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    Cette année 2016 aura été une année électorale bouleversante. On a assisté à un changement radical au Royaume Uni avec sa sortie de l’Union européenne et donc le remplacement du premier ministre David Cameron par Theresa May, ce changement notez-le est assumé par le propre parti du perdant. Ensuite nous avons eu une élection particulièrement bizarre aux Etats-Unis, avec l’arrivée au sommet de l’Etat d’un personnage clownesque tout autant que minoritaire dans le pays qu’il prétend gouverner, mais qu’en fait il donnera à gérer aux employés de Goldmann & Sachs[1].

    D’autres élections ont eu lieu ce dernier week-end en Autriche et en Italie, révélant une complexité des situations très dangereuses en Europe.

     

    L’Autriche et la peur du nazisme

     Elections en Autriche et en Italie 

    En Autriche c’est le vieux Alexander Van Der Bellen, 72 ans, candidat des Verts, d’une gauche molle et européiste donc qui l’a emporté avec 53,3% des voix sur le candidat du FPÖ Norbet Hofer. Ce dernier était le candidat d’extrême-droite. Il n’est pas certain qu’on interprète pourtant correctement ce résultat. D’abord disons qu’il a fallu revoter pour élire le président. Il avait en effet remporté une victoire étroite au mois de mai, une victoire entachée de fraudes, notamment en ce qui concerne les votes de l’étranger. Certains en ont conclu hâtivement que l’élection de Van Der Bellen était un quitus pour ce qui concerne l’ancrage définitif de l’Autriche dans l’Union européenne, et donc que la grande coalition entre le SPÖ (social-démocrate) et l’ÖVP (conservateur) pouvait encore continuer longtemps cette politique insipide. Rien n’est moins sûr. En effet on peut penser d’abord que le fait qu’une sortie de l’Autriche de l’Union européenne ne peut pas être portée par un parti sulfureux dont les racines lointaines sont à rechercher dans le nazisme. Et donc que ce parti, le FPÖ, suscite encore la peur, comme chez nous le FN dont la tête de file, Marine Le Pen, ne semble pas pouvoir l’emporter en 2017 malgré ses efforts pour dédiaboliser son parti. Qu’en aurait-il été si en lieu et place de Hofer l’Öxit avait été portée par quelqu’une de p)lus modéré ? Les politiciens autrichiens, Van Der Bellen en tête, qui feraient mine de croire que ce vote vaut approbation d’une politique européiste se trompent lourdement. Car non seulement le score de Norbert Hofer valide la montée en puissance d’un parti radical d’extrême droite, mais Van Der Bellen ne doit son élection qu’à une coalition improbable de la droite conservatrice jusqu’à la gauche plus ou moins radicale. Les succès électoraux du FPÖ sont donc à venir. Ajoutons que le président en Autriche n’a pas de véritable pouvoir, il est juste le garant des institutions. Il est facile de comprendre que ce résultat qui soulagera beaucoup de monde à travers l’Europe entérine l’échec de la coalition au pouvoir[2]. Il faut ajouter que les raisons du succès de l’extrême-droite en Autriche tiennent en peu de mots : d’abord c’est la question des réfugiés qui comme ailleurs pourrit le climat politique, et ensuite, ce sont les sanctions contre la Russie. Ce qui peut sembler paradoxal : les Autrichiens ont un souvenir plutôt amer de l’entrée des troupes russes dans leur pays, mais pour autant, une large partie de la population désapprouve les sanctions européennes qu’elle voit comme un facteur de tension aggravant.

     

    Catastrophe électorale en Italie

     Elections en Autriche et en Italie 

    La situation en Italie apparait plus compliquée en regard de la large défaite de Matteo Renzi. Le référendum sur les modifications institutionnelles c’est transformé en un référendum pour ou contre Renzi. Le non remporte à peu près 60% des suffrages et surtout avec une participation électorale très élevée. Le premier ministre à annoncer qu’il allait mettre un terme à son exercice du pouvoir qui aura duré à peine plus de deux ans.

    Ce résultat appelle plusieurs réflexions. D’abord elle rend l’Italie très difficile à gouverner, notamment à cause de son bicamérisme parfait. Si le plus probable est maintenant que des élections générales aient lieu en février prochain, il est difficile de prévoir ce qu’elles donneront en terme de stabilité et si elles pourront amener une réforme institutionnelle qui aille dans ce sens. Depuis le référendum de 1948, l’Italie est en effet coutumière de ces longues périodes de vacance du pouvoir pour cause d’élections, mais bon an, mal an, elle a toujours été gouvernée plus ou moins à droite. Je passe sur les commentateurs hâtifs qui en ont profité pour dénigrer la pratique du référendum, arguant du fait que les électeurs ne répondaient jamais à la question véritablement posée. Renzi connaissait tout cela, et il a essayé à travers un référendum sur les institutions de se refaire une santé politique, car ayant des résultats médiocres sur le plan social et économique, il appelait indirectement le peuple à le soutenir.

    Au-delà de la réforme institutionnelle sans doute nécessaire, il y a ce que seront les résultats des élections anticipées. Le cœur de l’affaire en vérité est l’Union européenne et la participation de l’Italie à la zone euro. En effet la crise de 2008 a fait exploser complètement l’économie italienne qui n’a toujours pas retrouvé son niveau du début des années 2000. Elle paye là l’impossibilité de dévaluer sa monnaie et donc d’ajuster celle-ci à sa « compétitivité ». Sur le graphique suivant on voit que les pays qui ont surmonté un peu la crise de 2008 sont soit l’Allemagne, soit des pays comme les Etats-Unis et le Royaume Uni. Tous les autres ont payé un tribut plus ou moins lourd à la logique de l’euro.

     Elections en Autriche et en Italie 

    Ce qui veut dire clairement que plus encore que la France l’Italie doit sortir impérativement de l’euro – et donc probablement de l’Union européenne – pour retrouver un peu d’air. Matteo Renzi, comme Hollande et Valls, avaient effectué des réformes dites pro-business qui devaient permettre à l’Italie de retrouver sa compétitivité en Europe. Et comme de partout ailleurs quand on court après des gains hypothétiques de compétitivité, on échoue lamentablement. La sortie de l’Italie de l’euro permettrait, en revenant donc à la lire, de dévaluer la monnaie de 25 à 30%. Cela permettrait de relancer la demande interne et par suite de faire en sorte que le marché du travail retrouve un peu de couleurs.

     Elections en Autriche et en Italie 

    Dans ces conditions, les partis anti-européens comme 5 Stelle ont le vent en poupe et souhaitent des élections anticipées très rapides. La situation va devenir très difficile notamment parce que les banques italiennes ont un besoin rapide d’être recapitalisées[3] et que la dette publique est explosive. Si d’ici aux élections législatives italiennes éclate une crise financière, alors il pourrait y avoir un raz de marée en faveur d’une sortie rapide de l’euro et une répudiation d’une partie de la dette publique. Evidemment si un tel scénario devait se réaliser, c’en serait fini de l’Union européenne. Celle-ci peut s’accommoder d’un Brexit, après tout le Royaume Uni ne participait pas à la zone euro et avait un statut spécial, mais l’Italie est non seulement un membre fondateur de l’Union européenne et de l’euro, mais son économie est aussi la troisième de l’UE après l’Allemagne et la France. Dans ces conditions il ne sert à rien à dénoncer le « populisme » de Beppe Grillo. Le Mouvement 5 Stelle a depuis longtemps dépassé la personnalité ambiguë de son fondateur. La jeune et belle Virginia Raggi est devenue maire de Rome et ne paraît pas être quelqu’un de particulièrement farfelu. La nouvelle maire de Turin, Chiara Appendino, également. Ce sont deux jeunes femmes dynamiques et plutôt portées sur la défense de l’environnement et la critique de l’agriculture industrielle. Il est très difficile de les assimiler à une droite rancie à l’ancienne. Là encore il faut comprendre que si un mouvement comme 5 Stelle a pu émergé c’est parce que la gauche n’a rien compris aux effets négatifs de l’Union européenne : elle n’a pas fait son travail de défendre les plus faibles. Alors que dans le temps le Parti communiste italien était un parti très puissant qui pesait, autrement dit qui empêchait la droite conservatrice (la Démocratie chrétienne) de trop déconner, la gauche s’est effondrée ici comme ailleurs quand elle s’est mis à vouloir jouer le jeu d’une autre Europe, d’une Europe sociale et autres bêtises du même tonneau qui entérinaient la conversion pure et simple à la logique du marché.

     Elections en Autriche et en Italie 

    Les européistes n’ont pas vraiment de quoi se réjouir des élections cette année, bien au contraire. La victoire de Van Der Bellen c’est juste l’arbre qui cache la forêt et qui laisse accroire qu’on va pouvoir continuer comme ça encore longtemps. Dans son dernier billet, Jacques Sapir avance que si les élections italiennes interviennent dans un laps de temps assez court – par exemple en février -  cela pourrait avoir des conséquences sur l’élection de Fillon et donc sur son programme austéritaire[4]. C’est possible, à condition d’admettre que les Italiens sont plus avancés sur la voie du progrès social que nous, probablement parce que leur système politique a maintenant explosé, alors que nous sommes encore dominés par des partis complétement dépassés dans tous les domaines, LR ou le PS, je ne parle même par de ces partis qui ne veulent rien dire comme l’UDI ou le PRG.

    Pour avancer un petit peu, on conseillera à Mélenchon de s’inspirer des succès de 5 Stelle, que ce soit pour son anti-européisme assumé ou dans la logique des conquêtes des  villes, ou encore cette volonté de ne pas laisser le combat écologique aux mains d’un parti complètement dépassé dans tous les autres domaines.

     

     


    [1] http://multinationales.org/Dans-la-future-administration-Trump-un-ancien-de-Goldman-Sachs-au-Tresor-un

    [2] http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/05/22/en-autriche-gauche-et-droite-au-crepuscule_4924062_3214.html

    [3] https://resistanceauthentique.net/2016/10/28/descente-aux-enfers-de-la-monte-paschi-la-plus-grande-banque-italienne/

    [4] http://russeurope.hypotheses.org/

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  •  Présidentielles 2017, les positions se clarifient

    Hollande met un terme à sa carrière politique 

    Il se passe tous les jours quelque chose qui nous dit que nos modèles institutionnels dans les pays occidentaux sont à bout de souffle et ne fonctionnent plus très bien. Hollande a donc rendu sa décision. Il ne se représentera pas, ainsi que nous l’avions annoncé il y a quelques mois déjà. On aurait pu croire que la désignation de l’ultra-droitier François Fillon l’aurait requinqué : en effet pour la gauche il est plus facile de combattre le brutal Fillon, candidat de la banque et des multinationales, sorti tout droit d’une caricature du XIXème siècle qu’un plus souple et louvoyant Juppé, voir même un Sarkozy.

    En vérité Hollande est revenu à ce qui est fondamental et moins soumis à la conjoncture. Pour se présenter avec quelque chance de faire bonne figure, Hollande aurait dû pouvoir accéder au deuxième tour. Mais tous les sondages l’indiquent maintenant depuis des mois, au mieux il ne pouvait viser que la troisième place, et le plus probable il aurait terminé derrière Mélenchon. C’est que presque certainement les deux premières places sont promises à Marine Le Pen et à François Fillon : la première parce qu’elle a un socle électoral très solide et un vote d’adhésion, le second parce qu’il représente l’ensemble de la droite un peu rance pour laquelle il suffit de parler de baisse d’impôt et d’augmentation des durées travaillées. Outre les très mauvais sondages, Hollande était handicapé aussi par le problème de la primaire dite de gauche. En effet, le simple fait de participer à cette mascarade l’aurait fait se rabaisser par rapport à la fonction qu’il prétendait incarner. Beaucoup on soulignait la dignité de son discours d’adieu, mais en vérité il a pris cette décision car aucune autre ne convenait. Autrement dit il n’avait pas d’autre choix que d’abandonner. S’il a caressé un temps l’idée de se représenter, c’est sans doute parce qu’il savait avoir raté son premier quinquennat et qu’il avait la tentation de se refaire la cerise en réussissant le second. Dans sa situation actuelle qui l’oblige à partir la queue entre les jambes, il sait qu’il va rejoindre la longue cohorte des politiciens que l’histoire a oubliés.

     Présidentielles 2017, les positions se clarifient 

    Le fait qu’Hollande renonce signifie évidemment que sa démarche politique était erronée depuis le début. Il vient de le toucher du doigt au bout de 4 ans d’errements. Pour des raisons aussi bien de culture (il a fait HEC le malheureux) que d’entourage, il s’est laissé embarquer dans une politique de l’offre européiste qui est complètement étrangère à la culture de la gauche depuis des décennies. Il était dès lors facile d’opposer les cadeaux faits au patronat – le CICE coûte 20 milliards en année pleine – et la rigueur de la loi El Khomri, la volonté de ne pas donner de coup de pouce au SMIC, etc. sans doute pensait-il verrouiller sur sa droite et priver celle-ci d’argument. C’est l’inverse qui s’est produit, par sa position droitière, il a conduit la droite à se donner à son représentant le plus conservateur et le plus revanchard par rapport aux salariés. En outre les résultats n’ont pas été au rendez-vous, mais ils ne pouvaient pas y être. Peut-être cet aveu d’échec servira de leçons aux politiciens qui font  commerce de situer sur la gauche – encore que les socialistes ont bien du mal à retenir quelque leçon de ce soit.

    La décision d’Hollande pour compréhensible qu’elle soit n’a pas été anticipé par la presse en général qui, au contraire de moi, pariait sur sa candidature. Décidemment la presse mainstream, quel que soit le pays d’où elle émane n’est même plus capable d’analyser correctement les situations politiques et donc d’anticiper ce qui peut se passer dans les pays concernés. Après des décennies de désaveu cette presse-là  est maintenant au bout du rouleau et rien ne peut masquer sa médiocrité.  

    Présidentielles 2017, les positions se clarifient

    Mélenchon ne peut pas gagner la présidentielle 

    Je ne m’appesantirai pas sur les défauts des postures mélenchonistes : sa fausse veste de travailleur ou son hommage déplacé de l’ancien dictateur Fidel Castro. Ce sont des petites fautes que l’électorat le plus jeune est prêt à lui pardonner. Il fait une très bonne campagne, il multiplie les réunions, il développe un vrai programme de gauche et réunit des foules importantes à chacun de ses meetings. Parti très tôt, s’affranchissant de l’emprise des partis et du calvaire de la primaire, il a très bien joué sa carte. Il présente un programme qui parait très cohérent en ce qui concerne l’abolition de la loi El Khomri, la mise en place d’un programme de développement des énergies propres, ou encore la baisse du temps de travail à 32 heures par semaine, s’inspirant en cela de ce qui se fait en Suède par exemple. Il peut également s’appuyer sur le rejet que le petit peuple manifestera face au programme régressif du très réactionnaire Fillon. On ne peut pas non plus donner tort à Mélenchon lorsqu’il indique qu’une partie de la dette illégitime ne sera pas remboursée. Seulement Mélenchon se trompe sur deux points fondamentaux qui l’empêcheront d’accéder au second tour : l’Europe et la question de l’immigration.

     Présidentielles 2017, les positions se clarifient 

    Souvenons-nous, en 2012 on pensait que Mélenchon pourrait faire un très beau score, et puis non, il a été devancé par Marine Le Pen. Pourquoi ? Parce que cette dernière avait su jouer de la défiance de la population française face à l’Europe. Et c’est même à partir de ce moment-là qu’elle a su ramener à elle un important vote ouvrier qui lui a permis de progresser encore. L’Europe c’est la clé de l’élection de 2017.

    Dans le numéro de L’Obs du 1er décembre 2016, Mélenchon détaille son programme. Il se positionne en pensant que l’Union européenne peut être réformée de l’intérieur, il reprend donc l’antienne d’une autre Europe, arguant que bon gré mal gré l’Allemagne devra se plier aux désidératas de la France puisque c’est grâce à l’Europe qu’elle réalise la plupart de ses excédents commerciaux. Il a raison sur le fait que l’Union européenne sans la France ne peut pas exister. Mais il sous-estime les capacités de résistance de l’oligarchie européenne : en effet, réviser les traités européens nous ferait entrer dans une période de négociation de plusieurs années qui renverrait les résultats de cette négociation aux calendes grecques. L’Eurogroupe et la Commission savent très bien faire traîner les choses, voyez comme ils ont étranglé la Grèce. Le second point c’est que Mélenchon ne veut pas sortir de l’euro. On ne sait pas pourquoi, alors même qu’on sait que l’euro est le facteur principal qui fait diverger les trajectoires économiques. Il affirme que le problème c’est la BCE, donc la banque centrale, et pas la monnaie unique. C’est évidemment erroné : pour que la monnaie unique ne soit pas un problème, il faudrait que l’Europe soit fédérale et qu’elle permette les transferts des Etats riches vers les Etats plus pauvres. Jacques Sapir a clairement montré que cela ne pouvait se faire, l’Allemagne s’y opposera et ce d’autant plus qu’elle est travaillée maintenant par un mouvement puissant anti-européen[1]. De même il ne peut pas proposer de taxer les hauts revenus – il parle de taxer à 100% les revenus supérieurs à 400 000 € par an – dans le contexte européen de la monnaie unique qui rend impossible le contrôle des mouvements de capitaux. Mettre en place une fiscalité plus favorable aux classes les plus pauvres ne peut se faire que dans un cadre international non concurrentiel.

     Présidentielles 2017, les positions se clarifient 

    Le deuxième point sur lequel va buter rapidement Mélenchon c’est évidemment l’immigration. Dans l’interview que nous avons citée, il affirme qu’on ne peut pas arrêter les migrants. C’est bien sûr une absurdité. Les filières par lesquelles passent les migrants sont connues, et il est facile de les tarir, soit en confisquant les bateaux, soit en les coulant. Il est en effet impossible de se présenter comme le garant de l’intégrité de la nation si on n’est pas capable par ailleurs d’en défendre les frontières. L’idée même de la frontière est à l’inverse de celle de la mondialisation, et fait apparaître les migrations massives comme la face cachée de la mondialisation et du libéralisme : on ne peut pas être contre l’un et pour l’autre.

    Les migrants alimentent deux craintes différentes mais qui se cumulent : d’abord le problème des conditions de travail et de la concurrence avec les travailleurs locaux, on le voit déjà avec les travailleurs détachés. On a beau raconter ce qu’on veut dans un pays qui doit faire face à un chômage massif de l’ordre de 6 millions de personnes, il n’est plus possible de dire que les migrants sont une chance pour l’économie. Ensuite, il y a la question de l’Islam. Même si Mélenchon a commencé fort heureusement à prendre ses distances avec le discours souvent lénifiant qu’on trouve à gauche et qui sous-entend que l’Islam est la religion des pauvres et donc doit être soutenue. Il peine cependant à prendre en considération le fait que massivement les Français ne veulent pas que l’Islam et tout ce que cela comporte de régressif dans son implantation, deviennent un élément de la culture française.

     Présidentielles 2017, les positions se clarifient 

    Le rejet massif de la religion musulmane est maintenant un élément structurant de la vie politique française qui est associé à la déferlante de l’immigration en Europe. Celle-ci non seulement fragilise la position des salariés dans l’économie, mais également semble avoir un effet délétère sur les formes de la vie sociale.

    Dans ces conditions, Mélenchon ne peut pas gagner, surtout qu’il est allié au PCF ou des personnages comme Clémentine Autain qui ont misé presque tout sur la défense des migrants et de l’Islam. Il n’a pas les capacités politiques et intellectuelles pour contourner à la fois l’obstacle de l’Europe et celui de l’immigration. Mais Valls non plus ne peut pas gagner, le P « S » atteint un tel discrédit, il est tellement divisé, qu’il ne peut pas gagner sur une ligne droitière, proche de celle de Macron et de Fillon en ce qui concerne  l’économie. On peut considérer aussi que le renoncement de Hollande c’est de fait la fin de la social-démocratie dans ses orientations libérales et le début d’autre chose pour la gauche réformiste en Europe. Autrement dit une gauche qui renonce à la nation ne peut absolument pas gagner par les temps qui courent et qui nous mènent naturellement vers la démondialisation. 

    Conclusion 

    Certes les choses peuvent évoluer d’ici au mois de mai. Mais l’élection présidentielle semble promise au sinistre Fillon, malgré la lourde charge du bilan accablant qu’il porte en tant qu’ancien hôte de Matignon[2]. Et il est probable que cette élection s’assortira d’un taux d’abstention extrêmement élevé. La gauche va sans doute mettre des années à se remettre des conséquences de la mauvaise politique de François Hollande. Mais c’est le destin de la social-démocratie que de disparaître chaque fois qu’elle fait un effort pour ressembler à la droite.

    Pour le reste on peut faire confiance à Fillon pour qu’il devienne rapidement aussi impopulaire qu’Hollande. Il fera tout, soyons en sûr, pour nous faire regretter l’actuel président.

     

     


    [1] L’euro contre la France, l’euro contre l’Europe, éditions du Cerf, 2016

    [2] On sait tout le mal que je pense de François Hollande et du PS, mais il faut bien reconnaitre que son bilan est finalement moins mauvais que celui de la doublette Sarkozy-Fillon : http://in-girum-imus.blogg.org/l-affairiste-francois-fillon-son-incompetence-et-ses-futures-casserole-a127677102

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  • L’affairiste François Fillon, son incompétence et ses futures casseroles 

    Si personne n’attendait à ce que Fillon, personnage médiocre, sans idée et sans charisme, soit le représentant de la droite la plus bornée aux élections de 2017, c’est parce qu’il a su être le candidat des vieux et des nantis, mais aussi qu’il a su tisser un réseau de relations important auprès des parlementaires et des gens de pouvoir. Il est d’ailleurs curieux à cet égard que Sarkozy ne se soit pas alarmé de ce phénomène. Cet état de fait révèle d’abord que Les Républicains est un parti archaïque et sans avenir. Mais si Fillon plait tant à cette fraction particulière de la droite, c’est aussi parce qu’il joue la partition de l’austérité. Il a fait cela presque toute sa vie, réclamant aux travailleurs de travailler toujours plus pour gagner moins. Venant de la part d’un politicien qui n’a jamais travaillé durant son existence, ça fait bizarre. Mais toute la droite qui a voté pour lui est faite de ce bois : ce sont des gens qui ne travaillent pas, des vieux, des rentiers, des chefs d’entreprises, et pratiquement pas des ouvriers et des employés[1]. Ce sinistre personnage à tête de séminariste constipé doit être dénoncé pour ce qu’il est : un homme politique corrompu et incompétent. Il a fait ses preuves en tant que premier ministre. 

    La mauvaise gestion de François Fillon 

    Le sinistre François Fillon a fait hurler de la gauche jusqu’à l’extrême-droite avec son programme libéral-autoritaire façon XIXème siècle. Ce politicien qui par ailleurs n’a jamais travaillé a l’habitude de jouer les modestes et de mettre en avant la nécessité de redresser les comptes publics, fusse au prix d’une rigueur radicale et mortifère. On se souvient que ce cuistre déclarait en 2007 que la France était en faillite[2]. Cette remarque était d’autant plus imbécile qu’un Etat comme la France ne peut pas être déclaré en faillite. Mais il y a évidemment pire c’est que François Fillon en tant que premier ministre de la France, par son action a accru la dette publique dans des proportions jamais égalées, ni avant ni après lui. En effet, la dette publique de la France est passée de 65% du PIB au moment de l’élection de Sarkozy, à près de 90% lorsque Fillon et son mentor furent renvoyés. Et donc si on comprend bien le message des chiffres, Fillon a trouvé un Etat en faillite à son arrivée à Matignon, mais en partant il l’a laissé encore plus en faillite. 

    L’affairiste François Fillon, son incompétence et ses futures casseroles 

    Il en est exactement de même pour le chômage. Entre l’élection de Sarkozy et celle de Hollande, le chômage a augmenté d’environ un million d’unités pour la catégorie A. Comment dissocier l’action de Fillon de ce résultat calamiteux ? Soit, il n’a rien fait, et alors on se demande pourquoi il était premier ministre, soit il a travaillé effectivement – ce dont je doute personnellement – et alors il a clairement été mauvais.

     L’affairiste François Fillon, son incompétence et ses futures casseroles 

    Les fillonistes – il y en a comme naguère il y avait des sarkozystes – vous dirons qu’en 2008 il y a eu une crise sévère. Ce qui est vrai. Mais toute l’Europe a été touchée de plein fouet par la crise. Or nous voyons sur le graphique suivant que l’Allemagne à partir de 2009 commence à voir le chômage baisser, tandis qu’en France il continue de monter. Certes tout n’est pas de la responsabilité du couple maudit Fillon-Sarkozy, et il est clair que l’Union européenne et sa monnaie unique portent une lourde part dans ce désastre. Mais justement, si Fillon avait été efficace et soucieux de la bonne santé du pays, en tant que premier ministre, il aurait agi promptement pour sortir la France de cette impasse de la croissance molle et du sous-emploi. Il est impossible dans la campagne qui s’annonce pour 2017 de faire l’impasse justement sur la gestion des années Fillon-Sarkozy. Certes on comprend bien que Fillon ne tient pas trop à rappeler à quel point il a été un mauvais premier ministre, il essaie de jouer la carte de la rupture ce qui avait si bien réussi à Sarkozy pour se démarquer du triste bilan de la droite chiraquienne. D’ailleurs la droite n’a que ça comme programme : Chirac en 1995 se présentait déjà comme le candidat de la rupture par rapport au médiocre Balladur, rapidement il revint sur ses promesses et rentra dans les clous de la logique européiste pour ne plus en sortir jusqu’en 2007. Vingt ans donc que cette comédie de la fausse rupture perdure, et vingt ans que le peuple se laisse volontairement berner. 

    L’affairiste François Fillon, son incompétence et ses futures casseroles

    Fillon et l’argent : le candidat du monde des affaires 

    Alors si un premier ministre ou un président n’a pas le pouvoir ni la volonté de changer l’ordre des choses, à quoi peut-il bien servir ? Probablement que Fillon ne sert à rien du point de vue du peuple français. Cependant, non seulement il sert les intérêts de la finance, mais en outre il se sert lui-même et grassement. Bien qu’il n’ait pas de casseroles comme celles que Sarkozy trimballait, il en a tout de même un certain nombre qui le classe comme le candidat du monde de la banque et des affaires, un homme âpre au gain et plutôt cupide. On sait que dans sa déclaration de patrimoine Fillon avait omis de déclarer une société de conseil 2F (pour François Fillon) dont il est à la fois le seul actionnaire et le seul salarié. Cette société lui aurait rapporté en plus de ses émoluments de député de Paris environ 18 000 € par mois. Pour un homme habitué à un modeste train de vie ce n’est pas mal. Mais à quoi peut bien servir cette société ? Personne n’est capable de le dire, et encore moins Fillon. On laisse vaguement entendre qu’il s’agit là de conférences ou de conseils en matière de politique publique. En vérité il s’agit pour Fillon de monnayer son carnet d’adresses. Sauf que cela est normalement incompatible avec un mandat de député[3]. 

    L’affairiste François Fillon, son incompétence et ses futures casseroles 

    Contrairement à l’image qu’il voudrait donner, Fillon est appuyé par un grand nombre de chefs d’entreprises et de banquiers. Ce sont ces représentants de l’oligarchie financière qui ont en réalité concocté le programme économique et social de Fillon ainsi que le révèle Marianne[4]. C’est Dorothée Pineau, ponte du MEDEF qui coordonne l’ensemble et qui ensuite coache Fillon pour qu’il aille vendre sa soupe aigre au bon peuple imbécile qui votera pour lui. C’est par ailleurs le financier Arnaud de Montlaur, financier et tatchérien borné, qui a été chargé de lever les fonds pour la campagne de Fillon à la primaire de LR. Il aurait ainsi récolté 2,7 millions €. On voit que la fraction du patronat qui soutien Fillon présente deux caractéristiques : elle est très riche, bien plus riche que celle qui soutenait Sarkozy ou le pauvre Juppé, mais ensuite elle est pour poursuivre une guerre de classe sans merci qui aboutira non seulement à l’appauvrissement généralisé de ceux qui travaillent, mais qui mettra à genoux le service public et qui pillera l’Etat, du moins ce qu’il en reste.

    Le canard enchaîné  s’est amusé aussi à débusquer les dépenses somptuaires et douteuses de Fillon lorsqu’il était à Matignon. Entre le maquillage des comptes et les petits arrangements pour le compte de sa propre famille, on ne penserait pas une minute que ce sinistre politicien est le même que celui qui déclarait l’Etat en faillite quelques mois plus tôt[5].

    Ce n’est pas un hasard si Fillon se propose de reprendre les privatisations. Il a des amis qu’il faut récompenser. Car les privatisations ne servent exactement qu’à ça… et à affaiblir l’Etat[6]. La démarche de Fillon nous assure que si le modèle libéral ne marche pas et bien il faut en reprendre encore un peu pour mieux le comprendre. On hésite à se demander si ce type est idiot ou si c’est une canaille : il est probable qu’il allie les deux dans le même personnage de séminariste constipé, mais qui aime l’argent et les hommes d’argent. 

    Le cadre européen 

    On comprend que dans ces conditions Fillon ne parle pas de l’Union européenne et de l’euro. Pour lui, l’euro ne bougera pas, cela restera la monnaie de notre pays. Sapir pense que cela est compatible avec l’idée selon laquelle Fillon en bon conservateur préfère une monnaie forte. A ce propos il fait la comparaison avec Pierre Laval et le chancelier Brüning[7]. Mais je crois que Sapir voit des convictions politiques là où il n’y en a pas. Si Fillon défend la monnaie unique en n’en parlant pas, c’est essentiellement parce que ses amis de l’oligarchie financières, ses commanditaires si on veut, savent parfaitement que la monnaie unique est la meilleure arme de la guerre sociale : elle permet à la fois la déflation salariale par le biais de l’austérité, et elle permet le démantèlement de l’Etat-Providence sous la pression conjointe de l’austérité et de la logique de « la concurrence libre et non faussée ».

     L’affairiste François Fillon, son incompétence et ses futures casseroles 

    L’issue de la campagne présidentielle dépendra, non pas des petites magouilles d’arrière-cuisine du cupide Fillon, mais plutôt de la façon dont sera mis en évidence son bilan lorsqu’il était associé à Sarkozy, et plus encore de la façon dont on s’emparera du débat sur l’Europe. C’est en effet la clé du redressement du pays : sortir de l’Europe et de l’euro. C’est seulement dans ces conditions qu’il sera possible de faire une autre politique. Pour l’instant Mélenchon hésite encore un peu : il veut bien remettre en question les traités, mais seulement dans le cadre d’une renégociation. Or l’expérience de Tsipras nous montre qu’on ne peut rien attendre d’une renégociation avec Bruxelles. Si le débat sur l’Europe prend de l’ampleur – par exemple si l’Italie à la suite du référendum du 4 décembre entreprend de sortir de l’Europe – alors nous risquerons d’avoir un second tour Mélenchon – Marine Le Pen. C’est une hypothèse qui commence à faire son chemin[8], mais dont la réalisation dépend avant tout de la façon dont Mélenchon traitera la question européenne, la question de la laïcité et celle de l’immigration. Pour le reste le programme de Fillon va se révéler rapidement comme encore plus droitier que celui de Marine Le Pen. Je rappelle d’ailleurs que le néo-pétainiste Henry de Lesquen qui par ailleurs considère que Marine Le Pen est plutôt gauchiste et soutient des thèses ouvertement racistes, a pris parti pour François Fillon lors des primaires[9], ce qui en dit long sur François Fillon lui-même et ses soutiens.

     



    [1] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/11/30/primaire-de-la-droite-les-cadres-et-chefs-d-entreprise-ont-plus-vote-que-les-ouvriers-et-employes_5040950_4355770.html

    [2] http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20070921.OBS5916/fillon-evoque-un-etat-en-faillite-une-image-selon-lui.html

    [3] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/la-lucrative-societe-de-conseil-que-fillon-risque-de-trainer-comme-un-boulet_1855663.html

    [4] http://www.marianne.net/francois-fillon-candidat-banquiers-grands-patrons-c-est-lui-100248068.html

    [5] http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/francois-fillon-et-son-train-de-186787

    [6] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2016/12/01/francois-fillon-veut-reprendre-les-privatisations-dans-les-entreprises-ou-la-participation-de-l-etat-ne-sert-a-rien_5041521_4854003.html

    [7] https://russeurope.hypotheses.org/5472

    [9] https://lesquen2017.com/2016/11/15/primaire-lr-consignes-de-vote-dhenry-de-lesquen/

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  •  Quand Sarkozy parle de François Fillon… ça décoiffe !

    Nous savons évidemment que la droite présente à l’heure actuelle une unité de façade, et si Sarkozy a rallié la candidature de Fillon entre les deux tours des primaires, il va de soi qu’il ne participera guère à sa campagne. On se souvient que du temps qu’il était président il avait traité son premier ministre de collaborateur, sans doute pour le rabaisser au rang d’employé, mais aussi peut-être parce que son inconscient avait parlé et qu’il trouvait quelque proximité politique entre Fillon et le maréchal Pétain. Il est d’ailleurs assez curieux que certains soutiens et admirateurs de Sarkozy aient reporté aussi rapidement leur tendance béate à la soumission vers son ancien employé.

    Henri Guaino, un ancien proche de Sarkozy a d’ailleurs déjà commencé à critiquer le programme de François Fillon comme étant un programme de classe, visant uniquement à défendre les intérêts des nantis[1]. On sait qu’il brûle de se présenter et que le succès de Fillon risque d’attiser son appétit. Certes il ne réussirait sans doute pas à passer le premier tour, mais il pourrait par contre empêcher Fillon d’y accéder, ce qui serait aussi le but de François Bayrou.

     Quand Sarkozy parle de François Fillon… ça décoiffe !  

    Je rapporte ci-dessous deux passages où Nicolas Sarkozy fait part de toute sa hargne à l’endroit de Fillon qu’il décrit comme un petit magouilleur sans foi ni loi. Ils sont extraits du livre de Patrick Buisson, La cause du peuple paru cet automne à la Librairie Perrin.

     

    « A sa décharge, la vérité oblige à dire que François Fillon mena dans les deux dernières années du quinquennat un jeu particulièrement pervers dont l’objectif, à peine dissimulé, était de mettre le président en difficulté sur un terrain médiatiquement mouvant et électoralement sensible. Il y eut d’abord l’inauguration par le Premier ministre de la mosquée Al-Ihsan à Argenteuil, le 28 juin 2010. Depuis que le président Gaston Doumergue avait inauguré la Grande Mosquée de Paris, le 16 juillet 1926, aucun représentant de l’Etat ne s’était avisé de reproduire un tel geste. Pourtant réputé pour sa prudence, François Fillon, qui s’était surtout jusque-là affiché en tant que familier de l’abbaye bénédictine de Solesmes chère à son cœur d’élu de la Sarthe, se fendit pour la circonstance d’un éloge de l’islam de France, « un islam de paix et de dialogue […] où l’on vit sa foi dans le respect des principes de la République », qui lui valut d’être salué par les applaudissements et les youyous de l’assistance. La gauche se félicita à haute voix d’une initiative qui, bien qu’isolée, avait selon elle le mérite de donner des gages aux Français musulmans blessés par les « dérapages islamophobes » du débat sur l’identité nationale.

    — Pauvre type, minable… Tant qu’il y est, il n’a qu’à venir mercredi au Conseil des ministres en babouches et avec un tapis de prière ! Le président ne décoléra pas pendant deux jours. »

     Quand Sarkozy parle de François Fillon… ça décoiffe ! 

    « Le 27 avril fut un vendredi noir. Ce fut ce jour-là que Nicolas Sarkozy acheva de basculer dans la logique qui devait sceller sa perte, vérifiant à ses dépens la terrible sentence hégélienne selon laquelle « l’histoire est un abattoir ». En quelques lignes dans un entretien au quotidien économique Les Echos, François Fillon, se défroquant de sa cautèle habituelle, venait de s’employer à saper l’entreprise de récupération de l’électorat frontiste par le candidat qu’il était censé soutenir. En toute perfidie. Une conscience intransigeante l’avait poussé à expliquer qu’il ne pouvait y avoir « le moindre accord entre le FN et la droite » en raison d’une « incompatibilité de valeurs ». Les mots avaient été choisis pour leur pouvoir de répulsion auprès de l’électorat-cible. Leur effet, en tout cas, fut immédiat chez le candidat Sarkozy qui, livide, avait peine à contenir les sentiments tumultueux qui l’animaient :

    — Qu’est-ce qu’il raconte, Fillon ? Bien sûr que nous avons des valeurs communes avec le Front national ! »

     Quand Sarkozy parle de François Fillon… ça décoiffe ! 

    Sarkozy n’avait aussi pas encaissé la trahison de Fillon qui était allé voir Jouyet pour que celui-ci pousse à accélérer ses mises en examen[2]. Fillon est donc un personnage ondoyant, sans conviction aucune. Il a misé gros sur sa campagne contre l’islam, mais cela ne fera pas oublier qu’il fut aussi celui qui se félicitait de la multiplication des mosquées en France, et qui encouragea par ses visites impromptues le communautarisme. Si bien évidemment Fillon défend les intérêts des classes riches, comme Sarkozy ou sans doute comme l’aurait fait Juppé, il le fait à la manière des Américains. Ce n’est pas un hasard si sa candidature a plu à Edouard Balladur qui était le fossoyeur de ce qu’il restait encore de gaullisme à droite. Fillon ne défend pas la France et sa spécificité, il défend l’américanisation de la France, aussi bien dans les formes répressives face aux syndicats et aux pauvres, que dans l’encouragement du communautarisme. C’est d’ailleurs parce qu’il est un tenant du communautarisme qu’il a récupéré le soutien des catholiques intégristes de la manif pour tous.

     Quand Sarkozy parle de François Fillon… ça décoiffe ! 

     

     


    [1] http://www.bfmtv.com/politique/pour-henri-guaino-francois-fillon-incarne-une-droite-qui-n-a-aucune-humanite-1064418.html

    [2] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/l-affaire-fillon-jouyet-sarkozy_1620338.html

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  •  François Fillon : la guerre sociale est déclarée

    On a beau avoir le charisme d’une huitre malade, on soigne tout de même son image. François Fillon est content, la main sur le cœur il fête sa victoire, sans doute a-t-il copié cette pose destinée à faire image sur Trump. Sans doute se croit-il promis au même avenir. Il faut reconnaître cependant que d’un point de vue tactique il a mené très bien son affaire pour arriver aussi bien devant le candidat du parti – Nicolas Sarkozy – que devant le candidat des médias – Alain Juppé. Cette victoire signifie beaucoup, d’abord qu’il est le candidat de la droite la plus réactionnaire, bien plus réactionnaire que le FN, ensuite qu’il possédait des appuis de longue date pour arriver à s’imposer dans cette course au moins disant social. Mais avant tout, il ne faut pas oublier que dimanche 27 novembre ce sont seulement un peu plus de 4 millions de Français qui ont voté, et que sur ces 4 millions seulement 2,8 ont voté pour Fillon. Ne l’oublions pas c’est moins de 10% du corps électoral qui s’est déplacé pour adoubé la candidature de Fillon. C’est en somme la droite des beaux quartiers qui s’est déplacée pour promouvoir son champion[1]. Mais s’il est sans doute en phase avec son parti, il ne l’est pas du tout avec le pays, et cela dans quelque domaine que ce soit. 

    Les ressorts d’une victoire 

    François Fillon surfe sur une victoire inattendue autant qu’improbable. C’était d’ailleurs assez prévisible au vu des résultats du 20 novembre. Il est plutôt incroyable qu’un individu aussi terne et médiocre soit choisi comme le champion du peuple de droite. Certes il a déjoué les pronostics, démontrant qu’il est toujours payant de faire une campagne longue et de proximité, plutôt que de se fier aux sondages. Cependant c’est essentiellement la droite affairiste qui a porté Fillon en avant. Les unes de journaux de droite ont cependant tenté de montrer à travers cette victoire d’un candidat de droite qui gagne une primaire de droite – quel exploit – qu’il s’agissait d’un engouement de la France entière pour cet individu au demeurant très terne. C’est évidemment faux. Et si Par malheur Fillon gagne au deuxième tour contre Marine Le Pen, il ne s’agira en rien d’un vote d’adhésion.

     

    François Fillon : la guerre sociale est déclarée  

    La victoire de Fillon s’est construite en deux temps : d’abord il a su très bien manœuvrer pour trouver des très larges appuis auprès des élus des Républicains. En effet, c’est lui qui en avait le plus grand nombre, aussi bien au Sénat qu’à l’Assemblée nationale. Sarkozy qui avait parié sur son propre charisme et sa popularité dans le parti, s’est trompé. Mais il est vrai que les cadres du parti le déteste. Fillon c’est d’abord un homme d’appareil, un peu comme Hollande en son temps. N’ayant jamais eu d’idée particulière sur rien, passant sans vergogne du gaullisme social à la Philippe Séguin au Thatchérisme revanchard débridé, il a en réalité épousé les dérives d’un parti qu’Hollande a privé d’un discours plus consensuel en appliquant une politique libérale et droitière. Autrement dit la dérive droitière des Républicains c’est d’abord le résultat de la politique de Hollande. En effet comment se démarquer de la « gauche » dite de gouvernement sans faire de la surenchère à droite ? Fillon n’est que l’incarnation de cette tendance. 

    Le programme Fillon 

    Le programme de Fillon présenté à grands coups de trompettes sent le moisi. Comme on l’a dit, il est déjà rejeté par la grande majorité des Français, notamment en ce qui concerne la casse de la sécurité sociale. Alors même que les grands organismes internationaux, peu suspects de gauchisme, saluent les performances excellentes du système de couverture sociale de la France[2], alors même que ce système est aujorud’hui en équilibre, le réactionnaire Fillon qui travaille pour les lobbies des assurances privées veut le mettre en pièces : séparer les gros risques qui seraient couverts par la solidarité – cotisations sociales – et les petits risques qui seraient financés par les mutuelles et donc par des types de financement individuels. Ces mesures seront aussi mauvaises que coûteuses pour la France qui travaille dans la mesure où les compagnies d’assurances privées devront payer des frais de gestion très supérieurs aux 6% de la sécurité sociale d’aujorud’hui, et aussi rémunérer les actionnaires goulus[3].

    Développant un programme d’abord destiné à satisfaire les plus riches : baisse de l’impôt sur les revenus des plus aisés, suppression de l’ISF, mais qui pénalisera les plus pauvres avec la hausse de la TVA, il est assez admis que ce programme de relance de l’économie de l’offre engendrera une baisse de la croissance et de l’emploi. Et ce d’autant plus que Fillon veut supprimer 500 000 fonctionnaires et allonger la durée du travail. Cette baisse est évaluée à 0,7% du PIB. C’est-à-dire la moitié à peu près de la croissance actuelle qui est pourtant déjà assez faible[4]. La raison est toujours la même : dans une économie mondialisée qui est en excès d’offre, ce n’est pas la bonne manière de résorber cet excès en bridant la demande. Je ne me poserai pas ici de question sur les raisons psychologiques qui ont poussé François Fillon – fils de notaire qui n’a jamais travaillé de sa vie – a déclaré la guerre au monde du travail.

    La diminution du nombre des fonctionnaires programmée est du même tonneau. Tout le monde sait parfaitement que la France n’emploie pas trop de monde dans la fonction publique. On ne diminuera pas ce nombre. Comme le montre le graphique ci-après, le Danemark et la Suède – qui ne sont pas dans l’Euro, et qui ont des performances économiques très satisfaisantes – la France n’est pas championne du nombre de fonctionnaires. Mais par contre ce qui est prévu c’est de faire changer de statut les fonctionnaires, instaurer la précarité. Il n’est absolument pas prouvé que cela permettra que la France soit plus efficiente. Ce sera une manière de sous-traiter une partie des services publics au secteur privé. Toujours le même affairisme qui travaille Fillon. En effet, en faisant changer de statut les fonctionnaires, on va permettre aui secteur privé de ponctionner indirectement les ressources publiques. Le schéma est le suivant : l’Etat sous-traite et assure un volume d’affaires par exemple sous la forme d’un Partenariat Public-Privé, les coûts en général s’envolent, les salariés qui font le boulot sont moins payés que des fonctionnaires, et les actionnaires empochent la différence.

     François Fillon : la guerre sociale est déclarée 

    Je ne vais pas rentrer dans tout le détail du programme de purge de Fillon, on aura l’occasion de revenir sur ses mensonges et ses insuffisances. Ces quelques points décisifs montrent non seulement que le peuple n’a rien à attendre du porte-parole de la partie la plus réactionnaire du patronat, mais que l’économie et l’emploi ne se relèveront pas de cette manière. On remarque évidemment que Fillon n’a jamais rien dit de l’Europe. On comprend bien qu’il ne la remettra pas en question, quoique par ailleurs il joue les souverainistes de comédie, bien au contraire les directives européennes seront une aubaine pour lui car elles justifient par avance le démantèlement de tout ce qui allait dans le sens de la solidarité nationale et qui avait été mis en place sous la houlette du général De Gaulle en 1945.

    Des incertitudes pour la présidentielles de 2017

     

    A l’évidence Fillon a pris une option sur la présidentielle de 2017, mais cependant, elle apparait bien plus ouverte qu’une alternance traditionnelle. La lassitude des électeurs face à des institutions qui, dans le monde entier, ne semblent plus garantir la démocratie, risque de transformer le paysage politique. Certes il serait osé que de qualifier Fillon de candidat anti-système, mais la volonté de voir bouger le paysage politique  peut ouvrir des portes inattendues.

    La structure du vote de la primaire de la droite rend les choses plutôt compliquées. Mais en tous les cas elle désigne déjà Fillon comme le candidat le plus à droite et le plus réactionnaire. Il sera facile pour un candidat de gauche – même modéré – de dénoncer son programme mortifère. Cependant, Fillon rend déjà la candidature de Macron très difficile, ce sera la première victime collatérale, car Fillon montre que le libéralisme débridé est bien le programme de la droite décomplexée et autoritaire, en aucun cas il ne peut représenter une gauche même réformiste.

    Le second enjeu est de savoir si les excès du programme Fillon vont susciter des vocations modérées. Bayrou a déjà critiqué les orientations du fils de notaire. Va-t-il se présenter ? On n’en sait rien, en tous les cas il laisse planer le doute. Déjà une partie de la droite critique ouvertement Fillon, par exemple Guaino[5], mais Juppé a laissé entendre à mots couverts lorsqu’il a acté sa défaite que ce programme manquait d’ambition et de générosité[6]. Il est donc difficile de savoir si le peu charismatique Fillon va être capable de mobiliser son propre camp. Si la gauche est divisée, la droite ne l’est pas moins.

    Le troisième point est bien sûr la gauche. Celle-ci aura plus de facilité à critiquer et à attaquer férocement Fillon que Juppé, non seulement parce que le programme de Fillon est scandaleusement réactionnaire, mais aussi parce qu’elle rappellera que Fillon n’a pas brillé lors de son passage à Matignon. Dans tous les domaines (croissance, emploi, dette) il a obtenu des résultats plus médiocres encore que Hollande et ses gouvernements. Il va être rapidement attaqué non seulement sur son programme semi-débile, mais aussi sur son bilan du temps où il était le « collaborateur » de Sarkozy. 

    François Fillon : la guerre sociale est déclarée 

    La victoire de Fillon peut donc accélérer la candidature de Hollande qui pourra se placer en père protecteur des acquis du monde du travail. Il entamerait alors le refrain auquel les socialistes commencent à nous habituer : « d’accord je suis mauvais et de droite, mais Fillon est encore pire que moi ». Il n’est pas certain que cela marche, d’autant que la candidature de Mélenchon, avec le ralliement des communistes commence à avoir de la consistance[7], au point d’être en passe de valider mes prédictions d’il y a quelques mois selon lesquelles Mélenchon arriverait devant le candidat du P « S ». Les soutiens de Mélenchon pensent que le second tour de l’élection présidentielle pourrait amener un duel avec Marine Le Pen. Cela ne peut passer que par deux conditions :

    - d’une part une multiplication des candidatures de droite – donc que Macron aille jusqu’au bout et que Bayrou se présente ;

    - et d’autre part que Hollande soit choisi par le P « S » et qu’il fasse un score minable au 1er tour, par exemple 5%.

    On voit que ces deux conditions seront très difficiles à réunir. Par ailleurs il appartiendra à Marine Le Pen de conjurer l’hémorragie de son électorat vers François Fillon. On sait qu’une partie du succès de celui-ci à la primaire de la droite est le résultat de la mobilisation de l’extrême droite pour éliminer Juppé.

     

     


    [1] http://www.marianne.net/fillon-est-tigre-papier-100248217.html

    [2] http://www.latribune.fr/economie/france/sante-quels-sont-les-points-forts-de-la-france-618674.html

    [3] http://in-girum-imus.blogg.org/la-sociale-gilles-perret-2016-a127265540

    [4] http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/presidentielle-primaire-droite/20161121.OBS1532/le-programme-de-francois-fillon-couterait-de-l-ordre-de-0-7-point-de-croissance-a-la-france.html

    [5] http://www.marianne.net/henri-guaino-programme-fillon-purge-jamais-proposee-seconde-guerre-mondiale-100248221.html

    [6] http://www.marianne.net/juppe-retourne-bordeaux-laissant-testament-anti-fillon-100248218.html

    [7] http://www.francetvinfo.fr/politique/front-de-gauche/tout-peut-arriver-a-la-presidentielle-apres-le-ralliement-du-parti-communiste-a-jean-luc-melenchon_1940687.html

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