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    Un nouveau parti politique qui se veut de gauche vient d’apparaître sur la scène politique française. Il est un des premiers résultats des errements de la politique de François Hollande, une conséquence du fait que manifestement celle-ci n’est pas une politique de gauche et qu’elle aggrave les difficultés pour les personnes les plus modestes. Il est probable qu’après les Européennes, d’autres défections suivront, notamment du côté de ce qu’on appelle la gauche du PS. La création de ce nouveau parti sera annoncée le jeudi 28 novembre au Café du croissant, à Paris, lieu où a été assassiné Jaurès.

    Ce nouveau parti est emmené par Pierre Larrouturou, en quelque sorte la figure politique, mais il compte déjà dans ses rangs des hommes et des femmes, par exemple le vieux Edgar Morin, penseur de la modernité, Dominique Méda, militante de la baisse radicale de la durée du travail et du développement du temps de loisir. Olivier Berruyer qui a écrit beaucoup de choses intéressantes sur la crise et ses conséquences est également de l’aventure. Mais également soucieux d’accroitre leur visibilité les créateurs de ce nouveau parti ont enrôlé aussi Bruno Gaccio, humoriste décapant qui s’est fait connaître pour ses chroniques sur Canal+ et par le biais des Guignols de l’info et encore Isabelle Maurer, une militante alsacienne qui avait fait grand bruit lors de sa confrontation avec Jean-François Copé dans une émission télévisée qui avait fait le tour de la toile il y a quelques mois. Jean Gadrey, économiste, dont les travaux très intéressants ont mis en lumière les insuffisances des calculs du PIB comme indicateur du bien-être est aussi là. Guy Bedos, mais aussi le syndicaliste de la CFDT Edouard Martin sont également annoncés.

    Le noyau dur est en fait la motion 4 du PS qui avait obtenu presque 12% au dernier congrès et qui avait été écarté brutalement par la bureaucratie solférinienne. Mais la création de ce parti est également parrainé par Susan George la présidente d’honneur d’ATTAC.

    Si ce nouveau parti a choisi le nom de « Nouvelle donne », ce n’est pas au hasard, c’est d’abord en référence au New Deal de Franklin Roosevelt, c’est-à-dire à l’idée que seule une rupture forte permettra d’avancer sérieusement : pour Pierre Larrouturou, il faut changer notre manière de raisonner, arrêter de penser que en écrasant le coût du travail on va retrouver la compétitivité, la croissance et l’emploi.

    Nouvelle Donne est un des éléments importants qui intervient dans la recomposition du paysage politique qui s’annonce comme la conséquence inévitable de l’effondrement de la crédibilité de l’UMP et du PS comme partis de gouvernement.

    Sur la base de ces généralités, on ne peut être que d’accord avec lui. Depuis un peu plus de dix ans les politiques de droite et de gauche se succèdent, sans que cela ne change rien sur la réalité sociale du pays. La crise économique que nous subissons depuis au moins cinq ans demande de nouvelles solutions. Evidemment en décryptant un peu les positions prises par les uns et les autres, on va trouver des points qui nous plaisent et d’autres qui nous plaisent moins.

    Parmi les points qui nous semblent positifs, il y a le fait que ce parti ne croit pas à une relance de l’économie du côté de l’offre, donc que la solution serait une recherche de plus de compétitivité. Deux raisons à cela, la première est que clairement alors que le chômage augmente et que les faillites d’entreprises se font plus nombreuses, nous nous trouvons en face d’une crise de la demande. La seconde est que le progrès technique étant arrivé à un niveau très élevé, le chômage structurel ne peut être que très haut, sauf évidemment à répartir d’une autre manière la richesse et le travail. Ce n’est donc pas la question de la production qui est posée, mais celle de la répartition de la valeur. Cela accompagne assez bien l’idée que l’industrialisation du monde a atteint un maximum et qu’on ne peut guère aller plus loin en visant à produire toujours plus. Pour cette dernière raison, il n’est pas étonnant qu’on retrouve à Nouvelle Donne d’anciens militants écologiques.

    Les points de désaccords que je manifesterais par rapport à ce nouveau parti sont de deux ordres. D’abord il manifeste une tendance pro-européenne, ils ressortent la vieille chanson d’une réforme de l’Europe vers une Europe sociale, comme si nous devions attendre d’une transformation de celle-ci un nouveau départ. Le cadre institutionnel choisi me paraît faux, essentiellement parce que pour aller vers une Europe sociale il faut modifier les traités européens et que cette modification ne peut se passer de l’unanimité des 28 pays qui composent l’UE. Or la logique de chaque nation étant par nature différente de celle de ses partenaires, l’unanimité ne peut se réaliser que par le bas et non par le haut. C’est d’ailleurs pour cette raison que les caciques de l’UE ont toujours visé l’élargissement plutôt que l’approfondissement, le but étant de verrouiller les possibilités et de réduire l’Europe à sa logique financière et mercantile.

    Pierre Larrouturou est aussi un défenseur de la décentralisation de l’Etat et donc de l’émergence d’une Europe des régions. C’est un complément logique de l’engagement européen. Mais cela ne nous convient pas, car la décentralisation prive l’Etat des moyens de s’opposer aux multinationales et aux banquiers. En effet, que ce soit en ce qui concerne le règlement de la question de la dette, ou en ce qui concerne la réglementation des activités bancaires transfrontalières, seul l’Etat et une Banque centrale qui n’est pas indépendante ont les moyens de s’opposer à la mobilité du capital. L’émergence d’une Europe des régions qui ne peut que plaire aux multinationales et aux banquiers, divise le pouvoir de l’Etat.

    Le défaut central de ce nouveau parti – dont un grand nombre d’idées provient de la Deuxième Gauche et de proches de Michel Rocard – est qu’il ne vise pas à limiter la propriété privée des moyens de production, comme il ne vise pas à maîtriser la création et la circulation du crédit. Pour ma part je pense qu’une vraie politique de gauche qui vise la diminution des inégalités de revenus et la baisse radicale du chômage ne peut pas se passer de l’Etat. Si je pense que la solution passe par une baisse radicale du temps de travail, je ne pense pas que celle-ci puisse s’imposer sans que l’Etat ne légifère en la matière. Mais Dominique Méda, Pierre Larrouturou préfèrent manifestement que l’Etat intervienne dans la redistribution ex post en fournissant à chacun un revenu minimum qui serait détaché de l’activité productive. A l’inverse je pense que la gauche ne doit pas se priver de la vieille idée socialiste selon laquelle tout passe par la réappropriation des moyens de production. Pour cette raison je suis partisan d’un vaste programme de nationalisations qui concernerait d’abord l’ensemble du secteur bancaire, et ensuite toutes les entreprises qui fonctionnent comme des monopoles de fait : la production et la distribution de l’énergie, les réseaux autoroutiers, mais aussi ceux de la distribution de l’eau. Cela me paraît être un préalable à un changement radical d’orientation du système productif. En outre, puisque Nouvelle Donne affiche un souci de préservation de l’environnement, j’ajouterai que le déploiement d’une politique économique et sociale dans le cadre national permettra de limiter les déplacements de marchandises et sera mieux à même de mettre en place des circuits courts.

    Comme on le voit Nouvelle Donne a un profil propre à attirer ceux qui se sentent modernes – européens, post-industriels – et qui ne veulent pas revenir à la question du socialisme. On peut prédire facilement à la fois son succès de court terme – des militants du Modem le rejoindront – et son échec en longue période, car avant que leur logique s’impose dans les faits, il est probable que l’euro aura disparu et que l’Union européenne ne sera plus qu’une coquille vide.

    En attendant, on lira dans les jours qui viennent leur programme politique qui est en cours d’élaboration.

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    http://www.nouvelledonne.fr/

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    C’est le journal d’un éditeur. Mais ce n’est pas n’importe quel éditeur. Il s’est trouvé dans les années cinquante et soixante à la pointe de la modernité littéraire de l’époque, publiant Henry Miller, Lawrence Durrel, Roger Vailland ou encore Malcolm Lowry. C’est-à-dire une forme de littérature moderne, mais fort éloignée des errements du Nouveau Roman. En même temps qu’on pénètre les arcanes d’un milieu bien compliqué, avec ses magouilles pour les prix, ses coups fourrés pour retenir ou piquer un auteur la concurrence, on entrevoie la façon dont les éditeurs forment leurs goûts et choisissent les ouvrages à publier. Et bien sûr on est frappé par ce décalage qu’il peut y avoir entre le mode de vie d’un écrivain qui travaille à ses manuscrits et celui de son éditeur qui passe son temps dans les cocktails et les rendez-vous mondains. Les pages de Buchet sur Roger Vailland sont très émouvantes cependant.


    Et puis Buchet publia les romans de Michèle Bernstein et celle-ci lui amena Guy Debord et La société du spectacle. Les passages qui concernent les deux situationnistes sont assez intéressants, peut-être plus pour ce qui concerne Michèle Bernstein. La légende voudrait que Tous les chevaux du roi et La nuit  ne soient que des sortes d’œuvres de circonstance, juste produites pour renflouer les caisses de l’IS, mais sans conviction littéraire. Le récit de Buchet montre qu’il n’en est rien et que Michèle Bernstein envisageait même de continuer sa carrière littéraire au-delà de ces deux ouvrages. Mais on ne sait pas plus pourquoi cela ne se fit pas, et ce d’autant qu’assez rapidement Michèle Bernstein d’éloigna de l’IS et de ses exigences quant à l’obligation de se tenir à l’écart des formes littéraires bourgeoises et du cirque médiatique qui les accompagne. Buchet fait du reste le rapprochement efficace entre Tous les chevaux du roi et la « morale » anticonformiste que développait Roger Vailland à la même époque.


    On remarque au passage que Buchet refusa de publier Vaneigem, Le traité de savoir vivre, passant donc à côté d’une bonne affaire au final, mais surtout qu’il le refusa pour des défauts d’écriture et de présentation. En revanche, il loue les qualités de rigueur dans l’écriture de Guy Debord. On voit que dès avant que les situationnistes ne deviennent connus, le jugement littéraire est déjà fait : Vaneigem n’a pas le talent ni la rigueur de Debord. C’est bien sûr le jugement d’un éditeur bourgeois, mais le temps va le confirmer. Même si aujourd’hui Vaneigem a toujours un peu de succès, il n’a jamais atteint et n’atteindra jamais cette reconnaissance de l’establishment littéraire à laquelle Debord a finalement pu prétendre avant les événements de mai 68.

     

     

    Extraits de Les auteurs de ma vie :

     

    10 juillet 1960

     

    Tous les chevaux du Roi de Michèle Bernstein, dont le mari, Guy Debord, dirige l’internationale situationniste, exprime peut-être plus de pudeur que de cynisme. « S’aimer assez pour se laisser libre », est une morale qui est celle de Vailland et de beaucoup de jeunes, plus admirable assurément que celle qui protège une pos­session exclusive, mais dont l’application n’est pas tou­jours facile. La peur des grands sentiments ou de leur expression, la volonté d’afficher une liberté absolue, la volonté d’être affranchi n’empêche pas une pointe de souffrance de sourdre et de cheminer sous le masque. Cette présence palpitante comme un oiseau blessé prend d’autant plus de réalité qu’elle ne se laisse pas étouffer.

    Je pense au film des Tricheurs. Dans Tristan, la convention qui brimait l’amour restait extérieure; c’était le roi Mark, l’idée du mariage, l’idée religieuse, le respect de la parole donnée, de la forme contre l’esprit, de la parole contre le sentiment. Dans Les Tricheurs, l’obstacle vient de l’attitude cynique, ou plutôt de l’obligation de liberté sexuelle absolue. Dans Tristan, il faut être fidèle; dans Les Tricheurs, il est interdit d’être fidèle. Dans un cas comme dans l’autre, il n’existe pas de vraie liberté.

    Il semble aussi que la pudeur des sentiments aille de pair avec l’impudeur des gestes, réaction natu­relle contre le romantisme qui prônait exactement le contraire. Le sentiment gonflé a tué le sentiment vrai, tout comme le cynisme trop affiché est en train de tuer le cynisme authentique. Lorsqu’il ne scandalisera plus, il n’aura plus de raison d’être. Peut-être alors, enfin, deviendra-t-on naturel.

     

    9 septembre 1960

     

    Interview insolite de Michèle Bernstein par Pierre Dumayet à la TV. Il est d’usage de préparer l’inter­view, de ne pas l’apprendre par cœur certes, mais de convenir du plan, des questions et des réponses. Or, notre Michèle, dont l’apparition sur l’écran, avec son air de jeune garçon frondeur était déjà insolite, ne respecta pas le moins du monde cette convention. Elle s’échappa, se rebiffa, attaqua, avec autant d’esprit que d’agressivité et Dumayet, arroseur arrosé, bourreau torturé, ne sachant plus que répondre, finit par inter­rompre brusquement l’interview.

    Le lendemain, encore furieux, il me téléphona, m’ad­jurant de ne plus lui envoyer des auteurs de cet acabit. J’ai trouvé au contraire cette interview inattendue et véritablement improvisée plus vivante que les autres et je suis certain que les téléspectateurs auront ressenti une secrète satisfaction à voir, pour une fois, le toréa­dor estoqué par le taureau, et cela d’autant plus que ce dernier apparaissait sous la frêle apparence d’une jeune femme.

     

    1er septembre 1961

     

    Très content du nouveau roman de Michèle Bernstein : La Nuit. Je ne m’étais donc pas trompé en pre­nant Tous les Chevaux du Roi —, malgré l’apparence de pastiche. La Nuit commence aussi par une sorte de pastiche, de Robbe-Grillet, cette fois, non de Sagan, mais ce n’est encore une fois qu’une apparence. Non seulement Michèle B. diffère de Robbe-Grillet par sa sensibilité essentiellement féminine, mais elle tente une expérience beaucoup plus vaste. Mélangeant le passé, le présent et le futur, elle envisage les person­nages, qui sont les mêmes que ceux de son premier roman, sub specie aeternitatis. Ainsi leur destin tout entier forme un bloc d’apparence immobile, au sein duquel se produisent des mouvements divers. Elle n’est certes pas la première à mêler le passé et l’avenir, mais il ne s’agit plus de flash backs, comme chez Faulkner ou Claude Simon, mais bien d’une unité nouvelle, espace-temps, que l’on pourrait considérer, à plus justes raisons que chez Durrell, comme einsteinienne. Je ne sais si Michèle B. a eu cette intention. Bien que sa créa­tion soit assez volontaire, j’espère que non. Je crois en effet que le véritable génie créateur peut engendrer des théories, mais qu’il est rarement engendré par elles. L’art de Michèle B. apparaît encore comme un exer­cice. « Maintenant, vous avez fait vos gammes », lui ai-je dit. Elle pense qu’elle sera totalement elle-même dans son prochain roman. Elle me le promet.

     

    22 août 1967

     

    Michèle Bernstein vient de m’apporter un manuscrit très remarquable sous l’angle de l’intelligence et de la rigueur de son mari Guy Debord. Ces situationnistes ont une pureté que j’admire, une pureté et une intran­sigeance qui les brouillent avec tout le monde et d’abord, bien entendu, avec les communistes. On a pu croire un moment qu’ils formaient l’intelligentsia des provos d’Amsterdam et ils se sont employés en effet à jeter de l’huile sur le feu, mais ils ont rompu avec eux. « Ils sont vraiment trop bêtes », me dit Michèle.

    C’est elle qui fait le truchement entre les situation­nistes et moi. Elle m’avait apporté il y a quelque temps un manuscrit de Vaneigem intitulé Petit Manuel de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations. Nous ne l’avions pas retenu, l’ayant trouvé intéressant mais préconisant des solutions par trop naïves. Celui de Guy Debord a beaucoup plus de rigueur tant dans l’écri­ture que dans la critique implacable de notre société de consommation. Je lui demande toutefois de changer le titre, beaucoup moins public que celui de Vaneigem. La Société du Spectacle prête à confusion. Les acheteurs éventuels, qui, dans leur plus grande partie, ignorent tout du situationnisme vont croire qu’il s’agit d’un livre sur le théâtre. Mais Debord est aussi entêté que Robespierre et Saint-Just additionnés. Il ne veut pas changer son titre et je sens qu’il n’y a rien à faire pour le persuader. Il m’avertit d’avance qu’il ne veut pas qu’on publie sa photo, qu’il ne se prêtera à aucune inter­view et qu’il refusera la TV. La publicité promet d’être délicate.

    J’estime beaucoup le livre, mais je pense qu’il s’agit essentiellement de théorie et de spéculations intellec­tuelles. Michèle Bernstein me détrompe et m’assure que nous verrons prochainement de grands bouleverse­ments dans plusieurs pays d’Europe et en France même. Ils ne doutent pas que l’avenir ne soit à eux.

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    Les éléections ne s font pas toute la vie politique, mais c'est périodiquement la possibilité de prendre la température d'un pays. Le Chili tient une place à part dans l’histoire de la gauche à cause du martyre d’Allende, et aussi parce que le coup d’Etat de Pinochet, soutenu presqu’ouvertement par la CIA et les multinationales, a permis de faire pendant un long moment de ce pays un des premiers laboratoires d’une économie libérale livrée autoritairement à la logique du profit et des lois du marché.

    On élisait donc le président ce dimanche 17 novembre 2013. Ou plutôt la présidente. En effet le Chili qui sortait d’une nouvelle cure de libéralisme devait choisir entre Michelle Bachelet et Evelyne Matthei. Ce sont deux héritières, mais des héritières de camp opposées. Le père de Michelle Bachelet (un général) a été un soutien d’Allende et fut torturé, emprisonné par le régime de Pinochet, tandis que celui d’Evelyne Matthei était un des hommes influents (un autre général) du nouveau régime installé dans le sang, elle a une formation d’économiste, entendez par là qu’elle a été gavée de théories friedmaniennes par les Chicago boys qui avaient « rénové » l’enseignement de cette curieuse discipline.

    Elles ont toutes les deux la soixantaine, et d’un certain point de vue représentent bien cette évolution des mœurs en Amérique latine qui fait que de plus en plus souvent des femmes arrivent au pouvoir. Mais le Chili comme beaucoup de pays de l’Amérique du sud est maintenant ancré à gauche. Les résultats du dernier scrutin sont sans appel. Bachellet obtient environ 47% des voix et Matthei 25% - ce qui correspond selon moi à la base sociologique de la droite libérale dans un pays avancé. Les commentateurs de droite ont voulu se réjouir en disant qu’en obtenant un deuxième tour c’était déjà un très bon résultat pour Matthei. C’est évidemment un très mauvais résultat. Imaginons seulement qu’en 2017 Nicolas Sarkozy représentant en France de la même boutique que Mme Matthei au Chili fasse seulement 25% et on crierait à l’effondrement de la droite.

      

    A gauche Evelyne Matthei et à droite Michelle Bachellet 

    On ne sait pas quel programme Michelle Bachellet pourra mettre en œuvre, cela dépend des élections législatives qui vont suivre et probablement aussi des convictions des hommes et des femmes qui vont l’entourer. Mais on note deux choses importantes pour nous : d’une part c’est que le programme électoral du PS chilien est complètement à l’inverse de celui de François Hollande qui n’en finit pas de discréditer la gauche, et d’autre part qu’elle s’est appuyé aussi sur un mouvement étudiant large et spontané contre la privatisation des études (une des antiennes de la droite libérale un peu partout dans le monde). Elle représente une coalition qui va des communistes aux démocrates chrétiens. Les réformes qu’elle propose vont toutes à l’inverse de la doxa libérale :

    - un accroissement des impôts sur les sociétés, cette hausse serait de 3% du PIB ;

    - le développement sous la houlette du service public, des dépenses de santé, d’éducation, etc.

    - elle propose également de modifier la constitution de 1980 héritée de la dictature Pinochet.

    Les tendances politiques qui se manifestent en Amérique du sud montre à l’évidence que les idées de gauche ont encore un sens et que la sinistre mémoire du général Pinochet n’est pas oubliée. Manifestement les idées libérales enseignées à la dure au Chiliens ont laissé un très mauvais souvenir d’affairisme, de corruption et de stagnation.

    Michelle Bachelet avait été élue présidente du Chili en 2005, en réalisant au premier tour 45% des voix, puis 53% au second tour. Elle n’avait pu faire qu’un seul mandat, la constitution du pays interdisant alors le renouvellement. Mais il faut croire qu’elle avait laissé à son départ en 2010 un bon souvenir. On rappelle pour mémoire qu’elle avait commencé à s’attaquer à la retraite par capitalisation, introduisant une dose de retraite par répartition bien utile aux plus pauvres.

    Le 15 décembre aura lieu le second tour, l’enjeu est seulement de savoir si Michelle Bachellet sera élue avec plus ou moins de 53% des voix.

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  • Le chômage est la première préoccupation des Français, et plus généralement des Européens, sauf des Allemands. Et c’est sans doute la raison première de la déconfiture de François Hollande dans les sondages. Plus la promesse d’inverser la courbe du chômage s’éloigne, et plus le gouvernement est discrédité.

    Les économistes se divisent toujours en deux camps. Il y a d’un côté les orthodoxes, ceux qui croient à la perfection du marché comme à la perfection des plans de la Création, et de l’autre ceux qui pensent que c’est à l’inverse  le marché qui génère les difficultés. Ce deuxième camp peut être ensuite divisé en deux, d’un côté ceux qui pensent que le marché ne peut pas être amendé, ils prônent donc une démarche de rupture avec les lois de l’accumulation du capital, et ceux qui pensent qu’un marché encadré et régulé peut être viable.

    Les théories économiques sur le chômage se divisent naturellement en deux : d’un côté il y a ceux qui considèrent qu’il est « involontaire », et les autres supposent que c’est une situation choisie, donc qu’il est « volontaire », que les salariés manifestent une préférence pour le chômage.

    La première voie suppose que l’économie dans son ensemble ne crée pas assez d’emplois. La conjoncture est mauvaise, il faut alors aider les chômeurs en attendant que l’économie se réorganise. Les allocations chômage sont justifiées, à la fois pour soutenir les chômeurs et pour soutenir l’activité car si le nombre des chômeurs est trop élevé la demande s’effondre et plonge l’économie dans la dépression. Le seconde approche considère que les chômeurs ne sont pas assez productifs et donc qu’il faut soit baisser le coût du travail, soit accroître la formation et les compétences dans un monde ouvert où la compétitive est la clé de la stabilité.

    Ça peut sembler étrange, mais parmi les économistes c’est la seconde hypothèse qui est retenue, quelle que soit d’ailleurs le rapport avec les faits. Cette dominance des théories orthodoxes se traduit dans les faits par une inclinaison des politiques d’emploi vers ce qu’on appelle les « politiques actives » du marché du travail. On a vu par le passé Edouard Balladur tenter d’imposer un SMIC jeune qui aurait été de 40% d’un SMIC « senior », ou encore Dominique de Villepin avancer son idée de Contrat Première Embauche (CPE) qui a amené  fort justement les jeunes dans la rue et qui lui a coûté sa carrière politique. Aujourd’hui c’est le même genre d’idée qu’on trouve à l’UMP soit avec J.-F. Copé lors de son débat télévisé avec une chômeuse alsacienne, Isabelle Maurer, soit avec Bruno Lemaire qui considère qu’une des solutions pour faire baisser le chômage est tout simplement de diminuer la durée des allocations chômages, sous-entendant par-là que les chômeurs se prélassent un peu, ne recherche pas assez activement de l’emploi.

     

    Chômage volontaire et théorie de l’offre

    L’idée générale est que les rigidités du marché du travail empêchent l’emploi. On voit ça dans les recommandations que la Commission européenne adresse régulièrement à la France par l’intermédiaire d’Olli Rehn ou de José Manuel Barroso : la France doit poursuivre la « réforme » du marché de l’emploi. Non seulement parce que le financement du chômage est trop onéreux et plombe les finances publiques, augmentant la dette, mais aussi parce que c’est le seul moyen de combattre le chômage. Pour les bureaucrates autoritaires de l’Union européenne, réformer le marché du travail veut dire trois choses :

    - faciliter les licenciements, en supposant que si les patrons peuvent débaucher comme ils le veulent, alors ils auront moins de réticence à embaucher ;

    - diminuer le coût du travail, cela peut-être une baisse des charges sociales comme le gouvernement l’organise depuis une trentaine d’années, mais aussi une baisse du SMIC. Il y a dans les tuyaux de la Commission européenne une réforme qui va dans ce sens : au nom de l’harmonisation de l’Union européenne, il semble qu’on se dirige vers l’établissement d’un SMIC qui serait évidemment supportable par tous les pays européens, donc par les pays de l’Est. Cette fantaisie – au nom de plus d’Europe – amènerait le SMIC a baissé en France par exemple. On négocie à l’heure actuelle autour de 300 ou 400 €. Vous remarquerez que François Hollande en bon libéral a refusé de donner un coup de pouce au SMIC lorsqu’il a été élu.

    - enfin le dernier point est celui évoqué ci-dessus d’une baisse des allocations chômage, soit en diminuant la durée, soit en diminuant le montant des revenus de remplacement.

    Le soubassement de cette approche est ce qu’on appelle la théorie de l’offre. Il faut diminuer le coût global du travail pour être compétitif. Et si le SMIC est trop élevé, on ne peut plus embaucher, car il y a beaucoup de salariés dont la productivité marginale du travail est inférieure au SMIC. Derrière cette logique qui s’appuie sur « le bon sens », le raisonnement se veut imparable : le salaire est un coût pour l’entreprise.

    En vérité cette approche est complètement erronée, mais en outre elle est hypocrite. Erronée parce qu’elle suppose que la baisse du coût du travail va inciter à l’embauche, et parce qu’elle suggère aussi que les chômeurs sont souvent des chômeurs involontaires.

    Dans le graphique ci-dessus, on voit bien qu’en réalité le chômage, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe est largement indépendant de la réforme des marchés du travail : il suit à l’inverse les soubresauts de la conjoncture. En effet il n’y a aucune raison que le taux de chômage « volontaire » change avec la conjoncture. C’est encore plus évident sans doute depuis l’année 2008. On voit clairement que le chômage progresse fortement suite à l’effondrement des marchés. Du reste depuis le début des années quatre-vingts on s’est lancé dans la réforme du marché du travail tout azimut, et cela n’a pas fait reculer le chômage structurel, bien au contraire.

    Cette manière « de droite » d’analyser le chômage signifie que les entreprises, le marché, ne sont pas responsables de ne pas créer assez d’emplois, les responsables du chômage sont :

    - les chômeurs eux-mêmes qui n’acceptent pas de travailler pour un salaire qui refléterait leur véritable productivité marginale, et qui se laissent vivre sur le compte des allocations chômage ;

    - l’Etat qui par ses règles et ses lois empêche le bon fonctionnement des entreprises. 

     

    Chômage et crise de la demande

    Cette approche est d’autant plus erronée que le monde dans son ensemble est plongé dans une crise de grande ampleur qui est une crise de la demande et non pas une crise de l’offre. On reconnait une crise de la demande au fait que les entreprises ont trop produit par rapport à la solvabilité des clients potentiels. Le symptôme de cette crise de la demande est la mise au rancart d’une fraction plus ou moins importante des facteurs de production, le capital (faillites d’entreprises) et le travail (chômage élevé).

    Dans le graphique ci-après nous voyons d’ailleurs que ce ne sont pas les pays où les marchés du travail sont « libérés » que le chômage est le plus faible. C’est presque l’inverse. L’Irlande, l’Espagne, le Portugal et bien sûr la Grèce sont maintenant les pays européens où le marché du travail est le moins régulé. Et comme on le voit cela ne les guérit pas d’un taux de chômage structurel très élevé. Les seuls pays qu’on pourraient opposer de ce point de vue sont le Royaume-Uni où le chômage est bas et le marché du travail presque totalement dérégulé, et la France où le marché du travail reste malgré tout régulé et où le chômage commence à être très haut. Mais d’autres pays comme la Pologne, la Bulgarie, et d’autres anciens pays communistes, ont un faible coût du travail, un marché du travail dérégulé et aussi un chômage élevé, parfois plus que la France. Il faut donc renoncer à vouloir expliquer le chômage par les rigidités du marché du travail. Cette idée qui était toujours mise en avant au XIXème siècle, a été réfutée par J.M. Keynes, après qu’il se soit converti à une forme d’interventionnisme soft. Pour lui, si le coût du travail explique au niveau d’une entreprise (approche micro-économique) les faibles embauches, ce n’est pas le cas au niveau d’une économie dans son ensemble (approche macro-économique) parce qu’en abaissant les salaires on prive l’économie d’une demande soutenue. C’est pour cette raison que le chômage est faible quand l’inflation est assez importante, et quand l’Etat est très interventionniste sans être totalitaire.


    Le graphique ci-dessous montre que la protection sociale n’est pas le problème, depuis le début des années 2000 elle est mise à mal un peu partout, et cela n’empêche pas le chômage d’augmenter. Il est d’ailleurs curieux que les libéraux – il y a bien sûr dans ce groupe les canailles intéressées mais aussi les « idiots utiles » du parti dit socialiste – n’ait pas compris que dans les disparitions des emplois, il y avait bien autre chose que le coût du travail. Et que certainement la déréglementation financière, fer de lance de la mondialisation, jouait un rôle bien plus important. Pour ce qui de l’Europe et particulièrement de la zone euro, le fait que le chômage y soit plus important qu’aux Etats-Unis d’une manière régulière, non conjoncturelle, montre à l’évidence que la monnaie unique a une part de responsabilité aussi. En outre les statistiques montrent clairement c’est que c’est plutôt dans l’abandon d’un modèle social avancé que s’effondre la croissance économique et l’emploi.

    Le chômage des jeunes

     

    Evidemment dans un contexte économique de plus en plus que dégradé, les jeunes sont bien plus exposés au risque-chômage. Il atteint des taux extravagants dans des pays comme la Grèce ou l’Espagne, où il est évalué à la moyenne de la population. C’est une constante d’ailleurs, le taux de chômage des jeunes est en moyenne deux fois plus élevé que le taux de chômage du reste de la population. Cette particularité permet d’ailleurs aux économistes libéraux de faire avancer leurs idées moisies. Pour eux, cette réalité statistique s’explique par l’égoïsme des anciennes générations qui défendent leurs avantages acquis. Certains ont parlé de la France comme d’un pays qui préférait ajuster le marché en sacrifiant les jeunes. Dans cette vision des choses, les solutions viennent encore d’un écrasement de la part des salaires dans la valeur ajoutée. En postulant que les jeunes sont moins productifs que les vieux, on peut au choix, faire baisser le SMIC comme le proposait Edouard Balladur, ou comme en Allemagne développer les « mini-jobs » à 300 ou 400 €. Ou encore multiplier les emplois aidés, faisant ainsi supporter la charge du coût du travail sur le « contribuable », ce qui est une autre manière indirecte de faire croître les profits.


    C’est évidemment une vieille ruse du « capital » comme dirait Marx que de présenter les choses ainsi. La vieille tactique d’opposer les travailleurs entre eux. Mais en réalité il est assez facile de voir que le chômage des jeunes n’est pas un problème spécifique : le chômage des jeunes explose lorsque le chômage de l’ensemble de la population augmente. Le phénomène est lié directement au rythme de la croissance. Traiter le chômage des jeunes comme un problème spécifique, c’est encore une fois éviter de se poser la question : pourquoi les entreprises ne créent-elles plus autant d’emplois que par le passé ?

     

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    Le débat entre J. F. Copé et Isabelle Maurer

    http://www.youtube.com/watch?v=DZ7ef2F3-fY

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    Sous la pression de la Commission européenne ; le gouvernement français s’est lancé depuis quelques mois dans une course au rééquilibrage à marche forcée des dépenses publiques, et c’est pour partie ce qui le rend aussi impopulaire. Deux objectifs sont assignés à cette orientation : éviter que la dette publique ne dérape et faire en sorte que l’Etat continue à assumer ses missions.

    La logique de cette politique d’austérité est qu’une fois le redressement des comptes publics sera réalisée, la croissance pourra enfin repartir. Cette politique fiscale, dans le droit fil des recommandations de la Commission européenne, est une politique dite de l’offre. C'est-à-dire qui espère que la croissance reviendra une fois que les charges sur le travail auront diminué.

     

    Taux de croissance des dépenses publiques entre 2007 et 2012

    Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ancien maoïste dans sa jeunesse, qui fut chassé du pouvoir par les Portugais pour trop de libéralisme, a donné quitus à François Hollande de sa politique budgétaire : « le budget de la France est globalement satisfaisant » a-t-il dit le 11 novembre 2013. Il a ajouté en même temps que "Aujourd'hui, la politique fiscale en France a atteint les limites de l'acceptabilité. La France est de loin le pays où les entreprises payent les impôts les plus élevés et ça c'est un problème pour la croissance et l'emploi". Ce qui laisserait croire contre toute attente qu’il y aurait un lien entre la pression fiscale et la croissance. C’est une idée fausse, sur le long terme, c’est même l’inverse. Une des raisons à cela est que contrairement à ce que disent les économistes orthodoxes, les dépenses de l’Etat ne sont pas improductives, même s’il est difficile de mesurer leur performance dans le PIB. La preuve empirique de ce que nous affirmons ici peut être démontrée facilement en citant les exemples de la Grèce et de l’Espagne où la dépense sociale non seulement est faible, mais a diminué et où bien sûr la croissance reste faible. Le tableau ci-dessus montre qu’il n’y a pas de lien entre croissance économique et augmentation de la pression fiscale.

     

    Relation entre dépenses publiques et écart de croissance

    De même il n’y a pas de relation négative entre « taux de croissance et dépenses publiques », comme le montre le tableau ci-dessus. La relation semble même légèrement positive ! Ce qui n’est pas étonnant si on considère que l’économie pour se développer a besoin des dépenses publiques pour financer les équipements collectifs, les infrastructures de santé et d’éducation.

    Face à la pression de l’Union européenne, le gouvernement français a donc agi de deux façons : d’un côté il a diminué les charges sociales sur le travail pour un volume estimé à environ 20 milliards €, et de l’autre, il lui faut trouver de nouvelles recettes pour boucler un budget qui ne soit pas trop en déficit. Dans un contexte de crise, de croissance quasi nulle, il est évidemment très difficile de trouver de nouvelles recettes au risque d’affaiblir encore un peu plus la demande des ménages. Pour cela le gouvernement a suivi trois pistes qui ont amené une fronde fiscale : la taxation des revenus de l’épargne, la taxation des revenus supérieurs à un million d’euros à un taux marginal de 75%, et enfin l’écotaxe.

    Evidemment une fiscalité pour s’appliquer doit être considérée comme juste, et les citoyens doivent approuver en gros les orientations de l’Etat. Ces derniers jours on a assisté à de nombreuses polémiques, manifestation des agriculteurs en Bretagne, menace de grève des clubs de football professionnels. Ces mesures ne sont pourtant pas de même nature. L’impôt contesté par les clubs professionnels de football porte sur les revenus et applique en quelque sorte le principe de la progressivité de l’impôt. Cela suppose que les plus hauts revenus payent un impôt proportionnellement supérieur à celui des classes moins fortunés. Il s’appuie sur l’idée de solidarité, mais également il suppose que les plus riches profitent bien plus que les plus pauvres des services de l’Etat. La taxation de l’épargne quant à elle lutte contre la thésaurisation des liquidités à un moment où la demande est en train de s’affaiblir. Enfin l’écotaxe consiste à pénaliser les camions qui traversent notre pays sur les autoroutes et qui polluent : c’est le principe du « pollueur payeur » qui mit en action.

    L’écotaxe s’appuie sur le principe du pollueur payeur. Son application est censée modifier le comportement des agents et faire changer les formes du trafic de marchandises. En vérité c’est un impôt extrêmement mal conçu – la responsabilité de cette catastrophe revenant au gouvernement précédent celui de Jean-Marc Ayrault. Le rendement de l’écotaxe devrait être d’environ 1,2 milliards € en année pleine. Mais cette écotaxe, votée par le gouvernement précédent l’élection de François Hollande, conformément au Grenelle de l’environnement, pose plusieurs questions. La première est de savoir si cette écotaxe pénalisera ou non les produits locaux par rapport à la concurrence étrangère. Le fait que cette écotaxe ne porte pas sur le trafic autoroutier est déjà en soi une aberration : non seulement cette écotaxe rabattrait le trafic vers les autoroutes payantes au profit des sociétés qui rackettent les passages, mais en outre, elle ne taxerait pas le transport longue distance comme c’est le cas en Allemagne par exemple, puisqu’il va de soi que les transports de longue distance empruntent les autoroutes et non pas les routes secondaires.  La seconde est l’utilisation de cette écotaxe. A quoi servira-t-elle ? Il semble qu’une partie seulement de celle-ci serve à améliorer la mobilité, et que l’autre serve en fait à renflouer les caisses de l’Etat.

    Enfin la question qui est posée, est celle de la privatisation de cet impôt. En effet, dans le cadre d’un partenariat public-privé, c’est un groupement d’entreprises qui sera chargée de prélever cette taxe, et qui au passage en prélèvera une partie pour rentabiliser ses investissements. Ce qui fait grincer des dents, c’est que pour un investissement d’environ 650 millions €, le groupement Ecomouv engrangerait environ 2,5 milliards € en 14 ans. Cela est basé sur le fait qu’Ecomouv prélèverait 20% des recettes pour son propre compte. Devant la fronde bretonne, le gouvernement a dû reculer. Cette reculade risque de lui coûter très cher : d’une part à cause du manque à gagner, et d’autre part parce que la remise en question d’Ecomouv risque de devoir l’obliger à verser des compensation aux entreprises qui vont se dire lésées d’avoir perdu cette manne, puisqu’elles avaient signé un contrat avec le gouvernement de François Fillon. On peut supposer que cette écotaxe va revenir sous une autre forme devant le parlement et finira par être adoptée.

      

    La révolte contre l’écotaxe a donné lieu à des scènes d’émeute

     La taxe à 75% des hauts revenus était une promesse très populaire de François Hollande lors de sa campagne électorale. Cette taxe a connu beaucoup de vicissitudes avant d’être votée. Elle doit être ponctuelle. Elle devrait porter sur l’année 2013, sans qu’on sache si elle sera reconduite, et devrait rapporter 500 millions €. Elle est revenue sur le devant de la scène avec la fronde des présidents de clubs de football qui avancent qu’elle mettra le football français en péril face à la concurrence étrangère. Sur ce point, il ne semble pas que le gouvernement revienne sur sa décision, essentiellement en invoquant que la taxe doit s’appliquer sans exception à tout le monde. En dehors du milieu footballistique, cette  taxe est critiquée au motif qu’elle induirait les riches à s’expatrier et qu’ainsi on perdrait à terme de nouvelles recettes fiscales. L’argument avancé, mais non chiffré, est que dans un monde ouvert, soumis à la concurrence fiscale, il est impossible d’aller dans ce sens. Cet argument semble être contredit par les récentes tendances qui voient le nombre de rapatriés fiscaux augmenter en France.

    La taxe sur l’épargne avait pour objectif de freiner la thésaurisation, mais également de trouver environ 600 millions € qui auraient été destinés au financement de la Sécurité sociale. Ici le problème est différent. Ce qui a été reproché au projet gouvernemental c’est que finalement il taxe aveuglement aussi bien l’épargne des riches que des plus pauvres.

    Si la taxe de 75% à la marge sur les revenus qui dépassent 1 millions € semble devoir être maintenue, il est probable que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault va se trouver dans l’obligation de réviser ses choix fiscaux. Il paraît peu probable qu’il y renonce complètement parce que dans ce cas-là le bouclage du budget ne serait plus assuré, même si devant cette fronde fiscale il a pu sembler reculer.

    La question fiscale inaugure une période dangereuse car elle réunit un ensemble très hétéroclite d’opposants, des petits patrons aux opposants au mariage pour tous, de l’UMP à tous ceux qui souffrent de l’accroissement de la pression fiscale. Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avait cru contourner l’obstacle en se privant d’une vraie réforme, en agissant au coup par coup. Les déboires du gouvernement français s’ils montrent que dans une situation économique dégradée une politique fiscale est difficile à mettre en œuvre, mettent en avant aussi la grande diversité des intérêts qui alimentent la fronde fiscale. La question est de savoir si le taux global de taxation a atteint un niveau trop élevé pour l’économie française, et si, pour tenir le pari de redresser les comptes publics, le gouvernement n’a plus aujourd’hui que le choix de tailler dans les dépenses, au risque d’affaiblir un peu plus la demande et la protection sociale. Une autre piste pourrait s’offrir à lui, avoir le courage d’une vraie réforme fiscale qui remette tout à plat. Les pistes seraient les suivantes :

    - augmenter la progressivité de l’impôt sur le revenu ;

    - adopter un impôt sur les entreprises qui tienne compte de l’emploi par exemple en divisant le chiffre d’affaire par le nombre des salariés, ce qui aurait pour conséquence d’encourager les entreprises à embaucher et non à licencier, et taxerait la valeur ajoutée en fonction de son utilisation ;

    - faire baisser le taux de taxation de la consommation et généralement les impôts indirects qui sont les plus injustes ;

    - surtaxer les entreprises du secteur financier qui vivent de la spéculation d’une manière directe ou indirecte, favoriser ainsi les entreprises qui créent réellement de la valeur dans la domaine de l’industrie et de l’agriculture par exemple ;

    - enfin on pourrait imaginer la mise en place de taxes sur les importations. Cela amènerait de nouvelles recettes, mais participerait du même coup à la réindustrialisation de la France, donc à l’emploi et à des recettes fiscales futures.

    On voit encore une fois que la solution à la crise fiscale passe aussi par la mise à distance des institutions européennes dont la logique aujorud’hui punit lourdement le gouvernement « socialiste » pour avoir été trop bon élève de l’Europe.

    Liens

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/10/30/ecotaxe-questions-autour-d-un-partenariat-public-prive_3505398_3234.html

    http://www.marianne.net/Ecotaxe-l-enfant-de-la-privatisation-des-autoroutes_a233431.html

    http://www.bfmtv.com/economie/taxe-hauts-revenus-devrait-rapporter-500-millions-483064.html

    http://www.francetvinfo.fr/economie/impots/exil-fiscal/pres-de-5-000-evades-fiscaux-francais-veulent-regulariser-leur-situation_348248.html

    http://www.agefi.fr/fiche-blogs-wikifinance/fiscalite-de-l-epargne-le-piege-des-taux-bas-2691.html

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/10/28/20002-20131028ARTFIG00409-taxe-sur-l-epargne-la-colere-toujours-vive.php

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20131112.OBS4904/barroso-juge-globalement-positif-le-projet-de-budget-francais.html

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