtront modernes et réformateurs. Cette approche est fausse sur le plan stratégique et sur le plan tactique. Que ce soit en Angleterre ou en Allemagne, lorsque cette « social-démocratie » adopte le programme de la droite libérale (le fameux TINA de Margaret Thatcher), elle disparait durablement du paysage politique, le SPD allemand en adoptant la logique du marché comme supérieure à celle de la société est juste devenu un supplétif de la CDU comme l’était dans le temps le parti libéral. En effet, pour se distinguer de la droite, elle n’a plus que cette possibilité de se saisir des problèmes de société comme on dit, de la défense des droits de telle ou telle catégorie spécifique de la population. Or le petit peuple de la périphérie se moque complètement de ce genre de palinodie. Car le clivage essentiel pour ne pas dire principal se fait sur la question économique : à gauche c’est la défense d’une limitation de la propriété privée, et une plus juste répartition de la richesse, une diminution des inégalités, à droite c’est le laisser-faire en la matière, concrétisant la suprématie du chef d’entreprise.

    On a vu que Manuel Valls a pour projet de changer le nom du PS. Cette volonté se heurtera facilement à l’indifférence populaire. En effet Valls et son futur parti apparaîtront comme centristes et se dissoudront à la manière du MODEM de Bayrou. Si le PS a eu un succès électoral considérable entre 2007 et 2012, obtenant la maîtrise de toutes institutions, c’est avant tout parce qu’il adoptait un langage de gauche pour combattre les inégalités sociales et économiques. En abandonnant ce langage il disparaîtra presque sûrement du paysage politique. Valls sous-estime l’importance d’une gauche réelle dans la culture et l’histoire des Français.

     

    L’avenir de la gauche

     

    Alain Juppé faisait cette semaine le malin en disant que le quinquennat de François Hollande était un échec. Il disait vrai, mais il ne disait pas pourquoi. En effet c’est bien parce que Hollande a adopté la politique de l’UMP en se reniant définitivement que ce quinquennat est un échec, comme a été un échec le quinquennat de Sarkozy, et encore avant le second quinquennat de Chirac. Ce qui est en échec aujourd’hui, c’est la politique de l’offre et l’idée même de construire toute son économie sur l’idée de compétition. Il faut bien comprendre deux choses :

    - la première c’est que l’idée de compétition si chère à la droite et au darwinisme économique libéral est le corolaire de l’ouverture des frontières. Si on admet la nécessité de la mondialisation, on admet aussi celle de la compétitivité. Sinon on reste dans une vision protectionniste de la nation ;

    - la seconde est que la compétition entraine nécessairement une baisse des salaires français – cette baisse nécessaire est estimée de 30 à 40 % par Goldmann et Sachs, et une baisse tout aussi important du SMIC, puisque les professions les plus exposées à la concurrence internationale sont celles qui sont rémunérées autour du SMIC.

    La gauche a de l’avenir si elle recentre son combat sur le seul enjeu qui vaille la peine : limiter les écarts de revenus et limiter les prérogatives liées à la propriété privée. Mais pour cela il faut qu’elle abandonne deux tabous, le premier est cette confusion entre internationalisme et éradication des frontières, la gauche s’exprime d’autant mieux qu’elle le fait dans le cadre de la nation, le second est qu’elle cesse de cacher son inconsistance derrière des combats parcellaires comme la défense de telle ou telle catégorie particulière.

    Si la gauche a un avenir, c’est d’une part parce que la droite – y compris la droite molle façon François Hollande – a échoué, et que d’autre part l’effondrement sous-jacent du système capitaliste impose une réorientation en profondeur du système de la propriété des moyens de production. C’est en effet seulement en se fixant comme but de se réapproprier l’Etat et les moyens de production qu’on pourra redéfinit à la fois les besoins à satisfaire – indépendamment de leur profitabilité – et aussi les méthodes de travail.

     

    Liens

     

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/10/30/comment-le-gouvernement-a-cede-au-patronat-sur-la-taxation-des-dividendes_4515630_823448.html

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/10/30/le-ps-est-il-en-train-de-perdre-sa-base-militante_4515580_823448.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141030.OBS3747/55-des-francais-pour-une-dissolution-de-l-assemblee.html

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/10/30/le-ps-est-il-en-train-de-perdre-sa-base-militante_4515580_823448.html

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  • Commentaires

    1
    Nad
    Lundi 3 Novembre 2014 à 07:49
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    Vous ai laissé un commentaire sur Dominique Schnapper et sa « vérité » sur les chômeurs | 17 septembre 2014 Belle journée à vous nad
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