•  Les présidentielles en ordre de marche

    Il semble se dessiner pour la semaine prochaine une victoire nette de Benoît Hamon à la primaire organisée par la Parti « socialiste ». Celui-ci, avec 36,5% arrive en tête devant Valls avec 31% et Montebourg à moins de 18%. Ce dernier ayant appelé à voter au second tour pour Hamon, il devient quasiment impossible de penser que Valls pourra l’emporter et se qualifier pour la présidentielle. C’était la dernière inconnue de l’élection de 2017. On peut d’ores et déjà en tirer un certain nombre de conclusions.

     

    Jean-Luc Mélenchon ne sera pas présent au second tour

     

    La première conséquence est que cette élection est maintenant perdue pour la gauche. Même si Mélenchon fait un bon score et s’il finit devant le candidat « socialiste », le score d’Hamon, même s’il est de 6 ou 7 % l’empêchera de se qualifier. Sa seule chance était que le parti ultra libéral et pro-européen présente trois candidats – Valls, Macron et Fillon – et que les voix se dispersent sur leurs noms. La présence du trouble Benoît Hamon au contraire renforce à la fois Fillon et Macron, comme dans un système de vases communicants. Quelle que soit maintenant la surenchère droitière de Macron et de Fillon, et même si cela permet à la gauche de connaître un sursaut, Mélenchon ne pourra pas lutter à la fois contre l’idéologie libéral selon laquelle les forces productives du marché seraient entravées par un excès de régulation, et en même temps contre Hamon dont le programme est manifestement sur son terrain, même s’il est à l’évidence encore plus flou sur les points importants. Il est donc assez facile de prévoir que Marine Le Pen affrontera au second tour François Fillon ou peut-être Emmanuel Macron et qu’elle sera battue au nom du « front contre le fascisme ». François Fillon a déjà dit qu’il axerait en ce sens sa campagne du second tour. Et Macron en fera de même au nom de l’Europe et de l’ouverture de la France sur l’extérieur. Les difficultés que Mélenchon rencontre avec les cadres du PCF vont certainement s’accroître, certains militants de ce parti pousseront sans doute les votes vers Benoît Hamon au motif de préserver les alliances locales entre le PCF et le P « S ».

     

    Benoît Hamon sauve le P « S »

     

    Hamon, homme d’appareil, a été placé en tête parce qu’il connaissait mieux le parti que Montebourg. C’est aussi ce qu’avait fait Fillon : il a gagné la primaire des Républicains parce qu’il avait avec lui l’appareil. La candidature d’Hamon si elle élimine de fait Mélenchon et la gauche du second tour a aussi d’autres effets. D’abord l’élimination de Valls montre que les militants du P « S » ne sont pas proches du virage droitier que ce parti a opéré sous l’impulsion de l’élection de Hollande. Si on additionne les voix de Montebourg et de Hamon, c’est une très large majorité qui se dessine dans ce parti contre une politique libérale, une politique de l’offre ou pro-business. Comme en 2005, on constate que la base naturelle du P « S » est à gauche : comme elle avait largement désavoué son encadrement dans le vote du référendum sur le TCE, elle a désavoué toute la politique libérale de Hollande, Macron et Valls. La désignation de Benoît Hamon comme candidat à la présidentielle va ramener le P « S » vers une politique économique plus interventionniste… du moins dans les discours parce qu’une telle politique ne pourra jamais être mise en place dans le cadre européen. En quelque sorte la qualification d’Hamon est un désaveu de plus pour Hollande et les siens qui ont gouverné aussi bien contre le peuple que contre leurs électeurs.

      

    Les présidentielles en ordre de marche

    Une partie des cadres du P « S » s’est déjà ralliée à Macron[1], et cela va sans doute s’accélérer justement à cause de l’adoubement d’Hamon comme candidat. Parmi eux on compte des poids lourds comme on dit, Gérard Collomb, le maire de Lyon, et peut-être demain Ségolène Royal. On voit aujourd’hui qu’Alain Minc rejoint le camp Macron, ce qui est de mauvais augure pour faire pencher un peu (vraiment un peu) le candidat-banquier vers la gauche[2]. Mais c’est seulement un effet passager et cela ne concerne guère les militants ou même les sympathisants. La première raison c’est qu’En marche n’est pas un parti, c’est simplement un véhicule pour Macron, or les politiciens de profession ont besoin d’un parti pour se faire élire et obtenir des mandats rémunérateurs. Cambadelis a déjà prévenu que tous les « socialistes » qui ne soutiendront pas le candidat issu des primaires n’auront pas d’investiture. Ce qui veut dire en clair que ceux qui soutiendront Macron auront face à eux un candidat étiqueté P « S ». A la suite de l’auto-élimination de Hollande de cette course à la présidentielle, beaucoup ont anticipé la fin du P « S », le terme de « social-traître » lui collant à la peau. C’était aller un peu vite en besogne, en oubliant ce qu’on peut appeler les effets de structure. Or le P « S » est d’abord un parti de notables très structuré justement. Ce n’est pas le cas d’En marche, ni même de la France insoumise. Les cadres du P « S » vont vite comprendre que sans un virage à gauche, ils n’ont pas d’avenir professionnel. C’est en ce sens qu’Hamon va permettre à moyen terme au P « S » de revenir progressivement sur le devant de la scène en gauchissant son discours, surtout si Mélenchon ne se qualifie pas pour le second tour. Certes il va y avoir sans doute des défections du côté des soutiens de Macron, mais cela ne peut être que marginal et n’entraînera pas une scission au P « S ». La plupart des élus du P « S » savent que s’ils jouaient à fond le jeu de la rupture, leur avenir serait celui d’un MODEM, c’est-à-dire rien. Même Manuel Valls ne prendra pas le risque de s’éloigner du P « S ».

     

    L’avenir de Benoît Hamon

     

    Hamon fera un faible score à la présidentielle, non seulement parce qu’il a à sa gauche Mélenchon et qu’il est encore moins clair que lui sur la question de l’Europe, mais aussi parce que sur les problèmes dit de société – la place de l’Islam par exemple – il n’est pas très clair[3], sans parler des imbécilités sur la place des femmes dans les cafés dans l’ancien temps, une manière de relativiser en 2016 l’ostracisme dont les femmes sont victimes de la part de certains musulmans[4]. Ce qui fait apparaître souvent cette gauche communautariste comme archaïque et dépassée dans sa défense d’une religion rétrograde.

      

    Les présidentielles en ordre de marche

    Mais même en cas de défaite au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, Benoît Hamon deviendra l’homme fort du P « S ». Là où il diffère de Ségolène Royal qui pensait pouvoir en 2007 s’emparer du parti, c’est qu’il est d’abord un homme d’appareil. Ensuite que ce soit Macron ou plus probablement Fillon qui soit élu, la politique libérale qui sera mise en place sous la houlette de Bruxelles va aviver les tensions et permettre au P « S » de se refaire une santé en tant que premier parti d’opposition. Il est assez facile de prévoir que les recettes libérales dans un cadre européiste sont incapables de répondre aux attentes du pays. Mélenchon ne sera pas en mesure de créer un parti de gauche puissant et organisé pour contrebalancer le poids du P « S », il faudrait en effet pour cela que le PCF accepte de disparaître et de se fondre dans un nouveau parti. Et cela d’autant que 2017 est sa dernière bataille politique d’envergure.

     

    Conclusion

     

    Reste que de jour en jour va devenir de plus en plus urgent de sortir d’une Europe en voie d’effondrement. Et dans le contexte d’une crise bancaire annoncée, on voit mal comment y faire face avec la généralisation du revenu universel, même si on démontre qu’il est possible de financer facilement ce revenu de substitution, ce que je crois possible mais sans avenir. L’inconnue reste encore à ce  jour l’attitude de Marine Le Pen dans cette campagne qui s’ouvre maintenant. Comme on l’a remarqué, elle n’est pas encore entrée dans la bataille, elle restée plutôt discrète. On sait que son parti est traversé par des tendances contradictoires, d’un côté une ligne plus sociale incarnée par Philippot et de l’autre une ligne plus dure et plus libérale, celle de Marion Maréchal-Le Pen. La seconde ligne est compatible avec une alliance avec Fillon, la première non. Mais le FN a-t-il vraiment l’intention de gouverner un jour ?

     

     


    [1] http://www.la-croix.com/France/Politique/Qui-soutient-Emmanuel-Macron-2016-12-12-1200809961

    [2] http://www.lejdd.fr/Politique/Le-soutien-d-Alain-Minc-a-Emmanuel-Macron-raille-de-toutes-parts-841918. Certains ont traité Minc d’opportunisme dans ce ralliement. C’est bien possible, mais en réalité il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre les idées de Minc et celles de Macron.

    [3] http://www.liberation.fr/france/2016/07/10/benoit-hamon-et-gerald-darmanin-sur-l-islam-une-hysterie-politique-tres-dangereuse_1465341

    [4] http://www.marianne.net/cafes-interdits-aux-femmes-france-benoit-hamon-relativise-100248717.html

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    « La solution de nos problèmes économiques... une union douanière, un marché libre, un système bancaire et des taux de change stables en Europe, vers une union monétaire européenne. » Herman Goering, juillet 1940

     Oliver Delorme, 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe, Olivier Delorme, H&0 

    C’est selon moi un ouvrage que tous les « gens de gauche » qui sont axés dans la lutte antifasciste et qui voient dans le FN le danger le plus immédiat devraient lire d’urgence, ils verraient que le fascisme n’est pas où on croit qu’il gîte et que l’ennemi principal n’est pas forcément le Front National[1]. La priorité avant de pouvoir faire de la politique, c’est de sortir de l’Union européenne et bien sûr de l’euro.

     

    Du IIIème Reich à l’Union européenne

     

    Bien que les intentions d’Olivier Delorme soient semblables à celles de Coralie Delaume et David Cayla[2] – il est urgent de sortir de l’Europe et de remettre tout à plat – son livre est très différent dans la forme. Il s’attaque d’abord à la formation du projet européen. Il montre clairement que ce projet mortifère a été concocté principalement par des hommes de droite, souvent proches de la collaboration, souvent aussi proches du Vatican qui a toujours vu d’un mauvais œil l’émancipation des nations dans un cadre laïque. Tous les pères fondateurs de l’Europe comme on les appelle bêtement ont été aussi les employés des Américains durant la Guerre froide et son soudés entre eux par un anticommunisme primaire autant que par leur goût de l’argent. Faut-il rappeler que Jean Monnet était banquier ? Bien avant le sinistre Barroso, ils ont appris à se recycler dans les boutiques louches qui sponsorisent pour leur profit le développement d’une Europe libérale. Aucun de ces hommes n’eut un rôle actif dans la Résistance de leur pays. Et pour cause ! Le IIIème Reich était déjà un projet européen supranational. Olivier Delorme va montrer d’une manière convaincante qu’il y a une continuité de Metternich à Jean-Claude Juncker pour créer une Europe supranationale sous domination germanique. Dans le même temps il montre assez facilement que ces projets n’ont jamais réussi à produire autre chose que le désordre à grande échelle, les entités nationales refusant de se laisser soumettre.

     Oliver Delorme, 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe, Olivier Delorme, H&0

    L'Union européenne comme le Vatican distribue des images pieuses 

    On sait le peu de goût que Jean Monnet et Robert Schuman[3] avaient pour la démocratie, et comment ils faisaient tout pour faire avancer leur projet dans l’ombre, jusqu’à ce que les citoyens soient mis devant le fait accompli et ne puissent plus revenir en arrière. C’est la deuxième caractéristique de l’Europe : démontrer qu’on peut se passer de la démocratie et remplacer celle-ci par un gouvernement d’experts – la fameuse gouvernance – qui nous indique la voie unique à suivre.  

    Pour Olivier Delorme il s’agit avec la construction de l’Union européenne de mettre en place une sorte de « fascisme mou », c’est le mot fort juste qu’il emploie, qui a remplacé les tanks par la maîtrise de la monnaie et de la construction des règles. L’Union européenne au fur et à mesure qu’elle perd de ses soutiens, devient de plus en plus autoritaire et punitive. Etant incapable de produire des résultats politiques et économiques positifs, elle désigne tel ou tel peuple, telle ou telle catégorie de la population comme coupable. Dernièrement ce furent les malheureux Grecs qui subirent les conséquences de cette tendance.

    Je propose pour ma part que quand nous sortirons de l’Union européenne on débaptise une fois pour toutes les rues et les lycées ou les institutions publiques qui portent le nom de Jean Monnet ou celui de Robert Schuman. Pour moi c’est un peu comme si un lycée s’appelait le lycée du Maréchal Pétain ou le lycée Adolf Hitler.

     Oliver Delorme, 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe, Olivier Delorme, H&0 

    Dissimuler et agir

     

    Les pères fondateurs de l’Europe moderne ont  toujours avancé masqués, sans dévoiler leurs véritables intentions parce qu’ils savaient que dans le conteste de la Libération ont les auraient cloués au pilori. Ils ont donc préféré les petites réunions furtives, déjà financées par le grand patronat, à la lumière du jour. Ils ont donc avancé à petits pas, en se débrouillant pour qu’on ne puisse revenir en arrière.

    Cette volonté de cacher ses intentions est d’ailleurs aujourd’hui encore la marque permanente de l’action des bureaucrates de l’Union européenne. Que ce soit dans la transformation de l’Union en un espace qui soit la pointe avancée du néo-libéralisme – les sociaux-démocrates ont couvert cette tendance au motif qu’après l’Europe économique on ferait l’Europe sociale – ou que ce soit dans les négociations de CETA et de TAFTA dont on cache le plus possible les enjeux véritables. En vérité le but était exactement le contraire de celui affiché : il s’agissait de détruire l’Etat providence comme l’avouera bien naïvement Hans Werner Sinn, le patron de l’IFO et le chantre d’un libéralisme autoritaire et sauvage[4]. Il fallait donc se voiler vraiment la face pour ne pas voir dès 2005 et le débat sur le TCE quel était le but ultime de l’UE. Dans cet article très éclairant Sinn déclarait d’ailleurs que les migrations étaient l’outil adéquat pour détruire définitivement l’Etat providence. Certes il parlait des migrations internes à l’Union européenne, mais on comprend bien que si celles-ci ne suffisent pas on peut en générer d’autres comme l’a assumé Merkel en 2015 sous le couvert de la générosité européiste.

     

    L’Europe c’est la paix

     

    Delorme va s’en prendre ensuite au misérable slogan l’Europe c’est la paix comme si cela justifiait tous les sacrifices et notre mise en esclavage progressive. S’il y a eu la paix en Europe pendant de longues années, ce n’est pas dû à l’institution européenne qui n’avait strictement aucune importance entre 1945 et 1983, mais à deux phénomènes conjoints :

    - d’abord chaque pays construisait son modèle de développement autonome, et la prospérité revenue, la guerre n’avait aucun sens. Dire que l’Europe serait facteur de paix c’est oublier que la guerre est presque toujours le résultat de difficultés économiques. Lorsqu’Hitler déclenche la guerre que l’on sait, c’est parce qu’il a dans l’idée – outre celle de faire l’Europe – de construire une économie de pillage pour satisfaire les besoins de son peuple[5] ;

    - ensuite parce que l’Union européenne est aussi un facteur de guerre dans ses marges, que ce soit en Ukraine ou dans l’ex-Yougoslavie, ou que ce soit dans ses velléités de construire une Europe de la défense au service de l’OTAN en désignant la Russie comme l’ennemi. L’Union européenne apparaît ainsi comme un facteur de Guerre froide à perpétuité. Mais n’est-ce pas le meilleur moyen d’affirmer son existence que de se créer un ennemi ? On note que les peuples européens sont cependant assez sceptiques face à la nécessité de partir en guerre contre Poutine, fusse au travers de sanctions économiques. C’est là une nouvelle divergence entre l’élite et le peuple[6].

     Oliver Delorme, 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe, Olivier Delorme, H&0 

    On peut ajouter que l’Europe est entrée aussi en guerre contre les pays du Sud, à commencer par la Grèce que l’Allemagne pille et torture allégrement avec la bénédiction de la France et des autres pays du Nord. Delorme laisse entendre d’ailleurs que l’Allemagne se venge des Grecs qui ont été un pays de Résistance au moment de la Seconde Guerre mondiale. Le résultat est que les Grecs sont devenus très anti-allemands et pour très longtemps.

     

    La sortie de l’euro et de l’Union européenne

     

    Delorme analyse aussi la possibilité de sortir de l’euro et de l’Union européenne, le Brexit, comme la possibilité pour le Danemark et la Suède de ne pas avoir à user de l’euro ne sont pas des handicaps, bien au contraire. En effet comme le savent les économistes depuis la fin du XVIIème siècle, la valeur de la monnaie s’ajuste en fonction des déséquilibres de la balance commerciale : si la balance commerciale est déficitaire, la valeur de la monnaie baisse, si elle est excédentaire la valeur de la monnaie augmente. Cela engendre des mouvements de prix sur les biens importés et exportés qui permettent de rééquilibrer le solde. Dans la mesure où l’euro gèle la parité des monnaies pour l’éternité entre les différents pays qui l’utilisent, les pays riches deviennent de plus en plus riches et les  pays pauvres de plus en plus pauvres. Une partie de la relative bonne santé de l’économie britannique provient d’ailleurs de la possibilité de dévaluer la livre lorsque le besoin s’en fait sentir.

    L’euro est devenu un carcan, sauf pour ceux qui se trouvent sur la bonne trajectoire ou qui ont su bien négocier le taux d’entrée dans l’euro, comme l’Allemagne. Sans l’euro l’Allemagne ne serait pas grand-chose. 

    Oliver Delorme, 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe, Olivier Delorme, H&0

    L'union européenne est censée représenter une nouvelle jeunesse 

    Evidemment si on est entré dans l’euro on peut en sortir contrairement à ce que nous affirme la propagande. C’est le principe même de la vie politique et de ses incertitudes de pouvoir être réversible. Si on s’est trompé avec l’euro, et bien il faut revenir en arrière sauf à démontrer qu’avec l’euro on vit mieux qu’avant, sauf si on a l’esprit borné et pour tout dire germanique de croire à l’éternité d’une règle en la matière. Mais après tout les Allemands pensaient que le IIIème Reich durerait 1000 ans. L’avantage de sortir de l’euro est que le pays qui en sort retrouve directement la maitrise de son destin, récupère les moyens politiques que sont le budget et l’émission de la monnaie. Mais il va voir aussi grâce à l’inflation ainsi générée ses dettes relibellées en monnaie nationale diminuer. Delorme rappelle d’ailleurs que toutes les dettes publiques se sont soldées aussi bien par de l’inflation que par de la croissance, et jamais par la potion amère de l’abominable docteur Schaüble qui propose année après année un tour de vis supplémentaire. On rappelle d’ailleurs que les purges ont commencé en Grèce en 2005 avec soi-disant pour but de retrouver la croissance et de faire baisser les dettes : dix ans après on n’a eu ni l’un ni l’autre et les Grecs sombrent dans la misère avec un pays qui est en train de se faire dépecer notamment par les prédateurs allemands qui bradent eux-mêmes et pour eux-mêmes les biens publics de la Grèce grâce à une succession de memoranda auxquels Tsipras n’a pas eu le courage de s’opposer.

    Bien entendu la sortie de l’Union européenne doit être maîtrisée : il faut évidemment pour cela mettre en place un système de contrôle des flux de capitaux, mais également renationaliser le crédit non seulement en reprenant le contrôle de la Banque de France, mais aussi en produisant une séparation effective entre banques d’affaire et banques de dépôt. Delorme pense également qu’une banque nationale serait nécessaire pour susciter des investissements dans des secteurs clés. On pourrait également proposer des mesures complémentaires comme la renationalisation des autoroutes, de la SNCF, de Gaz de France, etc. Toute ces choses qui vont redonner de la puissance à un Etat stratège au moment où il faut se poser la question non seulement d’une transition énergétique, mais d’une transition tout court vers un modèle différent où on ne vise plus la production pour la production, mais où on partirait de la satisfaction des besoins plutôt que de la nécessité d’       accumuler du profit.

     

    Conclusion

     

    Evidemment puisqu’en j’en partage la plupart des idées je dirais que c’est un très bon livre. Un livre très dense et utile en tous les cas pour accélérer le débat sur cette épineuse question. Le titre annonce qu’il y a en réalité trente courts chapitres, on aurait pu en ajouter encore plein d’autres, ou encore chacun  de ces chapitres aurait pu donner naissance à un ouvrage singulier. C’est bien rédigé, très clair, encore qu’on peut regretter que toutes les sources de l’auteur ne soient pas citées. Delorme revient sur ce secret de Polichinelle : les bureaucrates européens sont non seulement menteurs et lâches, mais aussi complètement corrompus, avec une mention spéciale pour les économistes qui ont été achetés par wagons entiers pour justifier de ce projet moisi. Quand on est économiste et qu’on travaille pour la Commission européenne, on peut gagner pas mal d’argent à l’instar de Jean Pisani-Ferry, économiste médiocre, mais habile à se promener dans les couloirs de Bruxelles.

    Il y a de la passion dans le texte et fort justement Delorme est scandalisé par le sort qu’on a fait aux Grecs dont le pays se trouve à l’agonie tandis que les européistes de profession prennent des gants pour négocier avec le maître chanteur d’Istanbul, alors même que l’opinion européenne est très majoritairement hostile à ce que les Turcs intègrent un jour l’Europe. Mais si les Européens sont si lâches avec la Turquie, c’est non seulement parce que les Américains veulent la conserver dans l’OTAN, mais encore parce que l’Allemagne a des liens anciens avec ce pays, tandis qu’elle a toujours méprisé la Grèce. Delorme décrit aussi très bien le processus de corruption généralisé de la Commission européenne en donnant des noms en citant des faits, il est d’ailleurs remarquable que la Commission européenne recycle de façon permanente des politicards qui se sont fait désavouer dans leur propre pays, c’est vrai pour Barroso, c’est vrai pour Tusk et aussi quelques autres.

     

     


    [1] Je précise pour pas qu’on vienne m’ennuyer avec ça que je ne vote pas FN, et que je ne préconise aucune alliance électorale avec lui.

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/coralie-delaume-et-david-cayla-michalon-la-fin-de-l-union-europeenne-2-a128021348

    [3] https://www.upr.fr/dossiers-de-fond/la-face-cachee-de-robert-schuman

    [4] Hans-Wemer Sinn, « Union sociale, migrations et constitution européenne », Commentaire, n° 109, 2005. 

    [5] Goetz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, Flammarion, 2005.

    [6] http://www.toutdz.com/sanctions-contre-la-russie-americains-et-europeens-partages-sondage/

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  •  Coralie Delaume et David Cayla, Michalon, La fin de l’Union européenne, 2017

    Il y a une certaine logique à voir arriver en ce début d’année 2017 plusieurs livres importants et critiques sur l’Union européenne, notamment 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe d'Olivier Delorme. On connaissait Coralie Delaume aussi bien pour son travail de journaliste free-lance que pour son très bon ouvrage, Europe, les Etats désunis, paru il y a trois ans maintenant chez Michalon. Ici elle s’est associé avec David Cayla pour muscler un peu l’analyse économique de ce naufrage définitif. Il est d’ailleurs assez facile de deviner qui a écrit quoi puisque les parties plus strictement économiques sont écrites plus sèchement, alors que Coralie Delaume se laisse aller à un style plus mordant et plus ironique. Cet ouvrage tombe à pic aussi puisque durant la longue campagne pour les présidentielle il sera forcément question de ce qu’on fera avec l’Union européenne. Pour moi il va de soi que si on continue de respecter les traités européens au nom d’un engagement passé, il n’est même pas besoin de changer de président et de voter pour une nouvelle majorité. A quelques détails près, rien ne pourra changer fondamentalement. On pourrait dire que l’alignement sur Bruxelles empêche la France d’avoir une véritable alternance et l’amène à avoir une politique unique qui consacre sa décomposition jour après jour, de Mitterrand à Chirac, de Chirac à Sarkozy ou de Sarkozy à Hollande. Le programme de François Fillon pour l’Europe brille par son vide : il n’y a aucune proposition concrète – son idée est que si l’Europe ne marche pas, et bien il en faut encore un petit peu plus, c’est aussi le même genre de baratin qu’on trouve chez Macron – et c’est sans doute pour cela qu’il est aussi en train de dévisser dans les sondages[1].  

    Coralie Delaume et David Cayla, Michalon, La fin de l’Union européenne, 2017

    Le but de cet ouvrage est de montrer que la construction européenne, le marché unique adossé à la monnaie unique ne fonctionne pas, et donc qu’elle ne peut que se défaire, qu’elle est même en train de se défaire sous nos yeux, même si comme un canard sans tête elle continue à courir sur son erre. Pour démontrer l’inanité de cette construction, nos deux auteurs auraient pu tout à fait écrire un ouvrage de 1000 ou 2000 pages, il y a de quoi faire avec cette bureaucratie informe. 

    La post-démocratie comme idéal européiste 

    Ils vont donc commencer par montrer que l’Union européenne ne peut pas s’amender et que les référendums qu’elle perd les uns derrière les autres et qui sont chaque fois comme des gifles la pousse à sortir de la démocratie. Jusqu’évidemment à ce qu’un pays, en l’occurrence le Royaume Uni choisisse d’en finir avec cette farce et d’en partir. Nous sommes rentrés d’ailleurs avec l’Union européenne et ses pratiques douteuses dans l’ère de la post-démocratie[2]. Tout cela montre que l’adhésion au projet européen n’existe quasiment plus. Et maintenant l 'Union européenne ne fonctionne plus que sur la peur : on voit par exemple qu’on menace les britanniques de terribles sanctions pour faire un exemple et punir leur conduite déviante[3].

    En matière de punition les Grecs en connaissent un rayon. Le long et excellent chapitre que les auteurs consacrent à la Grèce montre, non seulement que l’Europe sous domination allemande écrase ce petit pays, le dépouille, l’empêche de retrouver une santé normale, mais qu’en outre pour ce faire elle bafoue ses propres traités ! Le passage de la BCE à un rôle politique dans la gestion de la crise grecque est particulièrement parlant de ce point de vue. Bien entendu cela n’aurait pas pu se passer sans la complaisance, pour ne pas dire plus, de Tsipras qui a avalé les pires couleuvres et qui continue à en avaler encore. D’ailleurs l’épisode sinistre de l’écrasement de Tsipras par la canaille bruxelloise, Jeroen Dijsselbloem en tête qui se permet encore et encore d’ironiser, nous enseigne qu’avec  l’Eurogroupe ou la Commission européenne il n’y a rien à négocier, et donc qu’il faut se préparer à une sortie unilatérale ce que les malheureux Grecs n’ont pas fait malgré les promesses de Tsipras qui a bafoué en permanence le vote de ses électeurs et qui finira dans les poubelles de l’histoire. 

    L’Europe et la polarisation industrielle 

    Coralie Delaume et David Cayla, Michalon, La fin de l’Union européenne, 2017 

    L’Europe est pour nos auteurs une Europe sous domination allemande. Et cela provient du fait que les mécanismes de son fonctionnement, par le marché et pour le marché, aboutit par la libre circulation des biens, des capitaux et des hommes, à concentrer les énergies sur l’Allemagne. C’est d’ailleurs la logique même de la concurrence que d’éliminer les productions les moins compétitives et donc de rendre inutiles la production industrielle des pays périphériques. Au cœur de l’Europe, l’Allemagne possède de multiples avantages : l’ancienneté de son industrie, son éducation, mais aussi sa position stratégique sur le continent entre l’Est et l’Ouest qui lui a permis de rafler la mise de l’effondrement des pays communistes. Nos deux auteurs pensent que ce sont avec les réformes Schröder ce qui a renforcé leur position industrielle. Ce passage est très intéressant aussi et explique bien des choses et suffit à expliquer que l’Europe n’a pas d’avenir, à moins évidemment de considérer que l’idée même de nation n’a pas d’avenir non plus.

    Il aurait été bon ici cependant de montrer comment l’euro a été une aubaine pour l’Allemagne pour asseoir sa prééminence. En effet l’euro a en quelque sorte permis une dévaluation du mark et une réévaluation du franc, figeant ensuite pour de longues années un taux de change déraisonnable pour notre pays. Dans le graphique ci-dessous, on voit clairement que ce ne sont pas les lois Schröder qui n’arrivent qu’en 2005, et qui ne rentreront en vigueur qu’en 2010, ni même le développement des investissements allemands à l’Est ou la réunification qui dopé l’économie allemande, mais bien l’euro qui booste les exportations allemandes dans toute l’Europe. Je rappelle évidemment que dans la théorie classique, la valeur doit s’ajuster par le jeu des réévaluations ou des dévaluations à la compétitivité des économies[4]. 

    Coralie Delaume et David Cayla, Michalon, La fin de l’Union européenne, 2017 

    Balance commerciale de la France et de l’Allemagne 

    Evidemment de telles évolutions équivalent dans la réalité à transférer des emplois de la France vers l’Allemagne. J’ai évalué ce mouvement à 20 000 emplois par an. Ce qui sur 15 ans fait tout de même 300 000 emplois, et probablement plus puisque ces transferts liés à un déficit de la balance commerciale se font d’abord dans le secteur industriel.

    Les auteurs insistent fort justement sur cette idée que seuls ne semblent pas avoir comprise les bureaucrates européens et les économistes à leur service : le commerce étant un jeu à somme nulle, les déficits commerciaux des uns seront les excédents commerciaux des autres[5]. L’Union européenne qui combat si facilement les déficits ne fait strictement rien pour entraver l’Allemagne dans la recherche d’excédents commerciaux toujours plus importants.

    Je fais remarquer que cette question de la polarisation de l’industrie dans une Europe sans frontière n’est pas nouvelle, elle est au cœur de la question du libre-échange. En 1770 l’abbé Galiani mettait en garde les physiocrates sur une ouverture incontrôlée des frontières en matière de commerce de blé. En effet, en prenant en compte les coûts de franchissement de l’espace, cela pouvait amener que la France manque de blés, alors même que ce pays en était le premier producteur, puisque le marché allemand devenait plus proche des régions agricoles françaises que les zones périphériques[6]. 

    La concurrence jusqu’à la mort 

    A partir du moment où l’Union européenne a fait de la concurrence libre et non faussée l’alpha et l’oméga de son existence, il ne faut pas s’étonner si celle-ci aboutit à un processus « non-coopératif ». Que ce soit sur le plan de la fiscalité ou celui du marché du travail, ses traités aboutissent à une régression complète sur tous les plans. Et d’abord sur le plan de la déflation salariale. Or cette déflation salariale si elle permet à quelques-uns d’engranger des millions ou de milliards tue à terme la croissance économique. C’est le retour du bâton de la fameuse théorie de l’offre[7].  Coralie Delaume et David Caya vont détailler le dumping fiscal et salarial, on y verra expliqué le rôle très particulier du Luxembourg qui, justement parce qu’il ne pouvait plus être un pays industriel – anciennement il avait une bonne position dans la sidérurgie – s’est transformé en paradis fiscal qui vit de la fraude généralisée des multinationales. Ils expliquent aussi de la même manière les pratiques de l’Irlande et son refus de faire payer des amendes à ceux qui ont triché. Le dumping salarial est du même tonneau, et le scandale des travailleurs détachés en Europe est emblématique de cette déconfiture. En effet la possibilité des travailleurs détachés engendre une opacité qui facilite la fraude à grande échelle. En France nous avons au moins 300 000 travailleurs détachés et ce nombre augmente tous les jours. Dans un pays où le taux de chômage est très élevé, il s’agit d’une double peine puisque ces travailleurs détachés ne financent pas de la même manière la protection sociale : ils ne rapportent rien aux caisses de l’URSSAF, et ils coûtent en ce sens qu’ils maintiennent une partie de la population au chômage. Nos deux auteurs citent le cas d’une entreprise bretonne qui est enregistrée à Chypre et qui emploie des travailleurs polonais ! On voit que dans ce cas singulier, le rôle de l’inspection du travail ne peut être qu’entravé.

     Coralie Delaume et David Cayla, Michalon, La fin de l’Union européenne, 2017 

    C’est en fait la mise en œuvre des principes de concurrence libre et non faussée qui condamne l’Union européenne à disparaitre. En effet, elle ne peut pas tenir ses promesses d’un espace protégé de croissance forte et de chômage faible. Cette absence de résultats économiques tout simple fait que les peuples européens se détachent les uns après les autres de ce cauchemar. On a beau faire de la pédagogie, le recul du sentiment pro-européen semble non seulement irréversible mais aussi très rapide. Tant le tableau ci-dessous, seule l’Allemagne qui est le pays qui en profite le plus, était  favorable à plus d’intégration. Mais c’était en 2013 ! Or depuis la crise des migrants a changé la donne, et le parti AfD est devenu puissant ancrant durablement le pays dans l’idée qu’on ne peut pas aller plus loin dans l’intégration européenne, à moins bien sûr de violer une fois de plus la volonté populaire et la plus élémentaire des formes de la démocratie.

     Coralie Delaume et David Cayla, Michalon, La fin de l’Union européenne, 2017 

    Des sondages plus récents du très sérieux Pew Research Center, montrent que la défiance vis-à-vis de l’Union européenne s’est encore aggravée. Notez que le sentiment anti-européen en France est encore pire qu’au Royaume Uni, ce qui veut dire assez clairement qu’un référendum sur cette question de l’appartenance ou non à l’Union européenne serait perdu dans les grandes largeurs. Il n’y a donc plus que le choix de gouverner contre le peuple et de ne plus lui demander son avis sur rien, étant donné que le peuple est con et ne comprend rien. D’ailleurs on y pense sérieusement. Jacques Attali, sentant probablement que le Brexit était acté, proposait récemment d’interdire aux peuples de sortir de l’Union européenne et donc de discuter de cette question ! Il prétend ainsi « sanctuariser » le progrès[8]. Evidemment si l’Europe était un progrès ça se saurait, et on n’aurait pas besoin de le justifier. L’Union européenne est donc condamnée selon ses principes mêmes à s’émanciper de la démocratie, il est probable que les Européens le lui pardonneraient si, en contrepartie, les résultats économiques étaient très bons ou simplement bons.  

    Coralie Delaume et David Cayla, Michalon, La fin de l’Union européenne, 2017

    Réformes de structure et droit du travail 

    La loi El Khomri peut être considérée comme le tombeau de la social-démocratie en France et en Europe. Elle a été mise en place par un gouvernement soi-disant de gauche, contre l’avis du peuple et même contre l’avis du parlement, il a fallu avoir recours au 49-3 pour la faire passer. Les manifestations ont été longues et fournies, comme chaque fois qu’un gouvernement s’en va massacrer la protection sociale, que ce soit le droit du travail, les retraites ou la Sécurité sociale. Et c’est pour avoir oublié cela que Hollande doit mettre un terme à sa carrière politique en renonçant à se présenter – ce qui est inédit sous la Vème République. Mélenchon vise juste lorsqu’il annonce que s’il est élu, il commencera par abroger cette loi scélérate. Dans leur ouvrage Coralie Delaume et David Cayla, essaie de relier cette loi fort justement à la fin de l’Union européenne.

     Coralie Delaume et David Cayla, Michalon, La fin de l’Union européenne, 2017 

    En effet, l’Union européenne étant faite pour le marché et par l’application des lois du marché, il est évident que son premier souci est de « libérer » ce qui entrave le « bon fonctionnement » de ce marché. Bien sûr si les bureaucrates européens étaient un peu plus intelligents ou un peu moins corrompus, ils sauraient qu’une telle politique n’a aucune chance d’obtenir des résultats en terme de croissance et d’emploi, parce que et principalement elle ruine la demande – on retrouve encore cette illusion de la théorie de l’offre. Cette démarche politique qui est inscrite dans les gènes de l’Union européenne est fausse sur le plan théorique – Malthus, Sismondi, puis Keynes l’ont démontré – mais elle est fausse aussi sur le plan pratique. C’est en effet la politique du chancelier Brüning qui a amené Hitler au pouvoir, Hitler qui était aussi un farouche européen convaincu comme on le sait[9] ! La loi El Khomri devance en quelque sorte les désidératas de Bruxelles et se calque sur ce que la BCE a exigé de l’Italie et de l’Espagne, avec le peu de succès que l’on sait. La flexibilisation du marché du travail n’apporte que la misère pour les travailleurs et rien d’autre. Si cela marchait, ce sont les pays où le droit du travail a disparu ou n’existe pas qui auraient des performances très élevés en matière de croissance et d’emploi. C’est exactement l’inverse, plus le droit du travail protège les travailleurs et plus le pays est prospère. Si ce que j’avance était faux, la Grèce et l’Espagne seraient aujourd’hui bien plus prospères que la Suède et le Danemark ! 

    Conclusion 

    C’est un très bon livre, très éclairant sur le bricolage peut solide finalement de cette construction européenne à laquelle les auteurs opposent un peu hâtivement une « Europe des projets ». Sur ce dernier point Jacques Sapir a marqué sa critique[10] car il suppose qu’on ne peut pas parler sérieusement d’une fin de l’Union européenne sans parler de ce qui pourrait effectivement la remplacer, la nature ayant horreur du vide. Je ne le rejoindrais pas sur ce point, étant donné que les propositions des deux auteurs sont assez vagues mais simplement là pour montrer qu’à l’inversement le communautarisme à la Delors entraîne bien au contraire le blocage. Je salue aussi ici l’analyse très fine de l’indépendance des boutiques les plus puissantes de l’Union européenne, à savoir la BCE, la Commission européenne et la CJUE. Elles se concoctent en effet des règlements « aux petits oignons », générant elles-mêmes un droit hors sol qui n’a aucune responsabilité et qui ne présente aucun recours possible. D’ailleurs la plus pernicieuse de ces trois boutiques est la CJUE (Cour de Justice de l’Union Européenne) qui est basé au Luxembourg. C’est elle qui impose de limiter le droit du travail, le droit de grève, voire de l’interdire purement et simplement comme elle l’a fait dans le cas des délocalisations. Elle ne tolère qu’un syndicalisme très limité. Il va de soi que les syndicalistes rien que parce que cette boutique existent devraient exiger la dissolution de l’Union européenne. Mais si la CJUE tranche toujours en faveur du patronat et des multinationales, est-ce par idéologie pure ? En fonction d’un préjugé théorique sur l’efficacité des marchés ? Je ne le pense pas. C’est le point que Coralie Delaume et David Cayla ne tranchent pas. Certes on comprend bien que les bureaucrates de ces trois puissances obscures qui font la pluie et le beau temps ont un intérêt à maintenir leur pouvoir et donc à continuer à imposer des contraintes mortifères. Le destin d’une bureaucratie est toujours de vouloir se reproduire.

     Coralie Delaume et David Cayla, Michalon, La fin de l’Union européenne, 2017

    Mais il ne faut pas sous-estimer deux choses : premièrement, c’est que l’Union européenne telle qu’elle fonctionne est une bonne affaire pour l’oligarchie des multinationales qui n’ont pas à s’en plaindre et ce qui explique d’ailleurs que la Commission européenne soit entièrement corrompue, les commissaires européens nourrissant abondamment la rubrique des pots de vins, des bandes et des prébendes[11] ; deuxièmement c’est que les traités européens qui ont servi de base à la formation d’un pouvoir supranational ont tous été sans exceptions concoctés dans des think tanks financés directement par des multinationales américaines comme européennes[12]. Ce qui suffit à montrer que l’Union européenne est un outil particulièrement puissant dans la transformation d’un monde sans frontière et sans Etat, juste régi par les règles de droit et les lois du marché.

    En tous les cas le message est clair, il faut en sortir au plus vite et ne pas tergiverser. Mais l’Union européenne est-elle en train de mourir pour autant ? Peut-être, il serait naïf de l’enterrer aussi vite même si ses résultats sont mauvais dans tous les domaines possibles et imaginables. Elle a une capacité de résistance étonnante, et aussi la patience de l’araignée pour attendre que ses plus virulents contradicteurs finissent par se lasser et par croire que cette construction baroque fait partie du paysage, existe comme une donnée naturelle, comme le vent et la pluie contre lesquels on ne peut rien. Ces gens-là ont beaucoup d’imagination pour détourner l’attention et se faire oublier au bon moment, surtout si un peu de croissance revient, si le chômage baisse un peu.

     



    [1] http://www.atlantico.fr/pepites/francois-fillon-en-baisse-dans-sondages-2927155.html

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/post-democratie-colin-crouch-diaphanes-2013-a117703596

    [3] Le monde qui est devenu un simple journal de propagande européiste, accroit la confusion, il tente de montrer qu’après la démission d’Ivan Rogers, ambassadeur auprès de l’Union européenne, Theresa May devrait renoncer au Brexit parce que trop long et trop compliqué  http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/01/05/theresa-may-le-brexit-et-les-vendeurs-d-illusions_5058321_3214.html, mais dans le même journal on trouve aussi des articles qui nous prouve que le Brexit n’a pas entamé comme promis le dynamisme de l’économie britannique, avec le spectaculaire aveu du gouverneur de la Banque d’Angleterre affirmant qu’il s’est trompé en prédisant la récession, http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/01/06/brexit-le-mea-culpa-de-l-economiste-de-la-banque-d-angleterre_5058897_3234.html. 

    [4] Cette approche est attribuée à William Petty (1623-1687) qui considérait que par le jeu des dévaluations ou des réévaluations, un pays ne pouvait pas avoir d’excédent ou de déficit sur le long terme. Cf. Joseph SchumpeterHistoire de l'analyse économique, t. I L'âge des fondateurs 1re éd. 1954, éd. française Gallimard 1983.

    [5] Contrairement aux idées reçues, les échanges ne tirent pas la croissance : depuis les années soixante-dix, l’ouverture (la mondialisation) s’accélère, alors que la croissance ralentit fortement et a abouti à la crise de 2008 dont nous ne sommes pas encore sorti. C’est une idée commune qu’avaient les mercantilistes au XVIIème et XVIIIème siècle, ce aussi ce qu’avaient compris aussi bien Marx que Keynes. Cf. René Teboul, Histoire de la pensée économique, tome 1, Librairie de l’Université, Aix-en-Provence.

    [6] Ferdinando Galiani, Dialogues sur le commerce des blés (1770), Fayard, 1984.

    [7] http://in-girum-imus.blogg.org/la-porte-entre-ouverte-des-presidentielles-de-2017-a127913586

    [8] http://blogs.lexpress.fr/attali/2016/06/20/sanctuariser-le-progres/

    [9] http://in-girum-imus.blogg.org/dix-citations-sur-l-europe-a117198068

    [10] http://russeurope.hypotheses.org/5577

    [11] http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/10/31/barroso-chez-goldman-sachs-le-comite-d-ethique-europeen-estime-qu-il-n-y-a-pas-d-infraction_5023231_3214.html. Il serait en effet anormal de critiquer Barroso qui va pantoufler chez Goldman & Sachs, boutique qu’il a si bien servie pendant les années où il se trouvait à la tête de la Commission européenne.

    [12] Voir par exemple l’excellent Belén Balanyá, Ann Doherty, Olivier Hoedeman, Adam Ma'anit, Erik Wesselius, Europe inc. comment les multinationales construisent l’Europe et l’économie mondiale, Agone, 2005, ouvrage un peu ancien, mais toujours très bon.

     

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  •  Voter ou ne pas voter, là est la question

    La médiocrité des candidats connus pour l’élection présidentielle permet que l’on se pose sérieusement la question. En effet nous pensons  que la seule politique possible à mettre en place est une politique qui rompe directement avec l’imbécilité de la théorie de l’offre, et donc avec l’idée débile autant que peu efficiente de la compétitivité. Nous avons dit dans un précédent billet que le maintien de la France dans l’Union européenne ne le permettrait pas[1]. Et cela pour deux raisons : la première est que l’Union européenne est composée d’Etats nationaux très disparates aussi bien dans leur trajectoire économique que dans leur histoire, la seconde est que ces disparités pourraient effectivement tendre à disparaitre à la condition de faire de l’Union européenne un véritable Etat fédéral, ce à quoi personne ne tient vraiment.

    Il faut bien comprendre que si nous critiquons avec virulence la théorie de l’offre ce n’est pas par coquetterie intellectuelle, c’est aussi bien parce que celle-ci ne marche pas, n’a jamais marché nulle part – c’est bien elle qui est à l’origine des réformes que le chancelier Brüning mis en mouvement et qui amenèrent Hitler au pouvoir – que parce que l’enjeu d’aujourd’hui n’est pas l’accroissement continu de la production, mais plutôt le partage de la richesse et le partage du travail. Dès lors les candidats potentiels vont se diviser en deux, soit on est conscient de la nocivité de l’Union européenne, soit on en accepte les règles. Les seconds sont des libéraux plus ou moins convaincus de la justesse de cette Europe. On y mettra Fillon, Macron, Valls (s’il passe les primaires du PS) et peut être Bayrou s’il se décide. Les premiers sont représentés par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg s’il passe l’obstacle des primaires du PS. Quelle que soit l’incomplétude de leur programme respectif, ils sont au moins conscients du fait que l’Union européenne est devenue un cauchemar. 

    Le libéralisme en campagne

      Voter ou ne pas voter, là est la question

    Quelle que soit sa forme, les pro-européens assument tous l’idée d’une compétition et donc que le redressement de la France ne peut se réaliser qu’en accélérant les réformes dites de structure qui amélioreront les performances de la France sur les marchés extérieurs. Cette logique bloque obligatoirement toute « réforme sociale » qui se trouve en opposition avec les réformes de structure. Quand vous lisez le livre signé par Emmanuel Macron, Révolution, vous êtes surpris par la cuistrerie du personnage. Le voilà qu’il se présente lui-même comme la crème de la crème de l’élite. Il nous dit qu’il a beaucoup étudié la littérature, l’histoire et l’économie. En vérité on subodore qu’il n’a jamais étudié correctement ces matières, fut-ce dans des Que sais-je ? Faisons lui grâce du fait qu’il confonde Révolution et Contre-révolution, puisqu’en effet, ce qu’il nous propose c’est d’abord un retour en arrière avec les recettes éculées du XIXème siècle[2]. Mais on ne peut pas lui pardonner le fait qu’il ignore complètement les effets de la politique qu’il préconise. Certes c’est un banquier, il n’a jamais travaillé de sa vie, mais tout de même. Une analyse historique de la crise de 2008 montre qu’elle a ses racines dans la déréglementation des marchés en général et des marchés financiers en particuliers. Autrement dit, c’est la purge néo-libérale qu’on a commencé à appliquer à la fin des années soixante-dix qui a engendré le monde sans croissance, sans emploi des années 2000. En outre si Macron avait étudié correctement l’histoire économique, il aurait compris, même en étant un peu bête, que ce sont les mesures austéritaires du Chancelier Brüning – baisse du nombre des fonctionnaires, baisse des salaires, coupes drastiques dans le budget – qui ont prolongé la dépression en Allemagne et amené in fine Hitler au pouvoir.

    Macron est prétentieux et avance pour expliquer le peu de reconnaissance du ventre qu’il manifeste face à Hollande, qu’il a été entravé dans sa volonté réformatrice. C’est une manière sournoise de se débarrasser d’une interrogation sur son bilan plutôt négatif en tant qu’initiateur de la politique malheureuse de Hollande. Il fait en effet semblant d’oublier qu’Hollande a beaucoup réformé : que ce soit le CICE qui coûte 20 milliards d’euros à l’Etat par an et que les contribuables devront financer ou que ce soit le dé-tricotage avec la maudite loi El Khomri. En bref, Macron n’a plus de grande réforme de structure à proposer et c’est sans doute pour cela qu’il est plutôt muet et flou sur son programme véritable.

      Voter ou ne pas voter, là est la question

    Mais alors peut-on dire qu’il y a une différence entre Macron et Fillon ? Sur le fond il n’y en a pas : c’est le même programme de déflation salariale et de transfert vers le privé de tout ce qui peut représenter un service collectif. La différence se joue dans la présentation de ce sinistre programme. Macron se présente comme un jeune cadre moderne et innovant qui réclame une adhésion  à sa personne, il le fait à la manière d’un gourou, et ses meetings ressemblent tout à fait à cela. Il hurle, il trépigne, c’est tout juste s’il ne termine pas ce triste spectacle la bave aux lèvres. Il a un sourire aussi bizarre que faux qui rappelle un peu les Témoins de Jéhovah qui viennent le dimanche matin vous réveiller pour vendre leur soupe aigre. Fillon joue le rôle du mauvais, planqué derrière ses gros sourcils, il nous promet la trique pour les années à venir : la baisse des salaires, la baisse de la  couverture sociale et la hausse des durées travaillés. Il veut également limiter l’activité syndicale et promet d’envoyer les gendarmes à qui protesterait[3]. Au passage je fais remarquer que si c’était Marine Le Pen qui avait avancé cette idée, on aurait crié au fascisme, à juste titre, mais comme c’est l’homme aux gros sourcils qui le dit, on laisse glisser, et au besoin « on » votera pour lui pour faire barrage à Marine Le Pen si elle se retrouve en face de lui au second tour des élections présidentielles. On note que lui non plus n’a pas à se plaindre de la couverture médiatique, l’oligarchie a bien aujourd’hui deux fers au feu.

      Voter ou ne pas voter, là est la question

    Le troisième candidat du parti libéral est Manuel Valls. L’homme qui voudrait bien que le P « S » change de nom afin qu’on ne le confonde plus avec un parti anticapitaliste qui viserait à limiter les lois du marché. Il est pro-européen et pro-business, ce qui est au fond la même chose. Contrairement à ce qu’on pourrait croire il est le membre le moins dangereux de cette sinistre trilogie. Si Macron joue les truands et Fillon les brutes, Valls se verrait bien dans le rôle du bon. Certes il a le handicap d’avoir fait passer la loi El Khomri à coups de 49-3, mais il ne propose pas de démanteler la Sécurité sociale et de tout privatiser. 

    L’avenir de la gauche et le candidat du P « S »

     Voter ou ne pas voter, là est la question

    La gauche des ténèbres ! 

    On se pose la question de savoir si la gauche peut arriver au second tour. La réponse est positive, la droite n’a pas encore gagné. Des signes avant-coureurs montrent même que cela va lui être difficile. On se rend compte par exemple que les sondages sont très volatiles. Ces dernières semaines, passé l’euphorie de la victoire des primaires LR, Fillon a lourdement reculé[4]. On suppose même que Macron pourrait le devancer ! C’est en réalité la primaire du P « S » qui va en décider. En effet, si le P « S » adoube comme candidat Valls, les votes de droite se perdront entre Fillon, Macron et Valls. Dans ce cas-là Mélenchon a une chance d’arriver au deuxième tour et de battre Marine Le Pen. On pourrait avoir un résultat du premier tour comme suit : Fillon à 19% Macron à 15% et Valls à 12% et Marine Le Pen à 31%. Dans ce cas de figure Mélenchon à 20% ce n’est pas déraisonnable. Par contre si le P « S » choisit Montebourg comme candidat, alors il est clair qu’au mieux Mélenchon finira troisième et l’abominable Fillon sera élu. 

    Bien que les sondages soient incertains, la primaire P « S » va se jouer entre Montebourg et Valls. Ce dernier est en tête des sondages, cependant il risque de perdre au deuxième tour en cas d’une alliance entre Hamon et Montebourg. Dans ce cas-là les voix de gauche se disperseraient et on aurait un deuxième tour entre Fillon et Marine Le Pen qui serait favorable à l’homme aux gros sourcils.

     Voter ou ne pas voter, là est la question 

    Les primaires du P « S » quoi qu’on pense de ce parti sont en train de mettre de l’ordre. Des candidats comme Hamon ou Peillon se sont rapidement ridiculisés, et chaque fois autour de la question du communautarisme et de la place de la religion dans la cité. Hamon qui se targue de lutter contre l’islamophobie a relativisé l’empreinte de la religion dans certaines zones de la banlieue parisienne où la communauté musulmane est importante et où les femmes ont des difficultés à s’affirmer[5]. Peillon s’est fait reprendre vertement pour son approche contestable de la laïcité allant jusqu’à dire que les juifs ont souffert durant l’Occupation d’un excès de laïcité[6] ! Vous remarquerez que ce sont deux anciens ministres de l’éducation qui ont sorti de pareilles âneries et qui montrent à tout le moins qu’ils ne sont pas très fermes dans leurs convictions politique. 

    Mélenchon encore un effort ! 

    Hamon s’est trompé de cible, il a enfourché le cheval de bataille du revenu universel pour tenter de démontrer qu’il était bien de gauche. Mais c’est raté, d’abord parce qu’une partie de la droite revendique elle aussi un revenu universel qui remplacerait toutes les autres allocations sociales, ensuite parce que cette mesure figerait les inégalités sociales telles qu’elles sont aujourd’hui. Je passe sur le fait que le déploiement d’une telle mesure n’entamerait en rien la nocivité de la loi des marchés[7]. Cela apparaîtra rapidement comme une mesure démagogique. Manuel Valls ne s’y est pas trompé qui lui aussi pour se donner une image de gauche avance que le revenu universel est une bonne mesure.

    Il reste donc que Mélenchon apparait comme le seul candidat effectivement de gauche. Le seul ennui est son manque de clarté vis-à-vis de la question européenne. La situation économique et sociale demande aujourd’hui des mesures fortes et rapides. Quelles que soient les bonnes intentions de nos partenaires européens, la France ne peut pas perdre 5 ou 10 ans dans la discussion d’une refonte des traités européens. Il faut prendre des mesures fortes qui soient en rupture avec la théorie de l’offre et l’imbécilité d’une compétition entre les nations par l’abaissement du coût du travail. S’il est vrai que Mélenchon manifeste une vraie critique de l’Union européenne et de son fonctionnement, il n’a fait que la moitié du chemin en cinq ans, il est passé de l’idée d’une Europe sociale à l’idée d’un plan B par la voie de la renégociation des traités.

     Voter ou ne pas voter, là est la question
     

    Nous connaissons la Commission européenne et l’Eurogroupe pour savoir comment leurs bureaucrates sont capables de faire traîner les choses en longueur pour finalement durcir de plus en plus leurs exigences. On les a vus à l’œuvre avec Tsipras. Et ils commencent à montrer les dents contre le Royaume-Uni qui a osé l’émancipation. Leur logique est de punir, comme ils ont puni les Grecs d’avoir élu Tsipras et de voter non aux propositions mortifères de l’Union européenne. Tout cela pour dire que si Mélenchon élu président perd son temps à discutailler avec la Commission européenne et qu’il ne sorte pas d’un bloc d’un seul et tout de suite de la monnaie unique, il n’aura aucun résultat économique et social valable et son action sera présentée comme un échec. Il faut être très clair dès maintenant pour sortir de l’euro et de l’UE, il faut une alliance large de tous les anti-européens sans restriction. Non seulement c’est la condition nécessaire pour refaire de la politique, mais c’est la condition nécessaire pour faire une politique dite de gauche contre les inégalités, contre la finance et pour une transformation de notre vieux modèle de production archaïque axé sur la croissance et l’industrie.

    Ainsi que l’a souligné plusieurs fois Sapir, les anti-européens sont majoritaires dans notre pays, c’est également démontré par les sondages du Pew Research Center. Mais la séparation entre les différents courants permet depuis des années à la même ligne politique de s’imposer, qu’elle prenne le masque de Sarkozy, celui de Hollande ou encore celui de Fillon et Macron. Je pense que si on veut revenir au programme du CNR, ce que beaucoup à gauche voudraient, il faut avoir une vision large et patriotique, sans exclusive de la défense de l’intérêt général.

     

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/la-porte-entre-ouverte-des-presidentielles-de-2017-a127913586

    [3] http://www.boursorama.com/forum-politique-fillon-promet-d-envoyer-la-gendarmerie-443819541-1

    [4] http://www.atlantico.fr/pepites/francois-fillon-en-baisse-dans-sondages-2927155.html

    [5] http://www.marianne.net/hamon-les-femmes-interdites-cafes-religion-beauferie-gauche-100248775.html

    [6] http://www.marianne.net/vincent-peillon-relie-laicite-au-port-etoile-jaune-impose-aux-juifs-100248967.html

    [7] http://in-girum-imus.blogg.org/revenu-de-base-revenu-universel-revenu-sans-condition-etc-a117198154

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  •  La porte entre-ouverte des présidentielles de 2017

    La lancinante question européenne 

    Le paysage électoral est bouleversé pour cause de crise profonde dans le pays, mais aussi pour cause de crise profonde au niveau de l’Union européenne. Tous ceux qui font semblant de ne pas voir cette remise en cause nécessaire de l’Europe sont dans le déni. En effet l’élection du nouveau président en 2017 et sans doute d’une majorité nouvelle également va se produire dans la continuité du Brexit, mais aussi du référendum italien qui a vu l’européiste Renzi battu à plate couture. Dans mon billet précédent, j’ai souligné les avancées réelles de Mélenchon sur cette question, mais j’ai aussi souligné les limites de ces avancées[1]. On a beaucoup parlé ces derniers temps de la perte de souveraineté nationale qui résidait dans l’acceptation des diktats européens, on voit que Tsipras n’en finit pas de payer le prix[2]. Autrement dit à l’heure actuelle dans la zone euro, un pays n’a absolument pas le choix de sa politique économique, il ne peut mener que celle qui lui est dictée depuis Bruxelles. C’est cette acceptation qui fait que la politique de Hollande ressemble trait pour trait à celle de Sarkozy, et que si Fillon arrive au pouvoir nous aurons encore le même type de résultat. Dans le cadre actuel des traités européens, il ne peut pas y avoir d’autre politique, quelles que soient les intentions des uns et des autres. 

    Approche théorique 

    Au risque de lasser, il faut ici répéter les choses d’une manière précise. L’Union européenne est fondée sur la compétition entre les Etats qui la compose : cette compétition est justifiée d’un point de vue théorique par la théorie de l’offre. Celle-ci a été affirmée par Jean-Baptiste Say en 1803[3]. Elle est le fondement du libéralisme économique et la bible des économistes orthodoxes. Cette approche suppose que la concurrence permet :

    1. de faire baisser les coûts, donc d’élargir les marchés, et donc de vendre plus en produisant plus ; les consommateurs bénéficient de la baisse des prix et donc achètent plus ;

    2. de créer des revenus supplémentaires, donc que l’offre crée ses propres débouchés et qu’il n’y a pas besoin de l’intervention de l’Etat pour relancer la demande ;

    « Il est bon de remarquer qu’un produit terminé offre, dès cet instant, un débouché à d’autres produits pour tout le montant de sa valeur. En effet, lorsque le dernier producteur a terminé un produit, son plus grand désir est de le vendre, pour que la valeur de ce produit ne chôme pas entre ses mains. Mais il n’est pas moins empressé de se défaire de l’argent que lui procure sa vente, pour que la valeur de l’argent ne chôme pas non plus. Or, on ne peut se défaire de son argent qu’en demandant à acheter un produit quelconque. On voit donc que le fait seul de la formation d’un produit ouvre, dès l’instant même, un débouché à d’autres produits. »

    3. d’éliminer les activités non rentables, obsolètes dans leur production, et donc de réallouer les facteurs de production vers des entreprises plus efficientes. C’est la destruction-créatrice, celle-ci ne tient d’ailleurs jamais compte que cette destruction-créatrice correspond toujours à une perte sèche puisque chaque fois cela aboutit à détruire des facteurs de production, de l’investissement, mais aussi du travail avec le chômage.

    Vous noterez que pour Jean-Baptiste Say la crise n’est pas un malheur, mais une simple et saine réallocation des facteurs de production.

        La porte entre-ouverte des présidentielles de 2017 

    Les erreurs grossières de Jean-Baptiste Say sont légion, notamment tout son système de concurrence pur et parfaite menant au bonheur universel est plombé par le fait qu’il considère les ressources naturelles comme un don gratuit du ciel. Evidemment en 2016 c’est très difficile à admettre, à moins de s’appeler Trump ou Fillon. 

    « Les ressources naturelles sont inépuisables, car sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant ni être multipliées ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques. » 

    Pour Jean-Baptiste Say, l’Etat ne sert à rien et sa croissance empêche justement l’économie de prospérer. Les investissements étatiques vont manquer à l’investissement productif. Les faits ont démontré que cela était faux, puisque à l’inverse, la croissance a toujours été accompagnée par une augmentation du poids de l’Etat dans l’économie. Mais il était le champion des idées reçues : « Lever un impôt, c'est faire tort à la société. »[4] Notez que lorsqu’il s’agira de diminuer le poids de l’Etat dans l’économie, Say sera très embarrassé puisqu’il considérait que l’Etat devait investir dans l’éducation, la santé et les infrastructures de transport ou de distribution de l’eau. Car selon lui il devait y avoir des biens distribués à tous gratuitement. 

    Si je compare les deux graphiques ci-dessous, il est facile de voir que la réalité infirme les assertions des libéraux : la croissance est d’autant plus forte que les dépenses de l’Etat sont élevées. Ce n’est pas une nouveauté que de le dire et de le prouver. C’est également ce qu’avait remarqué Adolph Wagner pour qui la  croissance économique devait s’accompagner de la croissance des dépenses de l’Etat, celui-ci investissant de plus en plus dans l’éducation ou la santé, ou encore les infrastructures, trois domaines où les rendements marginaux sont décroissants[5]Donc pour lui la croissance de l’Etat est une nécessité absolue et définit le sens de l’histoire économique.

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    Malthus, Sismondi et Schumpeter 

    La critique de Say a été faite très rapidement, d’abord par Malthus et Sismondi devant l’ampleur de la crise économique de 1815, puis par Marx et plus tard par Keynes. Cette critique suppose que sans demande il ne peut pas y avoir de marché. Et donc qu’il faut créer une demande solvable pour amorcer la dynamique du circuit. Malthus signalera dans ses Principes d'économie politique que la crise est toujours une crise de la demande parce que dans la logique de la concurrence le profit s’accumule et l’investissement devient trop important, les salaires ne suivent pas[6]. Il convient donc, si c’est le marché qui génère la crise, de ne pas attendre du marché la solution à celle-ci. C’est donc l’Etat qui doit intervenir en redessinant les contours de la demande. Non seulement l’Etat doit relancer la demande et l’emploi en développant des travaux d’utilité publique, mais il doit intervenir par exemple dans la baisse de la durée du travail et réorienter les emplois vers les services improductifs mais utiles comme la médecine ou l’éducation. Evidemment cela engendre un nouveau partage de la valeur ajoutée en faveur des salariés, et aussi de nouvelles missions pour l’Etat.

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    Sismondi développe une idée un peu similaire : il suppose que la  consommation est toujours en retard sur la production, et que ce lag engendre la crise de la demande. Il faut donc anticiper une hausse des salaires qui soit compatible avec la hausse de la productivité du travail. C’est le rôle de l’Etat d’intervenir dans ce sens par la loi, éventuellement en socialisant la propriété des moyens de production[7]. Pour Sismondi, les forces du marché sont incapables d’orienter l’offre vers la demande sociale et des besoins essentiels ne sont pas satisfaits. Cette approche de Sismondi peut être illustrée par les deux graphiques suivants. Le premier représente l’évolution des salaires réels nets et de la productivité du travail en France. On voit qu’à partir du milieu des années soixante-dix, les salaires ne suivent plus la hausse de la productivité.

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    Autrement dit, ils ne suffisent plus à absorber la production. Le deuxième représente la même chose, mais pour les Etats-Unis. C’est le résultat de la contre-révolution conservatrice. On voit que l’Etat est alors obligé de compenser ce manque de demande solvable par un endettement soit de l’Etat, soit des salariés-consommateurs. La dette publique et privée est le résultat d’un excès de profit qui ne trouve plus à s’investir faute d’une demande solvable, mais cet excès de profit va s’investir alors dans des produits spéculatifs et engendrer une bulle qui tôt ou tard explosera. Si on rapporte les propos de Sismondi à la situation présente, on ne voit pas comment plus de marché, plus de déréglementation pourrait rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande.

    La porte entre-ouverte des présidentielles de 2017

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    Le point de vue de Schumpeter est un peu différent. Lui aussi pense que la demande tire la croissance, et donc toute la dynamique économique. Mais pour cela il faut de l’inflation, en effet l’excédent de monnaie est nécessaire pour investir, sans cela l’innovation ne trouve pas à se concrétiser[8]. Mais vous noterez que l’innovation est précisément ce qui permet d’échapper à la concurrence par exemple en prenant un brevet qui empêchera les autres entreprises de prendre des parts de marché. C’est pour cette raison que les brevets sont considérés comme des sortes de monopoles. Vous noterez que Schumpeter ne considère pas l’économie comme une science faite de lois immuables à travers le temps et l’espace, mais comme la connaissance du développement historique des sociétés[9]. Très marqué par la lecture de Karl Marx qu’il jugeait être avec Walras le plus grand économiste de tous les temps, il avait également beaucoup réfléchit sur les crises cycliques du capitalisme et sur l’inéluctabilité du socialisme. Contrairement à Thomas Piketty qui considère que Marx est illisible, Schumpeter avait travaillé Le capital. C’est d’ailleurs la fréquentation des grands auteurs qui donne à Schumpeter cette grande force intellectuelle. Et par contre coup, c’est cette lacune qui donne au travail de Piketty, ce manque d’envergure qui débouche sur des solutions d’une faiblesse insigne. Par exemple ayant constaté fort justement que la crise engendre des inégalités insupportables qui entretiennent la crise, Piketty avance qu’une des solutions serait une taxe du patrimoine à l’échelle du monde. En avançant cette idée, il ne se rend même pas compte qu’elle est totalement inapplicable dans les conditions d’aujourd’hui de concurrence entre les différents Etats nationaux, et qu’il n’existe aucune instance pour l’imposer.

     La porte entre-ouverte des présidentielles de 2017 

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    Concurrence libre et  non faussée 

    Comme on le voit avec les exemples tirés de l’histoire de la pensée économique, le principe de la concurrence est destructeur et finit toujours par entraver la dynamique du système économique, pour tout dire elle le bloque dans son évolution. On sait par exemple que le système économique doit se transformer en profondeur : produire et consommer autrement, produire et consommer autre chose. Les produits industriels et alimentaires sont de plus en plus de mauvaise qualité parce qu’ils sont attachés à une baisse continue des coûts de production. Or, aussi bien pour protéger l’environnement que pour protéger la santé des consommateurs, il faudrait consommer d’autres produits. Mais la loi du marché est ainsi faite qu’elle ne le permet pas. En effet, les salaires sont relativement bas, du fait de la baisse depuis plusieurs décennies des salaires dans le partage de la valeur ajoutée. C’est vrai en France comme le montre le graphique  ci-dessous, mais c’est vrai aussi de partout dans le monde. La concurrence justifie la baisse des coûts de production, et donc justifie les bas salaires. Il faut en sortir. Bien entendu en sortir cela signifie aller vers plus de solidarité, et donc réactiver la bonne vieille lutte des classes. D’une manière ou d’une autre, c’est d’une socialisation accrue dont il s’agit. Les lois du marché bloquent au contraire la transition nécessaire vers une meilleure maîtrise des technologies et des ressources naturelles.

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    Tous ceux qui, de Fillon à Hollande, de Macron à Valls, prônent au contraire la relance de l’offre ne font que renforcer le pouvoir de la classe des propriétaires et les lois du marché. C’est bien pourquoi il est juste de les classer à droite. Mais en dehors des étiquettes politiques qui au fond ne sont pas si importantes que ça, il y a le fait que l’économie de l’offre qui est la politique mise en place depuis la fin des années soixante-dix, ne tient pas ses promesses aussi bien en matière de croissance que d’emploi. Le triste Hollande est bien payé pour le savoir : son inconséquence – on pourrait dire sa mauvaise  connaissance des mécanismes économiques – l’a discrédité, lui et son parti pour très longtemps. C’est pourquoi les politiques mises en œuvre par Hollande, par Sarkozy, par Chirac, ont toujours les mêmes résultats : une hausse du chômage et une baisse des salaires. On remarque d’ailleurs que c’est à partir du premier choc pétrolier et de l’orientation accélérée vers la mondialisation et la déréglementation des marchés que la croissance va s’effondrer un peu de partout dans le monde développé. On le voit clairement dans le graphique ci-dessous qui représente le cas français. Les pays européens seront les plus touchés, en quelque sorte ils subissent la double peine : la mondialisation plus les effets de l’intégration européenne.

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    Car si l’Union européenne est mauvaise sur le plan économique c’est clairement parce qu’elle augmente les tensions sur les marchés qui la composent. La concurrence libre et  non faussé engendre plusieurs effets  négatifs qui se cumulent :

    1. Comme il faut abaisser les coûts de production, les dépenses étatiques ont pris en charge une partie croissante de la couverture des risques. C’est ce qui explique une partie de la hausse de l’endettement public. On a diminué les impôts des plus riches et des entreprises, et augmenter ceux des plus pauvres dont le pouvoir d’achat stagne. Cela ne peut que déprimer la demande.

    2. La concurrence produit évidemment la destruction d’une grande partie du capital : on peut lui donner le nom que l’on veut, délocalisation, désindustrialisation, c’est toujours de la même chose dont il s’agit, détruire des facteurs de production. Le chômage de masse en est une autre forme.

    3. Comme il y a des gagnants et des perdants dans ce jeu un peu crétin, les inégalités se creusent, et bien sûr les plus riches n’ont pas vraiment de raisons de s’en plaindre… sauf si toute l’économie s’effondre  car à ce moment-là leur fortune de papier, souvent représentée par des actions dont la valeur n’a pas  vraiment de réalité, s’évanouit. En 2008, c’est 50 000 milliards de $ qui ont été détruits, soit une année entière de PIB mondial. 

    Sortir de l’Europe est le programme, le seul programme 

    Dans un précédent billet, nous avons souligné la faiblesse du programme de Mélenchon justement sur ce point[10] : admettre l’existence de l’Union européenne, c’est :

    1. favoriser la concurrence, et donc adhérer à la théorie de l’offre, et donc brider les nécessités de la solidarité ;

    2. c’est perdre la souveraineté politique du pays qu’on regarde celle-ci du point de vue de la monnaie ou du point de vue de la politique étrangère – on voit par exemple combien pèse sur la politique et l’économie française les sanctions infligées à la Russie pour cause d’annexion de la Crimée ;

    3. mais c’est aussi favoriser une économie fondée sur la division internationale du travail, donc qui accélère la concentration du capital par le biais de la concurrence, et qui empêche le développement des circuits courts qui sont une des clés pour l’amélioration du climat et la préservation de l’environnement et pour lutter contre les inégalités.

    Mais les hommes politiques sont très timides. A l’instar d’Arnaud Montebourg, même lorsqu’ils se rendent compte de l’impasse européenne, ils n’osent pas dire fermement et clairement que l’Union européenne doit être défaite. Rappelons qu’il y a quelques années Montebourg avait écrit un petit livre intitulé Votez pour la démondialisation ![11] Il va de soi que si on veut « démondialiser », il faut commencer par défaire l’Europe institutionnelle et sortir de la monnaie unique. Mais Montebourg qui se présente à la primaire P « S » a peur. Donc il propose de réindustrialiser la France et de mettre en place un Etat interventionniste qui renationaliserait le crédit. Pourquoi pas. Mais comme il ne veut pas sortir du cadre européen, il assume dit-il le prix des sanctions qu’il faudra payer pour continuer à y rester ! On voit donc que l’Union européenne qui nous coûte déjà plus de 8 milliards d’euros par an, nous coûterait encore plus cher. On aurait donc avec Montebourg une triple peine :

    1. la contribution nette au budget européen – plus de 8 milliards € ;

    2. les sanctions qui nous coûteraient encore au moins autant ;

    3. plus l’euro qui nous coûte au moins une cinquantaine de milliards d’euros si on se fie au déficit commercial que la monnaie unique engendre pour notre économie.

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    Manifestement Montebourg et Mélenchon sont à gauche et essaient de sortir du joug des lois du marché pour tenter de limiter les inégalités. Mais ils restent encore incertains quant aux décisions à prendre face à l’Europe. Il est temps d’ouvrir une brèche dans le discours lénifiant de la gauche et de rappeler que l’Union européenne et la monnaie unique n’ont amené que des inconvénients et jamais rien de bon. Nous avons pris le mauvais chemin en 1983 quand Mitterrand a décidé de rentrer dans le rang et de suivre la voie de l’intégration européenne. Si à cette époque on pouvait encore croire que cette intégration européenne pouvait sans trop de dégâts être aménagée dans un sens plus social – à cette époque la social-démocratie dominait les institutions européennes – il n’est plus possible de se faire des illusions, justement au moment où la droite dure au service des banques et des multinationales est à la tête de tous les leviers de commande en Europe. Il nous faut revenir en arrière et ne pas avoir peur de le dire. L’avenir de la gauche se situe exactement là : sortir de l’Europe doit être son crédo et son but. Tant qu’elle n’aura pas compris cela, elle sera destinée à jouer un rôle de supplétif pour le gouvernement des peuples par les lois du marché.

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/le-programme-de-jean-luc-melenchon-a127810542

    [2] Le dernier épisode cruel est l’histoire de la prime de Noël que Tsipras voulait donner aux petits retraités, manière pour lui d’essayer de se refaire une santé politique. Mais l’Europe – cette nébuleuse malfaisante autant que floue – le lui a interdit en lui adressant le chantage d’une non restructuration de la dette. Cet exemple montre à l’envie qu’on ne peut jamais rien négocier même quand comme Tsipras on a cédé sur tout et sur le reste et qu’on a accepté de vendre (brader) son pays à la découpe. http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-alexis-tsipras-affiche-son-obeissance-totale-aux-creanciers-614345.html et aussi http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-alexis-tsipras-tente-de-redresser-sa-popularite-624047.html

    [3] Traité d'économie politique ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se composent les richesses, 1re éd., Crapelet. Cet ouvrage aura plusieurs éditions et sera remanié en permanence par Jean-Baptiste Say,

    [4] Pour se souvenir de l’imbécilité crasse de Jean-Baptiste Say, il faut rappeler qu’en tant que professeur d’économie politique, il enseignait au Collège de France, il y fit un cours entier sur les raisons qui poussent les hommes à manger de la vache afin d’en réguler le nombre, et ce faisant à lui rendre service : voir Cours d’économie politique et autres essais, Garnier-Flammarion, 1999.

    [5] Adolph Wagner, Fondements de l'économie politique, 1904, traduit en français en 1909 chez Giard et Brière en 5 volumes.

     

    [6] Principles of Political Economy Considered with a View of their Practical Application, John Murray, 1820, traduction française, Principes d’économie politique considérés sous le rapport de leur application pratique, J.-P. Aillaud, 1820.

    [7] Jean-Charles Sismonde de Sismondi, Nouveaux principes d'économie politique, ou de la richesse dans ses rapports avec la population, 1819, 2 volumes, Delaunay.

    [8] Joseph A. Schumpeter, Treatise on money, Wordbridge Publishing, 2014. Il s’agit d’un texte qui n’avait jamais été publié du vivant de Schumpeter, il avait été édité partiellement en 1970.

    [9] Voir Capitalisme, socialisme et démocratie, publié en anglais en, 1942, il sera traduit en France la même année chez Payot.

    [10] http://in-girum-imus.blogg.org/le-programme-de-jean-luc-melenchon-a127810542

    [11] Flammarion, 2011. 

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