• Du rôle des préfets et de la psychiatrie dans la dictature qui se met en place 

    Lallement au nom prédestiné nous rappelle les sombres heures de l’Occupation 

    On a dénoncé dans un premier temps ce qui était le plus visible dans la répression tout azimut de la Macronie, celle de la police, et c’est assez normal, vu le comportement primaire de cette engeance. Et puis on a vu que la justice, les procureurs, mais aussi les magistrats rendaient une justice politique, condamnant ici un gilet jaune qui aurait eu peut-être l’intention de se joindre à une manifestation violente, là un militant pacifiste et écologiste qui avait décroché le portrait du président-fou. Mais les préfets sont restés assez longtemps dans l’ombre. Certes on connaissait le préfet Didier Lallement, quel nom, pour son sale travail à Bordeaux, et pour ses propos excessifs et violents, on le surnommait Monsieur Matraque et ce n’est pas un hasard. C’était le digne successeur de Maurice Papon à la préfecture de Gironde. Comme au bon vieux temps de l’Occupation, les préfets font tout pour prévenir les désidératas d’un pouvoir qu’ils savent agressif et médiocre. Ils ont pris l’habitude de restreindre les libertés, que ce soit celles de manifester ou celle des maires de prendre des mesures pour protéger les populations de l’activité criminelle de Monsanto. La préfète – on voit bien qu’il y a une vraie égalité dans la soumission entre les hommes et les femmes – Michèle Kirry (rien que ce nom on croirait à une blague) a décidé de traîner le maire de Langouët devant le tribunal administratif, le crime de Daniel Cueff est d’avoir pris un arrêté interdisant l’usage du glyphosate à moins de 150 mètres des habitations. La décision de cette femme a fait naître une légitime protestation. Pour sa défense, comme en son temps le préfet Papon faisait appliquer les directives de déportation, elle avance qu’elle doit faire respecter la loi, alors même que les tribunaux américains ont reconnu le caractère criminel de ce produit. Mais en vérité la préfète Kirry sait très bien que pour un fonctionnaire, fut-il un haut fonctionnaire, il existe un droit de désobéissance quand les ordres sont manifestement contraires à l’intérêt public. C’est un droit qui est reconnu[1]. Donc qu’on soit petit fonctionnaire ou haut fonctionnaire on peut décider de ne pas faire appliquer la loi en évoquant ce droit à la désobéissance.

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    Michèle Kirry veut faire respecter la loi, même si elle est criminelle 

    Les policiers s’abritent volontiers derrière le fait qu’on leur donne des ordres pour être très violents, au-delà de ce qui est raisonnable. Mais ils peuvent tout à fait désobéir. C’est bien ce qui s’est passé à Nice quand le commissaire a demandé aux gendarmes de charger violemment des manifestants tout à fait pacifiques, charge qui avait entraîné l’hospitalisation de Geneviève Legay[2]. Et donc si les policiers ont le choix, les préfets l’ont aussi. Quand ils prennent des arrêtés contraires à la liberté de manifester, ou quand ils demandent de matraquer les populations, comme quand ils trainent des maires devant les tribunaux ils prennent fait et cause pour une politique, et ils en font partie. Le cas de Michèle Kirry n’est pas isolé. A Perray-en-Yvelines, Paulette Deschamps, maire de la ville, a pris un arrêté semblable à celui de Daniel Cueff à Langouët. Immédiatement le préfet Jean-Jacques Brot a décidé d’agir contre elle. Ce nouvel épisode de la guerre entre les préfets et les maires appelle de nombreuses remarques. D’abord que les préfets ont reçu des ordres stricts du gouvernement pour entraver le mouvement de protestation des maires contre l’inaction en matière d’interdiction des glyphosates. Ensuite nous savons que les maires sont plus près des préoccupations de leurs citoyens que les préfets qui eux se bornent à se promener aux quatre coins de la France en fonction de leurs mutations. Mais il y a plus, un récent rapport de la Cour des comptes dénonçait le trop grand nombre de préfets sans affectation, donc des hauts fonctionnaires payés à ne rien faire. Il y en aurait 128[3]. Pour bien comprendre l’importance de ce chiffre, il faut se souvenir qu’il y a seulement 101 départements en France. Et donc cela veut dire que le gouvernement, quel qu’il soit, a toujours une réserve de préfets prêts à appliquer n’importe quel ordre stupide pour peu qu’au bout il y ait une promotion. Ce système montre que les préfets ont tout intérêt non seulement d’appliquer les ordres venus d’en haut, mais de les anticiper. Si le régime se veut démocratique et conciliant, alors les préfets seront moins tatillons, si au contraire le régime vise la dictature comme c’est le cas avec Macron, alors ils en seront le bras armé.

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    Le préfet Jean-Jacques Brot va agir contre le maire Paulette Deschamps 

    Parmi les préfets bien en cour, il y a un certain Bernard Gonzales. Celui-là est un homme à poigne. Ancien de la DGSE, il officie maintenant à Nice. Il vient de faire remarquer par sa volonté de faire interner un de ses subordonnés. Et figurez vous que cela a failli marcher ! Il a fallu que la femme de ce malheureux prenne un avocat et porte plainte pour internement abusif pour que la justice daigne le relâcher[4]. Cette idée de faire interner un subordonné contrariant n’est pas seulement un abus de pouvoir, ou une idée farfelue d’un haut fonctionnaire ivre de son pouvoir. Cet acte barbare digne de l’URSS agonisante, est la continuation de la psychiatrisation de la vie politique qui avait vu il y a quelques mois un juge ordonner que Marine Le Pen qui avait diffusé des images des violences des djihadistes, passe un examen psychiatrique pour déterminer si elle avait toute sa tête ou non[5]. On peut être hostile à Marine Le Pen et combattre ses idées politiques, mais le procédé de l’envoyer chez le psychiatre est plus que choquant. Seul Libération a trouvé cela normal[6]. En Macronie, on a franchi un palier, ceux qui contestent l’ordre établi sont considérés comme des fous à interner, et en effet il faut être vraiment fou pour contester un ordre aussi impeccablement démocratique. Alors que nos médias ont dénoncé avec virulence l’utilisation de l’arme psychiatrique en Russie contre les opposants, on ne les entend absolument pas pour condamner cette même utilisation en France.

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    Bernard Gonzales adepte des méthodes musclées dignes de la Russie de Brejnev 

    Les signes d’une marche vers la dictature se multiplient ces derniers temps, je n’ai pas été en retard pour dénoncer cette tendance vers un ordre nouveau. Je voudrais juste insister sur le fait que le rôle qu’on fait jouer à des préfets qui n’ont guère de dignité, est la mise en place de relais à l’échelon local d’une dictature qui se précise. Quand Macron a sermonné Poutine pour la répression en Russie, histoire de jouer les démocrates, le président russe l’a renvoyé dans les cordes, lui rétorquant que vu la répression des gilets jaunes en France, il n’avait pas de leçon à recevoir[7]. Et de fait tout le monde à moqué Macron pour cette cuistrerie. Mais au-delà des moqueries, nous avons de quoi nous inquiété sérieusement de la tendance dictatoriale de Macron. S’il rappelle Vichy, c’est parce qu’en réalité ses bouffées de démence qui le guident vers toujours plus d’autoritarisme, sont la marque d’un pouvoir faible et sans soutien dans l’opinion. Le plus dur est sans doute à venir, pour lui, comme pour nous. Le syndrome Papon qui gagne la préfectorale est bien l’avant-garde de ce durcissement de la guerre sociale.



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  •  Le cirque Greta Thunberg et sa critique

    La campagne publicitaire autour de Greta Thunberg rappelle furieusement une autre campagne publicitaire, celle qui en 2016 devait convaincre le peuple français de voter pour un autre « jeune » qui allait apporter une vision nouvelle sur les questions politiques et qui au final ne fut que le porte-parole du vieux capitalisme à l’ancienne du typer Guizot : « enrichissez-vous ! ». Que ce soit Macron ou Thunberg, c’est le même discours flou sur l’urgence, pour l’un l’urgence des réformes – avec une petite touche d’écologie vraiment très légère et qui s’évaporera très vite – et pour l’autre l’urgence de sauver la planète – avec quelques idées très vagues sur les réformes nécessaires pour y arriver. Macron et Thunberg sont cependant des bêtes de cirque et ne rechignent jamais à aller blablater devant n’importe qui. La différence entre les deux est que Greta Thunberg a une audience mondiale et elle est applaudie, tandis que Macron est surtout connu des gilets jaunes qui le tiennent pour un criminel. Vous aurez beau décrypter les discours de Thunberg, vous ne trouverez pas le début d’une piste pour une solution. On peut se demander comment et pourquoi un discours aussi vague sur des questions cruciales fait autant recette. Les attitudes face à la saga de la jeune suédoise mise dans la lumière par les médias du monde entier se divisent en trois :

    – ceux qui se disent que quoi qu’on pense du vide qui habite ses discours, elle joue un rôle essentiel dans une prise de conscience nécessaire. Je connais même des anarchistes qui mordent à ce type d’hameçon, je suis près à citer des noms s’il le faut ;

    – ensuite il y a ceux qui considèrent qu’il n’y a pas vraiment de problème écologique et que c’est une manière de réintroduire une forme de totalitarisme de type communisant. C’est le discours de Trump, de Bolsonaro et qui en France est relayé par Valeurs actuelles qui a fait tout un numéro le 27 juin 2019 sur ce thème. Ceux-là sont les climato-sceptiques, espèce en voie de disparition au moins sur le plan intellectuel, grassement financée par les pétroliers et tous ceux dont le business repose sur la mise à sac accélérée de la planète[1]. Notez qu’on peut dans la pratique parler comme les premiers et agir comme les seconds, c’est le cas précisément des macroniens qui après avoir écouté le discours catastrophique de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale le 23 juillet 2019, s’en sont allés benoîtement voter le CETA qui est la négation même du problème environnemental. On voit tout l’intérêt de manier le verbe, il permet de jouer les écolos sans rien faire, donc on fait des commissions, des réunions, mais on prend discrètement des décisions contraires aux principes mis en avant[2] ;

    – enfin il y a ceux qui, comme moi, considèrent que Greta Thunberg et son cirque n’ont rien à voir avec la lutte pour la transformation de la société dans un sens qui serait plus respectueux de la nature. Ennemi de la consommation et de la marchandise depuis mon plus jeune âge, je n’ai aucune sympathie pour les climato-sceptiques, ni avec les défenseurs de l’économie de marché. Si Greta Thunberg représente la conscience de l’urgence climatique, elle en est la « fausse conscience », non pas parce que ce qu’elle dit est faux, mais parce qu’en n’analysant pas les racines du mal, elle nous détourne des solutions sérieuses et contribue à nous orienter vers les solutions les plus mauvaises.

    J’attaquerais donc Greta Thunberg sur trois points principalement. Le premier porte sur la forme du discours, les relais par lesquels ce discours passe et qui témoignent de l’existence d’une entreprise – on parle de start-up – délibérée de verdissement du capitalisme. Le second point porte sur l’idée, mauvaise en elle-même, selon laquelle pour que les choses changent, il faut impulser le mouvement par le haut et non partir de la base. Donc on ira se compromettre avec des grands patrons, des hommes politiques douteux, pour soi-disant faire passer un message qui, s’ils l’entendent, réorientera leur pouvoir vers une meilleure préservation de l’environnement. Enfin nous verrons que le discours de peur de Greta Thunberg n’ouvre pas la porte à des solutions sérieuses, bien au contraire, elle n’invite pas le peuple à se prendre en charge, c’est tout juste si elle le culpabilise et pour le reste elle demande que nous fassions confiance aux scientifiques, c’est-à-dire pour elle essentiellement aux experts du GIEC dont les compétences, qu’on le veuille ou non, ne sont pas politiques.

    Le cirque Greta Thunberg et sa critique  

    Ce n’est jamais un hasard quand les journaux du monde entier publient les discours et les photos de jeunes à peu près inconnus. En effet, dans le fond, les propos de Greta Thunberg n’ont absolument rien d’original. Or comme les médias sont bien tenus en mains par des milliardaires, ou des millionnaires, il va de soi qu’on ne passe pas le filtre comme cela. Car tous les journaux, à part quelques soutiens aux climato-sceptiques, ont accepté de faire de la publicité pour cette jeune fille. On ne pénètre pas ce milieu, sans y avoir de solides entrées. Le Cheval de Troie se nomme Ingmar Rentzhog. Il est connu pour être un entrepreneur en publics relations. Spécialistes de rien, c’est un homme qui travaille les réseaux. Et donc il va fonder « une start-up » nommée We dont have time. Cet épisode est connu[3]. Il va lancer Greta Thunberg comme un produit. Il va se révéler très efficace. En effet quand on lance un produit sur le marché, il faut un bien spécifier le marché, et aussi bien montrer que le produit est original et sans concurrent : c’est cette originalité qui en fera le prix[4]. Quel est le marché ? C’est celui des décideurs, des grands de ce monde, les milliardaires de Davos, ou les hommes politiques bien installés. Ceux là peuvent payer des invitations, des tournées et ils ont de l’influence sur les médias. Les deux côtés se renforcent : l’oreille des décideurs aux discours de Greta Thunberg justifie le choix des médias d’en faire la promotion, et à l’inverse cette couverture médiatique justifie que les riches déboursent des sommes importantes pour les invitations, mais aussi pour le sponsoring de la start-up d’Ingmar Rentzhog. Il est bien admis et bien documenté aujourd’hui que ce sont les multinationales qui polluent le plus[5], mais c’est pourtant à elle qu’on s’adresse ! Ce sont elles qui font Davos, mais ce sont elles qui tiennent aussi l’Union européenne et son parlement via les traités qu’elles ont écrit. En quelque sorte les multinationales en sponsorisant l’opération Thunberg se mettent à l’abri d’une attaque frontale contre leurs pratiques crapuleuses qui détruisent l’environnement. En se positionnant ainsi, du côté de l’offre, il viendra naturellement que ceux qui sont accusés ce seront les consommateurs, donc du côté de la demande. Mais on vend aussi à ces sponsors directs ou indirects, Greta Thunberg en tant que marchandise. Pour avoir été bien mené, le coup était joué d’avance. Greta Thunberg est jeune, femme et en plus autiste, il lui manque juste d’être noire et lesbienne pour cocher toutes les cases de la différence. Elle a 16 ans, mais semble en avoir 12, elle est autiste, ce qui provoque aussi un choc. C’est du pain béni, on sait qu’en matière de propagande politique, dès qu’on veut dramatiser on sort des images d’enfants, si possible sous les bombes ou au bord d’une plage, le cadavre d’un jeune enfant migrant rejeté par la mer. Les Palestiniens ont tellement abusé de cette posture qu’ils ne sont plus crédibles sur rien, notamment avec les mises en scène répétées d’Ahed Tamimi qui, au plus fort de sa gloire avait l’âge de Greta Thunberg[6]. Celle-ci parle au nom des enfants, alors qu’elle n’en est manifestement plus une, avec le vieux refrain de l’égoïsme naturel des plus anciens. On ne la verra jamais, surtout si elle va à Davos ou à la Banque mondiale, citer directement les multinationales qui polluent, déforestent et détruisent la nature.  

    Le cirque Greta Thunberg et sa critique

    Greta Thunberg, COP24, Katowice, 17 décembre 2018

    La voici donc avec son visage poupin, sa petite taille et la mine sévère d’une mère fouettarde des contes de fées à l’ancienne qui joue les Cassandre aux yeux du monde entier, ses textes sont bien appris et bien construits, ils visent l’émotion avant l’analyse. Nous sommes tous coupables, comme si la culpabilité de Monsanto pouvait être jugée équivalente à celle des consommateurs qui mangent les légumes cultivés avec du glyphosate. C’est le vieux message puritain aux masses qui vivent dans l’ignorance et la débauche : repentez-vous, vous qui allez mourir ! Elle m’a fait penser immédiatement au film d’Ingmar Bergman, Le septième sceau, un chef d’œuvre, qui montre dans le Moyen-Âge obscur le discours de l’Eglise qui, pour s’opposer à la progression de la peste, exige la contrition. Donc on a mis le paquet sur l’idée de panique. « Je veux que vous paniquiez » exige Greta aux nouveaux flagellants. « Avant moi ne furent créées nulles choses, sauf les éternelles, et éternellement je dure : vous qui entrez, laissez toute espérance ! » C’est le message qu’entend Dante dans La divine comédie. Ce message de peur est excellent parce qu’il bloque toute réflexion et conduit nécessairement celui qui panique à suivre les recommandations d’un gourou qui le sauvera de l’Enfer.

    Le cirque Greta Thunberg et sa critique

    Ingmar Bergman, Le 7ème sceau, 1957

    Sauf que la deuxième partie du message n’est pas encore écrite, en ce sens que des solutions il n’y en a aucune d’avancée. Greta Thunberg possède donc cet air étrange, venue d’ailleurs, d’une autre planète peut-être, elle pense différemment, c’est du moins ce qu’elle dit. Le but est d’enrôler massivement des jeunes dans le mouvement pour la transition écologique. Il n’y aurait presque rien à redire vu dans quel état le capitalisme industriel ancien a mis à mal la planète, sauf deux choses, la première est cette idée d’enrôlement qui empêche la réflexion – on n’a jamais vu un militaire réfléchir, il laisse cela à ses supérieurs – et la seconde c’est justement le terme transition écologique. Et ça c’est du Green washing. Bien que Greta Thunberg dise qu’elle est pour un changement radical, ce n’est pas vrai, ce que ces gens-là veulent changer ce ne sont pas les objectifs fondamentaux de la production et de la consommation, mais les moyens de les atteindre. La nébuleuse Greta Thunberg s’inscrit au carrefour de deux logiques : celle du business des ONG qui ont trouvé là un marché confortable et porteur, et celle des capitalistes à la Al Gore qui veulent un changement technologique, mais ni l’abolition du profit, ni celle de la croissance. En vérité les investisseurs qui sont pour le Green washing – c’est le cœur de cible de We dont have time – sont la pointe avancée du capitalisme, ils ont compris que l’ancien système est en bout de course et qu’il faut en changer. Ils vont réclamer des investissements massifs dans les nouvelles technologies, comme si ceux-ci étaient la solution, alors que justement ce sont le problème. Les anciennes technologies qu’on admirait tant, sont devenues des monstruosités dont il faut se débarrasser. Mais si on prend les technologies nouvelles les unes derrière les autres, elles ne font au mieux que déplacer le problème sans le solutionner – je ne parle même pas du nucléaire pour les déchets duquel il n’y a pas le début de la queue d’une solution. Le discours de We dont have time s’adresse aux riches, donc on ne va pas les contrarier dans leur objectif d’enrichissement, mais il s’appuie sur une masse de jeunes rattrapés sur les réseaux sociaux. Si on utilise Greta Thunberg, c’est objectivement comme un produit d’appel pour toucher les plus jeunes, naturellement peu formés au combat politique, Ingmar Rentzhog ne s’en cache même pas. Entendons-nous bien, je ne vise pas à reprocher aux jeunes leur naïveté, ni leur manque de formation politique. Ils ont bien le droit de se manifester et de se former dans la lutte. Ce que nous dénonçons, c’est un « business plan » qui vise à fabriquer un marché pour ceux qui soutiennent cette entreprise.

    Le cirque Greta Thunberg et sa critique 

    Greta Thunberg, Davos, 25 janvier 2019 

    Greta Thunberg n’est pas là pour révolutionner le mode de fonctionnement des institutions : elle en est l’ultime caution. Elle est maintenant intégrée par son image à l’élite mondialiste. Et c’est pour cette raison qu’elle est invitée à Davos, à la Banque mondiale, au Parlement européen. Son discours ne conteste pas la mondialisation, il la justifie. Mais en même temps elle donne une meilleure image des dirigeants de ce monde qui peuvent ainsi en recevant Greta Thunberg montrer qu’ils ont aussi des préoccupations morales en dehors d’accumuler du capital. Et même dans la mesure où l’idée dominante est de changer la technologie plutôt que le rapport social, Greta Thunberg justifie le profit. En effet ceux qui prônent la transition écologique considèrent qu’il faut beaucoup d’argent pour y arriver, et donc que plus les multinationales en accumulent et plus il sera aisé d’assurer cette transition écologique. Greta Thunberg s’adresse à deux publics différents : les décideurs, à qui évidemment elle ne peut rien apprendrez mais on fait comme si ; et puis les « enfants » catégorie sociologique sans pouvoir par définition, mais qui pourrait être étendue au-delà même de l’adolescence, comme les tresses de Greta nous y invitent. Les premiers sont le pouvoir politique et l’argent, ce sont les financiers naturels de son mouvement We dont have time compte 435 investisseurs dont Ikea, firme qui fabrique des meubles hideux peu respectueux l’environnement, et qui donne à manger à ses clients des tartes à la merde[7]. Cette firme qui durant la guerre s’était illustrée par une attitude pro-nazie[8], est un des sponsors très importants de la petite boutique de Greta Thunberg, Ingmar Rentzhog se flatte sur son site d’avoir la caution de 435 grands investisseurs, soit 435 multinationales. Elle-même est impliquée dans cette start-up, d’abord parce qu’elle lui vend son image, ensuite parce qu’elle est conseillère pour la jeunesse. Bien qu’on dise que ces sont ses parents qui se trouvent derrière cette opération, elle semble très bien savoir ce qu’elle fait.

    Le cirque Greta Thunberg et sa critique 

    Greta Thunberg, Parlement européen, 16 avril 2019 

    Le discours ressassé vise à culpabiliser les « gens » en général sans définir jamais clairement les responsabilités. Ceci permet de remplacer l’analyse des causes par deux choses :

    – d’une part insister sur la responsabilité des hommes politiques qui seraient des vieux égoïstes et qui n’auraient pas pris les bonnes décisions à temps.

    – d’autre part sur le fait que chacun de nous est responsable, il suffit de contrôler sa consommation d’eau, de mieux trier sa poubelle pour recycler les déchets, ou encore ne pas oublier d’éteindre son ordinateur avant d’aller se coucher. La dernière fable est de dire qu’Internet ça pollue presqu’autant que l’extraction du charbon[9] et qu’il faut veiller à clôturer ses comptes dormants sur les réseaux sociaux.

    Les déchets étant aussi un marché du fait de la nécessité de les traiter, il va de soi que la question est celle de faire fonctionner le marché au profit de la cause écologique, comme on suppose que le marché peut traiter la question du carbone. Ce discours est parfaitement compatible avec deux objectifs de la pensée libérale : d’abord travailler à la mondialisation croissante, et surtout ne pas remettre en question les traités de libre-échange. Quand on lui a posé la question sur la ratification du CETA, Greta Thunberg a avoué n’avoir aucune opinion. C’est pourtant un point clé puisque les traités de libre-échange renforcent la polarisation et rallongent les circuits, sans parler du fait qu’en augmentant la concurrence, ils vont rabaisser les normes pour abaisser les coûts de production : c’est nécessaire pour compenser les coûts de franchissement de l’espace. Mais en vérité c’est la cause écologique qui travaille pour le marché ! C’est là qu’on voit les formidables capacités de récupération par le discours économique dominant – comme on le voit les économistes servent bien à quelque chose, à défaut de nous apporter la croissance et l’emploi, ils manient le paradoxe avec une stupéfiante naïveté qui laisse pantois[10].

    Le cirque Greta Thunberg et sa critique 

    Greta Thunberg, Assemblée nationale, 23 juillet 2019 

    En restant dans le cadre de la mondialisation – au motif que la pollution ne peut pas se combattre localement – cela renforce la rhétorique du marché, et donc que les Etats défendant des intérêts nationaux sont mauvais par nature. Il vient naturellement que ce sont les lois du marché qui régleront les problèmes par les prix, les Etats n’existeront plus que pour faire exécuter cette feuille de route. C’est du Jadot. L’exemple c’est le marché du carbone, cette usine à gaz fabriquée par des économistes de façon à conserver le cœur de leur discours : tout se règle avec les choix des consommateurs soumis à la logique coût-avantage. Il y en a autour de Greta Thunberg qui en sont encore à défendre ce mécanisme qui a pourtant complétement échoué[11]. En vérité le cœur de l’affaire n’est pas dans une extension toujours plus grande de la logique de marché, mais au contraire de combattre la marchandise en elle-même. L’écologie dans sa version Jadot, ou dans sa version plus équipée et mieux financée Greta Thunberg, n’est qu’une idéologie. Comme on le voit le discours écologiste lorsqu’il est découplé de la question centrale des fondements du mode de production ne débouche que sur des créations de postes – d’experts, de députés écologistes, ou d’emplois dans le verdissement du capitalisme. Les ONG dont We dont have time, sont nombreuses à œuvrer dans ce créneau[12]. On a par exemple une étude de l’OIT, Une économie verte et créatrice d’emploi, publiée en décembre 2018 qui nous dit que des millions d’emplois créés dans le verdissement de l’économie viendraient compenser et au-delà les pertes d’emplois qui seraient générées par la mise en œuvre des accords de la COP21. Donc il suffit que le marché joue son rôle pour réallouer les ressources en capital et en travailleurs des secteurs anciens et pollueurs, vers les secteurs qui ne polluent et qui contribuer à décarboner l’atmosphère. Mais ces spéculations se heurtent à deux obstacles : d’abord au fait que les accords de Paris signées 2015 ne sont pas appliqués, et s’ils ne sont pas appliqués c’est parce que dans un environnement concurrentiel, c’est le dernier qui applique ces accords qui est le gagnant en termes de parts de marché. Ensuite parce que cela suppose une accélération du changement technologique pour lequel il faut un Green New Deal. C’est ce que propose par exemple une certaine gauche américaine[13]. Cette approche suppose qu’il faut de l’argent pour investir dans « le progrès ». Greta Thunberg est sur ce créneau : on doit investir dans l’éducation et la science pour trou ver des vraies solutions. Cette approche est erronée, on peut le montrer avec l’exemple de la voiture électrique que tout le monde maintenant se met à produire au nom de l’écologie, au moment justement où le marché de l’automobile pique du nez[14]. Mais plus généralement ceux qui travaillent au verdissement du capitalisme oublient que tout progrès se paye par un recul dans un autre domaine. J’ai évoqué le cas de la voiture électrique qui est bien documenté, mais on peut aussi parler des éoliennes ou des camps de panneaux solaires qui montrent que l’illusion de produire une énergie renouvelable sans dégât pour l’environnement relève de l’illusion. On pourrait dire que les progrès dans l’espérance de vie se sont payés par l’augmentation d’une vie impossible à vivre à court terme, mais sans doute d’un effondrement de la race humaine sur le long terme.

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    « Les maîtres de la société sont obligés maintenant de parler de la pollution, et pour la combattre (car ils vivent, après tout, sur la même planète que nous ; voilà le seul sens auquel on peut admettre que le développement du capitalisme a réalisé effectivement une certaine fusion des classes) et pour la dissimuler : car la simple vérité des nuisances et des risques présents suffit pour constituer un immense facteur de révolte, une exigence matérialiste des exploités, tout aussi vitale que l’a été la lutte des prolétaires du XIXème siècle pour la possibilité de manger. »[15]

    Le langage et les raisonnement « produits » par la boutique de Greta Thunberg appartiennent à la logique capitaliste, celle qui nous dit qu’en poursuivant l’enrichissement de quelques-uns, on finit par produire l’enrichissement de tous. « Les vices privés font les vertus publiques », c’est la pensée sommaire de l’économie politique depuis Mandeville, c’est celle qui a encore cours en Macronie[16]. Si vous allez sur le site de We dont have time, et ça vaut le déplacement, vous verrez que Greta Thunberg et ses acolytes se voient et se présentent comme une entreprise qui produit des services et vise le profit, au moins ils ne mentent pas sur ce point : ces services aident les autres entreprises à trouver des solutions pour polluer moins[17]. Implicitement ils admettent que Greta Thunberg est une marchandise. On voit donc que leur problème n’est pas de combattre la croissance et les inégalités, mais seulement de continuer la même chose par d’autres moyens. Si j’examine les solutions proposées par le GIEC telles qu’elles ont été publiées dans le rapport de l’automne 2018[18]. Je m’aperçois que ce sont toutes des solutions très techniques dont le succès est aléatoire, mais je les cite parce que Greta Thunberg dit qu’au nom de la science il faut faire confiance aux GIEC pour les solutions :

    1. Bioénergie associée au captage et stockage du carbone

    2. Afforestation/reforestation

    3. Séquestration de carbone dans les sols

    4. Alcalinisation et fertilisation de l’océan

    5. Captage direct du CO2 de l’air avant stockage (DACCS)

    Ces propositions demandent des investissements financiers énormes, mais surtout elles ne remettent pas en cause le mode de production et de consommation actuel, ni l’objectif de profit. On se donnerait les moyens de reconstruire une nature qu’on a pourtant détruite au nom de la croissance, du profit et de l’emploi. Et donc il vient que « les enfants » que Greta Thunberg appelle à la rescousse n’interrogent pas les experts, ni même les multinationales, mais seulement les politiques. Le nombre d’erreurs contenues dans cette approche d’un problème difficile est très élevé :

    – d’abord il y a le fait que ce sont les politiques qui ont le dernier mot, puisque c’est eux qui vont demander des rapports aux experts, mais au-dessus d’eux il y a les milliardaires qui les aident à obtenir leur emploi. Et dans la chaîne de commandement, c’est celui qui paie qui indique ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Ce qui est possible c’est ce qui permet le profit, ce qui ne l’est pas c’est ce qui l’entrave. We dont have time passe son temps à expliquer que la lutte pour la protection de l’environnement est un vaste marché porteur de potentialités de profit énorme. En vérité c’est un vaste marché parce qu’il est fondé sur deux choses, l’émotion, et le fait que l’Etat paiera le coût de la transition écologique, c’est du sûr, autre chose que l’industrie automobile. C’est d’ailleurs une caractéristique du néolibéralisme que de coloniser l’Etat et de le privatiser pour son profit[19] ;

    – ensuite le fait que plus personne ne croit à la neutralité et à l’honnêteté des experts, et donc que les peuples ont leur mot à dire. Greta Thunberg va à contre-courant et tente de réhabiliter les experts comme une profession honorable. Dans un système démocratique on voit mal comment on peut transformer le système des besoins sans une participation active des populations. Par exemple la transition écologique quel que soit le contenu qu’on donne à ce terme un peu vague – tout le monde en parle, mais personne ne l’a vue – ne peut pas éviter de questionner les inégalités, sous peine d’être rejetée en bloc. Or il s’agit là d’un débat politique auquel le citoyen doit prendre part ;  

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    – enfin on n’interroge jamais vraiment les besoins, c’est-à-dire le mode de vie et donc le rapport social dans ce qu’il a de plus intime. Le GIEC conseille par exemple de moins manger de viande. C’est bon pour le climat. Mais il ne dit rien des sources de pollutions importantes comme par exemple le tourisme de masse, l’ensemble des bateaux de croisières en Méditerranée pollue dix fois plus que toutes les voitures qui roulent en Europe[20]. On n’entend personne parmi les experts du GIEC qui nous dise qu’il faut en finir avec le tourisme, ou l’aviation civile. Greta Thunberg quant à elle fait du tourisme sur un bateau à voile sensé polluer peu, mais sponsorisé par BMW, elle nous dit cependant que du moment que le logo du sponsor n’apparait pas, il n’y a pas vraiment de problème[21]. Le bateau de Greta Thunberg coûte plusieurs millions d’euros, mais elle y a droit parce qu’elle est là pour faire la promotion des nouvelles technologies qui l’équipent.

      Le cirque Greta Thunberg et sa critique

    En vérité, le discours de Greta Thunberg est un discours de soumission et non pas de révolte, soumission à la marchandise, et soumission à la logique des experts : elle brandit en permanence les rapports du GIEC dont elle cite des passages entiers, comme autrefois ses ancêtres citaient la Bible.  C’est une ode à la science sans condition, sauf qu’elle oublie de dire que c’est bien la science qui a permis le développement de la civilisation industrielle et que c’est bien par la science que la nature a été gravement détruite en seulement deux siècles de progrès scientifiques continus. Je ne suis pas climato-sceptique, et je connais assez bien les travaux du GIEC pour savoir que globalement c’est sérieux en ce qui concerne l’évaluation des risques. Mais la limite est politique. Ils travaillent pour l’ONU, et donc n’osent pas aller jusqu’à condamner fermement la croissance et le profit. Des solutions il y en a, mais elles sont toutes politiques, même celles préconisées par le lobby du Green washing et par le GIEC.

    Je ne voudrais pas apparaître pourtant comme un simple mauvais esprit revendiqué qui critique mais n’apporte rien de positif. Je peux de mon côté avancer des solutions simples et efficaces, mais anti-capitalistes qui sont toutes basées sur l’idée qu’il faut refermer la parenthèse industrielle de la civilisation humaine, revenir en arrière si on veut. On s’est trompé de chemin disons vers la fin du XVIIIème siècle. Voici quelques propositions concrètes de réformes :

    sortir des traités de libre-échange et donc de l’Union européenne, ce serait un gros avantage pour la planète pour au moins trois raisons, cela limiterait les coûts de franchissement de l’espace en raccourcissant les circuits, ça produirait une augmentation des coûts de production puisque par exemple on ne pourrait plus acheter du textile fabriqué à coups de triques dans les pays du tiers monde par des enfants, et donc on serait bien obligé de consommer moins ;

    développer les productions agricoles locales en imposant des normes sanitaires rigoureuse et le respect des sols, bannir Monsanto, les fermes industrielles et les pesticides, la qualité des aliments serait meilleure, et dans un cadre national il serait plus facile d’interdire le glyphosate et les pesticides par exemple qui tuent les sols ;

    Interdire la pèche industrielle qui a dévasté les océans qui par ailleurs sont devenus de vastes poubelles pour le reste de l’industrie ;

    enfin pour envisager sérieusement la décroissance, il faut penser à des solutions qui maitrisent la croissance démographique dans les pays pauvres. C’est un sujet tabou.

    Ces quatre propositions ne sont pas avancées par Greta Thunberg et son équipe parce qu’elles remettent en cause le capitalisme. Il y en a d’autres, plutôt que de traquer les automobilistes, il serait peut-être temps de penser l’occupation de l’espace. On a vidé les centres-villes au motif de les rendre moins polluées, mais on a développé à la sortie des villes des zones commerciales hideuses qui nécessitent l’usage de la voiture et qui favorisent le développement des circuits longs, tout en artificialisant l’espace. C’est une mesure très simple à prendre, interdire la concentration des commerces. J’aurais pu aussi avancer comme solution la lecture obligatoire dans les écoles des œuvres de Jean Giono, Les vraies richesses et Triomphe de la vie, qui sont selon moi les deux meilleurs traités d’économie qu’on n’ait jamais écrits et qui sont une belle introduction à la critique de la société de consommation[22].

      Le cirque Greta Thunberg et sa critique

    Le maire de Langouët, Daniel Cueff, a pris il y a quelques temps un arrêté contre l’usage des pesticides sur le territoire de sa commune à moins de 150 mètres des habitations. C’est un arrêté qu’on peut juger timide, mais qui objectivement va dans le bon sens puisqu’il vise à la fois à protéger la santé de ses concitoyens, les sols, et qu’en même temps il montre qu’il faut agir au niveau local. Mais voilà, les choses ne sont pas si simples, la préfète du coin, Michelle Kirry, pour ne pas la nommer, traîne le maire devant tribunal administratif[23]. Elle ne dit pas qu’elle une empoisonneuse, mais qu’en tant que préfète elle doit faire appliquer la loi, même si cette loi est criminelle. On connait ce genre de discours, il a servi à justifier l’instrumentalisation de la justice et de la police pendant l’Occupation, c’était celui de Maurice Papon ou de René Bousquet. Il est appliqué tous les samedis contre les gilets jaunes. Le maire de Langouët passe moins souvent à la télévision que Greta Thunberg, il ne fait pas la une des magazines, son physique est bien trop ordinaire, mais en revanche il a obtenu un soutien important dans la population. Des maires dissidents, il y en a d’autres. Par exemple à Le Perray-en-Yvelines où le maire, pourtant issu du PS, Paulette Deschamps a pris un arrêté similaire à celui de Daniel Cueff. Tout de suite elle a dû se confronter au sous-préfet Michel Heuzé qui a ressorti les vieux arguments de l’application de la loi[24]. Ces exemples sont intéressants parce qu’ils montrent que plutôt que de blablater sur des grands principes très vagues, le combat peut se mener au niveau local, et que c’est plus efficace que de faire des photos sur son voilier zéro carbone. Et en même temps ils montrent ce que sont les préfets et les sous-préfets : le bras armé d’une politique économique et sociale au service des puissants. Ils sont en guerre avec les populations pour les empêcher de prendre des initiatives.

     

    PS : je conseille vivement pour ceux qui lisent l’anglais l’ouvrage de Cory Morningstar, The manufacturing of Greta Thunberg, Books on demand, 2019. C’est un travail très documenté dont je me suis servi pour la première partie de ce texte. Je souhaite vivement qu’il soit traduit en français, il mérite une très large diffusion.



    [4] C’est un prix de monopole parce que Greta Thunberg n’a pas de concurrent.

    [10] Aurélien Bernier, Le Climat, Otage De La Finance - Ou Comment Le Marché Boursicote Avec Les "Droits À Polluer, Mille et une nuits, 2008. Dans cet ouvrage l’auteur démonte très clairement la méthode consistant à trouver des solutions uniquement par le marché, alors que c’est le marché lui-même le problème.

    [12] L’autre créneau qui paie très bien et sur lequel fondent les ONG, c’est le sauvetage des immigrants, là aussi on joue sur l’émotion, et l’image du petit Aylan a été un levier énorme pour abonder les caisses des ONG. https://www.bfmtv.com/international/migrations-l-europe-sous-le-choc-apres-la-photo-d-un-enfant-mort-noye-911785.html

    [15] Guy Debord, La planète malade, article écrit en 1971, il avait été prévu pour être publié dans le numéro 1 » d’Internationale situationniste. Il n’a été publié que tardivement, en 2004 chez Gallimard.

    [16] Bernard Mandeville, Fable of the Bees: or, Private Vices, Publick Benefits, il s’agissait à l’origine d’un poème publié en 1705, il devint ensuite un texte en prose qui expliquait le poème, il fut écrit et publié en 1714.

    [17] fundedbyme.com/sv/campaign/8227/we-dont-have-time/ 

    [19] James Galbraith, The Predator State: How Conservatives Abandoned the Free Market and Why Liberals Should Too, Free Press, 2008. 

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  • Acte XL, les parapluies sont de sortie, les gilets jaunes ne sont pas en sucre 

    Des centaines de gilets jaunes ont défilé à Paris  

    Macron tente de jouer les présidents normaux. Il fait semblant d’avoir des vacances studieuses, prenant un peu de temps pour aller manger une pizza au milieu des gueux, histoire de montrer qu’il n’est pas chien, et qu’il n’est pas que le président des riches. Cette mise en scène a même fait ricaner le journal très macronien Le point[1]. On remarque que depuis un certain temps, sans doute à cause des homards de de Rugy, les ministres font semblant de manger pauvre et populaire. Un coup c’est le kébab qui est présenté comme le plat favori des Français par une ministricule, spécialiste de la déconnade[2], un autre coup la pizza. C’est en effet grossier, ça prouve surtout que cette engeance ne sait rien de ce que mange le peuple, comme c’est très grossier le soi-disant bain de foule très spontané qui a été construit avec des gens très sélectionnés, pour éviter de se frotter à des gilets jaunes et pour avoir autre chose que des huées. Mais la manœuvre a été éventée rapidement et tout le monde s’est moqué une fois de plus de Macron[3]. Également les macroniens furent moqués pour leur soutien aux manifestants de Hong Kong, et leur demande de liberté de manifester. En effet les Hongkongais subissent une répression qui est tout à fait similaire à celle qu’ont subi les gilets jaunes ces derniers mois, avec des éborgnés pour cause d’usage intensif de LBD. Sauf qu’il semblerait qu’à Hong Kong la situation soit insurrectionnelle, la mobilisation contre le pouvoir étant très massive. L’armée est massée aux portes de Hong Kong. Evidemment les gilets jaunes ont manifesté ce samedi 17 août leur solidarité avec Hong Kong. 

    Acte XL, les parapluies sont de sortie, les gilets jaunes ne sont pas en sucre 

    A Lyon les gilets jaunes étaient peu nombreux  

    Quoi qu’il en soit, et bien qu’il y ait moins de monde que la semaine dernière, nous en sommes à l’acte XL ! Les raisons de la mobilisation n’ont pas disparu. Les urgences en grève sont de plus en plus nombreuses. Et c’est directement à Macron que nous le devons, même si la tendance de ces dernières années était la même. On le dit peu de peur que ça donne des idées, mais cette grève des urgentistes en est à son 6ème mois. Ce qui semble signifier que les gens on pris conscience que pour arriver à quelque chose il faut s’obstiner. C’est une leçon que les bureaucraties syndicales doivent entendre, alors qu’elles s’apprêtent une fois de plus à mettre en place des journées de protestation en septembre qui, si elles restent isolées, seront bien inoffensives. De l’eau a été apportée au moulin des gilets jaunes : la France est très mal classée en termes de liberté d’expression, essentiellement parce que les médias sont complètement contrôlés par l’oligarchie et qu’en conséquence les oppositions, notamment celle des gilets jaunes s’en méfie comme de la peste[4]. D’ailleurs ce mauvais classement est rendu public alors que depuis trois mois les journaux ne relaient plus l’information sur les actions des gilets jaunes : les médias français parlent volontiers de ce qui se passe à Hong Kong ou au Brésil, mais moins facilement de ce qui contrarie en France le pouvoir. 

    Acte XL, les parapluies sont de sortie, les gilets jaunes ne sont pas en sucre 

    A Toulouse les gilets jaunes sont de retour en centre-ville  

    A Paris, il pleuvait, et pourtant ils étaient plusieurs milliers à manifester pour réclamer la démission de Macron. Prouvant derrière leur parapluie que les gilets jaunes ne sont pas en sucre. A Toulouse, c’est plus nouveau, ils avaient réinvesti le centre-ville. On remarque également que depuis quelques jours les signatures pour le référendum sur la privatisation d’ADP, sont reparties à la hausse d’une manière un peu inattendue parce que nous sommes en plein milieu du mois d’aout[5]. Evidemment il serait stupide de croire que c’est gagné, c’est loin d’être le cas, mais ce rebond doit nous encourager à aller faire signer autour de nous. Si ce noyau des gilets jaunes continue à manifester tous les samedis, ce n’est pas par maniaquerie, mais parce qu’ils sont persuadés que la colère est toujours là, et donc que le mouvement va repartir. Je le crois aussi, bien que l’avenir ne soit écrit nulle part. Les macroniens n’arrêtent pas de faire les cons : la préfète Michelle Kirry qui n’a honte de rien, a fait convoquer par le tribunal administratif jeudi 22 août le maire de Langouët parce qu’il a pris un arrêté pour interdire l’usage du glyphosate à moins de 150 mètres des habitations, ce qui me parait fort peu. Les nombreux procès qui ont eu lieu aux Etats-Unis ont pourtant démontré que l’usage de ce produit était criminel. Du coup il y avait ce samedi 17 août une mobilisation pour le soutenir, comme il est très probable qu’il y aura beaucoup de monde devant le tribunal de Rennes[6]. Evidemment cette préfète bornée exécute stupidement les ordres qui lui sont donnés depuis le gouvernement, elle est tenue en laisse par sa hiérarchie, n’ayant sûrement pas plus d’idée que cela sur le glyphosate. C’est sans doute là le virage écologiste du président menteur, pour nous cette hypocrisie criminelle, car on n’oublie pas que c’est Macron qui a imposé la survie de ce produit dans l’agriculture française pour faire plaisir aux Allemands et à la firme Bayer qui a racheté bêtement Monsanto, c’est une raison supplémentaire de le renverser. Nous pensons que jeudi 22 août il y aura beaucoup de monde pour protester contre cette procédure judiciaire, et que les gilets jaunes seront au rendez-vous. L’enjeu, au-delà du glyphosate, c’est le contre-pouvoir des maires dans la contestation du pouvoir présidentiel. 

    Acte XL, les parapluies sont de sortie, les gilets jaunes ne sont pas en sucre 

    Rassemblement à Langouët pour soutenir le maire 

    En attendant Macron met en scène sa complicité – complicité est le mot juste – avec un autre délinquant qui risque la prison, Sarkozy[7]. Macron a besoin de Sarkozy pour démontrer qu’il est bien le président de la droite affairiste, brutale et cosmopolite, et le second espère ainsi pouvoir passer à travers les mailles du filet de la justice dans les nombreuses affaires qui l’attendent, en correctionnelle et ailleurs. S’il est condamné, il pourra toujours obtenir une grâce présidentielle plus facilement en faisant la courte échelle à Macron qu’en se positionnant en opposant. Ce cinéma accélère de fait la dissolution du parti Les Républicains qui au mieux ne pourra plus dans l’avenir que jouer les supplétifs de LREM, et encore.



     

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  • La nouvelle du jour serait qu’alors que tous les indicateurs sont en train de passer au rouge de partout en Europe, la France verrait son chômage baisser[1]. Les journalistes prennent cela pour argent comptant, n’ayant pas le cœur de creuser le problème, nous allons le faire pour eux, chiffres à l’appui.  

    Macron et les mensonges sur le chômage

    Le gouvernement Macron-Philippe représente ce qu’il y a de plus bas dans la politicaillerie, il est fait de menteurs, de tricheurs, de personnes cupides et sans morale. Le voilà donc aux prises avec le chômage de deux façons différentes. D’abord il modifie les conditions d’accès aux allocations-chômage, de façon à faire coïncider la manière de décompter le chômage en France avec ce qui se passe dans les pays voisins. Les statistiques principales sur le chômage proviennent de Pôle emploi, elles sont assez fiables. Or si les indemnités-chômage sont de plus en plus difficiles à toucher, de plus en plus de chômeurs renonceront au statut de chômeur. La conséquence de la réforme de l’UNEDIC est ainsi double : d’une part on appauvrit les chômeurs, les reléguant encore plus dans la précarité, et d’autre part on nettoie les statistiques. L’UNEDIC elle-même considère que ce sont 1,2 millions de personnes qui pourraient pâtir de cette chasse aux chômeurs[2]. C’est la technique récurrente des gouvernements de droite, nier le problème d’une insuffisance de création d’emplois par l’économie, et donc de renvoyer le problème vers la responsabilité des chômeurs. C’est le même système qu’on emploie pour culpabiliser les consommateurs en ce qui concerne le réchauffement climatique, on leur reproche de ne pas trier leur poubelle comme il faut, de ne pas faire attention à éteindre leur ordinateur, mais par derrière, le gouvernement accélère les traités de libre-échange qui rallongent les circuits et font la part belle aux industries polluantes. Macron, roi des menteurs, princes des cuistres et champion de l’ignorance disait avec son arrogance bouffone coutumière : « je traverse la rue et je vous en trouve du travail »[3]. Cette réforme de l’UNEDIC aboutit aussi forcément à un déclassement des chômeurs puisque la pression sera encore plus forte pour qu’ils prennent des emplois sous-qualifiés.  

    Macron et les mensonges sur le chômage

    Mais les traficotages des statistiques ne s’arrêtent pas là. Si je regarde le graphique ci-dessus, je ne peux absolument pas dire que le chômage baisse, au contraire il augmente régulièrement. Opportunément, on sort du chapeau un nouveau mensonge : l’INSEE affirme que le chômage baisse. L’INSEE était dans le temps un organisme assez sérieux. Mais voilà maintenant qu’il donne un chiffre du chômage radicalement différent de celui de Pôle emploi. C’est en se référant au chiffre de l’INSEE que le gouvernement et les commentateurs laissent croire que le chômage reculerait, et donc que la politique ignoble de Macron finirait tout de même par porter des fruits. Cela défie l’entendement parce qu’en même temps qu’on raconte des fables sur la baisse du chômage, on entend parler des charrettes dans l’industrie comme dans les services, chez General Electric, Auchan, Carrefour, Conforama, Arjowiggins, etc. Ces pertes d’emplois en entraînent d’autres évidemment, en amont et en aval, des emplois qui disparaissent c’est moins d’activité pour les autres entreprises qui leurs sont liées. L’INSEE noie le problème en racontant qu’elle redresse les statistiques de Pôle emploi en complétant son analyse à l’aide d’enquêtes dites qualitatives, autrement dit à l’aide de sondages. Les statistiques de Pôle emploi sont évidemment justes. Mais l’INSEE justifie son travail ignoble en arguant qu’il cherche à mieux cerner les chômeurs au sens du BIT. Et donc il suppose qu’un certain nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi sont des faux-chômeurs. Pourquoi pas. Mais là où l’affaire devient un peu glauque c’est que comme l’a remarqué Bertrand Bissuel, l’écart entre les deux chiffres ne cesse d’augmenter[4]. Or en toute logique puisque soi-disant le chômage baisse, l’écart entre les deux indicateurs devrait se resserrer. Il est passé au contraire de 300 000 en 2013, à 800 000 en 2017 et à un peu plus de 900 000 au premier trimestre 2019, en métropole. Et donc il convient, si nous voulons comparer ce qui est comparable de se saisir des chiffres de Pôle emploi et non de ceux trafiqués de l’INSEE, il faut rajouter près d’un million de chômeurs. Une paille. Comme nous le voyons la baisse affichée du chômage ne correspond à rien de sérieux, ce qui peut expliquer partiellement la virulence de la grogne sociale. Cette supercherie sera rapidement dégonflée. La croissance étant en recul pour 2019, il va de soi que le chômage ne peut pas baisser[5]. Plus dure sera la chute. La situation économique en Allemagne commence également à inquiéter.  

    Macron et les mensonges sur le chômage

    Macron n’a pas inventé le mensonge en politique, ce serait lui faire bien trop d’honneur que de le dire, d’ailleurs il n’a rien inventé du tout, même pas son personnage de grand nigaud égaré en politique. Mais par contre il a exagéré dans son usage, et ça se voit. Comme un mauvais journaliste, il bidonne les chiffres du chômage comme ceux des sondages. Certes il bénéficie de la complaisance de journalistes ignares qui dans l’ensemble recopient sans se poser de questions les communiqués de l’Elysée qui claironnent : « Formidable, la cote de Macron remonte », « Extraordinaire, le chômage recule ! », « Fantastique le pouvoir d’achat augmente ». Il peut également compter sur la passivité des syndicats : depuis que Martinez s’est fait matraquer comme un vulgaire gilet jaune, on ne l’entend plus, la CGT est aux abonnés absents. En même temps qu’une ignominie, ces mensonges représentent l’échec complet de la politique de l’offre sur le terrain ultrasensible du chômage. Analyser le chômage n’est pas une chose facile dans ce contexte de manipulation. Mais on peut par exemple appréhender ce phénomène par le biais des chômeurs de longue durée : en effet si la situation de l’emploi s’améliore, alors le nombre de personnes inscrites dans cette catégorie doit reculer. Ce n’est pas le cas comme le montre le graphique ci-dessous. La tendance est à une hausse sur la longue période : c’est la hausse des « inemployables ». Cette énorme quantité de personnes inemployables montre forcément que l’idée selon laquelle l’immigration ne crée pas le chômage est absurde, parce que les migrants sont massivement des populations inemployables du fait de leur très faible qualification. En outre la robotisation qui arrive détruit d’abord le travail peu qualifié, justement celui auquel pourraient accéder les migrants. Mais plus généralement ce qui est en cause dans le discours dominant sur le chômage c’est l’idée même de croissance : on suppose que la croissance est infinie, et donc que l’emploi est élastique à l’infini. C’est la théorie qu’on appelle bêtement du déversement. On suppose que les emplois détruits permettent aux travailleurs en chômage de se réorienter vers de nouveaux secteurs. Mais ces secteurs existent-ils ? En vérité ils dépendent de la vitesse de l’innovation, or de plus en plus d’économistes constatent que l’innovation se ralentit, et que loin de créer de nouveaux objets de consommation qui servent à quelque chose, le progrès technologique est d’abord là pour augmenter la productivité, donc réduire les coûts en travail, donc pour augmenter le chômage des plus fragiles. C’est la thèse défendue par Robert J. Gordon, thèse qui est considérée comme provocatrice parce qu’elle annonce la fin de la croissance économique[6]. Pour beaucoup nous sommes à la fin du cycle d’une croissance économique tirée par le renouvellement infini de l’innovation technologique : depuis la généralisation du numérique dans la consommation, aucun objet réellement nouveau est apparu.  

    Macron et les mensonges sur le chômage

    Comme nous le voyons, si nous examinons le chômage structurel autrement que sur la courte période, c’est la question de la survie du système économique actuel qui est posée. Le chômage est relié à la croissance économique, mais celle-ci est mise en mouvement à la fois par la croissance de la demande et le renouvellement des objets de consommation.

    La réforme de l’assurance-chômage intervient à un moment où nous dit-on, la situation sur le marché du travail s’améliore, et donc avouant en creux que le nombre de chômeurs n’a rien à voir avec les conditions d’éligibilité aux allocations-chômage. Ce que nous savions déjà. Le gouvernement Macron a décidé de durcir les conditions d'accès aux indemnités en allongeant la durée de cotisations nécessaire et une dégressivité des indemnités versées pour les plus hauts salaires. À partir du premier novembre prochain, il faudra avoir travaillé l'équivalent de six mois durant les 24 mois avant la fin de son contrat pour bénéficier des allocations chômage, et non plus quatre mois pendant 28 mois. Ces mesures devraient avoir des conséquences sur le nombre de chômeurs recensés, donc provoquer une baisse artificielle du nombre de chômeurs, alors qu’en même temps, des licenciements importants sont annoncés dans l’industrie. Mais une autre raison a été avancée par Pénicaud, la DRH de Danone, millionnaire, qui par ailleurs se prétend ministre du travail. Sur BFMTV, le 19 juin, elle a avancé que « si on ne fait pas des économies maintenant, dans dix ans on n’aura plus de quoi indemniser les chômeurs ». On admire au passage le raisonnement : pour pouvoir indemniser les chômeurs dans dix ans, il ne faut plus les indemniser aujourd’hui ! Mais le 12 juillet, l’Unedic a indiqué que si les règles ne changeaient pas, le régime de l’assurance chômage serait revenu à l’équilibre fin 2020, générerait un excédent de 1,2 milliards d’euros en 2021, et de 3,3 milliards d’euros en 2022[7]. On en déduit que le gouvernement cache son véritable but, celui de pourrir la vie aux salariés et les dissuader de s’inscrire à Pôle emploi, soit il n’a pas du tout confiance dans sa politique qui selon lui devrait amener une baisse régulière et forte du chômage.



    [2] Bertrand BIssuel, Réforme de l’Unédic, un impact sous-estimé ? Le monde, samedi 6 juillet 2019. Remarquez au passage le style faux-cul du journaliste du Monde qui fait semblant de s’interroger.

    [4]« Un écart de chiffres toujours plus grand entre l’INSEE et Pôle emploi », Le monde, samedi 6 juillet 2019

    [6] The Rise and Fall of American Growth: The U.S. Standard of Living since the Civil WarPrinceton University Press, 2016

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  •  Crise politique en Italie… et dans l’Union européenne

    Salvini veut mettre un terme à la coalition au pouvoir à Rome. Si cette volonté d’aller aux élections n’est pas inattendu comme le disent les journalistes, il n’est pas certain qu’on puisse décrypter facilement les intentions qui se cachent derrière cette manœuvre politique. Le prétexte avancé pour ce divorce est la question du tunnel entre la France et l’Italie. On ne s’y arrêtera pas, tant cela parait ridicule[1]. La première lecture montre qu’en mars 2018 le M5S avait réuni 32% des votes, et la coalition de droite, 37%. On avait donc une majorité de près de 70% pour gouverner. A l’intérieur de la coalition de droite, la Lega arrivait à près de 18%. Mais pourtant c’est bien la Lega qui a été le grand vainqueur des élections. En très peu de temps le charismatique Matteo Salvini a siphonné Forza Italia le parti de Berlusconi qui n’existe plus, et du coup la Lega se retrouve dans la position inverse. Les derniers sondages donnent la Lega toute seule autour de 38% et M5S entre 15 et 17%[2]. Cette inversion du leadership dans la coalition date d’il y a près d’un an, elle n’a pas trop bougé depuis et a été confirmée par les élections européennes[3]. On comprend ainsi que Salvini lors de futures élections qui auraient lieu à l’automne, pensent qu’il puisse apparaître comme le parti dominant, et bien entendu, si la coalition avec M5S devait être reconduite, il en serait naturellement le leader. La question qui vient tout de suite à l’esprit c’est que si Salvini gagnait les élections que ferait-il de cette victoire, à part se faire nommer président du Conseil ? 

    Crise politique en Italie… et dans l’Union européenne 

    Résultat des législatives en 2018 

    Et c’est là justement que ça se complique. M5S est furieux, ils ont bien compris qu’ils avaient tout à perdre à de nouvelles élections. Et donc il pourrait faire payer cela à Salvini en refusant de s’allier avec eux. Et par exemple en se tournant vers la PD de Renzi. En bricolant un peu cette coalition M5S-PD pourrait arriver à 40% et avoir des prétentions à gouverner. C’est la solution dont rêvent évidemment les bureaucrates européens qui pourrait ainsi faire que l’Italie rentre dans le rang. Certes on rentrerait dans une nouvelle zone d’instabilité, mais on pourrait facilement mettre cette instabilité sur le compte de Salvini en disant que c’est lui qui après tout a rompu l’alliance. Tout cela relève du jeu politicien ordinaire. Là où le scrutin est ouvert, c’est que Salvini pourrait entraîner une dynamique qui le propulse au-delà des 40%. Après tout il a fait preuve de fermeté sur la question des migrants et sur celle du budget. Dans ce cas là il pourrait mettre en place un programme de sortie rampante de l’euro avec l’introduction généralisée des Mini-BOTs qui permettrait de contourner la question du financement des dépenses budgétaires. Personne ne doute que Salvini ne gagne les élections si elles arrivent rapidement. Deux questions se posent alors :

    - la première est que Mattarrella, le président italien, qui se présente en défenseur de l’Union européenne et donc en ennemi radical de Salvini, peut très bien bloquer le processus et mettre en place, comme il avait tenté de le faire un gouvernement dit « technique » qui administrerait l’Italie pour le compte de l’Union européenne, avec une politique directement concoctée à Bruxelles. Osera-t-il ? ;

    - la seconde est quelles sont les intentions véritables de Salvini sur l’Union européenne ? Si on sait que Di Maio a freiné des quatre fers pour ralentir le processus d’éloignement de l’Italie de l’Europe, on ne sait pas jusqu’ou Salvini veut aller vraiment. Notez qu’en toute logique les élections législatives italiennes devraient tomber au moment de la concrétisation du Brexit, et donc un tel calendrier troublerait un peu plus la quiétude des bureaucrates de Bruxelles. Déjà qu’ils n’arrivent pas à gérer le Brexit, il est bien peu probable qu’ils soient capables de gérer un deuxième problème qui pourrait conduire à la sortie de l’Union européenne d’un membre fondateur. 

    Crise politique en Italie… et dans l’Union européenne 

    Sondage au 15 juillet 2019

    La gauche est aujourd’hui complètement inexistante en Italie. Elle tourne entre 3 et 4%. Et donc cela pourrait inciter Salvini à se radicaliser un peu plus justement sur la question européenne. Curieusement c’est de l’extrême-droite qu’est venue cette idée selon laquelle, la dette ce n’était pas important, et qu’on pouvait vivre avec. Pour cela elle se réfère souvent à Trump en disant que si celui-ci a des succès excellents sur le plan de l’emploi et de la croissance, ça vient qu’il se moque des dérives budgétaires et qu’il s’assoit sur le déficit commercial. C’est bien sûr une analyse très superficielle qui ne tient pas compte que ces déséquilibres risquent de se payer un jour par une récession économique très forte et aussi par des faillites bancaires en chaîne. Mais en tous les cas l’attitude trumpiste, cette politique de la brute, peut avancer des résultats sur le court terme, alors que les politiques austéritaires européennes n’ont des résultats ni à court terme, ni à long terme. Di Maio et M5S payent aujourd’hui leur mollesse sur la question européenne, confirmant assez clairement que la question politique centrale en Europe est la suivante, êtes vous pour ou contre l’Union européenne ? Il n’y a pas de « juste » milieu. Nous le voyons bien depuis 3 ans avec le cas britannique : il ne peut pas y avoir de compromis. Salvini et Johnson iront-ils jusqu’au bout ? On n’en sait rien, mais ils laisseront un nom dans l’histoire, seulement en s’écartant du processus d’intégration. Il est très étonnant que le M5S n’ait pas compris plus tôt que le but de Salvini était de siphonner ses électeurs, alors que ce parti se voulait original dans son fonctionnement, il s’est révélé, depuis qu’il a récupéré un peu de pouvoir politique dans le gouvernement Conte, incapable de fonctionner autrement que comme un vieux parti à la mode d’antan. Tandis que la Lega mobilisait en permanence de partout le peuple sur des éléments de rupture, avec la politique d’immigration, ou sur la question du budget, M5S développait des combinaisons obscures dans les couloirs, y compris à Bruxelles. En un an, ils auront perdu plus de la moitié de leurs électeurs, tandis que la Lega doublait son score. Au-delà de ce qu’on pense des uns et des autres, il est clair que l’Italie cherche la rupture et que celle-ci semble aujourd’hui s’incarner avec Salvini dans l’arrivée au pouvoir de la Lega, autour d’un projet de sortie de l’Union européenne.    

    Crise politique en Italie… et dans l’Union européenne

    Ce qui se dessine en Italie en attendant de voir ce que décidera Mattarella, c’est une coalition inédite de toute la classe politique contre Salvini[4]. Et donc on voit M5S soi-disant parti anti-système se rapprocher du PD de Matteo Renzi. Evidemment cette coalition politicienne va renforcer l’idée que Salvini est le seul candidat anti-système et sûrement pas M5S ! Autrement dit plus la classe politique va taper sur Salvini, et plus celui-ci se renforcera. On peut compter aussi sur Bruxelles pour jeter de l’huile sur le feu, et sans doute également sur Macron. Si la logique anti-système devrait être favorable à Salvini, c’est évidemment parce que l’Italie est dans le pétrin et qu’elle ne s’en sort pas. La croissance est faible, le chômage élevé. La situation demande une rupture radicale pour le coup. La mollesse de M5S lui a été fatale. Par exemple sur la question du tunnel Lyon-Turin, M5S s’y est opposé, et Salvini a tout de suite vu l’intérêt qu’il y avait à soulever ce lièvre : il a dit que ce tunnel était bon pour l’économie de l’Italie et tous ceux qui s’opposaient à lui étaient des ennemis du pays ! Certes les investissements liés à ces travaux créent forcément des emplois, mais c’est juste du court terme, sur le long terme, cette liaison n’aura pas beaucoup d’impact sur l’activité. Cet exemple est intéressant parce qu’il montre que sur le plan économique Salvini n’a pas de doctrine. Certes il manifeste un antieuropéisme convaincant, mais celui-ci ne peut se justifier que si on recentre l’économie italienne sur son territoire. De la même manière il vise à imposer une flat-tax – vieille lubie libérale dont l’origine remonte au XVIIIème siècle –qui sera forcément favorable aux plus riches. Or il est facile de démontrer que cette idée est fausse parce que ce sont les plus riches qui profitent le plus pour leur activité des dépenses étatiques. Cependant les ennemis de Salvini n’ont rien à mettre en avant pour contrer ses idées, ils ne sont guère plus clairs et sans doute encore moins sur ce qu’ils veulent pour l’Italie.

    Crise politique en Italie… et dans l’Union européenne

     

     

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