•  Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    On ne sait pas si Pedro Sanchez a profité de la situation explosive en Europe sur la question des salaires pour annoncer une hausse spectaculaire du salaire minimum en Espagne, mais en tous les cas c’est une transformation radicale du paysage économique qui s’annonce et qui prend à contrepied la doctrine de Bruxelles[1]. Cette hausse spectaculaire intervient en France après l’annonce de Macron d’augmenter le SMIC en transférant des ressources étatiques vers les salaires les plus faibles, signifiant au passage la pingrerie proverbiale pour ne pas dire plus du MEDEF et de son porte-voix qui habite pour quelques temps encore à l’Elysée. On sait que la hausse du SMIC présentée par Macron est de l’enfumage pur et simple. Les Français s’en sont rendus compte, 60% n’ont pas été convaincus, ni de sa sincérité larmoyante, et 72% l’ont trouvé inquiétant[2]. Mieux encore une large majorité des Français souhaite la poursuit du mouvement des gilets jaunes[3]. La hausse misérable des 100 € par mois, compte tenu du retard que le SMIC a accumulé par rapport à la hausse de la productivité, on a compris rapidement qu’une partie serait payée par les Smicards eux-mêmes, et en aucun cas par les entreprises.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    Le motif est toujours le même qu’une hausse su SMIC tue l’emploi. Pénicaud qui a vu ses revenus augmenter considérablement avec la disparition de l’ISF, a répété cette idée stupide jamais démontrée. Certains travaux démontrent même le contraire. La dernière grande hausse du SMIC, celle de 1968 ne s’est absolument pas traduite par un recul de l’emploi, bien au contraire, et le coup de pouce au SMIC en 1997, a accompagné une relance de la croissance et donc de l’emploi. Regardons maintenant sur la longue période le cas des Etats-Unis. Si le salaire minimum en augmentant détruit de l’emploi, alors la courbe du chômage doit grimper quand le salaire augmente et baisser quand celui-ci diminue. Le graphique suivant montre qu’entre 1950 et 2013, soit 63 ans ce n’est pas le cas. Les deux courbes ne présentent aucune corrélation stable dans le temps, parfois ça marche dans un sens, et parfois dans un autre. La raison principale est que le coût du travail n’est qu’un déterminant parmi d’autres de l’embauche. Dans certaines circonstances, surtout lorsqu’une longue période de restriction des salaires a été observée, au contraire, une hausse du salaire minimum relance la demande et l’emploi. Observons la période entre 1965 et 1982, nous soyons que la baisse du salaire réel minimum, rongé par l’inflation, s’accompagne d’une hausse forte et soutenue du chômage. Entre 1953 et 1970, au contraire une hausse du salaire minimum s’accompagne d’une décrue continue du chômage.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    L’idée fausse selon laquelle une hausse du salaire minimum tue l’emploi provient toujours de l’erreur de croire – ou de faire semblant de croire – que c’est l’offre qui crée toujours la demande quelles que soient les circonstances. L’approche d’une relation globale entre salaire et chômage est également contredite par l’exemple de la zone euro. Voici ci-dessous un graphique qui met en relation l’évolution des salaires et le chômage entre 1998 et 2016. Il s’agit ici du salaire nominal. Les deux courbes évoluant là encore le plus souvent en sens contraire, nous devons conclure à tout le moins qu’il n’y a pas de relation positive entre hausse des salaires et chômage. Tous les modèles plus ou moins alambiqués pour faire tenir debout l’idée selon laquelle les hausses de salaire nuisent à la croissance et à l’emploi relève de l’idéologie, mais sûrement pas de l’observation des faits, une théorie qui oserait avancer qu’il y a une relation positive entre hausse du salaire minimum et hausse du chômage serait forcément contre-factuelle. Evidemment cette idéologie est là, supportée et défendue par des économistes de profession comme les ignobles Cahuc et Zylberberg ou par l’innommable Aghion, pour permettre à la classe dominante de justifier des lois qui augmente ses revenus, notamment en demandant des baisses d’impôts sur les hauts revenus et la disparition de l’ISF.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    Regardons le graphique suivant maintenant : il met en relation les taux de chômage en France et en Espagne. Depuis 2008, le chômage a explosé en Espagne, alors même que l’Espagne possède un modèle social moins performant que la France, un SMIC plus bas et des allocations chômage plus faibles. Entre 2008 et 2018, l’Espagne a procédé à une série de réformes voulues par Bruxelles pour flexibiliser son marché du travail, et les réformes ont été en effet bien plus loin qu’en France. L’idée étant que l’Espagne possède d’abord sur les marchés internationaux un avantage lié à son faible coût du travail. Le résultat n’a pas été à la hauteur. Le chômage est resté très largement au-dessus du chômage français dont Macron à la suite de la bureaucratie de la Commission européenne juge la rigidité trop élevée. Il est donc complètement erroné d’avancer qu’en baissant le coût du travail – salaire net plus cotisations sociales – on va créer des emplois.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    On pourrait du reste ajouter que si on doit créer des emplois pour que ceux-ci ne nourrissent même pas le travailleur pauvre, à tel point qu’il faut lui redistribuer des allocations sociales, alors on ne voit pas très bien à quoi cela peut bien servir de créer des emplois. Mais venons-en à l’essentiel. Le gouvernement espagnol en adoptant une mesure de gauche, étonnante pour le PSOE qui avait pris l’habitude de faire une politique de droite, a franchi deux lignes jaunes en même temps :

    - alors que l’Union est empêtrée dans le Brexit et dans la fronde de l’Italie qui a le culot de vouloir disposer de son budget sans demander l’autorisation à Moscovici, voilà que l’Espagne met en œuvre une politique de revalorisation des salaires qui inverse la tendance dominante en Europe. En effet celle-ci suppose que seule la politique de l’offre est bonne : on abaisse les coûts, on abaisse les prix, et le reste suit, or en redistribuant de la valeur ajoutée vers les travailleurs, on va favoriser au contraire la demande. Ça va de soi puisque par définition les salariés qui touchent un salaire minimum n’ont guère les moyens d’épargner ;

    - ce premier affront à la doxa bruxelloise ou berlinoise, comme on veut, est aussi un camouflet pour Macron. Pour suivre l’exemple espagnol, Macron aurait dû engager une hausse du SMIC qui l’aurait porté en brut à 1805,92 € en brut pour un temps plein et à 1401,84 € en net. Cela aurait été très bien perçu dans l’opinion, et sans doute qu’on n’aurait guère vu les gilets jaunes sur les ronds-points.

    Vous noterez que le président de l’OCDE a approuvé cette hausse espagnole, à la fois parce que les salaires ont pris partout du retard sur la hausse de la productivité, et parce que cela permet aux travailleurs pauvres de pouvoir vivre plus décemment avec leur travail. Implicitement la position de l’OCDE est une critique du gouvernement français qui apparait comme l’un des plus rétrograde qui ait existé depuis au moins Pétain. A force de vouloir apparaître comme le meilleur élève de l’Europe allemande, Macron apparait pour ce qu’il est, le simple défenseur des intérêts de court terme de la finance.

    Il y a quelques jours, j’avais recopié le graphique donné par Jacques Sapir[4]. Je le recopie à nouveau pour bien caler les idées. On voit que la France, mais ce n’est pas le seul pays qui se trouve dans ce cas, a mis la pression sur les bas salaires depuis plus de trente ans. L’écart de rémunération par rapport à la hausse de la productivité est d’environ 25%. Ce qui a engendré nécessairement une redistribution de la valeur vers les détenteurs de capitaux, au détriment des travailleurs les plus pauvres, sans même parler des impôts qu’on a tordu dans un sens injuste. Evidemment si on fait bouger les salaires, cela va faire baisser la rémunération du capital, c’est le risque que prend Pedro Sanchez. Cependant si cette hausse de 22% est bonne pour l’Espagne, pourquoi une hausse similaire ne serait-elle pas bonne pour la France et plus généralement pour les autres pays de la zone euro ? Cette démarche du gouvernement espagnol va sans doute inaugurer une année 2019 de luttes sociales et de hausse des salaires. Notez que ce changement intervient alors même que les Portugais ont rompus depuis quelques années avec la doctrine orthodoxe de resserrement des salaires, ils ont obtenu une croissance soutenue, une baisse du chômage et même un recul significatif de la dette publique[5]. La péninsule ibérique semble ainsi lancer un défi à Bruxelles, à Berlin, mais aussi à Paris où Macron se trouve de plus en plus isolé dans son entêtement imbécile et ses mensonges.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    L’erreur – une de plus – de Macron a été de faire financer la pseudo hausse du SMIC sur des fonds publics, contrairement à la méthode du gouvernement espagnol qui parie sur une modification du partage de la valeur ajoutée non seulement des salariés, mais plus encore des salariés les plus pauvres. Au moins 1,3 millions de travailleurs seront concernés par cette hausse. Celle-ci agira non seulement pour la diminution du taux de pauvreté, mais aussi dans le sens d’un resserrement des inégalités : les salariés les plus mal-payés rattraperont un peu les autres, et en outre cette hausse du salaire minimum permettra aussi un rapprochement des rémunérations entre les hommes et les femmes, celles-ci étant plus souvent que les hommes rémunérées au salaire minimum.



    [1] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/12/13/en-espagne-pedro-sanchez-annonce-une-hausse-du-salaire-minimum-de-22_5396733_3234.html

    [2] https://www.letelegramme.fr/france/gilets-jaunes-les-annonces-de-macron-n-ont-pas-convaincu-les-francais-11-12-2018-12158523.php

    [3] https://www.ladepeche.fr/article/2018/12/11/2922861-emmanuel-macron-reussi-allocution-francais-59-sont-convaincus.html

    [4] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/la-question-du-pouvoir-dachat/1453292201467360/

    [5] https://information.tv5monde.com/info/portugal-un-redressement-economique-et-social-qui-prend-bruxelles-contre-pied-190588

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     De mai 68 à la haine des gilets jaunes

    Voici une brochette de médiatiques qui vivaient déjà dans l’erreur il y a cinquante ans et qui sont devenus les propagandistes du modèle libéral. Plusieurs anciens barricadiers de 68 viennent, dans leur grande vieillesse, au secours de Macron et du grand capital. Parmi les plus répugnants de ces renégats, il y a Cohn-Bendit, encore qu’on ne ‘lait guère vu concrètement sur les barricades en 68, mais enfin il appuyait les violences « révolutionnaires ». Toujours aussi arrogant et inculte, il en est à justifier la droite extrême de Macron et ses mesures inégalitaires, avance le vague motif complètement déplacé qu’il faut une taxe sur les pauvres et leurs voitures pourries qui marchent au diesel pour sauver la planète[1]. Avant de se faire connaitre du grand public, Cohn-Bendit gravitait dans un petit groupe anarcho-communiste, Noir et rouge, groupe qui prétendait réconcilier Marx et Bakounine. En 68, Dany-le-rouge avait écrit – ou plutôt signé – un ouvrage intitulé Le gauchisme remède à la maladie sénile du communisme[2]. Cet ouvrage très confus sans doute écrit par son frère Gaby, l’intellectuel de la famille, expliquait à qui voulait bien le lire que le « gauchisme » incarné par lui bien sûr, était une manière de construire une sorte de communisme à visage humain et d’en finir avec la tyrannie de la propriété privée. Sa photo défiant les CRS avait fait le tour du monde et était devenue un symbole de la révolte estudiantine. Mais les véritables acteurs de ce mouvement savaient à quoi s’en tenir sur ce bateleur dont ils dénonçaient le goût pour le spectacle politicien. Bon à rien, mauvais à tout, ayant fait aussi de mauvaises études, sans vraiment les achevées, il s’est finalement recyclé dans la politique politicienne, à mi-chemin entre le cuistre bobo et le clown opportuniste, vivant principalement de sa capacité à amuser le tapis en prenant des poses devant les caméras de télévision. En général les reniements se font par petites touches, il est d’abord devenu « vert », et ce verdissement lui a permis de trouver un emploi de député au parlement européen. Ce qui lui permet aujourd’hui de toucher une belle retraite, sans compter les petits émoluments qu’il se fait comme argent de poche en allant parader sur les plateaux de télévision où on l’invite ne général pour critiquer les mouvements sociaux. Il aurait pu se contenter de ça et se taire, mais comme il aime se vautrer dans ses propres déjections, il est parti à la rencontre d’un petit banquier d’affaire à moitié cinglé. Cinglé peut-être, mais représentant de la finance. Tout le monde le sait, et Cohn-Bendit, malgré sa faible intelligence, le sait aussi. Imperturbable, il continue à soutenir Macron, au nom de l’écologie, alors même que Nicolas Hulot, pourtant peu révolutionnaire, a dénoncé les lobbies qui grenouillent dans l’entourage du gouvernement.  

    De mai 68 à la haine des gilets jaunes

    Cohn-Bendit ne chie pas la honte, et il continue à faire semblant de croire qu’une taxe sur le diesel sauvera la planète, alors que tout le monde sait que cette taxe est destinée avant tout à équilibrer un peu le budget mis à mal par les largesses de Macron envers les très riches. Pourquoi prend-il les gens pour aussi stupides que lui ? Déjà en Mai 68 on se méfiait de ce personnage douteux et vibrionnant qui aimait tant se retrouver sur les photos qui illustraient Paris Match. Mais il a haussé ses derniers jours son niveau de cuistrerie en dénonçant les gilets jaunes comme ayant des tendances politiques totalitaires, une autre variante de la fable macronienne qui a fait pschitt et qui consiste à dire que ce mouvement est manipulé par l’extrême-droite. En Mai 68 l pouvoir en place tentait de dire que ce mouvement était manipulé depuis l’étranger, la Chine et la Russie. Autrement dit Cohn-Bendit est passé en cinquante ans d’une justification de la révolte à une justification de la soumission. Lui-même étant un exemple de cette soumission. On pourrait appeler ça de la lâcheté. Lui dira qu’il a évolué. Mais comme par hasard il a évolué en se positionnant du côté du manche et en tapant sur les plus faibles, c’est-à-dire sur les plus pauvres. Gros et gras, la bourgeoisie l’a trop bien nourri pour qu’il lui vienne à l’idée que la révolte est une réaction saine et normale pour quelqu’un qui est encore un peu en vie. Ne connaissant aucun gilet jaune, et pour cause, il ment ouvertement sur ce qu’ils sont : un jour il les qualifie de fascistes, un autre comme un groupe ayant des tendances autoritaires. Bref il reprend la vieille litanie des médiatiques aux ordres dont il fut pourtant victime lui-même en Mai 68 de leurs calomnies. Mais il ne dira pas un mot sur les tabassages en règle par la police, tabassages qui ont fait pourtant l’objet de témoignages concordants et nombreux[3]. Peut-être n’est-il pas au courant ? 

    De mai 68 à la haine des gilets jaunes

    Mais quand Daniel Cohn-Bendit vient raconter n’importe quoi sur les gilets jaunes, il ne le fait pas tellement par conviction, des convictions, fussent-elles révolutionnaires, il n’en a jamais vraiment eues. Il est en service commandé pour essayer de les faire passer pour d’affreux réactionnaires. Car Cohn-Bendit, comme son patron Macron, se range du côté du progrès – quoi qu’il ne sache pas trop ce que c’est. Enfin il est du côté de ce que lui et ses commanditaires désignent comme étant le progrès. Cohn-Bendit est tellement stupide qu’il ne comprend pas que le progrès selon Macron c’est l’accumulation du capital et pas du tout la protection de l’environnement. Il n’en est toujours pas arrivé au point où on constate que le combat pour l’écologie passe nécessairement par la fin du capitalisme et l’éradication de ses valets, dont lui. Parmi les autres ex-soixante-huitards qui se sont convertis au libéralisme débridé, voici Romain Goupil, l’antipathique Goupil qui ne s’appelle pas Goupil d’ailleurs, mais Charpentier. Après un passé trotskiste des plus médiocres, il prétend être monté sur les barricades, le voilà la vieillesse venue en soutien du grand capital lui aussi. Les médias ont été le tirer de l’oubli où il croupissait pour qu’il fasse un peu de réclame pour le petit banquier. Comme son ami Cohn-Bendit – on a les amis qu’on peut – il joue les cosmopolites de salon pour faire semblant qu’il est encore un peu moderne, donc il va soutenir les migrants par exemple, mais cela ne peut pas faire oublier qu’il soutient aussi l’impérialisme américain à la manière de BHL. Souvent femme varie nous dit le proverbe, en 68, les trotskistes de son acabit faisaient du combat contre les USA et en soutien au Viêt-Cong la colonne vertébrale de leur engagement révolutionnaire, ils voulaient des Viet Nam partout. Donc ce grand crétin va venir nous expliquer, lui qui a renié toute sa jeunesse, combien les gilets jaunes sont des réactionnaires, lui-même étant un chantre du progrès, encore un moderne[4]. Ce clown qui ne sait rien sur rien et encore moins sur le reste va faire la leçon aux gilets jaunes, allant jusqu’à justifier le tabassage en règle d’un vieil homme par les CRS en disant que c’était bien normal puisque la manifestation était interdite, de quoi on se plaint ! Il a apostrophé violemment un représentant des gilets jaunes, Éric Drouet, lui reprochant de n’être pas élu. Mais lui n’a pas dit au nom de quoi et de qui il intervenait dans ce débat, c’eut été intéressant de savoir qui l’avait mandaté : Castaner, Macron, un autre ? Goupil est sans doute encore plus bête que cette vieille canaille de Cohn-Bendit, ce n’est pas peu dire, mais dans sa diatribe, on le sent un peu gêné tout de même de faire étalage de ses propres reniements devant la France entière. C’est un peu comme s’il regrettait d’être passé au service de la droite réactionnaire, croyant sans doute que le temps de la révolte ne reviendrait plus jamais, et que lui ne peut sûrement plus en faire partie, même en redevenant trotskiste ! 

    De mai 68 à la haine des gilets jaunes

    Voilà un autre ancien de Mai 68, grand bourgeois et héritier très fortuné, son père ayant fait fortune dans le commerce des bois précieux, BHL ressemble à une caricature de lui-même. Ce n’est pas pour rien qu’il se fait régulièrement entartrer. Il est bien connu pour ses trucages et pour ses sotties. En Mai 68 il n’a pas été très présent, mais rapidement converti au maoïsme, il commit un ouvrage en 1973 sur le Bangla Desch révolutionnaire[5]. Ouvrage difficile à qualifier, tant il est le résultat d’une ignorance sans fond. Et puis ce créneau du maoïsme devenant de moins en moins porteur, il s’est recyclé toujours plus à droite. Devenant lui aussi un grand supporter des Etats-Unis. C’est devenu une manie chez les anciens gauchistes convertis au libéralisme que de se ranger vers ce qu’il y a de plus réactionnaire et de défendre l’impérialisme américain. Il a connu les procès pour plagiat, et son livre sur Daniel Pearl a été jugé comme un mauvais décalque de ce qui existait déjà sur la question[6]. On connait son imbécilité légendaire, notamment révélée par l’affaire Jean-Baptiste Botul, philosophe fictif que BHL citait comme s’il avait réellement existé et comme s’il l’avait lu[7]. Cette affaire n’est pas anodine et révèle tout à fait l’insuffisance intellectuelle du bonhomme. Révolutionnaire en carton en 68, il est devenu le pire des néo-conservateurs. Evidemment il a soutenu Macron en 2017, après avoir voulu se faire passer pour le conseiller de Nicolas Sarkozy, et laisser croire que grâce à lui on avait déquillé Kadhafi pour le plus grand bonheur des Libyens. En ce qui concerne les gilets jaunes, il a fait preuve de la même stupidité arrogante et inquiète du grand bourgeois qui est inquiet pour ses petites rentes. Il a d’abord donné une conférence – on se demande si les gens qui l’écoutent sont plus idiots que lui – pour lui aussi expliquer que les gilets jaunes c’était un peu une avancée du fascisme. Il a tenté une explication alambiquée pour soutenir cette thèse obscure, s’appuyant sur le malheureux Sartre[8]. Mais évidemment, cette vision des choses ayant fait long feu, il en a essayé une autre, il demandait que les gilets jaunes prennent leur responsabilité. Selon lui les gilets jaunes qu’il ne connait ni de près, ni de loin, doivent choisir de se ranger du côté de la police et empêcher à la fois les gilets bruns, Mélenchon et Ruffin de les contaminer. Pas une fois il ne se posera la question de savoir pourquoi les gilets jaunes sont passés à l’action, et pourquoi ils ont choisi ce mode de manifestation.  

    De mai 68 à la haine des gilets jaunes

    Avec ces faux intellectuels, salonards de profession, on n’en a jamais fini. Voilà maintenant le louvoyant Edgar Morin qui passa du PCF à sa critique via la revue Arguments¸ et qui se fit remarquer en 1968 pour avoir signé avec Castoriadis et Henri Lefebvre, un petit opuscule intitulé Mai 68, la brèche[9]. A cette époque il était encore un peu jeune et soutenait l’idée d’une révolte spontanée. Voilà un amuseur qui n’a jamais eu le début de la queue d’une idée personnelle qui vient pérorer dans Le monde pour expliquer au public misérable des cadres qui lisent encore ce torchon, que les gilets jaunes n’ont pas d’idée directrice[10]. Mais comment ce robot pensant pourrait-il le savoir ? Comme si lui en avait eu une autre que de faire un peu d’argent dans des conférences tarifées. Lui aussi est passé d’une approche libérale du communisme fondée sur les conseils ouvriers et d’une forme hégelienne du marxisme à un soutien du réactionnaire banquier[11]. Changeant d’idée comme de chemise, on ne voit pas comment il pourrait reprocher de la pusillanimité à ceux qui aujourd’hui se battent pour leur survie. En vérité cette vieille canaille d’Edgar Morin avait déjà amorcé un tournant en se rangeant tranquillement derrière Nicolas Sarkozy : ça le flattait bêtement que cet ignare de Sarkozy le désigne comme un de ses maîtres à penser. Au fil du temps il s’est fait le chantre du recyclage de tous les lieux communs d’une pensée commune : que ce soit sur l’Europe, sur Israël, ou sur les Etats-Unis, et bien sûr sur les migrants. Car c’est une constante chez ces vieux soixante-huitards renégats, ils sont pro-européens et pro-américains, les deux en même temps, mondialistes évidemment. Certes Morin n’a jamais été grand-chose malgré sa surface médiatique, mais dans le reniement il atteint des sommets. Bientôt centenaire, son grand-âge n’excusera jamais une telle constance dans l’ignominie. Malgré les airs d’émancipation qu’il se donne en allant « dialoguer » avec le plus que médiocre Tariq Ramadan, un délinquant ordinaire, il fait partie de ce bloc bourgeois qui se fait le chantre de la mondialisation heureuse.

      De mai 68 à la haine des gilets jaunes

    Et en voilà un autre parmi les renégats. En 1968 Henri Weber était trotskiste, tendance Ligue communiste, comme l’autre renégat Romain Goupil. Resté vaguement de gauche, tendance très rose pâle tout de même, le voilà qu’il rejoindra le Parti « socialiste » dans la roue de l’élection de François Mitterrand, on ne sait jamais ça peut rapporter un poste, une fonction. Il en gravira les échelons facilement, et deviendra député européen, c’est-à-dire, petit bureaucrate rémunéré à ne rien faire d’autre que de chanter les louanges de la Commission européenne. On le voit à gauche sur la photo ci-dessus avec Cohn-Bendit en 1968, Cohn-Bendit qu’il rejoint au Parlement européen et dans le déshonneur. Cela lui permet de toucher lui aussi une bonne retraite. Appartenant au bloc bourgeois, il sert maintenant lui aussi à la propagande anti-gilets jaunes. Le voilà dans le JDD, journal macaronien pur et dur en train de servir de faire valoir au banquier devenu par inadvertance président de la république. Il nous raconte qu’en Mai 68, il n’y avait pas de pillages et que finalement les barricadiers étaient bien sages et bien gentils[12].

     

    Il y en a bien d’autres de ces anciens gauchistes qui s’efforcent de donner de Mai 68 l’image d’un ramassis de vendus et de pourris, je ne citerais pas Bernard Kouchner qui fait l’essuie-glace depuis 40 ans, allant de la gauche vers la droite et vice versa, toujours à la recherche d’un petit strapontin. Mais il faut insister sur un point : ces médiatiques ne sont pas représentatifs de ce qu’était ce mouvement. En vérité la masse des acteurs de Mai 68 était faite comme aujourd’hui avec les gilets jaunes de petites gens, jeunes le plus souvent, peu structurés politiquement – mais on voit que ceux qui étaient les plus politisés sont aussi ceux qui se sont reniés le plus vite. Et par la suite ils se sont faits discrets. Ceux qui sont emblématiques de ce mouvement ce sont ceux qui se sont corrompus pour pouvoir parader dans les médias, ou qui comme Serge July et BHL venaient de la haute bourgeoisie. Ces traitres de comédie servent très bien la canaille macronienne en se montrant ici et là. Le message qu’ils envoient est celui-ci : si à vingt ans nous étions révoltés, avec l’âge nous avons bien compris que tout cela était vain et qu’il valait mieux rester dans la soumission ordinaire, ça paye mieux. Propagandistes du néant, ils affichent leur volonté de trahir comme une passion ancienne et raisonnable. Ceci doit être pris comme un avertissement aux gilets jaunes. Aujourd’hui, demain peut-être ils vont désigner leurs représentants, peut-être même faire un parti nouveau, ils doivent se souvenir combien en devenant des personnages médiatiques leurs représentants risquent de sombrer dans le déshonneur.



    [1] https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/04/gilets-jaunes-cohn-bendit-redoute-la-tentation-totalitaire_a_23607865/?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001&utm_campaign=share_twitter&fbclid=IwAR0rN79900CEWqL0mKi7Z1Qo3OkfWWzb7AgNDTZOiyfucZ9_riewpml9aBg&fbclid=IwAR16j7b9NZY1ymczCrm0np8mUB0Vtd7gXBEPeWmi-gC7qfQ2_BSFoAPyUbI&fbclid=IwAR0G7R9TWc-MMl4g3WC3sbPvlO45y_MEg_FnkehW0sMwrMpDR_yMqcojA5s

    [2] Le seuil, 1968.

    [3] https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/12/11/violences-policieres-22-enquetes-ouvertes-par-la-police-des-polices-apres-les-manifestations-des-gilets-jaunes_5395995_1653578.html

    [4] https://comptoir.org/2018/03/28/romain-goupil-aurait-il-mieux-fait-de-mourir-a-trente-ans/

    [5] Bangla Desh : nationalisme dans la révolution, Maspéro, 1973.

    [6] https://www.monde-diplomatique.fr/2003/12/DALRYMPLE/10866

    [7] https://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20100208.BIB4886/bhl-en-flagrant-delire-l-affaire-botul.html

    [8] https://www.lepoint.fr/editos-du-point/bernard-henri-levy/bhl-qui-sont-vraiment-les-gilets-jaunes-20-11-2018-2272880_69.php

    [9] Fayard, 1968. L’ouvrage avait été écrit par Morin, Lefort et Castoriadis qui avait signé pour l’occasion Jean-Marie Coudray. Lefort rejoindra par la suite les rangs conservateurs après avoir abandonner l’idée de démocratie directe incluse dans la forme conseilliste.

    [10] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/04/edgar-morin-il-manque-une-pensee-directrice-au-mouvement-des-gilets-jaunes_5392302_3232.html

    [11] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/04/edgar-morin-il-manque-une-pensee-directrice-au-mouvement-des-gilets-jaunes_5392302_3232.html

    [12] https://www.lejdd.fr/Societe/lex-leader-de-mai-68-sur-les-gilets-jaunes-les-soixante-huitards-ne-pillaient-pas-3816473.amp?__twitter_impression=true&fbclid=IwAR3xWJT4pC96vbOD0J3og50WLCDL_HprFrzcmvFw6cbDTDixsQv9MFpYLx4

     

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  • Après l’intervention d’Emmanuel Macron le 10 décembre, on s’achemine vers un acte V samedi

    Un peu décomposé à l’image et larmoyant dans le ton, Macron s’est livré à un exercice qu’il n’aime pas et pour lequel il ne se sent pas fait : reconnaître ses erreurs. Il ânonnait un texte de circonstance, manifestement bricolé. La logique de cette intervention était d’avouer deux fautes, la première d’avoir été un bouffon de première, expliquant ses écarts de conduite inadmissibles par la volonté de bousculer le système, avançant bêtement que depuis quarante la France n’avait pas été gouvernée, la seconde est qu’il ne se serait pas rendu compte de la gravité de la question du pouvoir d’achat. Cette défense est aussi erronée que piteuse. Puisqu’en effet, ayant été ministre de l’économie, ayant présidé à la confection de la loi El Khomri et à la mise en place du CICE depuis 2014, fantaisie qui coûte 20 milliards par an et qui coûtera encore plus cher en 2019, 40 milliards, sans que ces deux mesures aient eu une quelconque efficacité sur l’emploi et la croissance. Dire que depuis 40 ans on n’a rien fait pour réformer la France est carrément scandaleux. Il faut rappeler à Macron que sa dernière réforme de flexibilisation du marché du travail est la 18ème du genre depuis 1983. Et chaque fois ces réformes n’ont eu aucune efficacité sur l’emploi. Mais cette fable qui est colportée par les supporters du président est devenue maintenant leur seul argument de défense.

    Après l’intervention d’Emmanuel Macron le 10 décembre, on s’achemine vers un acte V samedi

    Quelques heures avant il avait fait semblant d’engager le dialogue avec « les partenaires sociaux » et les partis, bref avec les forces les plus déconsidérées de la nation. Bien évidemment cette comédie s’est déroulée, alors même que les mesures qu’il avait décidé d’annoncer avait déjà été arrêtées. La première mesure qui se voulait spectaculaire était une hausse de 100 € du SMIC, on ne sait pas d’ailleurs si c’est du brut ou du net. Je pense que c’est du brut, ce qui ferait en net un peu moins de 75 € par mois. Faisons deux remarques sur cette hausse qui se voulait spectaculaire : 

    - la première est que l’inflation a atteint cette année 2,3 %. Une hausse de 75 € par mois représenterait 6% - 2,3% = 3,7 %. Pas de quoi se goberger, d’autant que cette hausse serait absorbée par les hausses programmées pour janvier, gaz, électricité, tarifs autoroutiers, etc. Dans un article passionnant, Jacques Sapir avait montré que le SMIC avait décroché de la l’évolution de la productivité du travail depuis le début des années 80 [1]. Je reproduis ce graphique ci-dessous. La courbe la plus haute est celle de la productivité du travail, et la plus basse est celle du SMIC. L’écart entre les deux courbes c’est une confiscation des gains de productivité du travail au profit des propriétaires des moyens de production. En outre, il semble que cette hausse du SMIC va être financée par une baisse des cotisations, de façon à être neutre pour l’entreprise, dans ce cas ce sera une perte nette pour le salarié qui devra augmebnter ses contributions personnelles à une mutuelle pour maintenir simplement sa couverture sociale constante. Mais ce n’est pas encore très clair, on va voir les conditions de développement de cette mesure. Si on se borne à ce type de tour de passe-passe, la colère va monter d’un cran encore ; 

    Après l’intervention d’Emmanuel Macron le 10 décembre, on s’achemine vers un acte V samedi

    - La seconde remarque est que le mouvement des gilets jaunes a obligé Edouard Philippe et Muriel Pénicaud à manger leur chapeau. En effet, hier encore Pénicaud assurait qu’il n’y aurait pas de hausse du SMIC parce que ça détruirait les emplois. Cette assertion n’a jamais été prouvée nulle part, pour une raison très simple, c’est que le coût du travail n’est qu’un élément parmi d’autres de la compétitivité. Mais si on suit Pénicaud, elle devrait maintenant démissionner puisque Macron s’apprête à détruire des emplois en augmentant le SMIC… un petit peu ! Philippe c’est la même chose, il a claironné pendant un mois qu’il n’y aurait pas de coup de pouce en janvier pour le SMIC, il vient d’être désavoué publiquement. Son départ est sans doute programmé, dès que les choses se calmeront, si elles se calment.

    Les autres mesures sont les suivantes :

    - une annulation de la hausse de la CSG pour les retraites inférieures à 2000 € par mois ;

    - et une demande aux entreprises de verser une prime de fin d‘année si elles le peuvent.

    La première mesure est d’un coût assez faible, mais on ne s’en plaindra pas, même si pour ces retraités le compte n’y est pas : en effet, les retraites seront revalorisées de 0,3% en janvier 2019, mais après que m’inflation ait été estimée à 2,3%. Et donc si on fait la soustraction, les retraités ont perdu 2% en réel sur leur pension, et même si on leur rétrocède 1,7%, cela fera toujours une perte de 0,3 pour les petites retraites. Quant aux retraites supérieures à 2000 €, la perte nette sera de 4% environ. Une autre mesure de type sarkozyste devrait entrer en vigueur, une défiscalisation des heures supplémentaires pour les salariés qui en ont, et une décharge des cotisations sur ses mêmes heures supplémentaires pour les patrons. Ce qui pourrait d’ailleurs inciter les employeurs en cas de reprise à accroître les heures supplémentaires sans embaucher. La seconde mesure n'est pas contraignante, et donc il est peu probable qu'elle ait une quelconque efficacité. Les entreprises qui en donnent une n'ont pas de raison de l'augmenter, et celles qui n'en donnent pas, pourront toujours dire que leurs moyens ne le leur permettent pas.

    Ces mesures devraient coûter selon les premières estimations 6 milliards € à l’Etat. La tribune les évalue à 12 milliards pour le budget, mais je pense qu’ils ne savent pas très bien compter[2]. Ce qui aurait pu être comblé très largement par un rétablissement de l’ISF et de l’Exit-tax. Mais Macron toujours fidèle à la défense des intérêts du grand capital s’y refuse, prétextant que ces exonérations fiscales finiront bien par se retrouver sous forme d’investissement et que l’investissement relancera la croissance et l’emploi.

     Après l’intervention d’Emmanuel Macron le 10 décembre, on s’achemine vers un acte V samedi

    Gilets jaunes essayant de comprendre où Macron veut en venir 

    Je passe sur les propositions de rénovation de la vie publique, du genre on va faire des débats pour savoir ce que peuple veut. Si ce n’est pour dire que Macron abandonne au moins dans sa rhétorique l’idée d’une verticalité du pouvoir – ce qui ne veut pas dire grand-chose, mais qui semblait indiquer que Macron voulait être un président autoritaire. Son comportement avec les gilets jaunes m’a remis en mémoire les imbécilités de François Fillon – l’autre candidat de l’Institut Montaigne[3] – j’avais repéré que l’homme aux costumes classieux at aux gros sourcils présentait le même programme que Macron, et quand on lui a demandé comment il allait faire passer ses réformes, il avait avancé qu’il enverrait la gendarmerie aux récalcitrants[4].

      Après l’intervention d’Emmanuel Macron le 10 décembre, on s’achemine vers un acte V samedi

    Les gilets jaunes ont suivi attentivement l’allocution de Macron. Leurs réactions ont été très négatives. Même le très modéré Benjamin Cauchy a jugé la prestation du président pas du tout à la hauteur des enjeux. L’opposition dans son ensemble de la FI au RN en passant par Olivier Faure et Benoît Hamon, a aussi appuyé sur l’insuffisance de propositions : trop peu, trop tard. Il semble donc clairement qu’on s’oriente vers un acte V samedi prochain, à quelques jours des fêtes de Noël, la facture pour l’économie va s’alourdir. La plupart des gilets jaunes ont compris que la facture risque d’être payée par une baisse de l’efficacité de la couverture sociale, et donc par une hausse à terme du tarif des mutuelles qui devraient déjà augmenter fortement en janvier. Les gilets jaunes sont très motivés, et remontés contre les syndicats qui non seulement sont à la remorque complète du mouvement, mais qui en plus jouent un rôle démobilisateur, comme l’a fait la CGT en brisant dans l’œuf la grève des routiers qui pourtant était programmée pour cette semaine. Je crois que maintenant les gilets jaunes font de la démission une sorte de préalable pour libérer les ronds-points. On va bien voir sur le terrain, mais Macron ayant commencé à reculer, il n’y a pas de raison qu’il s’arrête en si bon chemin !



    [1] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/la-question-du-pouvoir-dachat/1453292201467360/

    [2] https://www.latribune.fr/economie/france/gilets-jaunes-macron-reoriente-sa-politique-vers-le-pouvoir-d-achat-800590.html

    [3] http://in-girum-imus.blogg.org/l-institut-montaigne-au-coeur-des-presidentielles-a128306378

    [4] https://www.mediapart.fr/journal/france/060916/fillon-promet-d-envoyer-la-gendarmerie-ceux-qui-sopposent-son-choc-liberal?onglet=full

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  • Les gilets jaunes, acte IV, Macron doit démissionner

    Des blindés contre le peuple à Paris 

    C’est maintenant toute la France qui s’embrase. Alors que Castaner avait renforcé le dispositif de sécurité à Paris, avec un appel à des blindés de la gendarmerie, toute cette dramatisation n’a pas empêché les actions des gilets jaunes de partout en France. Paris a été le lieu principal des affrontements, mais cette fois, c’est toute la capitale qui s’est embrasée, les violences ne se sont pas concentrées sur les Champs-Elysées où les gilets jaunes étaient attendus, preuve que les gilets jaunes font preuve d’un sens tactique consommé : ils prennent en permanence de cours les forces de l’ordre. A Paris, très tôt le matin les arrestations étaient massives, des centaines de personnes étaient raflées, embarquées dans des bus et mises en garde à vue. Mais si cela épuisait les forces de l’ordre, les gilets jaunes continuaient leur offensive d’hiver. Ça brulait sur le boulevard de Courcelles, place de la République, en haut des Champs Elysées. De temps en temps des barricades légères se montaient, sans trop tenir bien longtemps, et les pavés volaient. De nombreux magasins ont été pillés et les b=anneaux en bois qu’on avait mis pour les protéger, étaient enlevés et servaient à la construction des barricades. On pourrait dire que cela devient une habitude du samedi. Toute la semaine on attend le samedi pour aller manifester sa colère contre Macron et ses troupes suréquipées. Ce n’est plus un mouvement social, c’est clairement la guerre civile. Evidemment les chiffres donnés par Castaner étaient délibérément mensongers, mais ils étaient repris sans problème par l’ensemble de la presse. En effet si on s’en tient aux chiffres de Castaner il y avait en France pratiquement autant de policiers que de manifestants ! Malgré l’incompétence avérée de Castaner, cela n’est pas possible car les affrontements n’auraient pas duré toute la journée.

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    Place de la République ça cogne aussi 

    La nouveauté de ce samedi 8 décembre, outre qu’il n’y a eu pas la désescalade attendue, c’est que dans de très nombreuses villes de France les manifestations ont tourné à la violence, à Toulouse, Nantes, Marseille, Saint-Etienne, Strasbourg. Et j’en passe. La tactique est la même qu’à Paris, des petits groupes extrêmement mobiles et fluides qui vont plus vite que les forces de l’ordre. Celles-ci sont bien trop lourdes et statiques pour avoir une efficacité quelconque. C’est au moins la troisième semaine où le maintien de l’ordre n’est pas assuré, et donc il devient évident que le ministre de l’intérieur est d’une incompétence notoire. On l’avait déjà souligné la semaine dernière, ni lui, ni Nunez, ni même Delpuech ont appris de la répétition des événements. L’entêtement imbécile de macron a renforcé la détermination des gilets jaunes. Et pourtant, les syndicats avaient mis le paquet pour casser le mouvement, la CGT et FO annulant la grève des routiers prévue. Voilà encore un point commun avec Mai 68, les syndicats sont pour briser le mouvement, puis ensuite, ils vont négocier des miettes en espérant que Macron les remerciera. Tous les syndicats se sont maintenant proposés pour intercéder entre Macron et son gouvernement de clowns, et le peuple. Mais voilà le peuple est tellement dégouté des syndicats et des partis qu’il se démerde tout seul. De partout où passe, sur les ronds-points, aux péages, le refrain est le même les partis et les syndicats sont mis au banc de l’infamie. Et les gilets jaunes continuent les blocages et les barrages filtrants. Preuve de leur maturité politique, non seulement ils décrètent la gratuité des péages autoroutiers, narguant ainsi les sociétés privées rapaces qui se font du beurre gras sur notre compte, mais ils visent plus particulièrement les grandes surfaces et les zones commerciales isolées à l’extérieur des centres villes. Les gilets jaunes veulent aller jusqu’au bout c’est-à-dire jusqu’à la démission de Macron qu’ils ne considèrent plus comme légitime et dont ils ne supportent plus la tête à claques – ce qualificatif n’at pas de moi, il est de Franz-Olivier Giesbert, FOG, journaliste sans trop de colonne vertébrale, un macronien de la première heure, et un salonard de tout temps qui a fait l’essui glace entre la fausse gauche et la vraie droite.

    Les gilets jaunes, acte IV, Macron doit démissionner   

    Manifestation violente à Toulouse 

    De partout c’est ce qu’on entend maintenant, on ne veut plus le voir, et si on veut rétablir le calme d’ici la Noël, la démission de Macron est impérative. Ce serait bien la première fois qu’un président de la Vème République démissionne sous la pression de la rue. Le succès national des manifestations des gilets jaunes du 8 décembre laisse mal augurer d’une accalmie rapide, au contraire le mouvement s’enracine. Sauf à ce que Macron se renie complétement et change de politique économique et sociale. Mais les demandes sont trop grandes pour qu’il s’y plie entièrement. Certes il va faire semblant avec la complicité des syndicats de jouer le dialogue, mais les gilets jaunes sont peu enclins à écouter Martinez ou Berger qu’ils méprisent et qui depuis le début leur crachent dessus et qui maintenant veulent faire semblant de jouer un rôle important. Il semble qu’au contraire le mouvement va s’étendre cette semaine. Il n’est pas certain que les routiers suivent les consignes syndicales, mais les agriculteurs menacent aussi d’entrer dans la danse, et puis il y a les gros bataillons de l’éducations nationale qui ont peu apprécier la répression des lycéens, notamment ces scènes filmées à Mantes-le -Jolie. Les formes du mouvement sont assez peu couteuses, on se relaie sur les barrages et on manifeste le samedi. Ainsi on ne perd pas de salaires. C’est un avantage. L’autre avantage est que le mouvement est permanent, continu. Contrairement aux actions syndicales qui durent une journée ou deux et qui laissent au pouvoir le temps de se reprendre. Là les forces de sécurité sont sous tension depuis des semaines. On va bien voir comment elles vont réagir. Déjà la semaine dernière un syndicat de policiers, VIGI, a appelé à la grève illimitée.

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    Violences à Marseille 

    Le mouvement des gilets jaunes s’étend et s’approfondit de ville en ville. Ils tiennent des réunions nombreuses et peaufinent leurs doléances auprès des mairies qui ont lis des cahiers de doléances à leurs dispositions. Parmi ces revendications revient avec constance la question du SMIC et de l’augmentation des retraites, mais aussi celle de la justice fiscale et le retour de l’ISF. Tout ça est bien connu maintenant. Mais si l’objectif principal des gilets jaunes est le départ de Macron, il y a un second objectif qu’on oublie un peu, ou qu’on fait semblant de ne pas voir. Sur les Champs Elysées, le 8 décembre, on pouvait voir des pancartes pour le Frexit. L’Union européenne est en effet la seconde cible des manifestants en gilet jaune, en France, mais aussi ailleurs. Vendredi 7 décembre et samedi 8 décembre il y a eu des manifestations de gilets jaunes en Belgique, à Bruxelles précisément. Les manifestants ont attaqué le siège de l’Union européenne. Les manifestations ont été violentes, avec de très nombreuses interpellations. La fièvre des gilets jaunes a gagné aussi les Pays Bas avec des manifestations violentes, très hostiles à la mondialisation, et une demande pressante du départ du premier ministre.  Très souvent d’ailleurs les gilets jaunes en France ont conscience que les revendications qu’ils réclament, hausse du SMIC, rétablissement de l’ISF, hausse des retraites, se heurteront nécessairement au véto de la Commission européenne qui contrôle notre budget, comme elle prétend le faire pour le budget italien, et donc que tôt ou tard il faudra bien en sortir. Il est probable évidemment que Bruxelles se gardera de tancer trop vertement Macron, parce que c’est le meilleur élève tout de même, et donc qu’ils lui accorderont un peu de temps pour résorber un déficit qui évidemment va exploser. 

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    Manifestation des gilets jaunes en Belgique 

    Les pertes pour l’économie française sont déjà considérables. On les évalue aujourd’hui grossièrement à au moins 20 milliards d’euros, et ce n’est pas fini, on évalue à 13 milliards les pertes de l’agro-alimentaires, 1 milliard pour le commerce de détail, etc., avec des pertes lourdes pour le tourisme et pour la grande distribution, sans compter les pertes pour le secteur des assurances et le surcoût pour des municipalités maltraitées. 20 milliards d’euros c’est pratiquement un point de croissance sur l’année 2018. Il est possible que d’ici Noël les pertes s’aggravent encore et que l’année se termine avec une croissance nulle ou proche de zéro. Dès lors le budget sera en grand déficit, et il se pourrait que Macron soit contraint de remettre son idée saugrenue de doubler le volume du CICE à plus tard. En effet le CICE c’était jusqu’à présent 20 milliards par an, mais en 2019, alors que tout le monde s’accorde pour dire que le CICE ne crée ni emplois, ni investissements, il devrait passer à 40 milliards. C’est beaucoup d’argent, et c’est vécu principalement comme un transfert de revenus des plus pauvres vers les plus riches. Le budget 2018 était en effet construit sur la base d’une croissance de 1,8%, croissance que l’INSEE avait révisée ensuite à 1,5%, mais c’était avant que le mouvement des gilets jaunes ne se développe.

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    Manifestation à Bruxelles directement contre le siège de l’Union européenne 

    La semaine qui s’ouvre va être décisive : soit Macron arrive à calmer la colère en inversant à toute vapeur sa politique, par exemple en revalorisant les pensions et le SMIC, soit il doit s’attendre à l’agrégation de nouvelles contestations, notamment celle des agriculteurs, et à un acte V samedi prochain. Il semble qu’il se sente bien obligé maintenant de lâcher un peu du lest s’il veut conserver son poste. Au cœur de la révolte, on l’a dit et redit, il y a la question du pouvoir d’achat des plus pauvres. Mais il faut encore que le geste soit conséquent et pas seulement dans l’annulation d’une taxe qui n’existe pas encore. Que voulez-vous les gilets jaunes ont pris maintenant l’habitude de la contestation, c’est leur petit plaisir que de voir l’arrogant président perdre pied. Je pense pour ma part que probablement Macron va mettre en scène cette semaine de faux dialogues avec les syndicats et quelques gilets jaunes triés sur le volet et faire semblant de céder quelques bricoles pour calmer la fièvre, du même coup ça redorerait le blason des syndicats qui dans cette affaire ont plutôt brillé par leur imbécilité. C’est à double tranchant, parce qu’en même temps que Macron mangera son chapeau, il deviendra évident pour tous que les gilets jaunes ont obtenus beaucoup plus en un mois de lutte que les syndicats en dix-huit mois de fausse opposition plan-plan. Le régime détesté à fait preuve ces derniers jours d’une grande violence, et les images des blindés dans les rues de Paris ont fait le tour du monde, particulièrement appréciées en Allemagne où on a encore la nostalgie des Panzer Divisions. Erdogan et Poutine se sont plu à faire la leçon à Macron en disant qu’il agissait avec trop de brutalité et qu’il devait maitriser ses pulsions dictatoriales pour ne pas dire plus.

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    A Paris Uma Thurman est très fière d'encourager les gilets jaunes

     Les gilets jaunes, acte IV, Macron doit démissionner   

    Nouveaux slogans sur les Champs Elysées

     Les gilets jaunes, acte IV, Macron doit démissionner

    Aux Pays Bas les gilets jaunes sont clairement contre la mondialisation

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  • Contrairement à ce qu’affirment les journalistes, les revendications des gilets jaunes sont très précises. Si elles donnent parfois l’impression de partir dans tous les sens, c’est seulement parce que les gilets jaunes tentent d’approfondir les questions. Voici les principales revendications qui sont communes à l’ensemble des gilets jaunes et donc qu’on retrouve pratiquement à tous les ronds-points et les péages occupés, maintenant que la taxe sur le diesel est mise aux oubliettes : 

    1. revalorisation du SMIC à 1400 € nets – certains demandent plus, jusqu’à 1600 € nets par mois. Qu’on ne vienne pas nous dire que ce n’est pas possible, en avril 1967, Pompidou, un autre banquier qui était premier ministre, annonçait qu’une hausse de 5 % d’augmentation du SMIG ruinerait l’économie, mais après les événements de 1968, il dut se résoudre à une hausse de 35%, sans que la croissance économique n’ait eu à en souffrir ! Comme quoi ce qui n’est pas possible est très relatif. Une revalorisation du SMIC aurait un effet sur l'ensemble des salaires, la plupart des conventions collectives étant indexées sur lui.

    2. revalorisation des retraites de 5% minimum, les retraités ayant déjà perdu 4% de pouvoir d’achat depuis l’arrivée de Macron, et abandon des réformes des pensions de réversion. 

    3. retour de l’ISF et abolition du CICE. L’ISF rapportait net entre 4,5 et 5 milliards d’euros par an, l’IFI qui doit remplacer l’ISF rapporterait seulement 800 millions d’euros, le manque à gagner pour l’Etat est colossal. Le CICE c’est 20 milliards par an entre 2014 et 2018, et 40 milliards en 2019. Soit en tout 120 milliards, de quoi combler le déficit de l’Etat qui est évalué d’un peu moins de 100 milliards pour 2019. Le CICE est considéré comme un fiasco coûteux qui n'a eu aucun impact sur l'emploi et sur l'investissement. 

    A ces trois mesures d’urgence  qui concernent le pouvoir d'achat et qui rétablissent un peu d‘équilibre dans le partage des richesses, ils ajoutent très fréquemment des idées de réformes institutionnelles. En voici trois qui sont destinées à rapprocher le peuple du pouvoir. 

    4. introduction d’un référendum d’initiative populaire à partir de 700 000 signatures dans la constitution. Cette réforme radicale entrainerait un contrôle direct du peuple sur les grandes orientations du gouvernement. Par exemple pour la signature des traités comme le CETA ou le TAFTA, ou encore pour les privatisations.

    5. dépôt de cahiers de doléances dans toutes les mairies de France. Cette mesure entraînerait ensuite des Etats généraux qui devraient contribuer à la réécriture de la Constitution du pays et donc des lois. C’est déjà en route dans les Hauts de France, dans le Grand Est, en Ille et Vilaine et sans doute dans d’autres départements.

    6. baisse des salaires des députés et des représentants élus au niveau du salaire médian. Il serait alors autour de 1700 € par mois. Cette simple mesure de justice sociale permettrait, un renouvellement radical de la représentation nationale, les plus riches n’ayant plus intérêt à siéger dans les assemblées. L'investissement politique serait alors plus un service à rendre à la nation qu'une profession rémunératrice.

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