•   La situation au Proche-Orient évolue à grande vitesse       

    Le Proche-Orient est une poudrière, c’est du moins ce que l’on dit. Et il est assez difficile de comprendre vers quoi on se dirige. Plusieurs événements donnent des indications très contradictoires. J’en dénombre pour ma part deux importants, et un troisième plus symbolique : tout d’abord il s’agit du retrait des Etats-Unis sur la dénucléarisation de l’Iran, ensuite de l’échec de la marche du retour du vendredi et enfin du déménagement de l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem. L’ensemble de ces événements changent considérablement la donne au Proche-Orient, non seulement parce qu’ils entérinent l’isolement du Hamas qui se voudrait le représentant des Palestiniens, mais aussi parce qu’ils consolident de fait une alliance entre l’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Egypte, Israël et les Etats-Unis contre la menace iranienne. La Russie devenant alors le médiateur incontournable entre l’Iran menacé d’encerclement et cette nouvelle coalition. Aussi bien en même temps que les risques de guerre augmentent, les possibilités d’évolution pacifique augmentent aussi. Il apparaît également que l’Europe, l’Union européenne et aussi la France sont complètement hors-jeu, se contentant de commentaires lénifiants pour distribuer des mauvais points à Trump et à Netanyahu, dans l’incapacité de se projeter vers l’avenir, et même de proposer des pistes de réflexion pour les différents protagonistes de ce jeu.  

    Les Etats-Unis se retirent de l’accord sur le nucléaire iranien 

    La situation au Proche-Orient évolue à grande vitesse        

    Trump, avec la mise en scène habituelle et grotesque, a donc dénoncé l’accord que son pays avait signé en 2015. Les conséquences de ce renoncement sont très difficiles à évaluer. Il y a d’abord le fait qu’en détruisant toute l’œuvre diplomatique de son prédécesseur, il montre non seulement que la parole des Etats-Unis ne vaut rien, qu’elle change au gré du vent, mais aussi que les traités, quels qu’ils soient peuvent être déchirés. Dans le même mouvement Trump a annoncé de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran, pays déjà en proie à des difficultés importantes. Le retrait des Etats-Unis est également accompagné d’un chantage éhonté dont les Américains ont appris à se servir pour faire les poches des autres pays occidentaux : tous les pays qui continueront à travailler avec l’Iran ne pourront plus travailler aux Etats-Unis sans payer une amende. Depuis 2008 elles ont, sous couvert de faire respecter leurs propres règles qui sont complètement indépendantes des règles du droit international, récupérés des centaines de milliards de dollars[1]. C’est une question qui est encore assez mal analysée, et pourtant c’est devenu une arme à la fois diplomatique et économique au service d’une politique le plus souvent erratique. Tous les prétextes sont bons pour limiter la souveraineté des autres pays occidentaux, c’est parfois celui des malversations des banques, un flirt top poussé avec la Russie, et maintenant voilà qu’il s’agit de dissuader les entreprises occidentales de travailler avec l’Iran. La menace est mise directement à exécution. Les entreprises concernées sont sommées de quitter le pays où elles ont parfois investi de lourdes sommes dans les 90 ou les 180 jours qui suivent la promulgation de ce nouveau décret. Cet oukase est un désastre pour les entreprises européennes et françaises qui avaient beaucoup investi depuis 3 ans dans ce pays[2]. 

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    Officiellement il s’agit d’amener l’Iran à renégocier un autre traité qui soit moins laxiste avec ce pays dont la dangerosité est bien connue. On peut penser que ces sanctions c’est aussi un moyen de faire la guerre sans le dire, sans troupe et sans bombe : en visant un renversement du régime. Il est bien possible d’ailleurs qu’en coupant les iraniens des autres pays occidentaux, cela contribue à paralyser le régime. Mais il est aussi facile de comprendre que derrière cette brutalité fort peu diplomatique, il y a d’autres enjeux : les Américains confortés par la passivité naturelle des autres pays occidentaux ont décidé de les contrôler indirectement par ce biais, tout en les rackettant. Ils compensent en quelque sorte leur perte d’influence politique et militaire par une politique économique agressive qui s’appuie sur un droit très aléatoire. En vérité cette politique est très incertaine et ne semble pas avoir été pensée complètement. Ces sanctions peuvent avoir d’autres effets inattendus. D’abord mettre directement les Iraniens dans la main des Russes et donc donner à ceux-ci la possibilité de mieux contrôler la région. Ensuite rapprocher un peu plus la Chine de la Russie qui sur ce plan là ont des intérêts communs et qui le manifestent maintenant depuis plusieurs années[3]. Les Etats-Unis peuvent toujours tenter de faire pression sur la Chine en leur fermant leur marché intérieur, il est assez douteux que cela marche dans la mesure où les Chinois détiennent un tel stock de dette américaine – plus de 1200 milliards de $ – qu’ils pourraient très bien menacer les Etats-Unis de la balancer sur les marchés internationaux et ferait ipso facto plonger le dollar[4]. 

    Reste à savoir comment les Européens vont réagir. Ils ont deux options : soit ils restent dans le rang et acceptent une mise sous tutelle de leur souveraineté en devenant des simples vassaux de l’Amérique, soit ils se rebellent et se mettent à leur tour à infliger des sanctions contre les Etats-Unis par exemple si ce pays ne respecte pas ses engagements en matière d’environnement, ou si ce pays commerce avec des nations dont les régimes peuvent être qualifiés de criminels. La deuxième option signifierait à terme la fin de l’hégémonie américaine en isolant les Etats-Unis du reste du monde. Mais pour cela il faudrait que les Européens soient unis et abandonnent leurs idées sur les sanctions avec la Russie. Seulement un rapprochement avec la Russie pourrait vraiment contrarier les plans de Trump, en même temps que cela compenserait la relative fermeture des marchés américains. Mais il ne faut pas rêver. Au sein de l’Union européenne les Etats-Unis peuvent compter sur le soutien indéfectible de l’Irlande, de la Pologne, de la Hongrie, de la Roumanie et des petits pays de la mer Baltique et les autres nations, la France et l’Allemagne, ne sont pas prêtes à se lancer dans une guerre commerciale de longue haleine.  

    Echec de la marche du retour 

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    Un champ de blé du kibboutz de Nahhal Oz incendié par les manifestants pacifiques du Hamas le 14 mai 2018  

    Contrairement à ce qui a pu s’écrire ici ou là, la marche du retour n’est pas vraiment une manifestation spontanée, elle a été lancée par le Hamas pour les soixante-dix ans de la création d’Israël. Tous les vendredis depuis le 30 mars 2018, les Gazaouis affirment leur droit au retour sur « leur » terre en marchant plus ou moins pacifiquement vers la frontière israélienne. Ils savent très bien parce qu’Israël les en a averti, qu’ils ne pourront pas franchir cette frontière. Alors ils lancent des cerfs-volants enflammés, brulent des pneus à la fois pour se cacher derrière et progresser, et en même temps pour intoxiquer les soldats israéliens. Ils avancent directement avec l’objectif d’avoir suffisamment de morts et de blessés pour que l’opinion internationale s’en émeuve et ne regarde pas trop au-delà de ces morts et de ses blessés. Sans plus analyser la question Macron qui n’en rate décidément pas une, « condamne les violences des forces israéliennes »[5]. On a même vu le très inconstant François de Rugy, président de l’Assemblée nationale, en rajouter une couche en parlant de « tirs indiscriminés »[6]. Cette position mesure bien les inconséquences des Européens qui ne comprennent même pas qu’on défende ses frontières, eux qui sont habitués à les avoir défaites. Il ne viendrait pas à l’idée de Macron d’interroger les dirigeants du Hamas qui poussent à cet action démente. Mais le principal n’est pas là. Il est plutôt dans le fait qu’au fil des semaines cette marche rassemble de moins en moins de monde. Si au début elle pouvait se targuer de 30 000 participants, le 11 mai ils n’étaient plus que 5 000 à répondre à l’appel. Il semble qu’il y ait un regain de manifestants le 14 mai à la fois pour la célébration de la Nakba et la protestation de l’implantation de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. Mais le 15 mai, les manifestants étaient encore moins nombreux alors qu’on craignait des dérapages violents et des morts[7]. Le 18 mai, c’est à peine un millier de Gazaouis qui se sont rassemblés le long de la frontière avec Israël[8]. 

    Bien que le Hamas continue à vouloir mobiliser les Palestiniens et maintienne les dates prévues, on ne voit plus très bien quelle est la stratégie qui sous-tend ce mouvement. Sans doute que le principe même de cette marche n’a pas de sens puisqu’en effet les Palestiniens qui ont été chassés de « leurs » terres en 1948 sont tous aujourd’hui morts ou tellement âgés qu’ils ne peuvent pas revendiquer quoi que ce soit. Le Hamas en appelle donc aux descendants des descendants pour entrer en guerre contre Israël. Derrière cette démarche il y a l’idée du refus d’une solution à deux Etats, donc évidemment une négation de l’Etat d’Israël. Mais l’échec le plus retentissant de cette marche est qu’elle a été organisée dans l’indifférence générale des pays arabes. Les médias européens n’ont pas hésité à mentir à propos de la manifestation sanglante du 14 mai. Ils ont accusé Israël de tuer des femmes et des enfants, dénonçant un rapport disproportionné de la force, Israël répondant que c’était de terroristes qui avaient été tués. Mais peu après c’est le Hamas lui-même qui revendiquait que la très grande majorité des tués étaient bien des membres de la section militaire du Hamas[9]. Il n’y a pas vraiment de débat sur le fait de savoir quelle autre tactique aurait dû employer Israël pour conserver sa frontière inviolée, s’il est facile d’avancer que la violence israélienne fut excessive, il est plus difficile de dire par quoi on aurait pu la remplacer[10]. On voit ici l’asymétrie : les occidentaux et leurs médias raisonnent comme si le coût individuel de la vie était décisif, mais il ne semble pas que ce soit le cas des Palestiniens en particulier et des musulmans en général. On reporte sur les Palestiniens nos propres critères de sanctification de la vie humaine. C’est un peu le pendant de cette idée qui ravage l’Occident selon laquelle il n’y a aucune raison de défendre des frontières. 

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    A Gaza on enterre les morts 

    Même après la sanglante manifestation du 14 mai qui coïncidait avec l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, c’est à peine du bout des lèvres qu’ils ont condamnés les violences supposées des soldats israéliens[11]. Ajoutons que les Palestiniens de Cisjordanie n’ont pas encouragé ces manifestations, c’est le moins qu’on puisse dire, même si à Hébron et à Ramallah il y a eu quelques manifestants. En effet la Cisjordanie est contrôlée plus ou moins bien par le Fatha, l’ennemi juré et premier du Hamas. On pourrait même dire que l’action désespérée du Hamas à Gaza éloigne encore un peu plus le moment de la réconciliation entre les Palestiniens[12]. C’est sans doute parce que le Hamas perd de son influence aussi bien en Cisjordanie qu’à Gaza – l’effritement graduel du nombre des manifestants de la marche du retour le montre – qu’il s’est lancé dans ce baroud d’honneur. De la même manière, les Arabes israéliens n’ont pas bougé. Des morts pour rien, c’est bien ce qui ressort de cette furieuse agitation du Hamas, mais au-delà il s’agit bel et bien de l’échec d’une tactique visant à harceler Israël pour tenter de déclencher une nouvelle Intifada et se présenter comme un interlocuteur incontournable. Certes il y a eu quelques manifestations, un appel à la grève des travailleurs arabes-israéliens, mais pour l’instant il ne semble pas que ce mouvement soit massif. Evidemment si le mouvement de soutien aux Gazaouis s’effondre, cela annoncera l’effondrement du Hamas qui n’aura plus aucune perspective sérieuse à offrir à Gaza pour sortir de la misère où cette bande de terre s’est enfoncé. Le Hamas en effet détourne l’aide internationale pour construire des tunnels, pour accroître son stock d’armes, plutôt que de venir en aide aux Gazaouis. C’est comme ça depuis des années[13]. Mais pour le présent, il va de soi que l’échec de la stratégie de la tension proposée par le Hamas, pourrait obliger les Palestiniens à changer de stratégie et à revoir les possibilités de négociations qu’il leur reste s’ils veulent voir la création d’un Etat palestinien un jour, ou simplement que le sort des Gazaouis s’améliore un peu. Je n’ignore pas en écrivant cela que le gouvernement israélien doit aussi faire des efforts pour arriver à une négociation sérieuse, cependant, il y a une différence importante entre les deux partis : le Hamas n’a jamais reconnu le droit à l’existence d’Israël, et c’est d’ailleurs pour cela que l’entrée dans l’OLP lui est interdite[14], tandis que Netanyahu, même s’il ne fait guère d’efforts, n’a jamais dit qu’il fallait renoncer à la solution de deux Etats. Cette solution peut être reprise sans problème par le gouvernement qui succèdera à celui de Netanyahu… si le contexte change radicalement. En dix années d’exercice du pouvoir dans la bande de Gaza, le Hamas n’a rien obtenu de solide et se trouve isolé des autres Palestiniens, lâché par les pays arabes qui comptent, et en bisbille avec l’Iran qui est sensé le soutenir, mais qui mise aujourd’hui plutôt sur le Hezbollah au Liban et qui a ses propres problèmes comme on le sait. Pour être complet, il faut souligner que les Gazaouis sont très partagés, sans même parler d’une réticence de plus en plus grande à jouer les martyrs, il semble que le Hamas soit débordé par sa branche armée les brigades Ezzedine al-Kassem qui refusent la relative modération de Yahya Sinouar qui parait parfois près à transiger avec Israël. Personne ne sait de quel côté ce rapport de force bancal va pencher[15]. Toutes les hypothèses sont permises. 

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    A Kerem Shalom le Hamas a fait bruler des canalisations de gaz empêchant des convois humanitaires de passer  

    Un autre conflit enflamme les rapports entre le Hamas et l’Autorité Palestinienne, c’est-à-cire le Fatha. Cette dernière perçoit des droits à l’entrée des convois qui franchissent la frontière entre Gaza et Israël. Or, le Hamas a refusé l’entrée de convois transportant des vivres et des médicaments par Kerem Shalom. Ce point avait été bloqué par les Israéliens parce que les manifestants gazaouis avaient provoqué de graves dommages matériels évalués à plusieurs millions de dollars. Ce qui par parenthèse démontre que les manifestations de la marche du retour n’étaient pas seulement pacifiques. Mais ils l’avaient réouvert pour ces convois humanitaires : on peut se demander ce qui se serait passé si quelques membres de commandos du Hamas avaient pu pénétrer en Israël. Le monde qui ne comprend pas grand-chose à la situation au Proche-Orient, faisait semblant de ne pas comprendre cette attitude. Evidemment se poser la question c’est y répondre, puisque dès lors qu’on sait que les Gazaouis refusent de payer les taxes à l’Autorité Palestinienne, ils de privent de l’usage possible de ces biens de première nécessité qui manquent cruellement[16].  

    L’ambassade des Etats-Unis inaugurée à Jérusalem 

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    En implantant leur ambassade à Jérusalem les Etats-Unis font deux gestes en même temps : tout d’abord ils officialisent le fait que Jérusalem soit devenu la capitale d’Israël. On le savait déjà, mais c’est une reconnaissance internationale. Mais ensuite, il va mettre en scène une alliance privilégiée entre les Etats-Unis et Israël. En vérité c’est aussi une manière d’empêcher qu’Israël développe trop ses relations avec la Russie. Et puis à l’heure actuelle les deux Etats n’ont plus trop d’alliés fiables. On peut penser que l’idée générale qui se cache derrière ce geste tapageur et provocateur cache aussi autre chose. En effet, on sait que Trump n’est pas favorable à une solution à deux Etats[17]. Ce qui veut dire en clair un seul Etat mais avec un apartheid. Notez que certains Palestiniens militent aussi pour un seul Etat, mais c’est dans un but différent : une première étape pour ensuite, grâce à la croissance démographique, en prendre le contrôle. Que l’ambassade des Etats-Unis soit à Tel Aviv ou à Jérusalem, cela ne change rien du tout au fond du problème, par contre envisager une situation avec un seul Etat est une option très dangereuse. Ne serait-ce que pour des raisons de sécurité. Je ne crois pas que les Israéliens soient prêts à cela, et pas seulement parce qu’ils ne veulent pas être accusés de mettre en place un apartheid. Cependant, il faut aussi tenir compte qu’il s’agit là d’un signal fort envers les Palestiniens qui se trouvent au pied du mur. S’ils ne veulent pas que s’éloigne encore un peu plus l’option des deux Etats, la seule qui a un avenir sur le long terme, il va bien falloir qu’ils sortent de leur léthargie et qu’ils fassent preuve d’imagination. En attendant le Paraguay, après le Guatemala, a emboîté le pas aux Etats-Unis, et il risque d’être suivi par d’autres pays encore. 

    Parmi les résultats de l’inauguration en grande pompe de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, on retiendra aussi qu’il s’agit là d’une nouvelle pomme de discorde pour les Européens qui décidément ne s’entendent sur rien[18]. En effet certains pays, comme la République tchèque, la Hongrie ou la Roumanie ont participé à cette inauguration en quelque sorte ils forcent la main aux autres pays européens en se présentant comme les alliés modèles des Etats-Unis.

     



    [1] https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/le-racket-geant-des-amendes-economiques-infligees-par-les-etats-unis_1848745.html

    [2] https://www.latribune.fr/economie/international/iran-les-sanctions-americaines-mettent-a-mal-les-entreprises-francaises-778011.html

    [3] http://french.china.org.cn/china/txt/2018-04/03/content_50805421.htm

    [4] http://www.economiematin.fr/news-dette-americaine-bonds-tresor-argent-chine-pays-japon-sannat

    [5] http://www.leparisien.fr/international/direct-ambassade-americaine-inauguree-a-jerusalem-des-dizaines-de-morts-a-gaza-14-05-2018-7715148.php

    [6] https://fr.timesofisrael.com/la-france-accuse-israel-de-tirs-indiscrimines/

    [7] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/05/16/a-gaza-les-manifestations-se-poursuivront-sans-strategie-claire_5299544_3218.html

    [8] http://www.lepoint.fr/monde/manifestations-limitees-a-la-frontiere-entre-israel-et-la-bande-de-gaza-18-05-2018-2219680_24.php

    [9] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/05/16/97001-20180516FILWWW00263-gaza-50-palestiniens-tues-appartenaient-au-hamas.php

    [10] https://www.marianne.net/monde/gaza-mais-que-font-les-diplomates

    [11] http://www.leparisien.fr/international/direct-ambassade-americaine-inauguree-a-jerusalem-des-dizaines-de-morts-a-gaza-14-05-2018-7715148.php

    [12] http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180320-palestiniens-fatah-hamas-abbas-reconciliation-conflit

    [13] https://www.tsahal.fr/minisites/hamas/des-photos-a%C3%A9riennes-montrent-une-base-du-hamas-construite-gr%C3%A2ce-%C3%A0-laide-humanitaire-britannique/

    [14] http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180308-palestine-olp-conseil-national-reunion-yasser-arafat-parlement

    [15] http://www.slate.fr/story/161689/piege-gaza-israel-manifestation-morts

    [16] https://fr.timesofisrael.com/lautorite-palestinienne-refoule-des-camions-daide-a-la-frontiere-avec-gaza/

    [17] https://www.nouvelobs.com/chroniques/20180115.OBS0623/israel-palestine-et-s-il-n-y-avait-qu-un-seul-etat.html

    [18] http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/15/l-ue-desunie-sur-la-reconnaissance-de-jerusalem_5299181_3214.html

     

     

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  •  Cannes recycle les gauchistes comme elle le peut et les habille en smoking

    On n’a pas trop fait attention, mais la dernière édition du Festival de Cannes vient de démontrer qu’entre la promotion commerciale de films de qualité plus ou moins douteuse, cette manifestation est devenue profondément politique. Cela n’étonnera pas Jean-Luc Godard qui a souvent dit et répété que les images n’étaient jamais politiquement neutres. On lui donnera raison pour une fois. Mais quel message politique défend le Festival de Cannes ? En réalité, il défend plusieurs causes à la fois. Alors que tout le monde estime que l’œuvre de Godard est depuis des décennies derrière lui, voilà ce cinéaste récompensé d’une Palme d’or spéciale. On peut se demander ce que cette Palme d’or a de spécial, mais en se souvenant en même temps que Godard est un antisémite déclaré[1], ça semble évident. De la même manière, le médiocre Ken Loach, il y a quelques années, avait obtenu une deuxième Palme d’or alors qu’il est un antisémite déclaré et un champion des BDS, militant ouvertement pour la discrimination des artistes et universitaires israéliens, même s’ils sont critiques vis-à-vis de la politique de leur pays[2]. On peut se demander de quoi le Festival de Cannes est le nom.  

    Cannes recycle les gauchistes comme elle le peut et les habille en smoking 

    Mais cela ne suffit pas au Festival de Cannes qui est une manifestation de plus en plus sans contenu et qui pourtant prétend donner la leçon au monde entier. Voilà que le Festival, sans doute pour célébrer le cinquantenaire lugubre de Mai 68 a invité des vieux cons comme Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil, anciens soixante-huitards, prétendus révolutionnaires, recyclés dans la macronnerie. A quel titre les inviter ? Ces deux cuistres qui faisaient profession de foi révolutionnaire et voulaient interdire en Mai 68 ce même Festival de Cannes qu’ils trouvaient trop bourgeois, apprécient qu’on leur déroule le tapis rouge pour monter les marches du Palais des Festivals. Les deux compères auraient ainsi réalisé un film, La traversée, à leur propre gloire en invitant Macron à y faire une apparition. On comprend sans même avoir assisté à la projection de ce film « documentaire » qu’il s’agit de promouvoir la pensée mondialiste et libérale en action comme le dernier horizon du mouvement de l’histoire.

    Le Festival de Cannes prétend à nous éduquer, et donc il nous intime l’ordre de considérer Cédric Herrou, soi-disant paysan – je dis soi-disant, parce qu’un vrai paysan n’a pas les loisirs de parader à Cannes et de s’occuper des migrants, comme une sorte de héros des temps modernes. Et voilà donc le sinistre Herrou revêtu d’un smoking, sans doute payé par le Festival, narguant les autorités françaises en leur faisant un doigt d’honneur. Certes on comprend bien que dans une démocratie véritable Herrou a le droit d’exprimer tout l’amour paternaliste qu’il peut porter aux migrants – je ne lui enlèverais pas ce droit. Mais outre qu’il ne respecte pas la loi et qu’il a été condamné pour cela par les tribunaux, il ne viendrait pas aux responsables du Festival de Cannes d’y inviter les identitaires qui au contraire défendent la frontière française au col de l’Echelle. Le message est donc clair, le mondialisme a pignon sur rue à Cannes, mais pas (encore) le souverainisme. Cannes combat pour un monde sans frontières comme des vulgaires no borders.  

    Cannes recycle les gauchistes comme elle le peut et les habille en smoking

    Le Festival de Cannes est une manifestation très bourgeoise qui coûte très cher, son entre-soi est du reste la négation d’un cinéma populaire, et il s’accentue d’année en année. Ici se met en scène un spectacle au-delà des images qui sont projetées, qui met en scène des soi-disant prises de conscience politique. Cet infantilisme teinté de narcissisme explique que cette manifestation a de moins en moins d’importance sur le plan culturel, mais elle s’explique aussi par un effondrement général de la qualité cinématographique des œuvres présentées. A vouloir éduquer le peuple à penser comme l’oligarchie, on ne peut s’attirer que des retours de flamme virulents.



    [1] http://www.lemonde.fr/cinema/article/2009/11/10/godard-et-la-question-juive_1265204_3476.html

    [2] https://www.nouvelobs.com/societe/20180427.OBS5843/ken-loach-accuse-d-antisemitisme-vive-polemique-en-belgique.html

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  •  La formation d’un nouveau gouvernement en Italie

    La panique s’est emparée de la presse française du mardi 22 mai 2018. Bien que les choses ne soient pas encore tout à fait claires, on se dirige vers un gouvernement Lega-M5S[1]. L’oligarchie européenne et la presse qui la soutient sont furieuses. En effet, et quoi qu’on dise des incohérences relevées ici ou là, la mise en œuvre de ce gouvernement menace directement ce qui reste de la cohésion européenne. Ajoutons que ce futur gouvernement va fonctionner à plein au même moment où la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne sera actée. Ce nouveau gouvernement s’est mis d’accord sur plusieurs points : d’abord le refus de subir le diktat européiste sur l’accueil des réfugiés, sur ce point ils vont rejoindre les pays de l’Est, ensuite sur une possible sortie de l’euro et la fin de l’austérité. Sur le premier point ils auront l’appui du peuple italien, et très largement. Sur le second aussi d’ailleurs, mais c’est un peu plus compliqué et il faut avoir un grand courage pour sauter le pas – en France ni Marine le Pen, ni Mélenchon ne le possèdent – parce qu’on rentre nécessairement dans une période d’incertitude où il faut avec patience ne compter que sur ses propres forces. Le futur gouvernement peut compter sur le président Sergio Matarrella, un farouche européiste héritier de la défunte Démocratie chrétienne, pour lui mettre le maximum de bâtons dans les roues. La France macronienne s’est faite menaçante par la voix de Bruno Le Maire qui a lancé une sorte d’interdiction au futur gouvernement d’appliquer les mesures pour lesquelles les Italiens ont voté[2]. Ces tensions annoncées avec le gouvernement français n’augurent rien de bon car elles anticipent la démarche de l’Union européenne qui fera tout pour faire revenir l’Italie à la normale. En effet soit l’Union européenne se réforme, soit l’Italie renie ses engagements auprès de ses électeurs pour rester dans l’Europe. Le premier terme est impossible, le second très discutable.  

    La formation d’un nouveau gouvernement en Italie

    En attendant, c’est Guiseppe Conte qui va sans doute être chargé de la formation du gouvernement dans lequel Salvini serait ministre de l’intérieur et Di Maio ministre de l’économie. Guiseppe Conte semble être une charnière assez bien choisie entre les deux hommes, et puis il est très présentable, alors qu’il doit présenter un programme très sulfureux : d’une part parce que l’Italie veut tourner la page de l’austérité européiste, et d’autre part parce que ce nouvel attelage s’est donné pour mission de stopper les migrations massives et d’en limiter les ravages. En fait personne ne sait jusqu’où le nouveau gouvernement italien sera capable d’aller dans la révolte contre Bruxelles. On sait qu’il peut compter sur un appui du peuple pour mettre en place son programme, mais c’était déjà le cas de Tsipras en Grèce, et on sait comment cela s’est fini, par une reddition totale et une humiliation définitive. 

    Conséquences incertaines 

    La première conséquence est que pour la première fois peut-être l’Italie va obtenir un gouvernement stable… à condition qu’il mette en route de manière intelligente un programme qui satisfasse la fibre souverainiste des Italiens. En effet ceux-ci, en très peu de temps finalement sont passés d’un sentiment proeuropéen très fort, à un euroscepticisme virulent. C’est un des pays les plus anti-européen de l’Union, derrière la Grèce bien entendu. Sondage après sondage la défiance des Italiens face à l’Union européenne ne fait que s’aggraver. Les causes de ce désamour sont bien connues :

    - d’abord l’appartenance à l’euro dont la crise de 2008 a montré quels ravages cela pouvait engendrer. La croissance est stagnante, le chômage reste élevé et les politiques d’austérité mises en œuvre pour résorber la dette sont décriées ;

    - ensuite l’immigration massive des africains vers l’Europe qui passe maintenant prioritairement par l’Italie et engendre des désordres nombreux sur tout le territoire.

    Ces deux points expliquent pourquoi la gauche qui est restée braquée sur ses dogmes internationalistes, n’existe quasiment plus en Italie sauf sous une forme résiduelle. Les partis « populistes », la Lega et le M5S, sont les seuls à avoir tenté de répondre à cette double interrogation et à remettre en cause la mondialisation. C’est une nouvelle leçon pour la gauche, en abandonnant l’idée de souveraineté, la gauche, qu’elle soit française, italienne ou allemande s’est perdue et se trouve en opposition avec le peuple au nom de qui elle prétend parler. Cela fait des années maintenant que le discours sur l’autre Europe, sur la modification des traités tourne à vide et s’y engluer confine à l’impuissance. Les Italiens semblent progresser parce que justement ils sont en passe d’abandonner ces vieilles lunes. Il ne sert à rien de dénoncer les tendances fascistes de la Lega quand on n’est pas capable de proposer des réponses sérieuses aux problèmes qui se posent aux Italiens. 

    La formation d’un nouveau gouvernement en Italie 

    La diatribe de Bruno Le Maire qu’on a signalée ci-dessus indique clairement que les européistes, Macron en tête, ont dans l’idée de faire jouer au nouveau gouvernement le rôle que Tsípras a joué en devenant le fossoyeur des possibilités de changement en Grèce. Le but serait de discréditer le nouveau gouvernement en le faisant renoncer à ses ambitions sur la dette, sur l’euro ou sur l’austérité par exemple. On suppose que cette ligne dure sera appuyée par le président Sergio Mattarella qui a tout du traître de comédie. L’idée sera d’enfoncer un coin entre la Lega et M5S qui parait moins ferme sur les principes anti-européens[3]. M5S est le maillon faible de l’attelage, essentiellement parce qu’il n’est pas tout à fait souverainiste. Il semble déjà que les autorités européennes vont faire remonter les taux sur la dette de façon à asphyxier l’Italie en la privant de liquidités. Dès lors l’Italie se retrouvera face à un choix : soit répudier la dette et sortir de l’euro, soit rentrer dans le rang à la manière de Tsipras avec les punitions qui iront avec pour avoir fait trembler les bureaucrates de Bruxelles. L’issue de ce combat est incertaine : si l’Union européenne gagne, elle prolongera encore son agonie d’une dizaine d’années, si l’Italie gagne, cela accélérera sa fin et on se retrouvera dans une phase de démondialisation accélérée.  

    La formation d’un nouveau gouvernement en Italie 

    La gestion des migrants est également le point qui risque de faire des dégâts, en Italie comme dans le reste de l’Europe. Depuis un an maintenant les flux migratoires vers l’Italie ont très fortement baissé. Ce qui prouve bien qu’on peut tout à fait les maitriser[4]. Mais le nouveau gouvernement se propose d’aller un peu plus loin et de renvoyer 500 à 600 000 de ceux-ci d’où ils viennent. Ça ne plait pas à L’Obs qui voit dans cette volonté l’Italie rejoindre les pays de Visegrad[5], et donc une nouvelle division qui va s’installer dans l’Union européenne.

    Le choix est une fois de plus assez simple : comme en Grèce en 2015, soit les dirigeants élus suivent le mandat qui leur a été donné par le peuple, soit ils se plient aux exigences de l’oligarchie européiste.

    En vérité toutes ces spéculations risquent de ne pas avoir beaucoup de sens si une nouvelle crise financière se déclenche dans les mois qui viennent[6], ou encore si la guerre commerciale que les Américains ont déclenchée avec l’Europe prend de l’ampleur en rognant les excédents commerciaux de l’Allemagne par exemple[7].

    La formation d’un nouveau gouvernement en Italie

    Il est assez réjouissant cependant de voir des représentants du bloc bourgeois comme Raffaele Simone s’enrager de la coalition entre M5S et la Lega. Il juge cette coalition contre nature, le MS5 étant plutôt populiste de gauche, et la Lega plutôt populiste de droite, mais il en rajoute bêtement en tentant d’expliquer que son programme de gouvernement est anticonstitutionnel[8]. Il ferait mieux de se demander pourquoi le peuple a voté massivement pour ces partis. Mais il est vrai que Simone est cet « intellectuel » qui s’est taillé un petit succès dans le temps en annonçant à grands coups de trompette que l’Europe virait à droite, alors que c’était plutôt les représentants de la gauche qui viraient à droite et non le peuple. Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si la France Insoumise se rapprochait du Front national à travers un programme de gouvernement. On s’ait qu’en France de nombreux commentateurs – dont Jacques Sapir – appellent à une coalition souverainiste pour renverser Macron et sa politique européiste[9]. Mais après tout, on peut considérer que les Italiens montrent le chemin : sans une remise en question de l’Union européenne, il n’y a plus de politique alternative possible. Autrement dit avant de se disputer, il faut rétablir un cadre institutionnel dans lequel la dispute politique ait un sens. Dans le dépit de Simone, inaudible de l’autre côté des Alpes, mais qui fait les délices du journal Le monde, il y a la conscience que le mouvement politique est en train d’échapper non seulement à sa compréhension, mais aussi aux partis bourgeois qui jouent depuis trente ans en France comme en Italie, comme en Allemagne, le jeu de la fausse alternance. Ce moment appartient maintenant au passé.  



    [1] http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/16/italie-la-presse-publie-une-version-provisoire-du-contrat-entre-la-ligue-et-le-m5s_5299511_3214.html

    [2] https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-stabilite-de-la-zone-euro-menacee-si-l-italie-ne-tient-pas-ses-engagements-sur-la-dette-779014.html

    [3] https://www.euractiv.fr/section/elections/news/en-italie-les-populistes-sentendent-sur-un-programme-de-gouvernement/

    [4] http://www.lepoint.fr/monde/comment-l-italie-a-tari-le-flux-des-migrants-13-09-2017-2156548_24.php

    [5] https://www.nouvelobs.com/monde/20180517.OBS6816/italie-le-tres-inquietant-programme-de-gouvernement-de-salvini-et-di-maio.html

    [6] https://www.euractiv.fr/section/elections/news/en-italie-les-populistes-sentendent-sur-un-programme-de-gouvernement/

    [7] http://www.rtl.fr/actu/international/acier-la-guerre-commerciale-entre-les-etats-unis-et-l-europe-aura-t-elle-lieu-7793224906

    [8] http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/05/21/italie-un-contrat-de-coalition-a-l-encontre-de-la-constitution-italienne_5302323_3232.html

    [9] http://www.lepoint.fr/politique/sapir-le-souverainisme-est-une-force-dominante-18-05-2017-2128275_20.php

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  •  François Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018

    La lecture des mémoires des hommes qui exercent le pouvoir est toujours riche d’enseignements. Non pas parce qu’ils ont une plume déliée, ou parce que nous approuvons leur politique, ou que nous sommes dupes de leurs mensonges, mais essentiellement parce que ces mémoires nous renseignent sur la façon dont ils réfléchissent, sur leur entourage et donc sur les prises de décisions. Dans cette ère post-démocratique, Hollande comme ses collègues voit le monde comme quelque chose de posé là, une forme quasi naturelle à laquelle nous devons par force nous adapter. En vérité c’est cette posture qui est réactionnaire car elle ne tient pas compte de l’idée que le monde est ce qu’il est parce que les hommes l’ont fait ainsi par leurs lois et leurs institutions. Ces soi-disant décideurs qu’ils fassent de l’esbrouffe comme Sarkozy ou Macron, ou plus discret et tout en rondeur comme Hollande, ne décident de rien ou de pas grand-chose, sans même se rendre compte qu’il existe d’autres modèles de société qu’on pourrait mettre en œuvre, mais on ne le fait pas parce qu’on manque aussi bien de courage que d’imagination. Par exemple on peut imaginer un monde plus juste, où la finalité n’est pas l’accroissement de la richesse produite, mais un meilleur partage de celle-ci. Ou encore, au lieu de mettre en place de coûteuses usines à gaz comme la COP21 dont Hollande est si fier, on pourrait changer le modèle de production et de surconsommation[1]. De la même façon, alors que la robotisation menace de détruire des emplois par centaines de millions dans le monde, on ne réfléchit pas à une autre manière de travailler : on vise à lutter contre le chômage, comme si la création d’emplois était extensible à l’infini et qu’elle ne dépendait que de la bonne volonté des entrepreneurs qu’il faut cajoler pour qu’ils s’y décident[2]. 

    François Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018

    Les mémoires des hommes politiques nous renseignent sur ce qu’ils ont fait du pouvoir qu’on leur a confié. A ce titre l’ouvrage de François Hollande est donc un ouvrage à lire. Sans doute que son succès de librairie qui contrarie tant son successeur, vient de ces interrogations. En le lisant, je n’ai pas changé mon point de vue sur le personnage, comme la grande majorité des Français, je le juge très négativement. Mais contrairement à ce que disent les journalistes, je ne le trouve pas faible, bien au contraire, il a mis en œuvre un grand nombre de réformes réactionnaires, le plus souvent inspiré par Macron qui fut aussi bien son conseiller pour la politique économique que son ministre de l’économie. Pour faire confiance à un tel personnage, il fallait vraiment qu’Hollande soit à court d’idées. Le fond de leur politique procède de la même logique selon laquelle il n’y a pas d’alternative à une politique de droite, prédatrice et inégalitaire. La différence entre les deux hommes est sans doute plus dans le caractère, tous les deux ont mené une politique de droite, libérale, favorable aux grandes entreprises et aux plus riches. Mais à la différence de Macron, Hollande n’est pas fou, moins méchant sans doute, moins stupide. Il n’a donc pas choisi de se faire détester par tout le monde, à l’intérieur des frontières comme à l’extérieur. Il a tenté d’adoucir la charge de ce qu’il exigeait du petit peuple pour rendre conforme la France aux exigences de Bruxelles. 

    Ça va mieux 

    Sans surprise donc il va s’atteler à dresser son bilan et à dire, comme ses prédécesseurs et comme son successeur de grâce à lui, même si tout ne va pas bien, « ça va mieux »[3]. On entend ce refrain depuis Chirac, et donc de Chirac à Sarkozy, de Sarkozy à Hollande, puis d’Hollande à Macron cela va mieux. Et pourtant le sentiment des Français est que depuis 1995 au moins, cela ne va pas mieux. Cela fait presqu’un quart de siècle que cette formule sert à masquer clairement les échecs continus d’une politique qui au fond est à peu près inchangée depuis cette date. Elle peut être plus ou moins dure pour les pauvres, mais elle reste toujours la même : privatisations, baisse des impôts pour les riches et les entreprises, baisse des dépenses publiques (sauf pendant la parenthèse Jospin entre 1997 et 2002). Si cela va mieux, les Français ne s’en sont pas aperçu et ont fini par élire Macron en croyant à une sorte d’alternance. Cet autosatisfecit un peu indécent tout de même est là pour venir nous dire que les réformes sont utiles pour redresser la France et accessoirement l’Europe. Car si on critique ce qui se passe en France, on peut alors reporter le débat sur la question européenne. Ça ne mange pas de pain, et cela amène bien des excuses.

    Hollande va défendre le CICE, une mesure qui est en réalité un transfert de fonds publics vers le secteur privé. Je rappelle que le CICE coûte en moyenne 20 milliards d’euros par an, soit 80 milliards sur la période 2014-2018, sommes qui auraient largement suffi à régler la dette de la SNCF. Voici ce qu’Hollande écrit à ce propos :

     

    « La plupart des économistes admettent aujourd’hui que ce crédit d’impôt a joué un rôle décisif dans le redressement de l’économie. Elle aurait selon la Banque de France contribué à la création de plus de 300 000 emplois. »

     

    C’est à la fois imprécis et mensonger. On ne sait pas quels sont les économistes qui ont admis que ce crédit d’impôt avait joué un rôle décisif dans le redressement de l’économie. En tous les cas ceux qui entourent Macron – à commencer par Jean Pisani-Ferry – ne le pensent pas puisqu’ils nous disent qu’il faut révolutionner encore de fond en comble la France, donc que Hollande n’a rien fait de sérieux. Mais peu importe. Le propos de Hollande est mensonger parce que ce même Pisani-Ferry qui était chargé de l’évaluation de ce programme nous dit que le CICE aurait permis la création ou le maintien de 50 000 à 100 000 emplois et qu’encore cela est bien difficile à chiffrer[4]. Mais admettons les chiffres avancés par Hollande, si nous rapportons les 80 milliards au 300 000 emplois créés (on ne sait pas d’où viennent les chiffres avancés par Hollande), ça nous fait des emplois créés et subventionnés par l’Etat à près de 270 000 € par an l’unité ! Sachant qu’en moyenne un emploi coûte à l’entreprise par an environ 40 000 euros, alors on a un surcoût de 230 000 € qui n’est pas justifiée. Autrement dit, au-delà de l’inefficacité de la mesure, l’Etat a organisé grâce à Hollande et Macron (il est toujours là dès qu’il s’agit de faire un mauvais coup) un accroissement des inégalités en renforçant les profits dans le partage de la valeur ajoutée. Il est étonnant qu’Hollande, homme de gauche avec un faux nez, ne se pose pas la question de la signification à long terme de ce transfert de l’argent public vers le privé, et plus précisément vers les plus riches. Cet argent ne manquera-t-il pas au fil des ans aux investissements de l’Etat, alors même que le système de santé et l’éducation sont dans de graves difficultés ? Mais de Sarkozy à Macron, en passant par Hollande, nos présidents de la République ont intégré l’idée que les investissements publics ne servaient à rien. Or c’est complétement faux ainsi que le montre les travaux de Mariana Mazzucato, non seulement les investissements de l’Etat servent l’innovation des entreprises[5], mais les réformes libérales qui ont eu lieu un peu partout dans le monde ont abouti à des transferts de valeur vers le privé qui empêche l’Etat d’agir. Or pour Mariana Mazzucato, mais c’était déjà ce que disait clairement Adolph Wagner à la fin du XIXème siècle, les investissements de l’Etat contribuent à produire de la valeur, que ce soit par le biais de la recherche, de l’éducation ou de la santé. Priver l’Etat de ses ressources en allégeant l’impôt des riches revient à surrémunérer le capital au détriment du travail et de l’Etat. Ce déséquilibre est une forme de spoliation qui aboutit à des inégalités extravagantes que même aujourd’hui le FMI et l’OCDE dénoncent[6]. Si de nombreux économistes, notamment les prix Nobel Joseph Stiglitz et Paul Krugman, reconnaissent l’importance de l’Etat, cette idée n’est pas encore arrivée jusqu’au cerveau encombré et confus des dirigeants occidentaux. Et donc Hollande est encore en retard d’une bataille, ne parlons même pas de son successeur qui pense ramener la France au XIXème siècle.  

    François Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018

    Hollande considère que grâce à sa belle et bonne politique il a fini par inverser la courbe du chômage. En effet à partir du début de l’année 2016 le chômage a commencé à baisser un petit peu. Mais sur l’année 2017 cette baisse est restée faible en nombre. On est toujours au-dessus des 3 millions. Et même en avril 2018, compte tenu de la politique austéritaire de Macron, on était passé à plus de 3,7 millions[7]. Ce qui ne laisse pas d’inquiéter parce que depuis 2015 la conjoncture internationale est bonne : croissance soutenue en Europe, baisse du prix des matières premières. Toutes choses qui ne dureront pas, le prix du baril de pétrole remonte[8], et les taux d’intérêts aussi[9]. On peu même prévoir une nouvelle hausse du chômage au second semestre 2018 parce que non seulement la politique Macron-Philippe plombe la consommation, mais aussi parce que les grèves nombreuses déclenchées par les réformes libérales de cette équipe ont déjà produit des pertes très importantes qui se chiffrent sans doute en milliards d’euros. 

    François Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018

    Hollande aime bien dire des banalités, déverser des lieux communs. « Le chômage est un mal français » dit-il. Si je regarde le graphique ci-dessus je me rends compte que des pays comme la Grèce, l’Espagne ou encore l’Italie qui ont fait les mêmes réformes que celles que Hollande a engagées et qui sont celles qui sont demandées par Bruxelles – autorité aussi vague que sévère – ont des taux de chômage bien plus élevés. Et je ne parle même pas des différences nationales dans le décompte des chômeurs qui rendent assez aléatoires ce genre de comparaisons. Au fond le programme mis en œuvre aujourd’hui par Macron c’est celui qui a été appliqué en mineur par Hollande, et c’est celui qui a été appliqué en Grèce avec les effets dévastateurs qu’on connait. Tout cela est bien connu maintenant. Mais Hollande ne nous explique pas pourquoi il a choisi Macron pour l’aider à mettre en place sa politique économique, alors qu’aujourd’hui il en dit pis que pendre. On sait seulement que c’est le sinistre Attali qui le lui a présenté comme un individu brillant et intelligent. Ce sont deux qualificatifs qui reviennent souvent quand on parle de Macron, mais ce sont des qualificatifs bien subjectifs et pour ma part j’ai une opinion plus nuancée sur l’intelligence limitée du nouveau président. Hollande le présente comme un séducteur – tient donc, Hollande serait-il sensible à ce genre de bêtise ? – un beau parleur, une sorte de marchand de voitures d’occasion. Ce qui est au fond assez juste pour un tel brasseur de vent. Mais il le présente aussi comme quelqu’un qui avance masqué et qui use de basses flatteries et d’obséquiosité pour arriver à ses fins et consolider ses réseaux. Ça confirme au fond les circonvolutions de cet étrange personnage qui passe de la gauche à la droite, avec une petite station au PS. Hollande fait comme tout le monde, il semble découvrir que Macron est finalement le représentant résolu et borné d’une droite dure toute entière orientée vers la satisfaction des appétits démesurés de ses commanditaires. On ne trouvera rien dans le livre d’Hollande sur les compromissions du PS (Manuel Valls tressant des louanges à Gattaz), ou encore Macron son ministre de l’économie se rendant à Davos. Bref il ne dit rien des accointances qu’il a pu développer lui-même avec la classe des « très riches ». il se présente comme celui qui a finalement limité les appétits de cette classe des « très riches ». 

    François Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018 

    Hollande sur la scène mondiale 

    Sa perception de la scène internationale est assez peu fondée et argumentée. Il s’est aperçu qu’en réalité la France est un pays dont la parole compte. Ce que je crois pour ma part. Certes mais pour quoi faire ? Il s’en tient à l’idée fétichiste de défendre l’Europe envers et contre tout. Il est très fier d’avoir – selon lui – éviter à la Grèce une sortie de l’euro. Donc il a sauvé l’euro. Mais a-t-il sauvé les Grecs ? Vu l’état de l’économie de la Grèce, le nombre d’expatriés que ce « sauvetage » a générés, on peut penser que le remède ne fut pas loin de tuer le malade. Européiste ce qui me semble pourtant en contradiction avec l’idée d’une France forte, Hollande félicite donc Tsípras de s’être « courageusement » couché devant la brutalité de la Troïka et des exigences de l’abominable docteur Schaüble qui ont livré le pays au pillage systématique de leurs richesses. La Grèce va mieux dirait Hollande, la croissance a fait un timide retour en 2017, mais les Grecs, non. Du reste sur la période 2010-2018, les suicides ont été nombreux, le système de santé est moribond, le système éducatif en lambeaux. On peut lire les déboires de ce malheureux peuple presque au jour le jour avec les excellents comptes rendus que Panagiotis Grigoriou en donne sur son site pour voir tout l’écart qu’il y a entre ce que raconte Hollande et la réalité[10]. Le chômage est encore aujourd’hui à plus de 20% et encore à plus de 40% pour les jeunes – malgré tous les départs des jeunes vers l’étranger – et le PIB par tête est encore en dessous de ce qu’il était en 2010 d’au moins un tiers. Si en huit ans de mémorandum la politique économique n’arrive pas à revenir au niveau de 2018 en ce qui concerne le chômage et le PIB, c’est qu’elle est forcément mauvaise, peu adaptée à la situation. Après 1945, il n’a pas fallu 5 ans à la France pour se redresser, alors que les dégâts étaient bien pires que ceux infligés par une dette publique élevée. Il faut dire que les Grecs ont vu le malheur s’ajouter au malheur avec l’obligation qui leur a été faite de gérer les flux migratoires que l’Union européenne voulait accueillir sur son territoire. Ce qui entraîne presque mécaniquement et malgré la patience des Grecs une montée presqu’inexorable de l’extrême droite[11]. Hollande d’ailleurs ne se préoccupe guère de discuter la montée de l’extrême-droite dans toute l’Europe, ce qui est pourtant une critique cinglante de ses idées européistes[12].

     François Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018 

    L’île de Kos est une des principales portes d’entrée sur l’Europe pour les migrants 

    A ce propos, on sent tout de même chez Hollande de sérieuses hésitations en ce qui concerne l’accueil des migrants. Il est vrai que durant son mandat il a freiné des quatre fers pour refuser les demandes de Merkel qui voulait en recycler 250 000 chez nous, et qui finalement du se contenter de 25 000 sur trois ans. Il n’est pas certain que son successeur soit aussi prudent en la matière. Disons que Macron a une fibre patriotique bien moins développée et aime à exhiber son multiculturalisme militant. Mais enfin même si Hollande se méfie des flux trop importants de migrants, il n’a aucune doctrine véritable sur cette question. Combien la France peut-elle accueillir de migrants sans désordre et sans perdre son identité ? 1 million ? 10 millions ? 100 millions ? Et pour quoi faire dans un pays qui compte près de 6 millions de chômeurs ? Personne ne le sait, et Hollande et Merkel non plus.

    François Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018

    Hollande est par ailleurs anti-russe et anti-Poutine. Mais là non plus il ne sait pas trop pourquoi, c’est presqu’un réflexe pavlovien. Certes il n’est pas complètement idiot, et il sait bien que la Russie de Poutine n’est pas un pays communiste qui menacerait l’ordre capitaliste. On cherche vainement ce que reproche Hollande à Poutine tout au long des pages qu’il lui consacre. Voilà ce qu’il écrit :

     

    « On a présenté ces tensions comme les prémices d’une nouvelle guerre froide entre Russie et Occident. C’est inexact. Certes Vladimir Poutine cherche à rétablir la zone d’influence qui était celle de l’empire soviétique. Mais il ne s’agit plus d’un affrontement entre deux systèmes sociaux radicalement opposés. C’est une lutte d’intérêts nationaux. Poutine veut autour de son pays un glacis d’États soumis. Sa tactique consiste à encourager les conflits de ses amis avec ses adversaires, puis à les geler. Une zone grise s’établit alors à la frontière de l’Ukraine, de la Géorgie, de la Moldavie, de l’Azerbaïdjan. Ces États restent indépendants. Mais ils sont affaiblis et sujets du même coup à l’attraction russe. »

     

    Donc si on comprend bien ce que reprochent les occidentaux et Hollande à Poutine, c’est de défendre les intérêts de la nation à la tête de laquelle il se trouve. Si d’un côté il pense que l’indépendance de l’Algérie était légitime : un peuple se soulevant contre la colonisation, il ne comprend pas que la Crimée ait elle aussi le droit de choisir le système qui la gouverne. Je ne vais pas détailler la faiblesse d’une telle analyse, d’abord parce que la Guerre d’Algérie s’est terminée avec un nettoyage ethnique, les Français rentrant en Métropole pour sauver leur peau, et parce que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un droit garanti normalement par l’ONU. Mais par les temps qui courent, ils semblent que ni les Criméens, ni les Kurdes, ni même les Catalans aient droit à ce droit ! 

    Les impasses du multilatéralisme  

    François Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018 

    Hollande s’enorgueillit aussi du succès de la COP21. C’est incontestablement un succès spectaculaire sur le plan diplomatique. Mais outre que cet accord sur le climat est très insuffisant, et que les principes d’application de cette charte ne sont pas très clairs, on voit que ce résultat est très fragile puisque Trump le piétine et le déchire. Il faudrait donc s’interroger sur cette volonté de faire avancer les sujets importants à partir d’accords multilatéraux. Je veux dire par là que seule une mobilisation importante des Américains eux-mêmes pourra imposer une évolution positive sur le climat. En vérité la cécité d’Hollande, mais il n’est pas le seul dirigeant européen dans ce cas, porte sur la question de la souveraineté nationale. Le multilatéralisme, que ce soit sur les questions environnementales ou sur les questions économiques, signifie que des traités vont supplanter la politique et les organes qui normalement la définissent. C’est ce qu’on voit avec l’Union européenne : la Commission européenne, la Cour de justice européenne et la BCE, dont les pouvoirs sont définis pas des traités, imposent aux instances politiques élues par les citoyens, des instances politiques devenues naines par la force des choses, un cadre dans lequel ils doivent évoluer. C’est inacceptable. Et c’est une des raisons du Brexit ou encore de la montée un peu partout dans le monde des « populismes » et d’un retour des nations. On aurait aimé qu’Hollande nous dise quelque chose d’un peu consistant sur cette question. Mais pour les politiciens qui ont fait profession de mondialisme plus ou moins tempéré, c’est un sujet difficile car elle les mèneraient à y voir les racines de l’effondrement de la social-démocratie, de l’impasse de la troisième voie. 

    Terminons cette recension avec le passage suivant : 

    « Ils prétendent rester dans l’euro mais en refusent toutes les implications. C’est reconnaître sans le dire qu’ils veulent en sortir. Ce serait donc le retour à des monnaies nationales. Il n’y a là rien d’effrayant : c’était notre situation avant 2002. Mais nous devrions alors défendre seuls le niveau de notre monnaie. Mais dans ces conditions, on ne voit pas non plus pourquoi il faudrait rester dans l’Union européenne. C’est le choix des Britanniques. Ils sont allés jusqu’au bout. Pourquoi s’infliger des directives et une contribution budgétaire si en plus on se méfie du marché unique, qu’on vilipende la Commission et qu’on constate que la gauche est structurellement minoritaire au sein du Parlement européen ? Mieux vaudrait signer un accord commercial avec l’Europe. C’est ce à quoi va conduire le Brexit pour les Britanniques : être libre de ses mouvements, c’est-à-dire seuls face à la mondialisation en négociant avec la Chine, l’Amérique et le Japon et en espérant que les Russes nous traiteraient avec égard. Mais où serait le progrès pour les jeunes privés de la libre circulation, les travailleurs privés d’emploi pour cause d’innovation et les retraités privés du pouvoir d’achat de leur épargne ? » 

    On sent ici l’européisme affirmé de l’ancien président vaciller. Dès le départ Hollande est clair : sortir de l’Union européenne et de l’euro « n’a rien d’effrayant » et donc il est possible. C’est lui qui le dit. Mais alors pourquoi rester ? Là ça devient vaseux. A l’ère de la mondialisation, l’Europe pèse plus que les nations isolées. Bon, mais ce n’est pas démontré. C’est même l’inverse qu’on peut constater. L’Union européenne à 27 ne s’entend sur à peu près rien, comment dès lors pourrait-elle peser ? Que ce soit à propos de la Yougoslavie, de la question palestinienne, l’immigration ou même de la Crimée, les points de vue sont tellement partagés que cela conduit à l’immobilisme complet[13]. Il est facile de démontrer à l’inverse que du temps du général De Gaulle la France pouvait faire entendre une voix dissonante face aux Russes et aux Américains. Et même sous la présidence d’Hollande, la France a été toute seule et sans soutien véritable au Mali. A quoi a servi l’Europe dans ce dernier cas ? Strictement à rien. La fin de ce paragraphe est assez sidérante : Hollande suppose que sans l’Europe il n’y a pas de libre circulation des personnes : c’est un demi-mensonge, on n’a pas attendu l’Union européenne pour voyager en Europe. Et on pourrait dire d’ailleurs que franchir un grand nombre de frontières est plus un passe-temps qu’un idéal sociétal. « Les travailleurs » seraient « privés d’emploi pour cause d’innovation ». Là ça devient carrément obscur. Je signale à ce malheureux Hollande que l’époque du plein emploi c’était avant le marché unique et l’exacerbation de la concurrence. Mais dire que sans l’Europe les retraités seraient privés de pouvoir d’achat, là ça devient franchement grotesque ! Il me semble que l’Europe au contraire pousse à la baisse des pensions et surtout à un financement des retraites par capitalisation – est-ce pour cela qu’il parle d’épargne ? D’ailleurs Hollande a lui-même réformé les retraites, donnant au passage un coup de rabot à leur pouvoir d’achat pour se conformer aux directives de Bruxelles. Les crises financières qui se sont succédé depuis la fin du XXème siècle ont pourtant montré la dangerosité au contraire d’un financement des retraites par des fonds de pension, fonds de pension qui n’ont pu être sauvés que par une intervention massive des Etats qui se sont endettés pour ce faire. 

    Concluons 

    Hollande nous apparait finalement comme un président assez suiviste, en ce sens qu’il n’a jamais osé enfreindre les règles des traités. Mais dans le fil de la lecture, il apparaît aussi un Hollande, nettement moins bête que Macron, un Hollande qui doute aussi bien de lui-même que du bien fondé du programme néo-libéral qu’il a lui-même appliqué. Sur le plan de l’écriture c’est assez plat, sauf quand il s’attaque à Macron pour lâcher quelques flèches empoisonnées dans sa direction, sous prétexte de le mettre en garde contre ses excès. C’est ce qui nous fait dire que même s’il s’est fait aider, c’est bien lui qui a écrit ce livre. Il a beau dire qu’il n’est pas rancunier, on ne le croit pas une minute. Il n’est pas le seul à penser d’ailleurs que le nouveau président va beaucoup trop loin. Sarkozy dit aussi la même chose, bien qu’il approuve la politique économique de Macron, il pense que « cela finira très mal »[14]. Voilà au moins un point sur lequel je serais d’accord à la fois avec Hollande et avec Sarkozy ! Ce n’est pas si souvent ! 



    [1] Serge Latouche, Le pari de la décroissance, Fayard, 2006.

    [2] Bernard Stiegler, La société automatique, l’avenir du travail, Fayard, 2015.ou encore Bernard Stiegler, L’emploi est mort, vive le travail !, Mille et une nuits, 2015.

    [3] Ce serait Edouard Balladur qui aurait été le concepteur du « ça va mieux » lors de sa campagne pour l’élection présidentielle de 1995. C’était une manière de se féliciter de son travail à Matignon. https://www.humanite.fr/node/102444. Aujourd’hui c’est Castaner qui reprend ce vieux tube usé, Macron ne s’y risque pas, enfin pas encore. http://www.lefigaro.fr/politique/2018/05/02/01002-20180502ARTFIG00324-christophe-castaner-il-y-a-des-fractures-mais-le-pays-va-mieux.php

    [4] http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/rapport_cice2016_28095016_ok.pdf

    [5] The Entrepreneurial State, Publics affairs, 2015

    [6] The value of everything, making and taking in the global economy, Allen Lane, 2018.

    [7] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/04/25/20002-20180425ARTFIG00036-chomage-pole-emploi-publie-les-premiers-chiffres-pour-2018.php

    [8] https://www.agenceecofin.com/economie/2004-56314-le-prix-du-petrole-retrouve-son-niveau-de-novembre-2014-a-pres-de-75-dollars-le-baril

    [9] https://www.capital.fr/entreprises-marches/les-taux-dinteret-sont-bien-partis-pour-remonter-durablement-1265624

    [10] http://www.greekcrisis.fr/

    [11] http://www.liberation.fr/planete/2018/04/23/grece-des-migrants-blesses-a-lesbos-lors-de-heurts-avec-l-extreme-droite_1645287

    [12] https://www.challenges.fr/politique/marine-le-pen-sebastian-kurz-andrej-babis-ces-leader-de-l-extreme-droite-qui-prosperent-sur-une-europe-impuissante_508228

    [13] Ce que reconnaissait du reste Hollande dans une interview aux Echos https://www.lesechos.fr/29/06/2016/lesechos.fr/0211079549317_francois-hollande----l-immobilisme-serait-la-dislocation-de-l-europe-.htm

    [14] http://www.lepoint.fr/politique/nicolas-sarkozy-a-propos-d-emmanuel-macron-ca-va-tres-mal-finir-22-10-2017-2166495_20.php

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  •  Marseille et Paris villes poubelles

    Si on veut un symbole de la décomposition de la vie sociale et politique, alors il faut regarder ce qu’on fait de nos déchets. A Marseille et Paris on les étale à la vue de tout le monde. Dans son dernier numéro daté du 4 mai 2018, Marianne décernait la palme des villes les plus sales de France à Paris et à Marseille. Cette question agace évidemment les riverains, mais en réalité elle est l’image même de la dégradation générale des services publics, et donc de l’impossibilité des institutions de fonctionner normalement. On pourrait dire que la qualité de la vie ordinaire se résume à la tenue de ses poubelles. Des villes comme Naples se tiermondisent à vive allure parce que pour des raisons diverses et variées, elles n’arrivent plus à éliminer leurs déchets. Plus on parle de recyclage des déchets et plus il semble que ceux-ci nous envahissent de façon irrémédiable. Cette incapacité à gérer les déchets se traduit par une destruction de la faune et de la flore des océans envahis par le plastique[1]. On connait tous ces images d’enfants du Tiers Monde en train de chercher leur pitance dans le tri des déchets entassés dans des décharges à ciel ouvert, et il est assez facile d’en comprendre la dangerosité sur ceux qui s’y risquent. On trouve ça aussi bien à Mexico qu’à Dandora[2]. Mais sans doute ce qu’on sait moins, c’est que les villes des pays dits évolués ne font guère mieux. Ainsi dans les Yvelines, à Poissy précisément, il existe une décharge à ciel ouvert sur plus de cinq hectares[3]. Les pays riches ont pris également l’habitude d’envoyer leurs déchets très polluants vers les pays pauvres, par exemple en Afrique, où ils reçoivent des déchets de composants électroniques qu’on ne sait pas recycler, ou qu’on ne veut pas recycler parce que cela coûte cher[4]. 

    Marseille et Paris villes poubelles 

    Des photographies inquiétantes des Caraïbes montrent une mer de plastique et de polystyrène 

    Il faut bien le dire très clairement, ces mers de plastiques qu’on trouve au milieu des océans sont forcément le résultat du peu d’effort qu’on fait pour retraiter ces déchets à l’intérieur des villes qui les génèrent. Et si on ne veut pas le voir, malgré les propos alarmistes des spécialistes de cette question, c’est parce qu’on ne veut pas remettre en question les principes de la croissance économique et reconnaître que ce mode de développement est complètement dépassé. L’économie mondialisée ne vit pas seulement sur la vieille lune selon laquelle plus de consommation est nécessaire pour améliorer l’existence et les rapports sociaux, elle vit aussi avec l’idée stupide selon laquelle il faut produire au moindre coût, et donc minimiser l’impact monétaire des effets externes négatifs de la production industrielle sur l’environnement. Donc on se débarrasse de ses ordures en les jetant n’importe où, ou en les enterrant n’importe comment. En vérité si les industriels payaient le coût de ces dégâts, ils devraient accroître leur prix de vente et exister avec une clientèle restreinte.

    Marseille et Paris villes poubelles 

    Naples et ses poubelles 

    En Italie, le Nord industriel a utilisé la Camorra pour se débarrasser de ses déchets, parce que cette organisation criminelle le réalisait au moindre coût… en trichant. Ces gangs n’ont fait ni une ni deux, ils ont enfoui des déchets très dangereux, certains radioactifs, sur leurs propres terres, entrainant une hausse rapide des cancers dans la région et rendant les cultures impropres à la consommation. Ce phénomène est bien connu et a été dénoncé en long, en large et en travers par Roberto Saviano dans Gomorra[5]. On s’est indigné, mais cela n’a pas été beaucoup plus loin. Naples est aussi connue parce que la Camorra, toujours elle, a laissé se développer une grève du ramassage des ordures, afin de faire monter ses gains[6]. Là encore il a fallu céder. Vous remarquerez que dans les deux cas, c’est la Camorra qui fait le travail des services publics qu’elle a supplantés. La multiplication des déchets est la contrepartie qu’on ne veut pas voir du progrès technique aussi bien que de la croissance de la population et dont on ne veut pas payer le coût. A l’origine de la crise des déchets, il y a le désinvestissement des services publics en la matière, et leur volonté de ne pas facturer au prix du marché le recyclage des déchets. En 2012 un rapport de la Banque mondiale assurait que les déchets urbains augmenteraient de 70% entre cette date et 2025[7]. Le coût global de la gestion de ces déchets passerait alors de 200 milliards $ par an à près de 400 milliards. On comprend alors la tactique des municipalités et des industriels, dissimuler au moindre coût et n’importe où ces déchets qu’on ne veut pas voir. 

    Marseille et Paris villes poubelles 

    Ici c’est Paris 

    Ces chiffres montrent qu’aujourd’hui il existe un marché du retraitement, très juteux, et dont l’avenir dépend de la croissance de l’économie. Parmi ces déchets une grande partie ressort directement du gaspillage. Aux Etats-Unis, pays de la libre entreprise et du gaspillage – ce qui est au fond la même chose – ce sont 150 000 tonnes de nourriture qui sont jetées tous les ans. En France on est un peu moins gaspilleur, ce serait 10 millions de tommes, dont une partie de produits encore sous emballage[8]. Il n’y a pas de croissance, surtout dans les moments de la civilisation post-industrielle, sans une croissance encore plus rapide du gaspillage et des déchets. Le résultat de ces extravagances fait que les villes ont de plus en plus de mal, surtout dans une période relativement austéritaire, à gérer correctement ce problème. Des phénomènes inattendus viennent renforcer cette difficulté : les migrations incontrôlées comme les localisations intempestives des Roms, accroissent naturellement les dépôts d’ordures dans la nature. Dans le cas de la décharge à ciel ouvert de Poissy, ce sont les campements des Roms qui en sont à l’origine. 

    Marseille et Paris villes poubelles 

    A Paris les migrants commencent à préoccuper les pouvoirs publics

    Cette année parmi la grande quantité de conflits sociaux que Macron a engagés par sa politique réactionnaire, on a remarqué la grève des éboueurs qui s’est étendue de février au mois d’avril. On en a peu parlé. C’est pourtant un signe important de décomposition de la société de consommation. Ils ne sont pas payés suffisamment pour faire un boulot salissant et dangereux sur le plan de la santé. Et pourtant comme on s’en rend compte de plus en plus, ce travail est nécessaire, dès qu’il est mal fait ou qu’il n’est plus fait à cause des grèves, la vie devient un enfer. On a noté à Marseille[9] comme à Paris[10] une prolifération des rats. Quand il y a une telle prolifération de rats, le retour des pandémies n’est pas loin. Malgré les entreprises de dératisation qui se développent, la situation ne semble plus du tout maitrisée. A Marseille et à Paris les autorités municipales sont aux abonnés absents. Il faut dire qu’elles sont absorbées par des problèmes autrement plus importants : développer de vastes chantiers qui pourrissent la vie des habitants. Par exemple les voies sur berges à Paris ou un PPP pour la construction de 34 nouvelles écoles à Marseille. Ces projets sont à la fois des affaires juteuses pour les maires et leurs amis, et en même temps des vitrines. Regardons les deux photos suivantes. La première nous montre des rues clairement abandonnées dans le centre-ville, c’est tout près du Vieux-Port, lieu sensé être le clou d’une activité touristique attractive à Marseille. C’est une image très courante, presque constante qu’on peut voir. La seconde image est une « réclame » pour l’action (l’inaction pourrait-on dire) de la municipalité gaudiniste et de son appendice Marseille Provence Métropole. On pourrait la qualifier de publicité mensongère d’ailleurs, tant elle se trouve en décalage avec la réalité. Dans cette ville une association a été créée pour combattre l’inertie de la municipalité, son titre : Poubelle la vie[11]. Très active, elle pointe au-delà du trop facile incivisme traditionnel des Marseillais, l’incurie de la municipalité qui accuse l’association d’avoir des buts politiques inavoués. Mais on peut pointer aussi le laxisme des éboueurs et le fameux fini-parti, ce n’est guère satisfaisant, ne serait ce que parce qu’il y a un décalage entre les beaux quartiers où la propreté arrive parfois à se faire, et les quartiers Nord par exemple qui paraissent à l’abandon. C’est le choix politique de la mairie de traiter d’abord ce qu’elle croit être la partie la plus visible au détriment de ceux qui votent mal ou qui ne savent pas se faire entendre.

     Marseille et Paris villes poubelles 

    A Marseille non loin du Vieux Port 

    Marseille et Paris villes poubelles 

    A Marseille la publicité remplace l’action

    A Paris la situation n’est pas meilleure, mais cela se redouble du fait qu’il s’agit de la capitale de la France. Pour Marseille il était assez facile de dénoncer les carences d’une ville livrée à l’affairisme et aux populations du Tiers Monde. Mais Paris est une ville riche, très riche même. On y trouve la crasse à deux pas de l’Elysée. Et là encore on va retrouver un clivage très net entre les beaux arrondissements friqués et les quartiers de Barbès ou de la Goutte d’or. En vérité, alors que, comme on l’a signalé, les déchets augmentent quantitativement, le budget du nettoyage a baissé en valeur relative : en 2001 la municipalité consacrait 220 millions d’euros sur un budget de 3,9 milliards, en 2017 il était de 271 millions sur 5,5 milliards d’euros. L’augmentation était de 23% pour le nettoyage tandis que le budget municipal augmentait de 41%[12] ! Il y a donc clairement un choix politique qui ne dit pas son nom. 

    Marseille et Paris villes poubelles 

    On pourrait en rire si ce n’était pas aussi sérieux. Mao Péninou[13] (quel prénom – tout un programme) qui est l’adjoint délégué à la propreté renvoie le débat lui aussi à l’incivisme de des concitoyens puisque l’action qu’il met en avant c’est de multiplier les PV pour incivilités, ils auraient augmenté de 148% en un an ! Mais la ville n’en est pas plus propre pour autant. Tout ça n’est pas très sérieux. Que ce soit Marseille ou Paris, il n’y a pour l’instant aucun début de réflexion sur les solutions possibles pour améliorer la situation. Je passe sur le plan gouvernemental qui fixe des objectifs peu réalistes et peu réalisés d’un retraitement des déchets[14], ne serait-ce que parce qu’avant de retraiter ces déchets, il faudrait d’abord les ramasser ! Cette impuissance qu’on peut appeler aussi incompétence, renvoie non seulement au manque de plus en plus flagrant de sérieux du personnel politique, mais aussi à l’échec complet d’un modèle de société : les lois du marché réclament en permanence une externalisation d’une large partie de leurs coûts de production, et rabaisse en permanence l’idée de service public qui renvoie forcément à une collectivisation au moins partielle des forces de production.



    [1] https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/les-dechets-de-plastique-envahissent-les-oceans_112382

    [2] http://www.lemonde.fr/planete/article/2018/01/16/dans-l-enfer-de-la-decharge-a-ciel-ouvert-de-dandora_5242223_3244.html

    [3] https://www.ouest-france.fr/ile-de-france/yvelines/yvelines-une-decharge-ciel-ouvert-s-etend-depuis-dix-ans-les-riverains-excedes-5617281

    [4] http://geopolis.francetvinfo.fr/l-afrique-reste-desarmee-face-aux-dechets-electroniques-qui-s-accumulent-150743

    [5] Gallimard, 2006.

    [6] https://francais.rt.com/international/13121-naples-ordures-mafia-cancer

    [7] What a waste, a global review of global management, World Bank, 2012.

    [8] https://www.sciencesetavenir.fr/nutrition/aliments/gaspillage-alimentaire-des-milliers-de-tonnes-de-nourriture-jetes-chaque-jour-par-les-americains_123276

    [9] https://www.laprovence.com/article/edition-marseille/4617828/la-chasse-aux-rats-se-poursuit-en-ville.html

    [10] http://www.bfmtv.com/societe/proliferation-des-rats-a-paris-les-images-alarmantes-d-un-eboueur-1355287.html

    [11] http://marseillepoubellelavie.fr/

    [12] https://www.lesechos.fr/06/12/2017/lesechos.fr/030989006988_une-baisse-de-l-effort-de-nettoyage-expliquerait-la-salete-de-paris.htm

    [13] Il est le fils de Jean-Louis Péninou, un militant gauchiste de Mai 68 dont tout le monde se moquait à l’époque, mais dont les relations lui permirent de devenir directeur de ce journal cocasse et maintenant sans lecteurs qui s’appelle Libération.

    [14] https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/traitement-des-dechets

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