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    Les chiffres du chômage, contrairement à ce qu’avait espéré Hollande ne sont pas bons et ne marquent pas un renversement de tendance, c’est le moins qu’on puisse dire. Le chômage est un fléau qui nous pourrit la vie, aussi bien quand on est chômeur, évidemment, que quand on ne l’est pas, car avec un tel chômage de masse, rares sont les familles qui sont épargnées par ce phénomène. En outre bien sûr le chômage détruit l’ensemble des rapports sociaux été devient hélas rapidement une obsession.

     

    Si tout le monde a souligné que le pari d’Hollande d’un retournement de la courbe avait été perdu, il faut cependant analyser un peu plus profondément la situation. A l’évidence l’automne 2013 a marqué un ralentissement de la progression du chômage. Cela est tout simplement le résultat :

    - de la mise en place des sempiternels emplois aidés ;

    - mais aussi du fait que la croissance étant un peu plus soutenue en Europe, cela a forcément des effets sur l’emploi en France.

    La question qui se pose est : est-ce qu’on peut attendre que se ralentissement se transforme en inversion, autrement que par des artifices comptables ? La réponse est hélas non. D’abord parce que l’année 2014 va être certainement terrible, pour l’instant ce sont encore des plans de licenciements pour 250000 personnes qui sont attendus, ce qui est considérable. Et on ne voit pas comment on pourrait créer autant d’emplois, dans quels secteurs. Ensuite, mais c’est toujours la même chanson, on n’a jamais vu qu’une crise de la demande – c’est la situation qui prévaut depuis 2008 – puisse se régler par une relance de l’offre. Or les mesures annoncées au niveau de la fiscalité vont encore peser un peu plus sur le pouvoir d’achat des Français.

      

    La présidence de Hollande sera compromise probablement par la question du chômage. Il le sait certainement. Depuis le début de son mandat, il semble avoir joué la carte du retournement du cycle, en se disant que les choses allaient tellement mal en France, que cela ne pouvait être pire. Sans doute a-t-il trouvé autour de lui des économistes de profession pour lui donner un avis allant dans ce sens. Or cela ne s’est pas déroulé comme prévu, et la courbe du chômage, cahin-caha, a continué à grimper. Mais en tiendra-t-il compte pour changer de politique ? Et quels changements peut-il opérer. En vérité pour faire face à un tel problème, il faudrait opérer une rupture audacieuse avec les dogmes de l’austérité, de l’équilibre budgétaire et même de l’euro comme monnaie unique. Jacques Sapir a partir d’un modèle assez sophistiqué calculait qu’en sortant de l’euro, on créerait rapidement – dans l’année – entre 1,5 et 2 millions d’emplois. Ce qui soulagerait évidemment la population. J’ai fait un autre calcul, fondé sur l’idée d’un retour rapide à l’équilibre de la balance commerciale. En effet, si on fixe l’équilibre comme un horizon, pourquoi ne pas fixer l’équilibre de la balance commerciale comme un impératif ? Revenir à l’équilibre du commerce extérieur est possible, il suffit de sortir de l’euro, de revenir au franc : l’ajustement des parités se fera justement selon la loi de l’offre et de la demande. Il s’ensuivra que le franc glissera et le mark augmentera sa valeur. Cela renchérira nos importations et dévaluera nos exportations qui auront plus de chance sur le marché mondial. Le gain de compétitivité ainsi retrouvé serait d’environ 20% par rapport à l’Allemagne. Il s’ensuit que ce retour à l’équilibre ramènerait  1,7 millions d’emplois ce qui revient aux estimations de Sapir.

     En 2011 le solde commercial de la France était de 69,1 milliards d’euros et en 2012 environ 75 milliards d’euros en 2012. Sur la période 2000-2012 le total du déficit aura été approximativement de 245 milliards d’euros soit : 20,4 milliards d’euros par an. On estime qu’un emploi – salaires plus charges – coûte environ 44 000 euros. On en déduit que le déficit commercial extérieur de la France coûte 500 000 emplois environ en moyenne. Mais comme la situation de l'emploi s'aggrave continument, 75 milliards d'euros de déficit correspondent à 1 700 000 emplois. On voit par là que le plus urgent est de rétablir le déséquilibre commercial par tous les moyens, y compris en sortant de l'euro. 

    Encadré : le coût du déficit commercial en emplois 

    Il va de soi qu’une telle politique demande un accompagnement. Deux points nous semblent prioritaires :

    1. le contrôle des capitaux. C’est-à-dire empêcher que les gens très riches vident leurs comptes en les transférant à l’étranger. Encore que c’est un risque à mon sens surestimé, car si on revient au franc, l’euro n’existera probablement plus, et donc que des avoirs en euros venant de l’étranger ne vaudraient rien non plus en Allemagne, en Belgique ou au Luxembourg.

    2. le second point est bien sûr un retour des douaniers, chargés de contrôler ce qui rentre et ce qui sort du pays.

    Evidemment l’Etat devra s’assurer – par décret peut-être – la coopération de la Banque de France qui redeviendra banque centrale.

    En matière de chômage, le malheureux Hollande a un bilan presqu’aussi pourri que celui de son prédécesseur. Il va de soi que celui-ci ne s’améliorera pas avec des mesures cosmétiques. Personnellement je ne crois pas qu’il soit capable – ni lui, ni sa  majorité – de faire preuve d’imagination pour commencer à renouveler les solutions. Souvent on entend dire qu’on a tout essayé, et que le chômage, malgré tout ne bronche pas d’un pouce. Et bien on pourrait dire qu’on sort de l’Europe et de l’euro pour voir. Voilà une solution qui n’a pas été tentée. Il serait bon de la populariser. A mon avis on n’a rien à perdre de l’essayer.

     

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    http://russeurope.hypotheses.org/1526 

    http://russeurope.hypotheses.org/1865

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    Thomas Pïketty s’est fait connaître du grand public surtout par ses idées sur la réforme de l’impôt, proposant un impôt progressif sur les revenus, de façon à combattre les inégalités. En tant qu’économiste, il est surtout connu pour ses travaux sur les inégalités.

    Il faut bien comprendre que pour la plupart des économistes de profession, la question des inégalités n’a pas de sens car pour eux non seulement les inégalités sont naturelles, résultant des lois du marché, mais elles sont nécessaires parce qu’elles permettent l’investissement et par suite le progrès économique et social.

    Dans ce nouveau et volumineux ouvrage Piketty essaie de caractériser les formes que prend le capitalisme dans le XXIème siècle. Il n’analyse pas cependant le capitalisme dans le changement des structures productives, il l’étudie du point de vue de la répartition des revenus. Piketty essaie de comprendre comment se forme la répartition de la valeur entre les classes sociales et quelles incidences cela peut avoir sur les orientations générales du capitalisme. Pour cela il va étudier la question sur la longue période, en essayant de regrouper les statistiques depuis le début du XVIIIème siècle, moment où se sont accéléré la croissance et l’industrialisation du monde. Evidemment même si l’exercice est délicat à cause de la qualité des sources statistiques, il est nécessaire de connaître ce dont on parle d’une manière empirique, sinon on ne dit que des conneries.

     

    Le premier résultat obtenu est que le partage de la valeur entre travail et capital est très fluctuant : il ne répond donc à aucune loi naturelle. Pendant de longues périodes la part du capital diminue ou progresse. Il est dépendant d’une série de chocs, comme les guerres, ou les politiques publiques qui vont mettre en place des systèmes d’imposition et de transferts qui corrigent les inégalités de revenus. Evidemment, on peut aussi introduire les luttes sociales dans la mesure où ces luttes sociales peuvent peser sur les lois fiscales qui sont votées. On rappelle que le New Deal, quels que soient ses mérites, a été aussi une réponse politique à la crise économique qui menaçait d’entraîner le pays dans la guerre civile. Plus près de nous, on remarquera qu’après Mai 68, le gouvernement vote des lois sociales qui permettent aux bas salaires de progresser plus rapidement que la croissance et donc de faire baisser le degré d’inégalité entre les classes.

     

    Le second point important selon moi, est que le travail statistique de Piketty met définitivement un terme à l’idée imbécile qu’on appelle d’une manière un peu vulgaire « le théorème de Schmidt ». Ce théorème aurait été prononcé par le chancelier social-démocrate Helmut Schmidt qui dirigea l’Allemagne entre 1974 et 1982 : « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». Cette lourde ânerie germanique fut reprise à l’envie par le très réactionnaire Valéry Giscard d’Estaing comme une loi scientifique ressortant du simple bon sens. Il faut se souvenir qu’à cette époque les luttes sociales rongeaient les marges de profit et laissaient entendre même que le système capitaliste pouvait bien changer de nature.

    Or le graphique ci-dessus montre assez bien que non seulement il n’y a pas de lien entre taux de profit et taux de croissance, mais qu’en outre ce lien serait plutôt à l’inverse : quand le taux de profit augmente trop, il s’ensuit que la croissance économique et l’emploi s’effondre. C’est le dilemme dans lequel nous sommes plongés maintenant depuis quarante longues années. En effet, si les salaires décrochent par rapport à la productivité, alors il s’ensuit 1. que les profits augmentent et les inégalités aussi, mais 2. que la demande s’affaiblit, entraînant à son tour la croissance à la baisse.

     

    Un autre résultat présenté par Piketty est l’importance de plus en plus forte des héritages dans le développement des inégalités de revenus. C’est un résultat décisif qui met en déroute l’idée selon laquelle les hauts revenus finalement récompenseraient le talent, et donc qu’il n’y aurait pas lieu d’être jaloux des riches. En vérité les périodes de hausse du revenu des plus riches s’expliquent par la capacité des classes dirigeantes de détourner les mécanismes institutionnels à leur profit. Pour la période récente – c’est-à-dire depuis la contre-révolution conservatrice emmenée par les deux abominables alcooliques Ronald Reagan et Margaret Thatcher – cela correspond à une forte baisse de la progressivité de l’impôt sur le revenu, mais aussi à une quasi-disparition de l’impôt sur les successions.

     Ce qui n’empêche pourtant pas les cupides capitalistes et leurs valets – par exemple ce crétin de Nicolas Baverez qui attaque Thomas Piketty dans le torchon où il gagne son salaire – de crier après l’impôt confiscatoire.

      

    Tout cela a permis une remontée spectaculaire des inégalités un peu partout dans le monde, réfutant ainsi l’idée de Simon Kuznets – prix Nobel d’économie pourtant – selon laquelle les tendances naturelles (ce qui veut dire sans intervention de l’Etat) du capitalisme conduiraient nécessairement à une baisse des inégalités. Seule évidemment l’action politique d’une manière ou d’une autre peut finalement enrayer cette évolution qui non seulement est choquante sur le plan de la morale, mais aussi inefficace du point de vue de la croissance et de l’emploi. On comprend donc que l’un des premiers buts de la gauche doit être de combattre les inégalités – c’est ce qui distingue la gauche et le droite et c’est ce qui indique bien que François Hollande est tout à fait à droite – plutôt que de se perdre dans les nébuleux problèmes de société comme le mariage homosexuel, la pénalisation des clients des prostituées ou encore les questions de l’euthanasie.

    Le travail de Piketty est donc très intéressant et mérite le détour. Cependant on ne le suivra pas en ce qui concerne les solutions politiques désabusées qu’il suggère de mettre en place. En effet il préconise une sorte de gouvernance mondiale de la question de l’imposition. Cela n’est pas très sérieux, non pas que l’idée ne soit pas noble et juste, mais principalement parce que la réalité disparate des nations fait que cette idée n’est pas applicable. La reprise en main de cette question des inégalités, donc d’une réforme fiscale ne peut se faire qu’à l’intérieur de la nation, à condition que les Etats nationaux contrôlent aussi bien le commerce extérieur, que les mouvements des capitaux. Mais Piketty, dont les parents étaient gauchistes tout de même, n’aime pas l’idée d’un développement national comme exemple à suivre pour le monde. Il ne dit cependant pas pourquoi. Je le répète ici, le cadre national nous paraît le mieux à même de combattre les inégalités, non pas parce qu’il serait indépassable ou même un idéal, mais parce que c’est un niveau satisfaisant pour que l’Etat contrôle les marchés et que le peuple contrôle l’Etat.  

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    Paul Mattick est surtout connu en France pour ses analyses de Marx et de Keynes. Pour ceux qui ont évolué dans la mouvance de l’ultra-gauche, c’est aussi un défenseur du « communisme des conseils ». C’est-à-dire une forme d’organisation sociale qui s’appuie à la fois sur la négation de la propriété privée et sur l’expression d’une démocratie directe ancrée dans la prise en mains par les ouvriers de l’outil de production.

    Dans cet ouvrage, Mattick raconte en quelque sorte son itinéraire qui n’est tout de même pas banal. Né en Allemagne, il participa, jeune adolescent, à la révolution socialiste de 1918 qui devait être noyée dans le sang.

    Il était issu d’une famille pauvre de huit enfants et dut gagner très tôt sa vie en usine. Son père était proche des idées d’extrême-gauche aussi, c’est lui qui en quelque sorte lui mit le pied à l’étrier. Après l’échec de la révolution en Allemagne, Paul Mattick s’exila en 1926 aux Etats-Unis où il fréquenta des groupes d’ultra-gauche, mais aussi les IWW. Il s’installa à Chicago qui fut pendant longtemps l’épicentre des luttes sociales aux Etats-Unis, et aussi la ville où les wobblies tenaient le haut du pavé.

      

    Les membres de la ligue Spartakus s’armèrent et descendirent dans la rue

     

    Peu à peu il se mit à écrire des articles et des brochures où il défendait les idées minoritaires à gauche d’une révolution socialiste fondée sur la démocratie directe des conseils. Mais il fut aussi un des critiques les plus pointus du New-Deal, arguant que le keynésianisme de Roosevelt était à long terme intenable, défendant les thèses marxistes sur l’inéluctabilité d’une marche au socialisme. C’était donc un adversaire de la social-démocratie qui à l’époque visait à aller au socialisme par la voie de la réforme. Ses thèses sur Keynes sont très discutables, car il attribuait la crise à venir au caractère intenable de l’idée de relance par la demande, alors que cette crise semble plutôt être la conséquence de l’abandon du keynésianisme. Or, un système d’économie mixte qui fonctionne pendant plusieurs décennies non seulement transforme en profondeur le contenu de la société, mais en outre montre que ce système pour contestable qu'il soit est viable.


    L’ouvrage est très intéressant parce qu’on a souvent l’image d’un Paul Mattick bien habillé, ressemblant à un professeur d’Oxford, un économiste. Mais il fut longtemps un agitateur et un homme d’action, payant de sa personne dans les combats contre les forces bourgeoises. En outre, il nous rappelle la dureté des luttes sociales, non seulement en Allemagne, à la sortie de la Première Guerre mondiale, mais aussi aux Etats-Unis dans l’entre-deux-guerres. Ce sont d’ailleurs deux pays où l’idée même de révolution sociale a été complètement vaincue et où la mémoire révolutionnaire s’est réfugiée seulement dans les livres et les universités comme une chose morte. En Allemagne toutefois la forme d’organisation conseilliste eu un certain succès puisqu’elle fut même légalisée et reconnue par le gouvernement allemand.

    Les passages sur son enfance de fils de prolétaire sont évidemment les plus passionnantes parce qu’elles nous montrent comment concrètement la conscience de classe s’éveille et se forme. Mais bien sûr Paul Mattick était aussi un homme de caractère, et s’il a choisi finalement de travailler avec des organisations plutôt libertaires, éloignées du dogmatisme léniniste, c’est aussi parce qu’il était amoureux de sa propre liberté. Il se dépeint aussi comme un adolescent plutôt violent, à la limite de la délinquance, avec un goût prononcé pour l’action.

    Paul Mattick resta assez longtemps dans l’ombre, il fut redécouvert à la fin des années soixante, quand la jeunesse cherchait une alternative à la fois aux solutions staliniennes et au keynésianisme ambiant qui finalement pariait sur la consommation toujours accrue des masses pour s’en assurer le contrôle.

    Mais peut-être plus que tout ce qui est remarquable c’est que Mattick était un complet autodidacte, s’instruisant au fur et à mesure des nécessités des luttes sociales, et qu’il produisit tout de même des analyses extrêmement pertinentes.

    Evidemment la question qui se pose est de savoir si cette démarche, ces analyses sont encore valables aujourd’hui, alors que le prolétariat a pratiquement disparu et que les peuples des pays très développés sont devenus des hordes de consommateurs très domestiqués.

    Paul Mattick est décédé en 1981. Son fils Paul Mattick junior a fait de bonnes études à Harvard et est aujourd’hui professeur à Adelphi University.

    L’ouvrage est joliement illustré, ce qui en accroît l’intérêt.

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    http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/10/18/paul-mattick/

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    Il est assez facile de voir qu’on est cerné par les imbéciles que Bilheran se refuse de traiter de « con ». C’est son côté « féministe » si on veut. Mais le pire probablement est que cette engeance prolifère au point de nous rendre la vie impossible dans tous les sens du terme. Il y en a de partout, au gouvernement comme dans la vie courante. Il est impossible de ne pas en croiser sur son chemin, quel que soit notre destination.

    Il y a quelques années Frédéric Dard sous le nom de San-Antonio avait écrit un livre sur les Con. C’était un très bon livre qu’il est assez bon de relire. Il avait choisi d’en faire un nom propre, un peu comme si la connerie avait des racines génétiques. L’approche de Bilheran est inverse, il suggère que l’imbécile est en quelque sorte fabriqué par la société, en quelque sorte il seulement responsable de ne pas se révolter. Les objets, la pédagogie, les informations diffusées à la télévision, tout contribue à la formation de notre imbécillité. Et d’ailleurs il n’est pas sûr qu’on puisse en être épargné : on est toujours l’imbécile de quelqu’un.

    C’est un petit ouvrage assez drôle, divisé en thèses ou aphorismes. Avec cette supposition que l’ironie nous protège (un peu) de l’imbécilité. Jean-Claude Bilheran, qui parfois joue aux échecs, avait publié il y a quelques années un ouvrage sur Guy Debord, en relevant plutôt le côté révolutionnaire du bonhomme que son côté dandy ou homme de lettres[1]. C’est pourquoi ce livre est à la fois dans la continuation du combat contre le vieux monde et une sorte d’adieu à la possibilité d’en finir avec lui. Il distribue donc les jugements – notamment sur Houellebecq – et livre une manière de penser le monde. Modeste, il affiche cependant une certaine distance avec son sujet, comme s’il craignait à tout moment une contamination.

     

     

    Jean-Claude Bilheran jouant aux échecs

     

     

    Extraits

     

    L’imbécile croit à la nouveauté et en cela il persévère dans la sottise.

    -> Si les imbéciles un jour cessaient de croire à la nouveauté, voilà qui serait nouveau.

     

    L’imbécile croît aux leçons de l’histoire.

    -> L’histoire ne donne pas de leçon, elle apprend seulement à réfléchir.

    --> « L’histoire ne repasse pas les plats », a dit un imbécile[2], avant de servir la soupe aux nazis et de leur manger dans la main.

     

    Un imbécile avance toujours vers l’arrière, il recule vers l’avant.

    -> « Nous entrons dans l’avenir à reculons », disait Valéry, se rangeant ainsi avec urbanité, parmi les imbéciles.

     

    Pendant des siècles la lecture fut un moyen pour les intelligents de communiquer à l’écart des imbéciles.

    -> Récemment les imbéciles sont parvenus à les imiter en créant Internet.

     

    On a tort de déplorer que le pouvoir soit aux mains des imbéciles, c’est eux qui l’ont créé.

     

    On ne nait pas femme ni imbécile, on le devient.

    - > Généralement on le reste

     

     



    [1] Sous l’écorce de Guy Debord, le rudéral, Sens&Tonka, 2007

    [2] Ici c’est L.F Céline qui est visé.

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    Louis Janover, vieil ennemi de Guy Debord qui l’avait copieusement insulté, publie cette un ouvrage sur les destinés des avant-gardes. Au passage il en profite pour régler ses comptes avec les situationnistes, comme si c’était encore de saison.

    Sa thèse est assez simple, les avant-gardes ont reproduit la division du travail et donc ont approfondi finalement le système capitaliste alors qu’elles voulaient le changer. C’est un sujet important parce qu’il est vrai que les mouvements révolutionnaires ne se sont jamais vraiment préoccupé de savoir ce qu’avait bien pu écrire André Breton ou Guy Debord, ce qui tout soudain en relativise l’importance.

    Dans un livre qui semble avoir été écrit avec les pieds, Janover ne s’encombre pas de subtilités. Il considère que le travail de l’Internationale situationniste a été de renforcer la bourgeoisie qui a ainsi pu évoluer et s’adapter aux nouvelles exigences de l’air du temps. Il en fait une analyse de classe, allant presque jusqu’à dire que les situationniste étaient des enfants de la bourgeoisie. En vérité, seul Debord correspondait à cette manie classificatrice. Vaneigem était fils de cheminot, Viénet, fils de docker.

    Ce livre est à la limite de la malhonnêteté, pour ne pas dire plus. En effet, en s’arrangeant avec les citations de La société du spectacle, il tente de démontrer que Debord et les situationnistes se sont positionnés à la fin de l’histoire. Donc ils n’auraient rien compris au mouvement de celle-ci. La preuve de cette affirmation gratuite n’est pas avancée. Mais il accuse aussi les situationnistes d’avoir mis des « Conseils ouvriers » partout, Janover parle même de « conseillisme », le mot ne me semble jamais se trouver sous la plume de Debord qui se méfiait justement des « ismes ». Ce serait là la preuve qu’ils n’avaient rien compris aux luttes sociales. En vérité ce que Janover ne comprend pas – il fait la bête – c’est que dans les années soixante, des révolutionnaires non encartés au PCF ou dans les groupuscules gauchistes cherchaient une solution à la question de l’organisation. Ils refusaient l’étatisation de la société et l’enrégimentement dans un parti. Les Conseils ouvriers qui semblaient avoir donné de bons résultats en Espagne, en Russie – les soviets – voire en Allemagne et en Hongrie semblaient être une solution acceptable qui mariait à la fois la rigueur économique avec la nécessaire démocratie. Certes aujourd’hui cette forme de démocratie directe semble un peu incongrue dans la mesure où il n’y a plus beaucoup d’ouvriers.

    L’autre point étrange de l’analyse de Janover, est la façon dont il décrit le mouvement de Mai 68. Il suppose que ce fut un mouvement emmené seulement par une fraction de l’intelligentsia, la classe moyenne, moyennement cultivée, qui cherchait une place au soleil et donc à se fabriquer un avenir. Donc si on suit bien son raisonnement fumeux, Janover considère que les soixante-huitards ne sont que des sournois hypocrites qui se sont vendus aux plus offrants, finalement bien contents de trouver quelqu’un qui les achète. Cette thèse est ridicule. Certes on trouve des anciens soixante-huitards qui se sont complètement vendus au système, que ce soit Serge July, ancien maoïste puis futur chantre du libéralisme européiste, René Viénet qui  a gagné paraît-il une fortune en jouant les intermédiaires pour quelques multinationales voulant s’établir en Chine et y faire des affaires. Mais quoiqu’on en pense, ces exemples qu’on peut multiplier bien sûr ne représenteront jamais la masse, les millions de manifestants et des grévistes qui ont mis à mal l’ordre établi. Il croit trouver la preuve de ce qu’il avance simplement en disant que Mai 68 a échoué. Mais seuls les imbéciles peuvent croire que c’est une preuve suffisante.

    Dans cet ouvrage les approximations et les erreurs sont très nombreuses, elles concernent surtout Guy Debord que Janover décidément déteste encore bien qu’il soit décédé depuis maintenant près de 20 ans. Par exemple il considère que Debord n’a jamais produit d’œuvres d’art, contrairement aux surréalistes. Il suppose que c’est pour ça que les surréalistes ont fini par pencher de plus en plus du côté des galeries et des institutions artistiques, tandis que les situationnistes sont tombés de l’autre côté, dans l’incapacité de tenir les deux bouts de la révolte en même : ils sont devenus de vague politiciens. Or non seulement Debord a produit des films – certes très particuliers – qui correspondent aux critères de l’art moderne, mais il a également exposé un certain nombre de toiles et de métagraphies. On peut penser ce qu’on veut de ses œuvres plastiques, mais elles existent, manifestent une certaine ambition, et ont été exposées.

      

    Métagraphie de Guy Debord

     Il existe encore d’autres œuvres qu’on peut considérer comme des œuvres d’art de Guy Debord, par exemple son antilivre Mémoires. Ces oublis rabaissent simplement Guy Debord au rang d’un simple intriguant qui n’aurait eu comme visée que d’entrer chez Gallimard par des moyens détournés.

     

    Mémoires, antilivre de Guy Debord 

    Cet ouvrage manque de science autant que de dignité, et mon but n’est pas de l’accabler dans ses manques. Cependant, il faut convenir que le sujet est d’importance. En effet il existe depuis des décennies des écrivains, des artistes, des philosophes qui essaient de penser la révolution et d’accélérer le mouvement de l’histoire en produisant des analyses, en développant des perspectives plus ou moins nouvelles pour aider le prolétaire à se libérer de ses chaînes. A commencer par Marx bien sûr. Or la plupart de ces « intellectuels » ne travaillent pas, restent relativement coupés du mode de vie et des problèmes réels des ouvriers et des pauvres. Dès lors se posent deux problèmes :

    1. la théorie a finalement peu de chance de toucher juste. Par exemple, il est très difficile pour quelqu’un qui n’a pas un bagage intellectuel épais de comprendre La société du spectacle, mais aussi probablement Le capital.

    2. il en résulte que fort naturellement les mouvements de révolte qui parfois se transforment en véritable révolution, surprennent le plus souvent les théoriciens. Autrement dit la révolution se fait sans eux.

    L’ambition des surréalistes étaient de produire de nouveaux paysages mentaux, pensant que cela allait de pair avec la révolution socialiste. Or les œuvres surréalistes ne s’adressent qu’à une frange très éduquée et très élitaire de la société. C’est pourquoi il est important de prendre en considération les désirs du peuple, de comprendre par exemple qu’est-ce que c’est que le travail pour un ouvrier et qu’est-ce que c’est que le refus du travail pour des intellectuels comme André Breton ou Guy Debord. Car ainsi que le signaler Marx dans Les fondements de la critique de l’économie politique c’est par l’activité créatrice de richesses que se forme la conscience de classe. Et bien sûr on peut constater aussi que si la conscience révolutionnaire paraît à son plus bas niveau aujorud’hui, c’est probablement aussi parce que les transformations en profondeur de l’économie ont détruit cette classe ouvrière au moins dans les pays développés.

     

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