•  Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré

    Emmanuel Macron est souvent attaqué à droite comme à gauche. D’abord parce que le soutien éhonté de la presse mainstream agace, et plus encore depuis qu’elle semble avoir fait l’impasse sur l’autre candidat du système, François Fillon. La manière dont ses meetings sont mis en scène[1] énerve aussi pas mal l’opinion, avec des moments carrément hystériques. Je ne dirais rien non plus sur les moqueries dont il fait l’objet sur la toile à propos de son mariage improbable et de ses orientations sexuelles. Non plus que je ne parlerais de ses problèmes avec le fisc et les dissimulations probables qu’il a faites de son patrimoine[2]. Laissons là pour l’instant ces salades qui le rattraperons… ou pas.

    Mais Macron est également critiqué sur le flou de son programme. Beaucoup soutiennent qu’il n’en a pas. Rien n’est plus faux. Il a un programme sur le plan économique et social, mais comme par hasard, il est très proche de celui de Fillon, sinon dans la lettre, mais surtout dans le fond. Et c’est finalement normal, puisque comme nous l’avons indiqué, Fillon et Macron sont tous les deux coachés par l’Institut Montaigne[3]. Dans les jours qui viennent il va présenter un programme « chiffré » dit-il qui est en train d’être rédigé par Jean-Pisani-Ferry qui travaille depuis de longues années pour Bruxelles.

    J’ai donc lu Révolution de Macron. J’ai mis en réalité deux mois pour ce faire. Ce qui est étonnant pour un petit ouvrage imprimé en gros caractères. J’ai bien du courage et on peut me féliciter pour cela.  

     

    Le style c’est l’homme !

     

    Le début de son livre, c’est l’histoire évidemment très édulcoré de son parcours méritant et rectiligne. Ce chapitre nous laisse entendre que malgré son très jeune âge il a bien compris la vie au XXIème siècle. Il présente dans la foulée son mariage avec Brigitte Trogneux comme une histoire d’amour qui doit fait rêver dans les chaumières.

     

    C’est à ce moment-là que je rencontrai Henry Hermand qui allait beaucoup compter pour moi, et qui vient de nous quitter. Dès le début, notre relation fut à la fois une filiation amicale et la passion commune pour l’engagement politique. Cet homme exceptionnel avait non seulement été un entrepreneur à succès, mais aussi un compagnon de route du progressisme français durant des décennies. C’est lui qui me présenta Michel Rocard.

     

    Il suppose donc que nous sommes assez bêtes pour croire que la référence à la deuxième gauche est un gage de sérieux. Hermand n’étant plus là on ne saura pas si c’est vrai ce qu’il nous raconte. Hermand était en effet un milliardaire qui soutenait « la gauche progressiste », étant entendu que la gauche progressiste est la droite avec un faux nez, la droite honteuse, si on veut[4]. Au passage Macron ne nous dit rien du rôle qu’il a joué dans la commission Attali du temps du pauvre Sarkozy qui semble être voué à un oubli rapide. Mais dès le début de ce récit, ce qui frappe c’est qu’il critique Hollande d’une manière indirecte autant que sournoise :

     

    Je n’ai pas dissimulé ces désaccords. Quant à mon action de ministre, elle était entravée par l’effet cumulé des erreurs d’analyse, des incompétences techniques et des arrière-pensées personnelles.

     

    Pourtant dans la suite du livre, il va nous dire que tout ce qu’a fait Hollande c’est excellent, que ce soit le CICE ou la loi El Khomri dont on sait qu’il voulait la présenter lui-même devant l’Assemblée nationale. Cela est très ennuyeux car quand on lit cet ouvrage, on se dit que finalement Hollande aurait pu l’écrire pour justifier de l’excellence de son bilan.

    En vérité Macron va se revendiquer de l’héritage de tous les présidents du passé, le général De Gaulle, Valéry Giscard d‘Estaing, et Mitterrand ! Il pousse même la cuistrerie à se revendiquer de Pierre Mendès-France et aussi du CNR qui permit de mettre en place avec l’aval du général De Gaulle les lois sociales et la Sécurité sociale. Voici ce qu’il écrit :

     

    Le général de Gaulle, comme Pierre Mendès-France, ont exprimé mieux que quiconque que la politique devait se confronter au réel. Je m’inscris dans cette parenté-là.

    Les grandes politiques du passé, celles qui ont été utiles à notre pays, ont toujours été inspirées par cet esprit-là. Le général de Gaulle avait, plus qu’aucun autre, le sentiment de la grandeur de la France. Il a délibérément renoncé pourtant à l’Empire français, dont il avait appris enfant qu’il était inséparable de cette grandeur même, parce qu’il avait compris que l’avenir du pays se jouait sur le continent européen. Nul plus que Pierre Mendès-France n’avait le sens de la justice. Il s’est pourtant fait en 1945, et contre le Général lui-même, l’apôtre de la rigueur budgétaire, parce qu’il voyait, au-delà des apparences, quels malheurs sociaux le laxisme peut causer.

     Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré 

    Or comme l’histoire est un domaine qui semble échapper à l’intelligence macronienne, c’est là un point décisif. En effet, Pierre Mendès-France démissionna du gouvernement du général De Gaulle exactement sur la question de l’austérité, arguant qu’avant de faire les lois sociales il fallait revenir à l’équilibre budgétaire et rembourser la dette publique qui s’élevait à 239% du PIB à la sortie de la guerre[5]. Et si PMF démissionna, c’est parce qu’il croyait que De Gaulle se planterait et qu’il pourrait en récolter les fruits. Or c’est l’inverse qui s’est passé. La croissance fut relancée, le partage de la valeur fut de nouveau en faveur des travailleurs, contrairement aux gémissements du patronat. La dette fut quasiment épongée en 5 ans, avec de l’inflation bien entendu. Mais plus loin dans son ouvrage Macron va faire l’éloge du modèle austéritaire à la manière allemande, tout en gémissant sur le malheur des Grecs. On voit qu’à vouloir se situer à tout prix à droite comme à gauche, à se référer au gaullisme aussi bien qu’à Mitterrand, il se retrouve nulle part. Ou plutôt il ne peut se retrouver que du côté de ses employeurs, du côté des banques.

     

    La mondialisation heureuse

     

    Dans le temps Alain Minc, sinistre bourricot qui s’est toujours trompé sur tout, s’était illustré et fait moquer pour avoir commis un pensum intitulé La mondialisation heureuse[6]. On ne s’étonnera pas de voir que Minc, toujours à la recherche d’une sinécure, a rejoint les soutiens de Macron[7]. Tout le long de son ouvrage Macron présente la mondialisation comme un état de fait auquel il faut nécessairement s’adapter. La mondialisation n’est pas pour Macron le résultat d’un processus humain, d’un ensemble de nouvelles règles imposées par une oligarchie qui défend des intérêts singuliers, mais c’est une sorte d’état de nature à laquelle il faut bien nous adapter comme nous mettons un manteau en hiver, et comme nous ouvrons un parapluie quand il pleut. Macron a soi-disant fait des études de philosophie[8] au détour d’une page nous sort une formule belle, décisive et définitive !

     

    Nous sommes plongés dans le monde. Qu’on le veuille ou non.

     

    Et bien sur ce point nous ne lui donnerons pas tort n’est-ce pas ! Cependant justement le rôle de la politique est non pas de s’adapter au « monde » confondu ici avec la « mondialisation », mais d’adapter le monde aux besoins de la société. Cependant le discours de Macron se veut plus malin que celui de Minc qui nous annonçait tranquillement les lendemains qui chantent. Donc on va trouver chez Macron des idées contradictoires que sans doute il  croit compatibles avec la droite et avec la gauche. Ainsi, d’un côté il va nous dire que :

     

    Ce serait mentir que de prétendre que nous pourrions sortir de cette mondialisation pour vivre mieux. C’est un mensonge coupable car cette sortie ferait sans doute plus de victimes encore.

     

    Sans le démontrer bien sûr – comment le pourrait-il – mais de l’autre il nous affirme que :

     

    Nous sommes en train de vivre un stade final du capitalisme mondial qui, par ses excès, manifeste son incapacité à durer véritablement. Les excès de la financiarisation, les inégalités, la destruction environnementale, l’augmentation inexorable de la population mondiale, les migrations géopolitiques et environnementales croissantes, la transformation numérique : ce sont là les éléments d’un grand bouleversement qui nous impose de réagir.

     

    Au bout du compte et si on comprend bien, la mondialisation ne sera pas heureuse « naturellement », mais que si on suit l’avis de l’expert autoproclamé Macron et qu’on l’élit à la tête de l’Etat. On ne sera donc pas étonné que tout ce qui compte à Paris d’européistes cosmopolites se retrouve derrière sa candidature. Parmi les autres soutiens de Macron, on trouve aussi Cohn-Bendit – anciennement dit Dany-le-rouge – Bernard Tapie, un homme qui s’y connait, et également Bernard Kouchner. Quel amalgame !

     Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré 

    La jeunesse avec Macron 

    Programme

     

    Le cœur du programme de Macron est exactement le même que celui d’Hollande. Et pour cause ! C’est lui qui a conduit la malheureuse politique économique de Hollande dont les résultats désastreux l’ont obligé à renoncer à se présenter. Et parmi les mesures qui ont été mises en place sous le patronage de Macron, il y a le CICE. Et il s’en flatte :

     

    Pour investir dans l’innovation, les entreprises ont besoin de reconstituer leurs marges et donc de réduire le coût du travail, de l’énergie et du capital. À cet égard, le quinquennat actuel aura marqué un tournant, en particulier sur le coût du travail. Le « crédit d’impôt compétitivité emploi » (CICE) et le « pacte de responsabilité et de solidarité » auront redonné des marges de manœuvre aux entreprises et stoppé l’hémorragie de l’emploi.

     

    On peut faire deux remarques :

    1. la première est que le coût du travail n’est qu’un élément très faible de la compétitivité. Il n’existe aucune étude sérieuse qui démontrerait que la baisse du coût du travail engendrerait une hausse de la compétitivité. Tout dépend évidemment de la montée en gamme des productions[9], mais aussi de la monnaie utilisée puisqu’en effet en sortant de l’euro la France retrouverait une compétitivité par rapport à l’Allemagne qui lui permettrait d’éponger son déficit commercial ;

    2. Contrairement à ce que dit Macron le CICE n’a pas créé d’emplois. Au mieux, mais c’est Jean Pisani-Ferry[10] qui le dit – il aurait permis de « sauvegarder » entre 50 000 et 100 000 emplois[11], alors qu’au départ on avançait des chiffres mirobolants, 1 million d’emplois. Le CICE est un échec complet eut égard les sommes qui ont été engagées – environ 60 milliards d’euros en 3 ans[12].

     

    Cependant Macron, comme les vieux rentiers qui fustigent ces « fainéants de jeunes » continue de penser contre toute logique que le coût du travail est un problème – ici il est sur le même terrain que Fillon. Il propose donc de baisser les cotisations sociales de manière pérenne, autrement dit le CICE ne marche pas à 20 milliards d’euros par an, il veut en amplifier le mouvement ! Il souhaite compenser ce manque à gagner, toujours comme le sinistre Fillon, par une baisse des dépenses publiques. Il suppose qu’il peut réaliser ce miracle pour un volume de 60 milliards d’euros en année pleine.

     

    Je veux, en ce domaine, que les choses soient claires. Je souhaite réduire les prélèvements sur les entreprises qui nuisent à leur compétitivité et soutenir l’investissement productif. Pour ce faire, entre autres, je transformerai le crédit d’impôt compétitivité emploi en allégement de charges et je déciderai d’autres allégements ou suppressions de cotisations sociales patronales. Des économies sur la dépense publique et une fiscalité plus incitative, notamment sur la pollution ou la consommation, seront décidées pour financer cela.

     

    Comme on le voit tout cela reste vague. Il a d’ailleurs confirmé ce flou dans un meeting. Si d’un côté il nous dit qu’il va augmenter les effectifs de la police, de l’éducation et de la santé, il nous dit de l’autre qu’il ne renouvellera pas les fonctionnaires qui partent à la retraite, sans en préciser le nombre, ni le secteur. Ce garçon n’est pas sérieux, mais il a retenu la leçon des déboires de Fillon qui imprudemment avait avancé qu’il rayerait d’un trait de plume 500 000 emplois dans la fonction publique[13].

     

    Pour le reste il considère que la loi El Khomri est excellente et qu’il faut l’approfondir – malgré la désapprobation générale des Français – au passage, il ne se rend même pas compte que ce qu’il propose a déjà été effectué par la malheureuse El Khomri. Il prône l’inversion des normes sans même se douter que celle-ci est actée   depuis des mois.

     Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré

     

    C’est pourquoi je propose de réduire les cotisations salariales et les cotisations payées par les indépendants. Cela permettra d’augmenter sensiblement les salaires nets, sans alourdir le coût du travail ni détériorer la compétitivité ou l’emploi. Le financement de cette mesure se fera de telle sorte que les travailleurs en seront gagnants.

     

    Je suis favorable à changer profondément la construction de notre droit du travail et permettre aux accords de branche et aux accords d’entreprise de déroger à la loi par accord majoritaire sur tous les sujets souhaités […]

    Actons que notre code du travail doit définir les grands principes avec lesquels nous ne voulons pas transiger : l’égalité homme-femme, le temps de travail, le salaire minimum, etc. Et renvoyons à la négociation de branche et, en second ressort, à la négociation d’entreprise, la responsabilité de définir les équilibres pertinents et les protections utiles.

     

    N’aurait-il pas suivi les débats sur cette question ?

     

    Pour le reste le programme est une somme de toutes les âneries qu’on peut dire sur l’entreprenariat, des formules creuses à la gloire de l’innovation et de la prise de risque pour devenir milliardaire. Bougiste impénitent Macron insiste sur le changement permanent qui doit faire la vie future des travailleurs. Et il présente cela comme un gage de bonheur ! C’est à peine s’il concède que cela sera accompagné par un effort de formation continue pour « s’adapter ». Le rôle de l’Etat dans le domaine économique sera :

    1. l’éducation. A ce propos il entérine l’idée selon laquelle l’éducation en France est complètement dépassée. Si le système français montre manifestement des lacunes, on aurait cependant tort de croire qu’ailleurs c’est bien mieux[14].

    2. la transition écologique. Il est à remarquer que tous les candidats disent à peu près la même chose sur ce thème et il se range derrière ceux qui pensent que ces investissements, s’ils sont nécessaires à la survie de l’espèce, sont une opportunité pour relancer la croissance. Curieusement il dénonce le chauffage et donc la nécessité d’investir pour moins dépenser en la matière, mais il ne dit rien des transports, or la logique mondialiste et européiste qu’il défend, est fondée sur le développement des circuits longs qui sont une plaie en matière environnementale.

     Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré 

    Ce graphique qui tourne en boucle sur la toile, donne une faible idée de l’importance des transports parce qu’il amalgame le résidentiel et le tertiaire, c’est-à-dire une activité économique productrice de valeurs et de profit, et une activité purement consommatrice. Le résidentiel représente semble-t-il seulement un peu plus de la moitié de ces 44 %, soit bien moins que le transport. Mais pour ce qui est du transport, Macron renonce évidemment à trouver des solutions pour diminuer son importance et donc ses nuisances. Il semble faire confiance, comme tous les « progressistes » d’ailleurs, à l’innovation qui nous permettra de consommer toujours plus et de nous déplacer toujours plus tout en réduisant les nuisances. Bien sûr il ne se pose ni la question de savoir si l’innovation sera efficiente, ni si même elle arrivera en temps et en heure.

     

    Et l’Europe dans tout ça ?

     

    Là encore il est bien obligé de reconnaître que l’Union européenne est en échec. Et bien sûr entre autres choses le Brexit en est la preuve éclatante, comme la crise grecque et ka divergence de trajectoire des économies qui la composent. Mais selon Macron l’idée même d’une Union européenne reste belle et bonne. Et de nous reprendre l’antienne éculée de « l’Europe c’est la paix », ou encore la fable selon laquelle entre la Chine et les Etats-Unis nous ne pouvons être forts que si l’Europe est unie. Ici Macron devient lyrique, au risque de faire rire par les temps qui courent :

     

    Il faut renouer avec le désir d’Europe.

    L’Union européenne se construira ensuite sur le goût de l’avenir. C’est-à-dire sur une ambition commune de relance.

     

    Mais concrètement, ça veut dire quoi ? Et bien cela veut dire d’abord que la France doit faire plaisir à l’Allemagne et faire les réformes qui conviennent pour faire plaisir à notre voisin. Pétain à Montoire n’aurait pas dit mieux ! il y en a qui ont été fusillé pour moins que ça.

     

    Sur ce point, la France a une responsabilité immense. Si nous voulons convaincre nos partenaires allemands d’avancer, il nous faut impérativement nous réformer. L’Allemagne aujourd’hui est attentiste, bloquant nombre de projets européens en raison de sa défiance envers nous. Nous l’avons trahie deux fois. En 2003/2004, en nous engageant à faire des réformes de fond que seuls les Allemands ont menées. Et en 2007 en arrêtant unilatéralement l’agenda de réduction des dépenses publiques que nous conduisions ensemble. Puis, encore, en gagnant du temps en 2013, sans agir suffisamment. C’est aussi pourquoi l’Allemagne accroît aujourd’hui son excédent budgétaire, ce qui n’est bon, ni pour elle ni pour l’Europe. N’oublions jamais qu’il y a la place pour un leadership français en Europe, mais que celui-ci implique que nous donnions l’exemple.

     Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré 

    Macron tentant de se faire aimer en Allemagne 

    Il a répété cela quand il a été à Berlin faire des génuflexions devant Sainte Angela et Saint-Wolfgang Schaüble. Donc il ne nous causera pas des excédents extravagants de l’Allemagne qui plombent la croissance en Europe, il ne nous parlera pas non plus du rôle qu’a pu jouer la monnaie unique dans cette montée en puissance des excédents allemands. Il lui faut faire un acte de contrition, comme si les excédents des uns n’étaient pas les déficits des autres, et que nous pourrions tout aussi bien en suivant la voie allemande. Mais tout cela reste flou, il propose en même temps plus d’intégration : en supposant qu’on puisse harmoniser facilement la législation, la fiscalité et les normes sociales, tout en prônant une Europe à la carte en quelque sorte. Avec un noyau dur qui serait formé de l’Allemagne et de la France. Mais ce raisonnement ressort d’une incompréhension de ce qu’est l’Europe dans ses objectifs : si en effet on a préféré faire l’élargissement plutôt que l’approfondissement quand cela était encore possible, il y a une raison, c’est qu’on ne voulait pas de l’approfondissement. Préféré l’élargissement c’est faire de la concurrence le moteur de la construction européenne. Or quand il y a concurrence il y a forcément des perdants et des gagnants, ça tombe sous le sens.  Et les perdants sont d’abord les travailleurs.

    Il a précisé sa position sur l’Europe à plusieurs reprises, notamment en soulignant la nécessité de construire une défense commune[15]. Il ne nous a pas dit du reste qui y participerait puisque cela vient contrecarrer l’idée d’une Europe à la carte : peut-on en effet dire par exemple aux Italiens ou aux Grecs qu’ils ne peuvent plus être dans la zone euro, et de l’autre côté leur demander de participer à la défense européenne. Egalement il voudrait un ministre de l’économie de la zone euro, mais là encore non seulement il se heurte au fait que les Allemands n’en veulent pas, mais encore qu’il est incapable de dire qui devrait participer à cette zone euro[16]. Vous noterez que sur ces deux derniers points encore Macron et Fillon sont à l’unisson.

     

    Conclusion

     

    Si on m’a suivi jusqu’ici, on comprend facilement qu’il n’y a aucune raison, du point de vue de la défense de l’intérêt général, de voter pour Macron eut égard son programme, même si on fait l’impasse sur sa personnalité peu fiable. On lui accordera cependant sur Fillon l’avantage d’être un libéral cohérent, il est ouvertement cosmopolite et ne fait pas semblant de défendre la culture française dont il se moque comme de son premier million[17]. De même sur le plan des valeurs il est volontiers communautariste et pour une laïcité limitée.

     

     


    [1] https://www.letemps.ch/opinions/2017/02/15/emmanuel-macron-fabrique-lambiance-meetings

    [2] https://www.les-crises.fr/macron-36-millions-deuros-de-revenus-cumules-patrimoine-negatif/

    [3] http://in-girum-imus.blogg.org/l-institut-montaigne-au-coeur-des-presidentielles-a128306378

    [4] http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2016/11/06/henry-hermand-mentor-de-macron-est-mort_5026284_3382.html

    [5] Le monde donne un chiffre encore plus élevé pour la dette en 1944 : 250%. http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/10/04/quand-la-france-remboursait-sa-dette_3489930_3234.html

    [6] https://www.challenges.fr/economie/minc-aucune-raison-de-craindre-la-mondialisation_310257.

    [7] http://www.lejdd.fr/Politique/Le-soutien-d-Alain-Minc-a-Emmanuel-Macron-raille-de-toutes-parts-841918

    [8] Quoi que même L’express qui n’est pas très regardant doute de cela : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/macron-philosophe-ces-intellectuels-qui-n-y-croient-pas_1827700.html

    [9] http://www.alternatives-economiques.fr/faute-cout-travail/00061501

    [10] Ce personnage dont on ne dira jamais assez de mal gagne des sommes folles au service de la Commission européenne. Il cumule les casquettes et fut le président du comité de suivi du CICE. Il prône le gel des salaires en France pendant trois ans. http://www.prechi-precha.fr/jean-pisani-ferryle-conseille-economique-demmanuel-macron-prone-gel-salaires/

    [11] http://lentreprise.lexpress.fr/actualites/1/actualites/le-cice-a-probablement-permis-de-creer-ou-sauvegarder-de-50-000-a-100-000-emplois-en-2013-et-2014-rapport_1835529.html

    [12] Un rapide calcul montre que chaque emploi sauvegardé aura coûté à l’Etat, en choisissant l’estimation haute de Pisani-Ferry, 200 000 € par an !!

    [13] http://www.latribune.fr/economie/france/le-flou-de-macron-sur-le-non-renouvellement-des-fonctionnaires-640279.html Ce sont les propositions jobastres de Fillon que la privatisation de la Sécurité sociale et sur les fonctionnaires qui ont commencé à  le mettre en difficulté dans l’opinion bien avant les obscures histoires de cupidité dont on n’arrive plus à suivre le déroulement.            

    [15] http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/01/11/a-berlin-macron-plaide-pour-une-europe-plus-ambitieuse_1540579

    [16] https://www.euractiv.fr/section/priorites-ue-2020/news/macron-veut-un-commissaire-europeen-dedie-a-la-zone-euro/

    [17] http://www.marianne.net/obscurantisme-au-nom-diversite-100249864.html

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  • L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles

    Avoir deux fers au feu est la bonne tactique 

    Les présidentielles sont un moment fort de la vie politique, nous l’avons vu encore avec les embarras domestiques de François Fillon. L’effondrement de Fillon dans l’opinion a entraîné mécaniquement une montée en puissance d’Emmanuel Macron. En réalité les deux hommes politiques, comme les deux faces d’une même pièce, sont soutenus par la même boutique : l’Institut Montaigne. Que ce soit Macron ou Fillon, c’est l’Institut Montaigne qui va gagner. Cet institut est une sorte de think tank[1] qui dispose de moyens très importants et qui regroupe la crème du capitalisme financier français : les banques et les assurances. Leur but est de financer la propagande libérale à partir de quelques idées simples :

    1. faire baisser les dépenses de l’Etat ;

    2. privatiser la Sécurité sociale ;

    3. baisser les impôts des plus riches ;

    4. augmenter les impôts des plus pauvres via la TVA, les dépenses sociales seraient alors financées par une TVA « sociale », une hausse de deux points est proposée ;

    5. Evidemment tous les deux sont pour une destruction accélérée du code du travail au motif d’une simplification quia améliorerait la fluidité du marché du travail et donc permettrait l’embauche ;

    6. renforcer le carcan européiste en construisant une défense européenne et en nommant un ministre de l’économie pour la zone euro. 

    L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles 

     

    Sur ces points principaux, il y a une convergence très nette entre Macron et Fillon. Il faut avoir cela bien en tête, sur le plan économique et social, Macron et Fillon c’est très exactement la même chose : déréglementer et abaisser l’Etat pour laisser jouer les forces du marché. C’est la vieille idée de la droite depuis 1800 : la régulation est mauvaise. Evidemment ils n’ont pas encore intégré que la crise de 2008 était d’abord la conséquence de la déréglementation, ou de la mondialisation, si vous voulez. Ils partent tous les deux de l’idée – fournie par l’Institut Montaigne bien entendu[2] – que la France doit être compétitive et donc  abaisser ses coûts pour conquérir de nouveaux marchés. C’est la théorie de l’offre, celle que Fillon en tant que premier ministre de Sarkozy et Macron, en tant que conseiller puis ministre de l’économie de Hollande, ont mis en œuvre ces dix dernières années avec les résultats très mauvais que l’on sait : la croissance est restée faible, et le chômage est devenu structurellement élevé. Ainsi que nous le voyons dans le graphique ci-dessus, Sarkozy-Fillon et Hollande-Macron ont obtenu des résultats assez similaires en matière de chômage. Le simple exposé des échecs de la politique Fillon ou de la politique Macron devrait disqualifier ces deux individus pour la présidentielle, tout comme Hollande, Valls et Sarkozy ont été disqualifiés. Dans ce contexte dire que Macron serait de gauche et Fillon de droite ne repose sur rien de sérieux.

     L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles 

    Les hommes forts de l’Institut Montaigne se nomment Claude Bébéar – grand ponte de l’assurance privée – Henri de Castries, lui aussi grand ponte pressé de l’assurance privée et Laurent BIgorgne. Ce dernier, dont la femme est directement liée à Macron, est en quelque sorte la petite main de l’équipe qui organise les « études », donc c’est celui qui va produire les éléments de langage. Macron a un avantage dans les médias, il est impossible de l’éviter tant les médias qui sont comme on le sait possédés à 95% par l’oligarchie, s’évertuent de parler de lui en toute circonstance, y compris pour raconter des bêtises sur la vie privée de leur poulain[3]. 

    La presse derrière Macron  

    L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles 

    Les tribulations de Fillon, semblent indiquer cette fois que l’oligarchie mise plus sérieusement sur Macron qu’elle tente de transformer en un homme nouveau. Au début on ne l’a pas vu venir, et on se demandait comment Macron ferait pour apparaître comme un candidat de rupture « anti-système » quoi. Mais en réalité on commence à le comprendre avec la déferlante des articles qui jour après jour nous disent que Macron est un homme neuf – certes il n’a pas de programme, mais ça va venir. Le site Le vent se lève nous explique en long en large et en travers comment les médias ont fabriqué Macron. C’est vrai, mais c’est parce que ces médias sont la propriété privée de ceux qui veulent voir Macron au pouvoir pour s’en servir évidemment. Ce site a donc fait le compte des articles publiés. En moyenne Macron a été célébré plus de trois fois plus que Mélenchon par exemple.  

    L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles  

    Evidemment celui dont on parle le moins est Mélenchon, même  si ses meetings sont très suivis. Le fait que Macron soit célébré trois fois plus que Mélenchon suffit à ringardiser celui-ci. On comprend bien que ce n’est pas un candidat à la mode. Macron a bien l’air un peu fou quand il hurle à la mort dans ses meetings, on s’en moque, il est celui pour qui il faut voter si on est jeune et dynamique, ouvert et enthousiaste, européen et cosmopolite. Mélenchon est finalement bien trop sérieux, après tout qu’on soit d’accord ou non avec lui, il a un vrai programme[4]. Si on comprend bien comment Macron a été fabriqué par l’oligarchie, on a plus de mal à admettre pourquoi il semble tenir la corde pour devenir le prochain président. Il joue en réalité une partition assez connue et qui avait réussi aussi bien à Giscard d’Estaing qu’à Sarkozy, se poser comme le candidat moderne de la rupture. Peu importe qu’il en soit à célébrer les vieilles idées de Margaret Thatcher, ou qu’il en reste à des idées complètement ringardes en ce qui concerne l’Europe et qu’il célèbre la monarchie[5]. Il fait jeune et dynamique, alors on lui passe ces bêtises. 

    Les soutiens de Macron 

     L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles 

    Plus intéressant est de voir qui soutient Macron. Si on comprend bien le noyau dur de la mise sur orbite de ce candidat est le fait de l’Institut Montaigne et de Jean-Pierre Jouyet ci devant homme gris, ami d’Hollande, ayant travaillé pour Sarkozy et impliqué avec Fillon dans la mise en cause de Sarkozy. Ce qui veut dire en clair que l’importance de ces think tanks qui apportent programme et argent pour financer la campagne est bien plus grande que les partis politiques. En effet, que ce soit LR avec les déboires de la famille Fillon, ou le P « S » avec son impossible unité – une partie de son encadrement va soutenir Macron – l’élection présidentielle se fera sans eux. Il ne faut pas cependant surestimer l’importance de ces think tanks. En effet, ils sont forts parce que les partis sont faibles. La décomposition des partis politiques a commencé bien avant 2017. Tout le monde s’est réjoui de l’effondrement du PCF, sans voir que cette maladie allait se répandre. Une des raisons à ce phénomène est bien sûr le rapprochement des programmes de la droite et de la gauche de gouvernement, et surtout le fait que leur gestion commune n’obtient aucun résultat promis. Mais ce n’est pas la seule. La maladie qui touche la politique c’est aussi la professionnalisation de celle-ci. C’est cela qui laisse de la place aux think tanks pour manœuvrer comme ils l’entendent et faire passer leurs idées. Dès lors que Fillon ou Macron soit président peu importe. Par exemple dans les années cinquante le PCF fixait 25% de l’électorat et souvent ses élus venaient de la classe ouvrière. Aujourd’hui, ce n’est même pas 5% et ce n’est pas près de remonter. Quand le général De Gaulle s’est présenté aux élections présidentielles en 1965, il faisait 45% des suffrages exprimés au premier tour. Aujourd’hui on pense qu’on peut être qualifié pour le second tour avec un peu plus de 20% des suffrages. Cet éclatement du paysage électoral rend les prévisions assez difficiles. Il faut donc trouver des manières de se distinguer.

    Les deux candidats de l’Institut Montaigne ne se distinguent en rien dans leur programme économique[6]. Il semblerait qu’on assiste avec le développement des affaires Fillon à un abandon de celui-ci par les gros donateurs de la droite libérale qui se tournent maintenant vers Macron[7]. Ce simple fait suffirait sans doute à le disqualifier comme candidat de gauche, fut-elle une gauche « réformiste ». D’ailleurs très rapidement maintenant que le compte de Fillon est à peu près réglé, on va sans doute s’intéresser justement aux donateurs de Macron, et sans doute cela décillera les égarés de gauche qui sont partis vers lui, et pour peu que Bayrou se présente, on risque de s’amuser.

    Les « valeurs » 

    Alors oui il y a des différences entre Macron et Fillon, le premier est un vrai libéral, en tous les cas plus cohérent. Mondialiste, il est également communautariste, il n’est pas étonnant que Cohn-Bendit le rejoigne sur ce terrain mouvant. Tandis que Fillon s’était cru malin de jouer la carte de l’anti-islam, Macron lui joue ouvertement la partition du communautarisme et de la diversité à l’image d’un Julien Trudeau, il  considère que l’islam ne pose aucun problème. Cela ne gêne pas l’Institut Montaigne. Les médias ont d’ailleurs pudiquement masqué les bêtises qu’il a dites à Lyon ce dernier week-end. En gros il niait l’existence d’une culture française. « Il n'y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse», a-t-il dit [8]. Mais pour les hommes d’affaires, ces différences comptent peu, l’important ça reste le profit. Pendant ce temps Fillon fait le grand écart entre une position libérale en économie et étatiste et autoritaire en matière de « valeurs ». Mais il semble que maintenant on doive parler de Fillon au passé car le candidat de la finance, c’est bien Macron aujourd’hui ! Aura-t-il la capacité de masquer cela jusqu’à l’élection présidentielle ? C’est de cela que va dépendra l’issue. 

    L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles

    Liens

     

    https://www.mediapart.fr/journal/france/070416/le-patronat-heberge-discretement-emmanuel-macron?onglet=full

    https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/un-think-tank-liberal-se-cache-t-il-derriere-les-candidatures-macron-et-fillon_441901

    http://lvsl.fr/medias-ont-fabrique-candidat-macron

     


    [1] Think tank : nom imbécile donné par l’oligarchie à l’instrument de propagande pour ses intérêts.

    [2] Il y a bien d’autres boutiques riches et bien financées qui développent aussi ces idées moisies, on peut citer Terra Nova, Concorde ou encore Fondapol. Ces think tanks fabriquent les idées à la fois pour les hommes politiques et pour les journalistes, ils se trouvent en amont de la formation de l’opinion publique.

    [3] Malgré la mise en scène de sa relation avec son ancien professeur de français, Macron est dénoncé comme menant une double vie : la rumeur lui attribuant avec insistance des relations homosexuelles avec Mathieu Gallet PDG de Rdaio France. http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/qui_est_mathieu_gallet_pdg_de_radio_france_et_suppose_amant_d_emmanuel_macron_385937

    [4] http://in-girum-imus.blogg.org/le-programme-de-jean-luc-melenchon-a127810542

    [5] http://lelab.europe1.fr/pour-emmanuel-macron-il-manque-un-roi-a-la-france-1365792

    [6] Macron n’en a toujours pas, même si on connait les grandes lignes de son programme, il a chargé un imbécile Jean Pisani-Ferry de lui en faire un acceptable. Or Jean Pisani-Ferry est un économiste ouvertement pro-européen qui milite pour le fédéralisme. Bon à rien, mauvais à tout, il gagne des sommes folles en s’impliquant dans tous les réseaux bruxellois possibles et en travaillant à la gloire de l’Union européenne.

    [7] http://www.le100.fr/2017/02/donateurs-droite-sarkozy-financent-macron.html#

    [8] https://francais.rt.com/france/33569-il-n-a-pas-culture-francaise-macron-attire-foudres-droite

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  •  François Fillon s’enfonce, bientôt éliminé 

    Plus François Fillon se défend et plus il s’enfonce. En urgence il a convoqué un journaliste ami pour lui expliquer que ce sont ses adversaires politiques (un clan dit-il, une officine, enfin quelque chose de louche et de mal identifié) qui ont monté cette cabale de toutes pièces. Il a commencé par dire que l’attaquer par le biais de l’emploi fictif de sa femme était un acte misogyne, puis il a prétendu montrer des chèques. Mais dans un premier temps personne n’a nié qu’elle ait touché des chèques ! Le canard enchaîné nie qu’elle ait travaillé en contrepartie de ces émoluments. Il gémit encore un peu sur le fait que ses détracteurs mélangeraient pour lui nuire le but et le net ! Quelle belle défense !

    Même chose pour ce qui concerne le soi-disant travail de Pénélope à La revue des deux mondes. Dans le JDD, il avoue que sa femme « aurait bien aimé en faire un peu plus », mais « S’agissant du travail que mon épouse a effectué pour Marc Ladreit de Lacharrière, elle a souhaité arrêter. Elle aurait aimé en faire plus mais elle a bien senti l’hostilité du directeur de la revue ». [1]

    On comprend bien à le lire que ce serait Marc Crépu qui l’aurait empêchée de travailler et donc si en 18 mois d’émergement comme salariée de la revue elle n’a produit que deux notes, ce n’est pas sa faute. On n’a retrouvé trace du travail de son épouse que dans deux petites notes – assez illisibles d’ailleurs – qui comportent 3474 caractères et 1 faute d’orthographe[2] ! Elle signait ces notules Pauline Camille d’après ce que l’on sait. Non seulement Fillon est un menteur, mais il nous prend pour des imbéciles. Les Français ne s’y sont pas trompés, plus de 60% des Français ont maintenant une très mauvaise image de lui[3]. Et il ne s’en relèvera pas.

    François Fillon s’enfonce, bientôt éliminé 

     

    A cette occasion on a ressorti d’autres mensonges de l’homme aux gros sourcils. Ainsi il a prétendu que son livre – enfin le livre qu’il a signé, parce qu’on doute qu’il ait écrit – s’était très bien venu, plus de 50 000 exemplaires. Et puis patatras quelques jours plus tard, c’est le JDD, pourtant journal ami et complaisant, qui avançait qu’au mieux il s’était vendu à 17 000 exemplaires[4]. Péché véniel me direz-vous, il n’est pas le seul à faire ce genre de mensonge, pensant sans doute que le succès entraîne le succès. Mais c’est un signe que cet individu sans envergure est ancré dans un système de communication mensonger. 

    Détournements de fonds au Sénat, Fillon accusé 

    Mais voilà que derrière le Pénélope gate se profile une autre affaire de détournement de fonds. C’est une affaire assez ancienne dans laquelle on a pointé les sénateurs qui se partagent des fonds théoriquement destinés à leurs assistants. François Fillon, qui par ailleurs a rémunéré ses enfants pour des missions très imprécises, aurait ainsi touché 7 chèques d’environnement 3 000 € chacun entre 2005 et 2007. Soit 21 000 € en deux ans[5]. Pour Fillon 21 000 € ce n’est pas grand-chose, une goutte d’eau dans la mer de ses revenus tiré des fonds publics. Mais outre que cela choque l’opinion publique – 21 000 € c’est à peu près le salaire médian d’une année en France pour quelqu’un qui, contrairement à Fillon, travaille[6]. Gérard Larcher, le président actuel du Sénat, est un soutien très important de François Fillon, mais on sait aussi qu’il a été accusé de longue date d’utilisations plus ou moins douteuses des fonds publics[7]. 

    François Fillon s’enfonce, bientôt éliminé

    Fillon apparait ainsi pour ce qu’il est : un lobbyiste capable de faire de l’argent avec tout ce qui passe à sa portée. Il semble bien que cette fois il est cuit, lessivé et qu’il ne s’en relèvera pas. Mais comme le disait Jacques Sapir dans le commentaire qu’il faisait de cette affaire[8], le scandale du mode de vie et de fonctionnement ne doit pas faire oublier le petit Emmanuel Macron qui est lui aussi plongé jusqu’au coup dans la turpitude, non seulement il a fait des fausses déclarations de patrimoine[9], mais il a utilisé des fonds publics, ceux de Bercy[10], pour son usage personne, c’est-à-dire sa campagne pour les présidentielle. Il semble que la presse contrôlée par les oligarques ait maintenant choisi son camp : ce sera Macron-président. De toute façon, Fillon ou Macron ce sont juste des prête-noms différents pour un même programme : renforcer l’Europe et accélérer la déflation salariale. On ne peut pas dire que l’élimination de Fillon nous fasse de la peine, mais il ne faudrait pas en rester là et se contenter d’un autre menteur et tricheur, Emmanuel Macron.

     

     


    [2] https://www.actualitte.com/article/zone-51/les-notes-de-lecture-de-penelope-fillon-3474-caracteres-et-une-faute/69333

    [3] http://www.midilibre.fr/2017/01/27/sondage-odoxa-la-cote-de-popularite-de-francois-fillon-en-chute-libre,1458805.php

    [4] https://www.arretsurimages.net/articles/2015-10-11/Ventes-de-livres-derriere-les-classements-de-la-presse-id8105

    [6] http://www.leblogpatrimoine.com/bourse/statistique-sur-les-revenus-et-le-niveau-de-vie-des-francais-en-2016.html

    [7] http://www.europe1.fr/politique/senat-ce-documentaire-qui-agace-gerard-larcher-2357093

    [8] http://russeurope.hypotheses.org/5631

    [9] http://www.marianne.net/estimation-son-patrimoine-macron-rattrape-fisc-isf-100243313.html

    [10] http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170125.OBS4325/emmanuel-macron-accuse-d-avoir-utilise-les-fonds-de-bercy-pour-lancer-en-marche.html

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  •  Elections surprises et les déboires de François Fillon

    Décidément, à peine avons-nous tourné la page de l’élimination de Valls, et déjà se pose la question de l’effondrement de Fillon. Depuis plusieurs semaines François Fillon était assez mal embarqué. Il avait gagné haut main la primaire de la droite,  mais cette victoire lui était à vrai dire un peu montée à la tête. Confondant vitesse et précipitation, il avait trop rapidement dévoilé ses batteries et annoncé que lui président, il remettrait une partie du pactole de la Sécurité Sociale au lobby des assurances privées qui le soutient. Il avait donc du rétropédaler et dire que l’on s’était trompé que, non, il laisserait les choses comme avant. Ce baratin présenté avec une mine un peu constipée n’a pas convaincu l’opinion qui y a vu une manœuvre politicienne pour l’endormir. La dynamique n’était pas de son côté. Mais les mauvaises nouvelles et les mensonges se sont depuis accumulés et ont fait un effet boule de neige qui l’ont surexposé. C’est clairement ses affaires de famille qui ne passent pas. Derrière le portrait de l’homme de rigueur qu’il se plait à mettre en scène, on voit surgir un autre Fillon : un affairiste corrompu. 

    Une famille pas comme les autres 

    Les révélations sur cette famille pas comme les autres ont commencé doucement mais sûrement avec le frère, Pierre Fillon. Celui-ci, ophtalmologue de formation, qui a épousé la sœur de Pénélope Fillon, est un bénévole d’un genre très particulier. Il est rémunéré 12 337 € brut pour assure la présidence de ACO (Automobile Club de l’Ouest)[1]. Non seulement ce poste est plutôt honorifique, on dit qu’il ne lui demande même pas trois de jours de travail par semaine, mais il semble qu’il le doive d’abord à l’entregent de son frère. Mais on est passé sur cette salade. Par contre est revenu sur le devant de la scène le « manoir » que Fillon a acheté[2]. En vérité s’il a déclaré qu’il possédait bien une « maison », il s’est gardé de détailler dans un premier temps ce qu’elle était. 

    Elections surprises et les déboires de François Fillon 

    Cette petite chaumière ne comporte que quatorze chambres et se trouve adossée à un parc de plus de 6 hectares. Il faut  ce qu’il faut. Mais il y aussi une ferme qui est attenante et qui est la propriété de l’homme aux gros sourcils. Celle-ci fait 8 hectares et elle est travaillée par un paysan qui lui remet comme dans le temps à son seigneur une partie de la récolte de blé et une partie de sa production de viande. Voilà qui est curieux car François Fillon n’a jamais travaillé, après des études de droit plutôt médiocres, il est devenu attaché parlementaire de Joël Le Theule dont il va reprendre la multitude mandats à la mort de celui-ci. Rien ne pourrait expliquer qu’il ait les moyens financiers par un travail honnête de devenir un riche hobereau.

    On sentait bien que cette affaire de manoir n’était pas très claire. Mais voilà qu’après le frère c’est sa femme qui se fait agrafer : le discret François Fillon qui nous explique en long, en large et en travers qu’un président doit être quelqu’un d’honnête qui n’utilise pas les fonds publics à sa discrétion, a employé sa femme comme attachée parlementaire, et qu’ensuite, lorsqu’il a abandonné son poste de député, il a repassé sa femme comme attachée parlementaire à son ancien suppléant. Cela aurait coûté au contribuable la bagatelle de 500000 €. 

    Elections surprises et les déboires de François Fillon 

    Personne se souvient évidemment que Pénélope Fillon ait fourni un travail sérieux pour son mari, et surtout elle a répété plus de dix fois qu’elle ne se mêlait pas des affaires politiques de son mari, qu’elle préférait sa maison et élever ses enfants à l’agitation de la vie politique. Mais comme Fillon nous dit que non, qu’elle a toujours été son bras droit dans sa quête du pouvoir il faut bien que l’un des deux mente. Et contrairement à ce que Fillon avance pour sa défense, Le canard enchainé qui a levé le lièvre, n’est pas misogyne et n’accuse pas la châtelaine de travailler, mais d’avoir été rémunérée pour un travail qui n’existait pas[3] ! N’appuyons pas sur le fait que le mari manage sa femme pour qu’elle obtienne un emploi. Croyez-vous que ce soit tout ? Non, il se trouve que Pénélope Fillon a été rémunérée pour un autre travail pendant 20 mois par La revue des deux mondes, ce qui aurait représenté encore 100 000 €. On a trouvé très peu de traces de ce travail de 20 mois, à peine deux petites notes de lecture au total d’une cinquantaine de lignes[4]. C’est peu. Le problème est que La revue des deux mondes est une revue au tirage confidentiel qui ne fait pas d’argent, c’est le moins qu’on puisse dire. Elle tirerait à 8 000 exemplaires[5] et sert de relais au ban et à l’arrière ban de la réaction. Les coûts de fabrication étant ce qu’ils sont il apparait aisément que ce travail de Pénélope Fillon n’est qu’un emploi de complaisance qui s’apparente à un abus de biens sociaux. Cette revue donc très déficitaire ne doit sa survie qu’aux largesses de son propriétaire Marc Ladreit de Lacharrière, milliardaire. La famille Fillon apparait ainsi comme stipendiée du grand capital, en supposant que François Fillon une fois élu, il renverra l’ascenseur. Notez également que derrière Fillon, il y a aussi Henri de Castries PDG d’Axa qui milite de longue date pour la privatisation de la Sécurité Sociale. Cette proximité avec le monde des affaires montre qu’il n’y a pas que Macron qui a des relations. 

    Et les fils…

     Elections surprises et les déboires de François Fillon 

    Quand j’ai vu arriver cette déferlante de mauvaises nouvelles pour l’homme aux gros sourcils, je me suis dit qu’il n’y avait pas de raison pour que les enfants ne soient pas impliqués dans ce mélange des genres. Je ne me suis pas trompé, François Fillon m’a entendu : anticipant que les journalistes allaient fatalement lui en causer, ou faire l’effort de chercher de ce côté, il a avoué aussi que deux de ses enfants – soi-disant avocats – avaient été rémunérés par lui quand il était sénateur pour des missions précises (on aimerait savoir lesquelles tiens). En vérité Fillon a encore aligné des mensonges car lorsqu’il était sénateur, ses aînés n’étaient pas encore avocats, ils le deviendront après qu’il ne soit plus sénateur. On admirera la réponse de l’entourage de Fillon quand on a soulevé ce énième mensonge : « Interrogé par l’Agence France Presse, l’entourage du candidat a expliqué qu’il avait eu « une imprécision de langage » et qu’il voulait dire « qui sont avocats » à l’heure actuelle et non qu’ils l’étaient à l’époque. »[6]. Plus il se défend, et plus il s’enfonce ! C’est magnifique !

    Attendons encore quelques jours et nous verrons peut être que la belle-sœur de François Fillon, ou sa mère, ou sa tante ou je ne sais qui, a également bénéficié de son entregent.

    Résumons : le père la rigueur qui veut serrer les couilles des prolos et faire la chasse aux assistés pour réduire la dette, use en abuse des deniers publics. Non seulement il y a du népotisme là-dessous, mais il y a aussi probablement de l’abus de biens publics. Alain Juppé s’est fait condamner pour bien moins que ça, et aujourd’hui il doit être encore plus amer que d’ordinaire. 

    Questions 

    La première est de savoir si Fillon est liquidé. La justice enquête paraît-il, et il a assuré que s’il était mis en examen, si son honneur était soupçonné (ne riez pas c’est ce qu’il a dit), alors il se retirerait de la course à l’Elysée. Par les temps qui courent il ne faut jurer de rien. D’où vient le coup ? Il est évident que le premier bénéficiaire de ce scandale est Macron. De là à soupçonner que les fuites viennent de Bercy où il a conservé des amitiés. Il semble qu’aujourd’hui Fillon soit incapable de se qualifier pour le second tour et que dans tous les cas de figures se sera Marine Le Pen qui arrivera en tête. Mélenchon et Macron luttant alors pour la seconde place. Le premier a comme handicap de ne pas avoir beaucoup de relais dans les médias de grande diffusion. Le second a d’autres handicaps : d’abord quelques petites bricoles qui font mauvais effet :

    1. il a embelli son CV, essayant de se faire passer pour l’assistant de Paul Ricœur, cette fable ayant sans doute été inventée pour faire croire à son intelligence[7] ;

    2. il a « oublié » de déclarer une partie de son patrimoine, évitant ainsi l’ISF. Question probité on repassera[8] ;

    3. enfin, il est accusé plus sérieusement d’avoir tapé dans la caisse quand il était à Bercy pour financer le lancement de son mouvement En marche. C’est même l’ineffable journal L’express qui pourtant le soutient qui le laisse entendre[9]. Comme quoi on n’a pas fini de rire avec ces candidats à moitié idiots qui s’éliminent tous seuls ! Mais s’il y a autant d’agitation et d’incertitude, ne faut-il pas y voir le signe d’une crise profonde du fonctionnement des institutions ? Moins le FN fait campagne et plus il progresse, tant les autres candidats ont cette capacité infernale de se tirer une balle dans le pied[10]. Dans ces conditions, un P « S » qui se déchire, LR qui est discrédité, il va être vraiment plus que difficile de construire en mai 2017 une majorité de gouvernement quel que soit le candidat qui l’emportera.

     



    [1] http://www.politique.net/2014090102-frere-francois-fillon-benevole-aco.htm

    [2] Hervé Liffran, "Un château et quelques oubliettes", Le Canard enchaîné n°5019, 04.01.2016

    [3] http://www.lci.fr/elections/penelope-gate-les-arguments-de-defense-parfois-contradictoires-du-camp-fillon-passes-au-crible-2023577.html

    [4] http://www.marianne.net/voici-les-2-notes-100000eu-penelope-fillon-revue-deux-mondes-100249455.html

    [5] En vérité en 2016 la revue aurait vendu 32 000 exemplaires pour 10 numéros, soit 3 000 numéros par mois. http://www.liberation.fr/france/2017/01/26/une-revue-des-deux-mondes-tres-filloniste_1544335

    [6] http://www.lemonde.fr/affaire-penelope-fillon/article/2017/01/27/fillon-pretend-avoir-employe-deux-de-ses-enfants-avocats-alors-qu-ils-ne-l-etaient-pas-encore_5070367_5070021.html

    [7] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/macron-philosophe-ces-intellectuels-qui-n-y-croient-pas_1827700.html

    [8] https://www.les-crises.fr/macron-36-millions-deuros-de-revenus-cumules-patrimoine-negatif/

    [9] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/macron-a-t-il-utilise-l-argent-de-bercy-pour-lancer-en-marche_1872320.html

    [10] Ceci dit, au second tour il semble que Marine Le Pen n’a aucune chance de l’emporter à cause de ce fameux plafond de verre qui fait que les deux tiezrs des Français s’en méfient.

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  • Entre 1945 et 1980 l’ordre politique mondial était assez bien établi sur les bases du développement d’une économie mixte dans laquelle l’Etat redistribuait les revenus. Puis entre 1980 et 2008, la révolution néo-conservatrice en entraîné le monde vers la mondialisation et la dérégulation des économies nationales. Cela a débouché sur des crises financières de plus en plus fortes, et nous ne sommes pas encore sortis de celle de 2008. Manifestement  cette année nous sommes entrés dans une nouvelle phase : celle de la démondialisation. Et c’est bien cette entrée turbulente dans une nouvelle ère qui engendre des turbulences sévères dans le monde politique. Trump n’est qu’un aspect de cette transformation. Mais le fait justement que ce soit lui qui en Amérique décide finalement de la fin de la mondialisation est porteur de nombreuses interrogations. Comme en Angleterre cette sortie aurait dû être portée par la gauche, parce que la mondialisation est mauvaise pour l’emploi et pour la tendance à l’égalité. L’arrivée de Trump et de May aux affaires c’est d’abord le résultat de l’incapacité de la gauche à penser le monde et à hiérarchiser les combats. 

    Des décrets en tout genre

    Les contradictions de Trump et l’affaiblissement programmé des Etats-Unis  

    On a mis en scène l’activisme de Trump depuis qu’il est devenu le 45ème président des Etats-Unis. On l’a vu ici et là signant pêle-mêle des décrets sur la limitation de l’IVG, sur la remise en question de l’Obamacare, ou encore sur la sortie du TPP. Cette rafale de décrets avait pour but de montrer que Trump allait tenir ses promesses de campagne et donc de rassurer son camp qui sait qu’il est un président minoritaire très mal élu et contesté dans les rues. Il est d’ailleurs plutôt rare qu’un président américain à peine élu soit aussi fortement contesté. Ce ne sont pas seulement les manifestations de rue qui doivent l’inquiéter, mais aussi les sondages désastreux qui les accompagnent. Seulement 40% des Américains lui font confiance, ce qui est le taux le plus bas pour un président qui vient juste d’être élu[1]. Nous sommes bien dans le monde de la post-démocratie. Cela ne laisse rien augurer de bon. En règle générale le pays a tendance à attendre de voir ce qui se passera avant de réagir. Aux Etats-Unis tout se passe comme si pour une partie de la population il fallait prioritairement chasser Trump en raison de son illégitimité. Le fait qu’il ait été élu avec près de trois millions de voix de moins que Clinton et que des tricheries importantes aient été constatées dans les swing-states[2] fait qu’il apparait aujourd’hui aux Américains comme un président illégitime. Ses attitudes provocatrices et vulgaires – c’est le Père Ubu à la Maison Blanche – font que les tensions ne peuvent qu’augmenter. Déjà le fait de s’attaquer ouvertement à IVG renvoie les Etats-Unis à un archaïsme désuet qui ne peut trouver d’assentiment dans une population bien éduquée. Seuls s’en réjouiront les bigots qu’ils soient chrétiens ou musulmans. 

    Les contradictions de Trump et l’affaiblissement programmé des Etats-Unis 

    Manifestations contre l’investiture de Trump 

    Parmi les décrets que le Père Ubu de Washington a signés en grande pompe, il y en a un qui relance les projets d’oléoducs massivement contestés sur le plan environnemental. Ce décret montre évidemment que Trump est déjà dans l’idée, comme tous les bons républicains, de faciliter la vie aux lobbies pétroliers qui se moquent des questions environnementales. Mais en même temps il crée un précédent puisqu’en effet il bafoue les droits des authentiques indigènes, les descendants de la grande nation sioux qui s’étaient fortement mobilisés contre cet immonde projet qui non seulement est une atteinte à l’environnement mais aussi une forme de destruction d’une culture, celle des amérindiens[3]. Sur ce point particulier, Trump vise tout de suite l’affrontement histoire d’asseoir une autorité chancelante sur le pays pour le reste des quatre ans à venir. 

    Les contradictions de Trump et l’affaiblissement programmé des Etats-Unis 

    Cette farce va très bien avec la nomination de Scott Pruitt à la tête de l’agence de protection de l’environnement[4]. Ce Scott Pruitt qui se présente comme climato-sceptique, histoire de faire croire qu’il aurait des idées, est en réalité un lobbyiste qui travaille depuis longtemps pour les compagnies pétrolières, c’est leur homme de main si on veut. C’est un peu comme si on avait nommé le renard pour surveiller le poulailler et faire attention que les poules ne s’égorgent pas entre elles ! Si on voulait voir la mise en œuvre d’un programme anti-élite dans les premières mesures de Trump, on repassera. Notez que Pruitt a été justement celui qui a combattu bec et ongles l’Agence à la tête de laquelle il vient d’être nommé. Il est facile de prévoir qu’il va s’occuper de la détruire dans les plus brefs délais. N’est-ce pas que cela est un signe selon lequel Trump va bientôt dénoncer les traités internationaux sur l’environnement comme la CPO21 ? En attendant, la guerre est déclarée entre l’équipe de Trump et justement cette agence pour la protection de l’environnement qui est entrée en sécession de fait en refusant de se plier aux injonctions de l’équipe de Trump[5]. 

    Les errements de la politique économique de Trump 

    Parmi les décrets signés par Trump, il y en a un qui porte sur la sortie des Etats-Unis du Traité Trans-Pacifique (TPP), traité de libre-échange destiné à arrimer l’Asie aux Etats-Unis. Et ce n’est pas parce que Trump le signe que nous allons dire qu’il a tort sur ce point précisément. Après la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne, Trump met fin à l’ère des traités et donc il entérine la fin de la mondialisation. On sait que Trump veut également que l’Amérique sorte de l’OMC. Face à cela, il faut être sérieux. Dans un articulet récent le faible Sébastien Jean – directeur du CEPII – nous explique qu’il n’y a pas de salut dans le protectionnisme et que celui-ci bien au contraire risque de nous amener les pires calamités[6]. Joseph Stiglitz également y est allé de son couplet en défense du libre-échange[7]. Certes le prix Nobel n’est pas encore au niveau intellectuel extrêmement bas du pauvre Sébastien Jean, mais il se trompe tout autant sur ce point décisif.

    Pour comprendre l’enjeu de ce débat, il faut se souvenir de deux choses : la première est que la mise en place de politiques protectionnistes n’est pas la cause de la crise, mais seulement la conséquence de celle-ci. C’est en effet toujours le résultat d’une dégradation continue de la balance commerciale, c’était aussi déjà le cas dans les années trente. Le déficit commercial américain est colossal, il atteindra encore probablement en 2016 le chiffre de 500 milliards $. Or ce déficit est l’autre face de la désindustrialisation de l’Amérique et conséquemment une perte colossale d’emplois ouvriers. Un déficit commercial assumé est un renoncement non seulement à son industrie, mais aussi une foi inébranlable dans l’efficacité de la division du travail selon laquelle les emplois ouvriers perdus seraient compensés largement par des emplois haut de gamme dans les services. On est revenu de ces idées fausses depuis quelques années, et cela a ouvert la voie à une meilleure prise en compte de la question de la souveraineté économique d’une nation. 

    Les contradictions de Trump et l’affaiblissement programmé des Etats-Unis 

    Le second point est que la croissance n’est jamais aussi forte que lorsque le pays se trouve dans une situation de protectionnisme conscient. C’est bien ce qui s’est passé dans les Trente glorieuses. La raison est que c’est à l’échelle de la nation que la demande a le plus de facilité pour s’exprimer[8]. Or, nous sommes bel et bien dans une crise de la demande à l’échelle planétaire. Le libre-échange ça marche bien avec la politique de l’offre, mais en même temps justement c’est lui qui crée le déficit de demande par abaissement radical des coûts de production et donc par la baisse des salaires. C’est ce qui amène au bout du compte la baisse de la croissance sur le moyen et long terme. On note également que c’est seulement dans les périodes de protectionnisme que les inégalités de revenus sont contenues et que l’Etat est mieux à même de jouer son rôle de régulateur.

     Les contradictions de Trump et l’affaiblissement programmé des Etats-Unis 

    Il va donc de soi que le choix du protectionnisme selon Trump est une chose qu’on ne saurait désapprouver. On ne peut pas être à la fois contre le TFATA et en même temps contre le protectionnisme. Soyons cohérents. La question est de savoir maintenant si l’approche du protectionnisme selon Trump est juste ou fausse. Selon moi elle est fausse parce qu’elle aura pour contrepartie à l’intérieur des Etats-Unis une politique de déréglementation tout azimut qui va nécessairement tuer la demande. Autrement dit Trump est en train de transformer les Etats-Unis en une sorte d’Union européenne où les différents Etats seront en concurrence entre eux, que ce soit sur le plan de la fiscalité ou sur celui du marché du travail. Il a avancé qu’une croissance de 4% par an serait le résultat de sa politique. Pour tout un tas de raison ce chiffre paraît inatteignable[9]. Entre autre chose parce que on ne peut pas en même temps faire baisser les impôts massivement et financer des colossales dépenses d’infrastructures.

    Ce que Trump et ses conseillers issus tous de la boutique Goldman & Sachs ne comprennent pas, c’est que la réussite du protectionnisme – du point de vue de la croissance et de l’emploi – ne peut s’accompagner que d’un resserrement des inégalités et d’un renoncement au sacro-saint principe de la concurrence. Si en même temps qu’on élabore un protectionnisme fort on déréglemente à tout va, alors les salaires seront orientés à la baisse et ils ne pourront compenser les hausses des prix des produits importés. C’est évidemment là que se trouve l’échec programmé de Trump.

    Pour résumer, il y a deux politiques possibles qui sont cohérentes :

    1. la première est celle de la déréglementation tout azimut, baisse des salaires, baisses des dépenses publiques, elle a pour logique d’unifier le marché mondial, renvoyant aux calendes grecques les questions des inégalités. C’est celle que nous connaissons depuis la fin des années soixante-dix et qui a donné de si mauvais résultats dans la pratique ;

    2. la seconde est à l’inverse celle d’un capitalisme régulé où l’Etat intervient aussi bien pour protéger ses frontières et son économie que pour protéger les salariés contre les exigences du patronat. On ne peut pas faire du protectionnisme sans un Etat fort à l’extérieur et à l’intérieur. Cette approche va de pair avec des nationalisations que ce soit celles du crédit et de la monnaie et celles de certains secteurs stratégiques ou monopoles naturels.

    Le fait de ne pas trancher fermement entre l’une et l’autre de ces deux politiques est l’image d’un président faible, arrogant avec les faibles et faible avec les forts, Trump imposera peut-être sa loi au Mexique, mais il sera incapable de faire plier la finance internationale sur son propre sol. Il pense seulement que le renouveau de l’Amérique viendra d’un retour sur son sol des industries manufacturières. Or cette pratique ne peut amener que de l’inflation et creuser à terme à nouveau le déficit commercial. En effet, il est peu probable que les produits industriels des Etats-Unis redeviennent attractifs pour les autres marchés extérieurs. 

    Trump sur la scène internationale 

    Les contradictions de Trump et l’affaiblissement programmé des Etats-Unis 

    Pour l’instant Trump semble avoir décidé de montrer aux Américains qu’il est déterminé et que rien ne l’arrêtera dans sa révolution. Être minoritaire et détesté par plus de la moitié de son pays ne le dérange pas, du moins c’est ce qu’il essaie de montrer. On voit bien qu’une fois encore le grand changement est initié simultanément au Royaume Uni et aux Etats-Unis. Ce sera l’axe privilégié.  De même Trump va renouer plus directement avec Israël. Alors qu’Obama semblait s’être désintéressé de la question du Moyen Orient, Trump a choisi clairement son camp[10]. Il n’est pas certain d’ailleurs que cette posture puisse faire avancer les choses dans cette région. Mais comme simultanément Trump vise à la détente avec la Russie – contrairement à la présidence Obama – il est probable qu’il va se dessiner un nouvel axe USA – Royaume Uni – Israël – Russie qui vise à marginaliser la Chine aussi bien que l’Union européenne. C’est sans doute pour cette raison que la CIA a tout fait pour soutenir la candidature de Clinton qui est plus dans la tradition hégémonique américaine que Trump. L’opposition entre Trump et Clinton sur ce point est que le premier pense que les Etats-Unis peuvent se passer du cadre multilatéral pour imposer leur volonté au reste du monde.

    C’est ainsi que parallèlement à la signature de l’acte de décès du TPP, Trump a commencé à avancer qu’il allait sortir aussi de l’OTAN[11]. Le fera-t-il ? En effet, s’il en sortait, l’OTAN n’existerait plus mais si on peut considérer que cela serait une bonne chose pour la détente avec la Russie, cela aurait deux conséquences importantes :

    - la première est que privés du parapluie américain, les Européens voudraient accélérer la mise en place d’une défense commune et donc iraient dans le sens de plus de fédéralisme, plus d’Europe. C’est pour la poursuite de cette voie que se sont prononcés les européistes purs et durs, Attali, Macron et Fillon[12] qui est prêt à brader un nouvel élément de la souveraineté de la France au profit de l’Allemagne ;

    - la seconde est que les Etats-Unis se retrouveraient isolés sur les questions de défense et donc affaiblis car privé de leur rôle de gendarme du monde qui leur permettait jusqu’alors de bénéficier d’une position hégémonique sur le plan économique, à moins de relancer un vaste programme d’investissement militaire ce que leur dette publique leur interdit.

    Il se pourrait cependant que les nouvelles relations entre la Russie et les Etats-Unis aboutissent à une levée générale des sanctions et donc qu’une nouvelle ère s’ouvre qui apporterait au moins momentanément un répit sur le plan économique.

    Cependant la tendance générale est que les traités multilatéraux ne servent pas à grand-chose, du moins ils n’apportent rien de bon du point de vue de la croissance et de l’emploi. Pour cette raison Trump a avancé l’idée de sortir de l’OMC[13]. Il prétend pouvoir remplacer le rôle de gendarme tenu par un organisme bureaucratique par des traités bilatéraux. Car il est évident que le protectionnisme n’est pas, contrairement à ce que disent des imbéciles comme Macron, l’autarcie. Il laisse en effet la possibilité de commercer avec les autres pays en reconsidérant à chaque fois ses intérêts propres.

     

    Conclusion 

    Manifestement avec Trump et May, nous sommes entrés dans une voie de grande perturbation avec la fin de la mondialisation. De quoi accouchera cette nouvelle révolution ? On n’en sait encore rien. Tout dépendra du pragmatisme avec lequel ces nouveaux dirigeants vont s’adapter au terrain. Sans réussite économique en matière d’emploi et de croissance, on assistera à un retour en arrière vers encore plus de libéralisme. Il faut bien comprendre enfin que si l’Union européenne est de plus en plus rejetée, ce n’est pas par idéologie, mais c’est surtout parce qu’elle ne tient pas ses promesses et qu’elle obtient de très mauvais résultats sur le plan économique. Si la zone euro était une zone de prospérité et de plein emploi, alors tout le monde serait européen, mais comme elle ne profite qu’à une petite élite, alors elle est de plus en plus détestée. Il est tout à fait possible que May et Trump accélère le détricotage de l’Union européenne, même si l’on sait que les voix des européistes vont nous dire que face à Trump, à la Russie et à la Chine, il nous faut être encore plus unis[14]. Mais à contrario, l’indépendance retrouvée des Etats-Unis et du Royaume Uni vis-à-vis du multilatéralisme peut être aussi un exemple pour nous, sans pour autant qu’on copie leur politique. En tous les cas une des leçons de Trump c’est que si un traité a été signé, il peut tout aussi bien être dénoncé.

     

     


    [1] http://www.20minutes.fr/monde/1997559-20170117-popularite-plus-bas-sondages-trump-denonce-trucages

    [2] http://addictinginfo.org/2016/11/22/breaking-evidence-trump-cheated-leads-to-massive-move-for-three-state-audit/

    [3] http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-nation-sioux-gagne-une-bataille-187312

    [4] http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/12/08/etats-unis-un-climatosceptique-a-la-tete-de-l-agence-de-protection-de-l-environnement_5045253_3222.html

    [5] http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/24/donald-trump-ordonne-un-black-out-mediatique-a-lagence-de-prote/?utm_hp_ref=fr-homepage

    [6] http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/faut-il-craindre-le-retour-du-protectionnisme-632931.html

    [7] http://affaires.lapresse.ca/economie/etats-unis/201701/17/01-5060300-la-politique-economique-de-trump-vouee-a-lechec-selon-stiglitz.php

    [8] http://russeurope.hypotheses.org/5604

    [9] http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/01/25/les-promesses-de-donald-trump-a-l-epreuve-de-l-augmentation-de-la-dette-americaine_5068540_3222.html

    [10] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/12/28/97001-20161228FILWWW00129-trump-appelle-israel-a-rester-fort.php

    [12] http://www.lemonde.fr/international/article/2017/01/22/francois-fillon-je-propose-une-alliance-europeenne-de-defense_5066975_3210.html. Les propositions de Fillon en matière de défense auraient de quoi décourager n’importe quel gaulliste d’ailleurs

    [14] https://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/interview/attali-europe-is-worlds-biggest-power-but-does-not-recognise-it/

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