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    Parmi les slogans les plus populaires véhiculés par les économistes libéraux, il y a cette idée fausse selon laquelle la pression fiscal est mauvaise non seulement pour la croissance mais aussi pour le rendement même de l’impôt.

    C’est une idée très ancienne et qui remonte à Adam Smith, on la trouve en 1776 dans Enquête sur les causes de la richesse des nations. Dans cet ouvrage qui est encore aujourd’hui la bible des économistes orthodoxes, on peut lire que la trop forte pression fiscale nuit à la croissance, et donc qu’il faut maintenir l’Etat strictement dans ses fonctions régalienne.

    C’était une rupture par rapport aux économistes qu’Adam Smith qualifiait de mercantilistes. En effet, ceux-ci avançaient au contraire que les dépenses de l’Etat était une nécessité et donc qu’il fallait prélever un impôt suffisant de façon à ce que l’Etat joue son rôle dans le développement de la nation. Smith qui croit au marché et à sa main invisible pense bien sûr le contraire.

     

    Adam Smith

     A cette époque la pression fiscale est très faible : certainement inférieure à 10% du PIB en Angleterre, et probablement plus proche des 5% en France. Or entre 1776 et aujourd’hui cette pression fiscale passera de 5% à presque 50% dans les pays développés. Ce qui veut dire que cet accroissement de la pression fiscale a au moins accompagné de tout temps la croissance, sauf à avancer que depuis Smith la croissance a été nulle dans les pays riches, ce qui me semble osé. La raison est que l’Etat produit des biens publics qui sont nécessaires à cette croissance, que ce soit dans les domaines de la santé, de l’éducation et des infrastructures.

    La preuve du caractère erroné du raisonnement est que chaque fois qu’on essaie de faire baisser les taux de prélèvement – donc qu’on met en place des politiques d’austérité – on tue tout simplement la croissance, à court terme parce que la demande étatique ne soutient plus la croissance, et à moyen et long terme parce que les investissements publics font défaut.

     

    La courbe de Laffer

     

    Le raisonnement erroné de Smith a retrouvé une certaine vigueur, ou du moins une popularité lorsque l’administration Regan se lança dans un programme de baisse des impôts sur les hauts revenus. L’idée était qu’une trop forte pression fiscale décourageait les initiatives entrepreneuriales et donc elle finissait par peser sur le rendement de l’impôt. La courbe de Laffer – du nom de l’économiste Arthur Laffer qui traça cette courbe sur une nappe de restaurant – est censé montrer que les taux d’imposition peuvent croître jusqu’au taux B et que cela augmente les rentrées fiscales, mais au-delà, le rendement de l’impôt devient de plus en plus faible. Pour faire simple disons que si le taux de prélèvement est de 0% les recettes de l’Etat seront évidemment nulles, mais que s’il est de 100%, il sera confiscatoire – pour reprendre le vocabulaire courant des idéologues de droite – et il découragera la production.

    L’apparente vérité de cette démonstration se heurte à deux éléments. Le premier est purement technique qu’elle est la valeur de B ? Comment la déterminer ?

    La seconde est empirique. On voit que des pays avec des taux de prélèvement fiscaux élevés ont une croissance forte, comme les pays du nord de l’Europe, tandis que des pays en voie de développement ont aussi des taux de prélèvement fiscal très faibles.

      

    En tous les cas, comme le montre le graphique ci-dessus que j’emprunte à Anthony Meilland, il y a plutôt une relation positive entre le taux de prélèvement fiscal et la richesse d’un pays. Ce qui vérifie ce que j’ai plus haut, à savoir que les dépenses de l’Etat participaient au développement.

    On peut le voir aussi sur le graphique suivant, emprunté à l’OIT (Organisation Internationale du Travail) qui montre qu’il y a une relation très nette entre les dépenses de sécurité sociale et la richesse d’un pays. Ce qui laisse entendre que les dépenses de l’Etat ne sont pas des dépenses improductives, mais au contraire des investissements.

      

    Pour conclure, plus que la pression fiscal, ce qui importe c’est la façon dont l’impôt est réparti. On peut faire porter l’impôt sur les revenus, sur le capital ou sur la consommation. Vers la fin du XVIIIème siècle, les Physiocrates considéraient que l’impôt devait être unique et porter sur le capital, c’est ce point de vue que défendra ensuite Léon Walras et plus tard Maurice Allais, prix Nobel d’économie français.

    Depuis l’entre-deux-guerres les gouvernements des pays les plus riches se sont servis de l’impôt sur le revenu pour corriger les inégalités engendrées par le marché : c’est l’impôt progressif. Mais depuis une trentaine d’années, sous la pression de la mondialisation, ces mêmes gouvernements ont fait machine arrière et ont tous abaissé la progressivité de l’impôt, reportant le manque à gagner sur la consommation, cet impôt fonctionne à l’envers de l’impôt progressif sur le revenu et pénalise d’abord les plus pauvres, mais pénalise aussi la demande. Ce qui explique pour partie la faible croissance dans laquelle la doctrine libérale nous a mis puisque nous sommes bien dans une crise de surproduction.

      

    Le graphique ci-dessus, dû à Thomas Piketty montre que le système d’imposition en France qui tient compte de l’ensemble des impôts, est devenu au fil des réformes fiscales libérales dégressif pour les classes les plus aisées, c’est-à-dire les revenus des 10% les plus riches. Thomas Piketty pensait que tout de même l'élection de François Hollande servirait un peu à compenser cette dérive, cela n'a pas été le cas.

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    Discutons un peu d’économie. Ce n’est pas très drôle, mais c’est sans doute nécessaire.

    François Hollande est venu le 26 septembre 2013 à Florange, alors même que les ouvriers et les syndicalistes sont plus que déçus, car depuis son élection le président de la république n’a rien fait pour la sidérurgie française. Les journalistes ont salué son courage, sachant qu’il n’allait pas être bien accueilli. Il a été copieusement sifflé. Il a fait un discours genre langue de bois, « je ne vous abandonnerais pas », « l’Etat sera derrière vous », « je reviendrais tous les ans ». Du baratin qui sert à masquer évidemment la démission de l’Etat. La seule chose qu’il a annoncé est la création d’un centre de recherche doté d’une petite enveloppe de 20 millions d’euros. C’est bien sûr dérisoire puisque la création d’un centre de recherches sur la sidérurgie ne peut pas remplacer la sidérurgie elle-même et les emplois qui vont avec. Que faire d’un centre de recherche sur la sidérurgie si les hauts fourneaux sont arrêtés ?

    Certes de bons esprits feront remarquer qu’à l’ère de la décroissance, défendre la sidérurgie est une attitude passéiste. Sauf que dans la mesure où nous consommons les produits de la sidérurgie, il vaut mieux les produire sur notre territoire. Les raisons sont multiples, d’abord parce que la sidérurgie possède un multiplicateur d’emplois très élevé : lorsqu’on crée un emploi dans ce secteur, c’est 8 ou 9 emplois induits ou indirects que l’on crée. La seconde raison c’est que quant à consommer des produits de la sidérurgie, il vaut mieux les produire sur place puisque cela diminue les coûts de franchissement de l’espace et donc les nuisances qui vont avec. Il ne faut surtout pas confondre la décroissance assumée parce qu’on a la volonté de changer de modèle de production et de consommation, et la décroissance subie parce que l’économie s’effondre.

     

    Enfin, il y a le fait qu’il est bien meilleur de ne pas être dépendant de la production des autres pays : sur le long terme cela coûte cher. C’était déjà la leçon des auteurs du XVIème et XVIIIème siècle qu’on nomma à la suite d’Adam Smith et d’une manière très péjorative les mercantilistes.

    Le problème est que dans le contexte des institutions européennes, il est interdit, pour des raisons purement idéologiques qui supposent que le marché est plus efficace que l’Etat dans la gestion de l’économie, que l’Etat intervienne, par exemple en nationalisant Florange. C’est la raison européenne qui s’impose. Un cas comme celui de Florange aurait été réglé à l’avantage de la France et de ses ouvriers si elle n’était pas engluée dans la logique de l’Union européenne : on aurait nationalisé. Mais les « socialistes » actuels, de par leur origine sociale, ont beaucoup de mépris pour le travail ouvrier et pour toute la culture qui va avec, aussi ils pensent tout à fait que la disparition de la sidérurgie n’est pas un problème : il suffirait de recréer des emplois par exemple dans le secteur de la domesticité, la restauration, le tourisme, etc. Et puis ils ont tellement bien intégré maintenant la logique libérale qu’ils sont persuadés de l’efficacité du marché, même si l’exemple récent de la crise montre évidemment le contraire. Et donc pour eux le mot même de nationalisation leur apparaît comme une grossièreté.

    Ces jours-ci ont été publiés les chiffres de l’emploi. Il ressort que le chômage a reculé. La baisse est selon les catégories qu’on retient, comprise entre 50 000 et 70 000 unités. Les socialistes, tout en faisant semblant de rester prudents, se sont réjouis, arguant qu’on était dans la bonne voie. Mais la plus grande partie de la population reste sceptique.


    Comment analyser ces chiffres ? Certains ont cru bon de dire que cela était le résultat d’un  gonflement des radiations. Personnellement je ne pense pas que cela soit le seul effet de tripatouillage des chiffres. Il y a une petite reprise économique dans l’Union européenne, le Royaume Uni connait une embellie, et donc par effets de proximité, cela se traduit sur l’économie française.

    Les questions qu’il faut se poser aujourd’hui sont :

    - est-ce que cette baisse est suffisante ?

    - est-ce qu’elle annonce une inversion de la courbe, inversion promise par Hollande un petit peu imprudemment ?

    La réponse est non aux deux questions. Le chômage, quel que soit le critère retenu reste installé à des niveaux records. Mais le plus inquiétant est que l’industrie ne redémarre pas. Or, comme je l’ai dit plus haut, c’est là que le multiplicateur d’emplois est le plus fort. Pour donner un exemple, le multiplicateur d’emplois est de 8 ou 9 dans la sidérurgie, mais seulement de 1,1 dans le secteur de l’informatique. Si le chômage recule plus fortement au Royaume Uni, c’est essentiellement parce qu’il n’est pas englué dans la zone euro, et qu’en jouant sur la valeur de la livre sterling, il peut modifier à son avantage le taux de change qui détermine sa compétitivité sur les marchés extérieurs. Le taux de chômage dans ce pays se situe en dessous des 8% de la population active. Parallèlement on remarque que s’il y a encore quelques années la part de l’industrie était beaucoup plus forte en France qu’en Grande-Bretagne, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Tant que l’industrie ne redémarre pas, la courbe du chômage ne s’inversera pas, même si on réforme le marché du travail pour faire baisser les coûts de production.

    Hollande s’est félicité de ces bons chiffres, mais a dit que pour que la courbe s’inverse véritablement, il fallait accroître la compétitivité de l’économie française. Or pour améliorer la compétitivité – j’ai de la peine à employer ce mot affreux – il n’y a que deux façons :

    - la première est de faire chuter la valeur de la monnaie, dévaluer – ce que font les britanniques – mais comme nous sommes dans l’euro ce n’est pas possible ;

    - la seconde est de faire chuter le coût du travail, ce qu’on nomme la déflation salariale et qui se traduit par une baisse du salaire direct ou du salaire indirect, par exemple en diminuant le coût de la protection sociale.

    C’est manifestement cette seconde voie qu’Hollande a choisi. C’est une voie sans issue parce que pour faire chuter les salaires suffisamment afin d’être de nouveau compétitif, il faudrait que la baisse soit tellement forte que cela massacrerait la demande intérieure et plomberait le retour de la croissance. L’exemple de la Grèce doit être médité.

     

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    Cet ouvrage qui date de 1957 traite du stalinisme et des débuts de la déstalinisation. On pourrait croire que cela n’a rien à voir avec notre époque, rien n’est plus faux.

    Si l’ouvrage est facile à lire, il est par contre plus difficile d’en comprendre les intentions profondes, puisque s’y mêlent aussi bien l’examen d’une réalité fuyante et troublante à une sorte de méditation sur la pratique révolutionnaire et la nécessité de conserver sa place dans le mouvement massif de lutte contre le capital.

    Dans un premier temps Marïen examine les conséquences de la révolte de Budapest qui a entraîné la remise en question de l’engagement communiste de très nombreux intellectuels. S’il dénonce la méthode de cette dénonciation, il n’approuve nulle part l’intervention soviétique en Hongrie, mais en même temps il justifie, bien malgré lui, sa propre position, puisqu’à l’époque Marïen est encore membre du Parti communiste belge. Au fond ce qu’il en dit c’est que les intellectuels à force de faire de la théorie ne sont finalement jamais engagé dans les combats importants. Ce qui est vrai bien sûr, mais qui en même temps peut justifier n’importe quelle position au nom de l’efficacité. Marïen pense tout de même qu’il faut défendre le régime soviétique parce qu’il conteste vraiment le capitalisme, notamment par la mise en place d’une propriété collective des moyens de production. Ce principe nous apparaît d’autant plus important, qu’aujourd’hui qu’il n’existe plus de régime se réclamant du communisme on voit que le développement des tendances sans frein du capitalisme prédateur entraîne le monde dans le chaos.

    Le second point développé dans ce petit ouvrage est le rapport Kroutchev. Après avoir dénoncé l’hypocrisie de la position minoritaire trotskiste – par exemple en rappelant la phrase imbécile de Trotski selon laquelle le parti a toujours raison – il examine la possibilité du stalinisme. C’est le passage le plus intéressant. Car s’il dénonce la folie qui s’empare du pouvoir dès que celui-ci est conquis, il ne sépare pas, bien au contraire cette folie de la soumission de ceux qui par leur attitude consolident ce pouvoir. C’est-à-dire que les formes du pouvoir par ce jeu de domination et de soumission deviennent plus importantes que l’exercice même du pouvoir.

    Mais la réflexion la plus importante de Marïen porte sur la notion de peuple. C’est là sans doute ce qu’il y a de plus actuel. En effet le peuple est dans la théorie à la fois le sujet et l’objet de la lutte des classes. On ne sait pas ce que c’est que le peuple, on ne sait pas ce qu’il veut, et d’ailleurs il n’existe que quand il se met en mouvement. C’est au nom du peuple que s’engagent les combats contre l’oppression, et la vision marxiste suppose que le peuple s’emparera de ce combat, le fera sien et de ce fait engendrera une société très différente. Or nous dit Marïen, on ne sait pas ce que c’est que le peuple car celui-ci peut se jeter à l’occasion aussi bien dans les bras d’Hitler que dans ceux de Staline, sans plus de recul dans l’un comme dans l’autre cas. Et puis le peuple n’a guère de suite dans les idées. S’il lui arrive de se révolter d’une manière sauvage et inattendue, il abandonne ensuite le pouvoir à une classe ou caste qui poursuit d’autres intérêts que les siens. Cette versatilité imprévue dans le cours de l’histoire introduit justement le rôle du hasard dans celle-ci.

      

    Cette analyse de ce qu’est le peuple ne serait rien sans un examen des conditions de ses manipulations, notamment en ce qui concerne la propagande. Marïen souligne l’importance d’une propagande brutale et simpliste dans le maintien du pouvoir de Staline, propagande qui s’appuie sur des slogans débiles selon lesquels Staline est un génie, un grand savant, etc. mais c’est pour montrer que ce type de propagande est au cœur même du système capitaliste : c’est la même chose de faire de la propagande pour une marque de savon ou un dictateur. Cela passe par les mêmes mensonges, mais cela signifie aussi que les masses aiment à jouer ce jeu de la crédulité. En effet comment croire que les masses justement adhèrent raisonnablement à l’idée que Staline est un grand savant, ou un grand agriculteur, mais comment croire de manière symétrique que les masses adhèrent de la même manière à des slogans stupides selon lesquels telle marque de lessive lave plus blanc ou que tel dentifrice protège la qualité de nos dents.

    C’est bien là que l’ouvrage est d’une grande actualité parce qu’en effet le système de domination par la propagande s’est affiné et développé. Par exemple dans la mise en scène de la nécessité de l’Union européenne comme but en soi. On ne sait plus très bien pourquoi il faut construire l’Europe et conserver l’euro, tant leurs résultats économiques sont décevants, mais on fait semblant de croire que c’est un combat décisif. En vérité c’est bien le décalage qui s’installe entre les promesses du pouvoir – l’avenir communiste radieux, ou la création d’une Europe harmonieuse et prospère – et la triste réalité des performances qui explique une partie de la violence brutale que le peuple met en œuvre contre les aberrations du pouvoir. On remarque que ce sont les staliniens les plus aveugles qui ont été à la fois les critiques les plus tardifs et les plus virulents de ce système. La violence des critiques de Stéphane Courtois[1]contre le communisme est aberrante non pas parce que ces critiques ne sont pas fondées, mais parce qu’elles interviennent bien trop tard lorsque le régime communiste est mort et enterré, et surtout alors que celui-ci marxiste tardif façon maoïste, avait fait pendant longtemps dans son militantisme échevelé  l’impasse sur la réalité du communiste en Chine comme en Russie.

    Pour autant, Marïen est assez mal à l’aise parce que si d’un côté il critique l’idée même de peuple, de l’autre il a bien du mal à abandonner l’idée de lutte des classes. Debord gardera un peu la même attitude : produisant une théorie très élitiste, compréhensible seulement par des gens très cultivés, tout en revendiquant pour les masses un droit à la révolte spontanée. La parenté qu’il y a entre les deux hommes, c’est cette ambiguïté et par suite la critique trotskiste des avant-gardes.  Ce n’est pas un hasard s’ils se sont rencontrés, mais à lire l’ouvrage de Marïen on comprend mieux pourquoi ils se sont séparés. En effet Marïen a bien du mal à virer sa cuti, comme d’autres staliniens flamboyants – je pense à Roger Vailland – il s’éloigne du parti et de la manière soviétique de prôner la révolution sur la pointe des pieds, tandis que Debord va au contraire verser dans le militantisme anti-stalinien. N’est-ce pas cette distance entre les deux hommes qui fait que les surréalistes belges, au grand regret de Debord, ne participeront pas à la création de l’IS.

     

    Extraits

     

    « Autant il serait absurde de tirer de la douleur de Trotsky la moindre interprétation spéculative, autant l’on s’étonne que le biographe que se voulait Trotsky, s’y essaie à propos de l’accablement de Staline. Loin donc que s’éclaire le personnage de ce dernier, c’est plutôt celui de Trotsky qui, de ce biais, se précise sous nos yeux, sa psychologie particulière, son tempérament, et bien mieux que ne le montre son autobiographie monumentale. De sorte qu’il ne manque, pour nous approcher de Staline, que la biographie que celui-ci aurait pu nous donner sur Trotsky. Nous voici ramener à nos remarques antérieures, qui consistaient à reconnaître la littérature historique comme un genre littéraire assez voisin du roman, à la seule différence des noms propres, des dates et des lieux qui, dans l’un, relèvent de l’arbitraire pur, dans l’autre, se doivent d’être respectés par l’auteur sous peine de perdre tout crédit » p. 37

     

    Bien sûr les boutiquiers n’ont rien inventé du tout. Ils se fondent simplement sur une expérience qui a deux mille ans d’âge. Car, faut-il le rappeler, la méthode vient en droite ligne de Jésus, roi des Juifs et fils de Dieu, rien de moins que le créateur du monde, commerçant jusqu’à la moelle. Aussi bien la méthode tient en deux mots : promettre ce qui n’existe pas, faire comme si le démenti constant de ce qui est, de ce qui est visible, tangible jusqu’à vous faire hurler de douleur, était nul. De pain ? Pensez-vous ! Mais c’est ma chair même. Du vin ? Vous voulez rire ! Mais c’est mon sens que vous buvez » p. 87.

     

    « Si bien que l’on pourrait observer que le peuple équivaut en quelque sorte à une sphère dont la circonférence est partout et le centre nulle part. Or de temps en temps, sans crier gare, un grand remous se produit, qui s’enfle, qui déferle, et l’on voit le peuple tout entier descendre dans la rue. Le voilà donc enfin celui que l’on cherchait vainement jusque-là, dont on était bien près de croire qu’il n’était que fumée, et qui pareil à une énorme vague fracassante s’abat sur les villes, pulvérisant tout sur son passage. […]Mai c’était une existence éphémère. Que les rênes viennent à manquer ou qu’elles rompent dans la mêlée, cette force immense livrée à elle-même aussitôt se morcelle et s’effrite, pour retourner lentement au silence et à ses ornières ancestrales »p.91

     

    « Or il convient de faire ici une remarque banale mais quand même singulière. Contrairement à ce que depuis cent ans l’on n’a pas cessé d’affirmer sur tous les tons, en tous lieux, à tous propos, le peuple est foncièrement réactionnaire. Ni créateur ni inspiré. Le misonéisme est son sentiment naturel. Il n’abhorre rien tant que l’aventure et le changement, la rupture de ses plus médiocres habitudes. L’histoire du travail humain est aussi bien l’histoire d’une suite ininterrompue de sourdes protestations du peuple contre l’amélioration de son sort. […] Et le peuple n’aime en vrai que le sommeil, ses aises, les maigres aises qui lui sont données presque de force ; grâce à lui certes, mais en même temps malgré lui. Il n’aime rien tant que de ne penser à rien. S’il pense malgré tout, s’il désire si peu que ce soit, ce ne peut être qu’à la condition de se détacher, de s’isoler de la masse amorphe et engourdie, c’est-à-dire de cesser de se confondre avec cette abstraction que l’on nomme « le peuple », de cesser de l’être, ou mieux : de cesser de pas être, tout simplement. Bref de devenir « un homme ». p. 92-93.

     

     « Car rien n’est plus mêlé, moins pur, que ces irruptions impromptues. Le peuple est un acteur prodigieux, qui se plie à tous les rôles, les assume tous à la fois, bourreau et victime, juge et criminel ; écrasant de son pas lourd et souverain les subtilités théoriques comme les guerres et les maladies font les hypothèses des historiens et des médecins. D’où vient qu’il passe sans discontinuer du « fascisme » au « communisme », au désespoir, dans les moments de fièvre, des idéologues vétilleux. La révolte est le creuset où toutes les doctrines se mêlent et se consument d’un seul coup, où la vie soudain les calcine et les transcende d’un seul et gigantesque bond. C’est au tour des théories de la rattraper : l’insurrection devient un art. Et c’est dans cette course décisive contre le temps, où chaque seconde est précieuse, où chaque minute est exceptionnelle, où chaque heure est grosse de miracles, que la révolution et la contre-révolution s’affrontent sans reprendre haleine    […] Mais quelle que soit cette issue, le peuple n’est pas, et par définition ne peut être, révolutionnaire. Il n’est de la révolution que l’outil ; l’agent et non la cause ». pp. 95-96


    [1]Le livre noir du communisme, Robert Laffont, 1997.

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  • Par les temps qui courent, faire de la politique est bien délicat, et on a même en prime la quasi-certitude de se tromper. Mais c’est tout de même une obligation morale que de tenter de réformer une société qui semble aller de travers et ne promettre que des ennuis aux générations futures. Le problème est d’autant plus ardu que les partis dits de gouvernement qui ont des députés, des journaux et des tribunes un peu partout semblent assez loin des sujets importants.

    Les raisons des s’indigner sont très nombreuses, et tous les jours on en voit arriver de nouvelles. Chacun a son point de vue, les uns essaient d’agir pour que la guerre en Syrie ne devienne pas un piège pour la France, d’autres se mobilisent contre le Front National. C’est beaucoup d’énergie et selon moi dépensée en pure perte, ça sert à masquer le degré de confusion dans lequel nous vivons.

    Bien sûr l’engagement de Hollande sur la Syrie, soutenu d’ailleurs et curieusement par Le Monde, ne nous plait pas beaucoup et le FN non plus. Mais il me semble que la question syrienne est pour Hollande une sorte de dérivatif qui l’excuse un peu de sa politique très droitière depuis qu’il a été élu.

    Je n’ai guère de certitude, mais il me semble que si nous voulons faire un peu de politique autrement, il faut commencer par penser ce qui est important et directement compréhensible. Deux sujets me semblent devoir être traités en priorité : le premier est celui de l’économie et le second celui des institutions et de leur fonctionnement.

     L’économie

     Si ce thème est important, c’est parce que depuis environ une trentaine d’années, on vit dans une insécurité économique de plus en plus grande. Le chômage augmente, les salaires sont orientés à la baisse et les déficits se creusent. Je ne vais pas analyser les raisons de tout ça ici, globalement c’est le résultat de la contre-révolution conservatrice initiée par les affreux Reagan et Thatcher au début des années quatre-vingts et qui s’est traduite par la déréglementation tout azimut des marchés. Mais il me semble que cette politique économique ne fonctionne pas, même du point de vue des critères de l’économie la plus bornée : les crises se succèdent, la croissance est en berne et le bien-être se délite. Il est tout de même curieux que ceux qui sont les plus acharnés à défendre les idées de croissance et de compétitivité proposent finalement que des politiques économiques qui amènent la décroissance et le chaos. Je suis favorable à l’idée de décroissance en général, une décroissance assumée et non pas subie comme aujourd’hui, mais je n’en parlerai pas ici pour la bonne raison que les conditions politiques de son avènement ne sont pas réunies.

    Si on doit s’intéresser à l’économie, ce n’est donc pas forcément à la manière des économistes qu’on le fera. On doit partir, il me semble, de ce qu’on peut constater facilement à l'aide d’une observation simple de la réalité de tous les jours. Ainsi ce n’est pas tant le chiffre du chômage qui importe, et la façon dont on le calcule, mais plutôt le fait que le chômage augmente sans frein.

      

    Mais le chômage n’est pas la seule variable qui se dégrade, il y a aussi la croissance. Elle est très faible depuis des années dans la zone euro. On remarque que si on rapproche la faiblesse de la croissance et la montée du chômage, il n’y a pas de lien entre chômage et fonctionnement du marché du travail, et donc que toutes les politiques qui visent à déréglementer le droit du travail pour que le marché soit plus fluide, visent en réalité autre chose, l’accroissement de la part des profits pour le capital. De manière mécanique la faiblesse de la croissance entraîne une montée du chômage et aussi des moindres rentrées fiscales et de cotisations sociales, ce qui plombe les déficits publics.

    La faiblesse de la croissance s’accompagne d’une montée des inégalités. Les inégalités de revenus sont alimentées à la fois par le chômage et par les réformes fiscales qui, dans le monde entier et depuis trente ans, sont favorables aux hauts revenus et aux entreprises, les baisses d’impôts pour ces catégories étant compensés par une hausse de la TVA, impôt le plus injuste qui soit.

     

    Ainsi il vient que le programme économique minimal de gauche doit se centrer sur les questions suivantes :

    - comment combattre le chômage d’une manière sérieuse, sans pour autant proposer des emplois au rabais (mini jobs à l’allemande par exemple) ;

    - comment combattre les inégalités, limiter la progression de celles-ci, autrement dit comment redistribuer de la richesse vers les plus démunis ;

    - comment limiter les dégâts causés par la trop grande concentration du capital Au passage il me semble qu’il faut s’attaquer directement à la finance en la mettant sous tutelle, mais encore à des monopoles prédateurs comme ces sociétés d’autoroutes qui usent et abusent de leur situation pour rançonner les automobilistes.

    Evidemment les voies de la réforme doivent s’inscrire dans des institutions, et au besoin, si celles-ci résistent, il faudra en changer. C’est bien pour ça que périodiquement en France on bouleverse les règles et les constitutions, que ce soit en 1789, en 1945 ou encore en 1958.  Est-ce que le programme que j’ai défini ci-dessus est compatible avec nos institutions ?

     

    Le fonctionnement des institutions

     

    Discuter du fonctionnement des institutions est une tentative de repenser le cadre dans lequel s’exerce le pouvoir politique. La question se pose de plus en plus avec la disparition progressive de la démocratie la plus élémentaire. Depuis 2005 et la victoire du « non » au référendum sur le TCE, l’oligarchie se moque ouvertement de nous, en France, au Pays-Bas et ailleurs en Irlande où on refait voter les Irlandais jusqu’à ce qu’ils votent correctement, c'est-à-dire « oui ».  Mais ce hold-up sur la démocratie parlementaire va tout de même un peu plus loin. Lorsque Hollande a été élu, il l’a été, qu’on le veuille ou non, pour faire une politique différente de celle de son prédécesseur, pour renégocier les traités, produire une réforme fiscale qui irait dans le sens d’un peu plus de justice. Et c’est bien pour cette raison que sa cote de popularité est encore plus basse que celle de son prédécesseur pourtant très détesté.

    Alors évidemment dès qu’on va parler des institutions, on en revient à la lancinante question de savoir qui a le droit d’exercer le pouvoir et de définir les règles de la vie sociale et économique. On est habitué en France depuis au moins 1789 avec l’idée selon laquelle le pouvoir doit refléter la volonté populaire. Certes cette idée est le plus souvent restée à l’état de vœu pieu, mais c’était encore souvent à l’abri du suffrage universel : au fond quand on avait des hommes politiques nuls, et bien on ne pouvait s’en prendre qu’à notre incapacité à en trouver de meilleurs. Donc, jusqu’à une date récente on vivait avec la démocratie bourgeoise, et avec ses limites. Mais aujourd’hui cette démocratie bourgeoise est en train de disparaître sous nos yeux. Elle est de plus en plus remplacée par l’idéal de « gouvernance » qui émane des organismes bureaucratique comme la Commission européenne, le FMI et quelques autres boutiques à la solde du grand capital. Le mot de gouvernance n’a pas été utilisé au hasard, même si beaucoup de ceux qui l’emploie ne comprenne pas le sens de ce mot d’origine anglaise. Il signifie qu’une politique économique est neutre par rapport aux hommes politiques, à l’électorat et à l’opinion. C’est le gouvernement par les experts.

    Les mécanismes institutionnels sont critiqués, à la fois parce qu’ils ne semblent pas tenir compte du peuple et de l’opinion, c’est la coupure des élite, et parce qu’ils fonctionnent sur la base de l’expertise. Mais également le fonctionnement des institutions européennes montrent tous les jours que cela ne marche pas. La question syrienne a vu encore une fois les pays de l’Union européenne s’opposer sur la nécessité d’agir, incapables de définir un semblant de politique commune. Et pourtant, l’Union européenne s’est dotée en 2009 d’un président, Herman Van Rompuy, et d’un ministre des affaires étrangères, Catherine Ashton, ces nominations étant censées compensé le vide politique du fonctionnement des institutions européennes.

      

    Les charismatiques Van Rompuy et Ashton entraînant l’Union européenne vers la joie, le bonheur et l’unité

     La conclusion est que la tâche la plus urgente est de se réapproprier la parole en quelque sorte, aussi bien pour proposer des nouvelles formes institutionnelles que pour amener une nouvelle politique économique et sociale qui change la réalité morose de manière significative.

     La tâche la plus urgente

     Il va de soi que tous les problèmes que nous connaissons aujourd’hui ne peuvent être réglés facilement et en même temps. Il y a des priorités, et cela d’autant plus que certains problèmes, comme le chômage ou la dette, sont dépendant plus généralement de l’organisation de la production et de la distribution des revenus. L’action politique ne peut s’appuyer que sur un programme simple et clair, qui soit compréhensible par tout le monde, puisqu’en effet si on vise à une démocratie véritable, on ne peut pas reproduire indéfiniment cette coupure entre les élites qui savent et ceux qui doivent leur faire confiance parce qu’ils ne sauraient rien.

    Pour ma part je pense que la sortie de l’euro est la tâche la plus urgente. La raison est double :

    - d’une part pour combattre le chômage et les déficits ;

    - et d’autre part pour retrouver une autonomie pour faire de la politique, par exemple une réforme fiscale digne de ce nom et lutter contre les inégalités.

    Le premier point a été traité de manière significative par Jacques Sapir, et les résultats de ces simulations sont regroupés dans l’étude publiée par ResPublica. Sans entrer dans le détail, une sortie de la France de l’euro permettrait de recréer entre 1,5 millions et 2 millions d’emploi en un an à peu près. Cette création massive d’emplois changerait évidemment le contexte. Les pauvres seraient moins nombreux, les déficits publics moins profonds, et le moral des Français serait aussi bien meilleur. Mais en outre, les emplois recréés se trouveraient dans l’industrie, ce serait des emplois ouvriers, ce qui est toujours bon pour la conscience de classe et l’avancée vers le socialisme.

     Le second point est qu’une sortie de l’euro permettrait de revenir au débat politique. En effet depuis environ 3 ans maintenant le débat politique est obscurci par la lancinante question des déficits et du sauvetage de l’euro. On ne parle plus de rien d’autre, toute réflexion sur le modèle de société souhaitable est renvoyé à après, après l’assainissement des comptes publics. La sortie de l’euro ferait directement apparaître la question des déficits pour ce qu’ils sont vraiment, un leurre destiné à mobiliser l’opinion, comme la question de la sécurité, des roms et autres conneries qui permettent facilement à la droite d’avoir la maîtrise du débat politique.

    Contrairement à ce qui se dit ici et là, la France ne serait pas isolée dans cette voie, car si la France abandonnait l’euro, non seulement l’euro apparaîtrait enfin pour ce qu’il est, une monnaie construite par les Allemands pour les Allemands, mais en outre, cela donnerait l’exemple aux peuples qui souffrent peut-être encore plus que les Français des absurdités bruxelloises. La part de la population qui est aujourd’hui contre l’euro est très importante, comme le démontre le fait qu’en Suède cette monnaie n’a pas été adoptée parce que la volonté populaire y a été respectée.

    On peut imaginer que cette idée de sortir de l'euro s'impose par la voie d'un référendum, ce qui serait un jugement populaire sur la politique économique et sociale qu'on suit de façon aveugle depuis trente ans. Il est à noter également que cette volonté de sortir de l'euro peut recréer un consensus d'un type nouveau puisqu'elle transcende les clivages traditionnels entre la gauche et la droite.

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    Marine Le Pen à Marseille ce dernier week end

    La montée du Front National parait inéluctable. Le discours de Marseille dimanche 15 septembre 2013 était l’illustration que le Front National, malgré sa volonté de se policer est un parti d’extrême droite dont les tendances pétainistes finissent toujours par ressortir. Néanmoins, il convient de comprendre pourquoi le Front National va faire un tabac dans les années qui viennent si on veut le combattre de manière efficace.

    Le premier point, et probablement le plus important, est que le Front National parle au peuple un langage populaire et simple. Et celui-ci s’appuie d’abord sur un rejet de l’Europe et de l’euro dont les échecs sont de plus en plus évidents. C’est le seul parti important qui dit clairement que toute solution politique passe préalablement par la sortie de l’euro. C’est parce que la gauche s’est abandonnée malencontreusement en 1983 aux sirènes de l’Union européenne qu’elle a perdu tout enracinement populaire. Et face aux dégâts engendrés par le libéralisme à tout crin, elle se retrouve sans solution audible.

    Le second point est qu’en se repliant sur le combat pour les droits et les valeurs, le mariage homosexuel ou d’autres sujets qui n’intéressent que très peu de monde, la gauche se coupe un peu plus du peuple, non pas parce que le peuple condamnerait l’homosexualité, mais parce qu’à l’évidence, ce n’est pas un sujet important, il concerne une poignée de personnes, et qu’il apparait que le chômage, la dégradation de la protection sociale sont des problèmes autrement plus urgents.

    Il est également remarquable que le Front National ait été en pointe sur la question syrienne, accusant François Hollande d’être à la botte des Américains. Cet anti-américanisme primaire est une partie du fonds de commerce que le Parti communiste a abandonné en même temps qu’il a abandonné ses électeurs.

    Personnellement je ne vois pas à court terme la gauche, y compris Le Front de gauche, se réformer sur ces deux points fondamentaux. Pour autant, le Front National reste handicapé par son ADN. C’est un parti dont les origines lointaines sont pétainistes. Et c’est encore ce qu’a montré le discours de Marine Le Pen à Marseille. En prenant prétexte de la montée de l’insécurité, elle en a profité pour ressortir les vieilles querelles racistes. Egalement, ses positions répressives et antidémocratiques ont de quoi inquiéter.

    Personnellement je pense que le meilleur moyen de contrer la montée du FN serait de critiquer clairement l’Union européenne et l’euro, reconnaître que cela fut une erreur et qu’il est temps de revenir en arrière. On peut proposer un programme économique de gauche qui ferait tout à fait l’affaire :

    - sortie unilatérale de l’euro ;

    - mise sous tutelle des banques et des monopoles et contrôle rigoureux des mouvements de capitaux ;

    - réindustrialisation des territoires ;

    - limitation de la concentration du capital et de la taille des entreprises ;

    - réforme sérieuse de l’impôt qui consisterait à la fois à accroître la progressivité de celui-ci et à diminuer la TVA et les impôts indirects qui pénalisent avant tout les plus pauvres.

    Cela ne nous empêcherait pas pour autant de poser d’autres questions, notamment en matière de sécurité. La gauche esquive ce débat depuis des années et donne des arguments faciles à la droite et à l’extrême droite. Mais il semble bien que les réponses se doivent d’être économiques, car la délinquance se développe toujours sur l’accroissement des inégalités et sur les difficultés matérielles de l’époque. 

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