•  Le début de la démondialisation

    C’est Sapir qui avait je crois lancer le mot à travers son ouvrage publié en 2010. Et puis le terme avait été repris par Arnaud Montebourg dans un petit ouvrage qui simplifiait et popularisait les analyses de Sapir. En vérité si nous croyons à la démondialisation comme une nécessité, nous avons toujours pensé que cela serait difficile, puisqu’en effet les puissances qui profitent de la mondialisation n’entendent pas céder du terrain.

    La démondialisation signifie qu’on va mettre un terme au développement du libre-échange, à la libre circulation du capital et des hommes à travers les frontières. Bref que les Etats nationaux vont se protéger et pour cela ils doivent retrouver leur souveraineté. Ne pas dépendre de traités ou d’organismes internationaux situer au-dessus d’eux est un impératif. Cette année bien malheureuse par ailleurs est de ce point de vue un tournant, un renversement de la courbe comme dirait notre pauvre petit président.

    Récapitulons : le 23 juin 2016, le Royaume Uni vote la sortie de l’Union européenne, et malgré les pressions venant d’un peu partout pour que ce pays renonce à l’appliquer, il semble bien maintenant que cela se fera, quel que soit le temps que cela prendra. Au mois d’Aout 2016, c’est l’Allemagne[1] et la France[2] qui abandonne quasiment officiellement les négociations sur TAFTA. J’avais déjà indiqué que les réticences du Congrès américain rendait quasiment impossible l’avènement ce projet. Les opinions publiques des deux côtés de l’Atlantique étaient très remontées contre ces négociations opaques menées par les lobbies de la finance et de l’industrie. En outre la campagne pour les élections présidentielles américaines, la montée en puissance de Sanders et de Trump indiquaient que les Etats-Unis allaient se tourner vers le protectionnisme.

    On pourrait dire également que la dispersion des politiques d’accueil des migrants en Europe est telle que cela oblige les Etats nationaux à prendre de nouvelles responsabilités sans tenir compte de l’Union européenne. N’oubliez pas que si la question des migrants n’a pas été la seule, elle a été très importante dans le vote pour le Brexit. De même Trump doit une bonne partie de sa popularité non pas à ses mèches folles, mais au fait qu’il propose le retour des Etats-Unis vers une sorte d’isolationnisme : c’est aussi bien sa critique de l’engagement militaire de son pays au Moyen-Orient, que la nécessité qu’il évoque de construire un mur entre son pays et le Mexique.

     

    Le lien entre ouverture et croissance est négatif

     

    Pour autant ce n’est pas parce que les opinions publiques sont hostiles à TAFTA que celui-ci part aux poubelles de l’histoire. C’est d’abord parce que la mondialisation ne marche pas et que la situation est devenue de partout ingérable. Les résultats économiques en termes d’emploi et de croissance sont partout très mauvais, même la Chine s’enfonce.  Contrairement à ce qu’enseigne la théorie libérale, le libre-échange n’a pas de bons résultats en matière de croissance. Certes, vous me direz que la croissance n’est pas tout dans la vie, mais c’est le seul objectif que se fixe l’économie libérale. Or même cette objectif elle est incapable de l’atteindre.

    Dans le graphique ci-dessous, on se rend compte que pour la France, il y a une rupture dans les années soixante-dix, c’est-à-dire quand la France s’ouvre véritablement aux marchés extérieurs et qu’elle va jouer le jeu du libre-échange, acceptant de massacrer tout un pan de son industrie. On voit que du temps des Trente glorieuses on est sur une pente de croissance très élevée et qu’ensuite celle-ci s’effondre, ce qui nous fait pénétrer dans une phase de hausse du chômage quasi continue.

    Le début de la démondialisation 

    Plusieurs éléments font que l’ouverture détruit la croissance. Le premier et que l’ouverture accélère la compétition, et donc la ruine des entreprises les moins rentables, donc la concentration du capital. Le second est que cet excès de concurrence force à baisser la part des salaires réels dans la valeur ajoutée. Cela non seulement pèse sur la demande interne, mais en outre les superprofits ne peuvent plus être réinvestis faute d’une demande solvable suffisante. On remarque que la plupart des pays développés n’investissent quasiment plus dans les éléments productifs, ce qui entraîne mécaniquement des investissements spéculatifs qui forment des bulles qui tôt ou tard éclateront. 

     Le début de la démondialisation

    Les libéraux ne désarmeront pas facilement

     

    Malgré cet échec patent de la dérégulation de l’économie, les libéraux ne vont pas s’en tenir à avouer leurs fautes. Deux raisons à cela. D’abord les multinationales et les banques n’ont aucun intérêt à voir l’Etat revenir réguler leurs affaires. Non seulement la mondialisation leur permet des concentrations de capital phénoménales, mais en outre en mettant en concurrence les pays entre eux du point de vue de la fiscalité des revenus et des entreprises, ils en tirent des avantages colossaux. Le scandale Juncker, le scandale des Panama papers a mis ce phénomène en lumière. Le second groupe qui a un intérêt direct pour le maintien de ce système pourri ce sont les bureaucrates de tout poil et les économistes qui sont payés pour justifier l’idée que malgré tout, le libéralisme est encore la moins pire des choses. Ces deux groupes ont un intérêt matériel évident à défendre leurs acquis. Sous l’impulsion de Jean Pisany-Ferry, ubuesque président de France Stratégie, qui oscille facilement entre imbécilité dévergondée et canaillerie, une kyrielle de bureaucrates stipendiés par des organismes internationaux, sont revenus à la charge proposant un nouveau traité de libre-échange entre l'UE et le Royaume Uni, et qui pourrait ensuite s’appliquer à la Turquie et à l’Ukraine[3]. Vous les chassez par la porte, les voilà qu’ils reviennent par la fenêtre. Autrement dit ces experts en rien, proposent tout simplement et une fois de plus de contourner les règles de la démocratie, et de construire parallèlement à l’Union européenne une Europe non officielle où l’on puisse continuer de magouiller en rond sans demander son avis au peuple. Nous sommes en post-démocratie que diable !

     

    On voit donc que si la démondialisation se met en place doucement mais sûrement, ses ennemis restent mobilisés. Ils ont du temps et de l’argent, et nous n’avons qu’une vie. N’attendons pas qu’un nouveau pays sorte de l’Union européenne[4] pour reprendre l’initiative.

     



    [1] http://www.latribune.fr/economie/international/ttip-tafta-le-vice-chancelier-allemand-ne-croit-plus-a-la-conclusion-du-traite-594764.html

    [2]  http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/ttip-tafta-la-france-veut-tout-arreter-595087.html

    [3] http://www.euractiv.fr/section/all/news/un-accord-de-libre-echange-approfondi-pour-repondre-au-brexit/

    [4] Ce pourrait être l’Italie, les Pays-Bas ou la Grèce. Pour la France c’est encore un peu tôt, même si un référendum sur l’adhésion à l’UE nous ouvrirait une porte de sortie certaine. 

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  •  Gille Kepel, Terreur dans l’hexagone, Gallimard, 2016.

    Il va de soi que par les temps qui courent il est essentiel de réfléchir sur le terrorisme islamiste. C’est non seulement une tragédie pour les victimes directes des attentats, mais c’est aussi un sujet qui pourrit complètement la vie des Français et qu’il est très difficile d’aborder d’une manière sereine tant il révèle des crispations. L’Allemagne vient d’être touchée à son tour par plusieurs attentats, dans un train puis à Munich Alors que ce pays est bien moins engagé que la France dans la lutte contre Daesch en Syrie. Et la France vient de connaitre une nouvelle escalade de l’horreur avec l’assassinat d’un prêtre à Saint-Etienne de Rouvray. Il sera difficile à ceux qui ont l’habitude de minimiser les attentats islamistes de les présenter comme une réaction simple et normale aux bombardements que les populations civiles subissent en Syrie ou en Irak. Certes tous ces attentats ne sont pas de même force. Mais il y a une relation entre tous ces actes barbares qui font système, depuis la proclamation du califat, plus de 3000 personnes ont été victimes d’attentats revendiqués par l’EI[1] : ils émanent tous d’une mouvance islamiste qui plonge ses racines dans la communauté musulmane et dénotent pour le moins une ambiance et une culture qui pousse à la violence d’une manière ou d’une autre.

    En France qui est le pays occidental le plus touché, à la fois à cause de sa forte population musulmane d’origine immigrée, souvent chômeuse, et son système républicain et laïque, et plus généralement en Europe on se trouve piégé entre deux discours : le premier qui vient de la gauche et qui passe son temps à minimiser l’importance des attentats par exemple en désignant les terroristes comme seulement des malheureux enfants d’immigrés mal intégrés, ou à des malades mentaux, des excités, mais surtout pas comme un mouvement de fond ayant une signification en soi. Le but de cette approche est de lutter contre l’islamophobie et de défendre une population qui serait stigmatisée et par contrecoup la première victime des attentats. Ce discours est souvent complété de l’idée erronée selon laquelle les attentats répondraient simplement à l’engagement de la France dans les bombardements en Syrie contre Daesch.

    Le second discours est évidemment un discours contre l’Islam qui est vu comme une religion intolérante et incompatible largement avec les valeurs de la République. Bien entendu, il faut le répéter autant de fois qu’il le faudra, même si on a le droit et le devoir de critiquer l’islam comme toute religion, et même s’il est indispensable de se demander quel est le rapport entre l’islam et l’islamisme radical, il va de soi que la très large majorité des populations musulmanes en Europe n’est pas dans cette tendance, et qu’il y en a encore bien moins qui soient capables de passer à l’acte. La montée en puissance de la communauté musulmane laisse espérer aux stratèges de l’islamisme radical que les différents attentats qui ébranlent la France pourront entraîner à moyen terme une guerre de religion qui déchirera pendant de longues années la République.

     Gille Kepel, Terreur dans l’hexagone, Gallimard, 2016. 

    Gilles Kepel est censé être « le » spécialiste de l’islam. Disons le tout de suite, ce n’est pas dans son livre qu’on trouvera des réponses satisfaisantes. Probablement l’erreur principale de Kepel est dans le titre, car en regardant le djihadisme sur le sol français, il s’interdit de voir qu’il s’agit en réalité d’une guerre planétaire. Car en effet pour comprendre l’islamisme radical, il faut prendre du recul et le regarder d’abord comme le pur produit de la mondialisation. Je veux dire par là que si le facteur religieux est le motif du Djihad, la mondialisation en est sa possibilité. L’islamisme est « l’autre mondialisation ». Le livre de Kepel est évidemment très documenté. Il a compilé tout ce qui s’est passé ces dernières années en matière de terrorisme sur notre sol, et ce rappel montre bien que derrière toutes ces exactions, il y a un vrai projet. Mais Kepel manque de méthode. Il y a plusieurs questions auxquelles il ne répond pas. Volontairement ou non. Par exemple celle-ci : puisque ceux qui s’engagent dans l’islamisme radical ont tous le même profil des enfants d’immigrés abandonnés aux dérives des banlieues, ne doit-on pas commencé par parler de l’échec d’une politique d’immigration ? On nous dit ici et là que l’immigration est un bienfait pour l’économie et la société, et bien non, les émeutes des banlieues, les attentats minent complètement nos sociétés. Il y a là un mensonge initial.

     

    Djihad et mondialisation

     

    Donnons-lui une autre question : cette population immigrée ou issue de l’immigration connait un taux de chômage effrayant qui peut conduire au Djihad ou à la délinquance plus traditionnelle, trafic de drogue ou braquages. Kepel nous donne des chiffres : dans certaines villes ou quartier 40% de la population d’origine immigrée est au chômage. En France la moyenne du chômage des  immigrés est de 17% contre 10,5% pour l’ensemble de la population. Comment peut-on dire encore qu’il n’y a pas de lien entre immigration et chômage. Nul ne niera évidemment que la chair à canon du Djihad est une population pauvre et marginalisée, faiblement éduquée aussi.

    Ces difficultés d’intégration ne doivent pas cependant être prises pour des excuses. En effet la pauvreté ne conduit pas forcément au terrorisme. Les pauvres, dans les années quarante ou cinquante, qui étaient bien moins traités sur le plan de l’hygiène, de la nutrition et du logement que les populations des banlieues, ne commettaient pas pour autant des attentats aveugles. Ils pouvaient très bien se révolter d’ailleurs, manifester leur mécontentement, participer à la lutte pour l’émancipation du prolétaire, mais ils ne se lançaient pas dans le terrorisme.

    Mais il y a autre chose, le fait qu’une partie de la population se replie sur la religion et s’enferme vis-à-vis du reste de la population, n’est-ce pas la preuve que ce déracinement ne convient finalement à personne, ni à ceux qui arrivent, ni à ceux qui subissent cette arrivée comme une agression et une transformation du cadre social qu’ils n’ont pas voulue. On sait que l’islamisme radical prospère justement sur des frontières poreuses entre les nations. Mais cet idéal de fluidité n’est-ce pas d’abord celui du libéralisme mondialisé ? Evidemment ces questions, Kepel ne se les posent pas, il faut dire que son livre a été sponsorisé par l’Institut Montaigne, une boutique qui fait ouvertement la propagande pour le libre-échange et el capitalisme dérégulé. Il va de soi qu’on ne peut pas dissocier l’islamisation du monde de ses soubassements économiques. On remarque que les attentats islamistes commencent à se développer au milieu des années soixante-dix, c’est-à-dire quand les pays producteurs de pétrole commencent à avoir les moyens de financer le Djihad, et quand les Etats-Unis entreprennent d’accélérer la mondialisation en déréglementant la finance.

    Il est assez incroyable que Kepel en tant que spécialiste des questions de l’islam ne se pose pas la question de savoir si nous sommes en guerre et contre qui, alors que les attentats éclatent aux quatre-coins de la planète. Il se contente d’une position théorique très étriquée : partant d’une analyse sociologique du malaise des banlieues, il remet en question la passivité des hommes politiques de droite et de gauche qui, pour des raisons électorales, ont pactisé avec l’islam radical. Mais cela n’est pas suffisant, il faut resituer l’islamisme radical dans le mouvement plus général qui fait que jamais les migrations n’ont été aussi importantes dans le monde que depuis quatre décennies. En vérité il y a là en germe le procès qui doit être fait du communautarisme. Cette idée bizarre importée des Etats-Unis suppose que des communautés différentes dans leur culture et dans leur histoire peuvent vivre ensemble tout en s’ignorant ! Cela fait des années que les Etats-Unis et l’Union européenne condamnent et critiquent la laïcité à la française au nom de la liberté religieuse. Or cette liberté religieuse quand elle s’exprime au nom de l’Islam peut faire des ravages puisque l’islam est aussi une religion qui se mêle de politique. En outre il est maintenant avéré que le communautarisme à l’américaine est un échec civilisationnel complet : il suffit de voir que la question des afro-américains n’a jamais été réglée véritablement, alors que ceux-ci sont les descendants d’esclaves qui n’ont jamais rien demandé et surtout pas de quitter l’Afrique. La brutalité avec laquelle la communauté afro-américaine est traité par les autorités laisse pantois.

    On peut citer aussi des cas d’enclaves entières dans les démocraties occidentales, parmi les plus représentatives, il y a certainement le Londonistan. Mais on a aussi en tête l’image de communes de la région parisienne qui ont complètement basculé.

      Gille Kepel, Terreur dans l’hexagone, Gallimard, 2016. 

    Il faut ajouter que si tant et tant de Français issus de l’immigration ou d’immigrés plus récents sont mal intégrés et haïssent la France, c’est sans doute que ceux qui ont accepté cette immigration sans en mesurer les conséquences pour des raisons de calcul économique, ont présumé de l’élasticité du tissu social français et donc de ses capacités d’intégration. On peut le répéter autant qu’on veut, ce n’est pas tant l’immigré en lui-même qui pose problème que la quantité d’immigrés qui déferle sur le pays. C’est bien parce que cette immigration est massive qu’elle aboutit dans un réflexe de défense quasi naturel à se traduire dans la montée du communautarisme. Egalement si on considère que la crise économique dans laquelle se débattent les pays occidentaux aujourd’hui, ne permet pas d’accueillir et d’intégrer au mieux les immigrants qui sont très largement touchés par le chômage, on comprend mieux les ressorts de la montée en puissance de l’islamisme radical

    Il y a deux questions fondamentales qui ne sont jamais posées par Gilles Kepel :

    - d’abord quel est le lien entre mondialisation, migration et islamisation du monde ?

    - ensuite quelle doit être la forme institutionnelle des sociétés occidentales pour combattre clairement le communautarisme ?

     

    Chez Kepel il y a des idées bizarres qui font ressembler son livre un peu à des discussions de bistrot, par exemple le fait que selon lui l’élection de Hollande est due principalement au vote musulman. Il confond l’arithmétique avec l’analyse politique. Parce que si probablement les musulmans ont voté plus pour Hollande que pour Sarkozy, il n’analyse pas le fait qu’Hollande soit d’abord un candidat dont la « vraie gauche » se méfie. En effet si la victoire sur Sarkozy fut autant étriquée c’est parce que la Front National est entre temps devenu le premier parti ouvrier de France, et cela parce que le PCF comme le PS ont milité pour l’Europe et sans se poser les bonnes questions ni sur l’immigration, ni sur la laïcité. Si ces partis de gauches ne s’étaient pas laissé enfermer dans le piège de la défense des musulmans, comme si il y avait une identité entre arabes et musulmans et entre musulmans et pauvres, il est probable qu’on n’en serait pas là. Kepel rappelle d’ailleurs à juste titre que le fameux concept d’islamophobie qui a été repris par les gauchistes ou les idiots utiles comme Plenel et le pauvre Todd, a été forgé de toute pièce par les Frères musulmans pour faire taire toute critique contre les excès de l’islam et faire avancer les revendications contre la laïcité.

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/visuel/2016/07/28/attentats-de-l-etat-islamique-la-barre-des-3-000-morts-a-ete-franchie_4975894_4355770.html

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  • Karl Marx et le burkini

    Le principal du programme de la gauche est d’abord de lutter contre les inégalités sociales, et donc, pour cela, de prendre à son compte la lutte des classes. Mais voilà que depuis quelques années les partis dits de gauche et les groupuscules gauchistes se sont écartés de cette ligne de conduite, ils ont renoncé à la lutte des classes, se repliant sur la défense d’intérêts communautaires qui se traduit par la dangereuse équation selon laquelle les Arabes sont la partie la plus pauvre de la société française, les Arabes sont musulmans, l’islam doit être défendu parce que c’est la religion des pauvres. En vérité cette assertion n’a pas de fondement : d’abord parce que tous les musulmans ne sont pas des Arabes, tous les Arabes ne sont pas pauvres, et qu’en outre il existe des Arabes athées qui, dans les pays musulmans ont beaucoup de mal à exister. Dans le contexte actuel il est décisif de donner une leçon de marxisme élémentaire aux gauchistes et à une partie du PCF qui entretiennent la confusion.

     

    L’islamo-gauchisme n’est pas « de gauche », et encore moins marxiste

     

    L’interdiction du burkini par certains maires en France, et l’affaire de Sisco a déjà fait couler beaucoup d’encre, et pas de la meilleure. Dans un réflexe pavlovien, les gauchistes qu’on appelle maintenant les islamo-gauchistes, se sont élevés contre cette interdiction, arguant qu’on entravait ainsi la liberté individuelle. Une partie de la gauche a suivi. Sans doute que ce qu’il y a d’inédit dans cette affaire est que l’extrême-gauche, et une partie de la gauche, qui par nature devraient être contre les signes ostensibles d’appartenance religieuse, se sont transformées en un soutien bruyant de l’islam le plus régressif.

      

    Je ne vais pas revenir ici sur le fait que l’offensive du burkini, comme celle de la burqa et du voile est une offensive politique de la fraction la plus rétrograde de l’islam, de nombreux citoyens issus de pays musulmans ont souligné le lien direct entre cette mode vestimentaire et le wahhabisme, comme par exemple l’Egyptien Aalam Wassef[1]. Contrairement à la campagne de propagande de Libération et du Monde, il n’est pas vrai non plus que la France serait moquée pour sa maniaquerie contre les vêtements exhibitionnistes de l’islam radical. Non seulement des journaux étrangers ont souligné le fait que la France avait le droit de se défendre contre cette agression[2], mais de nombreux étrangers, au Maroc ou en Algérie révèlent qu’ils sont eux aussi confronté à cette agression du salafisme sur leurs plages[3] ou dans les piscines[4]. Une députée belge d’origine marocaine a elle aussi demandé l’interdiction du burkini[5]. Le débat est lancé aussi en Italie[6]. Ce n’est donc pas un problème franco-français, cela s’inscrit dans une lutte idéologique non seulement pour imposer une religion et ses rites, mais pour l’imposer dans sa forme la plus rétrograde. Les gauchistes qui font semblant de ne pas voir cela, sont aussi extrêmement loin de Marx, on peut même les qualifier d’anti-marxistes, comme tous les bigots qui confondent laïcité et propagande pour la religion.

     

    Marx critique de la religion

     

    On va d’abord s’appuyer sur Marx pour soutenir la lutte contre les excès de la religion islamiste. Même en étant athée, et en portant un regard critique sur l’ensemble des religions, ce que je cible ici, ce n’est pas l’islam en général, mais sa forme agressive, celle qui a la prétention de remplacer les lois de la république par des lois religieuses plus ou moins bien fondées sur un livre sacré, le Coran. On remarque d’ailleurs que les islamistes radicaux sont très proches par leur manière de raisonner des fondamentalistes du marché : en effet, comme eux ils ont une vision mondialisée de la société – transfrontière – et comme eux ils pensent que les lois n’ont pas besoin d’être votées et discutées, mais qu’elles sont intangibles. La différence réside dans le fait que pour les fondamentalistes du marché les bonnes lois sont naturelles, et pour les fondamentalistes de l’islam, les lois sont d’essence divine. Qu’on les comprenne ou non, elles doivent s’imposer.

     Karl Marx et le burkini

     

     

    Pour continuer notre critique nous allons partir d’une citation de Marx :

     

    « La détresse religieuse est en même temps l’expression de la vraie détresse et la protestation contre cette vraie détresse. La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur, tout comme elle est l’esprit d’une situation sans spiritualité. Elle est l’opium du peuple ». Idéologie allemande, 1845

     

    Marx désigne la religion à la fois comme la consolation des plus pauvres et des miséreux, et comme une sorte d’oriflamme qui permet à ceux-ci de se regrouper et de se représenter. On voit en effet de nombreux gauchistes qui viennent des populations des banlieues, soit des descendants des immigrés, se reconvertir dans l’action à la fois antisémite et pro-islamiste. On trouve le PIR comme ça qui dans un mélange détonnant affirme ouvertement des convictions racistes tout en parlant aussi de la lutte des classes. Donc ils prendront n’importe quel prétexte pour faire parler d’eux, l’islamophobie est leur drapeau, ce qui leur permet politiquement d’exister, et demain sans doute de négocier leur soutien et des places à tel ou tel parti.

      

    Karl Marx et le burkini

    On voit ainsi, en suivant Marx, que dans les pays occidentaux au moins, le retour du religieux n’est pas autonome, il s’explique par la transformation de la société. La religion est ainsi posée comme une réponse à une situation d’oppression, mais aussi comme une réponse qui endort la conscience de classe et empêche l’action. Ce n’est donc pas par hasard que la défense du burkini, du voile ou d’autres tenues qui marquent la soumission de la femme soit revendiquée par la frange la plus fragile de la population.

     

    « C’est pourquoi Feuerbach ne voit pas que l’« esprit religieux » est lui-même un produit social et que l’individu abstrait qu’il analyse appartient en réalité à une forme sociale déterminée. »

    Thèse VII, Thèses sur Feuerbach, 1845.

     

    Marx va cependant au-delà, il refuse de voir la religion comme une spécificité ethnique. Le positionnement des gauchistes sur le terrain de la question palestinienne comme l’avait bien vu Moishe Postone dans sa critique déjà du sinistre Alain Badiou[7]. On remarque que la complaisance que les islamo-gauchistes entretiennent à l’endroit de l’Islam est bordée de beaucoup de  condescendance à l’égard des populations qui ont baignées dans la religion musulmane. En somme ils leur refusent la possibilité de s’émanciper par eux-mêmes, supposant que c’est eux qui réaliseront cet exploit à travers une nouvelle guerre de religions peut-être.

     Karl Marx et le burkini

    « Si, a priori, tout ce qui contredit votre foi est erreur et doit être traité comme tel, qu’est-ce qui distingue votre prétention de la prétention du mahométan, de la prétention de toute autre religion ? La philosophie doit-elle, en vertu du dicton « autre pays, autres mœurs », admettre pour chaque pays, d’autres principes fondamentaux afin de ne pas entrer en conflit avec les vérités fondamentales du dogme ; doit-elle croire dans un pays que 3 fois 1 font 1, dans l’autre que les femmes n’ont pas d’âme, dans le troisième qu’on boit de la bière au paradis ? N’y a-t-il pas une nature humaine universelle, comme il y a une nature universelle des plantes et des astres ? La philosophie s’interroge sur ce qui est vrai, non sur ce qui est valable ; elle s’interroge sur ce qui est vrai pour tous les hommes, non sur ce qui est vrai pour quelques individus ; ses vérités métaphysiques ne connaissent pas les frontières de la géographie politique ; ses vérités politiques savent trop bien où les « frontières » commencent pour confondre l’horizon illusoire d’une conception particulière du monde et du peuple avec le véritable horizon de l’esprit humain. » Gazette rhénane nos 191, 193 et 195 des 10, 12 et 14 juillet 1842.  

     

    Soutenir les femmes et les athées dans les pays musulmans

     

    Les islamo-gauchistes portent un mauvais coup à l’émancipation des femmes, dans nos pays occidentaux, mais plus encore probablement dans les pays où la religion musulmane est dominante. En effet, on ne peut pas soutenir la liberté abstraite de la religion – l’islam – et en même temps la liberté concrète des femmes. C’est ou l’un ou l’autre. Mais le principal est de se souvenir que chaque fois que les femmes en ont l’occasion dans les pays musulmans, elles enlèvent le voile ou le hijab. Or si les islamo-gauchistes défendent les femmes qui portent le voile en faisant semblant de croire qu’il s’agit d’un choix libre et réfléchi, on ne les entend jamais défendre au contraire les femmes qui risquent leur vie dans les pays musulmans en osant se montrer telles qu’elles sont, aux yeux de tous.

     

    Karl Marx et le burkini 

    En Syrie une femme enlève son hijab après le départ de l’EI et son mari lève le poing en signe de victoire

     

    Très souvent on dit que le combat contre la religion que Marx mena ne ressort que de ses écrits de jeunesse, c’est faux. Voilà ce qu’il écrivait vers la fin de sa vie :

     

    « Liberté de conscience ! » Si on voulait, par ces temps de Kulturekampf, rappeler au libéralisme ses vieux mots d’ordre, on ne pouvait le faire que sous cette forme : « Chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels, sans que la police y fourre le nez ». Mais le Parti ouvrier avait là l’occasion d’exprimer sa conviction que la bourgeoisie « liberté de conscience » n’est rien de plus que la tolérance de toutes les sortes possibles de liberté de conscience religieuse, tandis que lui s’efforce de libérer les consciences de la fantasmagorie religieuse. Seulement on se complaît à ne pas dépasser le niveau « bourgeois » Gloses marginales au programme du parti ouvrier allemand, Ecrites au début de mai 1875 ; publiées pour la première fois dans la Neue Zeit, 9e année (1890-91), tome I. 

     

    Il est remarquable que les islamo-gauchistes, anti-marxistes conséquents, adoptent le programme libéral, arguant que si des femmes portent des burkinis ou des hijab, cela ressort bien évidemment de leur choix individuel. C’est ce que disent les défenseurs de l’économie de marché : un contrat de travail se signe entre des parties égales, le patron et l’ouvrier. C’est le résultat d’un individualisme philosophique consolidé par les lois. Le droit protège la liberté des deux parties. On sait depuis longtemps que cette rhétorique est un mensonge. Un salarié agrée à un contrat qui lui est défavorable, parce qu’il ne peut pas faire autrement. Et bien pour les vêtements des femmes musulmanes c’est la même chose, elles sont victimes de leur entourage et de la religion. En ce qui concerne le droit du travail – et c’est bien pour ça que la lutte contre la loi El Khomri a été si dure et si longue – l’Etat doit protéger les plus faibles en édictant des lois[8].

    Finalement on pourrait dire que la position qui se rapproche le plus de Marx est celle de Sapir[9]. En effet celui-ci souligne que la laïcité n’est pas posée comme un droit qui sert les religions à se manifester, mais comme la définition de règles de la communauté afin que celle-ci existe au-delà des particularités : c’est donc un acte politique. C’est évidemment cela qui va justifier les interdictions de telles ou telles manifestations prosélytes.

     

    Karl Marx et le burkini 

    Une Iranienne s'affiche sans voile à côté d'une affiche rappelant que le voile est obligatoire en Iran.

     

    Donnons encore deux citations d’Engels, extraites de textes postérieurs à la mort de Marx. En vérité Marx et Engels pensaient que le combat contre la religion était dépassé, en ce sens que le mouvement révolutionnaire avait fini par intégrer les canons de l’athéisme et donc qu’il ne fallait plus perdre son temps dans la critique de la religion. Mais justement le fait qu’Engels y revienne, à l’aube des grandes luttes parlementaires pour la laïcité, montre qu’il n’en était rien.

     

    « La possibilité d’éprouver des sentiments purement humains dans nos rapports avec nos semblables nous est déjà aujourd’hui suffisamment gâtée par la société fondée sur l’antagonisme et sur la domination de classes, dans laquelle nous sommes obligés de nous mouvoir ; nous n’avons, par conséquent, aucune raison de nous la gâter davantage encore en élevant ces sentiments à la hauteur d’une religion. » Friedrich Engels, préface à Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, 1886

     

    La religion est une idéologie, soit une représentation fausse ou délibérément fausse de la réalité et à ce titre elle est un instrument de « soumission »[10]. Ce phénomène est connu pour ce qui concerne la chrétienté. En effet, l’histoire sociale regorge d’exemples qui montrent cette alliance du sabre et du goupillon au service des exploiteurs. C’est bien ce qui se passa dans l’Espagne franquiste ou même en France pendant l’Occupation, la religion est toujours du côté du pouvoir. 

     

    Karl Marx et le burkini 

    Friedrich Engels va encore plus loin :

     

     « En ce qui concerne les régions idéologiques qui planent plus haut encore dans les airs, la religion, la philosophie, etc., elles sont composées d’un reliquat — remontant à la préhistoire et que la période historique a trouvé avant elle et recueilli — de… ce que nous appellerions aujourd’hui stupidité. » Lettre à Conrad Schmidt en 1890, Engels

     

    Conclusion provisoire

     

    On rappellera que soutenir le droit bien concret des femmes qui luttent pour leur émancipation est incompatible avec le soutien abstrait d’une religion particulière dont les intégristes utilisent les vêtements comme des marqueurs pour isoler « leurs » femmes du reste de la société, et isoler leur communauté du reste du monde. Il faut donc choisir, soit on est du camp de la réaction et on soutient les frasques et les provocations de l’extrémisme musulman, soit on soutient les femmes dans leur quête d’une place pleine et entière dans la société.

     

     


    [1] http://www.liberation.fr/debats/2016/08/17/ne-soyons-pas-naifs-sur-le-symbole-de-cette-etoffe-par-aalam-wassef_1472951

    [2] http://www.courrierinternational.com/article/vu-du-bresil-la-france-raison-dinterdire-lexhibition-des-femmes-momies?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#link_time=1471446936

    [3] http://www.jeuneafrique.com/mag/258705/societe/algerie-fini-le-bikini-place-au-burkini/

    [4] http://www.lesiteinfo.com/le-burkini-interdit-dans-une-piscine-de-marrakech/

    [5] http://www.yabiladi.com/articles/details/46493/belgique-deputee-d-origine-marocaine-demande.html

    [6] http://www.courrierinternational.com/article/vu-ditalie-interdire-le-burkini-une-decision-qui-simpose?utm_source=Facebook&utm_medium=Social&utm_campaign=Echobox#link_time=1471503263

    [7] Critique du fétiche capital : Le capitalisme, l'antisémitisme et la gauche, PUF, 2013.

    [8] On trouve cette idée déjà chez Léon Walras dans Études d’économie sociale. Théorie de la répartition de la richesse sociale (1896), Rouge et Pichon.

    [9] http://russeurope.hypotheses.org/5178

    [10] Le mot « islam » est la translittération de l’arabe الإسلام, islām, signifiant : « résignation », « reddition », « soumission », sous-entendant « à la volonté de Dieu ». Cette idée de soumission est forcément incompatible avec l’idéal socialiste qui suppose à l’inverse l’émancipation de l’homme et la quête de son autonomie.

     

     

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  •  Du Burkini à la campagne anti-corse du Monde

    L’offensive du burkini 

    Après les provocations de l’association Smile 13 qui voulait imposer une journée en burkini dans un parc aquatique, voilà que la Corse subit elle aussi un assaut pro-burkini. On a souligné un peu partout qu’il s’agissait là bel et bien d’une provocation. Progressivement des femmes en burkini commencent à se montrer  sur les plages en France, mais aussi ailleurs. Dans un article publié il y a un an dans Jeune Afrique, Arezki Saïd s’alarmait du fait qu’au Maghreb, et plus particulièrement en Algérie, les plages étaient de plus en plus envahies par les femmes en burkini, augmentant par-là la pression sur celles qui ne voudraient pas s’y soumettre[1]. Il soulignait que le nombre de plages ouvertes où il est possible de se montrer en bikini, diminuait de plus en plus. Ce mouvement est tellement fort, qu’au Maroc il a fallu prendre des dispositions administratives pour interdire ici et là le burkini[2]. Cela répond à une offensive généralisée et organisée comme le révèle un article de Zineb Alaoui[3].

    Des vieux Marocains sont d’ailleurs choqués par cette offensive qui va conduire, si elle se poursuit, nécessairement à un apartheid avec des plages réservées aux hommes et des plages réservées aux femmes. Mohammed Bougdim replace ce mouvement dans le contexte mondial d’un islam offensif qui vise d’abord à remettre les femmes à leur place[4]. Et cela dans un but politique.

    Car c’est de cela qu’il s’agit : augmenter la pression pour imposer des formes nouvelles de vie sociale. Et d’ailleurs cette nouvelle forme d’action politique qui vise à faire d’une certaine conception de l’Islam et de la religion la matrice des nouvelles normes de la vie sociale, ne se développe pas seulement dans les pays occidentaux laxistes et bienveillants, elle existe aussi ailleurs dans les pays maghrébins, en Tunisie, en Algérie et au Maroc. Il ne faut pas voir dans cette querelle du burkini un simple débat sur la laïcité en France, mais juste la pointe la plus avancée de l’Islam politique. Parce que au final ce dont il est question dans cette querelle imbécile, c’est à la fois la place de la femme dans la société, et donc son émancipation, et en même temps une offensive organisée contre les mœurs dépravés de l’Occident. Faire semblant de croire que le burkini résulterait simplement d’un libre choix de jeunes femmes, est un mensonge éhonté.

    L’image ci-dessous raconte comment en Afghanistan la place des femmes a changé dans la société au fur et à mesure que les talibans ont mis en place un pouvoir politique fondé sur une interprétation particulière de la religion. Cela s’est passé lors de la guerre que les Américains avaient déclarée aux Russes sur ce territoire, s’appuyant pour l’occasion sur Ben Laden. Les femmes sont redevenues des soumises, obligées de porter le voile et le hijab. Et évidemment à moins d’avoir le cerveau complètement rongé par l’imbécilité, il est évident que ce ne sont pas les femmes qui ont choisi cette mode vestimentaire. C’est le résultat d’une reprise en main du pouvoir par les hommes. Le burkini c’est le début de cette révolution

      Du Burkini à la campagne anti-corse du Monde

    La même chose est arrivée en Iran, à l’issue du renversement du Shah, grâce il faut bien le dire à l’aide des Américains, encore eux. Alors que les femmes connaissaient une émancipation progressive dans ce pays, la révolution des mollahs en 1979, les renvoya pour longtemps à l’obscurantisme. Mais les gauchistes ne semblent pas vouloir faire le lien entre ces mouvements islamo-fascistes et l’offensive des musulmans intégristes contre nos sociétés. Je rappelle qu’à l’époque l’incongru Michel Foucault a soutenu avec beaucoup de morgue et d’aveuglement la révolution des mollahs[5]. En vérité la position de Foucault sur l’Iran ne relève pas seulement de l’erreur d’analyse, tout le monde peut se tromper, mais elle est manifestement le résultat aussi de la fascination que certains intellectuels occidentaux manifestent à l’endroit de l’Islam[6]. Mais Michel Foucault n’a pas dit grand-chose pour soutenir les femmes iraniennes qui ont payé le prix de cette révolution rétrograde.

    Du Burkini à la campagne anti-corse du Monde 

    Femmes iraniennes protestant en 1979 contre l’obligation de porter le hijab 

    Edwy Plenel, collaborateur de l’islamo-fascisme 

    Du Burkini à la campagne anti-corse du Monde

    Si on voulait comprendre la nocivité des gauchistes, leur caractère contre-révolutionnaire, il faudrait commencer par analyser leur position sur la question religieuse. En effet pour Marx la lutte contre l’obscurantisme religieux est le premier pas vers l’émancipation de l’homme. C’est bien le message de ses Thèses sur Feuerbach qui datent de 1845 et qu’apparemment le sinistre Badiou n’a pas encore vraiment assimilées. Mais une certaine gauche[7] n’a pas compris cela, et ses intellectuels sombrent dans la défense de la bigoterie. Cette attitude explique au moins pour partie pourquoi si la gauche s’est éloignée du peuple, le peuple s’est aussi éloigné de la gauche… et sans doute pour longtemps. Le soutien à l’islam est le revers du soutien aveugle et inconditionnel à la Palestine.

    Edwy Plenel qui s’était déjà ridiculisé en publiant un petit livre Pour les musulmans, en comparant son écrit au J’accuse de Zola, et en affirmant qu’aujourd’hui les musulmans étaient stigmatisés comme l’étaient les Juifs à l’époque de Dreyfus[8], en a rajouté une couche en déclarant que le burkini était un vêtement comme un autre. Et donc que de s’attaquer à celui-ci serait un recul des libertés individuelles autant que publiques[9]. Il abrite sa cuistrerie habituelle derrière des propos d’Aristide Briand sur la  laïcité, et il compare volontiers le port du burkini au costume religieux des bonnes sœurs en publiant une photo des sœurs de la Consolation sur la plage ! Il fait semblant d’oublier deux choses. La première est que la condition de vie des bonnes sœurs a été dénoncée depuis très longtemps comme une ignominie, par exemple par Diderot dans La religieuse, et on s’est battu justement en 1967 contre la censure du film de Jacques Rivette qui l’avait mis en images. La seconde est que l’oppression que l’Eglise catholique a exercée par le passé sur les femmes en Occident ne peut aucunement justifier celle que les islamistes prétendent exercer sur les femmes du monde entier.

    Le voilà donc qui prétend que le burkini est un vêtement comme les autres. Et bien entendu il pourrait en dire autant pour le hijab ou le voile en Afghanistan et en Iran. Sauf que dès que les femmes le peuvent elles s’en débarrassent. Sauf que le burkini n’est pas un vêtement comme un autre, mais participe de la provocation et pas seulement en France.

     Du Burkini à la campagne anti-corse du Monde 

    Une habitante enlève son voile intégral, après le départ de l'Etat islamique et la prise de contrôle de son village près de Minbej en Syrie par les Forces démocratiques syriennes, le 9 juin 2016 

    Plenel prétend parler au nom de la liberté, et il prétend que le port du voile, du burkini ou du hijab relèverait de la liberté individuelle. Il nous prend pour des imbéciles. Et d’ailleurs s’il défend l’exhibitionnisme islamiste, il se garde bien de discuter des entorses aux libertés individuelles au Qatar ou en Arabie Saoudite, pays qui sont non seulement critiqués pour le peu de considération qu’ils accordent à la femme, mais aussi pour les conditions quasi-esclavagistes qu’ils imposent à leur main d’œuvre immigrée[10]. Je passe sur les décapitations[11]. Certes il vous répondra qu’il défend la liberté en France, et que s’il vivait au Qatar ou en Arabie saoudite, il militerait pour les libertés individuelles. Mais ce genre de rhétorique n’abusera que les plus naïfs. Autrement Plenel défend la répression de la liberté féminine au nom de la liberté religieuse. C’est bien là la marque d’un conservatisme d’un autre âge.

    Evidemment si le burkini était juste un vêtement comme un autre, personne et pas Plenel n’en discuterait. Mais en réalité il est vécu comme une agression, et on l’a bien vu avec l’affaire de Smile 13, il était associé dans le programme de la journée piscine en burkini avec une exclusion des hommes, confirmant que derrière cette volonté d’imposer le burkini il y a bien une volonté d’exclusion et d’apartheid. On voit bien que Plenel, pour des raisons obscures, défend une idée de la liberté complètement abstraite. Parce qu’en défendant la liberté de se voiler, il oublie la liberté concrète des femmes elles-mêmes, qui, chaque fois qu’elles en ont eu la possibilité se sont débarrasser de ces vêtements qui sont sensés les rendre invisibles pour les autres hommes en dehors de leur mari. Plenel n’est d’ailleurs pas le seul à s’être converti à l’Islam[12], d’autres à gauche comme le stalinien en avait fait de même, avant de verser dans le négationnisme et de devenir une vedette dans les pays musulmans les plus dictatoriaux. 

    La campagne anti-corse du Monde 

    La question du burkini a été posée une nouvelle fois en Corse. A Sisco plus précisément. Toute l’histoire est partie d’un groupe de musulmans qui se baignait sur la plage. Certaines femmes étaient en burkini. Devant cette incongruité, certains, touristes ou non, se sont permis de photographier la scène. Ce fut le prétexte pour caillasser méchamment ces empêcheurs de burkiner en rond. Des renforts sont rapidement arrivés, mais il y a eu des blessés, et donc des individus des deux côtés qui sont partis à l’hôpital, des voitures ont été incendiées. Tout cela a été relaté en long en large et en travers, sauf que on ne sait pas encore si les islamistes qui provoquaient manifestement les Corses étaient des musulmans de l’île ou s’ils venaient de l’extérieur. Cette question est très importante, parce que quelques années en arrière, les populations d’origine maghrébine ne posaient pas de problème particulier, mais depuis quelque temps ce n’est plus vrai. Au mois de décembre 2015 on avait vu des scènes à Ajaccio dignes de la banlieue parisienne, avec l’agression des pompiers dans un quartier sensible de la ville[13]. J’avais été un des rares à l’époque à avancer que les temps avaient changé et que les Corses étaient à leur tour atteint par cette guerre qui mêle religion et inégalités sociales. Et effectivement, dans la mesure où la population d’origine maghrébine est très importante dans l’île il est facile de prévoir que les problèmes sont à venir et que les violences vont se répéter avec des morts à la clé. En tous les cas les Corses se sont rassemblés et se sont heurtés aux gendarmes qui les ont empêchés de se rendre à l’hôpital de Bastia, sans doute pour s’en prendre à un des agresseurs.

     Du Burkini à la campagne anti-corse du Monde 

    Les Corses manifestent à Bastia 

    Cette sale affaire a donné l’occasion au journal Le monde qu’on n’appelle plus que L’immonde de faire étalage de son anti-corsitude primaire. Pour ce journal – où Plenel a dû laisser sa marque – cette bataille féroce est une querelle intercommunautaire. Soit, si on comprend bien une querelle entre deux communautés. Donc en Corse, il y aurait deux communautés au moins, des Corses et des Musulmans. Or évidemment une communauté  c’est un groupe qui se distingue d’un ensemble relativement homogène. Il ne vient pas à l’idée au journaliste de ce torchon de penser que les Corses sont d’abord des Français et non pas une communauté[14].

    Mais Le monde déteste les Corses pour ne pas dire plus. Et cela de longue date. Sans doute qu’ils aimeraient la Corse sans les Corses pour y passer leurs vacances. Aussi le 15 août ils en ont remis une couche avec un articulet imbécile signé Les décodeurs[15]. Les Corses seraient donc des racistes attardés qui ne pensent qu’à emmerder les pauvres musulmans. Et de prendre l’exemple de ce qui s’est passé au quartier de l’Empereur à Ajaccio en décembre dernier. Or dans ce cas particulier, les bagarres avaient eu lieu consécutivement au fait que quelques jeunes maghrébins avaient pris pour cible des pompiers. Evidemment comme en Corse il y a une forme de solidarité naturelle, les réactions ne se sont pas fait attendre. Mais la manière de présenter tout cela dans le journal officiel de tous les pouvoirs laisse paraître qu’il ne s’agit pas d’une réaction à un phénomène jugé intolérable, mais une action fondée sur un racisme atavique. Le monde n’insiste pas plus que ça sur l’agression que les pompiers avaient subie dans ce quartier déshérité, comme si la pauvreté était une excuse suffisante pour s’attaquer aux pompiers !

     Du Burkini à la campagne anti-corse du Monde 

    Les Corses allant en découdre en décembre 2015 au quartier de l’Empereur 

    En s‘appuyant sur un rapport de la CNCDH, et ne retenant que la réaction des Corses comme violences, la journaliste commise d’office à ce rôle ingrat de décodeuse, en déduit que les Corses sont très racistes, la preuve c’est que les actes anti-musulmans y seraient proportionnellement bien plus importants que dans le reste de la France. Sauf que la manipulation statistique est grossière : en effet si il y a beaucoup d’actes anti-musulman, non seulement c’est très récent, mais c’est également parce que la proportion de musulman y est plus forte qu’ailleurs, elle est de 16% officiellement, contre 7,5% dans l’ensemble de la France[16]. Il est en effet évident que plus une communauté est faible et dispersé sur un vaste territoire, et moins elle se manifeste pour imposer ses marques. Le ridicule de la journaliste se poursuit quand elle met en parallèle la tuerie de Charlie avec le fait qu’à Propriano une boucherie hallal a reçu une décharge de chevrotine dans sa devanture baissée.

     Du Burkini à la campagne anti-corse du Monde 

    Au-delà des élucubrations journalistiques, il est clair que des actes comme ceux de Sisco ou du quartier de l’Empereur vont se répéter et que du sang va encore couler. Car comme le dit Jacques Sapir, il s’agit là de tester la République et sa capacité de réaction à une offensive politique manifeste[17]

     

     


    [1] http://www.jeuneafrique.com/mag/258705/societe/algerie-fini-le-bikini-place-au-burkini/ 

    [2] http://www.lesiteinfo.com/le-burkini-interdit-dans-une-piscine-de-marrakech/

    [3] http://www.lesiteinfo.com/qui-est-aicha-amal-le-profil-qui-fait-peur-aux-marocaines/

    [4] http://www.lesiteinfo.com/la-plage-de-sale-est-une-honte/

    [5] « Le problème de l’islam comme force politique est un problème essentiel pour notre époque et pour les années qui vont venir. La première condition pour l’aborder avec tant soit peu d’intelligence, c’est de ne pas commencer par y mettre de la haine. » – « Réponse de Michel Foucault à une lectrice iranienne », Le Nouvel Observateur, n° 731, 13-19 novembre 1978

    [6] Le site lesmatérialistes.com, lointain descendant de la mouvance maoïste relie le position de Michel Foucault à ses pratiques sexuelles sadomasochistes et homosexuelles. Je n’irai pas jusque-là. http://lesmaterialistes.com/art-contemporain-post-modernisme-michel-foucault-revolution-iranienne.

    [7] Il faudrait peut-être dire une gauche incertaine.

    [8] http://in-girum-imus.blogg.org/edwy-plenel-pour-les-musulmans-la-decouverte-2015-a126617890

    [9] https://blogs.mediapart.fr/edwy-plenel/blog/140816/un-vetement-comme-les-autres

    [10] http://www.lefigaro.fr/international/2013/11/18/01003-20131118ARTFIG00429-les-effroyables-conditions-de-travail-des-ouvriers-migrants-au-qatar.php ; http://www.humanite.fr/amnesty-se-mobilise-pour-les-travailleurs-immigres-du-qatar ou encore http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/02/17/plus-de-400-travailleurs-nepalais-morts-dans-les-chantiers-du-qatar_4367670_3218.html

    [11] http://www.jeuneafrique.com/166857/politique/arabie-saoudite-deux-nouvelles-d-capitations-et-d-j-75-ex-cutions-en-2013/

    [12] Certes ce n’est pas officiel, et si la forme n’y est pas encore, le fond y est.

    [13] http://www.lexpress.fr/actualite/societe/corses-de-merde-arabes-dehors-le-conte-d-un-noel-tres-corse-a-ajaccio_1749000.html

    [16] http://www.globalreligiousfutures.org/religions/muslims

    [17] http://russeurope.hypotheses.org/5172

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  • Edwy Plenel, Pour les musulmans, La découverte, 2015 

    J’ai hésité avant d’écrire quelques lignes sur ce livre qui a connu un grand succès de librairie. En effet outre que cela va me valoir des injures de la part des islamo-gauchistes qui vont me dénoncer comme lepéniste camouflé, un troll si on veut, je trouve sa facture tellement médiocre – c’est bien pire que du Zemmour – que cela tombe des mains. Mais c’est l’ouvrage théorique de référence de l’islamo-gauchisme, celui qui va justifier toutes les dérives. Comment glisse-t-on de la révolution prolétarienne à la défense de la religion la plus rétrograde sans même en dénoncer les dérives sectaires ? Voilà qui est un tour de force !

    Edwy Plenel qui, à défaut d’être intelligent, est suffisamment rusé pour avoir une ouverture dans tous les médias possibles et imaginables, s’est donné comme mission saugrenue de défendre les musulmans. Il ne défend plus les Arabes contre le racisme, ce qui pourrait se comprendre, mais il est passé, comme ces curieux personnages d’Houellebecq, à une glorification d’une religion importée sur notre sol, une religion très souvent intolérante et au nom de laquelle il est fait presque quotidiennement des attentats. Bien moins pressé de défendre les chrétiens d’Orient qui sont assimilés à des croisés qui ont colonisé un espace musulman, il trouve donc très bien que cette religion s’installe et prenne ses aises pour modifier l’ensemble des relations sociales. Le discours de Plenel est pervers. Déjà dans ses prémices, il avance qu’aujourd’hui l’islamophobie aurait remplacé l’antisémitisme. C’est un montage qu’on connait bien : en effet si l’islamophobie a remplacé l’antisémitisme cela veut dire qu’il n’y a plus lieu de s’inquiéter de l’antisémitisme. Or comme je l’ai montré à l’aide de chiffre précis, et si on part des attentats,  l’antisémitisme est bien plus présent comparativement à la faible population juive en France que l’islamophobie[1]. Mais évidemment Plenel suppose que les Juifs appartiennent tous aux classes supérieures et donc qu’ils n’ont plus besoin d’être défendus au nom de la république.

      Edwy Plenel, Pour les musulmans, La découverte, 2015

    Le second angle sous lequel son discours se place est qu’il fabrique une identité entre Arabes et Musulmans, ce qui est déjà stupide en soi, puisqu’il n’y a pas que des Arabes qui soient musulmans et qu’il y a aussi des Arabes qui sont athées et qui ont bien du mal à développer leur point de vue dans leur pays d’origine ; mais il suppose aussi que les Arabes sont identiques aux classes pauvres et inférieures. Cela lui permet de faire complètement l’impasse sur le fait que le prosélytisme musulman radical est financé par les riches monarchies pétrolières qui se moquent complètement de la lutte des classes. Mais en tant qu’ancien trotskyste qui s’est toujours trompé en tout et sur tout avec une grande constance, Plenel essaie de justifier la religion comme compatible avec la lutte des classes. Il va donc tordre les citations de Marx pour montrer qu’au fond celui-ci n’était pas aussi religieux que cela, y rajouter quelques citations de Lénine et de Trotsky pour laisser entendre que finalement la religion ne serait pas incompatible avec la lutte des classes ! Il en arrivera même à citer les bondieuseries de Jaurès qui référait pourtant au catholicisme et non à l’Islam, pour justifier l’idée que la religion n’est pas réactionnaire, mais tout autant neutre, voire révolutionnaire[2]. Il glisse habilement sur le fait que le catholicisme, non seulement  a été mis au pas par la république dans ses extravagances à réglementer la vie civile, mais aussi sur le fait que le catholicisme est une partie décisive de l’histoire de la France ce que n’est pas l’Islam !

    Ça c’est son morceau de bravoure si je puis dire : on voit bien ce qui fonde l’islamo-gauchisme, c’est cette capacité à transférer son indignation de la défense des pauvres et de la classe ouvrière à la défense d’une religion tout à fait obscurantiste qui serait stigmatisée et brimée. Il est d’ailleurs complètement à côté de la plaque – ou alors il ment ouvertement – lorsqu’il critique la gauche qui aurait un peu trop critiqué les religions en elles-mêmes : l’anticléricalisme ne lui plait pas. Plenel est sans doute de ceux qui va critiquer le catholicisme borné de Civitas, mais il se gardera bien de critiquer les Frères musulmans. En quelque sorte le catholicisme serait la mauvaise religion, celle des nantis, et l’Islam la bonne,  celle des pauvres.

    On l’a dit et redit ici plusieurs fois, ce qui pose problème n’est pas qu’il y ait des musulmans, mais qu’une frange de ces musulmans veut modifier les lois et les coutumes de l’Europe occidentale. Ils luttent aussi bien contre les menus des cantines, que contre les fêtes de la Noël, mais par contre veulent qu’on reconnaisse et respecte le Ramadan.

      Edwy Plenel, Pour les musulmans, La découverte, 2015

    Voici ce que le très malhonnête Plenel écrit :

    « De fait, l’obsessionnelle question du foulard est un voile jeté sur nos sensibilités, générosités et curiosités. Brandir la visibilité de ce morceau de tissu comme la question décisive pour notre espace public, c’est nous inviter à ne plus voir le reste, tout ce que cette focalisation occulte et masque, et au premier chef la question sociale, celle des quartiers populaires. La haine de la religion qu’exprime envers l’islam et ses pratiquants un laïcisme intolérant, infidèle à la laïcité originelle, est l’expression d’un déni social : d’un rejet des dominés et des opprimés tels qu’ils sont. »

    Dans ce passage il mélange tout et n’importe quoi. D’abord il suppose que les musulmans sont dominés et opprimés, mais où et par qui ? Attaquant sur la question du voile, il affirme indirectement que dans la communauté musulmane les femmes ne sont pas opprimées, elles ! Cette logorrhée réactionnaire suppose que les opprimés mâles puisqu’ils le sont en Occident ont finalement le droit d’opprimer leurs femmes ! Il ne nous fera pas croire que le port du voile est un choix librement consenti, comme il ne nous fera pas croire que la circoncision musulmane à l’âge de 8 ou 10 ans est aussi un choix librement consenti. Passons sur la façon très limitée que Plenel a de définir la laïcité. Il n’est pas certain qu’il en connaisse l’histoire. En tous les cas la laïcité est d’abord une séparation entre la religion et la vie civile, la séparation de l’Eglise et de l’Etat si on veut. Ce qui veut dire forcément que les lois de la République sont supérieures aux lois de la religion, mais aussi que la religion doit éviter le prosélytisme et l’ostentation. Alain Minc ne s’y est pas trompé qui a repris d’ailleurs l’idée qu’il fallait revenir sur la loi de 1905 qui sépare l’Etat et l’Eglise… au moins pour les musulmans[3] !

      Edwy Plenel, Pour les musulmans, La découverte, 2015

    On remarquera également que dans sa volonté de mettre en pièce les adversaires de l’islamo-gauchisme, il invoque une « laïcité originelle ». Comme si cela était une forme indépassable, naturelle et figée dans l’éternité ! Et donc ceux qui dénoncent l’envahissement de l’Islam dans la vie civile, ceux qui considèrent que la république n’est pas compatible avec le communautarisme, il les dénonce comme des sectaires. La défaite de l’extrême gauche est bien représentée par Plenel : le voilà s’attaquant à la laïcité, car pour lui la seule bonne forme de laïcité c’est celle qui n’entrave pas le développement du communautarisme. Il s’en va jusqu’à dire que l’Occident a défendu une forme de laïcité dévoyée en soutenant des dictateurs au Moyen-Orient ! L’Occident est toujours coupable, et les bons musulmans qui représentent la bonne religion jamais.

      Edwy Plenel, Pour les musulmans, La découverte, 2015

    Il va de soi que dans son pamphlet, il ne dit pas un seul mot contre le sectarisme de l’Islam radical. Et donc dans cette forme de soumission que Plenel a intégrée pour lui-même, le voilà qu’il nous fait la publicité pour défendre le droit à la différence des musulmans, et surtout le droit d’exhiber publiquement ces différences dans toutes les formes de la vie civile. Evidemment c’est dans ce cas aux autres de l’admettre et de s’adapter.

    On aimerait que Plenel soit aussi critique vis-à-vis des pays qui persécutent les chrétiens au Moyen Orient, jusqu’à les faire disparaitre physiquement, or s’il y a beau temps que les chrétiens ne persécutent plus les musulmans, l’inverse n’est pas vrai[4]. On ne le voit pas non plus s’indigner que les Juifs ont été chassé de tous les pays arabes, pour lui les musulmans sont les seules éternelles victimes de l’histoire coloniale : la seule forme de colonisation qu’il connait est celle de l’Occident, il n’imagine pas une minute que d’autres civilisations, d’autres cultures aient pu aussi avoir une démarche colonialiste. Mais Plenel en bon trotskyste considère les choses de manière asymétrique. Pour lui la colonisation des pays musulmans par l’Occident est une honte et un scandale, mais que les musulmans venus d’Afrique du nord ou du Moyen Orient colonisent l’Europe c’est « un enrichissement culturel » ! C’est le terme qu’il emploie d’ailleurs.

      Edwy Plenel, Pour les musulmans, La découverte, 2015

    La cuistrerie de Plenel va très loin, il écrit ceci : « Sous toutes les latitudes, le sort fait aux minorités dit l’état moral d’une société. Aussi ai-je écrit ce Pour les musulmans de France en ne doutant pas qu’ailleurs, dans des pays où la culture musulmane domine, d’autres Pour s’écriront, en défense d’autres minorités, chrétiennes, juives, agnostiques, animistes, sans religion, non croyantes, voire issues de l’islam lui-même, des sunnites prenant le parti des chiites, et inversement. » Faisant un parallèle honteux entre le libéralisme qu’on peut rencontrer en Occident et celui qui pourrait advenir dans les pays musulmans. Et donc qu’au fonds lui il défend en France une minorité opprimée, mais que s’il était un habitant du Qatar ou de l’Iran il défendrait les minorités, autrement dit les Juifs et les chrétiens. Mais il oublie juste une chose c’est que dans ces pays il n’y a pas de Juifs ou de chrétiens à défendre, ils ont tout simplement disparu !

     

    Au passage il glissera incidemment que les racines chrétiennes de la France sont une fable. Passons sur le fait de savoir si le christianisme a joué un rôle historique ou non dans la construction de la nation. Mais, si on sait décoder un peu le langage biscornu des islamo-gauchistes, on se rend compte alors que Plenel défend l’islam au nom de la mondialisation, comme Minc, comme bien d’autre, et que l’identité nationale n’existe pas pour lui. Au-delà du fait qu’il joue les lèche-culs obséquieux pour le compte de l’islam, il est d’abord un libéral. Edwy Plenel pourtant nous laissera sur notre faim. Il ne nous dira pas pourquoi il est le passe-partout de Tariq Ramadan, Frère musulman prosélyte, pourquoi il s’acharne à blanchir la réputation sulfureuse de cet islamiste rétrograde[5]. Est-ce au nom de la compréhension de l’autre ? Allons, nous ne sommes pas nés de la dernière averse !

     

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/pierre-andre-taguieff-une-france-antijuive-cnrs-editions-2015-a126068950

    [2] Il avancera d’ailleurs que les régimes sans religion – Staline et Hitler selon lui – sont des régimes totalitaires, et qu’au fond un peu de religion ne peut pas faire de mal !

    [3] http://www.rtl.fr/actu/politique/alain-minc-il-faut-suspendre-la-loi-de-1905-7780124284

    [4] http://www.liberation.fr/planete/2014/07/30/persecutes-les-chretiens-d-orient-sont-ils-amenes-a-disparaitre_1072963

    [5] http://www.mondafrique.com/plenel-et-ramadan-lunion-sacree/

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