•  La Caligula de Washington a encore frappé

    Pour un non-événement, c’est un non-événement ! Donald Trump l’ubuesque président des Etats-Unis – j’aurais pu dire le Père Ubu de Washington – vient de reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israël. Comme cela ne change rien dans les faits, puisque c’est déjà le cas, on peut se poser deux questions :

    - Pourquoi fait-il cela ?

    - Pourquoi les musulmans du monde entier font semblant de s’offusquer de cette décision qui ne change strictement rien à la situation concrète des Palestiniens ?

    Il n’est pas très simple de répondre à la première question[1]. Pour les commentateurs hâtifs, il sera de bon ton de souligner un axe du mal représenté par Israël et les Etats-Unis. Soit en disant que Trump et donc l’Amérique se trouvent sous l’influence du lobby sioniste, ce qui contentera les gauchistes et les néo-nazis, soit en disant que Trump veut contrôler le Moyen Orient en contrôlant Israël et les pays pétroliers alentours. Certains ont aussi émis l’hypothèse que Trump était lui-même sous l’influence des Evangélistes qui soutiennent Israël et qui sont encore plus sionistes que les Juifs. Mais cette hypothèse semble ténue, tant il apparait que les Evangélistes se sont éloignés de Trump depuis son élection[2]. Mais sa cote de confiance est presqu’aussi basse que celle de Macron dans toutes les fractions de l’électorat américain. En tous les cas, il est à peu près certain que ce geste désordonné n’a pas été demandé par Israël, ni par le lobby juif américain.

    On pourrait dire que Trump est fou et puis s’arrêter là et dire qu’il fait n’importe quoi, sans trop savoir. Mais, bien que de nombreux spécialistes cautionnent cette idée[3], cela ne me parait pas suffisant. Trump est entouré de conseillers, notamment de conseillers militaires. Il n’a pas pris cette décision à la légère. Cette posture de Trump qui ne change absolument rien sur le fond est une tentative pour les Etats-Unis de revenir dans le jeu au Moyen-Orient. En effet la guerre en Syrie, puis l’éradication de Daech s’est réalisée en dehors de l’intervention américaine. Autrement dit, il s’est mis en place au Moyen-Orient un axe puissant : Arabie Saoudite-Israël-Russie qui est en train de mettre en place un nouvel ordre. En intervenant bruyamment Trump rappelle qu’il peut mettre la merde à tout moment et qu’il faut encore compter avec les Etats-Unis.

    Tout le monde sait bien que les musulmans vont démarrer au quart de tour. Ils ne vont pas manifester seulement en Israël et dans les Territoire palestiniens, ils vont le faire dans le monde entier. Ainsi dans un pays très sensible comme la Suède, les musulmans ont commencé à s’attaquer à la synagogue de Göteborg et à Malmö les manifestants ont scandé des slogans antisémites et des menaces de mort contre les Juifs[4]. On n’est plus dans la distinction entre l’antisionisme et l’antisémitisme comme veulent le faire croire les bien-pensants, on est clairement dans l’idée de chasser les juifs de partout où ils se trouvent.

    Ces réactions étaient très prévisibles. Et l’administration américaine le savait très bien. Curieusement c’est dans les Territoires palestiniens que la mobilisation reste assez faible, sans doute parce que pour les Palestiniens, que l’ambassade des Etats-Unis soit à Tel Aviv ou à Jérusalem, cela ne change rien. Cependant, Trump en agissant ainsi met l’Europe dans l’embarras, comme il met dans l’embarras l’Arabie saoudite qui tente de se rapprocher depuis plusieurs années d’Israël pour contrer l’expansionnisme iranien. Or on sait que l’Arabie saoudite n’est pas seulement en opposition frontale avec l’Iran ; elle l’est aussi avec le Qatar. Au sein de la Ligue arabe, Trump torpille sa position. Il est en effet impossible dans cette situation pour l’Arabie saoudite de continuer à se rapprocher d’Israël. 

    La Caligula de Washington a encore frappé 

    Tout va dépendre maintenant de la mobilisation des Palestiniens, mais aussi des musulmans dans le monde. Pour l’instant les Territoires palestiniens sont relativement calmes, malgré quelques heurts violents à Jérusalem et en Cisjordanie[5]. Le Hamas a appelé à une nouvelle Intifada, mais la population n’a pour l’instant pas suivi. La situation est plus confuse en Europe, où les dirigeants craignent des démonstrations de force des musulmans. Ils pourraient profiter de l’aubaine pour continuer à se rassembler dans leur hostilité à l’Occident, n’importe quel prétexte leur sert en ce sens, notamment celui de la cause palestinienne qui permet d’obtenir le soutien des organisations gauchistes. Mais en intervenant Trump va se couper un peu plus des Européens dont la frilosité sur ces questions moyen-orientales n’est plus à démontrer. Dimanche Macron a reçu Netanyahou à Paris. Il a répété les sempiternels propos lénifiants, sur la nécessité d’arrêter la colonisation, de faire « un geste généreux » vers les Palestiniens, bref il n’avait rien à dire. Netanyahou prétend que se sont les Palestiniens qui ne veulent pas négocier[6]. Il est possible que dans cette situation Macron pense qu’il peut supplanter les Etats-Unis comme médiateur dans le conflit israélo-palestinien, si c’est le cas, il se trompe lourdement. En effet, les Européens n’ont plus aucun crédit auprès d’Israël, et si les Américains depuis les frasques de Trump sont détestés par les Palestiniens, il est clair que ce sont encore eux qui ont les clés des négociations, tout simplement parce que si la solution des deux Etats devait avancer – ce à quoi plus personne ne semble croire – cela aurait un coût que seuls les Américains pourraient soutenir. Macron s’est par ailleurs rapproché d’Erdogan, le dictateur turc, en avançant que cette doublette improbable allait mettre la pression pour faire renoncer Trump à son projet[7]. Vu le crédit d’Erdogan au Moyen-Orient, en Europe et aux Etats-Unis, il semble que la démarche macronienne n’ait peu de chance de passer l’année.

    Plus préoccupante est la situation au Liban. Suite à l’annonce de Trump, des manifestants ont attaqué l’ambassade des Etats-Unis dans ce pays[8]. Or on sait que le Liban est maintenant la base avancée de l’Iran dans une guerre potentielle avec Israël. Tout le monde pense qu’il va y avoir une guerre entre l’Iran et Israël via le Liban. D’autant que dans ce pays il y a un grand nombre de réfugiés palestiniens qui entretiennent l’idée qu’un jour on mettra les Juifs à la mer.  

    La Caligula de Washington a encore frappé

    Ce rapide tour d’horizon montre que l’annonce de Trump était inappropriée d’autant que dans les faits elle ne modifie en rien la situation sur le terrain. La solution à deux Etats viables et sécurisés est la seule alternative raisonnable, avec Jérusalem comme capitale des deux entités. Mais elle paraît avoir du plomb dans l’aile. C’est pourtant celle qui serait privilégiée aussi bien par les Palestiniens que par les Israéliens. Mais depuis l’échec des négociations de 2000, les dirigeants palestiniens comme les dirigeants israéliens ne semblent plus vouloir faire d’effort en ce sens. Trump en intervenant brutalement veut rompre avec la passivité de la présidence d’Obama. Mais est-ce la bonne méthode ? Ne confond-il pas les intérêts des Américains dans la région avec ceux des intéressés ? Il est trop tôt pour le dire. Il y a peut-être une possibilité pour que son attitude grotesque mette les dirigeants palestiniens et israéliens face à leur responsabilité. Après tout, Netanyahou vient de dire à Paris qu’il était ouvert à une réouverture des discussions avec ses partenaires palestiniens.

     


    [1] http://www.huffingtonpost.fr/jean-eric-branaa/les-8-raisons-qui-ont-pousse-donald-trump-a-reconnaitre-jerusalem-comme-capitale-disrael_a_23301204/

    [2] http://www.people-press.org/2017/11/02/declining-confidence-in-trump-lower-job-ratings-for-congressional-leaders/

    [3] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/09/ces-specialistes-de-la-sante-mentale-qui-diagnostiquent-donald-trump_5227041_3232.html

    [4] http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/12/10/jerusalem-des-debordements-antisemites-en-suede_5227366_3214.html

    [5] http://www.huffingtonpost.fr/2017/12/08/cisjordanie-les-images-des-violents-affrontements-entre-police-israelienne-et-palestiniens_a_23301408/?utm_hp_ref=fr-palestine

    [6] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/12/10/macron-exhorte-netanyahou-a-des-gestes-courageux-envers-les-palestiniens_5227562_3218.html

    [7] http://www.europe1.fr/international/jerusalem-erdogan-et-macron-vont-pousser-trump-a-renoncer-3516104

    [8] http://www.huffingtonpost.fr/2017/12/10/trump-reconnait-jerusalem-comme-capitale-disrael-des-manifestants-anti-trump-sen-prennent-a-lambassade-au-liban_a_23302818/?utm_hp_ref=fr-homepage

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  •  Des hommages d’un degré d’importance nulle !

    On peut penser que le sujet est dérisoire, en considérant que du point de vue de la culture et de l’art, aussi bien Johnny Halliday et Jean d’Ormesson peuvent être qualifiés d’un degré d’importance nulle. Et justement c’est bien là que se trouve la question dans cette funeste idée qui prend les Français de s’intéresser au décès de ces personnages. Comme dans le cas de l’élection de Macron, il s’agit d’un matraquage outrancier qui vient à l’unisson des journaux et du gouvernement qui voit dans ces décès une manière de se refaire la cerise et de manifester son goût pour la culture. Si ce n’était aussi dérisoire, ce serait drôle. France Dimanche nous annonce la disparition du chanteur en le déclarant immortel. Marianne utilise le même vocabulaire mais au pluriel, et nous explique qu’ils représentaient la France. Ils auraient pu dire « une certaine France » molle et réactionnaire, avide d’évitement fiscal. Mais non ils nous disent que l’hommage est unanime. Ce n’est pas vrai, c’est un mensonge.

    D’Ormesson qui, du point de vue de la popularité a été largement battu par Johnny Halliday, était surtout apprécié par la droite conservatrice et coincée, celle des beaux quartiers, celle qui croit encore qu’Hollande était socialiste. Les autres ne l’aimaient pas et le trouvaient bouffon et racoleur. Il n’hésitait pas à faire des blagues de garçon de bain très douteuses, par exemple sur l’homosexualité et le mariage pour tous. Il faudrait rappeler que Jean d’Ormesson en tant que journaliste au Figaro n’était pas seulement un fieffé réactionnaire, mais aussi un censeur. Il est intervenu pour que la fin de la chanson de Jean Ferrat, Un air de liberté, qui le mettait en cause soit coupée dans l’émission de Jacques Chancel, Jean Ferrat pour un soir. En effet Jean d’Ormesson était un soutien de la position américaine au Vietnam. Voilà ce que disait Jean Ferrat : « Je n'ai rien contre lui, contre l'homme privé. Mais c'est ce qu'il représente, [...] la presse de la grande bourgeoisie qui a toujours soutenu les guerres coloniales, que je vise à travers M. d’Ormesson »[1]. Sur tous les sujets il avait des positions très droitières qui fleuraient bon le XIXème siècle finissant, quand les impôts des riches étaient inexistants, qu’il n’y avait pas de syndicats et que les riches n’étaient pas obligé de partager un petit peu leur extravagante fortune. 

    Des hommages d’un degré d’importance nulle ! 

    Il aimait beaucoup l’inégalité sociale, raciste sans le dire, il fustigeait dans un billet d’humeur des « basanés » qui selon lui fêtaient bruyamment la victoire de Hollande sur son candidat Sarkozy. Anticipant, fort mal d’ailleurs, qu’il allait devoir payer plus d’impôts puisqu’il était riche. Car ce genre d’aristocrate fin de race perd son sens de l’humour dès lors qu’il pense que ses louis d’or sont en danger. Il avait été épinglé par le fisc pour avoir planqué en Suisse 16 millions d’euros[2]. Ses démêlées avec le fisc sont d’ailleurs ce qui le rapproche de Johnny Halliday. Pour le reste on essaie de nous faire croire qu’il aurait été un grand écrivain. C’est quelque chose de difficile à mesurer. Certes il vendait pas mal de livre pour les dames âgées de sa classe sociale qui aimaient la façon qu’il avait de se lamenter sur le temps qui passe. Mais il a été membre de l’Académie Française, me direz-vous. C’est vrai mais cela est bien la preuve que cette vieille institution est un ramassis de vieillards racornis qui n’ont plus rien à dire. On se souvient que le Maréchal Pétain en était membre, et que Giscard d’Estaing était arrivé à s’y faire élire. Peut-être après tout qu’il y a des exceptions à l’Académie Française et qu’il pourrait y avoir aussi de vrais écrivains. Attendez, je cherche… Et puis d’autres admirateurs de Jean d’Ormesson me diront qu’il a été publié de son vivant dans La Pléiade. Ce qui est vrai, mais qui prouve seulement que Jean d’Ormesson savait faire chanter Gallimard pour que cette maison le publie dans sa collection prestigieuse. Pour le reste, je n’ai jamais vu de critique sérieux s’intéresser à son œuvre, ni même quelques étudiants travailler à une thèse sur celle-ci. Et s’il avait un assez bon succès de librairie, c’est aussi parce qu’il avait su prendre très tôt le parti d’aller vendre sa soupe à la télévision. Bien plus qu’écrire, il aimait paraître. Homme de petite taille et sans envergure intellectuelle, il était très mondain et se targuait d’avoir fréquenter tous les présidents de la République sauf Macron, bien qu’il ait appelé à voter pour celui-ci, logique de classe oblige après la défaillance de Fillon[3] !  

    Des hommages d’un degré d’importance nulle !

    Macron qui ne connait rien à rien, et pas grand-chose sur le reste s’est fendu d’un discours illuminé comme il en a l’habitude :

    « Jean d’Ormesson était de ceux qui nous rappelaient que la légèreté n’est pas le contraire de la profondeur mais de la lourdeur », un « égoïste passionné par les autres » et « une clarté qui nous manquera et nous manque déjà »[4] En général quand on produit ce genre de discours, c’est qu’on ne connait rien sur le sujet et surtout qu’on n’a jamais ouvert un seul livre de cet auteur.

    Rien ne pouvait justifier que cet individu reçoive un hommage national. Et d’ailleurs à quel titre ? Celui d’ancien rédacteur en chef du Figaro ? Celui de fraudeur du fisc ? Cette maniaquerie des hommages, au-delà de l’idée qu’on peut se faire de la personne, pose le problème d’une hiérarchie des valeurs. Qu’a fait en effet d’Ormesson pour le mériter ? La guerre ? Non. A-t-il laissé une grande œuvre philosophique ou littéraire en dehors de ses diatribes systématique contre la gauche ? La réponse est encore non. Je ne m’attarderais pas sur la photo suivante qui montre Macron contemplant un cadavre dans un cercueil comme s’il s’agissait d’une prise de guerre, comme s’il l’avait abattu lui-même pour ne pas avoir voté pour lui dès le premier tour (cela prouve au moins que Macron n’a pas tout à fait saisi le sens de son image en ce lieu et dans cette position). Je la trouve juste un peu indécente

    Des hommages d’un degré d’importance nulle ! 

    Macron contemplant un mort dans un cercueil 

    L’autre hommage de la semaine, c’est celui qui sera dédié à Johnny Halliday et qui tient un peu du cirque. Mais pour le coup, et à la différence de Jean d’Ormesson, c’était une personnalité très populaire. D’un certain point de vue il est plus naturel que le peuple comme on dit lui rende hommage. Samedi 9 décembre, on promènera donc la dépouille du chanteur emmitouflée dans son cercueil sur les Champs Elysées. On suppose qu’il y aura des centaines de milliers de personnes à suivre ce défilé. Le spectacle sera assuré aussi par 700 motards qui ouvriront la marche[5]. Puis on ira à la messe à la Madeleine, et la mairie de Paris déconnera comme à son habitude en illuminant la Tour Eiffel d’un Merci Johnny que les extra-terrestres pourront voir depuis leurs véhicules subsoniques. Sur tous les stades de football on entendra une chanson de Johnny avant le coup d’envoi. Mais Macron ne fera pas de discours. En effet, même si Johnny Halliday était un homme de droite convaincu, il y a une méfiance de classe vis-à-vis d’un chanteur qui était apprécié aussi des prolétaires. Et donc si Macron se fend d’un discours aussi ampoulé qu’incompréhensible pour d’Ormesson, il n’est pas question qu’il fasse de même pour Johnny Halliday dont on considère, dans son milieu, les fans comme des sombres bourricots… des prolétaires quoi. Malgré tout cela, je ne vais pas faire comme si Johnny Halliday était un chanteur intéressant. J’en reste à l’impression qu’il m’a donnée durant toute sa carrière, un mauvais musicien et un médiocre acteur de cinéma. Je trouve ces lamentations sur sa disparition très inappropriées, voire grotesques. Et je ne suis pas le seul, contrairement à ce que disent les journaux, Johnny était aussi détesté et moqué par une grande partie de la population française, particulièrement des intellectuels, et en dehors de l’hexagone et de la Belgique il était inconnu. C’est d’ailleurs pour cette détestation que sa carricature des guignols a eu un énorme succès pendant des années. On avait pris l’habitude de se gausser de sa manière inhabituelle de maîtriser la syntaxe[6]. Cette manie de faire des fautes de français en permanence le rapprochait naturellement de Sarkozy. Et le public qui en riait se grandissait d’autant en le méprisant pour son éducation imparfaite.  

    Des hommages d’un degré d’importance nulle !

    Mais qu’était au fond Johnny Halliday ? Certains disent que c’était un rocker. C’était plutôt un chanteur de variété qui de temps en temps jouait avec cette image de rocker désabusé. Mais les vrais rockers le détestaient copieusement. Pour tout dire ils le trouvaient trop bourgeois. Bien que me tenant loin de ces querelles un peu idiotes, je me souviens que dans ma jeunesse, beaucoup de rockers purs et durs que je fréquentais, ceux qui en pinçaient pour Gene Vincent ou Chuck Berry, ou Eddie Cochran, le méprisaient et l’accusaient d’avoir trahi l’esprit du rock pour verser dans la pop music qui commençait à dégouliner de tous les robinets à musique après le triomphe planétaire des Beatles. Mais laissons là cette querelle absconse, les mauvais jours finiront et tous ces épisodes de la vie des médias vont bientôt d’éloigner de nous dans un silence étourdissant. 

    Des hommages d’un degré d’importance nulle !

     

     

     


    [1] https://www.ouest-france.fr/culture/musiques/jean-ferrat-un-chanteur-censure-553091

    [2] https://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/les-comptes-suisses-de-jean-d-ormesson_494957.html

    [3] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/04/27/31001-20170427ARTFIG00251-jean-d-ormesson-je-voterai-pour-emmanuel-macron.php

    [4] http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/12/08/la-france-rend-un-hommage-national-a-jean-d-ormesson_5226598_3382.html

    [5] http://www.lemonde.fr/culture/article/2017/12/07/l-elysee-annonce-qu-un-hommage-populaire-a-johnny-halliday-sera-organise-samedi_5226173_3246.html

    [6] http://www.rtl.fr/culture/medias-people/mort-de-johnny-hallyday-sa-relation-tumultueuse-avec-les-guignols-7791279296

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  •  Hommages et funérailles, Johnny Halliday et Jean d’Ormesson

    Cette semaine, vous n’y couperez pas, vous êtes conviés à communier dans la peine des familles des disparus. Deux personnages connus de la Vème république sont décédés. D’abord Jean d’Ormesson et ensuite Johnny Halliday. L’envahissement de l’espace médiatique a été rapide. Les journaux en mal de public ont rapidement fait leur une sur ces disparus. Les journaux qui parlent de Johnny vont devenir sûrement des collectors comme on dit. Même L’humanité journal communiste en déshérence de programme et de politique s’y est mis. Mercredi soir il était impossible sur les chaînes de télévision française d’esquiver ces deux disparus. Mais sans doute le comble a été atteint avec l’opportunisme macronien qui a décidé de rendre un hommage national avec cortège sur les Champs Elysées au chanteur disparu. On a touché le fond avec l’intervention d’une députée LREM, Aurore Bergé qui a comparé les funérailles de Johnny Halliday à celle de Victor Hugo[1]. Cette jeune femme est assez spécialisée dans les déclarations stupides, et récemment elle avait taclé ceux qui parlaient de harcèlement sexuel au motif qu’il ne fallait pas verser dans « la présomption de culpabilité ». Dans un premier temps l’Elysée souhaitait rendre un hommage national conjoint aux deux disparus sous l’égide du ministère de la culture puis y a renoncé, étant donné qu’on ne peut pas trimbaler deux dépouilles sur les Champs Elysées dans un même convoi ! Et donc c’est de fait Johnny Halliday qui était bien plus célèbre que d’Ormesson qui sera la vedette de ce défilé.  

    Hommages et funérailles, Johnny Halliday et Jean d’Ormesson

    Evidemment je ne juge pas du bien fondé ou non de pleurer ces deux personnages médiatiques. Je comprends bien que leur famille et leurs amis soient peinés. Ce qui m’agace par contre c’est le spectacle qu’on monte autour de ces événements, spectacle auquel on nous demande de participer dans une sorte d’unanimisme qui en fait n’existait pas.

    Johnny Halliday était un chanteur très populaire, mais il était loin de faire l’unanimité. Depuis ses débuts il était contesté pour la qualité aléatoire de ses prestations musicales – mais on ne peut pas plaire à tout le monde. Le journal officiel de la bienpensance, Le monde, rappelait qu’il a mis longtemps à le considérait comme un phénomène culturel, le classant plus volontiers dans la rubrique des faits divers[2]. C’est seulement quand la critique culturelle s’est convertie aux lois du marché – disons à la fin des années soixante-dix – que ce journal a commencé à aligner l’équation le succès public = produit de qualité. Il était connu aussi depuis plusieurs décennies pour ses démêlées avec le fisc[3]. Il s’exilait plus ou moins aux Etats-Unis ou en Suisse pour échapper à l’impôt comme un vulgaire Florent Pagny. Une grande partie des Français le détestait pour cette attitude d’avaricieux, mais aussi pour les leçons de morale politique qu’il prétendait donner en soutenant systématiquement les candidats de droite au motif que les candidats de gauche le matraquaient avec les impôts.

    Le cas de d’Ormesson est encore plus emblématique. Aristocrate fin de race, il n’était pas seulement un écrivain bourgeois et ennuyeux, il était complètement ignoré du peuple, même s’il avait des tirages élevés. A travers ses écrits qu’ils soient littéraires ou non, il défendait d’abord les intérêts de sa classe sociale. Il était fils de diplomate et avait épousé une héritière Beghin. Il se piquait aussi de faire des commentaires politiques. Ceux-ci étaient toujours dans le même sens : les socialistes dépensent trop, la droite doit être encore et toujours plus libérale. Il accompagnait souvent ce genre de diatribes recuites d’affirmations acerbes et méprisantes, ironique vis-à-vis du peuple qu’il jugeait pas assez cultivé. Lui qui n’avait jamais travaillé de sa vie, trouvait pourtant que les 35 heures étaient une honte et conduisaient la France au précipice. 

    Hommages et funérailles, Johnny Halliday et Jean d’Ormesson

    Prenons patience, encore quelques jours et les hommages cesseront. En attendant, un clou chasse l’autre, ces deux décès ont privé Brigitte Macron de la publicité qu’elle espérait retirer de sa visite au bébé panda du zoo de Beauval. Comme quoi, on a beau être prévoyant, programmer la visite du panda dans une période calme, toujours l’imprévu arrive !

     

     

     

     


    [1] http://lelab.europe1.fr/johnny-hallyday-pour-aurore-berge-il-y-a-aura-autant-de-monde-dans-la-rue-que-pour-les-obseques-de-victor-hugo-3512834

    [2] http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/12/06/quand-le-monde-rendait-compte-des-premieres-annees-d-hallyday-supp-necro-johnny_5225178_3382.html

    [3] http://www.liberation.fr/societe/2017/12/06/poches-percees-et-demeles-fiscaux-johnny-hallyday-et-l-argent_1614821

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  •   Evolution de la situation politique en Allemagne

    Ces dernières heures, après l’échec de la coalition dite Jamaïque, l’Allemagne semble s’orienter à nouveau vers une coalition entre le SPD et la CDU-CSU. A priori on pourrait dire que cette solution est raisonnable, que les deux partenaires se connaissent depuis longtemps, et que de toute façon ils représentent une majorité centriste qui a réuni 53,5 % des voix. Il est également assez visible que les deux partis sont à peu près sur la même longueur d’onde en ce qui concerne l’économie et le social. Le SPD de Gerhard Schröder a fait les réformes libérales que Merkel n’a fait finalement qu’appliquer. Contrairement au SPD qui n’arrête pas de se droitiser depuis quarante ans, elle n’a été innovante en rien, sauf sur un point qui est maintenant jugé comme une catastrophe par les Allemands eux-mêmes, l’ouverture des frontières aux migrants en 2015. Autrement dit, la CDU-CSU n’a pas bougé de son immobilisme foncier depuis des années, c’est le SPD qui l’a rejoint en acceptant contre des postes et des avantages de devenir le supplétif d’une politique économique et sociale qui est en train de détruire non seulement l’Allemagne, mais aussi l’Europe. Le premier problème est que cette coalition entre deux partis en fort déclins – à eux deux ils ont perdu plus de 100 sièges au Bundestag – ne va pas être populaire, elle décevra aussi bien la droite que la soi-disant « gauche » représentée par le SPD. 

    Mise en scène 

    Evolution de la situation politique en Allemagne

    Après l’échec de l’ubuesque coalition Jamaïque, nous en sommes donc maintenant aux tractations entre Martin Schulz et Angela Merkel[1]. Ces tractations sont difficiles à mener, non pas parce que la reddition des sociaux-démocrates est déjà actée, mais parce qu’il faut faire semblant que les deux parties négocient quelque chose et font des compromis. C’est évidemment le SPD qui a quelque chose à demander. Donc il faut qu’il se présente comme un parti qui va arracher quelque chose de décisif à la réactionnaire coalition CDU-CSU pour expliquer son retournement. Les négociations sont apparues encore plus compliquées depuis que l’Allemagne a voté pour la prolongation du glyphosate par la voie de son ministre de l’agriculture Christian Schmidt[2]. Merkel aurait désavoué son ministre, mais ce faisant, elle montre déjà que son autorité n’existe plus vraiment, qu’elle appartient au passé. Le SPD ne revendiquant plus rien sur le glyphosate, c’est à mon sens la preuve qu’il est prêt à rejoindre d’ores et déjà Merkel. Pour le reste sur la question européenne, ils sont assez à l’unisson pour rejeter ensemble les propositions farfelues de réforme suggérées par Emmanuel Macron.  

    Evolution de la situation politique en Allemagne

    Alors que peut-il revendiquer qui puisse laisser entendre qu’il est un parti différent de la CDU ? Martin Schulz va sans doute présenter comme une grande victoire deux éléments négociés : l’extension d’une complémentaire santé pour tous qui améliorerait la couverture sociale des travailleurs, et des investissements dans les infrastructures comme l’école et le logement, l’ensemble serait financé par une hausse des impôts sur les hauts revenus[3]. C’est un saupoudrage qui est acceptable pour Merkel si elle veut conserver sa charge Evidemment la droite de la droite va crier au chantage, mais elle n’a pas vraiment le choix si elle ne veut pas retourner devant les électeurs. Or de nouvelles élections législatives pourraient encore plus fragiliser les deux principaux partis de gouvernement qui non seulement ne présentent pas de grandes différences entre eux, mais qui en outre ont du mal à s’entendre… pour la répartition des postes ministériels ! 

    Risques à moyen et long terme 

    Tout le monde s’accorde pour dire qu’il n’y aura pas de gouvernement stable avant le mois d’avril, soit plus de six mois après les élections législatives ! Les discussions avec le SPD ne seront effectives qu’en janvier. En attendant l’Allemagne n’est plus gouvernée comme vient de le démontrer le sinistre épisode de la prolongation du glyphosate. Et si l’Allemagne n’est plus gouvernée, alors l’Union européenne se trouve également dans l’immobilisme. Mais à plus long terme les risques sont encore plus élevés. En effet, le retour de la grande coalition sur le devant de la scène va démontrer encore un peu plus que le SPD et la CSU-CDU ne sont qu’un seul et même parti, comme en France le PS et LREM-LR. Cela va renforcer mécaniquement l’AfD dans ses velléités de sortir de l’Union européenne et Die Linke dont le programme est très imprécis sur la gauche. Et cela d’autant qu’il semble bien que l’Allemagne ait mangé son pain blanc sur le plan de la bonne santé économique.

    L’autre risque est que la valse-hésitation du SPD n’accélère un peu plus sa propre décomposition, en effet, ils ont dit et répété partout qu’ils ne voulaient plus participer à une coalition qui au final les tue, et puis voilà qu’ils manifestent la volonté d’y retourner ! Il va leur être de plus en plus difficile de présenter ce retournement de veste comme une volonté de réduire les inégalités sociales et d’avancer vers plus d’harmonie entre les classes. Car ici comme ailleurs dans les pays développés, c’est la classe moyenne qui a explosé et les classes populaires qui ont le plus souffert, les possibilités d’ascension sociales se sont réduites comme peau de chagrin. 

    Evolution de la situation politique en Allemagne

    Un des problèmes sur lequel butte l’Allemagne, c’est que les pauvres sont de plus en plus nombreux, c’est le résultat le plus sérieux qu’ont amené les lois Hartz. C’est un sujet bien connu maintenant et bien documenté[4]. Certes la pauvreté augmente de partout dans le monde développé, et surtout la part des travailleurs pauvres, c’est-à-dire la part de ces travailleurs qui restent en dessous du seuil de pauvreté bien qu’ils aient un emploi. Mais ce qui rend la situation encore plus délicate en Allemagne, c’est que l’Etat n’a pas daigné se pencher sur le sort des pauvres travailleurs allemands, alors qu’il a dépensé des milliards pour l’intégration des migrants. Tandis que les salaires et les aides de l’Etat pour les travailleurs allemands se restreignent, l’Allemagne engagerait d’ici à 2020 environ 100 milliards d’euros de dépenses nouvelles[5] pour intégrer ces nouveaux migrants dont la fraction qui arrive à travailler tire forcément les salaires vers le bas. Dans les soupes populaires, dans les distributions des organismes de charité, on voit en effet de plus en plus de blancs, un peu âgés. Cette situation ne peut nourrir que le ressentiment, en Allemagne comme en France où on trouve un double langage : d’un côté on dit aux vieux Allemands comme aux vieux Français qu’on a mis à la casse pour obsolescence qu’ils ne doivent pas être des assistés, qu’ils doivent se prendre en charge, et de l’autre qu’il est de la mission de l’Allemagne de dépenser beaucoup pour intégrer un peu ces nouveaux migrants, pour en faire des travailleurs aptes à payer plus tard les retraites d’une population vieillissante[6].  

    Evolution de la situation politique en Allemagne

    L’échec patent de la politique de Merkel c’est celui du mondialisme qui apparaît comme un système à bout de souffle. Et si cela nous intéresse, c’est parce que les répercussions sur l’Union européenne vont se faire sentir. La différence entre la France et l’Allemagne se sont les institutions. La France a des institutions plus solides en ce sens que Macron peut devenir président de la république avec 24% des votants et se maintenir au pouvoir – sauf accident – avec 30% de satisfaits. Mais il ne faut pas se faire d’illusion, les deux formes de « démocratie » sont complètement à bout de souffle. A force de travailler pour les « premiers de cordée » comme dit le cynique Macron, ils ont complètement dégouté les électeurs de la politique : ils sont totalement discrédités. Dans les deux pays les partis s’écroulent. LREM a donné pendant quelques mois l’impression d’une recomposition politique, mais outre son positionnement mondialiste et pro-business, l’amateurisme de ses élus l’a déjà discrédité sur la plupart des dossiers.

    L’immobilisme politique de la France et de l’Allemagne qui alimente le mécontentement, ne peut être rompu que dans la rupture du cadre institutionnel qui le tolère, par exemple dans l’effacement de l’Union européenne et dans un retour vers la souveraineté des Etats. Cette détestation de l’Union européenne n’est pas de la maniaquerie, elle ressort d’un constat, c’est que son fonctionnement mène à un immobilisme qui est seulement compatible avec les intérêts des très hauts revenus. Dès lors deux solutions sont possibles pour sortir de cette impasse :

    - soit la fuite en avant vers le fédéralisme, c’est le vœu affiché  de Macron, mais cette solution a deux défauts, le premier est que l’Allemagne justement n’en veut pas, et même si Merkel l’acceptait[7], elle ne pourrait pas la réaliser dans la position de faiblesse où elle se trouve, et le second est qu’elle amènerait l’Union européenne à se contracter sur son noyau dur en se séparant de fait des pays les plus pauvres, comme la Grèce et les pays de l’Est.

    - soit la dissolution plus ou moins accélérée des institutions de l’Union européenne, car cela permettrait effectivement de réformer le modèle de développement en allant un peu plus vers le social et un peu plus vers un mode de production et de consommation plus respectueux de l’environnement. On sait l’urgence qu’il y aurait à aller dans ce sens.

    Pour toutes ces raisons, il se pourrait que très rapidement ce soit l’Allemagne qui rejoignent le concert des nations souhaitant sortir de l’Europe, même si pour l’instant il est clair qu’elle est un des très rares pays à tirer avantage de la monnaie unique. Pour le reste, même si Merkel est reconduite au printemps dans ses fonctions, elle est finie, sans imagination et sans perspective d’évolution pour l’Allemagne, elle est condamnée à gérer les affaires courantes.

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/12/01/merkel-rencontre-le-patron-des-sociaux-democrates-pour-sortir-de-l-impasse_5222919_3214.html

    [2] http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/29/glyphosate-angela-merkel-desavoue-le-vote-allemand_5221994_3244.html

    [3] http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/11/27/le-spd-se-veut-offensif-avant-d-aider-merkel-a-sortir-de-l-orniere_5220880_3214.html

    [4] https://www.marianne.net/monde/risque-de-pauvrete-en-allemagne-meme-le-fmi-met-en-garde-berlin

    [5] http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/05/14/l-allemagne-pourrait-depenser-93-milliards-d-euros-pour-les-refugies-d-ici-2020_4919851_3214.html

    [6] La situation est la même en France, elle est décrite dans la dernière partie du livre de Christophe Guilluy, La France périphérique, Flammarion, 2014.

    [7] Je rappelle qu’elle s’est déjà prononcée contre les propositions de Macron avant les élections de septembre : https://www.ouest-france.fr/europe/allemagne/exclusif-angela-merkel-sur-macron-nous-travaillons-bien-ensemble-5248427

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  •  La France, l’Allemagne, l’Europe et le Glyphosate

    Depuis de longues années les populations manifestent de partout dans le monde contre l’utilisation du glyphosate, considéré à juste titre comme un poison pour les hommes comme pour les sols. Les enjeux sont énormes en termes financiers, et donc ils ont entraîné une très grande corruption non seulement des politiciens et des bureaucrates de Bruxelles, mais aussi des chercheurs. Les équipes de recherche qui se sont vendus à Monsanto ont été prises la main dans le sac de la triche pour présenter ces adjuvants de l’agriculture industrielle comme peu toxiques, tentant de demander aux paysans et aux consommateurs de faire la preuve de la dangerosité de ce produit[1]. Ce qui est en cause, encore plus que l’activité criminelle de Monsanto, c’est l’agriculture industrielle, celle qui a été encouragée par l’Union européenne, celle qui est au cœur même de la PAC. Et, comme on va le voir, il est clair que cette affaire mine encore un peu plus la confiance que les européens pouvaient avoir dans les institutions européennes. Peut-on se passer du glyphosate ? Il est évident que l’interdiction du glyphosate modifierait considérablement les coûts et les bénéfices des entreprises concernées. La FNSEA, syndicat de l’agriculture industrielle en France, considère que l’interdiction du glyphosate augmenterait les coûts de 2 milliards d’euros par an en France. Il est bien possible que ce surcoût soit exagéré par la FNSEA qui a toujours tendance, comme le MEDEF à gémir par précaution pour obtenir des subsides de l’Etat[2]. L’autre grand perdant d’une interdiction définitive serait Monsanto, premier producteur de glyphosate – le fameux Roundup – dont les bénéfices sont très dépendants de cette autorisation[3].

    La France, l’Allemagne, l’Europe et le Glyphosate 

    Le glyphosate et le fonctionnement de l’Europe 

    L’Union européenne devait se prononcer sur le renouvellement de l’utilisation de ce produit maudit. La Commission européenne, haut lieu de corruption, proposait une prolongation de 10 ans. Lundi 27 novembre, une majorité qualifiée d’Etats membres a décidé de prolonger cette autorisation de 5 ans, évidemment sans dire ce qui se passera ensuite[4]. De toute évidence c’est l’Allemagne qui en changeant hypocritement de position a permis au glyphosate de continuer son travail de mort. Une fois de plus on voit clairement que c’est bien l’Allemagne qui décide, alors même qu’en ce moment ce pays est dans la tourmente et se dirige vers une crise profonde. On peut se demander comment cette Allemagne, propre sur elle, rapide à faire la leçon écologique à tout le monde a pu changer d’avis sur cette question. Il est facile de le comprendre dès lors qu’on sait que Monsanto est en train de passer sous pavillon allemand, celui de la firme Bayer. Cette dernière firme géante, naguère partie prenante du développement du nazisme dans ses fonctions expérimentale les plus criminelles[5], est aussi bien connu que Monsanto pour arroser élus et décideurs en Europe comme en Allemagne. L’Allemagne décide pour le reste de l’Union européenne, mais au nom du pouvoir des multinationales et si possible de ses propres multinationales.

    Cette prolongation d’autorisation est une preuve supplémentaire que l’Union européenne est d’abord et surtout une boutique destinée à défendre les intérêts des multinationales[6]. On peut d’ailleurs se demander si les bureaucrates européens sont simplement des vendus, ou si au contraire ils sont des simples employés de ces multinationales qui pour un temps plus ou moins long sont détachés auprès de la Commission européenne. Mais tout cela est bien documenté maintenant, et seuls des naïfs pourront se tromper sur les objectifs et le destin final de l’Europe. Une nouvelle fois l’Union européenne agit contre le peuple qui est ouvertement hostile à l’utilisation du glyphosate et hostile à voir débarquer Monsanto dans nos assiettes. Les Français sont très remontés contre cette firme, mais les Allemands aussi. Ils sont 71% à demander l’interdiction du glyphosate[7], et c’est la même chose de partout en Europe, et aux Etats-Unis. 

    Réaction de la France et ses conséquences 

    La France, l’Allemagne, l’Europe et le Glyphosate

    La France a réagi à cette nouvelle ignominie des institutions européennes en affirmant vouloir éradiquer le glyphosate dans les trois ans qui viennent. Trois ou cinq ans me direz-vous, quelle importance ? En vérité cela en a une énorme parce que l’Union européenne n’a pas décidé d’interdire le glyphosate au bout de ces cinq ans de prolongation, on ne sait pas du tout ce qu’il arrivera. Sans doute de nouvelles discussions, et sans doute de nouvelles demandes pour une nouvelle prolongation.

    Les conséquences de la position de la France sont multiples. D’abord si Macron persiste dans cette voie, il est clair qu’il va se heurter aux puissants lobbies de l’agriculture industrielle et de la chimie, puisqu’en effet si on interdit d’ici trois ans le glyphosate, cela revient aussi à interdire l’importation de produits de l’agriculture industrielle qui ont utilisés le glyphosate. Donc ça signifie clairement que la France se mettra en dehors des traités aussi bien ceux de l’Union européenne que ceux de l’OMC ou des accords comme le CETA. Ce serait clairement une remise en cause du libéralisme dont Macron est un ardent défenseur. Il s’ensuivrait que les industriels de l’agriculture et de la malbouffe, comme les chimistes se feraient un plaisir d’introduire des recours et des demandes de réparation devant la justice internationales[8], la CJUE ou la CJI, ou l’OMC elle-même. Ce qui veut dire que si la bataille devait s’engager entre les multinationales et la France, celle-ci devrait soit se plier aux décisions de Bruxelles, même si on prolonge l’autorisation du glyphosate pour les 100 ans à venir, soit sortir des traités internationaux. Ce qu’on ne voit pas vraiment faire de la part de Macron.

    Dès lors il apparait que l’attitude du président qui a très peu de convictions écologistes, est destinée d’abord à gagner du temps et donc à éviter une nouvelle dégradation de sa popularité qui reste historiquement très basse. Il espère sans doute que d’ici trois ans les négociations sur le glyphosate déboucheront sur une interdiction totale et qu’on en parlera plus. Il a gagné de la tranquillité pour trois ans du côté de la défense de l’environnement. 

    Plus dure sera la chute 

    En vérité c’est bien plus grave qu’il n’y paraît parce que cette histoire outre qu’elle démontre comment l’Union européenne fonctionne en faveur des intérêts privés, elle démontre qu’elle n’a aucun projet commun, qu’elle est profondément divisée, et qu’à tout moment elle est à la merci d’un retour de souveraineté des Etats membres qui peuvent se trouver discriminés. C’est déjà le cas avec la question de l’immigration qui a vu récemment les pays du groupe Višegrad (Pologne, Slovaquie, Hongrie et République tchèque) se révolter contre les diktats de la Commission européenne. Le glyphosate a introduit une autre fracture, la Belgique, le Luxembourg, la France, la Croatie, l’Italie, Chypre, la Grèce, Malte et l’Autriche, les autres ont voté pour et le Portugal s’est abstenu pour des motifs assez brumeux. Mais cela montre que sur presque toutes les questions l’Union européenne est divisée. Cette opposition entre la France et l’Allemagne éloigne encore un peu plus l’idée de Macron de se rapprocher de ce pays pour réformer l’Europe et ses institutions. C’est clairement un camouflet pour le président français. Notons que le Royaume Uni aurait du logiquement s'abstenir puisque ce pays est en train de sortir et que Theresa May avait dit que son pays ne prendrait plus de décision qui engage l'Europe dans son ensemble.

    Par ailleurs la question se pose de savoir à quoi peut bien servir le parlement européen puisqu’en effet, il n’a aucun pouvoir sur cette histoire[9]. Il peut très bien voter une résolution allant à l’encontre de la décision de la majorité qualifiée des Etats membres, ce sera comme de pisser dans un violon. Une fois de plus les institutions européennes ont fait la preuve aussi bien de leur caractère anti-démocratique que de leur corruption. Une nouvelle preuve vient d’être administrée qu’on n’avancera pas dans la protection de l’environnement sans sortir du libre-échange et des boutiques qui en font la promotion. 

     

    La France, l’Allemagne, l’Europe et le Glyphosate

     

     


    [1] https://www.lesechos.fr/15/03/2017/lesechos.fr/0211882253400_le-glyphosate-est-il-cancerigene---la-communaute-scientifique-toujours-divisee.htm et aussi http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/26/glyphosate-revelations-sur-les-failles-de-l-expertise-europeenne_5220696_3244.html

    [2] http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/28/la-france-peut-elle-interdire-le-glyphosate-dans-trois-ans_5221736_3244.html

    [3] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/06/28/97002-20170628FILWWW00200-monsanto-benefices-en-hausse-au-3t.php

    [4] https://reporterre.net/Le-glyphosate-reautorise-pour-cinq-ans-apres-un-tour-de-passe-passe-allemand

    2 https://blogs.mediapart.fr/victorayoli/blog/301116/monsanto-bayer-quand-bayer-achetait-des-lots-de-femmes-auschwitz

    [6] http://osonscauser.com/10-faits-montrent-multinationales-achetent-politique-europeenne/

    [7] http://www.huffingtonpost.fr/2017/10/04/exclusif-interdiction-du-glyphosate-71-des-francais-sont-pour-selon-une-enquete-yougov_a_23232424/

    [8] http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/28/la-france-peut-elle-interdire-le-glyphosate-dans-trois-ans_5221736_3244.html

    [9] https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/pesticides/glyphosate/trois-questions-sur-le-renouvellement-de-l-autorisation-du-glyphosate-en-europe_2488367.html

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